COLLECTION
OF
William Schaus
©
PRESENTED
TOTHE
National Muséum
MCMV
B N T
LE NATURALISTE
*■ * $
REVUE ILLUSTRÉE
DES SCIENCES NATURELLES
AVEC LA COLLABORATION DE MM.
ALLARD, membre de la Société entomologique de France.
ANCEY, membre de la Société malacologique de France.
ANDRÉ, membre de la Société entomologique de France.
AUSTAUT, membre de la Société entomologique de France.
BATAILLON, préparateur à la Faculté des sciences de. Lyon.
r.OCOURT, conservateur des galeries de zoologie du Muséum de Paris.
BOIS, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
BONNET (D’), attaché au laboratoire de Botanique du Muséum de Paris.
BONNIER (Gaston), professeur à la Sorbonne.
BOULE, attaché au laboratoire de paléontologie du Muséum de Paris.
BOURSAULT, géologue.
BOUVIER, agrégé de l’Université, docteur 6s sciences.
BRONGNIART (Ch.), au Muséum d’histoire naturelle (de Paris.
CARLET (D’), professeur à la Faculté dos sciences de Grenoble.
CHRÉTIEN, membre de la Société entomologique de France.
COLOMB, préparateur de Botanique à la Sorbonne.
COSMOVICI (D’), do Jassy.
COSTANTIN, maître de conférence à l’Ecole normale supérieure,
CUÉNOT, docteur ès sciences.
DAGUILLON, agrégé de l’Université.
DANGEARD, chef des travaux de botanique à la Faculté de Caen.
DOULIOT, docteur ès sciences.,
DUFOUR, docteur ès sciences.
FABRE-DOMERGUE, directeur du laboratoire de Concarneau.
FOLIN (Marquis de), membre de la mission scientifique du Travailleur et du
Talisman.
GADEAU DE KERVILLE, membre de la Société zoologique de France.
GIARD, chargé do cours à la Sorbonne.
GIRARD (Dr), de Washington.
GIROD (Dr Paul), professeur à la Faculté dos sciences de Clermont-Ferrand.
GRANGER (A.), membre de la Société linnéenne de Bordeaux.
HARIOT, attaché) au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
IIECKEL (Dr Ed.), professeur à la Faculté des sciences de Marseille.
JORET (H.), ancien jardinier en chef du gouvernement au Sénégal.
JOUSSEAUME (D'), ex-président de la Société zoologique do France.
KŒIILER (D'), chargé de cours à la Faculté des sciences de Lyon.
LECOMTE (H.), agrégé de l’Université.
MAGAUD D’AUBUSSON, inombre de la Société zoologique de France.
MALARD, préparateur au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
MALINVAUD, secrétaire général de la Société botanique de France.
MALLOIZEL, secrétaire bibliothécaire au Muséum de Paris.
MAURY , membre de la commission géogra-exploratrice de la République mexi-
MENEGAUX, agrégé de l’Université.
MEUNIER (Stanislas), aide-naturaliste au Muséum de Paris.
MOCQUARD (F.), aide-naturaliste au Muséum de Paris,
OUSTALET, aide-naturaliste au Muséum de Paris.
PATOUILLARD, membre de la Société botanique de France.
PISSOT (Emile), membre de la Société entomologique de France.
PIZON (A.), attaché au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
PLATEAU, professeur à l’Université do Gand.
POUSSARGUES (E. de), préparateur au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
QUATREFAGES (de), professeur au Muséum de Paris.
RABAUD (Et.), membre de la Société entomologique do France.
RAILLIET, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort.
ROUY , ancien vice-président de la Société botanique do France.
SAINT-LOUP (Remy), préparateur d'anatomie à l'Ecolo dos Hautes Etudes.
SCIIAECK (F. de), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
TROUESSARD (Dr), ex-directeur du Muséum d’histoire naturelle d’Angers.
VAILLANT, professeur au Muséum de Paris.
XAMBEU (Cap6.), membre de la Société entomologique do France.
ETC., ETC.
Éiuile DEYROLLE, Directeur-Gérant. — P;mi GUOIJLT, Secrétaire de la Rédaction
13e Année — 2° Série.
A 1 5 U N N E M E N T A X X U E L
PAYABLE EK U N MANDAT A L’ORDRE DE DIRECTEUR
France .
Algérie . .
Pays compris dans l’Union postale .
Tous les autres pays .
10
10
PARIS
BUREAUX DU JOURNAL
46, RUE DU BAC, 46
189 1
13e ANNÉE
2e Série — X‘ O»
JANVIER 1891
LE NATURALISTE
REVUE ILLUSTRÉE
DES SCIENCES NATURELLES
LA MUSIQUE DE LA NATURE
Depuis les temps les -plus reculés jusqu’à nos jours les
naturalistes d'une part, les philologues de l’autre et,
enfin, les musiciens de leur côté, se sont occupés de
cette intéressante question de savoir s’il est possible, et
dans quelle mesure, de noter les bruits, les sons produits
par divers animaux, c’est-à-dire de les inscrire sur le
papier de musique.
Pour ce qui est des naturalistes, déjà le grand Aristote
fait mention, dans son Historia animalhm de nombre
d’observations sur la voix et le chant de différents ani¬
maux (l). Parmi les naturalistes modernes qui se sont
appliqués à l’étude de cette nature il convient de citer
des noms les plus grands et les plus célèbres, comme
Réaumur (2), Swammerdam (3), Johann Muller (4), von
Siebold(a), et Hermann Landau (6). Reste, en dernier lieu,
àmentionner le savant docteur de l’armée indienne, Meyer
et le professeur bien connu de Moscou, M. Zograph, qui
se sont fait connaître, tous les deuv, par de remarqua¬
bles travaux de ce genre, dans ces derniers temps.
Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur l’état actuel
de cette question, afin de pouvoir procéder ultérieure¬
ment à son étude dans chaque groupe d’animaux capa¬
bles de répandre autour d’eux un bruit quelconque
agréable ou désagréable.
S’il s’agit d’un son simple, comme le cri perçant du
grillon, ou bien le son métallique du pelit crapaud que
tout le monde connaît, au dos gris foncé et au ventre
couvert de taches noires, connu sous le nom de Bombi-
nater igneus, ces sons sont très bien saisis par notre
oreille, et il est très facile de les porter sur les lignes du
papier de musique. Mais il n’en est pas de même des
voix d’autres animaux : la plupart de ces derniers ont
des voix très compliquées qu’il est difficile de noter, et
cela pour plusieurs raisons. D’une part, il est des sons,
par exemple, le croassement de la corneille, qui sont si
compliqués que pour les noter et reproduire il aurait
(1) Aristoteles latine interpretibus variis edidit academia
regia Browsica 1831, p. 50—314. Historia animal iiun.
(2) Réaumur. Mémoires pour servir à l'histoire des insectes.
Tome V, Amsterdam, 1131.
(3) Swammerdam. Bijbel der Nature. L’édition de Leyden, 1131.
(4) Johann Muller. Ueber Fische, wclch Fone von sich geben.
Archiv fur Anatomie and Physiologie , 1851.
(5) S. T. von Sierolb ; Ucbcr des Stimm und Gchororgane der
Orthopteren. Wiegnann’s. Archiv fur Naturzeschichte, Ud. X.
1844.
(6) H. Landau Thierstimmen. Freibourg in Breisgau 1 SI 4 .
Hereràsche Verlagsbuchandl wg.
fallu avoir des appareils acoustiques très perfectionnés
avec différents résonnateurs, d’autre part, ces sons, pour
être produits par différents organes, reçoivent un timbre
particulier, dont la reproduction est excessivement diffi¬
cile et, enfin, à ce qu’il paraît, notre oreille n’est pas
susceptible de percevoir tous les sons de la nature, et
beaucoup d’entre eux restent inaccessibles à notre orga¬
nisme.
11 est toutefois à remarquer que la complexité du son
n’offre aucune difficulté au point de vue de sa notation
et de sa reproduction, étant donné la perfection de la
technique moderne dans l’exécution des appareils acous¬
tiques les plus délicats. Ce qui est beaucoup plus difficile,
c’est d’imiter le timbre d’un son quelconque, car ce tim¬
bre tient à la vibration simultanée des organes tellement
variés que la reproduction de la première paraît être im¬
possible. En effet, si nous prenons en considération ce
fait que le coassement de la grenouille est produit par la
vibration simultanée des ligaments du larynx, de la base
cartilagineuse, de la paroi interne de la mâchoire infé¬
rieure, de la paroi du palais, des parois de la partie
large de la trompe d’Eustache, de la membrane du tym¬
pan, et enfin de deux vésicules membraneuses de la
joue, qui se gonflent chaque fois que la grenouille se
met à coasser, en prenant tout cela en considération, il
est facile de comprendre combien est difficile de repro¬
duire artificiellement toutes ces données pour obtenir un
son semblable à celui du coassement, et pour décom¬
poser ce son en ses parties substantielles.
Que certains sons existant dans la nature soient inac¬
cessibles à notre organe de l’ouïe, nous pouvons nous en
convaincre par quelques réflexions théoriques et par
quelques recherches expérimentales. 11 est facile d’ad¬
mettre théoriquement que les vibrations d’un corps,
donnant, à un nombre déterminé par seconde, un son
accessible à notre organe de l'ouïe, deviennent imper¬
ceptibles à un nombre plus considérable par seconde,
pour la simple raison que dans notre organe de l’ouïe il
n'existe pas de terminaisons nerveuses qui seraient exci¬
tées par des vibrations si rapides. D’autre part, les expé¬
riences pratiques nous apprennent que chez d’autres
êtres l’organe de l’ouïe dispose de parties susceptibles
de percevoir des sons beaucoup plus hauts que ceux qui
sont accessibles à notre organisme.
Une expérience à ce sujet du savant professeur mosco¬
vite, M. Zograph, mérite d’attirer notre attention.
11 y a 6 ans le savant naturaliste russe, s’occupant de
la valeur physiologique des antennes chez les insectes,
s’est proposé de vérifier les remarquables expériences du
6
LE NATURALISTE
docteur de l’armée indienne, M. Meyer. Ce dernier avait
pour but de démontrer que les antennes servent d’or¬
gane de l’ouïe. Il opérait sur les moustiques des environs
de Kalkoutta. M. Zograph a modifié l’expérience de
M. Meyer, en ce sens qu’il a fait usage, en dehors des
diapasons, d’un violon. On sait que les antennes, chez
les mâles, des cousins, des moustiques, sont plantées
de poils, à l’instar des rayons d’une plume, de sorte
que les poils sont d’autant plus longs qu’ils se rappro¬
chent davantage de la base. M. Meyer écrit (Il qu’après
avoir fixé l’insecte sous l’objectif du microscope on fait
vibrer un diapason en même temps qu’on'observe l’in¬
secte au microscope. Meyer a vu que suivant le son de
tel diapason ou de tel autre, sur les antennes de l’in¬
secte vibraient tels poils ou tels autres; c’est là, dureste,
le point par lequel Meyer explique la faculté que possè¬
dent les moustiques, de percevoir les sons les plus variés.
Quant à Zograph, comme nous l’avons dit plus haut, il
a modifié un peu l’expérience de M. Meyer. Les expé¬
riences portaient sur l’espèce commune du cousin de
Moscou, Culex pupiens et sur le Çhironomus plumusm
et Corethra plumicomis. Il a procédé de la façon suivante.
Après avoir collé les victimes sur le porte-objet par de la
glycérine, en laissant libres les ailes chez quelques-unes,
il a fait vibrer les diapasons en même temps que le
violon. Dès que les sons se sont fait entendre, les poils
se sont mis à vibrer, tantôt les uns, tantôt les autres sui¬
vant le diapason ou le violon. Et comme le même phé¬
nomène s’offrait sur tout le corps, le savant Zograph
était prêt à croire que les conclusions de Meyer étaient
erronées. Mais quelques variations de ses expériences ont
fini par le convaincre que les résultats auxquels est arrivé
Meyer, étaient justes et exacts. Le professeur a essayé
de couper les antennes aux insectes et d’examiner ces
derniersau microscope enmême]temps queles diapasons
vibraient et que le violon jouait. Immédiatement après la
première expérience, Zograph avait vu que l’insecte aux
antennes coupées demeurait tout à fait indifférent aux
mêmes sons, lesquels en présence des antennes l’ont
fait lever ou baisser les ailes, remuer les pieds, exprimer,
en général, une inquiétude. Quand Zograph faisait
l’expérience dans les conditions opposées, c’est-à-dire
en respectant les antennes et en coupant, au contraire,
les ailes ou les extrémités, l’insecte, en présence des
mêmes sons, se mettait à remuer les organes qu’on lui
avait respectés : De telle sorte il a été constaté que les
vibrations des poils, chez les cousins et d’autres animaux
appartenant au même groupe, produisent des phéno¬
mènes qui ne peuvent être expliqués que par les excita¬
tions des terminaisons nerveuses, et dans le cas parti¬
culier, très probablement ayant provoqué des sensa¬
tions auditives. Ce qui est particulièrement intéressant,
c’est que tous les sons ayant été accessibles au profes¬
seur Zograph et à son collaborateur (jouant du violon
pendant l’expérience) n’ont fait vibrer que les poils oc¬
cupant les deux tiers inférieurs de l’antenne, tandis que le
tiers supérieur demeurait immobile malgré tous les
efforts de la partdes expérimentateurs. Une seule fois le
savant Zograph a remarqué la vibration des poils du
tiers supérieur, mais ni lui, ni son collaborateur n’ont
perçu ee son qui faisait vibrer légèrement les poils supé¬
rieurs.
On voit donc combien il est difficile de noter la musique
de la nature ; il n’en est pas moins vrai que les expérien¬
ces dans cette direction ne sont pas uniques : bien au
contraire, elles sont nombreuses et surtout dans le pays
qui a donné à l’humanité le plus de naturalistes réalistes,
mais le moins de représentants des Beaux-Arls, Ce
pays, c’est l’Angleterre.
Comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut,
les sons simples, uniques se notent, sans difficulté, bien
que la hauteur soit considérable. Ouvrons au hasard
l’admirable travail de Landau, Thierstimmen et voyons
quels sont les sons les plus hauts qui étaient notés par
cet investigateur précis. Nous trouvons sur la page 14o,
chez le mâle du capricorne musqué, connue sous le nom
de Aromia moschata un son désigné en physique par d "
ou par re'" (2,141 vibrations par seconde) et représenté
par la note se perdant dans les limites du clavier de
É ±
hiâlc femelle
Fig. 1. — Capricorne musqué (Aromia moschata),
d’après Landau.
piano ; pour la femelle de ce même insecte nous trouvons
a"’ ou la'" représenté par la note moindre d’une octave
par rapport à la dernière note du clavier de piano. — Chez
les insectes les mâles sont moins grands que les femelles
et leurs organes produisentdes sonsplus délicats et plus
haut. Dans leur chœur, ce sont des dames qui ont la voix
de basse.
Il y a certains cas où la décomposition des sons en
leurs parties substantielles n’offre pas de difficultés et
peut être atteinte sans appareils ni adaptations particu¬
liers. Il en est ainsi, par exemple, chaque fois qu’un son
composé est produit par deux ou trois organes capables
de vibrer (résonner), indépendamment l’un de l’autre.
En pareille circonstance, on met de côté un des organes
en faisant résonner l’autre, de telle sorte que nous arri¬
vons à avoir des sons isolés qui donneront un son com-
Fig. 2. — Cousin ordinaire. Bombus muscorum.
(Culex pipions)
posé en les faisant résonner ensemble. Tels sont les
sons de différents insectes, qui sont produits par la vi¬
bration simultanée de l’air passant à travers les fentes
très étroites, les ouvertures respiratoires et par la vibra¬
tion renforcée des ailes membraneuses de l’insecte.
Les sons de ce genre sont figurés par 2 lignes dont
1 une, supérieure, représente le sou donné par l’organe
vocal spécial (la trachée), et l’autre inférieure celui de
la vibration des ailes de l’insecte volant. Voilà ci-contre
quelques modèles de chants des insectes.
On voit donc que ces chants en tant que
M Annales and Mar/asinc of Natural Ilistory. 1871.
élodie et
LE NATURALISTE
harmonie sont loin d’être ce' que nous entendons par la
vraie musique, et les motifs que les musiciens pourraient
Fig. î. — Mouche domestiqué, Jfiisen ifomestictr.
emprunter directement à la nature sont extrêmement
rares, ne se rencontrent guère. M. Zograph a eu l’occa¬
sion d’entendre des modulations véritablement musica¬
les d’un seul animal, de la corneille. d’Australie, connue
dans nos jardins zoologiques sous le nom d’oiseau flûte,
Gymnorhina tibicien. L’oiseau flûte ayant demeuré dans
le jardin zoologique de Moscou, d’après M. Zograph,
commençait ordinairement ses chansons en sifflant le
triton majeur, pour passer ensuite aux notes essentiel¬
lement musicales qui se prêtaient malàl’oreille par suite
de leur inconséquence. Les oiseaux de l’Amérique du
Nord frappent aussi très souvent par leurs chansons vé¬
ritablement musicales et faciles à noter. Sans parler du
fameux Mymus polyglottus américain imitant les autres
oiseaux, de même que de beaucoup d’animaux domesti¬
ques, même l’homme, l’Amérique du Nord est riche en
oiseaux qui chantent, peut-être moins agréablement que
“
rTr
æ _
Fig. 5. — Le chant d’un petit oiseau américain connu sous le
nom do Pyrangua rubra.
nos rossignols, nos canaris, nos alouettes, mais qui
n’en sont pas moins intéressants, attendu que leurs
chants se prêtent très bien à notre oreille et sont faciles
à porter sur le papier de musique,
Certains naturalistes, plus particulièrement quelques
linguistes, partisans de Max Muller, ont essayé d’enregis¬
trer sur le papier de musique le langage de l’homme à
de différentes périodes de sa vie, à divers moments de sa
disposition. On peut trouver de très intéressantes obser¬
vations sur l’intonation de la voix humaine à divers
tino tino tino to to to ta expressive.
stît — r. r. r. ti. ti. tio. to. to. ta.
tio. tio. tio. tio. tino. tié. tié. tiê. fié.
to to to to to to tio tio tio tio tio tio tio
tu tio tio tio i o i tio tio tio
Fig. 6. — Le chant du rossignol d’après Lequë.
moments de son existence, dans le livre de William Paul :
La Philosophie de la musique et dans le savant article de
M. Weber sur la mélodie du langage. Le dernier auteur,
après avoir fait toute une série d’observations dans cette
direction nous donne les mélodie du langage ordinaire.
Nous allons citer une de ces conversations journalières,
des échanges de politesse à la rencontre de deux amis.
Comment va-t-il votre ami? se porte-t-il bien?
Oui, merci, M va bien, et vous ?
Merci, je me porto bien.
Fig. 1. — Kchango de politesse entre deux amis.
11 résulte de tout ce que nous venons de dire que la
transmission des sons de la nature par des signes con¬
ventionnels, par des signes musicaux, n’est pas toujours
possible. Voyons, pour terminer, quels sont les animaux
qui sont capables de répandre des bruits. Les animaux
inférieurs jusqu’aux échinodermes y compris sont tout û
fait muets, et ce n’est que des mollusques que commence
la série de musiciens de la nature. Les derniers sont très
LE NATURALISTE
rares chez les Crustacés et chez les Araignées ; chez les
Myriapodes il n’y en a point, en revanche les insectes for¬
ment, à eux seuls, la plus grande partie de l’orchestre
de la nature. Les musiciens plus actifs et plus énergi¬
ques, nous les voyons chez les vertébrés. Ici, certes, les
oiseaux occupent la première place, les chanteurs repré¬
sentant les instruments àvent, et les mammifères ; quant
aux poissons, bien qu’ils soient considérés comme
muets, ils n’en prennent pas moins part dans le concerl
commun de la nature, de même que les reptiles et les
amphibiens. Le rôle des poissons dans l’orchestre de la
nature est comparé ajuste titre à celui du tambour, des
castagnettes et d’autres instruments rares dans l’orches¬
tre, avec lesquels les poissons ont de commun le carac¬
tère de leurs sons.
J. Gutman.
UTILISATION DE LA RAMIE EN SÉRICICULTURE
Dans un précédent article (1), j'ai parlé de l'importance
industrielle qu’acquerra forcément la Ramie dans notre pays,
dès qu’on aura de bonnes décortiqueuses. Mais depuis cette
époque, le consul anglais à la Nouvelle-Orléans a donné con¬
naissance d’un fait (V. New Garden Bulletin, 1890), qui aura, s’il
se reproduit partout, ce qui ne peut être douteux, une influence
considérable sur le développement des cultures de Ramie.
Certains sériciculteurs américains, par suite de la maladie
des mûriers, ne pouvant se procurer des feuilles en quantité
suffisante pour leurs élevages de vers à soie, eurent l’idée de
présenter à ces animaux des feuilles de Ramie ( Bœhmeria nivea).
Ils constatèrent avec plaisir que non seulement clics furent
rapidement et avidement dévorées, mais que les vers ne parais¬
saient nullement incommodés par ce changement de nourriture.
Les cocons qu’ils obtinrent ainsi différaient des cocons prove¬
nant d’animaux nourris avec des feuilles de mûrier par leur
grosseur qui était plus considérable et par leur soie qui était plus
fine.
Si ce fait est confirmé par des essais probants, il y aura
donc un double avantage à cette substitution do feuilles pour
la nourriture des vers à soie, et la Ramie dont la culture est si
facile et si peu coûteuse, qui s’accommode de tous les climats et
entre autres de celui de la zone où se trouvent des magnaneries,
sera appelée à rendre de grands services aux éleveurs de la
région méditerranéenne. En Italie, on s'est déjà ému de cette
découverte, et les éleveurs français auraient tout avantage à
contrôler ce fait qui peut être important pour l’avenir de l’in¬
dustrie séricicole.
A. Meneoaux.
UN RARE ÉCHANTILLON D’OR CRISTALLISÉ
Cet échantillon a été trouvé à Summit (Colombie) en 1887 ;
la mine de cristal d’or d’où il a été tiré est ce que les mineurs
appellent « mine de poche » et la variété « gisements par
filons ». Le filon gît en ardoise noire et est mêlé à de l'oxyde
rouge de fer, probablement venant des pyrites ; la portion au¬
rifère varie de l’épaisseur d’une lame de couteau à 6 pouces,
le spécimen fut rencontré à la jonction de deux filons. De
l’or brut avait été extrait à quelque distance, ce qui encouragea
les mineurs à faire un tunnel conduisant à la découverte du
filon.
Le poids de ce spécimen est de 92 onces 7 (troyweight) (2),
l’extrême longueur 7 pouces, la largeur 5 pouces 1 1/18,
l’épaisseur .3 pouces, la densité 7. 51368 +; la pureté de l'or
814, de l’argent 130, valeur de l’or par once, 16 dollars 82 cents
(84 Frs 10 c.).
En plus de sa valeur intrinsèque, il a une haute valeur
scientifique, et il est à espérer qu’on lui trouvera une place
honorable dans quelque musée national, car ce serait une in¬
culte à la nature et une perte sérieuse pour la science de l’en-
(1) Naturaliste du 1" mars 1890.
(2) L’once troyweight est de 31 gram. 1.
vover à la fonte. La beauté des cristaux dont il est presque
entièrement composé ne peut être bien appréciée qu’à l’aide
d’un microscope. Tandis qu’à l’oeil c’est un bel et intéressant
objet, il est simplement merveilleux quand on l’examine sous
un grossissement de 20 diamètres et qu’on voit chaque détail
cristallographique. Beaucoup des faces, lorsqu'on les examine
dans ces conditions, prennent la forme de panneaux déprimés,
une rare particularité de l’or, quoique déjà notée auparavant
par les minéralogistes. Les cristaux sont petits, en général, et
pas du tout parfaits, mais leur détail comme groupe et indivi¬
dualité sont dignes d’étude sérieuse et soigneuse.
L’état des cristaux indiquerait un dépôt dans la veine par
lente accession d’un fluide tenant de l’or en solution. Il n’est
pas possible qu’un; tel' spécimen résulte simplement de fusion
et cristallisation subséquente, tandis que la masse se refroi¬
dissait lentement (opinion émise par quelques géologues).
Récemment, J. -O. Whitney retira de la mine hydraulique de
Scott rîveren Siskiyou,un bel échantillon d’or amalgamé. Bien
que les spécimens n’égalent pas le précédent en beauté, il n’est
pas différent comme poids et comme valeur, et l’étude qu’on
peut en tirer n’est pas moins intéressante. En examinant les
petits' grains d’or, on les trouvé être simplement des masses
arrondies d’or brillant et jaune, sans la moindre trace de
cristal, fil ou forme feuillue, particulière au même métal en
quartz. (D’après identifie American.)
DIAGNOSES DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Cratnsiî» lnilineata n. s.p.
Taille ët port de Cratosia Parallela Feld. Dessus des supé¬
rieures rouge brique uniforme teinté de jaunâtre à l'apex, en¬
cadré tout autour de noir et coupé dans la partie supérieure
par un long trait également noir qui n’attoint pas le bord
externe.
Dessous noirâtre, laissant voir on partie la teinte rouge supé¬
rieure par transparence.
Dessus et dessous des inférieures noirâtre avec le centre plus
clair.
Tète, collier et thorax noirs ainsi que les derniers anneaux
de l’abdomen. Ptérygodcs, dessus du corps, tibias et poitrine
rouge brique; reste des pattes et dessous de l'abdomen noir.
Cette espèce a une grande ressemblance avec Parallela Feld.,
mais s’en distingue aisément par le trait noir unique, l’enca¬
drement et la frange noirs aux supérieures, enfin le noir qui
envahit la partie inférieure de l’abdomen.
3 2 de .San-Francisco, près Loja, août 1886.
P. Dognin.
LE MOUTON DOMESTIQUE
Lorsqu’on cherche à établir la liste des races de mou¬
tons actuellement existantes, on court grand risque d’en
oublier quelques-unes. Les races formées par les éle¬
veurs sont extrêmement nombreuses, chacun veut avoir
la sienne, et cela lors même que les caractères zoologiques
n’élèvent même pas les animaux au rang des variétés.
Les principales races cependant diffèrent notablement
les unes des autres. Si les moutons sont devenus, les
uns des animaux charnus et gras montés sur des pattes
grêles et courtes, comme par exemple ceux de race
Charmoise, si d’autres comme la brebis belge des Polders
sont chargés d'une laine fine et soyeuse, abondante au
point de leur donner l’aspect d’un jouet d'enfant, c’est
sous l’influence de causes que nous allons passer en
revue .
Certaines modifications de la disposition et des pro¬
portions relatives, soit dans la charpente squelettique, soit
dans la musculature soit enfin dans la forme générale
du corps et dans l’aspect de la toison, méritent d’être
observées comme tous les phénomènes biologiques, sur¬
tout quand elles ont pour résultat la créali n d’animaux
monstrueux par rapport à l’espèce type, normaux au
10
LE NATURALISTE
contraire dans leur race qui se propage identique à elle-
même.
Les causes des difformités, et nous employons ce terme
dans son acception large, ces causes ne sont pas attri¬
buables uniquement à l’intervention de l’éleveur. Il est
admis que les échantillons des différentes races ont été
obtenus par sélection, par croisements, ou par des
procédés mixtes comprenant à la fois l’une et l’autre
méthode; en fait, d’autres influences entrent en jeu et
nous en parlerons après avoir exposé ce qu’il faut
entendre par sélection et par croisement.
On fait de la sélection, lorsqu’on choisit, parmi un
groupe quelconque d’animaux de même espèce, ceux qui
présentent les caractères que l’on veut reproduire chez
leurs descendants, en choisissant ensuite parmi les des¬
cendants ceux chez qui les caractères préférés sont le
plus nettement accentués et ainsi de suite dans chaque
génération. L’expérience a montré que l’on parvient
ainsi à obtenir au bout d’un certain temps un ou plu¬
sieurs couples d’animaux dont les caractères acquis se
transmettent indéfiniment aux descendants.
Par ce procédé on réussit à fixer, c’est le terme con¬
sacré, telle particularité individuelle à l’origine, qui
devient à la fin le privilège de la race.
La matière animale vivante est donc jusqu’à un certain
point plastique entre les mains de l’homme, qui pourra
modeler des formes très diverses, mais à la condition
de ne diriger ses essais dans une même suite d’expé¬
riences, que vers un but unique très défini.
Daubenton, le berger de Fiance, comme on l’a appelé,
avait fait de nombreux efforts pour enseigner et pour
vulgariser l’usage de cette méthode qui a rendu au point
de vue pratique de très sérieux services. On doit aussi à
Daubenton d’avoir fait expérimenter la méthode du croi¬
sement sinon pour la première fois, du moins avec le
plus de suite.
On forme une race par croisement en introduisant
dans un troupeau des béliers ou des brebis appartenant
à une race étrangère meilleure et dont les produits avec
la race indigène seront à leur tour améliorés soit par
sélection soit par de nouveaux mélanges avec la race
étrangère.
Nous ne discuterons pas ici les avantages de l’une ou
de l’autre méthode, nous bornant à noter quelques faits
signalés par divers observateurs et qui rentrent dans le
cadre non seulement de l’économie agricole mais aussi
de la zoologie générale.
Si l’on considère que par la seule sélection des éle¬
veurs anglais sont arrivés à augmenter d’un tiers le
poids de la chair sur leurs moutons, que d’autres éleveurs
ont pu augmenter la longueur de la laine jusqu’à obtenir
des laines de vingt-deux pouces de long sur des brebis
dont les arrières-grand’mères avaient des laines de
trois pouces, on se demandera s’il existe une limite à
l’étendue des accroissements divers que l’on pourrait
imposer à une race d’animaux.
Cette limite nous est marquée par ce que nous sommes
habitués à appeler la fixité de l’espèce. Il nous manque,
pour franchir cette barrière, le temps qui est nécessaire
à toutes les évolutions naturelles et aussi le pouvoir de
modifier profondément les conditions de milieu.
Ces conditions de milieu sont loin d’être négligeables;
la transformation obtenue par l’éleveur est puissamment
actionnée et dirigée par ces causes qui entravent ou favo¬
risent l’action de l’homme.
La nature du sol et de ses produits, le degré d’humi¬
dité et la température du climat sont d’un effet constant
qui impose des caractères à la race. Si des conditions
climatériques nouvelles sont peu éloignées des conditions
habituelles, l’organisme peut s’assouplir au nouveau
régime et le résultat de l’adaptation est souvent le chan¬
gement d’aspect des organes; si au contraire l’effort
d’adaptation exigé dépasse la plasticité organique, l’animal
meurt ou cesse de se reproduire.
Ceci permet de comprendre comment les perfection¬
nements par sélection sont moins aléatoires et donnent
des résultats plus fixes que le croisement qui suppose .
l’acclimatation. Les difficultés et les bénéfices de cette
acclimatation ont, dans le cas spécial, été mis en évi¬
dence par les essais d’importation des moutons mérinos
qui, d’une part ont perdu de leurs qualités dans certaines
régions et d’autre part ont acquis, surtout en certains
points de la France et de la Saxe, une laine plus fine
que celle qu’ils avaient en Espagne.
Des faits d’un autre ordre présentent de l’intérêt. Dans
les croisements, les caractères transmis aux descendants
ne sont pas les mêmes si les moutons importés sont
mâles ou femelles. L’influence du bélier est prédomi¬
nante pour les modifications de la toison, de l’ossature
et de la musculature des parties antérieures du corps ;
l’influence de la brebis se fait sentir sur la taille des
produits et sur les dimensions relatives de la région
postérieure du corps.
Le choix des béliers a donc été fait avec le plus
grand soin lorsqu’il s’est agi d’obtenir des laines capa¬
bles de rivaliser avec celles qui étaient importées de
Perse. La toison se compose de deux sortes de poils, les
uns constituent le jarre, les autres la laine proprement
dite. Il fallait diminuer la proportion du jarre et aug¬
menter la finesse de la laine.
La prédominance de la laine et la délicatesse des fila¬
ments ont pu, chez certaines races, devenir telles, qu'il a
suffi d’un kilogramme de cette laine pour fournir de
vingt-cinq à trente mille mètres de fil. On cite même
un exemple où une livre de laine a fourni trente-huit lieues
de 111. Sans doute ce mouton-là était croisé de vers-à-
soie.
La classification méthodique non seulement des races
de moutons mais encore des espèces actuellement con¬
nues n’a pas été faite jusqu’ici. Pour les races, comme
nous l’avons dit, le dénombrement donne un chiffre si
élevé qu’il faut renoncer à les distinguer toutes si l’on
ne veut entreprendre l’étude de l’arbre généalogique de
chaque troupeau. Les archives manquent sur quelques
points et c’est fort, heureux. En admettant que l’on
dégage de ce chaos une vingtaine de races à peu près
nettes, on arriverait à chercher les ancêtres de nos
moutons dans trois directions et le problème ne s’arrê¬
terait pas là. Le mérinos a certainement une grande
part de responsabilité dans l’état actuel de la population
ovine en France. Il est entré dans nos bergeries à maintes
reprises. Daubenton l’avait amené à Montbard où il ne
resta pas inactif. Louis XVI lui fit à Rambouillet une
place où il demeure pensionnaire de l’Etat. Plus tard
encore des traités avec l’Espagne assurèrent la propaga¬
tion de cette race d’élite.
Ceci admis il faut démêler l'origine des mérinos. On
prétend que les Romains amenèrent ces moutons en
Espagne ; il est assez curieux de remarquer, à ce propos,
que dès qu’une question se perd dans l’antiquité, les
LE NATURALISTE
II
Romains sauvent la situation, jusqu’au jour où un
archéologue ouvre un tombeau. Si l’archéologue n’ouvre
rien, c’est, un géologue qui dans les mâchoires d’un
ours de l’âge de pierre trouvera le tibia du mouton
demandé. Laissons les mérinos; le sang des béliers
anglais s’est mêlé à celui de nos moutons ; •l’enquèle
doit se diriger sur l'origine des Suffoltlc, des Dishloy, des
New-Kent; les difficultés sont les mêmes.
Il reste enfin à chercher dans le pays même ; le triage
n’est pas facile encore. D’autres importations ont été
faites ; les Hollandais ont embarqué des moujtons sur les
côtes de la Nouvelle-Guinée et nous en avons reçu sous
les noms de Ovis longipes, Moutons du Texel, Moutons
de race Flandrine. La vieille, race indigène, celle des
peuples pasteurs qui vivaient avant l’histoire sur notre
sol de France, a enterré son secret assez profondément;
elle a eu l’extrême délicatesse de laisser, à la surface du
sol, une descendance qui fournit, aujourd’hui comme
alors, cette pièce anatomique désignée vulgairement
sous le nom de gigot de mouton. Ce document nous
reste, c’est une consolation rëlative pour cetix qui vou¬
draient mieux connaître l’aïeul premier de la race ovine.
Remy Saint-Loup.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
Erythrœa capitata Willdenow ap. Cliamisso
Adnotationes quœdam ad Floram Berolinensem
(1815), p. 9 (append. éd. 3 Verzeichn. der auf den
Friedlœndischen Gütern cultivirten Gewœchse,nebst
einem Beitrage zur Flora der Mittelmark , aucl.
F. Walter); Rœmcr et Schultes Syst. regel.. IV,
p. 168 et 786; Townsend in Journal of Linnean
Soc., XVIII (1881), p. 402 (On an Erylhræa neic to
England, etc., cum icône) et Flora of Hampshire ,
p. 213,502; Babinglon Manual o/Brit. bot., éd. 8,
p. 241 ; Corbière InBullet. Soc. Linn. de Xorman-
die, troisième série, vol. X, p. 170-171 (Une plante
nouvelle pour la flore française) et in Mèm. Soc.
Sciences nat. et math, de Cherbourg, XXV, p. 273 ;
Lloyd et Foucaud Fl. de l’ouest, éd. 4, p. 229. —
Exsicc : Witlrock Erythrœœ exsicc. . n° 1 1 ; Ch. Ma-
gnier Flora selecta , n° 2245. — Plante annuelle
ou bisannuelle. Racine pivotante, atteignant sou¬
vent deux et trois lois la longueur de la tige à ra¬
meaux peu nombreux. Tiges courtes (2-10 cen¬
timètres) quelquefois presque nulles, solitaires ou
plusieurs partant du collet de la racine, simples ou
rameuses dès la base, munies parfois à Faisselle des
feuilles de la dernière paire, quelquefois aus-i de
l’avant-dernière, de un ou deux rameaux aphylles
terminés par un petit capitule de (leurs dépassant
le glomérule principal. Feuilles radicales en roselle
dense, sessiles, glabres, ovales-oblongues, minces,
les caulinaires plus étroites, plus ou moins décur-
rentes, les dernières paires souvent très rap¬
prochées du glomérule floral et alors l'égalant ou le
dépassant. Fleurs nombreuses, sessiles, en, glomé¬
rule dense, munies chacune de 2-3 bractées li¬
néaires inégales. Divisions du calice étroitement
linéaires, égalant ou dépassant le tube de la corolle
à l’anthèse. Corolle à tube non resserré à la gorge
et égalant les lobes ovules-oblongs, obtus. Etamines
insérées cl la base du tube de la corolle ou, plus ra¬
rement, à insertion hypogyne (1). Capsule subacu-
minée dépassant sensiblement le tube après Fan-
thèse. — Juillet-août.
Hab. — Manche : pelouses rases et pierreuses au
bord de la mer à Bretteville près Cherbourg (herb.
R., Corbière), coteaux maritimes à Carter et (Lebel,
Corbière) ; dunes fixées à Créances près Lessay
{herb. R., Corbière).
Aire géographique. — Allemagne : Berlin,
Munich; Suède: iled’Œland-, Angleterre: île de
Wight, Sussex (2).
VE. capitata Willd. diffère de VE. Centaurium
Pers. et de sa var. capitata Koch par les fleurs en
cyme serrée ordinairement égalée ou dépassée par
les feuilles caulinaires ultimes, le calice à divisions
atteignant au moins la longueur du tube delaco-
ro’le à l’anthèse, les étamines à filet inséré à la base
du tube de la corolle (et non à la gorge).
Obs. — Cette plante singulière qui, par ses éta¬
mines à filet inséré à la base du tube, semblerait
même devoir sortir du genre Erythræa, ainsi que l’a
fait remarquer M. Townsend, si l’on s’en tenait aux
caractères attribués dans le aux Erythræa :
a . Stamina 3-4, corollæ tubo superiore inser-
ta », doit-elle être acceptée comme espèce ? — Nous
ne le croyons pas, et elle constitue seulement pour
nous une sous-espèce de VE. Centaurium , basée sur
le dimorphisme du type, comme les E. glomerata
Wittr., Morieri Corb., Schuttleicorthiana Rouy
(E. nana Shuttlew. in herb., non Hegetsch ; herb . R..
leg. Auzaude, ex herb. Huet) (3) sont des sous-es¬
pèces parallèles des A. littoralis Fries, ramosissima
Pers. (et forma E. pulchella Fries) et maritima
Pers., caractérisées par une taille naine, des feuilles
très rapprochées, les fleurs réunies en cyme com¬
pacte ou agglomérées, entourées par les feuilles
caulinaires supérieures, les divisions du calice plus
longues que le tube de la corolle, les étamines insé¬
rées à la base ou vers le milieu du tube de la co¬
rolle. Ces sous-espèces se rencontrent toutes dans
les régions maritimes, sur le littoral. Ajoutonsque
(1) Dans ce cas la corolle est dialypétale [sec. Corbière.
(2) Les deux variétés : Willdenowiana et sphœrocephalaTowns.
ne sont pas sulïisamment distinctes d’après MM. Wittrock et
(3;: (L’E. Schuttleicorthiana Rouy (Chironia maritima pumila
Herb. Robert) a été découvert par Auzandc à l’ile du Levant
(iles d’Hycrcs.) — Il se sépare de l’£. maritima Pers. par ses
fleurs subsessiles agglomérées en capitule, les divisions c a 1 i -
cinales un peu élargies plus longues que le tube de la corolle,
atteignant ou dépassant la moitié du limbe, les 'feuilles supé¬
rieures très rapprochées entourant le capitule florifère et sou¬
vent plus grandes que les radicales.
12
LE NATURALISTE
les formes naines et capitées ou subeapitées, mais a
étamines insérées près de la gorge et à divisions du
calice comme dans ie type des E. Centaurium
(var. capitata Koch), E. littoralis (var. minor
Waldstedl). E. ramosissima (var. nana, Rony =
E. nana Hegelschw., Gliironia nana Bast.), E. mari-
tima (var. occidentalis Rony = Genliana maritima
Thorc, Chironia occidentalis DO.), établissent la
transition entre les sous-espèces citées ci-dessus et
le type pécifique.
(A suivre.)
G. Roüy.
A PROPOS DE LA. MALADIE DES BARREAUX
Dans le Naturaliste du 1er novembre dernier, M. le Dr Girard
a consacré une note à la grave affection qui a sévi cet été sur
les Barbeaux de la Seine. .Je crois utile de présenter quelques
observations au sujet de cotte note.
Ce n’est, pas la première fois que des épidémies de ce genre
sont signalées. D’après les renseignements que nous fournissent
les auteurs allemands, dès la fin de l’année 1870, on aurait vu
dans la Moselle, notamment à Trêves, de grandes quantités de
Poissons, et en particulier des Barbeaux, flotter à la surface
de l’eau : toutefois, personne ne parait avoir déterminé, à cette
époque, la cause du mal.
De 1883 à 1885, c’est-à-dire pendant trois années consécu¬
tives, ce sont les Barbeaux de la Meuse qui ont été attaqués.
L’épidémie s’est accusée peu à peu, de manière à acquérir son
maximum d’intensité vers le milieu de l’année 1884; elle s'est
limitée à la Meuse même, dans le voisinage de Méziéres, sans
envahir les affluents : dans certains jours de cette période, on
enterrait, à Méziéres seulement, jusqu’à 100 kilogrammes de
Barbeaux; la Meuse était couverte de cadavres.
A ce moment (1884), M. Ladague, vétérinaire à Méziéres,
qui étudiait avec grand soin cette maladie, fit expédier à Alfort
quelques-uns des poissons atteints, et nous reconnûmes, M. No-
card et moi, que les tumeurs dont ils étaient tous porteurs, et
qui étaient évidemment le point de départ de troubles observés,
avaient pour base des psorospermies ou myxotporidies .
Quelques années plus tard, la maladie en question avait cessé
au voisinage de Méziéres, mais elle sévissait en aval, vers la
frontière belge; puis elle fut signalée en Belgique même, où
on l’attribua, bien à tort, à l'action de certains Vers.
D’autre part, on l’étudia de nouveau dans la Moselle, et les
observateurs, Mégnin en France, H. Ludwig on Allemagne,
s’accordèrent à reconnaître la nature psorospermique des tu¬
meurs caractéristiques.
L’année dernière (1889', elle sévissait dans l'Aisne, au voisi¬
nage do Rctliel, et c’est au mois cle juin de cette année seu¬
lement qu’elle est apparue dans la basse Marne (l),pour gagner
bientôt la Seine. J’ai donné quelques détails sur cette dernière
épidémie dans le Bulletin de la Société centrale d'agriculture de
France.
Pour rectifier les indications de M. le Dr Girard, il me suf¬
fira donc de rappeler les points principaux des notes que
j’ai publiées antérieurement sur ce sujet.
Les symptômes de la maladie sont assez faciles a saisir. Les
Barbeaux atteints sont moins vifs qu’à l’état normal; ils ont
beaucoup de peine à remonter les courants : au lieu do se
tenir, comme à l’ordinaire, dans les points où l’eau a une marche
rapide, près des piles de ponts, par exemple, on les voit re¬
chercher les endroits calmes. Finalement, ils se laissent
prendre à la main ou à l’aide d’une simple épuisette.
Les sujets atteints sont de toute taille et de tout poids ; les
adultes sc montrent aussi souvent malades que les jeunes
ou barbillons. 11 faut remarquer toutefois que le corps est
souvent dilaté, et que, par suite, le poids réel est bien infé¬
rieur à ce. que semblerait indiquer l’apparence extérieure.
(P D’après des renseignements qui m’ont été communiqués
récemment, on l’avait constatée depuis plusieurs années, dans
les départements de Soine-et-Marne et de la Marne.
La surface du corps est. terne; le tégument est recouvert
d’une sorte de mucus huileux, et les poissons glissent facile¬
ment des mains quand on veut les saisir. Le plus souvent, ils
présentent des lésions extérieures bien apparentes, tumeurs ou
ulcères, ceux-ci dérivant de celles-là. Les tumeurs, hémisphé¬
riques ou un peu allongées, siègent principalement sur le ventre
ou sur les côtés du corps; elles sont en nombre assez variable,
et leurs dimensions varient également, depuis la grosseur d’une
noisette jusqu’à celle d’un œuf de poule. A leur niveau, les
écailles sont soulevées, peu adhérentes et finissent par se déta¬
cher. Souvent alors la tumeur s’ouvre en laissant échapper une
matière puriforme d’un gris jaunâtre; elle prend ainsi l’aspect
d’un ulcère profond, à bords saillants, enflammés, et d’aspect
sanguinolent. Au fond de cet ulcère, ainsi que dans la matière
qui s’en échappe, on trouve des myriades de ces corps lenti¬
culaires que Millier a fait connaître, en 1841, sous le nom de
psorospermies.
Dans certains cas, à la vérité, les tumeurs ne s’ouvrent pas à
l’extérieur, ou même on n’en remarque point d’apparentes ;
mais on trouve alors les kystes parasitaires à l’intérieur, soit
dans les muscles, soit dans la cavité viscérale. En tout cas, la
chair est jaunâtre, molle et prend par la cuisson une saveur
amère plus ou moins prononcée.
Tous les poissons attaqués ne sont pas nécessairement des¬
tinés à périr; dans la Meuse et dans le Rhin, on a vu dès èas
do guérison spontanée; d’autre part, M. Ladague a constaté
qu’en ouvrant les tumeurs et en les vidant, on prolonge de
beaucoup l’existence des sujets; parfois même on parvient à
les guérir.
En somme, T « ampoule » qu’a observée M. le Dr Girard, et
dont il décrit le contenu comme étant de « nature adipeuse »,
n’est autre chose qu’un kyste parasitaire, renfermant une foule
de spores ou psorospermies.
L’étude de ces kystes a été faite récemment par L. Pfeiffer,
de Weimar (Die Protozoen ah Krankheitserrcger , Iéna, 1890), et cet
auteur a reconnu qu’ils ont, tant dans leur constitution propre
que dans leur siège et leur évolution, une grande analogie avec
le Sporozoaire des petits Ruminants que j’ai décrit sous le
nom de • Balbiana gigantea. Cependant, par la constitution des
spores, ils se rattachent au groupe des Myxosporidies. tandis que
celui-ci appartient aux Sarcosporidies.
On ignore encore par quelle voie se. fait l’infestation des
poissons (peau, branchies ou voies digestives). Quant aux con¬
ditions qui la favorisent, on a cru les trouver surtout dans la
malpropreté des cours d’eau, qui reçoivent de plus en plus les
eaux vannes des usines, dans l’établissement de barrages qui
ralentissent les courants, etc.
Les moyens à opposer à cette maladie dépendent à peu près
exclusivement de la prophylaxie ; en recueillant des poissons
dès le début du mal, c’est-à-dire avant l’ouverture des tumeurs,
et en les enterrant à une certaine distance de la rivière, on
supprimerait les éléments de la contagion, et la maladie s’étein¬
drait sans doute beaucoup plus rapidement.
Il me paraît inutile de parler de la consommation des pois¬
sons atteints, au point de vue de l’hygiène. L'aspect répugnant
qu’ils offrent, du moins quand les tumeurs sont ulcérées, et la
saveur amère que possède leur chair me portent à croire que
bien peu de personnes doivent se décider à les manger. Au
surplus, l-ien ne permet de supposer, jusqu'à présent, que cette
consommation offre le moindre danger.
A. Railuet.
L’HIBERNATION
( Mammifères )
Voici l’hiver arrivé dans toute sa rigueur, amenant un
changement complet dans les conditions de la vie : les
animaux, les plus humbles comme les plus élevés en or¬
ganisation, sont prévenus par leur instinct, résultat d’une
expérience plusieurs fois séculaire, et mettent tout en
œuvre pour échapper ou pour survivre au fro:d ou à la
faim. Pour quelques-uns, les Carnassiers notamment,
l’hiver marque le summum de leur activité ; la vie, rela¬
tivement facile durant la belle saison, devient dure à
l’époque des frimas, lorsque la neige couvre la terre :
les individus isolés jusque là se rapprochent, s’associent
LE NATURALISTE
13
pour vivre, tentent des expéditions audacieuses et loin¬
taines. « La faim fait sortir le loup du bois », dit la
sagesse des nations, qui, pour cette fois, est d’accord
avec la réalité. Mais les trois quarts du temps, l’hiver
amène un ralentissement vital considérable; quand il
est long, comme dans les pays élevés ou dans les ré¬
gions septentrionales, on peut dire sans paradoxe, que
l’animal emploie les quelques mois d’été à se préparer
pour la mauvaise saison, à accumuler suffisamment de
matériaux de réserve pour subsister durant la longue
période qui le réduit à l’inaction.
Une étude générale de l’hibernation serait des plus
intéressantes; mais, comme pour beaucoup de points de
physiologie générale, on a d’abord étudié en grand dé¬
tail les Vertébrés, et l’on ne sait que très peu de chose
pour les animaux plus inférieurs, qui fourniraient cepen¬
dant des résultats du plus haut intérêt.
Mammifères. — On sait que l’un des premiers effets du
froid sur les Mammifères est la modification du pelage,
qui, devient plus épais et plus long; entre les poils ou
crins qui le composent, se forme une quantité considé¬
rable de duvet fin, qui emprisonne beaucoup l’air, et
réduit au minimum la déperdition de chaleur. Naturel¬
lement plus l’on remonte dans le Nord, et plus les mo¬
difications sont sensibles; ce sont là des faits tellement
connus qu’il n’y a pas lieu d’insister.
Ce qui est curieux, c’est que le même effet se produit
quelquefois sous une influence exactement contraire :
tout le monde connaît les chèvres et les chats Angora, à
poils longs et soyeux; ces races proviennent d’Angou-
Fig. 1. — Chèvre angora.
rieh en Anatolie (Ancyre des anciens), où l’hiver qui
dure quelques mois à peine, est très clément; la tempé¬
rature estivale y est aussi fort élevée. Cette hypertrophie
du système pileux a probablement pour but d'empêcher
l’absorption de la chaleur extérieure, de même que les
Arabes se couvrent dans le même but de burnous blancs
et épais.
Non seulement le pelage s’épaissit, mais il change
souvent de teinte. L’Ecureuil commun ( Sciurus vulgaris),
d’un beau roux en été, devient pendant l’hiver, dans les
pays du Nord, d’un brun grisâtre avec le ventre blanc ;
le Renard bleu ( Vulpes lagopus), eu été couleur de terre
ou de rocher, est blanc eu hiver; de même l’Hermine
[Mustela herminea), dont le bout de la queue reste cepen¬
dant toujours noir; le lièvre des Alpes ( Lepus variabilis )
devient aussi tout blanc, sauf aux pointes des oreilles.
Ces changements de coloration ne sont pas si absolus
Fig. 2. — Le Renard bleu.
ni si réguliers qu’on le croit d’ordinaire; pendant l’hi¬
ver, on tue en Islande des Renards bleus de toute teinte,
les uns blancs, les autres gris cendré; en été, y on trouve
parfois de jeunes Renards, à peine âgés de quelques
semaines, dont la robe est entièrement blanche.
11 est extrêmement probable, au moins pour quelques-
uns, que ces changements de coloration sont des phé¬
nomènes d 'homochromie, ayant pour but d’harmoniser
leur couleur avec celle du-milieu où ils vivent; le Renard
bleu, l’Hermine, le Lièvre variable, habitent des ré¬
gions souvent couvertes de neige, où nombre d’animaux
(Oiseaux, Ours, etc.), restent blancs pendant toute la
durée de l’année. La théorie darwinienne considère ces
phénomènes d’homochromie, comme fixés par la sélec¬
tion naturelle; les individus les moins visibles, par suite
de leur teinte, étant épargnés de préférence aux autres,
et propageant ainsi leur race. Sans nier ce qu’il peut y
avoir de vrai dans celte, hypothèse, il est cependant pro¬
bable qu’il y entre un autre facteur ; peut-être, comme
dans beaucoup de cas analogues, une réaction directe de
la couleur du milieu sur la couleur de l’animal. D’ailleurs,
il s’en faut de beaucoup que la teinte blanche coïncide
avec l’apparition des neiges ; elle apparaît graduellement,
plus ou moins tôt suivant les régions; on saitqu’en Angle¬
terre, quelle que soit la rigueur de la température, l’Her¬
mine reste d’un brun grisâtre et ne devient jamais blan¬
che. On s’est peut-être un peu trop pressé de considérer
toutes ces questions comme résolues du coup par l’hypo¬
thèse de la sélection naturelle; il faut reconnaître d’ail¬
leurs que dans ces dernières années celle-ci a perdu
beaucoup de terrain, et que l’on en revient de plus en
plus aux idées de Lamarck, qui accordent un • influence
prépondérante à la réaction directe du milieu sur l’ani¬
mal. 11 est aussi très probable que les ressemblances
homochromiques ne se produisent pas toutes par le même
processus, et qu’il faut les étudier séparément pour
chaque groupe.
Les Chauves-souris hibernent plus ou moins longtemps
suivant les régions : à l’approche du froid, elles se re¬
tirent dans les cavernes, les édifices en ruines, etc., et
s’attachent aux saillies en se pressant les unes contre les
autres; chaque individu est suspendu par s -s pattes de
derrière; souvent des espèces différentes se rassemblent
dans le même gîte pour passer l’hiver. Lorsqu’on les
14
LE NATURALISTE
surprend dans leurs retraites, elles sont fort engourdies
et ne font aucun effort pour se sauver ; elles ne sortent
que lorsque les premiers Insectes apparaissent dans 1 air.
On a observé un fait curieux au sujet de l’évolution des
embryons chez les
Chauves-souris qui
hibernent : le déve¬
loppement commen¬
cé s’interrompt tout
à fait pendant l’hi¬
ver, pour ne repren¬
dre qu’à la belle sai¬
son.
Parmi les Carnas¬
siers, les Ours sont
à peu près les seuls
à s’engourdir pen¬
dant les grands froids
et encore il faut en
excepter les Ours
blancs des régions
polaires. Ces plantigrades se creusent un trou dans la
terre, qu'ils tapissent de branches et de feuilles, ou se
logent dans le tronc d’un arbre , et s’engourdissent:
pendant quelque temps, la période d’hibernation étant
coupée par de courts réveils. C’est à ce moment surtout
qu’on les chasse dans beaucoup de régions, notamment
dans l’Amérique du Nord : les Indiens reconnaissent
la présence d’un Ours dans un arbre ou une caverne
par la trace des griffes ou par la légère vapeur qui
s’échappe; ils tuent l’animal, soit dans son gîte même,
soit après l’avoir fait sortir en l’enfumant.
L. ClÉNOT.
(A suivre.)
Fig. 3. — Molosse de Ce
accrochée aux parois d’un
verne (1/2 gr. pat.).
LE COCOTIER DES SÉCHELLES
( Lodoicea Sechellarum).
C'est dans une des îles des ; Séchelles découverte
en 1743 par M. de la Hourdonnaie, qu’il appela île des
Palmes, et qui a été depuis nommée île Praslin, que
croît ce magnifique palmier dont l’origine dans les
Indes a été longtemps inconnue. Linscot, Garzias,
Acorta et Clusius ou Delecluze sont les premiers (bota¬
nistes qui aient fait connaître en Europe le fruit de
cette majestueuse Borassinée, sous le nom de Nux
medica, et du temps de Gaspard Bauhin, on ne doutait
plus que ce ne fut le fruit, d’un Palmier, puisque cet
auteur le désigne dans son Pinax, page 39, sous le
nom de Palma coccifera figura ovali, mais on n’avait, pas
encore d’idéejuste de ce Palmier.
Cet arbre s’élevant en plusieur endroits de l’ile de
Praslin, sur le bord de la mer, la plus grande partie de
ces fruits tombaient dans l’eau au-dessus de laquelle ils
surnageaient, puis les vents les poussant ainsi que les
courants dont la direction dans ces parages est à l’Est-
Nord, les portent jusqu’au rivage des Maldives, la seule
partie où on les trouvait avant la découverte de l’ile
Praslin, ce qui fit donner à ce fruit le nom de Cocos des
Maldives.
Avant qu’on eut connu la plante qui produit cetle
noix, on avait supposé que c’était le fruit d’un végé¬
tal marin qui se détachait lors de la maturité et qui
surnageait ensuite au-dessus des flots. Ce ne fut
qu’en 1739 que ce beauPalmier fut découvert ; son tronc
ou stipe atteint une hauteur de 33 mètres sur 40 à 90
centimètres de diamètre ; il est marqué par inter¬
valles de cicatrices annulaires provenant de la chute
des feuilles. Les -pétioles atteignent plusieurs mètres
de longueur et sont terminés par une limbe en forme
d’éventail d’une longueur de 3 à 6 mètres sur 3 à
4 mètres de largeur, à contour général ovale rhomboïdal
et portant jusqu’à cent folioles. Le bois du stipe est très
dur, mais se fend très facilement, on l’emploie avec
avantage pour faire des conduites d’eau, des haies de
clôture, des palissades et des charpentes de pressoirs
parce que sa durée ‘est très longue; les jeunes feuilles
sont enveloppées d’un revêtement laineux ou plumeux
d'un brun clair qu’on ufilise pour remplir les oreillers,
les coussins et les matelas. Les indigènes :se servent des
grandes feuilles pour faire des chapeaux ou couvrir
leurs huttes ; avec les nervures, on confectionne des
'balais. Les spathes sont énormes. Le fruit pptune grosse
drupe nommée ordinairement, Coco de mer, des Sé-
[ chelles bu Cul de Négresse. Sous son mésocarpe fibreux
se trouve plus ou moins rarement deux ou trois noyaux
bilobés, didymes, renfermant une graine à embryon
basilaire, accompagnée d’un albumen charnu. Les fruits
sont les Xuces indices des anciens voyageurs ; ils ont été
longtemps si rares et réputés si précieux qu’on les a
vendus jusqu’à 10,000 francs. Ce fruit est comestible, il
contient un liquide aussi agréable à boire que le lait de
coco ordinaii’e, mais [il se rancit en quelques jours, il
met sept à huit ans à mûrir; à 3 ou 4 ans, il a déjà
atteint toute sa grosseur, mais il est encore si mou
qu’on le coupe aisément au couteau et qu’on le mange
dans cet état; on dit que l’albumen de la graine est très
vénéneuse. La coque de la noix sert à faire des vases,
des plats, et autres objets d’économie domestique long¬
temps connus sous le nom de vaiselle de l’île de Praslin ;
les fragments de cette noix forment un excellent com¬
bustible.
Le fruit du Lodoicea Sechellarum a été l’objet d’une
légende assez curieuse dont voici quelques mots ; au¬
trefois les grands seigneurs de l’Inde achetaient ce pro¬
duit végétal à un prix très élevé ; ils en faisaient des
coupes qu’ils enrichissaient d’or et d’argent et dans les¬
quelles ils buvaient persuadés que le poison qu’ils crai¬
gnaient ne pourraient leur nuire quand il a été versé et
purifié dans ces vases salutaires. Le souverain des Mal¬
dives mettait à profit cette erreur générale ; à l'exemple
de ses prédécesseurs, il se réservait la propriété exclusive
de ce fruit qu’il vendait excessivement cher, il en
envoyait aux souverains d’Asie comme le don le plus
précieux qu’il pût leur faire. Les habitants des Maldives
nomment ce fruit Travacarné, c’est-à-dire trésor, dans
leur langue.
Ce Palmier habite une région très restreinte de la mer
des Indes et l’on dit même qu’aux Maldives l’espèce
disparaîtrait complètement (mais l’administration plus
prévoyante que les habitants de l’ile prit sous sa sauve¬
garde ce Palmier en déclarant ce ravin, domaine de
l’État) parce que les indigènes ont abattu une grande
quantité de ces végétaux pour exploiter les fibres avec
lesquelles ils font de très jolis travaux de vannerie et de
sparterie qu’ils vendent ensuite aux Européens.
Ce fut Honnerat qui introduisit cette Borassinée à 1 île
Maurice; il serait intéressant de la répandre dans
LE NATURALISTE
15
d'autres régions
chaudes du globe.
Ce Palmier porte
divers noms indigè¬
nes qui sont : Dyria-
Kanaril, Kalappa-
lawt, ,Ubodie, nari
Kaylum, Kadil ta-
gingai, Sumatsapoo
tainkaya; ses syno¬
nymes scientifiques
sont : Borassus
Sonneratii Guieke ;
Calappa Laut
Rumph.; Coccus
Maldavia Gorc.;
Coccus Maldivicus
Rumpb.; Cocos Mal-
divica Gmel. ; Lodoi
e-ea Callypyge
Comm.; Lodoicea
Maldi vica Pers. ;
les noms français
sont, Lodoicée des
Séc.helles, Cocotier
de l’ile de Praslin,
des Maldives, des
Séchelles, Cocos de
mer. Cultivée en
pleine terre dans
une grande serre
chaude, cette ma¬
gnifique Borassinée
y développerait une
luxuriante végéta¬
tion.
De tous les fruits
de Palmiers connus
jusqu’à jour, c’est le
Lodoicea qui donne
le plus volumineux
et les Geonama
produisent les plus
petits ; ces derniers
sont dans certaines
espèces un peu plus
gros qu’une tête
d’épingle.
Henri Jouet.
CHRONIQUE
Concours de décortication de la Ramie. — Dans sa séance du
27 novembre, la Société [des agriculteurs de France a décidé
qu’un objet d’art, des médailles d’or et d’argent seront
mises à la disposition du jury pour récompenser un procédé
do décortication mécanique ou chimique de la ramie en vert
ou en sec, donnant des résultats pratiques et économiques. Les
inscriptions seront reçues jusqu’au 1er juin 1891, au siège de la
Société des agriculteurs de France, 21, avenue de l’Opéra. Le
concours aura lieu au commencement d’octobre 1891 dans la
^ECHELLES (Lodoicea Secbclbi
Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie de Poitiers.
- I n concours s’ouvrira, le 15 juin 1891, devant la Faculté
mixte de médecine et de pharmacie de Bordeaux, pour l’emploi
de suppléant des chaires d’anatomie et de physiologie à l’Ecole
préparatoire de médecine et de pharmacio do Poitiers.
Missions scientifiques. — M. Reummli, dorivur en méde¬
cine, est charge d’une mission aux Indes anglaises en vue d’y
eticcluer des recherches d’anthropologie et d’ethnographie. —
M. le docteur A. Trumet de Fontarce, membre de la société
d’ Anthropologie, est chargé d’une mission en Tunisie, en vue
de recherches anthropologiques.
plaincyle Gennevillicrs. Les moteurs et leur installation seront à la
charge des concurrents. La Société des agriculteurs leur
fournira l’approvisionnement des matières destinées aux expé¬
riences et le charbon nécessaire à la production de la force
motrice.
Legs Mathieu Bonrceret il l’Académie do Médecine. — Le
Secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine est autorisée
à accepter, au nom de cette Académie, aux clauses et condi¬
tions imposées, le legs que lui a fait le sieur Mathieu Bourccrot
par un testament en date du 10 décembre 1885. I.e produit
de cette libéralité sera placé en rentes 3 p. 0/0 sur l’État
français, avec mention sur l’inscription de la destination des
arrérages à la fondation d’un prix annuel, dtiprix Mathieu Bour-
LE NATURALISTE
16
ceret, qui sera décerné à l’auteur du meilleur ouvrage sur la
circulation du sang.
Les primevères de Chine. — Les primevères de Chine, qui,
par la sélection, ont produit de si beaux grains, ne sont entrés
dans nos cultures que depuis un nombre assez restreint d’an¬
nées. C’est en 1821 seulement que le type à fleurs simples fleurit
dans les jardins de Thomas Palmer, en Angleterre. Les fleurs
doubles ne se sont montrées que plus tard, et c’est depuis
quelques années que le Primvla sinensis a été rencontré à l’état
nature par l’abbé Delaway, l’explorateur distingué qui nous a
révélé les trésors de la flore de Yunnam.
LIVRES NOUVEAUX
— Notre collaborateur, M. Henri Gadcau de Kervillc, a récem¬
ment publié le fasc. 11 de sa Faune de la Nornandie (1), volume
de 293 pages qui contient les Oiseaux appartenant aux ordres
des Carnivores, Omnivores, Insectivores et Granivores, corres¬
pondant à ceux des Rapaces, Passereaux et Grimpeurs de la
classification de Cuvier. Ce volume, où l’auteur s’est efforcé
d’étre le plus rigoureusement exact, comme il le fait pour tous
scs travaux, n’est que le second vingtième environ de l’impor¬
tant ouvrage sur la zoologie normande qu’il a entrepris et qui
se composera de quatre à cinq mille pages.
— Les Sens et l'instinct chez les animaux et principalement chez les
insectes, avec 136 figures. — Tel est le titre du nouveau livre
que vient de publier le grand naturaliste anglais Sir John Lub-
bock, qui est membre du Parlement britannique en mémo
temps que de la Société royale "de Londres, et, de plus, l’un
des grands banquiers de la Cité. Ce livre, publié dans la Bi¬
bliothèque scientifique internationale dirigée par M. Em. Alglavc,
est le complément naturel du bel ouvrage de Sir John Lub-
bock sur les Fourmis , les Abeilles et les Guêpes, publié dans la
même collection. — L’auteur étudie successivement les cinq
sens chez les animaux et les instincts dont le développement
se rattache à ces sens. La principale originalité de ce livre ce
sont les nombreuses expériences imaginées par Sir John Lub-
bock avec une ingéniosité et une patience sans égale, pour
mettre en lumière l’intelligence et les instincts moraux ou so¬
ciaux des bêtes de tout ordre. C’est ce qui rend la lecture de
ce livre aussi attachante pour les gens du monde que pour les
savants. (1 vol. in-8° avec 136 gravures dans le texte. Cartonné
à l’anglaise. Prix 6 francs. Librairie Félix Alcan et aux bureaux
du journal.) _
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G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. —
UE CASSETTE,
l.T ANNÉE
2e Série — IV° S >«
13 JANVIER 1891
LA NAPPE D’EAU DE LA CRAIE
AUX ENVIRONS DE LAON
La ville de Laon et ses environs sont assez bien par¬
tagés au point de vue des nappes d’eau. D’Archiac, dans
sa description géologique de l’Aisne (1), signalait dans
ce département onze niveaux d'eau qu’il avait numérotés
en commençant par le haut. Les cinq premiers, rencon¬
trés dans les couches supérieures au calcaire grossier,
n’intéressent pas les environs immédiats de Laon; c’est
en effet à la basé du calcaire nummulitique que l’on voit,
au sommet de la colline, la sixième nappe. La septième
et la huitième, retenues par les couches imperméables
de l’argile
plastique et
de la glau¬
conie infé¬
rieure, exis¬
tent vers le
milieu et à
la base du
coteau.
, Ces diver¬
ses nappes
ont un fai¬
ble débit, et
n’alimen -
tent que
quelques
sources et
puits très
peu-impor¬
tants. La
ville de
Laon, cons¬
truite au
sommet et
sur les
I avec xi i:
lianes d un
témoin tertiaire isolé par érosion, n’a eu pendant
longtemps que ces eaux pour tous les usages domes¬
tiques. On voit immédiatement les déplorables condi¬
tions hygiéniques d’une pareille situation. La nappe
supérieure, existant à quelques mètres seulement du
sommet de la colline, est alimentée par les eaux pluviales
qui n’y arrivent qu’après avoir filtré dans le sol des ha¬
bitations où elles peuvent facilement dissoudre une forte
proportion de matières organiques. Les happes infé¬
rieures ne reçoivent que le trop-plein des sources supé¬
rieures ainsi qu’une partie des eaux résiduaires de la ville.
La neuvième nappe de d’Archiac est celle de la craie ;
son étude est particulièrement intéressante, non seule¬
ment pour sa grande importance industrielle, mais aussi
à cause de certaines particularités qu’elle présente au
point de vue de l’origine et de la composition chimique
de l’eau.
Quand on examine la carte géologique de cette région
(feuilles de Laon et de Rethel au g-g—g) on est frappé de la
régularité relative des affleurements tertiaires qui sont
limités par une ligne moyenne N.-E., S.-O., sensible¬
ment parallèle au tracé du chemin de fer de La Fère à
Reims par Laon.
(1) Paris, 1843.
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
Craie à Belemnitclla i
avec lits de silex.
Cette limite est nettement visible sur le terrain, et l’as¬
cension de la montagne de Laon si intéressante et si
recommandable pour l’étude des étages éocènes infé¬
rieurs, doit être faite pour examiner le contraste qui
existe entre le côté tertiaire et le côté crétacé. Au sud
de la ville, l’horizon est un peu limité, mais les nom¬
breuses collines boisées et verdoyantes qui se projettent
les unes sur les autres, avec leurs pentes d’érosion assez
rapides constituent un des plus beaux panoramas du
nord de la France. Au nord et au nord-est, au contraire,
le paysage est tout autre ; il n’y a plus de coteaux à
proximité. Une large plaine crétacée qui commence dès
la base de la ville, s’étend au loin à plus de vingt kilo¬
mètres, jusqu’à une ligne continue de hauteurs allant
de Marie à
H e t h e 1 .
Seuls, quel-
ques oui-
tiers tertiai¬
res comme
la b utte
d’Aulnois
et le mont
Fendu é-
mergent à
faible dis
tance.
Le con¬
tact dés cou¬
ches ter¬
tiaires et de
la craie est
visible à
Vaux dans
une ma la¬
nière près
de la gare.
La figure ci-
jointe mon¬
tre cette
coupe. Le limon superficiel est roux, argilo-sableux, un
peu calcaire à la base et repose sur un lit ondulé
d’argile grise ; celui-ci, replié sur lui-même, emprisonne
quelquefois des fragments calcaires qui grâce à la pro¬
tection de cette enveloppe imperméable ont échappé à
la dissolution des eaux météoriques. On voit ensuite la
base de la glauconie inférieure constituée ici par un
sable argileux très glauconieux contenant quelques pe¬
tits nodules de phosphate de chaux; puis vient enfin
un lit d’argile verdâtre qui repose directement sur la
craie.
Le sable et l’argile renferment des lits de petits silex
ovoïdes à patine verte ou noire; la cassure est générale¬
ment brune.
La craie de Laon appartient à l’étage de la craie à
Belemnitella quadrata, elle est blanche, sonore, assez
fendillée vers le sommet et ne contient pas de silex. Les
fossiles y sont très rares, on peut cependant trouver
quelques dents, mais la beiemnitelle caractéristique est
presque inconnue à Vaux.
Cet étage, dont l’épaisseur est à Laon d’environ
20 mètres, repose sur la craie blanche à Micraster coran-
guinum, qui affleure à quelques kilomètres de la ville
dans toute la plaine, où elle est recouverte soit par le
18
LE NATURALISTE
limon des plateaux argilo-calcaire, très recherché pour
la culture de la betterave; soit par les alluvions an¬
ciennes, calcaires et un peu sableuses, qui constituent
le sol de la petite forêt de Samoussy et de quelques
bouquets d’arbres dispersés ; soit enfin par les alluvions
tourbeuses exploitées à Ardon et à Chivres.
La craie blanche inférieure à Micraster breviporm et la
craie marneuse à Terebratulina gracilis ne sont visibles
qu’à 25 ou 30 kilomètres vers l’est.
Les divers étages de la craie blanche sont plus ou
moins fendillés et forment un ensemble perméable faci¬
lement traversé par les eaux qui imbibent toute la
masse jusqu’aux premières assises de la craie marneuse;
celles-ci sont absolument imperméables et servent ainsi
de support à une puissante nappe d’eau. Cette nappe était
depuis longtemps utilisée pour les petites consomma¬
tions ménagères, mais c’est seulement depuis une ving¬
taine d’années que l’industrie a commencé à l’exploiter
d’une façon importante.
Les usines qui se sont groupées dans les faubourgs au
pied de la ville ont en effet besoin d’une grande quantité
d’eau ; tel est le cas de nombreuses sucreries qui traitent
sur place les betteraves dont la culture est particulière¬
ment florissante dans le limon argilo-calcaire dont il a
été question plus haut.
Un très ancien forage avait cependant été entrepris et
creusé jusqu’à 304 mètres à la Neuville-sous-Laon, dans
le but d’utiliser non seulement cette nappe, mais aussi
celles qui existent dans les couches sableuses du crétacé
inférieur. A cette époque, on voulait surtout avoir de
l’eau jaillissante; ce résultat n’ayant pas été atteint, on
a abandonné complètement l’entreprise. Aujourd’hui,
on va facilement chercher l’eau à de grandes 'profon¬
deurs, le niveau mort d’une nappe n’a plus qu’une impor¬
tance secondaire, on s’attache surtout à avoir en abon¬
dance une; eau de qualité convenable. Dans la région
qui nous occupe, les puits ont d’ailleurs rarement plus
de 1 5 à 20 mètres de profondeur.
Le niveau de la nappe de la craie est naturellement
variable suivant les saisons, mais en moyenne son alti¬
tude est de 70 mètres. Le sol est à Vaux, près de la gare,
à la cote 85 mètres.
La plaine du nord-est est à une altitude moyenne de
72 mètres. La partie supérieure de la nappe est donc
très près du sol ; elle affleure même en certains points
et forme, outre les sources de plusieurs petites rivières,
de vastes marais tourbeux dont les principaux sont
situés entre Sissonne, Liesse et Vesles.
La ville de Laon s’alimente depuis quelques années
aux sources de ce niveau vers le faubourg d’Ardon.
Les rivières de la région provenant de cette nappe
sont : La Souche qui vient de Sissonne, traverse les ma¬
rais et rejoint la Serre en amont de Crécy ; le ruisseau
des Barentons qui sort des marais d’Athies et rejoint la
Souche un peu avant la Serre; enfin l’Ardon qui com¬
mence au pied même de la butte de Laon, se dirige vers
le sud et va rejoindre la Lette vers Anizy-le-Chàteau.
Ces cours d’eau et principalement la Souche, sont, sur
une grande partie de leur cours, de simples affleure¬
ments de la nappe générale, mais ils reçoivent en outre
le trop-plein des nappes tertiaires des coteaux dont les
eaux charrient des éléments argileux qui rendent le lit
partiellement imperméable. Les eaux souterraines sont
donc ainsi séparées des eâux superficielles. Cela explique
la différence que l’on trouve fréquemment entre la com¬
position chimique des eaux de rivières et celles des
puits voisins.
En effet, les eaux météoriques qui pénètrent directe¬
ment dans la craie ne dissolvent que du carbonate de
chaux, tandis que celles qui n’arrivent à la nappe qu’a-
près avoir traversé les divers étages tertiaires inférieurs
riches en lignites apportent avec elles une notable propor¬
tion de sulfates. Il est facile de voir par l’analyse que ce
mélange est surtout appréciable dans le voisinage des
affleurements tertiaires et ne s’étend pas très loin, grâce
au courant assez rapide de la nappe souterraine,
i Une autre cause de variation dans la composition
chimique de l’eau de la craie de l’Aisne vient de l’autre
côté de la plaine, c’est à-dire de l’est, où la craie est fré¬
quemment dolomitisée; les eaux pluviales dissolvent,
avec une grande quantité de carbonate de chaux, un peu
de carbonate de magnésie.
Ces variations dans la composition chimique des eaux
ont souvent dans l’industrie une grande importance.
Lorsqu'il est nécessaire d’avoir des eaux douces , on
élimine aisément les carbonates, mais les sulfates ne
peuvent être combattus que par des procédés coûteux. Il
y a donc des cas où il est indispensable d’éloigner plus
ou moins une prise d’eau du lieu d’utilisation pour
échapper à l’influence mauvaise des eaux tertiaires.
J’ai eu précisément à examiner dans ce but les eaux
d’un grand nombre de puits des environs de Laon. Je me
contenterai de citer quelques exemples parmi les plus
caractéristiques.
A la gare, un puits d’une vingtaine de mètres de pro¬
fondeur qui traverse toute l’épaisseur de la craie à
belemnitella quadrata donne une eau contenant par litre :
0Br 300 de carbonate de chaux et 0er 160 de sulfate de
chaux. Il suffit de s’éloigner d’un kilomètre à l’est, vers
la limite des affleurements tertiaires pour que l’eau d’un
puits de 3 mètres de profondeur ne contienne plus par
litre que 0'°r075 de sulfate de chaux, la teneur en carbo¬
nate de chaux restant sensiblement la même; mais ici,
on a en outre 0gt 068 de carbonate de magnésie.
Comme exemple d’eau de rivière n’ayant pas la même
composition que celle des puits voisins, je citerai le
ruisseau des Barentons qui contient des sulfates d’origine
tertiaire à une assez grande distance de la limite de
ces terrains. L’eau prise près de Chambry contient par
litre : 0sr240 de carbonate de chaux et 0?r 110 de sulfate
de chaux. L’eau du puits d’une sucrerie voisine contient
à peu près la même quantité de carbonate de chaux ;
0gr290 par litre, mais il n’y a plus ici que 0sr033 de sul¬
fate de chaux.
Il serait facile de donner un plus grand nombre d’ana¬
lyses, mais j’ai seulement voulu, en citant ces quelques
exemples caractéristiques, montrer l’importance qu’il
y a à se rendre compte de l’origine géologique des
nappes d’eau.
Je n’ai examiné, dans cette note, que le côté industriel
du problème, mais dans les cas de recherches d’eaux
potables, cette question d’origine est capitale. L’étude
géologique peut, dans le plus grand nombre de cas,
faire soupçonner les dangers d’une épidémie bien avant
1 analyse chimique ou bactériologique.
Henri Boursault.
LE NATURALISTE
19
UNE TORTUE BICÉPHALE
On ne saurait affirmer que les monstruosités soient peu
communes dans la classe des reptiles. Car, si nous n’en
connaissons qu’un nombre relativement restreint, cela
peut tenir à ce que ces animaux n'ont pas été l’objet
d’observations assez suivies dans les milieux qu’ils habi¬
tent, et d’autre part à la brièveté de leur existence, qui
ne s’étend guère, pour la plupart d’entre eux, au delà de
la période embryonnaire.
Le Naturaliste, dans son numéro du 1er juillet (p. 138),
mentionne une jeune vipère à deux tètes, rencontrée dans
le parc de Windsor. Un médecin de régiment qui en lit
l’acquisition nous dit, sans autres détails, que les ser¬
pents bicéphales ne sont pas rares, mais qu’ils ne vivent
pas longtemps. La vipère dont il s’agit n’aurait vécu,
selon lui, que quelques semaines. Pour notre part nous
n’avons rencontré, dans le cours de nos recherches erpé-
tologiques en Amérique qu’une seule couleuvre à deux
têtes, portées sur un col relativement 'court, pareille¬
ment très jeune. Elle appartenait au genre Ophibolus,
dont les espèces sont très communes aux Etats-Unis.
Nous recevons de l’un de nos amis d’outre-mer l’es¬
quisse d’une tortue fluviatile, dont le hasard le mit en
possession et présentant le même phénomène. Elle
appartient à l’espèce que la plupart des auteurs ont
mentionnée sous le nom de Emys picta, dont John
Une Tortue bicéphale.
Edward Gray a fait un sous-genre appelé Chrysemys et
que Agassir a érigé en genre. C’est ainsi que ce dernier
auteur en parle sous le nom de Chrysemys picta. Elle est
très commune dans les eaux douces des États du nord et
du centre des États-Unis. On la rencontre jusqu’à la
frontière septentrionale de la Caroline du Sud, d’où elle
s’étend vers la région Nord-Ouest de la Géorgie. Du côté
du nord, on la retrouve jusqu’au Nouveau-Brunswick de
la domination anglaise.
A l’état normal, la carapace de Chrysemys picta adulte
est régulièrement elliptique, notablement plus longue
que large. Chez le sujet tératologique dont nous repro¬
duisons l’esquisse, grandeur nature, la largeur l’emporte
de quelques millimètres sur la longueur, comme s’il
s’agissait en cette circonstance de loger plus commodé¬
ment deux individus juxtaposés.
Nous ne connaissons pas le plastron, que notre ami
n’a pas figuré; ce qui donnerait à penser qu’il n’offrait
rien de bien particulier. Les écailles du pourtour de la
carapace sont assez régulières ; celles des rangées laté¬
rales sont plus grandes et moins nombreuses à droite
qu’à gauche ; tandis que celles de la rangée médiane, ou
dorsale, présentent quelques irrégularités : c’est une
sorte d’enchevêtrement qui semble indiquer un état
analogue dans les colonnes vertébrales des deux fœtus.
Les deux têtes paraissent bien conformées, mais l’on
dirait que l’œil droit du fœtus de gauche est moins par¬
fait que celui du côté droit. Il n’y a que quatre membres
et une seule queue, visibles à l’extérieur, toutes d’ap¬
parence normale. Les membres du côté gauche appar¬
tiennent à l’un des fœtus, et ceux du côté droit à l’autre;
les quatre membres manquant, deux droits et deux gau¬
ches sont sans doute à l’état atrophique à l’intérieur.
Le sujet n’ayant pas été conservé, l’autopsie n’en a
pas été faite. Il eût été intéressant d’en faire la dissec¬
tion. Nous ignorons si chaque tête avait une bouche bien
conformée et si l’animal prenait sa nourriture par l’une
des bouches ou par les deux à la fois. C’est ce que ne
dit pas notre correspondant, lequel, ne s’occupant pas
de sciences, n’a pas compris l’importance de toutes ces
questions. Il n’a pas dû vivre longtemps, sa taille ne
dépassant que de quatre millimètres celle d’un embryon
au moment de l’éclosion.
Dr C. Girard
( De Washington ) .
LE TÉMOIGNAGE DE SEP
(Observations sur des chenilles .)
J’ai déjà fait allusion plusieurs fois, dans mes differents
petits travaux sur les chenilles, à une Note sur les pattes mem¬
braneuses des chenilles parue dans les Annales de la Société
entomologique de France en 1808.
J’ai tout lieu de croire que son auteur ne peut me savoir
aucun mauvais gré de cette insistance, puisque d’après les
appels fréquents faits à scs lecteurs, notamment: Soc. Ent. Fr.,
1872, p. Lvi ; 1881, p. 141 et 1817, p. 387, il les invite à étudier
de près cette Note et à se bien pénétrer de son importance. Je
suis donc persuadé d’avoir répondu à son intention, sinon à son
En deux mots, voici ce dont il s'agit :
Dans le courant de l’année 1865, un lépidoptériste parisien,
élevant une ponte de Noctuelles, observa qu’au sortir de l'œuf
les petites chenilles marchaient en arpentant delà même façon
que les géomètres; mais ces chenilles avaient douze pattes et
plus tard en eurent seize, c’ctaient des Xylomyges conspicillaris. En
1868, même remarque fut faite sur des chenilles do Mamestra
brassions : elles avaient douze pattes au sortir de l’œuf et en
eurent seize dans la suite.
C’est alors que, dans une note spéciale, ce lépidoptériste fit
part de sa découverte à la Société entomologique de France. A
ses yeux, le « fait nouveau » avait une importance capitale, sa
découverte devait intéresser les « physiologistes et ouvrir une
nouvelle route d’observation ».
J’avoue que, dés que j’ai eu connaissance de ce « fait nou¬
veau », je suis resté quelque peu indifférent, quelque peu incré¬
dule ; non que j’aie mis un seul instant en doute la véracité du
fait, mais je ne pouvais me persuader que sa constatation n’ait
pas été faite beaucoup plus tôt.
Si les éducations de chenilles faites ab ovo avaient pris nais¬
sance dans certain quartier de Paris et avaient été poursuivies
pour la première fois en 1865, nul doute que l’observation pré¬
citée n’eût encore tout le mérite d’une découverte, tout l’at¬
trait d’une nouveauté ; mais personne n’ignore que ces sortes
d’éducation datent de loin et que nombre d’entomologistes
les ont pratiquées afin d’obtenir par ce moyen soit des sujets
de toute fraîcheur, soit même des variétés fort recherchées. Il
est certain que les anciens lépidoptéristes, dont l’esprit d’obser¬
vation nous est attesté par les travaux qu’ils nous ont laissés,
ont dû avoir connaissance de ce fait. 11 est certain que l’un
d’eux, voulant clever des œufs de Noctuelle et en voyant sortir
des chenilles arpcnleuses, ne laissa pas d’en être très étonné ;
son premier soin fut de prendre un verre grossissant, d’exa-
20
LE NATURALISTE
miner ces petites chenilles et do noter aussitôt les anomalies
qu’elles semblaient présenter.
Telles étaient les réflexions qui m’étaient venues à l’esprit
tout en faisant la part de l’exagération, fort excusable d’ailleurs,
quand on croit avoir le premier observé et relaté ce qui jus¬
qu’alors avait passé inaperçu.
Mais était-ce bien le lieu d’accorder tant d’importance à des
pattes membraneuses que Ton voit à peine ? Fallait-il donner
d’aussi vastes proportions à cette observation faite sur deux
espèces de chenilles ? Convenait-il de convier les physiologistes
et les observateurs à une nouvelle méthode d’investigation?
Pour un peu, l’auteur, pénétré de son rôle d’initiateur, eût
entonné le Novus rerum renasçitur ordo..., si c’eut été dans ses
moyens. Et quand, plus lard, un arbitre fut choisi pour pro¬
noncer entre des contestations par trop vives et des contradic¬
tions bien amères suscitées par cette question, croit-on que le
sujet méritât et cet excès d’honneur et Gette indignité?
Mais cette voie, si tant est qu’il en fallût une nouvelle, était
ouverte depuis longtemps.
J’ai déjà dit, je crois, l’effet que produisaient sur moi les
anciens ouvrages d’histoire naturelle ou do lépidoptérologie :
Une série d’in-octavo à consulter m’inquiète, des in-quarto
m’épouvantent, des in-folio me font fuir. Aussi je ne m’explique
pas comment j'ai pu me résoudre à parcourir les sept volumes
in-quarto que Sopp nous a légués. C’est un mystère pour moi.
Cela ne veut pas dire que je ne reconnaisse aucun mérite à cet
ouvrage, bien loin de là. Je suis prêt à me ranger à l’avis de
ceux qui le connaissent et à voir en lui, surtout dans ses deux
premiers volumes, un véritable chef-d’œuvre d’exécution et
d’exactitude. Toutefois, chez Sepp, c’est moins le dessinateur
habile qui m’intéresse, que l'observateur minutieux, l’entomo¬
logiste consciencieux qui me plaît. L’insecte parfait dans toute
sa splendeur, dans sa rayonnante beauté, n’a pas eu seul le
don de tenter le pinceau de notre auteur, d’entrer en lutte pour
ainsi dire, de rivaliser par l’éclat, le brillant de son coloris,
avec la variété et la richesse d’une admirable palette. Non,
d’autres objets moins voyants, moins glorieux, ont été jugés
dignes d’occuper son attention et Sepp n’a pas cru au-dessous
de son talent de reproduire avec la même exactitude, avec le
même fini, les chenilles (chose horrible pour le vulgaire), les
chrysalides, jusqu’aux œufs qu’il place à côté des papillons
dont il fait connaître ainsi les premiers états. Je sais bien que
scs derniers volumes, où Ton reconnaît facilement la hâte, la
précipitation avec lesquelles ils ont été faits, laissent parfois à
désirer, mais je parle des deux premiers, où l’artiste habile
comme l’entomologiste scrupuleux se révèlent à nos yeux émer¬
veillés.
Mais, pour en revenir spécialement à la question qui nous
occupe, j’ai été charmé de trouver dans cet ouvrage d’utiles
indications qui avaient nécessairement dû échapper à d’autres
entomologistes.
Sepp, s’appliquant à reproduire les différents états des lépi¬
doptères, ayant fait, autant qu’il lui a été possible, l’éducation
complète de beaucoup d’espèces de lépidoptères, ayant exa¬
miné avec soin les diverses particularités qui s’offraient à lui,
et ayant consigné dans des notes ses observations nombreuses,
ayant notamment étudié les petites chenilles au sortir de l’œuf
qu’il a même figurées à cet âge, était particulièrement à même
de nous prouver si, comme je le disais plus haut, l’anomalie sup¬
posée que nous présentent des chenilles de noctuelles, n’ayant
que douze pattes au sortir de l’œuf, alors qu’adultes elles peu¬
vent en avoir jusqu’à seize, avait été réellement connue des
anciens entomologistes et si surtout elle avait été constatée et
mentionnée par eux.
Eh bien, cette découverte, qui nous était annoncée en 1868,
était connue et divulguée depuis fort longtemps déjà. Cette
propriété de certaines noctuelles, dont on citait bien deux
exemples, avait été reconnue chez d’assez nombreuses espèces.
Enfin, ce Tait que Ton apportait comme nouveau aux entomolo¬
gistes était déjà vieux de 106 ans au moins.
Comparez les dates : C’est le 14 octobre 1868, que la note sur
les pattes membraneuses des chenilles a été lue, et voici ce que
dit Sepp, tome 1er, Nacht-Vlinders, II, 3, à propos de la Gortyna
flavayo; je traduis littéralement :
« Le 18 avril 1762, les chenilles sortirent des œufs... pour
marcher, elles emploient seulement douze pattes, mais on peut
cependant avec une forte loupe découvrir qu’elles ont déjà
seize pattes. »
Nous dirions aujourd’hui que la G. flavayo a douze pattes bien
conformées et que les deux premières paires de pattes ventrales
sont rudimentaires.
Je fais remarquer en outre le mot déjà ( reeds ) qui indique
bien que Ton savait alors que des noctuelles ne sortent pas
de l’œuf avec toutes leurs pattes, mais les acquièrent dans
la suite.
Quatre planches plus loin (pl. 7), il est question de la CatO‘
cala elocata, et voici ce que je lis dans le texte :
« En mai dernier, sont écloses les chenilles... proportionnel¬
lement aux œufs, elles sont d’une longueur extraordinaire, de
plus très fluettes, elles ont l’apparence de chenilles arpenteuses,
de celles que Ton nomme arpenteuses en bâton (Takjes — bouts
de bois), comme elles aussi, en effet, elles marchent avec douze
pattes, quoique Ton sache qu’elles en acquièrent seize dans la
suite. »
Pour ne pas allonger outre mesure cet article, je me borne à
ces deux citations qui suffisent amplement à ma démonstra¬
tion. Je donnerai simplement le nom des espèces de noctuelles
que Sepp a observées et dont il a noté cette particularité dan9
des termes presque identiques et qu’il est inutile de répéter.
A la planche 15 de cette même partie, il est question de la
Gonoptera libatrix; planche 1*8, c’est la Catocala fraxini ; planche 21,
la Brot . mctîculosa ; planche 24, Y Abrostola urticœ.
Voilà pour le premier volume.
Dans le deuxième volume, je trouve, à la cinquième planche
la Mamestra brassicœ, une des deux noctuelles citées dans. la
Note de 1868 : « Comme les chenilles arpenteuses, dit Sepp, elle
marche avec douze pattes » ; plus loin, c’est la Mam. persicariœ ;
c’est VAplecta nebulnsa dont un de ses amis, M. de Cocq, lui avait
envoyé des œufs. Sepp est reconnaissant envers ses amis et cor¬
respondants, il ne manque jamais à ce devoir.
Dans les volumes suivants, les observations de Sepp offrent
moins d’exactitude, elles sont moins détaillées, le temps lui a
peut-être fait défaut pour prendre des notes aussi complètes
qu’auparavant.
Citons cependant encore Cucullia umbratica et Noctu plecta.
Voilà mes lecteurs entièrement édifiés, je suppose, sur la
découverte et le fait nouveau rapportés en 1868; peut-être me
demanderont-ils comment il se fait qu’on ne se soit pas aperçu
qu’un vieil auteur avait en termes formels relaté ce même fait
et, bien plus, laissait supposer une constatation bien anté¬
rieure (1)? Je n’en sais rien au juste, mais je crois bien que
toute la faute, si faute il y a, retombe sur Sepp lui-même.
— Comment! Sepp serait cause qu’on a ignoré...?
— Eh ! oui. Sepp était Hollandais, il a composé un ouvrage
en langue hollandaise, c’était logique, c’était naturel. Tant pis
pour ceux qui ne sont pas Hollandais.
Eh quoi! faire un travail qui s’adresse aux naturalistes de
tous les pays, amasser une foule de remarques, d’observations
capables d’intéresser les lépidoptèristes de quelque nation-
qu’ils soient, et écrire en hollandais ! Comprend-on cela ?
Il vous revient invinciblement à la mémoire le cas de ces
Persans que Montesquieu fait promener dans Paris, vêtus de
leur costume national et qui font la joie et l’étonnement des
Parisiens de son temps : « Comment peut-on être Persan? » se
demandent-ils. « Comment peut-on écrire en hollandais? »
demandons-nous. Pourquoi Sepp n’a-t-il pas employé une
langue plus connue ? Que ne s’est-il servi d’un idiome courant,
intelligible, à la portée do tous, par exemple, de celui en usage
au faubourg Saint-. . . Martin! A la bonne heure, voilà qui se
comprend, voilà qui est admissible, voilà qui est raisonnable.
Mais durant sept volumes in-quarto entiers n’user que du
jargon néerlandais? On n’a pas idée de ça !
Hé ! hé ! 11 n’a peut-être pas été tout à' fait inutile à Sepp de
se servir de sa langue maternelle. Si Ton a pu mettre à profit
les belles images, les dessins admirables de ses deux premiers
volumes surtout, si Ton a pu calquer les chenilles et reproduire
les œufs, il est de nombreux détails, il est de précieux rensei¬
gnements, fruits de scs observations, de scs études particulières,
qui ont échappé au pillage, grâce aux hiéroglyphes indéchif¬
frables de son écriture. Ce langage verrouillé, cadenassé, a été,
si Ton peut parler ainsi, la sauvegarde do sa propriété. Acces¬
sible pourtant aux chercheurs infatigables, c’est de l’hébreu ou
du sanscrit, c’est lettre close pour ceux que le poète Horace a
nommés d’un mot qu’il est inutile de rappeler.
(1) Il ne faudrait pas se figurer que chez nous seulement les
observations de Sepp ont échappé aux lépidoptèristes. Il en a
été de même ailleurs, et on en trouvera la preuve dans une
curieuse question adressée par M. Stainton à V . Buckler au
sujet de jeunos chenilles de Tryph. pronuba. — V. Entomologist
Monthly Magazine, 1881, p. 135.
LE NATURALISTE
En somme, si dans la question qui fait le sujet de cet article,
on ne s’est pas aperçu que Sepp avait devancé de beaucoup
certains Observateurs, c’est qu’il était plus facile de copier ses
figures que de comprendre son texte.
P. CjlP.ÉTIEN.
Brosse métallique pour le nettoyage des Fossiles
J’emploie, depuis longtemps, pour nettoyer mes fossiles des
brosses métalliques que je recommande aux amateurs. Ces
brosses ne suppriment pas celles en crin, ni les burins, ni les
marteaux, etc., mais elles suppléent dans beaucoup de cas à
tous ces instruments, les remplacent souvent avec avantage et
donnent des résultats des plus satisfaisants.
Les brosses dont il s’agit sont de deux sortes : les unes en fil
d’acier employées pour brosser à sec les fossiles ; les autres en
fil de cuivre pour nettoyer à l’eau.
Ces dernières laissent quelquefois un certain briilant métal¬
lique sur le test des fossiles quand il est rugueux, mais il suffit
de frotter ensuite avec une brosse en crin pour faire disparaître |
les traces du cuivre.
11 faut avoir soin de ne pas brosser continuellement dans le
même sens, mais au contraire en tous sens. De la sorte on ne
risque pas d'entamer ou de rayer le test des fossiles.
L’emploi de ces brosses fera reconnaître tous leurs avan¬
tages et en apprendra bien plus qu’une longue notice.
Que ceux qui veulent avoir des fossiles proprement et promp¬
tement nettoyés essaient des brosses métalliques et ils n’au¬
ront qu’à s’en féliciter.
Un amateur de géologie.
Kf. B. Ces brosses métalliques pour le nettoyage dos fossiles
•sont construites, d'après les documents du signataire de cette
note, par la maison Emile Dcyrolle, 46, rue du Bac, Paris. Le
prix très peu élevé de ces petits instruments (0 fr. 50 pièce)
•concourra certainement à répandre parmi les amateurs ces
appareils qu’on pourrait presque qualifier d’indispensables,
Suites à la Flore de France
JDE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
BORRÀGÏNÉES Juss.
Echinospernum defiexum Lehmann Planta
familia 4 sperifoliarum nuciferæ, p. 120; Stunn
Deutschl. fl ., XI, t. 43; Hornem. FL IJan.,
t. 1568; Koch Synopsis tl. Germ. etHelv., éd. 2,
p. 571; A. DG. in DC. Prodr.,X, p. 135; Rei-
chenb. Icon.fl. Germ., XVIII, t, 1329; Ces. Pass.
e Gib. Comp.Jl. Ital., p. 382 ; Cariot et Saint-Lager
Etude desjl., éd. 8, p. 606. — Plante bisannuelle,
de 2-6 décim., poilue, à racine grêle, pivotante.
Tige rameuse vers le milieu oa souvent dès le tiers
inférieur; f rameaux paniculés, jlexueux , étalés-as-
cendants. Feuilles velues, à la fin un peu rudes et
couvertes de petits tubercules blancs, oblongues,
uninervées, les inférieures longuement atténuées en
pétiole. Fleurs bleues, solitaires, disposées en grappes
lâches alternes ou géminées ; pêdicelles grêles , ré¬
fléchis, 1-2 fois plus longs que le calice velu à di¬
visions oblongues d’abord étalées puis réfractées.
Corolle à limbe concave. Nucules fauves, compri¬
mées, un peu convexes extérieurement, finement
pubeseentes-chagrinées sur les faces, à marge ailée-
pectinée par la confluence à' aiguillons glochidiés
disposés sur un seul rang. — Juin-août.
Hab. — Hautes-Alpes : Combe noire de Men-
teyer,au mont Seiize près Gap (herb. R., Rever-
chon). — Savoie : Lans-le-Bourg dans les bois de
sapins de Fontagnou ; Bessans (Saint-Lager) ; Bon-
neval entre 1800 et 2000 m. dé ait. (A. Chaberi) (1).
j — Plante à chercher dans les Pyrénées, notamment
I dans les Pyrénées orientales et P Ariège.
Aire géographique. — Norvège (et Laponie) ;
Suède septentrionale et méridionale', Allemagne:
| Silésie, Wetsphalie (et çà et là mais probablement
introduit) ; Suisse : Berne, Glaris. Grisons, Va¬
lais ; Autriche : Bohême, Basse- Autriche, Tyrol,
Styrie, Hongrie, Transylvanie-, Italie; Lombardie,
Apennins de Modène ; Espagne : Catalogne (2);
Russie : Finlande boréale et méridionale, Volhynie',
Sibérie altaïque.
Se sépare de VE. Lappula par sa tige rameuse
vers le milieu, les pédoncules longs, réfléchis (et
non courts, dressés), les nucules comprimées, bor¬
dées, à un seul rang d’aiguillons (et non trigones.
non ailées, à deux rangs d’aiguillons sur chaque
angle latéral).
SGROFULARIACÉES Benih.
Linaria petræa Jordan Pugillus plantarum no-
I varum prœsertim Gallicarum, p. 130; Grenier Fl.
Jurassique, p. 561 ; Gentyin Revue de botanique,
J IV, p. 202; L. alpina var. erecta Car. et Saint-La-
| ger Etude des fl., éd. 8. p. 623, — Plante glabre,
presque verte. Racine aùbuelle (ou bisannüéÜé ?)•'
Tigê divisée dès la base en nombreux rameaux épais ,
allongés (1-2 décim.), simples ou rameux vers le
sommet. Feuilles étroitement linéaires, vertes ou à
(t) L 'E. dedexum avait déjà été signalé en Savoie par Balbis
et par Hooker.
(2) Var. Pyrenaicum Rouy = E. Pyrenaicum Villk. et Vayr.
(ap Vayreda A'aeroj A]>untee para la dora Catalana, p. 77, tab. 4;
herb. R., leg. Vayreda). — Les caractères signalés par MM. Will-
komm et Vayreda pour différencier leur E. Pyrenaicum de
E. defiexum sont les suivants : Port différent (??), pêdicelles plus
longs et plus fins, aiguillons des nucules beaucoup (?) plus
longs et plus grêles; feuilles radicales plus étroitement
oblongues (?), les supérieures et les bractées acuminées, taille
plus courte; rameaux floraux plus ouverts cl divergents. — Or,
tous ces caractères sont essentiellement variables et nous pos¬
sédons des exemplaires d’E. dedexum de Bohème ( Teplitz , leg.
Eggert) qui sont presque identiques à VE. Pyrenaicum, à l’ex¬
ception des aiguillons des nucules qui sont un peu plus longs
et plus grêles et les rameaux un peu moins flexueux. L 'E. Pyre¬
naicum est donc, tout au plue, une variété locale de VE . defiexum.
LE NATURALISTE
22
peine glaucescentes, la plupart verticillées par 3-5,
souvent étalées ou rétléchies; verticilles relative¬
ment écartés. Fleurs en grappes terminales d’abord
presque capitées puis devenant très lâches. Bractées
linéaires-ténues, un peu plus courtes que le pédi-
celle. Divisions calicinales linéaires, obtusiuscules,
inégales, à peu près aussi longues que le tube
de la corolle, mais plus courtes que le pédi-
celle. Corolle de 2 centim. (y compris l’éperon),
d'un violet foncé ; lèvre supérieure dressée, bilo-
bée, à lobes étroits, allongés, presque rappro¬
chés ; lèvre inférieure à trois lobes ovales, subar¬
rondis, étalés, le moyen un peu réfléchi, deux fois
plus longs que le palais à bosses acutiuscules, non
épaissies, non striées, séparées par un sillon très
étroit-, éperon droit ou à peine incurvé, grêle, ar¬
rondi, insensiblement atténué de la base au sommet,
égalant le reste de la corolle ou un peu plus court.
Capsule subglobuleuse, glabre, dépassant le calice .
Graines brunâtres, suborbiculaires, marginées. —
Juillet-septembre.
Hab. — Yonne : coteaux calcaires de Cry (Gen-
ly). — Côte-d'Or : cirque de la Coquille d’Eta-
lanteprès Aignay-le-Duc (Royer). — Doubs et J ura :
éboulis sous les cimes de la chaîne du Jura (Grenier,
Genty). — Ain: montagnes du Jura: Reculet
[herb. R., Guinet), Colombier, etc.; montagnes du
Bugey (Jordan). — Haute-Savoie : montagnes du
Chablais (Saint-Lager); rochers de la cascade d' Ar-
pennaz, entre Magian et Sallanches. (V. Payot).
Aire géographique. — Suisse : Jura.
Ce Linaria se sépare du L. apina, dont il n’est
qu’une sous-espèce, par ses tiges ou rameaux cau-
liformes ascendants, les feuilles vertes en verticilles
plus écartés, plus longues ainsi que les grappes fruc¬
tifères plus lâches, la corolle d'un violet pourpre
plus foncé, à lobes plus étroits et plus allongés, à
bosses safranées non striées séparées par un sinus
plus étroit, par l’éperon plus mince, plus atténué,
non comprimé, les graines plus petites et moins lar¬
gement marginées.
L’HIBERNATION
(Mammifères)
( Suite et fin.)
Les exemples de beaucoup les plus intéressants nous
sont fournis par les Rongeurs : le cas de la Marmotte est
classique, et le mécanisme de l’hibernation et du réveil
sont maintenant assez bien connus, grâce surtout à plu¬
sieurs travaux récents; c’est donc celui que nous pren¬
drons comme type; il est assez probable que les autres
animaux non étudiés présentent des phénomènes sem¬
blables.
La Marmotte ( Arctomys marmotta), pendant toute la
belle saison (cinq mois environ), se nourrit avec avi¬
dité : elle mange énorméirténl d'herlles succulentes et
arrive ainsi au poids respectable d’une dizaine de kilo¬
grammes, tous ses tissus étant infiltrés de graisse. C’est
à ce moment que les Savoisiens la chassent pour la
manger; elle constitue pour eux un mets des plus appré¬
ciés, opinion que pour ma part je partage. complètement.
Arrivée, si je puis m’exprimer ainsi, à l’optimum d’en-
Fig, 4. — La Marmotte (Arctomys marmotta).
graissement, la Marmotte se creuse un profond terrier
qu’elle tapisse avec du foin, et dont elle bouche soigneu¬
sement l’entrée avec des mottes de terre. Elle tombe
alors dans un sommeil léthargique qui durera pendant
près de sept mois, coupé de courts et fréquents réveils
dont nous étudierons le mécanisme tout à l’heure.
On sait que pendant cette période, la température de
l’animal baisse considérablement, parfois de trente de¬
grés; les mouvements du cœur sont presque impercep¬
tibles; les mouvements respiratoires ont presque entiè¬
rement disparu. D’après les résultats expérimentaux, la
Marmotte endormie produit environ trente fois moins
d’acide carbonique qu’à l’état de veille. En cet état, une
quantité d’air extrêmement faible suffit à ses besoins,
comme le prouve la célèbre expérience de Régnault :
une Marmotte engourdie fut placée sous une cloche de
verre de petite dimension, dont les bords furent scellés
à la table par du ciment, de manière à empêcher tout
renouvellement d’air; pendant plusieurs jours, l’animal
resta dans le même état, se contentant de la quantité
infinitésimale d’oxygène contenue dans cette atmosphère
confinée. Un jour, on réveilla la Marmotte par un coup
brusque frappé sur la cloclie : elle manifesta aussitôt
une grande agitation; ses mouvements respiratoires se
multiplièrent, et elle mourut en quelques ins.tants, as¬
phyxiée, la dose d’air ne lui suffisant plus une fois
réveillée.
En effet, au moment où la Marmotte sort du sommeil
hibernal, les battements du cœur s’activent et les mou¬
vements respiratoires deviennent plus fréquents; la tem¬
pérature s’élève en un court espace de temps de + 8° à
-f 37°. L’animal a sensiblement maigri, la perte de poids
ne dépasse cèpendant pas 200 à 300 grammes. Il se met
aussitôt à la recherche de nourriture et commence à
refaire ses réserves pour l’hiver prochain.
Pendant ces sept mois, le sommeil n’est pas continu ;
LE NATURALISTE
23
la Marmotte se réveille à peu près de quinze jours en
quinze jours pour uriner; elle se lève, encore toute en¬
dormie,, va déposer ses excréments dans un coin de son
terrier, regagne sa place et retombe aussitôt dans le
sommeil le plus profond. Ces courts réveils ont unique¬
ment pour but l’émission de l’urine (Sace) ; divers auteurs,
et tout dernièrement M. Raphaël Dubois,, ont constaté
que les Marmottes restaient parfaitement indifférentes
aux changements de pression de température (pourvu
que celle-ci reste suffisamment basse), aussi bien qu'aux
perturbations magnétiques. C’est l’excitation produite
parla réplétion de la vessie, qui provoque par voie réflexe
des mouvements respiratoires plus nombreux, et finale¬
ment réveille l’animal, qui retombe dans son état de
torpeur, aussitôt après avoir évacué son urine, renfer¬
mant probablement des ptomaïnes convulsivantes, telles
que M. Bouchard en a décrites ; le réflexe vésical, ainsi
qu’il arrive souvent chez l’homme, joue donc pour la
Marmotte le rôle dé réveille-matin, suivant l'expression
pittoresque de M. U. Dubois. Le savant physiologiste a
eu l’idée de supprimer ce réflexe : pour cela il a pratiqué
sur des Marmottes réveillées une fistule vésicale, de
façon à ce que l'urine s’écoulant continuellement au
dehors, ne puisse plus s’accumuler dans la vessie; il les
a gardées jusqu’à guérison complète de l’opération, puis
il les a laissée® s’engourdir du sommeil hibernal. L’ab¬
sence d’excitant réflexe faisant défaut, ces Marmottes ne
se sont pas réveillées, et ont passé sans transition
brusque du sommeil à la mort.
Le Loir vulgaire (Myoxus'glis) présente des phéno¬
mènes analogues à ceux de la Marmotte ; il dort d’un
sommeil extrêmement profond (« dormir comme un
Loir » dit le proverbe), qui ne dure pas moins de sept
mois, roulé en boule dans le creux des arbres. Tous les
mois ou tous les deux mois, il se réveille pour uriner.
Le Rat d’eau ( Arvicola amphibius) s’engourdit dans son
terrier pendant toute la saison froide, ainsi qu’un grand
nombre de Muridse.
Les Ecureuils de nos bois, pendant tout l’été, amas¬
sent des provisions de glands, de noisettes, de faînes
qu’ils cachent dans des creux d’arbres, et qui constituent
des réserves pour l’époque où se fera sentir la disette.
Pendant l’hiver, ils restent engourdis dans quelque trou
d’arbre ; à leur réveil qui est assez précoce, ils savent
fort bien retrouver leurs cachettes, même lorsqu’elles
sont recouvertes par la neige. Les Spermophiles présen¬
tent un instinct analogue.
Le Hamster commun (Cricetns frumentarius) que l’on
Fig. 5. — Le Hamster (Cricetus frumentarius).
trouve depuis l’Europe centrale jusqu’en Sibérie, creuse
des galeries et des chambres souterraines profondes où
il entasse pour l’hiver des quantités très considérables
de grains; on a trouvé dans ces caches jusqu'à deux et
quatre hectolitres de blé. Son sommeil hibernal est
assez court; à son réveil il utilise les provisions qu’il a
accumulées et qui lui servent probablement jusqu’à la
prochaine récolte.
Les Lagomys, assez voisins de nos Lièvres, qui habi¬
tent les plateaux glacés du Nord-Ouest de l’Asie, présen¬
tent un instinct encore plus compliqué ; ils font littéra¬
lement du foin pour l’hiver. A cet effet ils coupent des
herbes fraîches qu’ils étalent et font sécher; puis ils les
rassemblent en petits tas qu’ils abritent le long des
rochers. Pendant l’hiver le Lagomys se retire dans son
terrier, mais ne s’engourdit pas; il creuse des galeries
souterraines qui vont rejoindre ses différents tas de foin,
dont il se nourrit pendant toute la mauvaise saison.
Les Castors amassent aussi des provisions pour Phiver;
mais même lorsque leurs étangs sont gelés, ils conser¬
vent tonte leur activité.
Enfin il faut très probablement rattacher à la crainte
du froid (peut-être encore plus au manque de nourri-
Fig. 6. — Le Lemming de Nerwège (Myodes lemmus).
ture) les migrations si curieuses du Campagnol des prés,
et surtout du Lemming de Norwège ( Myodes lemmus ) ; ces
animaux se rassëmblent par troupes innombrables et
parcourent souvent des centaines de lieues, suivis natu¬
rellement par une escorte de carnassiers qui font bom¬
bance à leurs dépens. Toutefois la cause de ces migra¬
tions, assez irrégulières, n’est pas complètement,
élucidée.
En général les Insectivores, au moins la Taupe et les
Musaraignes, ne s’endorment pas pendant les froids ; les
Hérissons s’engourdissent pendant quelque temps. En
tous cas les phénomènes qu’ils présentent n’ont pas la
généralité de ceux que nous avons constatés pour les
Rongeurs.
!.. Cuékot.
LE COTOXMER SOYEIA
Un de nos confrères américains, le identifie amcrican,
publie une note intéressante sur l’Eriodendron anfrac-
tuosum, ou Cotonnier soyeux, mieux connu paD les
Américains sous le nom de Silk l'otton tire. Nous repro¬
duisons ci-après cette note et les figures qui l’accom¬
pagnent.
Le Sebae ou cotonnier soyeux (Eriodendron anfractuo-
sum) est natif des Indes occidentales; celui que nous
représentons ici est un superbe exemplaire et même un
merveilleux spécimen qui se trouve à Nassau, chef-lieu
LE NATURALISTE
de l’ile de la Nouvelle-Providence. Ses branches couvrent
un espace de cent soixante-dix pieds et s’étendraient
encore plus loin, si on ne les rognait fréquemment à
cause de leur empiètement sur une caserne de police ;
protégé des vents de la mer et des bourrasques; à cela
peut être attribuée, sans doute, une partie de ces parti¬
cularités.
Aux approches du printemps, une fois par an, il pro-
Fig. 1 . — Le Cotonnier soyeux (Eriodendron an/rvctvoium) de Nassau, chef-lieu de l’ile de la Nouvelle-Providence
(d'après Scientlfîc american ).
Fig. 2. — Tronc et racines du Cotonnier soyeux de Nassau (d’après Scientific american ).
les racines, tel qu’on le voit sur le dessin, s’étendent à
environ 40 pieds au-dessus du sol.
Quand on considère que, eu égard au roc sur lequel
pousse cet arbre, ses racines ne peuvent pénétrer dans
le sol pour supporter ce colosse, nous devons admirer la
prévoyance de la nature pour les immenses assises en
forme de racines qui supportent la masse; un cheval
serait complètement caché à la vue dans plusieurs des
espaces entre les racines. Le feuillage tombe vers le
printemps et repousse à nouveau avec une rapidité mer¬
veilleuse, j’ai vu cet arbre, dit l’auteur de la note, dénudé
complètement le samedi soir et couvert de feuilles
vertes et épaisses le lundi matin. Les immenses racines
et l’extrême étendue des branches sont dues pour une
bonne part à la situation de l’arbre, qui se trouve en
avant de bâtiments publics importants et qui est ainsi
duit des fibres soyeuses comme le coton, mais beaucoup
plus fines, qui couvrent le sol à une grande distance de
l’arbre, selon que le vent les pousse ; de là le nom sous
lequel l’arbre est connu populairement.
Sur la classification et les affinités des Mollusques
La classe des Lamellibranches est assurément une des plus
homogènes du règne animal; l’absence de caractères bien tran¬
chés n’est pas faite pour faciliter la tâche de classificateurs ;
aussi les subdivisions proposées sont-elles pour la plupart arti¬
ficielles. M. Ménégaux, dans une thèse de doctorat récemment
soutenue à la Sorbonne, et ayant pour objet des « Recherches
sur la circulation des Lamellibranches marins » s’est aussi
préoccupé de cette 'question importante, et le résultat de scs
recherches l’a amené à prendre pour point do départ la struc¬
ture de l’appareil branchial .
Lorsque l’on écarte les deux valves do la coquille d’un Lamcl-
LE NATURALISTE
libranche, on voit de chaque côté du pied deux lames parallèles
qui sont les organes respiratoires ; chez quelques-uns, il n’y en
a qu’une ; M. Fischer considérant chacune de ces lames comme
une branchie part de là pour proposer, dans son manuel de
Conchyliologie, les deux groupes des Dibranches et des Tétra-
branches. Mais M. Ménégaux fait observer que d’une part les
deux lames d’un même côté sont insérées sur un même sup¬
port, et d’autre part qu’il n’existe qu’un seul vaisseaii efférent
dans ce support ; il en conclut que les deux lames constituent
non pas deux, mais une seule branchie ; et quand il existe une
seule lame d’un côté, c’est que l’autre a avorté ; les termes Mo¬
nobranches et Hémibranches seraient donc plus exacts.
Même ainsi modifiée, cette classification est loin d’être satis¬
faisante ; il n’en est pas de même de celle qui serait basée non
plus sur le nombre des lames, mais sur la structure de ces
lames branchiales. On sait en effet que chaque lame est com¬
posée de deux feuillets, le feuillet direct attaché au support
branchial, et le feuillet réfléchi parallèle au premier dont il
est la continuation, et que chaque feuillet est formé de nom¬
breux filaments parallèles dans lesquels circule le sang qui
vient respirer.
Dans un premier ordre, celui des Foliobranches, comprenant
les Nuculidés et les Solémyidês, M. Ménégaux place les Lamel¬
libranches dont les lames branchiales présentent seulement le
feuillet direct : les filaments branchiaux sont très aplatis et
constituent des sortes de feuilles qui sc regardent par leur face
antérieure et postérieure.
Le deuxième ordre réunit les Lamellibranches dont les lames
branchiales sont formées de filaments reliés entre eux soit par
des bouquets de cils vibratils intriqués, soit par des tubérosités
d’attache, de sorte que dans tous les pas leur union est lâche,
et que les branchies sont facilement résolubles en filaments
simples. Ce groupe est celui des Filibranches subdivisé en deux
autres, suivant que les filaments sont tous semblables ou de
deux sortes, les uns plus gros que les autres.
Le troisième ordre est celui qui renferme le plus grand
nombre d’espèces ; les filaments se réunissent, pendant le cours
du développement par des canalicules d’anastomose ; de sorte
que les lames ne sont plus résolubles en filaments, mais sont,
de vraies lamelles plus ou moins compactes, perforées par des
fenêtres. Cet ordre, où les coupures secondaires sont à peine
possibles, malgré le grand nombre des genres et des espèces
est celui des Eulamcllibranches. Il comprend, avec les Naïades,
tous les Mollusques de l’ancien ordre des Siphonés, moins les
Poromyidés et les Cuspidariidés.
Ces derniers constituent l’ordre des Septibranchcs, chez les¬
quelles les lames branchiales ayant perdu leur structure sont
devenues une cloison musculaire qui partage la cavité palléale
en deux chambres.
Cette classification, qui a d'ailleurs beaucoup de points com¬
muns avec celle de Pelsener, a le mérite de répartir les Lamel¬
libranches d’après leurs réelles affinités. Elle repose sur une
base très solide, étant donné le très grand nombre des genres
et des espèces étudiés au point de vue de la circulation bran¬
chiale.
Elle a en outre l’avantage de grouper les animaux d’après
leur ordre d’apparition à la surface de la terre ; car aujourd’hui
les zoologistes ne so bornent pas à réunir dans un même groupe
les animaux voisins ; ils cherchent encore à établir leur filia¬
tion en s’aidant des documents fournis par l’anatomie compa¬
rée, l’embryologie, et la paléontologie.
C’est ainsi que l’on a été conduit à considérer les Nuculidés
comme la souche des autres Lamellibranches ; en effet, leurs
branchies sont réduites au feuillet direct, composé de filaments
foliacés isolables ; cette structure si peu compliquée n’est évi¬
demment pas le résultat d’une rétrogradation, car les Nuculidés
se rencontrent déjà dans les couches supérieures du cambrien,
avant tous les autres Lamellibranches ; la branchie originelle
pouvait être représentée par de simples tubercules vasculaires
qui en s’allongeant ont donné les touilles branchiales des Nucu¬
lidés.
Supposons que ces filaments s’allongent encore et se réflé¬
chissent sur eux-mêmes; il se formera ainsi une branchie de
Foliobranchc ; c’est ainsi que l’on passe des Nuculidés aux Avi-
culidés et aux Arcadés; tenant compte de la différence de la
circulation branchiale, et aussi des époques d’apparition, on
peut considérer ces deux familles comme deux rameaux distincts
du tronc originel.
Une complication de plus, l'apparition des canalicules d’anas •
tômosc entre les filaments, nous amène aux Eulamellibranchcs.
qui sont aussi les derniers apparus sur le globe. Leurs bran- !
chies lamelleuses sont plus complexes que les branchies fila¬
menteuses, et évidemment plus perfectionnées, car l’eau est en
contact avec uno surface respiratoire beaucoup plus considé¬
rable. En général, il y a coexistence de cette branchie avec les
siphons qui sont évidemment un appareil de perfectionnement
pour faciliter les échanges respiratoires.
Les Filibranches, plus anciens, sont au contraire dépourvus
de siphon. De plus, l’embryologie nous montre les branchies
des Lamellibranches débutant toutes par l’apparition successive
de bourgeons qui s’allongent en filaments, lesquels se réunissent
plus tard en lames.
La concordance remarquable des résufftits fournis par ces
divers moyens d’investigation mérite, ce semble, d’être prise
en très sérieuse considération ; c’est pour avoir négligé tous les
éléments d’information que Possner, par exemple, considère
les Naïadés, dont les plus anciens ne datent cependant que du
purbeckien, comme les ancêtres dés Pectinidés qui ont apparu
dès l’époque silurienne ; c’est d’ailleurs le cas de tous les ani¬
maux d’eau douce, presque toujours issus d'animaux marins,
l’inverse étant tout à fait exceptionnel.
Nous pouvons donc dire que la classification dont il est ques¬
tion plus haut résume fidèlement l’histoire des Lamellibranches ;
il nous reste un dernier point à examiner ; cette classe homo-
. gène est-elle nettement séparée des autres classes de Mollus¬
ques, ou au contraire existe-t-il des formes présentant des par¬
ticularités communes d’organisation ?
Or les Gastéropodes Scutibranches ou Distocardes ont comme
les Lamellibranches deux oreillettes au cœur ; du ventricule,
traversé par le rectum, part une aorte antérieure et une posté¬
rieure, tandis qu’il existe un seul tronc aortique chez les autres
Gastéropodes ; ils ont aussi leurs reins, et présentent d’autres
caractères communs tirés des organes génitaux et de l’appareil
digestif; de plus, ce sont des animaux aussi anciens que les
Lamellibranches ; on voit donc que ces deux groupes présentent
une similitude d’organisation tout à fait surprenante malgré
les différences de la coquille. A ces caractères communs, il faut
ajouter les profondes ressemblances dos organes respiratoires,
comme l’a montré M. Ménégaux ; chez les Foliobranches, l’ap¬
pareil branchial se compose de chaque côté d’une branchie bi-
pectinée tout à fait comparable à celle de l’Haliolidc; il en est
de même chez les autres Lamellibranches comme on s'en con¬
vaincra en supposant le feuillet réfléchi rabattu dans le même
plan que le feuillet direct dont il est la continuation.
De sorte qu’on peut généraliser et dire : les deux lames bran¬
chiales de chaque côté, qu’on regardait jadis comme deux bran¬
chies, forment au contraire un organe bipectiné, homologue
d’une branchie de Scutibranche ; ces considérations nous por¬
tent à abandonner la division en Dibranches et Tétrabranches.
La division des Lamellibranches en Asiphonés et Siphonés,
actuellement classique et moins exposée aux objections, car elle
concorde avec d’autres caractères anatomiques importants, et
associe dans le groupe inférieur des Asiphonés, la plupart des
types les plus anciens, c’est-à-dire à branchies foliacées ou fila¬
menteuses, Mardis que les Siphonés ont des branchies lamel¬
leuses.
En résumé, les Lamellibranches et les Gastéropodes ont une
origine commune ; ceux-ci ont évolué dans diverses directions,
variables avec les genres de vio auxquels ils s’adaptaient, tan¬
dis que les premiers, sédentaires, souvent même fixés, n’ont pas
subi d’importantes transformations.
A. Goux.
DIAGNOSES D’ACARIENS NOUVEAUX
L’étude des Galles acarienncs ou Phytococcidies du Nord de
la France faite récemment par MM. Emile Balle (de Vire) et
II. Fockcu (de Lille), a fourni les espèces nouvelles de Phytop-
tîdœ dont voici la diagnose :
Pliyllocoptes Itallei (Nalepa), n. sp.
Corps ovoïde, allongé, terminé par un lobe anal très peu
distinct portant une paire de poils flagcllaircs très grêles cl
une paire de poils accessoires très courts. Ecusson thoracique
semi-circulaire en avant, prolongé au-dessus du rostre qu’il
couvre entièrement : rostre très fort et très long. Tubercules
des poils dorsaux cylindriques, insérés près du bord postérieur
de l’écusson. Poils dorsaux courts. Pattes distinctement arti¬
culées, minces, à pénultième article presque deux fois plus
I long que le dernier. Ongles courts fortement recourbés ; plu-
LE NATURALISTE
mule tarsale très grêle à quatre (?) paires de rayons. Région
dorsale de l’abdomen présentant 27 anneaux incomplets :
région ventrale simplement striée et ponctuée. Poils abdomi¬
naux de la troisième paire allongés. Vulve de la femelle dis¬
tinctement striée.
Longueur: 0 mm. 12; largeur: 0 mm. 048.
Habitat. — Sur les feuilles de Tilia grandifolia, où elle vit,
comme les autres espèces du genre Phyllocoptes, sans produire
de véritable galle, menant une vie vagabonde et causant par sa
piqûre, d'après le docteur von Schlechtendal (de Halle-sur-
Saalel, des taches brunes plus (ou moins étendues ( brouissure ou
brunissure locale).
Cette espèce est dédiée M. E. Ballé (de Vire), auteur d un
travail sur les Galles du Calvados, qui l’a découverte sur le
tilleul.
Phyllocoptes, Fockeui (Nal. et Trt), n. sp.
Corps fusiforme, ayant sa plus grande largeur en arrière de
l’écusson thoracique, diminuant ensuite jusqu'à, l’extrémité
postérieure. Ecusson thoracique distinctement plissé, prolongé
en avant et recouvrant presque entièrement le rostre. Tuber¬
cules des poils dorsaux insérés sur le bord postérieur de l’é¬
cusson. Région dorsale de l’abdomen divisée en 32 anneaux
incomplets ; région ventrale striée et ponctuée. Poils abdo¬
minaux longs et grêles. Lobe anal distinct, portant deux poils
flagellaires allongés et deux poils accessoires. Pattes dis¬
tinctement articulées, minces, à pénultième article plus court
que le dernier. Ongle long, terminé par une extrémité émoussée
ou en forme de bouton ; plumule tarsale très grcle à cinq
paires de rayons. Vulve cordiforme à valvule striée.
Longueur: (femelle) 0 mm. 18; largeur: 0mm. 05.
Longueur: (mâle) 0 mm. 15; largeur: 0 mm. 045.
Habitat. — Sur les feuilles du Prunus domestica, ou l’espèce
mène une vie vagabonde, ne produisant pas de véritables
galles comparables i celles du Phytoptus similis (Nalepa).
L’espèce est dédiée à M. H. Fockeu, préparateur à la Fa¬
culté de médecine de Lille, auteur d’un travail sur les Galles
du Nord de la France.
Pliytoptus \alepni Trt), n. sp.
Corps vermiforme, terminé par un lobe anal distinct portant
une paire de poils flagellaires très longs et une paire de poils
accessoires longs et raides. Abdomen annelé, finement ponctué.
Les poils latéraux et les poils abdominaux de la première
paire très longs, ceux de la troisième paire très courts et
grêles. Ecusson thoracique semi-circulaire, strié. Tubercules
des poils dorsaux petits, insérés sur le bord postérieur de
l’écusson. Poils dorsaux longs et grêles. Rostre court et fort,
dirigé en avant et en bas. Pattes courtes distinctement arti¬
culées ; les deux derniers articles presque do même longueur.
Poils extérieurs du dernier article très longs. Ongles très longs,
peu recourbes : plumule tarsale distincte, à 5 paires de rayons.
Vulve distinctement striée (large de 0 mm. 017).
Longueur: (femelle) 0 mm. 17; largeur : 0 mm. 03.
Longueur: (mâle) 0 mm. 14; largeur : 0 mm. 028.
Habitat. — A la face inférieure des feuilles de] Hippophaë
rhamnoïdes s’abritant sous les poils étoilés que portent ces
feuilles et produisant à la longue l’étiolement, le bombement
et l’enroulement de la feuille. Découverte par M. le professeur
A. Giard, à Wimereux (Pas-de-Calais).
L’espèce est dédiée à M. le professeur A. Nalepa (de Linz),
le savant spécialiste, si versé dans la connaissance des Phy-
toptidæ.
Ces trois espèces seront décrites et figurées, dans un pro¬
chain travail de M. Nalepa, avec d’autres espèces provenant
également du Nord de la Franco et qui font partie de ma col¬
lection.
Dr E. Trouessart.
RÉCRÉATION ENTOMOLOGIQUE
S’il est en entomologie Une étude négligée, méconnue,
c’est sans contredit celle qui s’occupe des mœurs, des
habitudes, des caractères, des particularités des insectes.
Le temps et la patience manquent trop souvent quand il
faut étudier et suivre des heures entières l’instinct et
les volontés d’un insecte. Il semble au-dessous de la
science de faire pour des êtres si petits ce que Buffon a
fait pour les grandes espèces ; comme si les études phi¬
losophiques variaient pour les uns et pour les autres.
Pourtant rien de plus agréable, de plus instructif, de
plus merveilleux que cette étude philosophique de l’en¬
tomologie.
Qu’il nous soit permis de citer quelques fragments
d’un discours prononcé à la Société entomologique de
France par M. Guénée, en prenant possession du fau¬
teuil de la présidence à la séance du 14 février 1849.
« Souvenons-nous, dit-il, que l’Entomologie, comme
« ses sœurs, fournit un emploi honorable et moral à
« l’activité de l’intelligence humaine; qu’elle ouvre aux
« passions une voie salutaire de dérivation ; qu’elle
« grandit l’homme en élevant son esprit et qu’elle l’a-
« méliore e^ . polissant ses mœurs. Pensons aux bles-
« sures du cœur qu’elle a guéries, aux illusions prêtes à
« s’envoler, qu’elles a retenues, aux mécomptes dont
« elle a consolé,' aux chagrins légitimes dont elle a
« adouci l’amertume, aux jours tranquilles dont elle
« sème la vie. Soyons fiers du bonheur qu’elle donne au
« pauvre comme au riche, à l’homme que le travail a
« fatigué comme à celui que l’oisiveté tourmentait et
« disons-nous que toute source d’où coulent de pareils
« bienfaits, n’eùt-elle pas d’autres titres à la reconnais-
« sance des hommes, mérite dans tous les temps d’être
« respectée et bénie. »
Il est accepté sans conteste, qu’avec de la patience, de
bons soins, il est possible d’adoucir les mœurs des ani¬
maux supérieurs les plus féroces, et même de leur
donner une certaine éducation ; on a reconnu que les
animaux inférieurs subissent également cette loi ; sans
nous arrêter aux jongleurs Indiens, qui jouent avec les
serpents les plus venimeux, nous avons vu le surveillant
du Muséum d’histoire naturelle de Paris caresser les
serpents et autres pensionnaires de sa ménagerie, il
nous a paru que ces derniers y trouvaient un certain
plaisir. L’histoire nous a conservé l’attachement de cer¬
taines araignées pour les prisonniers qui en prenaient
soin. En descendant encore dans l’ordre des insectes,
on a pu voir sur la place publique des puces traînant
une voiture microscopique et prenant leur nourriture
sur le bras du Barnum. Voulant descendre encore dans
l’ordre des insectes, nous avons essayé de donner des
soins à une larve de Coléoptère et nous avons réussi au
bout de quelques jours (10 à 15 jours), non seulement
à être reconnu, mais à voir venir la larve prendre à la
main la nourriture présentée.
Cette larve que nous demandons la permission de
vous présenter est Teresias Serra Steph., on la trouve
assez communément sous les écorces de platane pendant
l’hiver, elle se nourrit sans aucun doifle de petits
insectes, qui cherchent sous l’écorce un abri pour pas¬
ser la mauvaise saison. Nous avons enfermé cette larve,
avec quelques fragments d’écorce, dans un petit bocal
recouvert d’une toile métallique, nous lui avons pré¬
senté des mouches mortes ou d’autres petits insectes;
les premiers jours, elle se tenait cachée suivant tous nos
mouvements, mais sans bouger, et ne se décidait à
saisir sa proie, que lorsque nous nous étions suffisam¬
ment éloigné; au bout de quatre à cinq jours, les pro¬
grès étaient visibles, la larve venait prendre l’insecte
LE NATURALISTE
aussitôt la main retirée du bocal et enfin après dix à
quinze jours de soins, elle quittait sa retraite, s’avançait
et s’emparait de la mouche tenue directement par les
doigts; plus tard il suffisait d’enlever la toile métallique,
pour voir la larve (se précipiter au-devant de la main
même lorsqu’elle était vide.
La larve de Teresias Serra a un aspect très singu-
Lc Teresias serra' (Larve grossie, larve grandeur naturelle,
insecte parfait grossi).
lier, ses métamorphoses sont fort peu connues.
Longueur o à 8 millimètres, coriace en-dessus et d’un
roux sale, avec le bord des segments blanchâtres ; char¬
nue et d’un livide blanchâtre en dessous. Sa tête est
assez grosse, carrée et inclinée en avant; l’épistome est
assez grand et le labre' petit et arrondi. Les mandibules
sont coniques, roussâtres à la base, noires à l’extrémité.
Les palpes sont roussâtres et coniques, les maxillaires
de trois articles, les labiaux de deux ; les antennes sont
de quatre articles.
Le corps est ellipsoïdal et formé de douze segments.
Les trois premiers sont larges et portent chacun une
paire de pattes semi-cornées, dont les tarses sont garnis
de petits cils spiniformes et terminés par un ongle su-
bulé. Le premier segment le plus long de tous. Les
quatre segments qui viennent à la suite sont très courts.
Les flancs de tous ces segments sont hérissés de poils
fauves, raides, d’inégale longueur, entremêlés de
quelques autres beaucoup plus longs et un peu plus
fins.
Les quatres segments qui suivent le septième et qui
sont aussi très courts, portent des franges très longues
et très touffues de poils raides, qui sont couchés lorsque
la larve n'a rien qui l’inquiète, mais qui, pour peu que
l’on provoque chez elle de l’agitation, se dressent
comme la queue du paon et forment quatre larges pa¬
naches transversaux, occupant toute la largeur du corps
et donnant à la larve un aspect étrange.
Quel est le but de cette organisation insolite ? quel est
l’usage de ces poils tous constitués d’une manière uni¬
forme et si bizarre dans sa régularité? Pourquoi se
dressent-ils lorsqu’on touche la larve, ou que, décou¬
vrant sa retraite, on l’offusque par l’éclat de la lumière ?
Veut-elle, ce qui est probable, effrayer l’ennemi qu’elle
redoute? Autant de questions qui se présentent à l’es¬
prit, et que nous livrons aux recherches des naturalistes
comme dignes d’intéresser la science.
Le dessous du corps est d’un livide blanchâtre ; on
remarque sur toute la surface inférieure des poils ou
plutôt des soies fauves, raides et comme tronquées, des¬
tinées sans doute à favoriser les mouvements de la larve
qui glisse plutôt qu’elle ne marche.
Nous avons fait reproduire en captivité Teresias Seira
plusieurs années de suite, les œufs sont pondus sous les
écorces (mises dans le bocal) au nombre de quarante
environ, ils éclosent de quinze à vingt et un jours après la
ponte, qui a lieu fin juin; rien de plus curieux que ces
petites larves couvertes de longs poils fauves et grosses
comme un grain de pavot, qui glissent par saccades, au
lieu de marcher. Nous avons noté cinq changements de
peau à des intervalles de temps irréguliers, jusqu'au
do juin, époque de l’éclosion de l’insecte parfait.
Lorsque le moment de la transformation est venu,
la larve, après s’être retirée dans un recoin obscur et
tranquille se dépouille de sa peau et se trouve méta¬
morphosée en une nymphe blanche hérissée de spinules
de même couleur et membraneuses. Au bout de trois ou
quatre jours, la peau de cette nymphe se fend le long
du dos pour donner passage à l’insecte parfait.
Celui-ci est long de 4 à 5 millimètres ovale, d’un brun
noir luisant, pubescent et ponctué ; le thorax est court,
transversal et coupé postérieurement en angle sphérique
bien marqué, les pattes et les antennes sont d’un testacé
brunâtre.
Nous nous trouverions largement récompensé de nos
efforts, si nous pouvions supposer que nous avons réussi
à entraîner, par cet exemple, quelques jeunes lecteurs à
essayer ce passe-temps instructif et aussi des plus utiles
pour combattre les ennemis de notre agriculture.
Decaux,
Membre de la Société cntomologique de France.
LIVRE NOUVEAU
La Famille primitive, ses origines et son développement,
par C. N. Starckf,, professeur à l’Université de Copenhague.
_ La Bibliothèque scientifique internationale, dirigée par M. Km.
AMave, comptait déjà un certain nombre de volumes relatifs
à l’histoire des sociétés humaines, notamment ceux d’Herbert
Spencer, de Bagehot, de Roberty, de Draper, de Joly, de Car-
tailhac, de Lubbock, de, Quatrefagcs, etc. Elle s’augmente au¬
jourd’hui d’un ouvrage sur l’une des questions capitales de la
sociologie : la Famille primitive et ses observations diverses,
qui ont0 abouti au régime actuel do la famille. Dans une pre¬
mière partie, l’auteur examine l’organisation do la famille, de
la propriété et de l’héritage chez tous les peuples primitifs ou
anciens. Dans la seconde partie, il fait la théorie de la famille
primitive, de son origine et de son évolution. Il étudie succes¬
sivement la filiation, la polyandrie et la polygamie, le ma¬
triarcat et le patriarcat, le lévirat et le nivogat, l’hérédité et le
droit d’aînesse, lés formes différentes de famille dans les prin¬
cipales races, etc. L’origine et le régime du mariage attirent
principalement son attention; il développe soigneusement le
svstcme do l’exogamie et l’évolution du mariage. 11 termine
enfin par la théorie du clan, de la tribu et de la famille qui a
provoqué, comme celle du mariage, bien des controverses. Ce
livre est donc comme un résumé des principales questions so¬
ciales il vol. in-8“, cartonné à l’anglaise. Librairie Félix Alcan.
Prix : G fr. et aux bureaux du journal).
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 7 novembre 1890. - M. E. Lai
1,0 1,1. 'folios des nodosités dos léguminonsos, a trouvé chez eux
un mode de reproduction analogue à celui trouvé par Mctch-
nikoff chez le Pasteuria Ramosa parasites des Daphnies ; ces
organismes paraissent devoir constituer un groupe distinct,
intermédiaire entre les Bactéries elles champignons filamenteux
inférieurs, M. Em. L urent propose pour eux le nom de Pas-
28
LE NATURALISTE
teui-iae.écs. — M. Léon Vaillant a observé chez le Chélmo ros-
tratus , Poisson rapporté parM. Lix del’Ilc Thursdav (détroit de
Torrès) à l’état jeune dos caractères transitoires qui permettent
d’étendre à ce genre les notions acquises pour d’autres types
dans le groupe des squammipennes. — M. E. Canu adresse à
l’Académie du laboratoire maritime de Vimereux une note sur le
dimorphisme sexuel des copépodes ascidicoles. — M. F. Guitei.
adresse également du laboratoire maritime de Roscoff une note
sur les différences sexuelles dans un poisson du Genre Lepado-
gaster (Lepodogastcr bimaculatus). — M. Ch. Dec.agny adresse
à l’Académie une note sur les forces moléculaires antagonistes
qui se produisent dans le noyau cellulaire, et sur la formation
de la membrane nucléaire. — M. Henri Lasse (en réponse aux
critiques de M. de Lapparcnt qui considère les Rideaux de la
Picardie comme n’étant qu’un simple résultat de la culture)
soutient sa propre théorie dans laquelle il attribue une origine
géologique au phénomène des Rideaux.
Séance du 24 novembre. — M. A. Sabatier adresse à l’A¬
cadémie une note sur la spermatogenèse chez les Locustides.
_ yp H. Prouho après une étude anatomique de la Cyclatella
annelidicola (Van Bencden et Hesse) est arrivé à montrer que
les caractères de cette espèce commensale des clyméniens sont
seulement, spécifiques et en lont un véritable Loxosomc iLoxo-
soma annelidicola . — M. Villot montre que Ç Heierodera Scha-
chlli parasite de la betterave ne pouvant supporter qu’une
température do 33”C. maximum est sûrement tué par le passage
dans le tube digestif du mouton dont la température = 40°C d’a¬
près Colin. Un excellent nématocidc recommandé par M. Willot
pour la destruction de l’Hctcrodera schachtii consiste dans
l'emploi des eaux ammoniacales du gaz d’éclairage. — M. A. La¬
croix adresse une noté sur une roche éruptive de l’Ariège et
siii- la transformation des feldspaths en Wernerite.
Séance du 1" décembre. — M. G. de Saporta communique à
l’Académie le résultat de ses recherches sur do nouvelles flores
fossiles observées en Portugal et marquant le passage entre les
systèmes jurassiques et infracrélacé. — M. Ranvier présente
une intéressante note de M. Et. Jourdan sur un tissu épithélial
fibrillaire des annélides. M. Et. Jourdan si connu par ses belles
études sur l’histologie des invertébrés a été amené à observer
ce tissu dans la trompe des Glycères en poursuivant ses recher¬
ches sur les organes des sens des annélides. — M. Chauveau pré¬
sente une notede M. Alfred Mallèvre siir l’influence de l’acide
acétique sur les échanges gazeux respiratoires. — M. René
Drouin adresse une note sur une nouvelle méthode hémato-
alcalimé trique et sur l’alcalinité comparée du sang des Verté¬
brés. — M. H. Viall a-nes continue ses recherches sur le cer¬
veau des arthropodes, ses dernières recherches ont porté sur
là structure histologique des centres nerveux du Limulus Poly-
phemus déjà si bien étudié au point de vue anatomique par
M. A. Milne-Edward. L'auteur a étudié avec un soin minutieux
le Protécerebron et le corps pédoncule qui chezla limule atteint
un développement extraordinaire (jjjb du cerveau) M. Viallanes
décrit ensuite le cerveau postérieur, les parties latérales du
collier nerveux constituées par les cinq paires centres
ganglionnaires cimentant les cinq paires de pattes mâchoires
et enfin la partie postérieure du collier nerveux formée par
la soudure très intime de deux paires de centres ganglionnaires.
— M. R. Moniez adresse une note sur les différences exté¬
rieures que peuvent présenter les Nematobothrium à propos
d’une espèce qu’il signale comme une nouvelle, le M. Guernei,
du Germon. — M. L. Cuénot adresse une note sur le système
nerveux entécocœlien des Echinodérmes qui en outre des deux
systèmes nerveux, spéciaux à la face orale ou ambulacrairc du
corps, existe souvent à la face aboralc ou anti-ambulacrairc et
est d’origine absolument différente. — M. Jean Demoor com¬
munique à l’Académie le résultat de scs recherches expérimen¬
tales sur la locomotion des Arthropodes. — M. E. Bastit ré¬
sumé ainsi ses recherches sur les influences comparées de la
lumière et de la pesanteur sur les tiges des mousses. Dans l’air
ou dans l’eau, l’influence héliotropique sur la croissance de la
tige des mousses surpasse l’influence du Géotropisme et la tige
sc° dirige toujours vers la lumière, quelle que soit la position de
la source lumineuse. — M. L. J. Léger a constaté la présence de
laticiféres chez les Fumariacées. — M. J. Seunes a constaté la
présence de Rudistcs dans le flysch à orbitolines de la région
sous-pyrénéenne du département des Basses-Pyrénées (vallée
du Saison).
Séance dn 8 décembre.. — M. Ranvier communique à l’Aca¬
démie le résultat de ses recherches sur la constitution histolo¬
gique de la membrane du sac lymphatique œsophagien de la
Grenouille. — M. Joanncs Chatin trouve une remarquable si¬
militude dans la constitution du noyau chez les spongiaires et chez
certains amibes ou infusoires. — MM.Topsent et Trouessart
décrivent un nouvel acarièn découvert par M. Topsent àLuc-sur-
Mer, le Nanorchestes amphibies représente un nouveau genre et une
nouvelle espèce d’acarien sauteur. — M. Albert Gaudry présente
une note de M. Ch. Depéret et Leenhardt sur l’âge des sables
et argiles bigarrés du Sud-Est; cet horizon (Horizon de Mérindol )
existe àla fois dans le bassin d’Apt et dans celui de la Durance;
il appartient au niveau de l'étage de Vitololes, c’est-à-dire à
l’Eocène inférieur et est entièrement distinct de l’horizon des sa¬
bles et argiles bigarrés, crétacés du bassin d’Apt.
Séance du 15 décembre. — M. Eugène Canu adresse à
l’Académie le résultat de recherches qu’il a entreprises au labo¬
ratoire maritime de Wimereux (Pas-de-Calais) sur le déve¬
loppement des copépodes ascidicoles. — M. Léon Guignard
communique à l’Académie le résultat de ses recherches sur la
localisation des principes actifs dans la graine des crucifères.
— M. L. Mangin ayant étudié la structure des péronosporées
conclut do ses recherches que la présence constante de callose
dans le mycélium dosPéronosporés permet de reconnaître avec
une grande netteté les moindres traces de ces parasites dans
les plantes qui leur servent d’hôtes et. de préciser les relations
qui s’établissent entre ces dernières et le parasite. — M. Pril-
i.ieux rappelle à l’Académie qu'il a en 1889 communiqué à la
Société de Botanique des observations anatomiques sur les
tubercules des racines de légumineuses entièrement d’accord
avec les faits signalés dernièrement à l’Académie par M. Em.
Laurent.
A. E. Malard
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Ann. Mag. of Nat. Hist. 1890, pp. 374-380.
G. Malloizel.
Le Gérant: Emile DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13» ANNÉE
2° Série — 1*° 94
FÉVRIER 1891
LES SOI-DISANT DÉPÔTS MOHA INIQUES
DE E'ÉPOQUE QUATERNAIRE
On trouve sur les plateaux et dans les vallées des pays
qui furent recouverts par les glaciers quaternaires, des
dépôts d’eau douce à stratification confuse, qui sont par¬
ticulièrement caractérisés par la présence dans leur
masse de gros blocs anguleux. Ces blocs, dont la nature
pétrologique est bien différente de celle des terrains sur
lesquels ils reposent, viennent évidemment de fort loin ;
et il s’agit de rechercher quel a été leur mode de trans¬
port.
A l’époque où l’on se plaisait à ne voir dans l’histoire
de la terre que cataclysmes et ruines, et à tout expliquer
parles causes les plus violentes, on ne manqua pas d’at¬
tribuer le transport de ces blocs, d’un volume souvent
fort consi¬
dérable, à
des cou¬
rants impé¬
tueux, dont
les vagues
i mm en ses
auraient
couvert non
seulement
les vallées
des Alpes,
mais même
les plateaux
qui domi¬
nent ces
vallées .
Mais la ré¬
flexion et
une étude
plus atten¬
tive des ca¬
ractères pê-
trographi -
ques de ces
dépôts vin¬
rent ensui¬
te obliger les géologues d’abandonner leur hypothèse.
On renonça à chercher la source inépuisable qui en¬
tretenait d’aussi fantastiques Courants. On ne peut
expliquer comment des cours d’eau capables d’entraîner
des blocs aussi volumineux auraient pu laisser déposer
les graviers et l’argile qui s’y trouvent associés. Et puis,
si les blocs ont pu être roulés sur un aussi long par¬
cours, comment se fait-il qu’ils aient conservé leurs
formes anguleuses et leurs vives arêtes? 11 fallait se ré¬
soudre à chercher une autre explication, qui tint
compte de toutes les conditions du problème.
L’observation des phénomènes de l’époque actuelle,
qui sert de base à la science moderne, pouvait seule
fournir une réponse satisfaisante à cette question diffi¬
cile. Il a existé en effet, il existe encore de nos jours
des agents naturels capables de transporter au loin d'é¬
normes quartiers de roche sans leur faire subir la
moindre altération; nous voulons parler des glaciers. Ces
fleuves de glace, dont on connaît maintenant la struc¬
ture, le mode de formation et de progression, cheminent
lentement, mais avec une force irrésistible, au fond des
Fig. 1. — Bloc erratique strié par L
(D’après une photographie de
plus hautes vallées des Alpes, qu’ils comblent en partie.
Grâce à la dureté de la glace et au mouvement molécu¬
laire qui anime toute sa niasse, aucun corps étranger n’y
peut pénétrer sans être aussitôt rejeté ; mais les débris
de toute sorte, provenant des cimes voisines et qui
tombent à la surface de la glace, se déplacent avec elle
sans exécuter par eux-mêmes aucune espèce de mouve¬
ment. On a donné le nom de blocs erratiques à ces quar¬
tiers de roche de toute nature, de volumes divers et de
formes irrégulières, qui cheminent ainsi, très lentement,
à la vérité, mais aussi sûrement que pourraient le faire
des moellons chargés sur un chariot. L’analogie com¬
plète de ces blocs erratiques avec les blocs anguleux qui
caractérisent les dépôts quaternaires en question est
trop évidente pour laisser aucun doute sur leur commu¬
nauté d’origine ; et il est naturel de supposer que le
transport des uns et des autres s’est effectué sous l’em¬
pire des
mêmes for¬
ces et des
mêmes lois.
Les résul¬
tats ne dif¬
fèrent que
par leurs
propor -
tions , et
celles-ci
ne d é p e n-
dentque du
temps et de
certaines
conditi o ns
spéciales
dans le dé-
taildesquel-
les nous ne
pouvons en¬
trer ici (1).
Tous les
géologues
sont, main¬
tenant, par-
faitement
d’accord sur ce point; la chose est jugée, et ce serait
perdre son temps que de prétendre la l'emettre en
question.
Mais les glaciéristes ne se sont pas bornés à expliquer
par les glaciers le transport des blocs erratiques, anciens
ou récents; il ont prétendu retrouver intacts, dans l’état
actuel de la terre, tous les dépôts erratiques de l’époque
quaternaire ; et ils n’ont pas hésité â considérer comme
d’anciennes moraines tous les dépôts quaternaires conte¬
nant des blocs erratiques. C’est une manière de voir
contre laquelle je me suis prononcé depuis long¬
temps (2). Nous avons des preuves incontestables que
les plateaux et les vallées autrefois recouverls par les
glaciers quaternaires ont été, depuis cette époque, occu¬
pés par de puissants cours d’eau et ont subi, à plusieurs
reprises, de profondes érosions. Ceci admis, et on ne
15 novembre 1888).
(2) Vovezma Note sur le i
ternaires (L’Échange. n®» 14
M. le
LE NATURALISTE , Paris, 46, rue du Bac.
30
LE NATURALISTE
peut moins faire que de l’admettre, je ne vois pas com¬
ment les moraines des glaciers quaternaires auraient
échappé à toutes ces causes de remaniement et de dés-
Fis. 2. — « Erdmannli-Stein », prés Wofalen (Suisse). :
(D’après une photographie de M. le professe
Lindwald. (D
loc erratique
3 graphie de M. le pro
atérales » et de
ème complètc-
loit se faire de
■s. Leur retrait.
truction. Les expressions de « mo
1 1 moraines frontales » me parais
ment incompatibles avec l’idée qt
la rétrogradation des glaciers quaternaires. Leur reti
de même que leur progression, ne s’est pas eflectué en
un jour. Les masses énormes de glace qui encombraient
nos vallées et recouvraient les pentes de nos montagnes
n’ont pu fondre en une nuit; et ce serait se faire une
étrange illusion que de s’imaginer que le glacier qua¬
ternaire qui couvrait le plateau de la Bresse s’est trouvé
subitement relégué sur les sommités des Alpes. Les gla¬
ciers] quaternaires se sont
retirés comme ils s’étaient
avancés, à pas lents et sans
discontinuité. Les dépôts
erratiques qu’ils ont laissés
derrière eux ne pouvaient
donc affecter la forme de
moraines, latérales ou fron¬
tales, mais bien celle d’une
couche continue de boue, de
graviers et de blocs errati¬
ques. Ces débris de toute
sorte, abandonnés dans le
fond des vallées, sur les
plateaux et sur les pentes
des montagnes, furent dès
lors soumis à l’action des
agents atmosphériques et.
aussitôt désagrégés par les
nappes d’eau provenant 'de
la fonte de la glace (1). Les
eaux, en s’infiltrant dans la
boue glaciaire, la délayè¬
rent et opérèrent le triage
de ses divers éléments. Les
parties les plus fines, ar¬
gileuses ou sableuses, fu¬
rent entraînées les premiè¬
res, puis ce fut le tour des
éléments plus grossiers.
Beaucoup de blocs errati¬
ques, déposés sur les pen¬
tes, durent suivre le mou¬
vement de la boue glaciaire
qui les supportait, et rouler
avec elle au fond des val¬
lées. Quant à ceux qui fu¬
rent abandonnés par le gla¬
cier sur les plateaux ou
dans le fond des vallées ; ils
ont dù rester à la place
même où on les observe
encore aujourd’hui.
, L’origine lluviatile ou la¬
custre des dépôts d’eau dou¬
ce qui contiennent les blocs
erratiques remaniés nous
est attestée par les énormes
galets qui accompagnent
d’ordinaire les blocs angu¬
leux. Ces galets, de forme
très irrégulière et de gros¬
seurs très diverses, ont la
même origine que les blocs
anguleux et n’en différaient primitivement que par leur
moindre volume, qui a permis aux eaux de les rouler.
ics èrratiques de granit.
Mulhbcrg.)
de granit du Gothard, dans
fesscur Muhlberg.)
dépôts i
tiques quat
remaniement que- lorsqu’ils se trouvaient dans des conditions
et purement locales. Les lambeaux de ces do-
srve cncoro dans leur état primitif affectent la
lenticulaires, qui remplissent des poches ou eu
creusées par les glaciers dans des ochcs dures.
LE NATURALISTE
31
Ils ont été d’autant mieux arrondis qu’ils se trouvaient I
plus petits. On le voit, ces soi-disant dépôts morai-
niques de l’époque quaternaire sont, en réalité, de véri¬
tables alluvions, qui appartiennent à l’époque post-gla¬
ciaire.
Les alluvions post-glaciaires à blocs erratiques rema¬
niés sont principalement développées sur les plateaux,
où elles représentent les atterrissements d’anciens lacs,
dont les sources se sont taries. Elles ont comblé jadis
les ravins des Alpes, et forment encore des monticules,
plus ou moins élevés, qui dominent les torrents. Les
cônes de déjection des torrents de l’époque actuelle sont
presque toujours flanqués de terrasses formées d’allu-
vions anciennes. Ces terrasses, qui présentent ordinai¬
rement deux faces escarpées, dont l’une est parallèle à
l’axe du torrent et l’autre parallèle à l’axe de la
vallée, ont été taillées par les érosions modernes
dans les cônes de déjection des torrents de l’époque
post-glaciaire. Ces mêmes érosions ont fait disparaître,
dans la plupart des vallées, les alluvions post-
glaciaires à blocs erratiques remaniés ; mais celles-
ci ont résisté aux érosions toutes les fois qu’elles ont été
protégées par quelque saillie de roche dure, et l’on en
observe encore de nombreux lambeaux échelonnés, à
diverses hauteurs, sur le bord de nos rivières. Les cours
d’eau de l’époque moderne, qui ont remanié les allu¬
vions post-glaciaires et en ont dispersé les éléments
constituants, n’ont pu entraîner ni les blocs anguleux
ni les galets les plus volumineux ; et ceux-ci, après leur
isolement, sent restés à la place même où ils s’étaient
arrêtés. On les trouve à la surface des plateaux et des
terrasses post-glaciaires, et même dans les plaines les
mieux cultivées. Ils nous montrent que ces dernières ont
été, elles aussi, autrefois recouvertes par les alluvions
post-glaciaires. Ils nous fournissent ainsi de précieuses
indications pour la reconstitution idéale de ces alluvions,
qui représentent incontestablement une des phases les
plus intéressantes de l’histoire de la terre.
A. Villot.
L’HIBERNATION
(OISEAUX, REPTILES, BATRACIENS)
Oiseaux. — Les Oiseaux échappent surtout au froid par
leurs migrations; les espèces des régions polaires arri¬
vent dans nos pays ; celles de nos pays s’en vont dans le
Midi. Les espèces qui restent conservent pendant tout
l’hiver une certaine activité ; il n’en est que très peu qui
restent blotties dans leurs retraites. Les Cailles, les
Hirondelles, etc., sont Surtout célèbres par leurs longs
voyages ; elles n’attendent pas l’abaissement de la tempé¬
rature, elles le préviennent: aussi, lorsque leur départ
est précoce, on en conclut habituellement qu’il y aura un
hiver rigoureux ; cette prévision, notons-le en passant, -
est loin d'être toujours vérifiée. Les Cailles, malgré leur
lourde apparence, vont jusqu’en Afrique et en Asie-
Mineure; les Hirondelles, dans les pays qui bordent la
Méditerranée; il en est, paraît-il, qui poussent jusqu’au
Sénégal.
Ces longs voyages sont extrêmement pénibles pour ces
animaux, et un grand nombre périssent de fatigue pen¬
dant la route; lorsqu’ils arrivent à destination, ils sont
tellement exténués qu’ils fournissent une proie facile aux
chasseurs et aux oiseaux carnassiers. Dans le Rous¬
sillon, c’est surtout à leur retour au printemps, qu’onles
chasse au filet; sur les flancs des collines, on dresse de
longs filets verticaux, dont l’extrémité est tenue en main
par un guetteur : les oiseaux qui longent le bord de la
mer vont donner tête baissée dans les mailles; le chas¬
seur abaisse le filet et s’empare des malheureux captifs,
qui subiront un engraissement spécial avant d’être
livrés à la consommation.
Sauriens. — Dans nos régions, les Lézards et les Ser¬
pents passent tout l’hiver engourdis, blottis au fond des
retraites les plus profondes qu’ils puissent trouver ; ils
n’en sortent qu’au printemps, très amaigris et encore si
lents que leur capture est facile. Les Tortues terrestres
(Testudo græca), que l’on élève souvent dans les jardins,
se creusent une sorte de terrier peu profond, où elles se
réfugient pendant toute la saison froide. L’hibernation est
loin d’être aussi impérieuse pour ces animaux que pour
les' Mammifères; lorsqu’on les maintient à une tempé¬
rature convenable, avec une nourriture suffisante, ils
l’estent parfaitement actifs pendant toute l’année.
Batraciens. — Tous nos Batraciens hivernent; ils se
retirent sur le bord des mares, dans des trous plus ou
moins profonds, ou dans les bois, sous des amas de
feuilles mortes et y restent jusqu’au retour du prin¬
temps. C’est à des Batraciens ainsi hibernés dans des
vieux murs, des ruinep, etc., que se rapportent toutes les
légendes des crapauds et des Salamandres vivant depuis
des années, enfermés dans des pierres ; cette croyance
est enracinée solidement dans la plupart de nos cam¬
pagnes; pour ma part, j’en ai souvent entendu citer des
cas prétendus authentiques ; tout ce que j’ai pu en voir,
c’est la pierre ou l’animal, mais jamais les deux en¬
semble.
Comme chez tous les animaux engourdis, la respira¬
tion pulmonaire devient presque nulle ; la respiration
cutanée suffit amplement aux besoins de l’hématose.
Les Batraciens présentent un organe spécial de réserve,
qu’on appelle le corps adipeux surrénal : il est placé
auprès du rein ou des organes génitaux, et a une forme
plus ou "moins ramifiée. Pendant l’été, les Batraciens
mangent avec avidité, et une bonne partie des matières
assimilées s'accumule sous forme de globules graisseux
dans cette glande de réserve, qui devient alors d’un beau
jaune orangé, et prend un grand développement. Pen¬
dant toute la période d’hibernation, c’est sur cette
graisse que vit l’animal ; c’est aussi à ses dépens que se
forme la masse considérable des organes génitaux, qui
arrivent à maturité avant que le Batracien ait pu re¬
prendre de la nourriture. Si cet organe n’est pas suffi¬
samment bourré de graisse, les glandes génitales ne
peuvent arriver à maturité, et souvent même les Batra¬
ciens meurent pendant la période d’hibernation, consi¬
dérablement amaigris.
L. Cuénot.
U LARVE ET LA HYIIIPHE DU PRIONE TANNEUR
( Prionus coriarius)
Pendant les belles soirées de l’été, il n’est pas rare de voir
voler à la tombée de la nuit un gros coléoptère de la famillo
des Longicornes, auquel ses antennes dentelées en scie, sur¬
tout chez le mâle, ont fait donner le nom de Prionus (de itpiuv,
scie).
LE NATURALISTE
Ce bel insecte qui est caractérisé par trois épines de chaque
côté du corselet, par sa tète forte armée de mandibules ro¬
bustes, mais inermes, et par ses antennes conformées comme
il est dit ci-dessus, se trouve encore assez communément dans
les bois des environs do Paris pendant tout le mois de juillet ;
cependant, lorsque l’année a été froide ou pluvieuse, il ne com¬
mence à apparaître qu’au commencement du mois d’août.
Ainsi que l’indique le dessin ci-joint, il existe entre les deux
sexes une différence assez notable qui réside particulièrement
dans la forme des antennes et dans la grandeur du corps qui
est toujours plus considérable chez la femelle que chez le mâle,
car, s’il est vrai que l’on trouve parfois des individus de ce
dernier sexe aussi grands que celui que j’ai figuré, il arrive
bien plus fréquemment que l’on en trouve qui sont moitié plus
petits.
De plus les antennes possèdent douze articles chez le mâle et
onze chez la femelle.
Les mâles, qui sont ceux qui éclosent en premier, volent
assez souvent, mais jamais bien haut, tandis que les femelles
restent la plupart, du temps immobiles contre le tronc des vieux
arbres ou cachées dans l’herbe. Le Prionus eoriarius court, très
rapidement en agitant vivement ses antennes et sa tète dont le
frottement contre lé bord antérieur du corselet produit un cer¬
tain bruit assez fréquent chez les longicornes, mais très fort
chez l’insecte qui nous occupe.
Il arrive assez souvent que les mâles se disputent violemment
la possession des femelles. Aussi n’est-ce pas rare de trouver
bon nombre de ces insectes ayant les pattes ou les antennes
coupées et je conseille à ceux des naturalistes qui ont la bonne,
fortune de trouver à la fois plusieurs de ces coléoptères, de ne
pas les enfermer ensemble dans un même flacon sous peine de
les retrouver en fort mauvais état.
A l’aide de la tarière puissante dont son abdomen est armé,
la femelle perfore les vieilles souches d’arbres ou les écorces
des troncs morts et y dépose ses œufs, lesquels donnent nais¬
sance à des larves douées de mandibules robustes qui font
dans la souche où elles se trouvent des galeries fort longues,
cylindriques et où la sciure se trouve accumulée après le pas¬
sage de l’animal.
La larve. — « Cette larve;- dit Mulsant, a la tète d’un brun
« châtain; l’anneau prothoraciquo couleur de safran; le reste
« du corps blanchâtre. Du quatrième au dixième segment, elle
<( est chargée de larges mamelons. Les deux derniers anneaux
« sont étroits, lisses, allongés. » Comme toutes les larves ligni-
vores, elle est presque noirâtre pendant le jeune âge en raison
de ce que l’on peut aisément apercevoir les éléments nutritifs
au travers des tissus et de la peau très fine qui les recouvre.
Mais, au fur et à mesure que la larve avance en âge, les tissus
adipeux se développent et la larve devient de plus en plus
blanche, de telle sorte qu’à la fin de la croissance', lorsque la
métamorphose en nymphe approche, elle est bien dodue et. en¬
tièrement d’un beau blanc d’ivoire ; c’est alors qu’elle acquiert
cette apparence appétissante dont j’ai parlé dans le n° 66 du
Naturaliste en parlant des Larves comestibles de Coléoptères.
Je n’insisterai pas davantage sur la larve du Prionus coria-
rius qui a été très complètement décrite par plusieurs auteurs,
notamment par Rœscl, Latreillc et Westwoocl et dont j’ai déjà
dit quelques mots dans l’article que je viens de citer.
Par contre, j’appellerai l’attention sur sa manière de vivre.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est généralement, sinon tou¬
jours, dans les souches mortes ou dans les troncs pourris ou
déjà malades que cette larve nait et se développe, observation
qui s’applique à la plupart des Larves lignivores de Coléoptères
et sur laquelle j’ai insisté en parlant de la larve et de la
nymphe du Lucanus cervus.
Perris a parfaitement développé cette thèse dans son livre sur
les Larves de Coléoptères afin de prouver que, contrairement à
l’opinion émise par Ratzeburg et d’autres naturalistes, il ne
faut pas voir uniquement des déprédateurs parmi les insectes
lignivores.
C’est la même idée que Mulsant a émise, lorsque, dans son
introduction à l’histoire naturelle des Longicornes de France,
il dit que : « Quand la nature veut hâter la chute d’un tronc
« mort ou décrépit, ou rendre promptement à la terre qu'ils
« doivent fertiliser les restes inutiles d’un arbre abattu, elle
« convie à cette oeuvre une foule de ces vers rongeurs. »
Lorsque la larve du Prionus eoriarius est arrivée à toute sa
taille, elle quitte la souche où elle a vécu, s’installe dans le
voisinage prés de la surface du sol et là se construit une coque
très épaisse. Pour construire cette demeure, elle utilise les ma¬
tériaux ligneux qui sont autour d’elle, les enchevêtre et on forme
un réseau très solide dont elle comble les interstices avec de la
terre bien tassée qui donne à cotte coque une grande résis¬
tance.
Les représentants exotiques du groupe des priones font des
coques analogues cl le Muséum de Paris en possède un certain
nombre faites par un grand prionien de l’Amérique méridio¬
nale, V Acanthophore serraticorne.
C.’est dans cette demeure que la Larve se transforme en
nymphe, après avoir passé, pendant une durée que je n’ai pu
étudier, par cet état intermédiaire que j’ai signalé chez la larve
de l’Aromia moschata et qui existe toujours, bien qu’à des de¬
grés divers, chez les larves de Coléoptères.
La figure ci-jointe donne une idée suffisamment nette de la
nymphe de Prionus eoriarius pour qu’il soit superflu d’en
donner une description détaillée ; toutefois, je crois devoir si¬
gnaler que la partie dorsale des segments abdominaux présente
des mamelons analogues à ceux qui existaient chez la larve. Je
n’ai pu conserver la nymphe que j’avais trouvée car je l’avais
blessée en voulant la sortir de sa coque ; je; n’ai donc pu l’élever
et voir combien elle passe detemps sous cet état intermédiaire,
mais il me parait certain qu’ello met au moins un mois pour
parvenir à l’état d’insecte parfait, s’il faut en juger par la nymphe
du Dorcus qui est pourtant beaucoup plus petite et qui ne
donne naissance à l’insecte qu’au bout d’un mois. Ce qu’il y a
de certain c’est que ce sont les ély très qui se colorent et se dur¬
cissent eu dernier; c’est ainsi quo j’ai trouvé dans sa coque, où
il était mort avant d’avoir pu en sortir, un Prionus dont tout
le corps avait acquis sa couleur naturelle, mais dont les élytres
étaient encore d’un brun jaunâtre très clair; il est assez fré¬
quent d’ailleurs de trouver des individus à l'état parfait dont les
habituelle au Prionus eoriarius.
LE NATURALISTE
La larve de cet insecte vit dans le chêne, mais on la trouve
également dans d’autres arbres, notamment dans le cerisier. Il
n’est, en effet, pas rare que les larves lignivores de Coléop¬
tères se nourrissent d’arbres d’essences différentes ; c’est ainsi
que Perris, dans son admirable travail sur les larves de Co¬
léoptères, en signale un grand nombre qui, se nourrissant habi¬
tuellement du bois de châtaignier, se développent également
bien dans le chêne, dans le hêtre et dans d’autres arbres.
Seulement, ce sont presque toujours des arbres botanique¬
ment voisins que les femelles choisissent pour déposer leurs
œufs; aussi n’ai-je pas été peu surpris de trouver au Bois de
Boulogne la larve du Prionus coriarius dans une souche de pin.
Il n’y avait pas à s’y méprendre. Une grosse souche coupée à ras
du sol était littéralement réduite en poussière. Tout l’intérieur
était rempli de sciure et de fragments de bois perforés par de
larges galeries au centre desquelles je trouvai plusieurs grandes
larves de longicornes ressemblant, à s’y méprendre, à celles de
Prionus que j’avais trouvées dans des souches de chênes.
Examen fait de ces larves, je reconnus que je ne m’étais pas
trompé et, comme le fait me parut intéressant, je le signalai à
une des séances de la Société d’Entomologie.
Mes collègues m’exprimèrent leur étonnement de cette trou¬
vaille, mais d’une .manière fort courtoise et qui ne rappelle en
rien la fameuse bataille des Notiophiles à laquelle faisait ré¬
cemment allusion dans le Naturaliste un conteur spirituel, qui
s’est contenté de signer : « Un abonné. »
Je répondis que l’Ergates faber , à part les deux ou trois fois
qu’il a été signalé à Fontainebleau, étant exclusivement méri¬
dional, je ne croyais pas qu’il pût y avoir au Bois de Boulogne
d’autre Longicorne que le Prionus pouvant avoir une larve de
de cette taille vivant dans le pin.
L’incident fut clos et ma note parut au bulletin; toutefois,
comme j’avais l’intention de vérifier jusqu’au bout mon asser¬
tion, je retournai au même endroit à l’époque que je savais être
celle de l’éclosion du Prionus.
Mes prévisions furent entièrement justifiées, car je trouvai
encore dans d’autres souches de pins plusieurs larves, plusieurs
Prionus à l’état parfait et enfin une belle nymphe de femelle
toute installée dans sa coque.
Il m'a paru intéressant de rappeler ce fait qui n'avait, d’ail¬
leurs, pas échappé à Ratzeburg, car il est curieux de voir le
Prionus coriarius , qui vit habituellement dans le chêne, devenir
parasite du Pin maritime dans des régions où 1 ’Ergates faber,
parasite naturel de ce dernier arbre, ne saurait vivre.
11 y a là un cas d’adaptation qui mérite d’être signalé et dont
l’insecte n’a l’air de souffrir en aucune façon, car les exemplaires
que j’ai eus entre les mains étaient nombreux, en fort bon état
et tout aussi bien développés que ceux que j’avais recueillis sur
des chênes.
Louis Planet.
PRÉPARATION DES POISSONS
Empaillage des poissons. — Ce procédé pour
la conservation des poissons peut être employé pour les
moyennes et les grosses espèces, mais il demande une
certaine habileté; les poissons ne sont généralement pas
difficiles à dépouiller de leur peau ; voici comment on
procède pour toutes les espèces à corps rond :
On pratique une incision sous le ventre et on la pro¬
longe jusqu’à la queue; on saisit ensuite les bords
de la peau que l’on soulève, et avec un scalpel on
dissèque celle-ci avec soin, on prenant bien garde de ne
pas enlever la mince membrane argentée qui donne à
ces animaux le brillant dont ils sont ornés .On coupe les
nageoires à leur articulation avec le corps et on dégage
la peau soit en appuyant sur la chair avec le manche du
scalpel, soit avec les doigts ; on découvre ainsi le dos
et enfin le tronçon de la queue que l’on coupe et déta¬
che de son extrémité, c’est-à-dire de la nageoire qui le
termine. On revient ensuite au tronçon du côté de la tète
et on l’écorche de même, sans renverser ni retourner la
peau, mais simplementen la faisant Tomber sur les côtés.
Si on agissait autrement, on détacherait les écailles.
Parvenu à la tête, on la coupe entre la boite du crâne et
la première vertèbre du corps. On ne l’écorche pas, l’o¬
pération serait extrêmement difficile, mais on la vide par
le trou occipital et par les opercules des branchies; on
retire toutes les chairs, les yeux, le cerveau, les bran¬
chies, la langue, etc _ on achève de nettoyer complète¬
ment les nageoires en raclant avec la lame du scalpel
les chairs encore adhérentes aux os ; puis on enduit avec
un pinceau l’intérieur de la peau au moyen d’une bonne
couche de préservatif. Pour les • grosses espèces, à
derme épais et rugueux, on peut remplacer le préserva¬
tif par un mélange de cendre et de chaux pulvérisée
dont on frotte la peau à l’intérieur.
On achève l’empaillage en préparant d’abord deux
morceaux de fil de fer recuit ayant chacun une longueur
égale 4 celle du Poisson. Le premier sera recourbé en
arc de manière à suivre à peu près la courbure du dos ;
il sera aiguisé à ses deux extrémités : l’antérieure péné¬
trera au travers du crâne et sortira en dehors, on peut
encore la faire sortir par la bouche; l’autre extrémité
traversera la queue. Le second fil de fer, formant une
courbure dont la concavité regardera celle du premier,
sera disposé avec celui-ci sur un plan vertical. Pour le
fixer on devra le tordre autour du premier tout près
de la tête et à l’autre extrémité près de la queue qu’il
ne doit pas traverser (fig. 1). On prépare ensuite
de l’étoupe coupée en petits morceaux afin de pouvoir la
tasser plus également ; on remplit la peau en évitant de
trop la serrer, on remplit également tous les vides et on
recoud les bords de l’incision l’un contre l’autre. On se
sert pour cela d’un fil proportionné à la grandeur du
Poisson et à la force de sa peau. On doit faire cette opé¬
ration avec de grandes précautions, la peau de quelques
espèces étant très mince et se déchirant facilement.
Après avoir fait un nœud à l’extrémité du fil, on passe
d’abord l’aiguille de dedans en dehors en piquant an
point où l’incision a été pratiquée; on descend ensuite
en cousant en lacet mais en passant à chaque point l’ai¬
guille de dedans en dehors et l’on continue ainsi jusqu’à
ce que l’ouverture soit complètement fermée ; on arrête
alors le fil avec un nœud.
On étale ensuite les nageoires et la queue en les cou¬
sant sur des morceaux de carton ou en les maintenant
entre deux plaques de liège ; cette opération terminée,
on lave les écailles et on les essuie avec un linge sec. Le
poisson ainsi préparé est placé sur un socle où on le
laisse sécher à l’abri de la lumière. Pour hâter la dessic¬
cation on passe chaque jour sur la pièce une couche
d’essence de tébérenthine qui a la propriété de conser¬
ver une partie des couleurs et de hâter la dessic-
34
LE NATURALISTE
cation. On donne au sujet une attitude naturelle.
On place ensuite les yeux- artificiels dans les cavités
qui ont été préalablement bourrées, et on fixe ces
yeux avec de la gomme. Il est inutile de dire que l’on
devra toujours choisir ceux dont la couleur se rapproche
le plus de celle de l’animal lorsqu’il était vivant.
Lorsque la préparation est parfaitement sèche, on la
débarrasse des pièces destinées à étaler les nageoires
et la queue et on la peint avec un vernis transpa¬
rent. Certaines espèces ont des couleurs brillantes ou
des teintes très tranchées qui s’effacent pendant la des¬
siccation ; on peut restituer ces teintes en les peignant
avec des couleurs à l’essence ; dans ce cas on ne devra
les vernir qu’après cette opération. On agit de même
quand on doit rendre aux branchies la couleur qu’elles
avaient perdues.
Quelques naturalistes ont indiqué divers procédés
pour dépouiller les poissons sans fendre la peau, en re¬
tournant le sujet par l’ouverture des ouïes et en extrayant
le contenu par cette ouverture. On remplit ensuite la
peau de sable fin qu’on fait écouler. par la bouche après
la dessiccation. Nous n’avons pas besoin de faire remar¬
quer combien cette méthode est défectueuse et combien
il est difficile de retourner un poisson écailleux sans en¬
lever ses écailles..
Les Poissons à corps plat, comme les Raies, les Soles,
se dépouillent comme les autres ; on peut faire l’incision
longitudinale sur le milieu de la colonne vertébrale,
mais pour soutenir la peau il est nécessaire d’introduire
une feuille de carton découpée sur le contour du corps
de l’animal ou une plaque de liège sculptée sur la forme
du corps; on bourre ensuite des deux côtés en tâchant
d’imiter la forme de celui-ci. Dans ce cas l’emploi du lil
de fera l’intérieur sera inutile.
Les Poissons anç/uillif ormes se dépouillent de la ma¬
nière suivante : on pratiquera sur le ventre une incision
longitudinale dont la longueur sera du double de la lar¬
geur du corps de l’animal ; on dégagera la peau de cha¬
que côté et jusque sur le dos, puis on coupera le corps
en deux portions en cet endroit; on saisira ensuite l’un
des tronçons et on dépouillera jusqu’à l’extrémité, de
manière à obtenir un fourreau continu ; on agira de
même pour l’autre tronçon. Il ne s’agira plus que.de
retourner la peau dans son véritable sens et de recoudre
avec'soin l’ouverture du ventre. Après avoir passé inté¬
rieurement un préservatif sur la peau, on la remplit avec
du son que l’on introduit par la bouche et l’on passe
également par celle-ci, dans tout le milieu du corps, un
fil de fer égal à la longueur du Poisson.
La préparation des grandes espèces exige quelques
soins particuliers: après avoir passé les fils de fer
comme nous l’avons dit, on bourre le corps en employant
du foin ou de la mousse selon la grosseur de l’animal.
Ainsi préparé, on le place sur une planche et l'on étend
les nageoires. S’il a des nageoires ventrales, ‘il faut alors
faire à la planche une ouverture à travers laquelle on les
fait passer pour les étendre et, dans ce cas, la planche
est supportée par deux traverses placées à chaque extré¬
mité. On étend les nageoires entre deux petits morceaux'
de bois qui les maintiennent dans la position qu'on veut
leur donner et on les fixe à la planche. On agit de même
pour la queue. Si les ouïes doivent être fermées, on colle
dessus des bandes de papier avec un peu de gomme ara¬
bique; si, au contraire, elles doivent rester ouvertes, on
en fait alors d’artificielles que l’on colle et que l’on as¬
sujettit avec des bandes de papier pour les maintenir
dans une position naturelle. Si la bouche doitrester ou¬
verte on la maintient dans cette position au moyen d’é¬
toupe et, si elle est garnie de barbillons, on fixe ces der¬
niers en place avec des épingles.
Certains Poissons, les Lophobranch.es et les Plecto-
(jnatlies, n’exigent qu’une préparation très simple, ces
animaux se dessèchent facilement, il suffit de les
exposer dans un courant d’air ou dans un endroit par¬
faitement sec et ils auront en peu de temps un degré de
dessiccation qui permettra de les placer dans la collec¬
tion .
Nous avons dit que les Poissons devaient être placés
sur un socle. Le. socle doit être en bois, de forme
allongée et proportionnée à la longueur du corps.
Le Poisson ne doit pas être posé directement sur la
planche, mais élevé à une certaine hauteur. Pour les
grandes espèces on peut faire confectionner des broches
en fer, aiguisées aux deux bouts et entourées d’un petit
rebord placé un peu au-dessous de la pointe la plus
aiguë ; on enfonce celle-ci jusqu’au rebord sous le ventre
du Poisson, tandis que l’autre pointe fixera solidement
la broche perpendiculairement sur le socle. Les broches
seront vernies en noir; on pourra en employer deux pour
les Poissons de forme allongée et même davantage pour
ceux qui sont très volumineux. Les socles sont peints
en blanc avec de la craie délayée dans la colle ; ils sont
munis d’une étiquette portant le nom de l’espèce et les
autres indications.
LE PAPYRUS
Le Cyperus Papyrus I,. (Cyperus antiquorum W.) ou
Souchet à papier est une plante vivace très importante
et la plus anciennement connue. Cette Cypéracée
gigantesque s’élève à la hauteur de deux à trois mètres;
elle croît au bord des eaux, dans les marais en Calabre,
en Italie, en Sicile, en Égypte, en Afrique ainsi que dans
toutes les parties chaudes du globe où on l’introduit.
C’est avec cette plante que les anciens Égyptiens
fabriquaient autrefois le Papyrus. Pour faire le Papyrus
avec ce végétal, on prenait la partie la plus grosse de la
tige que l’on ouvrait en enlevant la moelle du milieu et
on étalait ensuite l’écorce large d’une vingtaine de cen¬
timètres que l’on pressait et après l’avoir polie avec de
l’agate ou de l’ivoire, on l’enduisait d’huile de cèdre
pour la préserver de la corruption. On collait ensuite
deux feuilles l’une sur l’autre en ayant soin de les pla¬
cer de manière que les fibres se croisassent afin de leur
donner une suffisante consistance. Cette opération ter¬
minée, on réunissait plusieurs feuilles ensemble de
façon à en faire des rouleaux de toutes longueurs que
l’on déroulait devanlsoi quand on voulait les lire; on en
possède des spécimens qui ont vingt mètres de lon¬
gueur et des fragments qui remontent au xvin0 siècle
avant l’ère chrétienne. On a trouvé dans les jarres d’ar¬
gile hermétiquement scellées et déposées dans les tom¬
beaux et écrits sur des papyrus d’Égypte des rituels ou
livres de prières pour les morts, des registres de comp-
LE NATURALISTE
35
paysage d’Egypte avec de’gt-ands Palmiers aux pieds desquels poussent dos Cyperus papyrus (d’après une photographie) .
36
LE NATURALISTE
labilité, des simples, lettres, des dossiers de procès et
principalement des contrats passés entre particuliers
pour achats et ventes ou autres conventions civiles.
Quelques-uns de ces contrats en caractères égyptiens
remontent au temps antérieur à Moïse et n’ont pas
moins de 3,300 ans; ils sont bien conservés, grâce à la
salubrité des lieux où ils ont été déposés et surtout à la
bonne préparation de ce papier. En Égypte, les vieux
papyrus étaient employés à faire des semelles très solides
qu’on obtenait en cousant plusieurs feuilles ensemble;
on possède encore aujourd’hui de ces chaussures qui ne
sont pas les moins curieuses et les moins utiles de nos
monuments archéologiques. Son écorce servait aussi
à faire des voiles, des nattes, des couvertures, des cordes
et l’on en tressait des chapeaux. Il y avait plusieurs
sortes de Papyrus. Le plus fin et le plus beau était le
Papyrus royal ; ensuite venait le papyrus hiératique qui
servait aux écritures et aux livres qui intéressent la reli¬
gion. Saint Gérôme dit que de son temps l’usage du
Papyrus était général, aussi avait-on grevé cette produc¬
tion et cette industrie d’impôts considérables; son em¬
ploi était si grevé d’impôts sous les Romains que Cas-
siodore félicita dans une épître le genre humain tout
entier sur la diminution de l’impôt décrétée par Théo-
doric sur cette utile production.
On possède dans les musées, écrites sur papyrus, des
chartes de rois de France, d’empereurs et de papes, des
livres en grec ou en latin remontant au temps de la pre¬
mière monarchie française.
Pour écrire sur le Papyrus on employait le pinceau ou
le roseau et des encres de diverses couleurs ; l’encre
noire était généralement la plus usitée.
Les rayons de l'ombelle servaient à faire des couronnes
pour les dieux. Quand Agésilas visita l’Égypte, il fut si
charmé des guirlandes tressées avec les fleurs du Papy¬
rus dont le roi d’Égypte lui fit présent qu’il voulut em¬
porter en Grèce quelques-uns de ces végétaux.
Aujourd’hui, cette plante ne sert plus que pour l’orne¬
ment des bassins. Sous le climat de Paris elle est cultivée
en plein air pendant l’été, mais il faut la rentrer en serre
chaude l’hiver. On multiplie ce Cyperus par la division
des touffes. En 1883, j’ai introduit au Sénégal cette
plante où elle a trouvé un climat favorable pour se déve¬
lopper.
Henri Joret.
DIAGNOSES D’UN LÉPIDOPTÈRE NOUVEAU
Eacles Eminens n. sp., 90 et 92 millimètres
Cette espèce a une. certaine ressemblance avec l 'Eacles Impé¬
rial is Drury, mais elle s’en distingue par une taille plus petite,
la forme des ailes plus arrondie, la bande des inférieures plus
centrale, enfin le coloris plus foncé des dessins.
Le fond des ailes est jaune ; aux supérieures, la base, la côte
et la partie comprise entre la bande et le bord externe sont
pour la plus grande partie colorées de rouge brun; le reste de
l’aile est strié de la même couleur. Deux points cellulaires à
côté d'une tache jaune.
Aux inférieures, la partie comprise entre la bande et le bord
est également rouge brun avec une éclaircie jaune à l’angle
anal. Au-dessus de la bande se trouve le point cellulaire,
blanc dans une tache rouge brun. A la base, quelques longs
poils bruns. Aux deux ailes, la bande a extérieurement des
reflets violacés.
En dessous, le jaune domine, strié de brun et accompagné de
nombreux poils lilas; la bande réparait plus pâle à chaquo aile
et les trois points cellulaires, bruns, à centre blanc, sont bien
indiqués ainsi qu’une tache -brune vers le ' milieu du bord
externe.
Tète et collier jaunes, pattes lilas, garnies de poils épais
jaunes; thorax brun rouge, abdomen jaune, annelé de rougeâtre
sur le dessus.
Franges brun- rouge aux supérieures, jaune coupé do brun
aux inférieures.
2 cf de San-Francisco près Loja, août 1886.
P. Dognin.
SUR UN JEUNE CHIEN MONSTRUEUX
DU GENRE TRIOCÉPHALE
Le genre Triocéphale, de la famille des Otocéphaliens,
se compose de monstres unitaires autosites qui ne pos¬
sèdent pas de bouche, pas de nez et pas d’yeux, dont les
mâchoires soiit atrophiées et dont les oreilles sont rap¬
prochées ou réunies sous la tête.
Fig. 1. — Jeune Chien monstrueux du genre triocéphale, 1/2 de
grandeur naturelle. (Musée d’histoire naturelle d’Elbcuf.)
D’après une photographie de l’auteur.
Ge genre de monstruosité n’est pas très rare chez dif¬
férents animaux domestiques; toutefois, comme un cer-
Fig. 2. — Tèto et partie de la colonne vertébrale du même, vues
de côté, grandeur naturelle. (Musée d’histoire naturelle d’El¬
bcuf.) D’après une photographie do l’auteur,
lainnombre des lecteurs de ce journal scientifique n'ont
sans doute pas eu l’occasion d’examiner attentivement
un monstre de ce genre, j’ai pensé qu’ils regarderaient
avec intérêt les deux figures ci-jointes, représentant
un jeune Chien Triocéphale, empaillé, de couleur noire
et blanche, et sa tête avec une partie de la colonne ver-
LE NATURALISTE
tébrale. Ces deux pièces fort intéressantes appartien¬
nent au Musée d’Histoire naturelle d’Elbeuf; j’ai pu en
faire l’examen et des photographies, grâce à l’obligeance
du très laborieux et très habile conservateur de ce Musée,
M. Pierre Noury.
Je ne veux entrer ici dans aucun détail tératologique,
et me contenterai de dire que la répartition du noir et
du blanc, dans le pelage de ce monstre, n’est que par¬
tiellement symétrique.
On a constaté la Triocéphalie chez le Chien, le Chat,
le Cochon et le Mouton, mais j’ignore si ce genre de
monstruosité a été observé dans l’espèce humaine, de¬
puis la publication du Traité de Tératologie d’Isidore
Geoffroy-Saint-Hilaire, où cet illustre naturaliste fait
savoir qu’il n’en connaît aucun exemple certain (11.
J’ajouterai que les Triocéphales, par suite de l'orga¬
nisation toute spéciale de leur tête, sont dans l’impos¬
sibilité de vivre après la naissance.
d’ajouter quelques caractères nouveaux à ceux qui servent à
définir les trois tribus indigènes de la famille des Composées :
les Chicoracées ou Liguliflores, — les Corymbifères ou Radiées
Fig. I. — Coupe transversale d’une bractée de Tragopogon.
es, épiderme supérieur; ei, épiderme inférieur; pl, paren¬
chyme lacuneux ; pd, parenchyme dense arrondi; paq, paren¬
chyme aqueux.
— les Cynarocéphales ou Tubuliflores. Le parenchyme aqueux
hypodermique qui double les faces inférieures des bractées chez
les Chicoracées (iig. 1), est rare chez les Corymbifères, nul chez les
Cynarocéphales. Chez ces dernières, l’hypoderme est cependant
très développé; mais il est entièrement formé par du scléren-
chyme (fig. 2), rare chez les Chicoracées, plus commun chez les
Henri Gadead de Kerville.
THESES
DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS
Recherches anatomiques et physiologiques sur les
bractées de l’involucre des Composées (2 , par
M. Lucien Daniel.
L’objet principal du travail de M. Daniel est l’étude anato¬
mique des bractées de l’involucre dans les Composées de la
flore do France et l’application de celte étude à la classifica-
Frappé de l’homogénéité remarquable que présente, dans ses
caractères essentiels, la famille des Composées, et de l’incerti¬
tude qu'apporte à l’établissement des genres ou même des
tribus l’examen des caractères morphologiques secondaires, —
tels que la nature do l’aigrette, l’état du réceptacle, la forme
du fruit, etc., — l’auteur s’est demandé si, à défaut de l’ana¬
tomie très uniforme des organes végétatifs, celle des bractées
de l’involucre n’offrirait pas des variations intéressantes, sus¬
ceptibles de fournir de bons caractères taxinomiques.
L’appareil de soutien, le stéréome (pour l'appeler par son
nom), très réduit dans la feuille des Composées, est au con¬
traire très développé dans les bractées, où il est représenté
soit par du collenchyme, soit par du parenchyme scléreux,
soit encore par du sclérenchyme. Il y affecte d’ailleurs trois
dispositions, souvent distinctes, parfois aussi diversement com¬
binées : il peut être hypodermique, fasciculaire (cordons annexés
aux faisceaux libéro-ligneux) , ou médian (il est alors indépen¬
dant de l’appareil tégumentairo et - de l’appareil conducteur,
c’est-à-dire plongé en plein parenchyme).
C’est au stéréome que M. Daniel a demandé, avec succès, la
solution du problème qu’il s’était posé.
Les bractées do l’involucrc des Composées, étant des feuilles
modifiées, présentent une gaine, un pétiole et un limbe dont les
dimensions respectives dépendent du rang de la bractée que
l’on considère : la gaine, rudimentaire dans les bractées externes,
est au contraire très grande dans celles du centre; son déve¬
loppement est en raison inverse de celui du limbe. Or c’est dans
la gaine que le stéréome est le plus riche. Comme le stéréome
fournissait à l’auteur son principal caractère do classification,
il a été amené, pour ses comparaisons, à choisir dans des capi¬
tules complètement développés les bractées internes les plus
épaisses, et à prendre la base comme niveau invariable de ses
coupes.
La disposition générale du stéréome a d’abord permis
(1) Histoire générale et particulière des Anomalies de Inorganisa¬
tion chez V Homme et les Animaux ou Traité de Tératologie , Paris,
J.-B. Baillière, t. II, 1836, p. 132.
(2) Publiées dans les Annales des sciences naturelles, 1890.
a. _ Coupe transversale d’une bractée d 'Echinops sphœro-
cephalus. es, épiderme supérieur ; pl, parenchyme lacuneux ;
pd, parenchyme dense arrondi; sel, sclérenchyme; ei, épi¬
derme inférieur.
Corymbifères. On voit que l’élude du stéréome de l’involucre
conduit à considérer la tribu des Corymbifères, dont les carac¬
tères o-énéraux sont assez vagues, comme intermédiaire entre les
deux autres.
Dans chacune des
permet aussi de défi]
tableaux suivants :
stéréome fibreux
stéréome non
fibreux formé par
des -cellules .
trois tribus, la disposition du stéréome
air les sous-tribus, comme l’indiquent les
( hypodermique . A Crépidées
( médian . B Byosiridées
( de deux formes . C Picridées
f toutes semblables . D Lactucées
! formé par / entièrement hypodermique,
bande en- )
de scléren- 1
e formé d’ilots de parenchyme scléreux
sclérenchyme .
ie nul ou formé do parenchyme aqueux..
A Gnitphalièes
B Antkémidées
D Tussilaginées
bande hvpodcrmique supérieure rudimentaire ou
non fibreuse .
§ j bande hypodermique supérieure formée par du
Dans chacune des sous-tribus, l’auteur a pu également déli¬
miter des genres douteux, justifier ou infirmer des rapproche¬
ments basés exclusivement sur la morphologie externe.
M. Daniel consacre une seconde partie de son mémoire à
l’étude générale des transformations qui conduisent de la struc¬
ture do la feuille normale des Composées à celle de la bractée
de l’involucre; l’examen de l’involucre de Carduus nutans lui a
fourni pour cette étude une série très complète de formes de
passage, et lui a permis d’établir les conclusions suivantes,
confirmées par une foule d’autres observations dont l’énumé¬
ration serait fort longue :
La transformation do la feuille en bractée de l’involucrc est
graduelle.
La structure hétérogène normale (tissus palissadique a la
face supérieure, lacuneux à la face inférieure) qui se rencontre
dans la feuille, sc modifie insensiblement et fait place û une
structure homogène (palissadique ou lacuneuse); bientôt, les
Cartluées
Centaurées
38
LE NATURALISTE
modifications se poursuivant dans le même sens, la structure
homogène est à son tour remplacée par une structure hétéro¬
gène renversée : on observe souvent des palissades à la face
Fig. 3. — Coupe d’une bractée de l’involiicre d ’Helianthus tube-
rostts, montrant la structure hétérogène renversée, es, épi¬
derme supérieur ; ei, épiderme inférieur ; paq , parenchyme
aqueux ; pl, parenchyme lacuneux ; pp, parenchyme en palis¬
sade ; es, canal sécréteur.
inférieure, un tissu lacuneux à la face supérieure; tout au moins
la chlorophylle est surtout localisée à la face inférieure (fig. 3).
La transformation commence au niveau du faisceau libéro-
ligneux médian de l’organe et se continue ensuite plus lente¬
ment sur les parties latérales. Telle est la principale modifica¬
tion que révèle l'étude anatomique des bractées ; l’auteur l’in¬
terprète fort justement comme un effet de l’orientation ; l’étude
de la disposition des diverses bractées dans l’involucre jeune
lui montre que si la chlorophylle se localise dans la bractée au
voisinage de la face morphologiquement inférieure, c’est que
cette face, au moins au début de son développement, était
tournée vers la lumière.
D’autres modifications, moins essentielles, accompagnent la
transformation de la feuille en bractée de l’involucre : il se fait,
par exemple, une réduction dans le nombre dos canaux sécré¬
teurs, dont la disposition est, d’ailleurs, généralement diffé¬
rente dans les deux organes. Les laticifères peuvent se trans¬
former en sclérenchyme. Les nervures deviennent moins sail¬
lantes et disparaissent dans le parenchyme de la bractée. Le
stéréomc fasciculaire, quand la feuille en contient, se réduit
et disparait ; en même temps apparaît le stéréomc médian, qui
finalement sc transforme en stéréome, hypodermique.
Mais c’est sur l’épiderme et les stomates, avec la distribution
de la chlorophylle, que portent surtout les transformations
importantes. L’épiderme inférieur de la bractée porte souvent
des papilles qui manquent à celui de la feuille végétative. La
forme des cellules dé l’épiderme bi’actéal est d’autant plus
allongée, leurs membranes sont d’autant moins sinueuses, 1cm’
épaisseur et leur largeur d’autant moindres que la région
recouverte par l’épiderme est moins éclairée. L’épaisseur
totale des membranes et celle de la cuticule sont plus grandes à
l’épiderme supérieur, qui peut prendre l’aspect d’un scléren¬
chyme, surtout au niveau des grosses nervures ; le paren¬
chyme supérieur subit un allongement et des modifica¬
tions correspondant à ceux de î’épidcrnje qui le recouvre.
Le nombre des stomates, en général plus abondants à la face
inférieure, diminue en même temps que l’éclairement ; ils dis¬
paraissent même complètement dans les régions placées à
l’obscurité ; ce fait mérite d’être remarqué, il montre en effet
que le renversement des parenchymes et de la chlorophylle
n’est, pas accompagné par un renversement des stomates, dont
la répartition sur les deux faces paraît acquise.
Dans cette seconde partie de son travail, M. Daniel a voulu
poursuivre plus loin encore l’étude des modifications de la
feuille : il a suivi pas à pas la dégradation que subit cet organe
depuis la bractée mère des fleurs les plus développées jusqu’aux
paillettes et aux soies les plus rudimentaires que présente le ré¬
ceptacle du capitule (V. fig. 4). Cette recherche, qui ne pouvait
être que féconde en résultats, lui a montré que la dégradation
porte à la fois sur le mésophylle, qui passe presque partout à
la structure homogène, diminue beaucoup d’épaisseur et peut
Fig. 4. — Diverses formes delà coupe de la soie du réceptacle
de l’Artichaut. — On y observe une dégradation progressive
de la structure.
même disparaître totalement (Centaurea, Echinops), — sur la
chlorophylle, qui s’y. rencontre très rarement, — sur les élé¬
ments libéro -ligneux, très réduits ou nuis, — sur le stéréome,
qui finit aussi par disparaître, — sur les canaux secréteurs,
qui généralement ne se différencient pas.
A cette' étude anatomique, que le lecteur peut juger très
complète, du capitule des Composées, l’auteur a joint quelques
considérations physiologiques : c’est la partie la plus courte,
mais non la moins intéressante, de son travail.
On pouvait se demander si la couche, souvent fort épaisse,
de sclérenchyme que doivent traverser les radiations lumineuses
pour atteindre le parenchyme chlorophyllien de la face infé¬
rieure d’une bractée n’apporte pas quelque modification aux
phénomènes d’assimilation; en un mot, si le sclérenchyme est
transparent pour l’assimilation. Quelques expériences, faites à
l’aide de l’appareil à analyses de MM. Bonnier et Mangin, ont
donné une réponse affirmative : le passage de la lumière à
travers le sclérenchyme n’introduit aucun trouble dans l’assi¬
milation chlorophyllienne.
On sait que, dans les racines de beaucoup de Composées
(Aunéc, Topinambour, etc.), l’amidon est remplacé par une
autre substance, de même constitution chimique, l'inuline,
soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool qui la précipite en
sphérocristaux. Découverte èn 1804 par M. V. Rose, cette subs¬
tance est généralement considérée comme jouant un rôle de
réserve. M. Daniel l’a retrouvée dans les capitules d’un grand
nombre de Composées, en particulier do toutes les Cynaro-
céphales, principalement de l’Artichaut, de la Bardanc, de
diverses Centaurées, etc. 11 a observé qu’elle est surtout abon¬
dante dans les parties peu éclairées des capitules, ce qui le
porte à croire que Yobscurité favorise l’élaboration de l’inuline.
Comparant ensuite des capitules d’ Artichaut de divers âges (de
très jeunes capitules, d’autres en fleurs, et enfin ceux où les
bractées commencent à se flétrir et où les graines sont à peu
près mûres), il a pu constater que l’inuline, rare dans les capi¬
tules très jeunes, s’accumule de plus en plus à mesure qu’ils
se développent, pour atteindre son maximum au moment où
ils sont bons à la consommation, c’est-à-dire quand les fleurs
et les fruits vont se former; plus tard l’inuline abandonne
successivement les bractées, le réceptacle, les fruits même,
pour émigrer en quelque sorte dans les graines arrivées a
maturité. Ces observations prouvent que l’inuline du capitule
des Composées est, non pas un produit d’élimination, mais
une réserve de courte durée , entièrement utilisée, pour le dévelop
pcment de l’ovaire et pour celui de l’embryon.
On voit quelle ample moisson de faits renferme la thèse de
M. Daniel. Désireux do lever tous les doutes au sujet de son
interprétation physiologique du renversement des parenchymes
dans les bractées de l’involucre des Composées, il a examiné
de plus les involucros des Ambrosiacées , Dipsacées , Campanulacees ,
Plombaginées , Ômbellifères, etc., assez analogues à ceux des Com¬
posées, — les spathes do nombreuses Monocotylédonécs, —
des calices — des gaines d'1 feuilles végétatives, etc. L’ana¬
tomie de tous ces organes a pleinement confirmé sa manière
de voir, et lui permet de donner à son important mémoire cette
conclusion très générale : La structure de la feuille , homogène à
son début , se différencie suivant la direction et l’intensité des rayons
lumineux qu’elle reçoit au moment de sa différenciation.
A. D.
LE NATURALISTE
39
CHRONIQUE
Destruction de l’Anthonomus pomornm. — M. A. Léveillé a
communiqué à la dernière séance de la Société cntomologique
de France un procédé de destruction de Anthonomus Pomorum L.
qui a donné des résultats excellents à un agriculteur distingué
de Seine-et-Oisc, M. Jules Poupinel. Ce procédé consiste à
faire des fumigations de soufre dans les Pommiers, en mai, à
l'époque où nait le Charançon, avant l’épanouissement des
fleurs; car l’on sait que la femelle de l’Anthonomo, à cette
époque, perce les boutons à fleurs pour y déposer un oîuf, dont
la larve détruira la fleur avant son épanouissement et la stérili¬
sera. Ces fumigations se font avec, un brûleur quelconque,
même avec un vieux seau do fer-blanc hors d’usage qu’on pro¬
mène entre toutes les branches de l’arbre. 11 sullit de 1 kilo do
soufre en canon (0 fr. 50) par. gros arbre et il faut un quart
d’heure environ pour pratiquer la fumigation d’un très gros
Pommier. M. Jules Poupinel, cette année, a constaté que tous
les arbres ainsi fumigés étaient couverts de fruits, et que ceux
laissés, de distance en distance, sans traitement, comme té¬
moins, n'avaient pas une pomme .
Nécrologie. — M. Ed. André; un de nos distingués colla¬
borateurs, vient de mourir ; nos lecteurs ont pu appré¬
cier en lui un entomologiste, consommé. Il avait entrepris de¬
puis de longues années une publication très importante : Le
Species des Hyménoptères d’Europe et d’Algérie ; une trentaine de
fascicules étaient déjà parus. Sa mort suspend cet important
travail. Espérons que cette suspension ne sera que de courte
durée, et qu’un entomologiste courageux, ou qu’un groupe
d’entomologistes; voudra bien entreprendre la .continuation de
cette publication devenue, indispensable.
Les distributions de graines et de plantes du Muséum de
Paris. — Le Muséum persévère à suivre l'excellenle voie dans
laquelle il est entré. Le service de la culture vient de faire pa¬
raître le catalogue des graines et plantes vivantes offertes aux
établissements d’instruction publique. Il comprend des graines
pour jardins botaniques, pour l’ornementation; des plantes
vivantes, arbres et arbustes, bulbes et rhizomes, greffons
d'arbres fruitiers.
Société des sciences naturelles de l’Ouest de la France. — La
commission de surveillance et le directeur-conservateur du
Muséum (L’Histoire naturelle de Nantes, encouragés par un
groupe nombreux d’amis des sciences des différents départe¬
ments de l’Ouest, ont pris l’initiative de fonder à Nantes une
Société des Sciences naturelles de l’Ouest, cle la France, établie
sur des bases plus larges mais analogues à celles des Sociétés
qui se sont formées à Strasbourg en 1872, à Lyon en 1878 et
qui ont déjà produit d’importants résultats.
Elle fait appel à tous ceux qui s'intéressent au progrès de la
science et qui considèrent comme utile de centraliser, dans un
bulletin spécial, les travaux des sciences naturelles qui se pu¬
blient sur la région. Ces travaux, qui deviennent chaque jour
plus nombreux, sont disséminés dans un grand nombre de pu¬
blications françaises, parfois même étrangères, et, chose re¬
grettable, restent le plus souvent ignorés des personnes qu’ils
pourraient intéresser.
S’adresser pour tous renseignements à M. le Dr Louis Bu¬
reau, au Muséum de Nantes.
LIVRES NOUVEAUX
Tableaux analytiques pour déterminer les coléoptères d’Europe, tra¬
duits de l’allemand. — I. Nècrophages, par Ed. Ileitter, un vol.
iii-8° de 116 pages, 3 fr. 50 (I).
En dépit des essais tentés à plusieurs reprises par des ento¬
mologistes de talent, tous les ouvrages se proposant de doter
la France d’une Faune des coléoptères sont toujours restés
inachevés, souvent à peine commencés et toujours bien loin du
but à atteindre. L’Histoire naturelle des coléoptères de France , par
Mulsant, est ce que nous avons de mieux en ce genre : mais,
outre que la plupart des fascicules sont épuisés et presque
(1) En vente aux bureaux du journal, chez M. Ernest Olivier,
10, cours de la préfecture, à Moulins (Allier); chez M. Crois-
sandcau, 15, rue du Bourdon-Blanc, à Orléans (Loir'*»).
introuvables, cet ouvrage atteint un prix très élevé, bien. que
ne décrivant que les insectes qui se trouvent .i.-m- U limites
politiques de la France. Nos voisins sont plus avancés que
nous sous.ee rapport : M. Ed. Reitter, le savant entomologiste
autrichien, a entrepris une Faune des coléoptères d’Europe, 'dis-
poséc Cil tableaux dichotomiques permettant d’arriver faci-
1 1 ■ " 1 1 ■ 1 1 1 ., la détermination des espères, Cu grand nombre de
familles ont déjà été traitées et l’ouvrage est en lionne voie
d’achèvement. Malheureusement, le texte allemand est un
obstacle à sa propagation en France, où l’intelligence des
langues étrangères est si peu répandue.
Avec la collaboration de quelques collègues, M. Ernest Oli¬
vier a entrepris la traduction de ces tableaux. Cette publica¬
tion étant faite en dehors de toute idée de spéculation, chacun
des fascicules pourra être livré à son prix de revient, c’est-
à-dire très, bon marché.
Les Nècrophages sont terminés et tes autres familles de. In
tribu des Clavicornes sont sous presse et paraîtront rapide¬
ment. Tous les entomologistes feront certainement bon accueil
à cette publication, qui vient combler une lacune si regret¬
table.
Novitates Lepidopterologicæ. — Sous ce titre, MM. P. Mabille
et Vuillot viennent de commencer à publier une série de des¬
criptions de Lépidoptères nouveaux, rares ou non encore
figurés. Chaque espèce décrite est représentée dans des
planches coloriées, tirées avec le plus grand luxe par les soins
de nos meilleurs iconographes, peintres, graveurs et culo-
ristes.
Cet uuvrage, qui s’occupera aussi bien des diurnes que des
kétérocéres et niicrolépidoptères, sera absolument indispen¬
sable à tous les lépidoptéristes pour la détermination des
espèces douteuses; c’est le complément naturel des grands
ouvrages d’Hübner, de Cramer, d’Hewitson, etc. Jusqu’ici la
France s’était laissée distancer pour les iconographies de
Papillons; les Novitates Lepidopterologicæ combleront cette
lacune, en formant, avec le temps, un recueil absolument
unique de figures inédites, d’une valeur incomparable.
Nous avons sous les yeux les deux premiers fascicules de
cet important ouvrage; la beauté remarquable, l’exactitude et
la finesse des planches, ainsi que son prix des plus modérés
(3 francs par planche coloriée), assurent à ses auteurs de
nombreux souscripteurs. Du reste, on compte déjà parmi eux
les principaux lépidoptéristes de France, d’Angleterre et
d’Allemagne, ainsi que les musées d’histoire naturelle de3
principales villes d’Europe ; la liste de leurs noms paraîtra à
la fin du premier volume des Novitates .
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 22 décembre 1890.— M. Ad. Chatin étudie 4 espèces
de truffes souvent confondues avec la véritable truffe des Gour¬
mets (Tuber melanosporum ou T. cibarium), ces truffes sont
1° La truffe de Bourgogne, Champagne (T. uncinatum), ainsi
nommée du caractère particulier de ses spores qui hérissent des
papilles courbées en crochet au lieu d’étre droites. 2° La truffe
blanche d’hiver (Caillette des Provençaux, T. hiemalbum . .7" La
truffe Fourmi, Truffe Punaise, Rougeotte, Truffo pudendo,
fidèle alliée de la trutle de Périgord ( Tuber brumale ). 4° Aces
espèces l’auteur en ajoute une quatrième le Tuber montanum
récolté dans les montagnes des environs de Corps. — M. le
Dr Clos signale à l’Académie le singulier cas de germination des
graines d’une Cactée dans leur péricarpe (Pereskia). La struc¬
ture des graines de cette Cactée la place dans le groupe des
Opuntic.es comme l’avaient déjà prévu de Candolle, Salin Dyck,
Bentham et Hooker. — M. L. Guinard a eu l’occasion d’expéri¬
menter l’action de la morphine sur le chat et a pu constater
que chez cet animal l’action anesthésique est toujours précédée
et souvent empêchée par une autre action convulsivanto et
excitante, c’est aussi ce que M. A. Milne- Edwards dit avoir
observé sur d’autres félins de la ménagerie du Muséum ^Lions;
Tigres). — Suivant des observations faites à Wimeroux par
M. Jules Bonnier, il résulterait que le dimorphisme des mâles chez
les Crustacés (Orchostia. Batliyporcia) provient d’une adaptation
particulière du sexe mâle en vue de l’acrouplement; fait alors
absolument comparable aux changements de plumage chez les
oiseaux. — - M. de Lacaze-Duthicrs présente une note de
31. A. Malaquin sur la reproduction des Autolgteœ au moyen de
40
LE NATURALISTE
stolons — M. J. Ferez donne le résultat de ses études sur la
faune apidologique du Sud-Est de la France comprenant près
de 500 especes réparties en 43 genres. — M. A. Romieux adresse
à l’Académie une note sur les relations entre la déformation
actuelle de la croûte terrestre et les densités moyennes des ter¬
res et des mers. — M. Rolland adresse à l’Académie une note
sur l'histoire géologique du Sahara; cette note accompagnée
d’une carte publiée dans les Comptes rendus montre que, d une
manière générale, toute l’Afrique du Nord, tout l'Atlas et tout le
Sahara, de l’Atlantique à la Mer Rouge, font partie ou à peu
près du continent africain depuis la fin du miocène moyen. —
Dom Pedro Augustode Saxe-Cobourg-Gotha signale al’Académie la
présence delà millérite de Morro-Velho. - M. F. Connard
donne les caractères d’une espèce minérale nouvelle l’Olïretite,
— il. A. Lacroix adressé une note sur les enclaves de trachyte
de Menet (Cantal) sur leurs modifications et leur origine. —
if. E. Durègne a pu distinguer deux âges dans la formation des
dunes de Bourgogne; ces dunes de deux âges différents diffèrent,
également d’orientation.
Séance du 29 décembre. — Prix décernés, 1890. Anatomie
F.T Zoologie. Prix Savigny : M. le Dr Jousseaume , notre colla¬
borateur, qui a fait de 1887 à 1888 trois explorations successives
dans la mer Rouge, et a publié plusieurs mémoires importants,
obtient le prix ainsi que le R. P. Camboué, missionnaire a Ma¬
dagascar, qui depuis huit ans s’occupe avec zèle de, la faune
invertébrée de cette ile. Ou sait que le prix Savigny n’avait pas
été décerné depuis 10 ans.— Prix Serre. Ce prix est décerné à
if. Camille Dureste pourses travaux de tératogénie expérimentale.
— Prix Delalande-Guérineau. Ce prix est décerné à if. le
if' Venteau pour son étude des îles Canaries. — Botanique.
Prix Demazières. Le prix est décerné à M. Maurice Gomont
pour un mémoire intitulé : Étude monographique sur les Oscil-
lariées. — Prix Montagne.. Deux prix sont décernés l’un à
M. Paul Rariot pour scs travaux sur les algues du cap Horn et
sur celles de Miquelon ; l’autre à if. h Dr Albert Billet, pour
son ouvrage intitulé : Contribution à Vêtude de la morphologie et
du développement des Bactériacés. — Géologie. Prix Vaillant.
Étude des refoulements qui ont plissé l’écorce terrestre, rôle
des déplacements horizontaux ; le prix est décerné à M. Marcel
Bertrand. — Prix Fontannes. Le prix est décerné à M. Ch.
Deperet pour ses beaux travaux sur la faune des vertébérés du
Pliocène du Sud-Est.
A. E. Malard.
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G. Malloizel.
Le Gérant: Emile DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. P. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13e ANNÉE
2° Série — IV- o:>
lo FÉVRIER 1891
LES CHAMEAUX
On ne pense guère au chameau sans se figurer une
grande bête laide, bossue, d’aspect assez malpropre,
disgracieuse d’allure, en un mot peu -séduisante. La
reconnaissanc e
instinctive qui
devrait, par une
intuition hérédi¬
taire, nous é-
mouvoir à la vue
du « Vaisseau du
désert », nous
fait totalement
défaut, et nous
oublions que les
amateurs de mé-
tapliores au -,
raient pu dési¬
gner le chameau
comme le « Ber¬
ceau de l’huma¬
nité ». L’origine
du chameau se
perd dans les
gendes des pre¬
miers âges, les
premiers hu¬
mains ontdû l'as¬
servir et sans
doute en ces
temps lointains
comme de nos
jours, les fils des
nomades sont
nés sur le dos
d’un chameau.
I, 'hypothèse
n’est point fan¬
taisiste, les Mau¬
res nomades mo¬
dernes font voya¬
ger, à travers le
Saharah occiden¬
tal, leursfemmes
dans d’énormes
corbeilles por¬
tées par les cha¬
meaux. Au doux
balancement de
ce berceau qui
marche avec la Le Chameau à une
caravane, le pe¬
tit Maure vient au monde; on salue sa naissance par
trois coups de fusil et. la caravane marche encore.
Chez ces peuples de mœurs primitives, qui nous
donnent le spectacle de certaines existences aux temps
préhistoriques, le chameau est non seulement la bêle
de somme précieuse, indispensable, mais il fournit en¬
core, la nourriture, le vêtement, l’abri et jusqu’à des
produits utilisés par les élégantes et les petits-maîtres
de la tribu nomade. Le jeune chameau rôti constitue un
délicieux régal, sa chair est blanche et tendre ; le lait
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
des chamelles sert de boisson ou bien on le transforme
en beurre ; le cuir de la bête sert à faire les barattes et
les outres, les poils sont employés pour tisser des étoffes
dont la tente est formée. Pour la toilette, faut-il le dire,
les Maures nomades utilisent toute l’eau que leurs mon¬
tures peuvent donner pendant les haltes au campement.
L’eau de puits ou
de source est
rare, aussi doit-
on récolter dans
des vases de bois,
qui gardent un
doux parfum
d’a
la _
de toilette. Le
beurre de cha¬
melle sert de
pommade pour
les cheveux qu’il
agglutine et
maintient en¬
semble d'une
seule pièce ; la
coquetterie est
satisfaite.
Tous les peu¬
ples primitifs
doivent - ils au
chameau une é-
gale reconnais¬
sance, tous ont-
ils même connu
ce précieux au¬
xiliaire? Il faut
l’admettre , si
l’on s’accorde
pour faire partir
de l’Asie la pre¬
mière invasion
humaine à la
surface de l’an¬
cien monde, et
pour tenir comp¬
te desdocuments
qui, dans la pé¬
riode historique,
sont relatifs à
\i-i
grandi!
\ ■ i . ■
il au
ni. , n-
distinguant le chameau de Bactriane à deux bosses du
chameau aune seule bosse ou dromadaire, certains au¬
teurs ont pensé que les origines pouvaient être considérées
comme multiples.
Le Camelus Bactrianus est un chameau à deux bosses.
Plus fortement charpenté que le dromadaire, un peu
plus bas sur jambes, il présente une séparation des deux
bosses plus nette et plus profonde que ne l’indique le
dessin du xvn° siècle que nous reproduisons à titre de
curiosité. La bosse antérieure est assise sur les épines
42
LE NATURALISTE
dorsales, à partir de la troisième et jusqu’à la neuvième
vertèbre dorsale, la bosse postérieure comprend les
deuxième et les quatrième vertèbres lombaires.
Les bosses sont constituées par des masses graisseuses
bien développées quand l’animal est jeune, non fatigué
et bien nourri, mais qui s’atrophient à la suite des tra¬
vaux' pénibles, des longs voyages, quand la nourriture
est rare. D’abord, assez élastiques pour se balancer légè¬
rement d’un côté à l’autre pendant, la marche de l’ani¬
mal, elles finissent par retomber sur le côté comme une
poche vide et fiasque.
Le pelage est généralement d’un brun foncé, il devient
d’une couleur plus rousse en été. Des poils laineux plus
longs forment comme une crinière sur le cou, ornent le
ils s’enfuient à toute vitesse, malgré les efforts de leurs
conducteurs. Ceux d’Asie sont quelquefois attaqués par
les loups; ils sont alors très maladroits à se défendre, et
au lieu ;de ruer et de mordre comme ils font quelque¬
fois, ils se bornent à ruer et à cracher.
Les chameaux de Bactriane se trouvent en Tartarie, en
Mongolie, en Chine et en Perse; les caravanes voyagent
dans toutes ces contrées, allant de l’Inde à la Sibérie, de
la Russie à la Chine. Non seulement on les emploie pour
les transports commerciaux, mais on les utilise encore,
et déjà dans l’antiquité, pour l’art militaire. En Perse,
notamment, les chameaux sont enrégimentés et équipés
en conséquence. Si les plus beaux de ces animaux appar¬
tiennent aux princes et aux riches marchands, d’autres
Le Chameau â deux bosses, d’après une vieille gravure du xvnc siècle.
sommet du crâne et une partie du poitrail, des bosses et
de la queue. Ce sont ces animaux qui, en files intermi¬
nables, viennent de l’Asie en Syrie, offrant un contraste
saisissant avec les maigres et glabres dromadaires de
l’Afrique. Le Chameau de Bactriane rend aux Asiatiques
les mêmes services que le chameau dromadaire rend aux
Africains; ce dernier, cependant, subit la souffrance
dans les sables brûlants, l’autre traverse les tourmentes
de neige des régions glacées du Plateau central. On le
protège un peu à l’aide d’épaisses couvertures, mais la
pitance est souvent bien maigre. Il aime à manger le
Badaigana des Mongols, le Poireau, l’Absinthe, le Saxoul.
Quand la faim est pressante, il se contente de vieille
paille, de débris d’os, de cuir de harnais. On en a vu se
nourrir de poisson et de viande. Pour digérer ces ali¬
ments variés, le chameau semble exiger quelques assai¬
sonnements, il recherche avidement les efflorescences
de sel et de salpêtre que les Mongols nomment Gadsckyr,
et s’il en est privé quelque temps, il ne tarde pas à
dépérir.
Le caractère des chameaux ne diffère pas sensible¬
ment de celui des dromadaires. Ce sont des animaux
d’une intelligence médiocre, souvent ombrageux, s’effa¬
rouchant à la vue d’un objet insolite; pris de panique,
sont la monture des derviches mendiants et des diseurs
de bonne aventure.
Le dromadaire, Camelus dromeclarius, habite actuel¬
lement l’Afrique, mais de nombreux essais d’acclima¬
tation, souvent heureux, ont été faits dans différentes
directions. En Europe; une chamellerie fut fondée en
1622 par Ferdinand de Médicis à Drossore, près de Pise.
Là vivent ordinairement une centaine de dromadaires,
dont quelques-uns sont expédiés dans les principales
ménageries. En Espagne, le chameau s’acclimate assez
bien ; on en peut voir quelques individus qui sont élevés
au jardin royal d’Arranjuez.
11 y a environ un siècle, une importation de droma¬
daires des Canaries fut faite en Bolivie pour l’essai d’un
service de transports entre Cobija et Calama, et plus
loin vers le Nord, mais ces dromadaires souffrirent de lîi
nature du sol. Le sable à grains anguleux et les pierres
pointues leur déchiraient les pieds et les rendaient inca¬
pables d’aucun trajet de longue durée. On sait, en effet,
que l’ossature du pied du chameau, très grêle, relati¬
vement au volume de l’organe dont l’extrémité est indi¬
quée par deux ongles silués en avant, est protégée en
dessus par une masse large et épaisse, d’un tissu cellu¬
laire adipeux qui constitue la plante du pied. Cette
LE NATURALISTE
43
semelle, admirablement constituée pour la marche dan
les sables fins, est facilement déchirée par le sol rocail¬
leux. Toutefois, le climat de la partie centrale de l’Amé¬
rique du Sud ne semble pas néfaste pour le dromadaire
qui, parqué sur une terre convenable, se reproduit et
s’élève bien. On le trouve aussi au Texas et à Cuba.
D’autres importations de dromadaires ont été faites,
il réussit en Australie. Cependant, la région où sa pré¬
sence domine est l’Afrique nord-orientale.
Les Arabes en connaissent une vingtaine d’espèces, ou
plus exactement de variétés ; la couleur des dromadaires
est assez voisine de celle du sable, mais quelques indi¬
vidus sont bruns, d’autres gris, d’autres noirs. Ces der¬
niers sont extrêmement, rares, parce que la plupart du
temps, les propriétaires les font abattre dès qu’ils sont
bons à manger. Les dromadaires à pelage moucheté
sont rares pour la même raison; on ne laisse croître que
c eux qui ont les extrémités de couleur très claire. Il est
certain que cette ^élection a d.ù, dans la suite des temps,
faire disparaître des animaux qui auraient, constitué des
races qualifiables. Peut-être même certains dromadaires
comme le chameau-léopard, que les auteurs anciens ont
distingué de la girafe et dont le pelage était zébré, a-t-il
diparu de cette façon.
Les dromadaires employés par les Arabes peuvent être
classés en deux groupes. Les uns sont des bêtes de
selle, qui servent pour le voyage et que l’on charge peu.
Les Hecljins ou chameaux de pèlerins, moins rapides,
moins entraînés que les Méharis , ont une allure moyenne
de trente à quarante kilomètres par jour. Les meilleurs
peuvent aller du Caire à Alexandrie, c’est-à-dire fran¬
chir une distance d’environ vingt-cinq milles en douze
heures, d’une seule traite. Ordinairement, ils marchent
pendant seize heures par jour, un repos est laissé vers
midi.
Les dromadaires du second groupe sont des animaux
de charge et de trait, capables de porter en moyenne
cent cinquante kilos. On peut les charger davantage pour
un court trajet. Leur valeur marchande est de beaucoup
inférieure à celle des Hecljins. Tandis que ces derniers
se payent de deux cent cinquante à quatre cents francs,
les autres ne valent que cent ou cent cinquante francs.
Le caractère de ces animaux s’assouplit par l’éduca¬
tion ; timides, en général, stupides, avec des accès de
colère qui les rendent dangereux, ils prennent, dans les
villes, l'habitude d’une plus complète obéissance que
lorsqu’ils sont seulement au service des caravanes, et
perdent la fâcheuse habitude de se servir des canines
qu’ils portent aussi bien à la mâchoire supérieure qu'à
la mâchoire inférieure. La distribution de ces canines
est spéciale aux Camélidés. Les traits généraux de l’or¬
ganisation sont les mêmes chez les chameaux de Bac-
triane et chez les dromadaires. L’un est plus spéciale¬
ment groupé en Asie, l’autre plus spécialement en
Afrique. Les uns et les autres se rencontrent dans les
régions limitrophes de ces deux continents, et si on
compare les animaux de la région nord-orientale à ceux
de la zone intertropicale, on est tenté de considérer le
dromadaire d’Afrique comme un type dégénéré du Came-
lidé d’Asie. Les chameaux qui, de l’Asie tempérée,
viennent à Smyrne en caravanes, qui arrivent de la
vallée de l’Euphrate par Alep, de l’Arménie par Asium-
Kara-Husar, de l’Asie centrale par Diarbekir sont des
animaux de grande taille, plus forts et plus robustes
que ceux de la Syrie et de l’Algérie. Au lieu de présenter
un pelage ras et usé, ils portent de longs poils soyeux.
On pourrait objecter que l’on a coutume en Afrique de
passer à la flamme le corps du dromadaire, de l’enduire
de graisse et d’huile rance pour éloigner les mouches,
et de lui donner ainsi un aspect désagréable, mais l’as¬
pect n’est guère plus séduisant quand ces pratiques sont
négligées.
Si l’on admet la parenté des deux variétés, la discus¬
sion reste ouverte sur un autre point. Les importations
ont-elles été faites de l’Afrique vers l’Orient, ou bien
le chameau d’Asie a-t-il peuplé d'une descendance mo¬
difiée la région intertropicale de l’Occident ’ La ques¬
tion, qui paraît simple au premier abord, ne laisse pas
que d’être embarrassante si l’on tient compte non seu¬
lement des documents historiques, mais encore des
restes paléontologiques actuellement découverts.
Les importations dont l’archéologie et l’histoire an¬
cienne offrent des témoignages peuvent avoir été précé¬
dées de mouvements en sens inverses et, tel territoire
qui au début des époques historiques était inhabitable
pour les Chameaux, avait pu être plus anciennement
couvert de ces mêmes animaux, de telle sorte que l’on
ne peut prouver l’introduction de l’espèce Chameau en
Afrique, on constatant que les habitants du Nord-Est
africain ne connaissaient pas le dromadaire au commen¬
cement de l’ère vulgaire.
Si on tient compte de l'antiquité du peuple Hébreu,
de la connaissance qu’il avait du Chameau, on aura cepen¬
dant le droit de penser que les Hébreux ont pu amener
l’animal de l’Asie en Egypte. Les Hébreux connaissaient
le Chameau sous le nom de Gamel, qui désigne aussi la
lettre G de l’alphabet hébraïque analogue au gamma des
Grecs. Les Gamarantes ne possédaient en fait de rumi¬
nant domestique employé aux travaux agricoles d’autre
bête de somme que le bœuf, les figures de leurs monu¬
ments l’attestent.
Il faut aussi remarquer que nulle part en Afrique on
ne trouve de Chameaux sauvages qui pourraient être
rencontrés si l’espèce était indigène. Au contraire, dans
les hauts plateaux de l’Asie centrale, s’il faut en croire
l'explorateur Pjewalski, on trouverait des animaux à l’é¬
tat sauvage sur les bords du lac Lob-noor. Enfin les restes
fossiles du Camelus Sivalensis, que l’on doit, dans l’état
actuel de nos connaissances, considérer comme le plus
ancien représentant du type bactrien, ont été trouvés
dans les hauteurs de Sivalick dans l’ Himalaya. Il était
plus grand que les individus actuels de l’espèce Camelus
bactrianus.
Il semble d’après les considérations que la thèse de la
migration de l’Asie en Afrique soit la plus soutenable,
mais d’autres objections plus sérieuses peuvent être
faites et nous obligent à reconnaître que de nouvelles
découvertes pourraient modifier ces vues. L’Amérique en
effet ne possède pas actuellement de Chameaux indi¬
gènes, quelques individus importés y vivent comme nous
l’avons dit, et cependant l’examen des couches géolo¬
giques prouve que les camélidés ont habité le nouveau
monde. Le Pliocène américain donne les restes d’un Pro-
tocamelus, d’un Homocamelus, en même temps que ceux
d’animaux voisins des Lamas ou des tiirales. Les pam¬
pas de l’Amérique du Sud ont fourni des vestiges de
Camélidés à long cou. D’où sont venus < es . . -ame¬
ndes, quelle parenté ont-ils avec le Chameau et le Dro¬
madaire du Jardin d’acclimatation de Paris, avec ceux
qui voyagent au Maroc, avec ceux qui vivent en Chine?
44
LE NATURALISTE
Nous attendrons encore un peu pour répondre à ces
questions, et cette patience sera sage.
Remy Saint-Loup.
LES PHONOLITHES DE LA HAUTE-LOIRE
Les phonolilhes sont des roches grisâtres ou verdâtres,
compactes, à structure feuilletée. Elles se divisent sou¬
vent en plaques régulières, aussi minces que des ar¬
doises et qu’on appelle Ictuzes dans les régions de la
France où l’on trouve ces roches, c’est-à-dire en Au¬
vergne et dans le Velay (Haute-Loire). Ces plaques ren¬
dent au marteau un son clair qui a valu à la roche son
nom de phonolithe (pierre sonore).
J’ai étudié en 1880 la région phonolithique du Velay
et je me propose de résumer ici le résultat de mes re¬
cherches.
Les phonolithes du Velay couvrent une bande de ter¬
rain d’environ 80 kilomètres de longueur sur 4 à 0 de
largeur. Il s’étend depuis le Mezenc jusqu'aux monts
Miaune et de la Madeleine au N. de la Loire.
La montagne de la Madeleine se trouve près de Re-
tournac. Elle s’élève à 876 mètres au-dessus du niveau
de la mer, l’altitude de la ville duPuy étant seulement
de 625 mètres. La forme est celle d’une table .reposant
sur une base assez large et plane ; les flancs sont pres¬
que verticaux. Cette montagne est constituée par des
prismes verticaux divisés transversalement. La roche,
d’une teinte claire, est en partie décomposée. Sur les
pentes de la montagne se trouve un hameau : le Pédible,
d’où un chemin conduit au sommet qui porte une cha¬
pelle.
Au N'.-E. du Puy, à une faible distance deChaspinhac, se
trouve la montagne de Mercosur, entourée par le village
de ce nom. On l’appelle aussi le pic Saint-André (792
mètres). La forme est celle d’un tronc de cône, à pentes
raides. Elle repose sur les marnes tertiaires. Sa couleur
d’un gris clair permet de la reconnaître de loin. Cette
teinte blanchâtre est due â ce que la roche est en partie
décomposée. La montagne présente de nombreuses
fentes transversales; les pentes sont couvertes de débris
dus aux intempéries. Des plantations s’étendent jusque
vers le sommet, que couronnent des ruines informes,
restes, paraît-il, d’une ancienne chapelle.
En allant du Puy â Issingeaux par la grande route, on
pénètre à partir de Saint-Hostien dans le « pays phonoli¬
thique». Tout près du village se trouve le mont Pidgier de
forme conique (1023 mètres). La route conduit ensuite
au village de Pertuis auprès duquel on trouve plusieurs
sommets phonolitliiques. A gauche de la route se dresse
le Loségal (1130 mètres), ainsi désigné sur la carte mais
appelé les Eygaux par les habitants du pays, Jaurence
(1189 mètres) et le mont Gros (1178 mètres). A droite on
trouve le Pucic du Pertuis (1100 mètres).
Le Loségal, le mont Gros et Jaurence sont très voisins
l’un de l’autre et des plantations de sapins les entou¬
rent. Le Loségal présente une belle phonolithe brillante,
d’un gris foncé se divisant en feuillets très’minces. On
l’exploite sous le nom de lauzes pour l’employer en guise
d’ardoises.
C’est au Mezenc surtout qu’il faut aller étudier les
phonolithes. En sortant du village des Estables le Me¬
zenc se dresse au-dessus d’une pente douce couverte
de prairies. La montagne présente deux sommets sépa¬
rés par une partie plus basse. Le sommet qu’on voit à sa
droite est le plus élevé (1754 mètres). A gauche du Me¬
zenc se dresse le mont Alambre de forme mamelonnée
et qui paraît à première vue plus élevé que le Mezenc â
cause de sa proximité. Si l’on tourne le dos au Mezenc,
on voit s’élever au-dessus des Estahles le rocher Tourte
(1836) formé de prismes verticaux divisés transversale¬
ment, ce qui figure assez bien l’apparence de galettes
empilées.
Le Mezenc fournit diverses variétés de phonolilhes : il
y a des phonolilhes compactes, d’autres se divisent facile¬
ment en feuillets très minces (lauzes), d’autres sont
mouchetées. Elles présentent des taches foncées et bril¬
lantes sur un fond plus clair et plus terne, ce qui est dù
à une altération superficielle et inégale de la masse.
Les phonolithes du Velay sont très réfractaires à l’ac¬
tion des acides. Une plaque mince a été placée par moi
pendant sixjours dans l’acide chlorhydrique â froid, puis
trois jours dans l’acide chauffé à 40“ sans subir la
moindre altération. La roche n’a fini par s'attaquer
qu’une fois finement pulvérisée.
Les plaques minces observées au microscope dans la
lumière polarisée présentent de grands cristaux de sa-
nidine soit isolés, soit en macles. Us sont fréquemment
zonés, c’est-à-dire qu’ils sont formés de couches concen¬
triques. Outre la sanidine il y a aussi quelques cristaux
de plagioclase. Ce qui domine avec la sanidine, c’est
l’augite. Elle est d’un vert-clair qui est caractéristique
chez les phonolithes. Elle appartient probablement à la
variété appelée ægyrine qui a été extraite par M. Mann
de plusieurs phonolithes, en particulier de celles du Hé-
gau (Allemagne). C’est unpyroxène riche en soude et en
potasse. L’augite de phonolithes du Velay est souvent
ouralitisée, c’est-à-dire transformée en hornblende; elle
prend alors une teinte brune. Le minéral contient aussi
des inclusions de fer oxydulé.
La pâte de phonolithes est composée de microlithes
de sanidine, d’augite et de fer oxydulé, ceux d’augite
formant des accumulations et irrégulières.
Comme minéral accessoire on trouve aussi quelques
cristaux de sphène qu’on reconnaît à leurs formes poin¬
tues, leur forte biréfringence, ainsi qu’à leur relief et à
leur aspect chagriné. Le sphène fait partie des cristaux
du premier temps de consolidation. Je l’ai trouvé dans la
phonolithe de la Madeleine et dans celle du Mezenc-
La néphéline, si abondante dans certaines plionoluass,
est rare au contraire dans celles du Velay. On en cl -
tingue cependant les rectangles et les hexagones gris-
clair dans les lauzes du Mezenc, où ils forment réseau
avec les microlithes d’augite. D’ailleurs M. Bourgeois a
trouvé dans l'escarpement phonolithique de Jacassy, sur
la pente du Mezenc, de nombreux cristaux de néphéline
atteignant T millimètre de longueur. La néphéline est
également assez abondante dans les phonolilhes de
Jaurence et du mont Gros.
La noséanc est commune dans les phonolithes d’Alle¬
magne et des Canaries; elle se présente en grands cris¬
taux hexagonaux remplis d’inclusions noires très fines
disposées suivant les clivages. Elle est rare dans les pho¬
nolithes du Velay; je l’ai trouvée dans la roche de Mer-
cœur.
En résumé, les phonolithes de la Haute-Loire sont es¬
sentiellement feldspatliiques. Les éléments les plus im¬
portants sont, après la sanidine, l’augite et le fer oxydulé ;
LE NATURALISTE
le sphène, la noséanc, la néphéline sont tout à fait ac¬
cessoires. L’attaque par les acides est lente et difficile.
J’ai pu comparer, grâce à l’obligeance de M. Fouqué, ces
phonolithes à celles de la Bohême, qui ont été décrites
par Boricky. Les roches du Velay peuvent être placées à
côté de la Sanidinphonolithe de ce pétrographe.
Fernand I’riem,
Agrégé *
SUR, UN CAS DE PARASITISME
CHEZ UNE ASCIDIE COMPOSÉE
de Batryllus violaceus, j’ai trouvé
un petit Crustacé qui était venu se loger dans la
cavité branchiale de l’un des individus de la colonie. On sait
que dans le cas de semblables associations, les doux individus
peuvent vivre dans une indépendance complète, l’un fournissant
simplement un refuge à l’autre ; ou bien leurs rapports sont
beaucoup plus intimes : l’un dos associés pénètre plus ou moins
profondément dans les tissus de l’autre, les désorganise, se
nourrit à ses dépens, en un mot sc comporte en véritable
parasite.
Il m’a paru intéressant d’observer quelles étaient les rela¬
tions du Crustacé avec le Botrylle qui l’abritait. Avais-je
affaire à un véritable parasite ou à un simple commensal ? Et
dans le premier cas, jusqu’à quel degré était poussé le parasi¬
tisme'’ Les séries découpés que j’avais à ma disposition se
prêtaient d’ailleurs très bien à cette étude.
Le Crustacé occupait la presque totalité de la chambre bran¬
chiale, sa face dorsale parallèle à la face dorsale de l’Ascidie,
ses appendices étendus sur toute la région endostylaire.
Une telle orientation du parasite chez son hôte est à remarquer :
son ouverture buccale placée au-devant de l’cndostylc, il n’a¬
vait qu'à choisir ce qui était à sa convenance dans les parti¬
cules alimentaires transportées par les cils de ce sillon jusqu'à
l’ouverture de l’œsophage de l’Ascidie. Cette position était
assurément celle qui lui permettait de pourvoir le plus facile¬
ment à sa subsistance.
M. Giard avait déjà remarqué cotte orientation constante des
petits Crustacés qui vivent dans le sac branchial des Ascidies.
Mais grâce aux coupes minces pratiquées dans la colonie de
Botrylles, j’ai pu pousser mes observations plus loin que ne le
permet un simple examen par transparence, et établir que ri¬
de l’Ascidie serait fatalement devenu pour clic un
certain nombre de
s l’anatomie du Botrylle.
Les parois du sac branchial étaient refoulées contre celles
du corps ; dans la région ventrale, ces parois étaient complète¬
ment soudées les unes aux autres, déterminant ainsi la dispari¬
tion d’une partie de la cavité péri-branchiale et de toutes les
fentes situées à ce niveau. La comparaison avec un individu
normal appartenant à la même colonie m’a permis d’établir que
cinq rangées de fentes, de chaque côté de l’rhdostyln, avaient
été ainsi oblitérées sur presque toute la longueur de la bran-
chic. D’ailleurs, l’emplacement primitif des fentes disparues
restait indiqué par les cellules de leurs bords latéraux, qui
avaient conservé leur taille et leur forme caractéristiques.
Cos premières modifications résultaient de ce que certains
appendices du Crustacé, considérablement développés, s’é¬
taient appliqués contre les parois de la branchie et les avaient
i toutefois sans les perforer ; de sorte
passage de l’eau avait été
interrompu par suite de la disparition à ce ni¬
veau de la cavité péri-branchiale.
L’cndostylc lui-méme n’avait pas été épargné.
Au niveau de la région moyenne de la branchie, le sillon en¬
dostylaire avait été rejeté latéralement et sa place occupée par un
volumineux appendice du parasite. En même temps qu’il était
changé de position, l’endostyle était également modifié dans sa
structure, scs cellules étaient considérablement réduites dans
leur longueur et toutes semblables, son sillon bien moins pro¬
fond, parfois même à peine indiqué ; on n’y observait plus les
cinq bandes de cellules étroites qui caractérisent l’endostyle
donc manifestement subi u
atrophie s’étend d’ailleurs sur
atrophie
faible
étendue ; je ne l’ai observé que sur une vingtaine de
du Crustacé est fortement appliqué
branchie; au delà, les cellules de l’ern
gtame ac coupes
là où l’appendice
éprennent peu à
peu leurs dimensions et leurs formes normales, mais le sillon
reste toujours rejeté latéralement.
Quant à la région dorsale de la branchie, elle ne présente
aucune modification. De ce côté, il existe un certain intervalle
entre ces parois et délies du parasite, l’eau peut y circuler
librement ; il est à noter toutefois que les cils vibralilcs des
fentes branchiales y ont pris un développement plus considé¬
rable, apportant ainsi, par l’exagération de leur fonction, une
compensation à la diminution du nombre des fentes de la ré¬
gion ventrale.
Les parties qui suivent le sac branchial, œsophage, estomac
et intestin terminal, ont subi à leur tour un léger contre-coup
des modifications apportées à l’appareil respiratoire.
On sait que le tube digestif des Botrylles remonte sous la
chambre branchiale, puis se recourbe de nouveau pour aller
s’ouvrir dans le cloaque, diamétralement opposé à l’ouverture
buccale ; il forme ainsi une double anse, soutenue par une
membrane analogue à un véritable mésentère.
Or, chez l’individu dont nous nous occupons, la deuxième
anse intestinale, contiguë à la portion ventrale de la branchie,
a été repoussée elle-même dans le mouvement d’extension de
celle-ci et s'est appliquée exactement à son tour contre les
parois du corps. D’ailleurs, la structure des différentes parties
de l’intestin ne présentait aucune anomalie ; ce simple déplace¬
ment ne parait donc pas l’avoir troublé dans ses fonctions.
En résumé, le parasite n’a apporté de modifications un peu
que dans la portion ventrale du sac branchial ; la
exercée par ces membres a fait disparaître la cavité
péri-branchiale sur une certaine étendue, à droite et à gauche
de l'endostyle et les fentes branchiales de cette même région se
sont oblitérées; celles-ci reparaissent à l’extrémité voisine de
l’œsophage, où on les observe en petit nombre et très rappro¬
chées les unes des autres. L’endostyle rejeté latéralement a
été modifié dans sa structure sur une certaine étendue.
Comme on le voit, le Botrylle n’a donc pas été profondément
atteint dans son organisation ; la branchie était ouverte .i
l’extérieur, le cloaque de même, la structure de son appareil
digestif parfaitement normale. Tout indique donc qu’il était
bien vivant au moment où il a été recueilli, aussi bien que ses
voisins de la même colonie. Jusqu’à présent, il s’était fort bien
accommodé de son commensal, l’un et l’autre puisant séparé¬
ment leur nourriture à la même source, c’est-à-dire dans l’eau
de la cavité branchiale.
Depuis combien de temps durait cette cohabitation ?
Etant donnée d'une part l’étroitesse de l’ouverture branchiale
externe et de l’autre la taille considérable du Crustacé, il est
évident, a priori, que ce dernier est venu se réfugier chez le
Botrylle dans son extrême jeunesse, peut-être même encore à
l’état d’œuf. Cette dernière hypothèse est pour moi la certitude.
En effet, le parasite, qui est une femelle, a été surpris au
moment de sa ponte, j’ai observé, en outre de ses deux ovaires
assez volumineux, un certain nombre d’œufs qui en avaient été
rejetés et s’étaient logés au fond de la chambre branchiale ;
leur diamètre était sensiblement celui de l’ouverture do la bran¬
chie, mais supérieur à la largeur des fentes. Il est donc de
toute évidence que le Crustacé, encore à l’état d’œuf, a été
amené dans la cavité respiratoire par l’eau qui y pénétrait et
que l’étroitesse des fentes branchiales n'a pu lui livrer passage
Dans cet asile que le hasard lui avait donné, l’œuf s’est déve¬
loppé libreméâl. S’est-il développé normalement ? Je ne saurais
le dire. Il faudrait pour cela que j’aie pu déterminer au moins
à quel genre de Crustacé j’ai eu affaire et il n’est pas facile de
reconstituer exactement ces appendices au moyen de
minces : Je ne l’ai pas essayé, bien qu’il eut été .
intéressant de rechercher, comme je l’ai fait pour le. Botrylle,
dans quelle mesure ses nouvelles conditions d’existence
avaient influé sur son organisation. Ce que j’ai observé, c’est
que le Crustacé vivait tout à fait indépendant dans la branchie
de l’Ascidie, avec ses organes propres. 11 est à prévoir néan¬
moins qu'ils n’auraient pas vécu encore longtemps en bonne
intelligence, la lutte était même déjà entamée.' En effet, le Crus¬
tacé développé au point de remplir tout le sac branchial, scs
appendices refoulant déjà les parois de ce sac dans la région
ventrale et à la veille de pénétrer dans ces parois mêmes,
c’était bien le commencement du combat, provoqué par les
exigences duc"
46
LE NATURALISTE
L’Ascidie ne paraissait pas en avoir beaucoup souffert jusqu’à
présent, il lui restait un nombre suffisant de fentes branchiales.
Mais les modifications qu’elle avait subies, si légères qu’elles
fussent, suffisaient à dénoter sa faiblesse vis-à-vis son adver¬
saire ; trop étroite désormais pour le contenir, elle n’aurait pas
tardé à succomber sous les coups de son commensal, longtemps
inoffensif, devenu fatalement son
LES PHOSPHATIÈRES D'HARDIVILLERS , Oise
J’ai dirigé l’une des dernières excursions géologiques
u Muséum dans une localité tout spécialement intéres-
mte : Hârdivillers, où l’on a découvert de précieux gise-
Fig. 1. — Vue d’e
une photographie prise par M. H. Boursault
du Muséum d’histoire naturelle.
ments de chaux phosphatée fort analogues à ceux de
Beauval, près de Doullens (Somme) dont on a eu la des¬
cription ici même il y a quelques années. L’un de mes
compagnons, déjà bien connu de nos lecteurs, M. H. Bour¬
sault, a pris au cours de l’excursion plusieurs belles pho¬
tographies d’après lesquelles ont été gravées les illustra¬
tions qui accompagnent cet article.
Comme on le voit par la figure 1 qui est une vue d’en¬
semble, l’exploitation a des dimensions considérables :
la tranchée a 14 mètres de profondeur et le développe¬
ment des travaux dépasse plusieurs kilomètres. Le sol
est constitué par la craie blanche et les fossiles qu’on y
recueille, parmi lesquels prédomine la Belemnitella qua-
drata, montre qu’on est à l’horizon géologique auquel
Alcide d’Orbigny donnait le nom de terrain sénonien.
C’est sensiblement le même niveau qu’à Beauval qui est
plus ancien que la craie, également phosphatée, exploi¬
tée autour de Mons en Belgique et spécialement à Mesvin
et à Ciply depuis les beaux travaux de M. Cornet, le géo¬
logue belge bien connu.
A Hârdivillers le phosphate de chaux, qui est exploité
très activement et qui produit des bénéfices énormes,
affecte une allure qui se trouve être identique dans ses
traits génér'aux avec la manière d’être de la même subs¬
tance àj Beauval et en Belgique, où j’ai
eu la bonne fortune de faire une ex¬
cursion il y a quelques années en
■compagnie de M. Cornet.
Dans l’Oise comme en Picardie, com¬
me aux environs de Mons, et bien que
la surface du sol soit sensiblement
horizontale, la craie, recouverte par
des dépôts plus récents, est ravinée
profondément et c’est dans des poches
irrégulièrement distribuées que le
phosphate, sableux et jaunâtre, est ac¬
cumulé.
Les poches, dont un type est re¬
présenté dans la figure 2, sont de di¬
mensions diverses depuis quelques
décimètres jusqu’à plusieurs mètres.
Leur forme varie également. Dans une
exploitation on en a trouvé deux, en
cônes renversés de 3 à 4 mètres de
diamètre, séparées seulement par 20 à
25 centimètres de craie.
La partie interne des poches est po¬
lie comme celle des marmites et de
beaucoup de puits naturels ; témoi¬
gnant ainsi d’une dissolution lente de
la roche calcaire par un liquide corro¬
sif qui ne pouvait être d’ailleurs que de
l’eau chargée d’acide carbonique.
Les matériaux qui remplissent les
cavités de la craie y sont strictement
ordonnés : sur la roche secondaire est
disposé un revêtement parfois fort
épais de phosphate de chaux. A l’inté¬
rieur de la gaine phosphatée, dont la
surface supérieure quoique moins ac¬
cidentée est déprimée en cuvette com-
d’Hardivillers (Oise). - D’après me celle d,e la C'aie’ SC t'°“Ve de
! cours do l’excursion publique ''argile. Celle-ci coloree par le fer ren¬
ferme parfois à son contact avec le
sable de phosphorite, une quantité de
phosphate pouvant aller, m’a-t-on dit, jusqu’à 30 0/0. On
y voit aussi des mouches d’acerdèse (oxyde hydraté de
manganèse) faisant ressortir très nettement la forme de
la surface de fonction. Cette argile qui rappelle la litho-
inarge et qu'on ne distinguerait pas du remplissage de
portion étroite de tous les puits naturels, constitue à
son tour comme une cuvette, moins concave que les
précédentes, emboîtée dans le phosphate qui est lui-
même emboîté dans la craie. Par-dessus se montre la
LE NATURALISTE
il
vraie argile à silex ou bief (le Picardie, qui, comme on
l’a dit plus haut, a nivelé à peu près les irrégularités des
masses sous-jacentes et qui supporte les limons superfi¬
ciels et la terre végétale.
En certains points l’épaisseur superposée à la craie,
dans l’axe des puits, atteint 14 m. 50.
On croit d’après cette constitution qu’une coupe hori-
masses considérables de poissons morts dont la substance
organique et azotée s’incorpore dans les limons.
J’ajouterai que l’examen microscopique des grains
phosphatés montre que ceux-ci ont certainement passé
par l’état de dissolution dans la masse même de la roche :
A Giply en effet, et beaucoup plus encore à Beauval et à
Hardivillers, ces grains (fig. 3) reproduisent fréquemment
zontale menée à une hauteur convena¬
ble dans le dépôt donnera, à l’intérieur
de la paroi crayeuse, une manche de
phosphate, enveloppant comme un axe
argileux. C’est rigoureusement ce que
fournit l’examen des poches des envi¬
rons de Mons. J’ai dit que l’argile peut,
vers sa partie marginale, contenir une
proportion notable de phosphate: la
craie excavée est toute remplie de pe¬
tits grains de même nature et à cet
égard elle se . rapproche de la craie
brune de Ciply quoique avec moins de
richesse, à en juger du moins par les
échantillons que j’ai recueillis dans les
diverses localités. Mais tandis que l’ar¬
gile a acquis le phosphate en se dépo¬
sant, la craie au contraire est la source
même du minéral aujourd’hui exploité.
Il est parfaitement certain en effet
que le phosphate est accumulé dans
les puits de la craie au fur et à me¬
sure du creusement de ceux-ci sous
l’influence des agents de corrosion.
Cette origine, par voie de dénudation
subaérienne est identique à celle qu’il
faut attribuer aussi à l’argile à silex
et ne suppose aucune réaction diffé¬
rente de celles dont nous sommes té¬
moins tous les jours.
A cet égard il semble bien, établi
que les masses crayeuses non phos¬
phatées et riches en silex d’où dérive
le bief étaient à Beauval originairement
superposées aux couches crayeuses
phosphatées. La dénudation par infiltra¬
tion descendante d’eaux carboniquées
s’est d’abord exercée à leurs dépens;
puis les couches phosphatées ont été
attaquées à leur tour ' et le phosphate
est resté en résidu après la destruction
du calcaire, comme précédent l’argile
à silex. Et c’est comme conséquence
de cette corrosion successive que se
comprend le glissement du cylindre argileux dans l’axe
des puits à phosphate : comme se comprend celui des
lits de cailloux diluviens dans l’axe des puits naturels
du calcaire grossier d’Ivry.
Reste à savoir comment le phosphate a été amené dans
le craie. Dans une publication remarquée (1), M. Cornet
a émis l’idée que le phosphate renfermé dans la craie
brune de Ciply est d’origine organique « comme le
prouve, ajoute-t-il, la forte proportion de matière orga¬
nique azotée qu’il renferme ». Et l’éminent géologue cite
à l’appui de cette opinion le fait actuel de l’accumula¬
tion périodique sur la côte méridionale de l’Arabie do
Fig. 2. — Vue du
-, Hardivillers. — ■' 11
o/ the Geo
t'y of ,
ic poche de sable phosphaté pénétrant dans la ci
apres une photographie prise par M. H. Boursault durant une
ue du Muséum d’histoire naturelle.
les formes les plus caractéristiques des produits concrê-
tionnés et en particulier des silex : ce sont souvent des
globules presque parfaits, à surface lisse, parfois gémi¬
nés ou accouplés deux à deux ou en plus grand nombre
en forme de gourdes, parfois pourvus d’une petite queue
comme des larmes où l’on pourrait être tenté de voir des
tests de foraminifères.
D’ailleurs le phosphate d’Hardivillers et de Beauval
diffère de celui de Mons par l’absence presque complète
de fragments de coquilles très nombreuses au contraire
dans le dernier. Je n’ai pu pousser très loin l’étude stra-
tigraphique, mais il est évident que la craie phosphatée de
Picardie est notablement plus ancienne que la craie phos¬
phatée de Belgique. Celle-ci, d’après M. Cornet, est plus
48
LE NATURALISTE
récente que la craie de Spiennes reposant elle-même sur
la craie de Nouvelles qu’il synchronise avec nos couches
de Meudon. Or à Beauval abonde Belemnitella quadrata
c’est-à-dire un fossile antérieur à B. mucronata et qui ne
se montre qu’au niveau de Beynes. Du reste tandis que
Fig. 3. — Grains phosphatés d’Hardivillers vu au microscope.
Grossissement de 60 diamètres.
la craie de Ciply est toute pétrie de fossiles, celle de
Beauval n’en montre qu’en nombre très restreint.
Le gisement des phosphates de la Somme paraît jus¬
qu’ici peu étendu en surface (1). C’est à Orville, où la
substance précieuse est à 50 centimètres du sol que la
première trouvaille a été faite; Terramesnil et Candâs en
possèdent aussi. Le tout est réparti sur une zone allon¬
gée de l’est à l’ouest sur une dizaine de kilomètres et
en mesurant 3 ou 4 du nord au sud. Mais il est possible
que de nouvelles découvertes viennent étendre la surface
exploitable.
L’étude des gisements phosphatés de Mesvin-Ciply, de
Beauval et d’Hardivillers conduit à se faire une opinion
sur leur mode de formation.
M. de Mercey a émis (2), quant à l’origine et au mode de
formation du minéral exploité, une manière de voir qui
semble ne pas cadrer avec les faits d’observation. Elle
consiste à croire que « les couches ont d’abord rempli
« tout le bassin en se déposant à l’état de craie phos-
« phatée » et que le phosphate y a été apporté par des
sources minérales « sous-marines littorales » qui dans
leur dernier fonctionnement ont creusé de bas en haut
dans la craie des excavations coniques.
L’étude très détaillée de Beauval, rapprochée de celle
de plusieurs autres localités où des conditions analogues
sont réalisées, m’a conduit à considérer le phosphate
de chaux comme dù à des circonstances tout à fait diffé¬
rentes.
Une fois qu’on a constaté la présence dans la craie de
petits granules phosphatés identiques à ceux dont la réu¬
nion constitue le sable exploité, il y a lieu évidemment
I Voyez I'" intéressantes études de M. Lasne sur ces gise¬
ments et sur la composition du phosphate qui fournit à l’ana¬
lyse les mêmes résultats que l’apatite.
(2) Comptes rendus, t. CV, p. 1135.
de rechercher comment s’estfaite leur concentration dans
les poches de la craie. A cet égard, M. de Mercey préfère
a 1 opinion d’après laquelle les amas dont il s’agit résul¬
tent d’une dénudation de la roche encaissante (1), une
objection dont j’avoue ne pas ainsi saisir l’importance :
« A Mesvin-Ciply, dit-il, le dépôt recouvrant immédia¬
tement le phosphate riche était du sable landénien ; à
Beauval, c’était du bief à silex oligorène. Il eût fallu
attribuer une même action à chacun de ces dépôts si
différents et il n’était pas possible de faire intervenir
une altération quaternaire. »
Cependant une notion qui semble absolument indiscu¬
table, c’est que le sable de phosphate représente un
résidu de dissolution de la craie : qu’on prenne de la
craie de Ciply ou de la craie de Beauval, il sera facile,
par l’eau très faiblement aiguisée d’acide chlorhydrique
ou même avec de l’eau de seltz, d’en séparer des grains
identiques à ceux que recherchent les exploitants.
C’est un résultat analogue comme on voit à celui qui
permet de fabriquer artificiellement de l’argile à silex
avec de la craie de Meudon ou de Beynes et la ressem¬
blance est même si forte qu’on peut voir à Beauval dans
le sable phosphaté le résultat de l’action même qui, un
peu auparavant, aux dépens d’assises supérieures, main¬
tenant complètement privées d’éléments calcaires, avait
déterminé la production du bief lui-même. De sorte que
l’on pourrait mettre en face l’une de l’autre deux coupes
figurant l’état du sol, la première antérieurement à cette
dénudation lente, et la seconde dans son état actuel. '
La première donnerait :
2° Grande épaisseur de craie argileuse avec silex.
1° Craie à Belemnitella quadrata renfermant de très
petits grains phosphatés.
La seconde :
C. Faible épaisseur d’argile à silex représentant le
résidu de la dissolution de la formation 2° de la
coupe précédent.
B. Lit de grains phosphatés représentant le résidu de
la dissolution des parties supérieures de la forma¬
tion 1“.
A. Craie identique à 1° de la première coupe mais
ravinée à sa partie supérieure et creusée de poches
doublées des assises B et C qui y ont pénétré
concentriquement par glissement.
Et pour le dire en passant, c’est' un exemple du ser¬
vice que l’examen des couches relativement insolubles
faisant partie des terrains stratifiés peut rendre au géo¬
logue en lui révélant la nature continentale de certains
dépôts et l'existence antérieure de masses partiellement
solubles et maintenant disparues. Les applications de
ces remarques seront, certainement nombreuses et
fécondes.
On pourrait penser, et on a dit quelquefois, que la
fl) Au conu-airc cette opinion est admise par plusieurs géo
logucs et spécialement par M. Albert Bor dans son intéres¬
sante note sur les phosphates de Beauval présentée, en 1817, à la
Société industrielle d’Amiens.
LE NATURALISTE
49
dénudation souterraine dont il s’agit, tout à fait distincte
de l’apport même du phosphate, résulte d’eaux émanant
de la profondeur; on a même été jusqu’à donner à ce
liquide une allure tourbillonnante. Ici encore l’observa¬
tion et l’expérimentation peuvent être substituées aux
suppositions et fournir des données positives.
(A suivre.) Stanislas Meunier.
LES MICROBES 1
Le vent est aux microbes! on en voit partout. Il n'est
pas une des affections dont souffre la pauvre humanité,
qui ne reconnaisse, à tort ou à raison pour cause, un mi¬
crobe. La rage, la fièvre intermittente, le choléra, la
pneumonie, le tétanos, etc., sont d’origine microbienne.
Aussi la nouvelle édition de l’ouvrage du Dr Troussard
sera-t-elle certainement la bienvenue.
Le mot Microbe, qui n’est peut-être pas d’une correc¬
tion parfaite — car les êtres auxquelles on l’attribue sont
caractérisés par une puissance de vie vraiment extraordi¬
naire — proposé par l’illustre Sédillot, a tout au moins le
mérite de ne rien préjuger quant à la nature animale ou
végétale des productions auxquelles il s'applique. On y
fait rentrer en effet des Bactériacées tout aussi bien
que des Sporozoaires.
L’auteur, après avoir consacré quelques pages à des
généralités sur les champignons, étudie plus particuliè¬
rement les espèces, encore peu connues dans leur évolu¬
tion, qui vivent en parasites sur la peau et les muqueuses
de l’homme et des animaux. Eu premier lieu viennent les
Teignes, maladies éminemment contagieuses, grâce à la
facilité de dissémination des spores des champignons
qui en sont la cause. La teigne faveuse attribuée à l’.lcào-
rion Schœnleinii, la Teigne tondante ( Trichophyton tonsu-
rans), fort voisines l’une de l’autre, paraissent appartenir
à la même classe que les Oidium, c’est-à-dire à des formes
de champignons plus élevés en organisation dont le dé¬
veloppement n’a pas encore été suivi. Le Microsporon
furfur, la crasse parasitaire, rapportée au nouveau genre
Malassezia dans un traité de botanique, qui en bien des
points ne paraît pas s’étre tenu au courant de la science
actuelle, se différencierait des champignons delà pelade
et de l’alopécie par la présence d’un mycélium qui man¬
querait dans les deux autres. Le Muguet que MM. Linos-
sier et Roux ont récemment étudié par le procédé des
cultures, semblerait d’après ces observateurs différent
des Saccharomyces dans lesquels on le faisait rentrer.
Mais de ce fait qu’ils n’ont pas vu les spores endogènes,
s’en suit-il infailliblement que ces dernières doivent man-
Les principaux ferments sont examinés au point de vue
de leur nature et de leurs effets qui ne sont réellement
connus que depuis les admirables travaux de Pasteur
dont les premiers datent de 1857. Les fermentations ont
lieu sous l’influence d’agents physiques ou chimiques qui
n’agissent généralement qu’avec lenteur tandis qu’elles
se produisent rapidement au contact des levures. Les
levures appartiennent au genre Saccharomyces, de l’ordre
des ascomycètes. Le Saccharomyces ellîpsoideus le plus
ordinaire des ferments du vin, n’est pas le seul qui
1) Les Microbes, les ferments et les moisissures par le Dr E. 1..
Trouessard (Biblioihèque scientifique internationale). Paris,
F. Alcan, 1 vol. in-S, 2ti p. 132 f. 2" édition.
agisse dans la fermentation alcolique; on y trouve en¬
core le S. Pastorianus qui n’en diffère que par la forme
de ses cellules, le S. conglomérats. Le S. apiculatus pa¬
raît très répandu dans la nature sur toutes les espèces
de fruits, on l’observe dans les moûts de fruits en fer¬
mentation et dans les bières de Belgique. Ces levures
passent l’hiver à l’état de spores dormantes (du moins
le S. apiculatus) et Brefeld les a retrouvées dans les
excréments des herbivores.
La levure de Bière ne mérite pas moins de fixer l’at¬
tention : c’est le type des levures, celle qu’on a le mieux
étudiée. Celles du pain paraissent nombreuses. Outre le
S. Minor, Peters en a signalé une autre encore innom¬
mée, trois bactéries et deux bacilles dont l’action n’a pas
encore été bien mise en lumière.
Les Microbes Bactéries sont actuellement, pour la
plupart des botanistes, considérés comme des algues.
Leur structure les rapproche des Phycochromacées, des
Qscillariées particulièrement auxquelles elles se relient
étroitement. On connaît maintenant des Bactériacées
colorées en vert ce. qui les rapproche encore des autres
algues bleues dont elles ne se distinguent réellement
que par leurs spores endogènes. La question du mouve¬
ment des Bactériacées a Soulevé bien des discussions :
on l’a attribué à la présence de cils analogues à ceux
des zoospores, qui formeraient un organe propulseur.
Des observations bien faites ont démontré qu’il n’en est
rien et que le prétendu flagellum est formé tout simple¬
ment par la membrane de la cloison moyenne, gélifiée,
qui s’étire et se rétracte au moment de la séparation des
cellules. Leur mode de locomotion ne présente aucun
rapport non plus avec celui des flagellés et des infu¬
soires. Quant à l’hypothèse de M. Zopf, d’après laquelle
une même espèce d’algue se présenterait tantôt sous
forme d’un végétal vivant librement grâce à son proto-
plasma pourvu de chlorophylle, tantôt en parasite inco¬
lore fonctionnant aux dépens de matières antérieure¬
ment élaborées, il est inutile de s’y arrêter.
Les Bactériacées ont été réparties en un certain nom¬
bre de genres; mais leur polymorphisme doit faire consi¬
dérer ces genres comme étant la plupart provisoires ou
artificiels. Bien des formes doivent passer des Bacierium
aux Bacillus et inversement.
Les fermentations produites par des Bactériacées sont
nombreuses. Celle du vinaigre est une des plus ancienne¬
ment connues et des mieux étudiées. La fermentation
lactique est due à une Bactérie; celle du lait de jument
qui produit le Képhir à un Dispora; celle de l’urine à un
Micrococcus; celle du beurre à un Bacille qui est devenu
pour certains bactériologistes le type du genre Clostridium
et qu’on peut considérer comme le meilleur représen¬
tant des Bactériacées anaérobies.
Les eaux sulfureuses renferment des Beggiatoa et de
nombreux microbes qui ont été bien étudiés (quoique
un peu trop distingués génériquement) par M. Wino-
gradzky ; les Crenothrix recherchent au contraire les
eaux chargées de sels de fer.
i Les Bactériacées chromogènes et photogènes sont inté¬
ressantes à étudier dans leurs effets, mais ce sont les pa¬
thogènes qui présentent une importance capitale au point
de vue de la conservation de la vie. C’est dans ce groupe
que les plus merveilleuses découvertes ont été faites :
l’inoculation cl l’atténuation des virus. Le Bacille du
charbon portera à la postérité le nom de Pasteur aussi
bien que les inoculations antirabiques, la vaccination
50
LE NATURALISTE
contre le choléra de' poules, le rouget des porcs, la fiè¬
vre typhoïde des chevaux et ses beaux travaux relatifs
aux maladies des* vers à soie.
Les Microbes spéciaux à l’homme sont fort nombreux
et chaque jour on en voit étudier et décrire de nouveaux :
le microbe desmaladiesde la bouche (Leptothrix buccalis ),
celui de la salive de l’homme sain, de la carie dentaire,
des fièvres paludéennes, de la fièvre récurrente et de la
fièvre jaune, de la fièvre typhoïde, du choléra, des fiè¬
vres éruptives, du croup, de l’inlluenza, de la phtisie,
de la pneumonie, de l’érysipèle et du tétanos, de la
sueur des pieds, etc., sont successivement passés en
revues, avec assez de détails pour que le lecteur puisse
se rendre un compte suffisant de leur nature, de leur
action, du traitement qu’il faut leur opposer.
Dans la plupart des cas, les Bactériacées pathogènes
agissent surtout par les Ptomaïnes qu’elles sécrètent dans
l’intérieur du corps; dans d’autre cas, elles se compor¬
tent comme des parasites qui se nourrissent et se multi¬
plient aux dépens des liquides et des gaz de l’économie.
Ces microbes ne sont pas non plus spécifiques, des espè¬
ces différentes pouvant engendrer des affections caracté¬
risées par des symptômes et des lésions identiques.
Il a fallu, dès la première heure, se prémunir contre la
nocivité des microbes : de la sont nés le pansement
occlusif d’Alphonse Cuérin, le pansement aseptique de
Lister, et les améliorations apportées à l’hygiène des
ceux potables. Les filtres ordinaires d’abord, les filtres
à microbes plus tard sont entrés de plus en plus dans la
pratique journalière et ont rendu d’inappréciables ser¬
vices.
L’étude minutieuse des Bactériacées ne peut être faite
avec fruit qu’avec des matériaux purs et par l’intermé¬
diaire de réactifs micro-chimiques qui permettent de
mieux distinguer leurs parties constituantes. Cette étude
a donné naissance a une technique spéciale qui ne peut
s’acquérir que par une pratique assidue et prolongée.
Les cultures se font soit dans dès liquides stérilisés, soit
sur des milieux solides tels que la gélatine, les œufs, les
tranches de pomme de terre ou de carotte. Les priacipes
colorants sont fournis par le carmin boraté, l’hémato-
xyline et la série des couleurs d’aniline. Des cultures
successives ont établi la possibilité de l’atténuation des
virus et leur transformation en vaccin au moyen de pro¬
cédés variables . avec chaque espèce de Bactériacée :
tantôt sous l’influence de la chaleur, tantôt sous l’action
prolongée de l’oxygène de l’air, ou bien comme pour le
virus de la rage en le faisant passer successivement par
le cerveau d’un lapin et d’un singe, etc.
Les Bactériacées, nous l’avons dit, sont polymorphes
et les genres établis doivent en grande partie être regar¬
dés comme provisoires. Il ne faudrait cependant pas
aller trop loin et faire pour elles ce que M. Cocardas
avait proposé pour les champignons en établissant son
type Penicilium ferment, ou bien encore se rallier aux
idées singulières de M. Zopf, établissant le passage des
différents genre de Cyanophycées les uns aux autres après
culture dans de l’eau... d’égout.
Des objections se sont élevées contre la théorie micro¬
bienne de l'origine des maladies, mais elles ont dû,
quand elles ont été faites de bonne foi, s'effacer devant
la réalité des faits. Les médecins l’on surtout combattue,
car « à toutes les époques la médecine a tenu à ses
vieilles traditions et n’a renoncé qu’avec peine à voir
dans la maladie quelque chose de mystérieux comme au
temps de l’antique théurgie dont les devins et les sor¬
ciers modernes sont le dernier reste». Dans l’intéressant
ouvrage dont M. le Dr Trouessard vient de nous donner
une seconde édition, on trouvera esquissés les grands
traits de la biologie microbienne. Nous sommes heureux
d’assurer à l’auteur un légitime succès et nous l’en féli¬
citons de grand cœur.
P. Hariot.
PRÉPARATION IlES POISSONS
( Suite et fin.)
Demi-poissons à plat. — L’empaillage des
Poissons présentant certaines difficultés, on emploie
pour leur conservation un procédé beaucoup plus simple
et à la portée de tout le monde :
On ne conserve qu’un côté de l’animal, celui le plus
brillant et le plus complet au point de vue des écailles
et des nageoires, l’autre partie est enlevée complètement
de même que toute la chair et les organes qui adhérent
au côté à conserver; il reste donc après l’opération la
pioitié de la peau; on l’applique sur un liège retenu tout
autour avec des épingles et pour lui conserver la forme,
on bourre entre la peau et le liège de la sciure de bois
ou de la rapure de liège ; il faut avoir soin de soutenir
les nageoires avec des épingles fixées sur le liège, les
pectorales peuvent être appliquées le long du corps avec
une bandelette de toile.
Lorsque la dessiccation est complète, on retire le Pois¬
son et on l’applique sur un carton ou une planchette
mince avec un peu de colle, tout autour de la peau.
Collection <le Poissons, — Cette collection
exige des vitrines pour placer les sujets empaillés ; ruais
les gros Poissons ne peuvent être, sans frais énormes,
installés dans des armoires vitrées; il est d’usage de les
suspendre au plafond de l’appartement ou de les placer
sur le haut des vitrines. Quant à ceux qui sont renfermés
dans des bocaux d’alcool, il suffit de ranger ces flacons
sur les étagères, l’étiquette devra être placée de manière
à ne pas masquer le contenu ; on devra aussi visiter fré¬
quemment les flacons afin de s’assurer qu’ils ne se vident
pas par l’évaporation de l’alcool.
Pour la détermination et la classification de cette col¬
lection on peut consulter :
1° L’ouvrage de M. Emile Moreau : Histoire naturelle des
Poissons de France (1).
2° Celui de MM. H. Gervais et Boulart : les Poissons, (2).
Emballage et expédition de Poissons. —
Les Poissons placés hors de leur élément meurent rapi¬
dement asphyxiés. Lorsqu’on a recueilli des sujets que
l’on ne peut préparer immédiatement, on peut néan¬
moins les conserver quelque temps en vie hors de l’eau :
« Il suffit de mettre, en été, dans la bouche du Poisson
un morceau de pain trempé dans de la bière ou du vin
et l’envelopper légèrement dans de l'herbe fraîche ou de
la mousse imbibée de la même liqueur; en hiver, rem¬
placer le vin par de l’eau-de-vie et empaqueter dans de
la paille ou du foin; la liqueur spirilueuse e étourdi le
Poisson ; on a conservé des Carpes et des Tanches en vie
pendant 15 à 18 jours et des Brochets pendant une dou-
(1) K. Moreau, Histoire naturelle des Poissons de France.
(2) U. Gervais et B. Boularl, Les Poissons, 3 vol.
LE NATURALISTE
51
zaine de jours. On leur rend la vie en les enveloppant
dans un linge que l'on humecte graduellement après leur
avoir ôté le morceau de pain et en les mettant dans l’eau
fraîche. » (Capus.)
Lorsque veut conserver des Poissons pendant peu de
temps, soit pour les emporter, soit pour les adresser à
des correspondants, on peut les emballer dans des
herbes fraîches, mais non humides. Les Orties sont em¬
ployées de préférence.
Albert Granger.
L’HIBERNATION
(INVERTÉBRÉS)
Les Invertébrés aquatiques, marins ou d’eau douce,
éprouvent des variations de température moins brus¬
ques et moins étendues que sur terre ; toutefois, comme
il leur est difticile et souvent impossible de se nourrir,
ils n’en présentent pas moins comme les animaux ter¬
restres, un hivernage plus ou moins long, dont les con¬
ditions sont malheureusement peu connues. Nombre
d’animaux disparaissent de nos plages pendant l’hiver
ou présentent des migrations avant cette époque. A un
certain moment, il est impossible en Bretagne de trouver
des Haliotides, ces élégants Gastéropodes à coquille
nacrée; celte particularité a même donné naissance à
une scie célèbre dans les stations zoologiques : on insinue
à un novice qu’il serait bon de se renseigner auprès des
marins, sur le jour du départ des Haliotides, pour pou¬
voir se procurer à temps ces animaux: généralement la
réponse éclaire le débutant, et il lui en reste au moins le
souvenir d’un fait biologique intéressant. Un grand
nombre d’Opisthobranches, les Eolis, les Aplysia dispa¬
raissent aussi de la plage à un certain moment; les Mol-
gules parmi les Tuniciers, présentent la même particu¬
larité à l’époque des vents d’Est, àRoscoff et à Portrieux.
(M. de Lacaze-Duthiers.) On ne sait pas d’une façon
exacte qu’elle est l’influence prépondérante dans ces
déplacements : il est probable qu’ils sont surtout en
rapport avec la reproduction, au moins pour la majo¬
rité d’entre eux.
Tuniciers. — Parmi les Tuniciers, il en est qui hiver¬
nent réellement; M. Giard a signalé le fait pour diverses
Ascidies composées, Didemnum, Aplidi itm , M orchellwm,^ te .
Le Morchellïum argus , pendant l’été, est une magni¬
fique colonie d’un beau rouge orangé, comprenant un
grand nombre d’individus en reproduction; vers le mois
d’octobre (Roscoff) il change complètement d’aspect : les
individus de la colonie périssent peu àpeu par les bords;
les bourgeons s’arrêtent dans leur développement à
l’intérieur delà tunique cellulosique, et comme chez les
plantes, passent à l’état de bourgeons dormants ; ce sont
eux qui, aux beaux jours, sont chargés de reformera
nouveau la colonie. Un autre phénomène dont la cause
est moins connue, également en rapport avec l’hiver¬
nage, c’est le développement exagéré des spiculés cal¬
caire : ces corpuscules, de forme très élégante, se mul¬
tiplient considérablement dans la tunique, au moment
où les individus s’affaiblissent, et forment, des taches
blanches sur le fond coloré de la colonie. Cette produc¬
tion exagérée des spiculés est peut-être en rapport avec
une fonction de réserve, non élucidée jusqu’ici.
Insectes. — Les Insectes résistent à l’hiver sous ' trois
formes différentes : tantôt ce sont les adultes qui hiber¬
nent, tantôt les larves ou les chrysalides ; mais le plus
souvent ce sont les œufs qui sont chargés de renouveler
l’espèce au retour du printemps.
Les Insectes adultes et les Chenilles qui passent l’hiver
entrent en hibernation vers + 3° ou -}- 4° ; leur respira¬
tion est nulle ou très faible ; pendant ce temps ils vivent
sur les réserves accumulées dans le corps adipeux. Un
grand nombre de Chenilles se réfugient dans les fentes
des arbres, sous les feuilles mortes ou dans la terre; aux
premiers rayons de soleil, elles quittent leur retraite et
se mettent à manger les plantes qu’elles rencontrent;
à ce moment, il en périt un grand nombre, quand la vé¬
gétation n’est pas suffisamment avancée pour suffire à
leur nourriture. La résistance que les Insectes présentent
au froid est extraordinaire ; les chenilles des Chélonides
de Laponie supportent un hiver long et rigoureux ; des
chenilles de Leucania ont pu être gelées (Boisduval, Ross)
au point de se briser comme des morceaux de glace, et
néanmoins elles ont donné des chrysalides et des papil¬
lons ; des chenilles de la Pyrale de la vigne, gelées jus¬
qu’à six fois consécutives, ont survécu, etc. On voit donc
qu’il ne faut pas compter sur les hivers rigoureux pour
la destruction des Insectes nuisibles.
Les Abeilles sont plus sensibles; dès qu’il fait environ
+ 8°, elles ne sortent plus de la ruche. Quand la tempé¬
rature s’abaisse, elles se rassemblent toutes les unes
sur les autres, en formant un peloton serré qui conserve
très bien la chaleur; Dubost cite une ruche dont la tem¬
pérature était de — 5°, tandis qu’à l’intérieur du peloton
le thermomètre marquait -j- 20°. Les abeilles périssent
en grand nombre lorsqu’elles sortent trop tôt de. leur
torpeur pour aller butiner, et qu’elles sont surprises par
le mauvais temps.
Enfin, il y a beaucoup d’insectes qui éclosent en plein
hiver ou qui conservent pendant cette saison la même
activité qu’en été (Dytiques, Cousins, Tipules, etc.); les
Podurelles ne se plaisent que dans la neige des régions
glacées.
Les chrysalides présentent une résistance très consi¬
dérable ; celles qui sont nues, c’est-à-dire non entou¬
rées d’un cocon, supportent jusqu’à — 20° (chrysalide
de Picris brassieæ ); le Colias des montagnes est encore
plus vigoureux.
Enfin, la résistance des œufs qui hivernent est encore
plus grande. : tes œufs du Phylloxéra, de Liparis dispar,
Bombyx neustria, Orgya antigua, de VAttacus Ya-Ma-Maï
du Japon, etc., supportent les froids les plus intenses
et les plus prolongés ; c’est ce qui explique pourquoi la
Sibérie, malgré ses longs hivers, a, pendant son court
été brûlant, une riche faune de Lépidoptères.
(.4 suivre.) L. CuÉXOT.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 5 janvier 1891. - JA .1. Letellier montre que le>
ul; miles de Kcbrr el de Grobbcn dos mollusques acéphales
sécrètent do [l’acide hippurique, ce qui explique la réaction
acide que Kowalevsky avait observée dans l’élimination du
carmin ammoniacal par ces glandes.
JA A. Joubin, ayant étudié le mode de développement des
chromatophores, des céphalopodes octopodes, arrive à cette
conclusion qu’ils sont formés d’une partie essentielle, la cellule
52
LE NATURALISTE
ectodermique colorée, et de parties accessoires mésodermiques,
ressemblant primitivement à des fibres musculaires et devenant
plus tard conjonctives. « Quant à la terminaison nerveuse
propre à chaque chromatophore, on peut, suivant M. L. Joubtn,
la mettre en évidence sur l’animal vivant au moyen d’une
préparation spéciale au bleu de méthylène. On voit alors avec
la plus grande netteté le réseau nerveux cutané des chromato-
phores, dont chaque fibre se termine par un léger renflement
appliqué centre la cellule chromatique, mais qui ne paraît point
y pénétrer. »
M. R. Montez croit pouvoir établir l’identité de l’Atlantonema
rio-ida (V. Siebold), parasite de différents coléoptères copro-
phages, avec l’anguillula brevispina. Cette espèce serait donc
hermaphrodite et protandrique à l’état de parasitisme et sous
forme d’individus aux sexes séparés à l’état libre.
M. A. de Grossouvre a reconnu dans la craie de Villedieu trois
niveaux fossilifères caractérisés par trois faunes d’ammonites.
1°'a la base; le niveau à Am. Haberfellneri (petrocoriensis) ,
■Vm Tricarinatus, Am. Bajuvaricus, Am. Moureti.
2« Au milieu, le niveau à Am. Serrato-Marginatus (Bourgeoisi).
3° Au sommet le niveau à Am. Syrtalis avec ses variétés
(Am. Orbignyi, Am. Rib'ouri, Am. Guadaloupæ). En outre
pour la position de la craie de Villedieu au lieu d’étre infé- ;
rieurc au M. Cèr-testndinariûm elle lui serait supérieure et
représenterait les assises à M. Coranguinum.
M. Kilian rend compte de ses études sur la constitution
fèologique des chaînes alpines entre Mousticrs _ (Savoie) et
Barcelonnette (Basses-Alpes). (Schistes gris lustrés, houilles,
permien, trias.) Il est amené à conclure que les gypse, car-
o-neules inférieurs et supérieurs et calcaires de ce dernier ter¬
rain ne. sont que des modifications diverses d’un seul et même
ensemble.
Séance (la 12 janvier 1891. — il. Faye, dans une note sur
l’hypothèse du sphéroïde et sur la formation de la croûte ter¬
restre attribue les soulèvements et les dislocations de 1 écorce
terrestre à la différence de température entre les continents et
les mers; différence qu’il formule par la loi suivante « a toutes
les époques, le refroidissement du globe terrestre va plus vite
et plus profondément sous les mers que sous les continents ...
M. S. Jourdain adresse une note sur l’intoxication par lus
moules ; il pense que la mytilotoxyne n’est pas plus abondante
dans les moules à l’époque du frai qu’à toute autre époque.
M. P. Lesage adresse une note sur la physiologie de la ra-
cine et M. A. Lothelicr une note sur l’influence de l’éclairc-
ment sur la production des piquants des plantes.
il/. Ch. Yelain a reconnu dans les sables diamantifères
recueillis dans la Laponie Russe (vallée de Pasvig) les clé¬
ments des roches éruptives (granités et pegmaUtes) et des
Roches gneissiques de la Région. Il place le point de départ
de ce minéral dans les pegmatites où M. Chaper a eu l’occasion
de l’observer en place dans l’Hindoustan.
A. E. Ma. lard.
CHRONIQUE
Soutenantes de thèses pour le doctorat ès sciences natu¬
relles. — M. Georges Roché a soutenu devant la Faculté des
sciences de Paris deux thèses sur les sujets suivants :
|re thèse. Contributions à l’étude de l'anatomie comparée des réser¬
voirs aériens d'origine pulmonaire chez les oiseaux. — 2e Thesk.
tions données par
cul té
Bactrriacie
iochkt du bassin de Paris. M. Roché a été déclaré u.gno u «•«-
tenir le grade de docteur ès sciences physiques. — M. Arthus,
préparateur de physiologie à la Faculté des sciences de Paris,
a soutenu devant ladite Faculté doux thèses sur les sujets
suivants: lre thèse. Recherches sur la coagulation du sang.—
Oc thèse. Propositions données par la Faculté. M. Arthus a été
déclaré digne d’obtenir le grade de docteur. — M. Maurice
Thouvenin, professeur à l’École de médecine et de phar¬
macie de Besancon, a soutenu devant la Faculté des sciences
de Paris deux thèses sur les sujets suivants : 1 “ thesk.
Recherches sur la structure des saxifragacées. — 2e THESE. Pro¬
positions données par la Faculté : Zoologie : Organisation et
développement des spongiaires. Géologie : Structure _ et composition
géologique du Jura. M. Thouvenin a été déclaré di
'le grade do docteur ès sciences naturelles. — M.
docteur en médecine, lauréat de la Faculté de médecine,
soutenu devant la Faculté des sciences de Paris deux thèse
d’obtc
sur les sujets suivants : P e thèse. Recherches sur le dévelop¬
pement de la rate chez les poissons. — 2° thèse. Propositions
données par la Faculté : Botanique : Les tissus lignifiés. Géo¬
logie : L’éocène dans le bassin de Paris. M. Laguçsse a été
déclaré digne d’obtenir le grade de docteur ès sciences natu¬
relles.
Iuseetes nuisibles aux végétaux d’origine étrangère. —
M. L. Demaisons a communiqué la note suivante à une des
dernières séances de la Société entomologique de France :
« Les végétaux d’origine étrangère, cultivés dans nos jar¬
dins, tels que le Noyer, le Catalpa, etc., sont souvent épargnés
par les Insectes indigènes, et n’ont point à souffrir de leurs
ravages. Mais celte règle est loin d’élrc générale et elle pré¬
sente de nombreuses exceptions. Les horticulteurs connaissent
les dégâts causés aux feuilles dos Cinéraires et des Pélargo-
niums par la chenille de Phlogophora meticulosa L., j'ai eu fré¬
quemment l’occasion de les constater à Reims, dans une serre
tempérée, même pendant les mois d’hiver où l’activité de cette
larve ne semblait nullement se ralentir. J’ai observé aussi à
Reims, durant plusieurs années de suite, les chenilles de trois
espèces de Lépidoptères, un Bombyx, Liparis dispar L., une Noc¬
tuelle, Acronycta psi L,, et une Teigne, Carcina quercana F., vi¬
vant aux dépens de deuxpicds.dç, Néfliers du Japon ( Eriobothrya
japonica), provenant de semis et cultivés en caisses. Les feuilles
de cet arbre sont épaisses et coriaces, et il est assez étonnant
que nos chenilles en aient fait si volontiers leur nourriture,
•l'ai vu également des chenilles de Bombyx quercus, en captivité,
manger de ces feuilles ; mais elles ne manifestaient point pour
elles un goût bien prononcé, et semblaient leur préférer celles
du Pommier et des autres arbres qui leur fournissent habituel¬
lement leur pâture. »
Mission scientifique. — M. Flamand, préparateur de miné¬
ralogie à l’École supérieure des sciences d’Alger, est chargé
d’une mission géologique et minéralogique dans le Sud et l’Ex-
trème-Sud de l’Algérie.
L'entomologie agricole. — Cette fois-ci, c’est de l’Australie
que nous vient la lumière. Le gouvernement de la Nouvelle-
Galles du Sud vient de créer au ministère de l’agriculture un
laboratoire d’entomologie qui a pour mission d’étudier les
insectes qui peuvent présenter quelque intérêt au point de vue
de l’agriculture. Apres les Etats-Unis, l’Australie! Quand donc
l’Europe se décidera-t-elle à entrer dans ce mouvement'?
(Jardin.)
BIBLIOGRAPHIE
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Ber. Deutsch. Bot. Gesellsc. 1890, pp. 250-292.
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Vcrhaltniss der Gymnoascen zu den iibrigen Asco-
myceten, pl. XVII.
Ber. Deutsch. Bot. Gesellsc. 1890, pp. 295-303.
G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DE\ ROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
IIP ANNÉE
2° Série — X” SMî
r MARS 1891
Histoire des Acariens des Végétaux. Leur Anatomie
Le nombre des parasites s’attaquant aux végétaux cul¬
tivés augmente de jour en jour, et leur diffusion très
rapide est due soit à la facilité des communications qui
favorise tant les importations exotiques, soit dans cer¬
tains cas à l’équilibre qui a été rompu par suite de la
prédominance exclusive de certains végétaux et aux
soins culturaux qui tendent de plus en plus à éloigner
certaines plantes du type sauvage, plus robuste et mieux
armé pour résister. Ainsi la vigne jouit d’une préférence
marquée de la part des insectes (et certains cépages
en particulier), car les soins dont on l’entoure lui
font pousser des bourgeons et des feuilles à tissu mou,
gorgés de sucs, dont les insectes sont friands et qui n'y
sont mélangés à aucun alcaloïde ou acide capable de les
écarter,
11 ne faudrait pas croire que les animaux qui s’atta¬
quent aux végétaux cultivés ou non, appartiennent exclu¬
sivement à la classe des Insectes. Ce sont les plus nom¬
breux ; mais certains Nématodes (Anguillules) peuvent
occasionner des dégâts considérables; certains Arach¬
nides, à l’état larvaire ou à l’état adulte, sont phyto¬
phages. Ces derniers appartiennent tous à l'ordre si
connu des Acariens, et même à une seule famille, celle
des Tétranycidés.
L’ordre des Acariens renferme un très grand nombre
d’espèces parasites sur des animaux ou sur des végé¬
taux, et malgré leur petitesse, ces êtres n’avaient pas
échappé à l’observation des anciens naturalistes. Aris¬
tote en parle le premier et leur a même imposé le nom
sous lequel nous les connaissons. Mais depuis que, dans j
ces dernières années, les études acarologiques ont été
mises en honneur par des travaux remarquables, de I
grands changements ont été introduits dans ce groupe
où la plus grande confusion a longtemps régné ; les
espèces y étaient très douteuses malgré l’habileté des an¬
ciens observateurs et ceci tenait surtout aux moyens im¬
parfaits dont ils disposaient. Des larves nombreuses
avaient été décrites comme des espèces et les formes adul¬
tes tout à fait omises. Les métamorphoses des Acariens,
élucidées dans certains cas, laissent encore hea ucoup à
désirer et ce n’est que lorsqu’on aura fait des mono¬
graphies séparées qu’on pourra enfin généraliser et avoir
des Précises sur la biologie de ces êtres. Il est vrai
d’ajouter que la pénurie de documents précis tend à dimi- |
nuer chaque jour et que grâce à la connaissance plus
approfondie des métamorphoses on a été amené à rappro¬
cher des espèces qui semblaient très éloignées et à con¬
sidérer comme formes larvaires d’anciennes espèces
dont la diagnose était basée sur une connaissance insuf¬
fisante de leurs transformations successives. Pourtant
la lumière est loin d’être faite partout et beaucoup de
cas particuliers appellent de nouvelles recherches.
Les anciennes espèces, créées uniquement, en tenant I
compte du végétal nourricier ne pouvaient subsister, car
il est bien démontré maintenant que ces Acariens vivent
sur les végétaux qui se trouvent à leur portée et que
chaque espèce d’Acarien n’affecte pas spécialement telle
ou telle espèce déterminée de végétal.
Déjà Réaumur, en 1737, signale des vers blancs, jau¬
nâtres à la base de chaque Galle en clou des feuilles du
Tilleul. Ces vers, dit-il, deviennent « des insectes extrê-
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue;du Bac.
moment petits qu'on ne peut apercevoir qu’à l’aide d'une
très forte loupe ». Puis on cessa de s’occuper de ces pro¬
duits pathologiques, et les idées de Réaumur, qui étaient
les bonnes, furent abandonnées, en sorte que pendant
longtemps on attribua à ces formations une orimne vé¬
gétale.
C’est Schrader qui vers la fin du xvm* siècle dési-
gna les galles de la vigne sous le nom d 'Erineum ritis et
bien que l’illustre mycologue Fries (1813), les sépa¬
rant de celles de l’Aune, du Tilleul, en ait faille genre
Phyllerium, c’est le premier nom qui a prévalu. Il faul
arriver jusqu'à 1833 pour trouver un nouveau travail sur
cette question. Turpin, en étudiant le développement’des
galles corniculées du Tilleul, rencontra dans ces «ailes
un animal se rapportant à celui décrit par Réaumur et
dont « la forme définitive a 4 pattes » et qu’il nomma
avec Landois. le Sarcopte du Tilleul. Pour Diigès l’année
suivante cet animal devait se placer dans les Trombi-
diens, à côté des Tétranyques, et il admettait que c’est une
larve à 4 pieds, dont l’adulte, court, blanc, agile, possède
8 pattes comme les Acariens. Siebold (1830) appelle les
Knneum des excroissances chevelues et crée le nom
d 'Enophyes pour désigner les larves, inconnues dans leur
état adulte. Dujardin, la même année, attaque celte ma¬
nière de voir. Pour lui ce sont des adultes et il propose
pour eux le nom de Phytoptus (mite des plantes) afin
d’indiquer qu’ils sont véritablement et exclusivement
parasites des végétaux. 11 s’appuyait pour cela sur la pré¬
sence d’œufs dans ces, animaux, car les faits de parthé¬
nogenèse et de reproduction ovipare par les larves n’é¬
taient pas encore connus.
l’ajouterai que dansles Krineumdécouverts (ceux de la
vigne, par exemple), on trouve souvent des larves de
l.amases; mais ces larves sont incapables de se créer
une demeure propre et elles trouvent dans les produc¬
tions des Phytoptus un abri commode dont elles se hâtent
de profiter; mais elles y sont à titre d’étrangères.
Les nombreuses recherches des Ecologistes ne s’arrè-
!""! pas la surtout pour les parasites d.- la vigne, quoi
que le nombre des observations dont il puisse être
question ne soit pas très grand.
Landois a vu (1860) dans l’Acarien de la vigne un ani¬
mal des plus compliqués. Son travail est erroné car il
admet que les Phytoptus tétrapodes possèdent en outre
deux paires de pattes rudimentaires; ce sont donc des
adultes (voir la figure donnée par.Claus dans sa Zoo-
logie, p. 774). Il s’attribue même la découverte du Phy-
loplus auquel il dit donner le nom de P vit.ii Quant
à Thomas (1869) il n’étudie guère que la morphologie
des Erineum ; il ne recherche pas le nom de l’animal
qui les produit, c’est le Phytoptus, dont l’espèce qu’il
semble croire unique, attaque au moins 70 plantes et il
propose de changer son nom en celui de Phylocoptes qui
■< définit l’état pathologique des végétaux et entraîne
avec lui la connaissance de l’Acarien ».
En 187.». Donnadieu (f) dans un travail assez considé-
rable adopte les idées de Dugès et le nom proposé par
Thomas, et il considère le Phytoptus tétrapode comme
une forme larvaire d’un Tétranyque gallicole, le Phytoco »
tes eptdermi. e
Briosi, dans un bon travail paru la
n’avoir pu retrouver ni la forme à 8 pat
LE NATURALISTE
54
ni les pattes rudimentaires vues par Landois. Il pense
que l’observateur allemand a été trompé par la valve
génitale plus ou moins bilobée.
Soraner et Frank, dans des recherches récentes sur les
maladies des plantes, adoptent sur ce sujet les idées et
conclusions de Landois, tout en ajoutant qu’à côté des
animaux tétrapodes, on trouve toujours des Acariens à
8 pattes.
On voit donc que dans l’état actuel de nos connaissan¬
ces, il serait prématuré de trancher la question. Il faut
de nouvelles expériences comparatives sérieuses et bien
conduites avant de pouvoir se prononcer.
Ces Acariens tétrapodes sont microscopiques; ils sont
à peine visibles à l’œil nu sur une feuille de papier blanc ;
aidé d’une bonne loupe, on voit que ce sont des animaux
blancs, bruns par transparence, verruqueux et de gran¬
deur variable, dont les plus grands peuvent avoir
200 [j. de longueur et 00 n de largeur, en ajoutant à la
longueur du corps celle des pattes étendues en avant.
Le corps presque cylindrique est trié transversalement
de 50 à 60 fins replis qui rappellent les anneaux d’une
sangsue; mais la tête courte et lisse ne semble constituée
que par une trompe conique dans laquelle sont placées
trois lamelles, dures, Unes, brunes, formant l’armure
buccale (fig. 1 et 2). Ces lamelles glissent l’une sur l’autre
Fig. 1. — Vue ventrale du Pliytopte. og operculo génital.
Fig. 2. — Vue de profil du Phytopte.
comme des ciseaux, et sont inclinées vers la face ventrale.
Il est plus difficile de préciser la structure de la trompe.
On peut affirmer pourtant qu’elle se compose de deux
palpes naissant à la base des pattes antérieures. Us sont
coniques et biarliculés; le segment ultime est creusé
d’une gouttière du côté interne, et muni à la pointe d’un
appendice conique court portant une soie peu allongée.
Les deux palpes sont très près l’une de l’autre, étendues en
avant par-dessus les pièces buccales, pendant que le
corps se prolonge en un rostre triangulaire et atteint les
palpes. De profil, le corps est légèrement arqué sur la
face ventrale, ce qui laisse fort bien voir le rostre termi¬
nal (fig. 2).
A leur base les mandibules sont renflées. Assez grosses,
elles sont d’une seule pièce et portent un prolongement
qui peut se renverser en arrière.
Les pattes de ces Acariens tétrapodes ne sont formées
que de 6 articles. Dans tous les Acariens octopodes on
trouve un 7e article. Les pattes sont de même longueur,
incolores, transparentes, insérées sur la face ventrale du
corps et sur la moitié antérieure. Les racines en sont très
peu ebitineuses. On ne trouve pour supporter les mem¬
bres ni les plaques des Gamases, ni les arcs chitineux des
Tyroglyphes et des Sarcoptes. Les téguments sont simple¬
ment un peu moins flexibles en sorte que le premier
article n’est pas toujours nettement limité. Les six seg¬
ments sont aplatis latéralement, et légèrement dentés
sur la face inférieure. Dans les mouvements, on ne distin¬
gue que trois parties la hanche avec la cuisse, le tibia et
le tarse. L’articulation entre la cuisse et le tibia est la
plus mobile ; grâce à elle la patte peut exécuter tous ses
mouvements, qui se font dans un plan vertical.
Toutes les pattes se terminent de la même façon, par
une pointe renflée à son extrémité, non mobile et qui
protège un tarse digité ou plutôt formé par un stylet
barbelé comme une plume et éminemment propre à assu¬
rer la solidité de la marche au milieu des poils de galles.
Malgré la disposition peu avantageuse de sespattes, les
mouvements de l’animal sont vifs et sa marche rapide. Il
progresse en se servant soit du bipède antérieur, puis du
bipède postérieur, soit dans quelques cas du bipède laté¬
ral.
L’abdomen allongé est supporté par un disque anal
excavé qui forme ventouse et au centre duquel s’ouvre
l’anus terminal.
Le corps porte des soies en nombre variable ; elles sont
rigides, divergentes, élastiques et naissent de saillies co¬
niques du corps. Elles sont distribuées par paires ; on les
appelle suivant leur position : soies génitales, ventrales,
pariétales ou dorsales. Les membres en portent aussi un
certain nombre aux articulations. Toutes ont évidemment
pour rôle de protéger l’animal contre les chocs du dehors.
Deux glandes, situées en
avant vers le rostre et dont
le canal excréteur vient
s'ouvrir dans la bouche,
produisentun liquide ana¬
logue à celui qu’on trou¬
ve chez les Gallinsectes. Il
a une grande importance
chez les Phtjtoptus, surtout
chez les femelles, car in¬
troduit dans la blessure,
il amène la prolifération
des cellules végétales. Don-
nadieu affirme même que
les mâchoires sont canali-
culées à cet effet.
D'après Soraner cette
forme cylindrique est la
plus fréquente, mais il a
rencontré dans les galles
du poirier (fig. 3), à des
époques variables , une
deuxième forme plus large
au premier tiers et pres-
Fig. 3. — Feuille de poirier
contaminée.
LE NATURALISTE
oa
que ovale. Il regarde cette forme comme le mâle adulte.
Les soies y existent toujours, mais le nombre et l’ar¬
rangement ne sont pas les mêmes que sur la forme fe¬
melle.
Les plus longs animaux avaient environ 0 mm. 16 en ne
tenant pas compte de la longueur des pattes qui est de
0.045 mm. La plus grande largeur du corps est de
0 mm.070, c’est-à-dire à peu près les 2/5 de la longueur
tandis que dans la forme cylindrique, elle est à peine le
quart. Le nombre des anneaux est à peu près le même,
mais chacun est formé par une rangée de verrues hé¬
misphériques très rapprochées. La striation moins com¬
plète semble délimiter un céphalothorax qui se prolonge
par un rostre moins net dans la forme cylindrique.
La petitesse de ces animaux n’a pas permis de faire
une étude complète de leur organisation intérieure, je
n’insisterai donc pas sur les détails anatomiques. Le tube
digestif élargi pour former un estomac, au niveau des
organes génitaux, puis replié une fois sur lui-même, est
plissé longitudinalement. Donnadieu affirme que les
matières alimentaires végétales s’amassent contre les
parois de l’estomac, qu’elles y sont modifiées, puis
qu’elles viennent circuler sous la forme de globules sphé¬
riques, dans les organes de la locomotion, sans qu’il
veuille conclure à l’existence d’une membrane qui les
séparerait des muscles en formant une sorte de tube.
On n’y a pas vu le moindre trace de vaisseau dorsal
ainsi que d’appareil respiratoire. Comme la vitalité de
ces Acariens tétrapodes est extrême, qu’ils remuent en¬
core après une immersion de 48 heures dans l’eau,
qu’on lésa vus pondre après un séjour de 24 heures dans
la glycérine, Landois admet que leur respiration n’est
ni trachéenne, ni cutanée, mais intestinale.
Les organes génitaux existent dans les Acariens tétra¬
podes. La position de ces appareils est la même dans
toutes les formes et dans toutes les espèces. Ils sont pla¬
cés immédiatement en arrière de l’insertion de la seconde
paire de pattes et ils apparaissent à l’extérieur sous la
forme d’un opercule fixé aux téguments par en haut,
libre et arrondi en bas, mais échancré dans la forme
mâle décrite par Soraner (fig. 1 et 2).
Des œufss’aperçoiventdans l'intérieurdu corps;ils sont
renfermés dans un ovaire tubulaire qui se dirige d’ar¬
rière en avant. Ils s’échappent par un orifice en bou¬
tonnière, et sont enduits d’une substance glutineuse à
l’aide de laquelle ils adhèrent aux poils de la galle.
Mk.négaix.
LES PHOSPHATIÈRES D’HARDIVILLERS, Oise
(Suite et fin.)
Il y a quelque temps, en effet, j’ai montré, par des
des spécimens que je conserve au Muséum et dont le
Naturaliste a publié le portrait, que la forme des exca¬
vations qu’on peut creuser verticalement dans le cal¬
caire par un filet d’eau acidulée varie essentiellement
suivant qu’on opère de haut en bas ou de bas en haut.
Dans les deux cas il est vrai, c’est une cavité conique
que l’on produit; mais si l’eau corrosive est ascendante,
le pointe du cône est dirigée en haut ; dans l’autre con¬
dition elle est en bas.
C’est celle-ci et rien qu’elle qui se présente à Hardi vil-
lers et à Beauval, comme à Ciply et dans ces diverses
localités il faut reconnaître que la corrosion s’est faite
de haut en bas. Le sens général de la forme conique pour¬
rait être prévu, le dissolvant perdant de son énergie à
mesure qu’il agit, c'est-à-dire à mesure qu’il s'éloigne de
sa source : la profondeur dans un cas, l’atmosphère dans
l’autre (1).
Quant à la différence que peut apporter à l’exercice de
la dénudation souterraine de la craie le fait de son
recouvrement par des matières diverses, sableuses à
Ciply et argileuses à Beauval, elle est beaucoup plus
apparente que réelle et l’expérience m’a montré que les
choses se passent dans les deux cas tout à fait de la
même manière quoique avec des rapidités inégales. Le
bief ou argile à silex n’est jamais absolument imper¬
méable, et sa face inférieure par l’humidité qu’elle retient
agit sur la craie à peu près comme l’eau elle-même.
Cette corrosion est d’ailleurs un phénomène qui per¬
siste tant que le terrain est au-dessous du bassin des
mers : elle n’est pas nécessairement quaternaire comme
on a eu trop souvent tendance à le supposer; dans des
localités comme Hardivillers et Beauval, elle a vraisem¬
blablement commencé dès l’époque tertiaire et elle se
continue aujourd’hui sans interruption. C’est elle encore
qui a donné lieu à cette apparence de dualité que possède si
bien le lœss dans une foule de régions qu’on a parfois voulu
y voirie résultat de deux phénomènes géologiques succes¬
sifs (2); c’est elle encore qui a déterminé les singuliers
accidents dont M. Boursault a donné précédemment la
description à nos lecteurs (3) et qui se révèle de tous les
côtés par des effets variés.
Il importe d’ailleurs de remarquer qu’à la considéra¬
tion de la dénudation subaérienne doit s’ajouter fréquem¬
ment celle d’une dénudation souterraine qui peut se dé¬
velopper aussi bien sous un manteau limoneux imper¬
méable que sous une couche de sable pourvu qu’une
alimentation aqueuse latérale soit possible à la surface
de contact. Cette remarque s’applique directement à la
corrosion lente et continue de la craie phosphatée recou¬
verte de bief comme c’est le cas à Beauval et à Hardivillers.
Un dernier point à considérer dans cet aperçu rapide
concerne l’origine duphosphatede chaux : ce qui semble
tout naturel parce que c’est l’explication banale mise au
service de tous les problèmes de minéralisation, c’est de
supposer des sources phosphatées qui sont venues soudre
dans la mer même où se reposait la craie : mais cette
I opinion ne peut résister à l’examen des faits. 11 est évi¬
dent que la première chose à faire ici, bien qu’elle
semble avoir été négligée d’une manière complète, était
de soumettre la roche phosphatée à une étude micros¬
copique (4).
Des lames minces, taillées dans la craie deCiply-Mesvin
’ comme dans celle d’Hardivillers et de Beauval, montrent
tout d’abord que le phosphate constitue pour la plus
grande partie des grains arrondis, parfois sphéroïdes ou
(1) Dans une récente et importante publication (Mém. Soc. Jng.
civils , 1887) M. H. Lasne se range à cette manière de voir.
i2) V. Delanour, Bull, de la Société géologique de France,
2° sér . , t. XXIV, p. 160, 1887.
3) Le Naturaliste du lor décembre 1887, p. 214.
(U Depuis mes recherches, des études analogues aux miennes
ont été publiées; M. Olry dans son beau livre sur le Phosphate
de chaux (1889, Masson, éditeur) a bien voulu consigner la
confirmation qu’elles procurent il mon travail (V. par exemple
36
LE NATURALISTE
ovoïdes. De ces grains il faut faire deuxparts, les uns étant
constitués par du phosphate presque jusqu’à leur centre,
les autres (V. la figure 4) n’ayant qu’un revêtement phos-
Pig. 4. —.Coupe mince d’un nodule phosphaté d'Hardivillers
examiné au microscope dans la lumière polarisée. Grossisse¬
ment de 300 diamètres.
Ions apporter notre pierre au monument commun, et pour
cela, faire connaître, dans un travail aussi consciencieux que
possible, les rapports qui existent entre la Flore de la France
et la Flore si variée du pays des Rajahs.
Pour nous guider dans cette élude comparative, nous avons
eu recours, d’une part, aux nombreux catalogues des plantes
de l’Inde, et plus spécialement aux Flores de MM. Drury et
Hoolcer, cette dernière encore en cours de publication, et
d’autre part, à diverses Flores de France, en particulier à celle
de MM. Gillet et Magne. Nous avons, quand nous l’avons pu,
contrôlé les assertions des divers auteurs, par des obser¬
vations nombreuses et personnelles.
On remarquera tout d’abord, dès le début de cette étude, que
les plantes de la Flore française représentées dans l’Inde sc
rencontrent presque toujours sur les montagnes, généralement
à de considérables altitudes, et le plus souvent dans le Nord
de la Péninsule. On pourra aussi avoir été frappé de ce fait,
que beaucoup d’espèces communes aux deux pays présentent
dans celui-ci (l’Inde), d’assez nombreuses variétés. Nous revien¬
drons, d’ailleurs, sur ces considérations, quand nous tirerons
les conclusions de notre travail.
phaté autour d’un noyau crayeux. Dans le premier cas
ils sont formés de couches concentriques et c’est dans la
roche belge qu’ils sont le plus nombreux : ils donnent
alors entre les nichols croisés la craie noire tournante.
Dans les deux cas il me semble qu’on ne peut s’empêcher
de reconnaître que les grains phosphatés sont postérieurs
au dépôtdela craie quilesempàteet qu’ils résultent d’une
concentration déterminée par l’affinité capillaire d’une
substance répartie tout d’abord d’une manière uniforme
âu sein de la masse sédimentaire. C’est donc l’histoire
même de la constitution des noyaux siliceux ou silex
dans la profondeur de la roche crayeuse et l’analogie est
augmentée encore par ce fait que la concentration du
phosphate comme celle de l’acide silicique s’estfréquem-
ment opérée autour des corps organisés. En un très
grand nombre de points, le test de foraminifères ou de
mollusques est en tout ou en partie converti en phos¬
phate de chaux.
Ce résultat, qui ne paraît pas pouvoir être contesté,
a certainement une importance décisive pour l’explication
de l’existence même de l’amas phosphaté, car il écarte
l’intervention de toute cause violente : il n’y a en effet
pas là de source chimiquement active, déposant le phos¬
phate à la suite de double décomposition ou de précipi¬
tation énergique, car la craie, à part les poches et la sur¬
face supérieure, ne présente aucune corrosion et les déli¬
néaments les plus délicats y sont conservés.
Pour résumer ce point, on peut dire qu’il n’est évi¬
demment pas légitime de faire pour te phosphate d’autre
hypothèse générale que pour la silice. Ces deux substan¬
ces sont solubles sensiblement dans les mêmes conditions
et leur concrétion s’est évidemment faite de la même
façon sous l’influence de la même attraction capillaire ;
celle-ci émanait souvent de corps organisés qui ont été
minéralisés avec des circonstances identiques.
Stanislas Meunier.
La Flore de l’Inde dans ses rapports avec la Flore
DE FRANCE
De nos jours, les esprits se tournent do plus en plus vers la
géographie botanique. Le congrès botanique tenu à Paris en
1889 et les travaux récents des savants en sont d’irréfragables
témoins. L’entente préconisée naguère, et sans doute établie
depuis entre les différentes Sociétés et Musées botaniques, aura,
nous l’espérons, d’heureux résultats. En attendant, nous vou-
RENONCULACÉES
Dans cette famille, les genres, suivants appartenant à la
Flore de France sont représentés aux Indes : Clematis,
Anémone. Callianthemum, Trollius, Pœonia. Toutefois, ils ne
fournissent aucune espèce commune aux doux pays. Le genre
Clematis est représenté en général dans l’Himalaya tempéré,
et çà et là dans les montagnes de la Péninsule, par exemple,
dans les Nilgiris et les monts Khasias, qui passent à bon droit
pour avoir la Flore la plus riche de l’Inde. On se souvient
que le genre Clematis a été signalé par l’expédition de Stanley,
comme existant sur le Rouvcnzori. Le genre Anémone se ren¬
contre ordinairement dans l’Himalaya. Toutefois, quelques-unes
de ses espèces se trouvent sur d’autres hautes montagnes de
l’Inde, au-dessus de 1500 mètres d’altitude. Le genre Callian¬
themum habite les chaînes les plus centrales de l’Himalayâ, du
Cachemir au Sikhim, à une altitude qui varie de 2,700 à
3,900 mètres. Le genre Trollius habite la région alpine de l’Hi-
malaya, du Cumaon au Cacbemir. On le trouve aussi au Népol
et au Sikkim, de 3,300 à 5,100 mètres. Enfin le genre Pœonia,
lui aussi, est l’hôte des Himalaya. Il y croit de 1,500 à
3,000 mètres.
Thalictrum alpinum L.
— minus L.
Adonis œstivalis L.
Ranuncuius aquatilis L.
— falcatus L.
— lingua L.
— chœrophyllos L.
— sceleratus L.
muricatus L.
Ranuncuius arvensis L.
glacialis L.
Caltba palustris L.
Isopyrum thalictroïdcs L.
Aquilegia vulgaris L.
Delphinium clatum L.
Aconitum Lycotonum L.
— ■ Napollus L.
Actœa spicata L.
ESPÈCES COMMUNES
Thalictrum, alpinum L. — Cette espèce se trouve en France,
aux Alpes et aux Pyrénées. Dans l’Inde, on la rencontre dans
la région alpine de l’Himalaya au Thibet occidental. Quant à
sa distribution générale, elle croit dans les régions arctiques.
Dans l’Himalaya, on la trouve à une altitude de 3,000 à
3,000 mètres. La iongucur du pédoncule de l’achaine varie à la
fois dans les spécimens appartenant soit à la Flore de France,
soit à la Flore de l'Inde.
Thalictrum minus L. — Cctto espèce, qui appartient à la flore
de Paris, croît en France dans les bois. On la trouve aux Indes,
dans les vallées profondes et centrales de l’Himalaya tempéré.
On la rencontre aussi au Thibet occidental. Altitude : 2,700 à
3,600 mètres. Distribution générale : Europe, Nord de l’Asie,
Abyssinie, Sud de l’Afrique. Toutes les formes indiennes de
cette espèce sont, suivant M. Hooker, très variables quant à
leur feuillage, mais constantes quant à leurs fleurs. Voici les
principales variétés de cette plante dans l’Inde.
Thalictrum, minus vulgare. — Commune en Europe, cotte forme
est moins répandue ici que les suivantes : Thaï . min. fœtidum
et majus. Le feuillage de cette dernière variété ressemble sou¬
vent entièrement à celui du Thalictrum / lavum .
Adonis œstivalis L. — Assez commune en France, dans les champs
et les moissons, cette plante appartient à la Flore parisienne.
On la rencontre aux Indes, dans l’Himalaya occidental, depuis
le Cumaon jusqu’au Cachemir. Elle croit dans les champs do
blé. On la trouve aussi à Ifazara et à Pcshawar.
Distribution générale : Europe et Asie tempérée.
LE NATURALISTE
Ranunculus aquatilis L. — Egalement du domaine de la Flore
des environs de Paris, cette espèce qui se trouve en France
dans les rivières, ruisseaux, mares et marais habite dans l’Inde,
l’Himalaya occidental du Cumaou à l’Indus. Elle se rencontre
aussi dans le Thibet occidental et oriental, dans les plaines du
Panjab et s’étend au sud jusqu’à Dehli et Saharunpore. Toute¬
fois, elle ne so trouve dans l’Inde qu’à l’état de variété. Ran.
aq. tricophgllus , et de plus est dépourvue de feuilles nageantes.
Distribution générale : Régions tempérées des deux hémis¬
phères.
Ranunculus falcatus L. — Cette espèce, qui correspond au Cera-
tccephalus falcatus de Persoon, est particulière au midi et à l’est
de la France. Elle habite l’Himalaya tempéré : on la rencontre
à partir de Kisthwar, en se dirigeant vers l’ouest. On la trouve
aussi dans le Panjab et dans les lieux herbeux, à Peshawar.
Distribution générale : Sud-Est de l’Europe et Asie occi¬
dentale.
Ranunculus Lingua L. — Plante de la Flore de Paris, habite
en France les étangs et les fossés. Aux Indes, croît dans l’Hi¬
malaya occidental et dans les étangs du Cachemir.
Distribution générale : Régions tempérées de l'hémisphère
nord.
Ranunculus chterophyllos. — L’espèce parisienne croit en France
dans les lieux secs et couverts. Habite l’ouest du Thibet et les
montagnes de Hasora (3,600 m.).
Distribution générale : Sud de l’Europe, Asie Mineure, Perse.
Ranunculus seeleratus L. — Plante parisienne habitant les ma¬
rais et les fossés. Habite les bords des rivières dans le Bengale
et dans le nord de l’Inde. On la trouve aussi dans les marais
de Peshawar et dans les vallées chaudes de l’Himalaya. On ne
l’a pas rencontrée jusqu’ici au Sud de la Nerbadda.
Distribution générale : Zone tempérée de l’hémisphère nord.
[A suivre.)
Hector Léveiu-é.
La Chlorophylle normale existe-t-elle chez les animaux?
Dans un premier article, j’ai montré que les corpuscules verts
que l’on trouve chez un grand nombre d’animaux sont des
algues voisines du Palmella hyalina; depuis la rédaction de cet
article, j’ai eu l’occasion de voir, par une analyse succincte, que
le professeur Famintzinde Saint-Pétersbourg venait de repren¬
dre l’étude de ce même sujet : il arrive aussi à considérer ces
corpuscules verts comme des algues : bien que ce travail ne
soit pas encore publié, on peut dire que la question est défini¬
tivement résolue.
Aujourd’hui, je m’occuperai de savoir s’il existe réellement
des animaux colorés en vert, non par une algue parasite, mais
à la façon des plantes, par des chloroleucitcs. Au risque d’aller à
l’encontre d’idées reçues, je n’hésite pas à dire que jusqu’ici
l’existence de véritables chloroleucitcs chez les animaux est
tout à fait problématique. En, efiet, en ce qui concerne des
animaux bien caractérisés, deux observations seulement peu¬
vent être opposées : l’une vient de Miss Jessie A. Sn Hit qui
attribue à la Vorticella chlorostigina tic la chlorophylle diffuse
dans un protoplasma très transparent : il en serait de même,
d’après M. E. Ray Lankester, dans une Vorticelle; ces obser¬
vations, dans l’état actuel de la science, affectent un tel état
d’exception qu’elles auraient grand besoin d’ètre confirmées :
d’un autre côté, cette chlorophylle, dilfuse dans le protoplasma,
ne nous dit rien qui vaille; ce n’est lias là un chloroleucitc :
elle provient plutôt d’une décomposition d’aliments ingérés.
Il y a d’autres êtres, colorés en vert par des chloroleucitcs
véritables : ce sont les Euglenre, les Chlamylomonudinœ, etc.?
pour la plupart des zoologistes, ce sont de véritables animaux;
si nous démontrons leur nature végétale, nous aurons prouvé
que la chlorophylle normale, que les chloroleucitcs sont des
attributs du règne végétal, car on ne. saurait vraiment nous
opposer les deux exceptions signalées ci-dessus.
Qui n’a vu, à la surface des mares, des flaques d’eau, des
rigolets, un nuage vert qui peut se déplacer avec la direction
des rayons du soleil ? Ce nuage est constitué par une quantité
de zoospores; selon la disposition des lieux, la nature de l’eau,
du terrain, ces zoospores appartiennent à de nombreux genres,
d’ailleurs liés entre eux par une étroite parenté (fig. 1) ce sont
les Chlorogonium, AA', et les Cercidium allongés en navette, les
Phacotus, B, aplatis en lentille, les Cklamydomonas oviformes C,
les Pithiscus, P, renflés en tonnelet, etc. tout cela grouille, four¬
mille, s’agite ; pourrait-on douter, un seul instant, de leur
nature animale? Eh oui, pour d’excellentes raisons !
Nous allons comparer ces êtres, à tous les stades de leur vie,
à des plantes bien caractérisées, telles que le Botrydium, les
Conferves, les Cladophores et la conclusion viendra d’clle-
Prcnons d’abord le stade zoospore de l’un des prétendus ani¬
maux verts de tout à l’heure ; tous se ressemblent étroitement
dans leur structure ; en décrivant l’un d’eux, le Cklamydomonas
Uorieri (fig. 2) par exemple, nous connaîtrons tous les autres.
La zoospore a une forme ovale A : à la partie antérieure
sont insérés deux longs flegellums ; ces flagellums lui servent
à progresser rapidement dans l’eau : le corps est entouré d’une
membrane de cellulose. D ans le protoplasma on distingue deux
régions : l’une, antérieure, afl’ectant la forme d’une chambre
vacuolairc; on l’a considérée parfois comme un leucite d’une
forme particulière, un liydroleucite ; la présence au milieu de
cette chambre vacuolaire du noyau de la cellule n’est pas de
nature à appuyer cette opinion : on ne saurait davantage yvoir
une cavité digestive, puisque la membrane cellulosique est
continue .
Sous la membrane, se trouve un chloroleucitc en forme de
cloche ; c’est du protoplasma plus dense, imprégné de chloro¬
phylle : à sa partie postérieure, il renferme l’a mylosphère (Van
Tieghem) : c’est un petit globule réfringent (pyrénoïde) entouré
d’une couche d’amidon. A noter encore la présence au niveau
de l’amylosphère ou un peu au-dessus d’un point rouge qui est
considéré comme l’œil, puis, plus haut, à la base des llagel-
lums d’une vacuole contractile.
Telle est la structure de ce prétendu animal : on peut déjà
s’étonner qu’il fabrique de l’amidon, mais peu nous importe
pourl’instant.
Abandonnons dans une soucoupe de porcelaine, le Botrydium
Fi g l . — t )phnjdhitn versatile coloré en vert par les Zoochlorclles : celles-ci ; >ar 1 phèi s ombrées.
— Fig. 2. Paramaecium Bursaria. Id. - — Fig. 3. En haut et à gauche. Zoochlorelle avec son noyau; à côté division en deux et
en quatre do l’algue, germination du kyste par rupture de la membrane. — Fig. i. Les chloroleucitcs dans une cclllulc végétale
— Fig. o. Palmella hyalina. Colonie gélatineuse formée de cellules ressemblant exactement aux Zoochlorellles comme grosseur
ci comme structure. — Fig. 6. Chloroleucitc en ruban d’un Spirogyra. — Fig. 7. Lu rh-h* iv.-c s.-s Z..urhl"relles. —
Fig. 8.. Colonie gélatineuse d’Ophrydium versatile. — Fig. 9. Disposition des individus dans cette rolonie.
LE NATURALISTE
.'>8
ou encore des algues lilamenteuses, des Conferves : ou verra
bientôt que la plupart dos cellules ,se sont vidées : elles ont
donné naissance à un essaim de zoospores qui maintenant
forment une couche verte mobile sur les bords de la soucoupe ;
or ce qu’il y a de plus curieux, c’est que ces zoospores végé¬
tales incontestablement ne différent en rien de celles des
Chlamydomonas: elles se déplacent, s’agitent, vont et viennent
avec la plus grande activité ; mêlées aux premières, le micro-
graphe le plus exercé ne saurait les distinguer : elles ont des
flagellums, un point oculiformc, une chambre antérieure
claire, un ou plusieurs chlorolcucites, des amylosphcres, un
noyau.
La structure de nos prétendus animaux verts, leurs mouve¬
ments sont donc identiquement les mêmes que ceux de zoos-
porcs regardées par tous comme des algues : voilà un premier
point.
Passons maintenant au développement : la zoosporo de
Clamydomonas tout en continuant à se mouvoir, divise son
contenu en deux ou quatre zoospores filles (fig. 2, B. C), qui,
a un moment donné, deviennent libres : elles s’échappent au
travers de la membrane et se meuvent dans le liquide;
d’autres fois, la zoospore se fixe, perd ses cils, divise son pro-
loplasma en deux ou en quatre, quelquefois huit cellules qui
peuvent se transformer en zoospores ; en un mot, là cellule de
Chamydvmonàs devient Un sporange soit mobile, soit fixé.
Dans le Botrydium granulation (fig. 3), petite algue unieellu-
laire que. l’on trouve sur le bord des fossés, les choses se pas¬
sent de la même façon ; la zoospore se fixe ; elle développe
dans le sol des ramifications dichotomes, A, et elle se renfle à
l’air libre en ampoule qui deviendra le sporange. Pour observer
la formation des zoospores, il faut de toute nécessité faire scs
observations le soir ou même pendant la nuit ; c’est le seul mo¬
ment favorable. On voit le protoplasma se sectionner en nom¬
breuses portions polygonales : chacune de ces portions s’indi¬
vidualise en une zoospore ; la membrane du sporange s’épaisit,
devient gélatineuse : elle présente en un point une ouverture par
laquelle s’échappent les zoospores ; en un mot la cellule du Bo¬
trydium s’est transformée comme celle du Chlamydomonas en un
sporange.
On est en droit de conclure que la reproduction asexuelle
tendant à la dissémination de l’espèce est identiquement la
même chez nos prétendus animaux verts et chez les algues :
voilà un second point :
Il ne nous reste plus à étudier et à comparer que la repro¬
duction sexuelle.
Chez les Chlamydomonas (fig. 2, D. J.), à un certain moment
la cellule, au lieu de donner des zoospores ordinaires, produit
des zoospores douées de sexualité ou gamètes ; ces gamètes se
recherchent; on les voit s’accoupler par deux, E. K.; elles
entremêlent d’abord leurs flagellums, se happent par leur
extrémité antérieure et elles se fusionnent peu à peu complète¬
ment en une petite cellule ronde qui est l'œuf ou oospore
comme on voudra l’appeler; dans cet œuf, G. H., lès deux ga¬
mètes sont intimement fondues : les protoplasmas mélangés, les
deux noyaux réunis en un seul ! Cet œuf grossit, s’entoure d’une
forte membrane G. H. qui lui permet de résister à la dessicca¬
tion et au manque de nourriture, à toutes les conditions défavo¬
rables; plus tard, il germe soit en donnant des zoospores,' soit
en produisant des cellules immobiles I.
On dirait que la reproduction sexuelle du Botrydium granula¬
tion et aussi celle de beaucoup d’autres algues est calquée sur
celle des Chlamydomonas', en effet, on y trouve des gamètes qui
se réunissent également deux par deux pour constituer l’œuf
ou oospore (fig. 3, C. D.) ; ces gamètes ne sauraient être distin¬
guées des premières et leur fusion a lieu de la même manière ;
elles entremêlent leurs flagellums et les deux protoplasmas se
mêlent graduellement.
Donc, la reproduction sexuelle a lieu chez les prétendus ani¬
maux verts exactement comme chez les algues.
Pourquoi a-l-on si longtemps considéré les Chlorogouium, les
Phacotus, les Chlamydomonas , etc., comme des animaux verts,
comme des Flagellés? Cela lient à plusieurs raisons; d’abord
beaucoup de ces êtres n’avaient été étudiés que par des zoolo¬
gistes peu familiarisés avec l’étude des algues ; ensuite, dans
cette étude, on s’était borné à la phase zoospore, c’est-à-dire
à la période d’activité. Maintenant que nous connaissons mieux
ces êtres, nous pouvons nous faire une idée plus exacte de leur
place dans la classification et du même coup, nous faisons un
grand pas dans la voie des généralisations en établissant l’absence
de chlorophylle normale chez les animaux.
On est en droit de nous demander, il est vrai, en quoi nous
faisons constituer la distinction des animaux et des végétaux ;
nous n’avons nullement l’intention d’esquiver la réponse ; encore
devons-nous l’amener par quelques études préliminaires.
P. A. Dangeard.
LES CACATOES ROSALBINS
DU JARDIN DES PLANTES DE PARIS
Depuis quelques semaines, la volière attenant au bâtiment
des Singes, du Muséum de Paris, qui donne asile à ces ani¬
maux durant la belle saison, est occupée par des Oiseaux. Ainsi,
l’hiver dernier, les Vautours l’habitaient à pareille époque.
Cette année, ce sont des Perroquets de moyenne taille, des
Cacatoès originaires d’Australie qui y prennent leurs ébats.
Au nombre d’une vingtaine, les Cacatoès rosalbins ( Cacatua
roseicapilla Wagl.) semblent se plaire beaucoup dans cette vaste
demeure. Ces Oiseaux ont -la tête d’un blanc rosé, le dos, le
croupion et -la queue d’un gris ardoisé; les ailes sont brunes,
.a gorge, les côtés du cou, la poitrine et le ventre sont d’un
ose assez vif, plus pâle aux- sous-caudales. Le bec est blanc, et
les pattes sont d’un brun grisâtre.
Si l’on voyait leurs prédécesseurs, les Rapaces, se tenir per¬
chés, rester longtemps immobiles, et parfois seulement étendre
leurs immenses ailes comme s’ils étaient trop paresseux pour
s’en servir, nos Perroquets, au contraire, sont sans cesse on
mouvement, et leurs cris bruyants font, par moments, un ta¬
page infernal. Parfois, on les aperçoit, trois ou quatre en¬
semble; voler autour de la grande cage, se poursuivre dans
l’air ; le vol qui est très soutenu ressemble à celui du Ramier ;
tuais les ailes étant plus courtes, leur battement est plus sac¬
cadé.
Par moments ces Oiseaux planent, mais d’est avec moins de
souplesse qu’ils virent sur place.
Un petit groupe s’abat sur le sol pour manger le blé qu’on
a distribué. En marchant, les Cacatoès rosalbins ont un peu la
tournure des Pigeons, en ce sens que, comme eux, ils se ba¬
lancent de côté en avançant pour picorer les grains; j’ai vu
qu’en les tenant dans leur bec, ils s’aident parfois des griffes
pour les briser et les avaler. D’autres restent à distance, isolés,
un va s’abreuver dans le jet d’eau du milieu de la volière, un
autre déchiqueté l’écorce d’un tronc d’arbre qu’il emporte
triomphant sur la galerie circulaire ; là, en haut dans le fond,
sont installés dix nichoirs qui servent aux Oiseaux d’abri pour y
passer la nuit.
Le continent australien est, comme nous l’avons vu,’la patrie
des Cacatoès rosalbins, et c’est au milieu du vert feuillage des
Acacias, des Arbres à gomme, que l’on voit ressortir leur beau
plumage, aux couleurs si douces.
Ces Oiseaux abondent surtout au centre, le long de la rivière
Namoi, et ils s'étendent aux Montagnes Bleues et à la côte
septentrionale.
Ils vivent là, en bandes innombrables qui parcourent les
forêts et les plaines; les moissons sont souvent, parait-il, dé¬
vastées par eux. Les Cacatuidés se nourrissent de fruits, de
bulbes, de champignons, mais de préférence de céréales. Le nid
de l’espèce dont je viens de parler est établi fréquemment
dans les troncs des gros Eucalyptus.
Nous savons que les Oiseaux de ce genre supportent facile¬
ment la captivité.
Il est intéressant de constater à Paris, que leur petite société
d’un si agréable aspect a supporté aisément les rigueurs de
cet hiver, tandis que l’extrême froid a été si funeste à beaucoup
de grands animaux du Jardin des Plantes.
F. de Schaeck.
Recherches et Préparation des Batraciens
Les Batraciens se rapprochent des Poissons par leurs
caractères anatomiques. Les Naturalistes n’ont, en gé¬
néral, aucun penchant pôur l’étude cependant si inté¬
ressante de ce groupe. Le dégoût qu’inspirent la plupart
des Batraciens, les préjugés encore si nombreux qui
régnent sur ces animaux sont les causes qui font délaisser
cette étude.
LE NATURALISTE
Avant de donner à ceux qui s’intéressent à celte classe
d'animaux quelques indications sur leur recherche ,
nous nous faisons un devoir de prémunir les débutants
contre les préjugés si exagérés relatifs au venin des Ba¬
traciens. Nous empruntons à un Herpétologiste expéri¬
menté, M. Lataste, les renseignements qu’il a publiés à
ce sujet (1) :
« Je ne m’amuserai pas à combattre l’opinion du vul¬
gaire qui croit ces animaux susceptibles de mordre ou
de lancer un liquide empoisonné contre les gens qui les
approchent de trop près. Les os des mâchoires, très
faibles et mus par des muscles très peu puissants, sont
incapables d’exercer une pression douloureuse sur une
partie quelconque de notre corps, et leurs dents, quand
ils en ont, sont trop petites pour percer notre épiderme.
Quant au liquide qn’ils éjaculent lorsqu’on les effraie
ou qu’on les tourmente, c’est de l’eau à peu près pure,
tenue en réserve dans la vessie pour les besoins de l’éco¬
nomie et dont ils se débarrassent pour s’alléger et mieux
fuir. Mais des pores innombrables qui criblent leurs
téguments s’écoule un liquide visqueux et toxique, ainsi
que l’ont démontré un grand nombre d’expériences. La
dose est trop faible pour produire un effet sensible sur
un être aussi volumineux que l’homme, qu’un épiderme
assez réfractaire à l’absorption protège d’ailleurs effica¬
cement. Tout au plus a-t-on observé quelquefois une
légère irritation de la muqueuse des yeux, quand les
doigts imprégnés dans ce suc avaient été portés par
mégarde sur cette partie. Mais les petits animaux ne
jouissent pas de la même immunité que nous à cet
égard. Il ne faut pas croire que le Crapaud soit seul vé-
nimeux ; tous les Batraciens anoures et urodèles , la
Crenouille verte, la gentille Rainette elle-même, le sont
à divers degrés. »
En résumé, le Naturaliste n’a rien à redoute
des Batraciens, dont l’action n’est dangereuse
que pour les petits animaux, et si, en cours
d’excursion, on place dans un même sac des
Crapauds etdes Grenouilles, on constate qu’au
bout de peu de temps ces dernières sont tou¬
tes empoisonnées par l’absorption du venin
des Crapauds. Quant au chasseur, la seule
précaution qu’il doit prendre consiste à évi¬
ter, lorsqu’on capture ces animaux, de por¬
ter ensuite les doigts aux paupières. Il est.
toujours prudent, au retourd’une excursion,
de se laver les mains dans de l’eau vinaigrée
ou phéniquée.
Recherche des Batraciens |,a
chasse de ces animaux peut se faire par di¬
vers procédés : on se sert d’un troubleau à
mailles fines pour les capturer dans l’eau
ou dans les prés et autres endroits humides
qu’ils fréquentent ; dans ce cas on les re¬
couvre avec le troubleau et on les saisit avec
la main; si on éprouve quelque répugnance,
on peut revêtir la main d’un gant de peau et
employer une pince pour les saisir. On les
prend aussi à la ligne, amorcée d'un objet
quelconque ; d’une mouche, d’une sauterelle
et de préférence d’un morceau dé drap
se voie de plus loin : la peau même
du venin
est un très bon'appât pour attirer les autres. Enfin on
les chasse aussi à l’arbalète ou avec une lance dont on
peut approcher la pointe à quelques centimètres de
leur corps, ces animaux étant peu défiants.
Quand on a capturé des Batraciens, on les emporte
soit dans un flacon rempli d’eau, soit dans un sac d’ex¬
cursion et de préférence dans une boite à herboriser où
on les dépose dans la mousse ou de l’herbe humide.
La meilleure saison pour la chasse des Batraciens est
le printemps ; à partir du mois de mars ou d’avril on les
trouve dans les étangs, les mares, les fossés, les prés
humides, les bois ombragés, les fentes des vieux murs,
sur les arbustes, etc... Beaucoup d’espèces se cachent
pendant le jour et ne sortent que le soir.
Lorsqu’on chasse dans les eaux stagnantes on peut
capturer non seulement les sujets des deux sexes, mais
en même temps les jeunes dans leurs différentes phases
de développement. Les 'Fêtards des Batraciens sont très
intéressants à étudier et on peut se livrer à cette étude
au moyen d’un Aquarium.
Batraciens anoures. — Ces Batraciens vivent
dans des conditions très variées : les Rainettes se tiennent
pendant le jour sur les arbres où elles demeurent im¬
mobiles sur les feuilles ; à la fin de l’automne, elles
regagnent l’eau et sont faciles à capturer la nuit, à l’aide
d’un petit troubleau, dans les mares où leurs chants
décèlent leur présence. Les Grenouilles vertes sont aqua¬
tiques ; elles se prennent ordinairement à la ligne. La
Grenouille agile ( Rana agilis) se trouve en abondance dans
les prairies et les bois humides en compagnie de la Grc
nouille rousse. Les Pelodytes doivent être recherchés, pen¬
dant les belles nuits d’été, au pied des murs ou le long
des petits ruisseaux. Les Alytes sont très communs en
France ; ils vivent en colonies dans les vieilles carrières,
dans les talus ou le long des murailles qui bordent les
(t; Lataste. £smi d'une faune herpétologique de là Gironde.
Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, t.. XXX.
’ig. 1. — Rainette verte llyla vieillis).
chemins. On peut en recueillir un grand nombre en les
cherchant le soir, avec une lanterne dans les lieux où
ils chantent. Les Pelobatcs habitent les dunes de notre
littoral où ils restent enfouis tout le jour pour ne sortir
que la nuit. Le Sonneur igné ( Bombinator igneus ) fréquente
LE NATURALISTE
00
commun (Bufo oulgans).
Fig. 0. — Crapaud calamite ( Htif'o calamità ).
Fig. 8. — Crapaud
61
LE NATURALISTE
les eaux stagnantes et croupissantes de peu de profon¬
deur. Les Crapauds ne sortent guère |que le soir ou quand
le temps est doux et pluvieux ; ils se creusent quelque¬
fois des trous peu profonds ou s’emparent de la galerie
d’un mulot ou d’une taupe. On les trouve aussi sous les
pierres, les tas d’immondices, dans le voisinage des fu¬
miers. Le Crapaud calamite est presque exclusivement noc¬
turne ; dans le Nord de la France il est commun dans
les dunes où il s’enfouit dans le sable.
Les œufs de ces Batraciens dôiventêtre aussi recueillis
et placés dans des vases d’eau fraîche jusqu’à l’éclosion.
Pour ce genre de recherches on peut consulter le Calen¬
drier herpélologique pour la chasse des Batraciens anoures
par M. Héron-Royer (1).
Batraciens urodèles. — Ces animaux sont, aqua¬
tiques et terrestres ; on peut les trouver dans des con¬
ditions très variées, mais le choix des sujets est impor¬
tant pour le naturaliste : on sait que ces Batraciens
subissent des mues fréquentes et qu’ils ont la faculté de
Fig. 10. — Salamandre terrestre (. Salamandra maculo.su).
refaire certaines parties de leur corps qu’ils ont perdues ;
il ne faut, autant que possible, choisir que des sujets
ne présentant aucun de ces cas accidentels.
Les Salamandres doivent être recherchées dans les
vieilles carrières, sous les pierres, à proximité des bois.
Les Tritons marbrés se rencontrent surtout au mois de
mars dans les fontaines, les fossés, les réservoirs d’eau
pluviale. Durant le reste de l’année on les trouve, en
compagnie des Salamandres dans les lieux humides et
obscurs, dans les décombres, sous les pierres et les
vieilles souches.
Fig. 12. — Triton palmé (' triton patinai us).
Le Triton palmé, commun aux environs de Paris,
habite les eaux courantes ou croupissantes.
On doit recueillir les Têtards de tous ces Batraciens
dont on étudiera les mœurs dans l’Aquarium.
(A suivre.)
NÉCROLOGIE
L’histoire naturelle vient de faire une perte cruelle en la per¬
sonne du docteur S. M. Souverbic, conservateur du Muséum de
Bordeaux, décédé le 1er février à l’àge de soixante-seize ans. Né
en 1815, à New-York, de parents français, Souverbie montra
dés l’enfance un goût très prononcé pour l’étude des sciences
naturelles. Reçu docteur en médecine à Montpellier en 1842, il
renonça à cette carrière pour se consacrer entièrement à l’his-
toire naturelle et succéda en 1853 à M. Burguet dans les fonc¬
tions de conservateur du Muséum de Bordeaux. Pendant trente-
huit ans, Souverbie a travaillé sans relâche, d’abord à l’installa¬
tion du Muséum dans le local qu’il occupe actuellement, puis à
l’augmentation incessante des collections. 11 est resté sur la
brèche jusqu’au dernier jour ei n’a quitte S"ii cher Muséum que
pour s’aliter, atteint d’une maladie qu’il avait contractée pen¬
dant les grands froids et qui devait l’emporter en quelques
jours.
Savant autant que modeste, il a pu paraître froid et réservé
à ceux qui ne le connaissaient pas, mais ceux qui, comme nous,
ont vécu dans son intimité, savent que sous des dehors un peu
brusques Souverbie cachait un excellent cœur. Membre de la
Société Linnéenne de Bordeaux, il n’y comptait que des amis
et c’est dans les excursions faites tant de fois ensemble que
nous pouvions apprécier sa gaîté et l’aménité de son caractère.
Grâce à ses efforts persévérants, il a fait du Muséum de Bor¬
deaux un des premiers établissements de ce genre que nous
possédions en France ; les collections conchyliologiques prin¬
cipalement, pour lesquelles il avait une véritable passion, cons¬
tituent la partie la plus remarquable de son œuvre. La magni¬
fique collection de coquilles de la Nouvelle-Calédonie, qui fut
donnée au Muséum par deux missionnaires, MM. Lambert et
Montrouzier, est sans rivale aujourd’hui et a fourni au docteur
Souverbie les matériaux pour un important travail qu’il a publié
dans le Journal de Conchyliologie sous le titre : Descriptions d’es¬
pèces nouvelles de l’Archipel Calédonien. Tandis que son collabora¬
teur feu Gassies décrivait les espèces terrestres nouvelles pro¬
venant de la Nouvelle-Calédonie, Souverbie entreprenait la des¬
cription des espèces marines, dont plusieurs n'ont de repré¬
sentants qu'au Muséum de Bordeaux.
Enfin il a su, par ses recherches incessantes, augmenter les
collections minéralogiques et paléontologiques de son Musée
qui possède, grâce à scs acquisitions, des sujets extrémemcnl
rares, principalement parmi les grands Cétacés.
Nous no doutons pas que la mort de ce savant, aussi mo¬
deste que consciencieux, ne soit vivement regrettée par tous
les amis de l’histoire naturelle.
DIAGNOSES D’UN LÉPIDOPTÈRE NOUVEAU
(iasiua Perseæ, n. sp.
57 millimètres. Fond des quatre ailes jaunâtre avec les ner¬
vures bien dessinées; les supérieures sont traversées par une
première bande noire simple tout près de la base, puis un peu
plus loin par une double bande, en partie interrompue, formant
avec la première comme une sorte de V. Une série de traits
allongés subterminaux en forme de coins se voit dans les quatre
ailes entre chaque nervure. (Entre quelques-unes des nervures
ces traits paraissent comme oblitérés.)
Tète jaunâtre, thorax garni do poils noirs aux épaulettes jau¬
nâtres au centre, abdomen noir annelé de poils plus clairs,
anus jaunâtre, pattes noires garnies de poils gris.
Cette espèce so place entre Citri de Sepp (Surinaamschc
Ylinders, |il. 12 dont elle se distingue aisément par l’absenre
de toute tache rose et la différence des dessins et Nuda de
Cramer (Pap. exot. IV, pl. 306, fig. B) plus petite qu’elle et ne
(1) Feuille des jeunes naturalistes 8° année, p. 42-73-88-101.
G2
LE NATURALISTE
possédant pas aux quatre ailes la rangée subterminalo de traits
si caractéristique dans Persete.
Une Q éclose d'un cocon trouvé dans la ferme du séminaire
de Loja au pied d'un avocatier (Laurus Persea de Linné). Ce
cocon de 25 millimètres environ est plus long que large, arrondi,
gris roux et très dur. Pour éclore, la chrysalide est sortie à
moitié du cocon. Le papillon est né le 29 mars 1890.
P. Dognin.
LA COLLECTION ENTOMOLOGIQUE
DE FEU L’ABBÉ DE MARSEUL
M. le professeur Emile Blanchard a adressé récemment au
directeur du Muséum de Paris un rapport sur le don fait au
Muséum d’Histoire Naturelle de la collection entomologique de
M. l’abbé de Marscul.
C’est ce rapport que nous reproduisons ci- après presque en
totalité :
« En 1887, mon ami le Dr Sichel, qui avait formé une très
remarquable collection de l’ordre de- hyménoptères, me remet¬
tait çette collection pour l’installer dans mon laboratoire. Dix
ans plus tard, M. Joseph Girardel qui longtemps avait vécu à
Vienne (Autriche) était venu sc fixer à Paris. 11 possédait une
collection très intéressante et très particulière d’insectes para¬
sites, de producteurs de galles, dont il avait fait une étude ap¬
profondie. Des relations très amicales s’étant nouées entre
M. Giraud et moi, M. Giraud estima qu’il ne pourrait avoir
pour sa collection un conservateur plus vigilant que moi, et le
Muséum entra en possession de la collection.
« Aujourd’hui, c’est une collection considérable d'un tout
autre genre qui nous est offerte. M. l’abbé de Marseul, vivant à
Paris dans une entière indépendance, sc livrait d’une manière
suivie à des études sur les insectes de l’ordre des Coléoptères.
Je n’avais jamais entretenu avec lui des relations particulières,
mais, s’étant loué de l’accueil qu'il recevait dans mon laboratoire,
lorsqu’il venait chercher des consultations, il décida qu’à sa
mort, son neveu, M. de Marseul, percepteur à Tergnier (Aisne),
ferait don de sa collection au Muséum.
« Au jour de la réception, la collection de Marseul était at¬
taquée en certaines parties par les insectes destructeurs (les
Anthrènes). Le premier soin a dû être de bien expurger la col¬
lection des bêtes nuisibles afin de la préserver et d’empêcher
ainsi toute contamination. D’après le dénombrement qui a été
fait tout d’abord, la collection de Marseul renferme environ
24,000 espèces représentées par 92,000 individus. M. l’abbé de
Marseul est l’auteur de la monographie d’une famille, les His-
térides, or, les représentants de cette famille. 1,181 espèces
(4,899 individus) sont les sujets mêmes qui ont servi aux des¬
criptions de l’auteur. Ce sont donc, suivant l’expression consa¬
crée, les types. L’intérêt de posséder des types est immense
pour un établissement tel que le Muséum d’Histoire Naturelle.
On sait, en effet, que dans la plupart des circonstances il est à
peu près impossible d’assurer l’exacte détermination des es¬
pèces d’après la simple lecture des descriptions Nous avons
encore eu la satisfaction de rencontrer dans la collection de
Marscul nombre de types d’une famille de Coléoptères (les Mé-
lasomes) étudiée par un entomologiste de Marseille M Solier.
« On verra par ce court aperçu que si mes constantes préoc¬
cupations ont été de faire de la collection entomologique-du
Muséum de Paris une collection incomparable, le succès a bien
répondu à mes efforts. J’ajouterai que la bibliothèque spéciale
de M. l’abbé de Marseul jointe à la collection a été, selon les
vues du donateur, installée dans le même local. »
LIVRE NOUVEAU
Traité scientifique et industriel de la ramie (1), par M. Félicien
Michottc. — La question de la ramie est à l’ordre du jour de¬
puis de nombreuses années. Aucun travail d’ensemble sur ce
sujet n’a jamais été publié. Les différentes publications faites
étaient très souvent une réédition, les unes des autres, ne con¬
tenant aucuns renseignements autres que ceux déjà connus et
ne présentant le travail et la question de ramie que sous le jour
sous lequel elles étaient destinées à la faire voir.
Dans le présent ouvrage, l’auteur a tenu à faire un travail
scientifique, posant, à tous les points de vue, culture, travail et
industrie, la question à son véritable point et à la débarrasser
des exagérations aussi excessives que peu désintéressées, sous
lesquelles la ramie a presque toujours été présentée.
L’ouvrage comprend trois parties :
La première contient l’historique de la question et celui des
publications faites tant en France qu’à l’étranger.
La première partie est l’étude botanique de la ramie, de ses
différentes espèces et de sa composition, elle est suivie du rap¬
port Desaitre.
La seconde partie est l’étude de la culture dans les cinq par¬
ties du monde ; cette étude est faite pays par pays avec tous
les documents à l’appui; une très large place est faite à nos
colonies et à la culture en France; elle est terminée par un ré¬
sumé dans lequel l’auteur n’est nullement partisan de cette cul¬
ture en France ; un planisphère avec des courbes graphiques
déterminant le nombre de coupes que l’on peut faire dans
chaque contrée y est joint.
La seconde partie comprend le travail de la plante, dans le¬
quel les différents modes de décortication, en vert, en sec, mé¬
caniques, manuels çu chimiques, sont étudiés et commentés;
cette étude est absolument nouvelle et elle pose le travail de la
ramie sous son véritable jour industriel et pratique et l’auteur
ne craint pas d’y décrire les caractères spéciaux que doit pré¬
senter une machine.
La troisième partie est une monographie très étudiée et très
complète de toutes les machines parues, même les plus ré¬
centes, étude accompagnée de soixante-cinq figures de ma¬
chines, coupes et élévation.
Cet ouvrage est remarquable non seulement par le sujet
traité, mais encore par le travail et le soin mis par son auteur
dans la recherche de la vérité, aussi bien scientifique que pra¬
tique et il justifie complètement son titre.
CHRONIQUE
Palmiers monstres (Indes-Orientales). — Je signale de nou¬
veau aux lecteurs du Naturaliste l’existence de cinq Sorassus
fiabellif orrais monstres. L’un se trouve dans la ligne d’aloès qui
borde la voie ferrée à un mille au nord de Tindivanam, deux
autres dont l’un ne compte pas moins do vingt-six branches
dont quatorze en vie, croissent à Majankâraney, près Achara-
pakam, un autre se rencontre à Acharapakam mémo. Enfin un
cinquième, à vingt et une branches, se voit à Sadirakouppam à
deux milles au sud-est de Wandcwash.
De plus, un sixième Borassus est en voie de devenir branchu,
tout près des deux qui sc trouvent à Majankâraney. Bien que
je n’aie pu le faire disséquer, c’est à lui que je dois l’expli¬
cation que je regarde comme très probable de ces monstruo¬
sités. Je donnerai prochainement cette explication en même
temps que le dessin de deux ou trois de ces palmiers extraor¬
dinaires. H. Léveillé.
A propos des états imparfaits ou larvaires de l’Urania
ripheus, Drury(l). — Le Naturaliste donnait naguère un extrait
du compte rendu des séances de la Société entomologique de
France où la découverte de VUrania ripheus m’était attribuée.
Ce n’est pas à moi, mais à M. Benoni Perrot que revient, sinon
toute, du moins la plus large part dans cette découverte.
Commè je l’ai dit dans quelques notes que j’ai déjà publiées
au sujet de VUrania ripheus (2), obligé de quitter le littoral do
Madagascar pour me rendre dans la province centrale d’Imérina.
je recommandai tout particulièrement à MM. Edouard et Be¬
noni Perrot, de Tamatave, la recherche des états imparfaits ou
larvaires do l’insecte. C’est une chenille rencontrée fortuitement
par M. Benoni Perrot qui, mise dans la cago à métamorphoses,
lui donna, contre toute attente, un papillon ex larvâ. J’ai sim¬
plement donné le premier une description vraie des états lar¬
vaires. Cuique suum.
J’ai cherché depuis, mais inutilement, la chenille de VUrania
ripheus sur nos hauteurs centrales de l’ile. J’ai seulement cons¬
taté que l’œuf est sphérique et à côtes, et que le papillon, qui
volerait toute l’année dans les régions chaudes et peu élevées
A) Numéro du 1" avril 1889. Chronique.
(2) Cosmos. Numéro 188; nouvelle série. Revue des Sciences natu¬
relles appliquées. Numéro du 5 mai 1889.
(1) 1 vol., 10 francs.
LE NATURALISTE
du littoral, ne se rencontre guère dans la région haute et tem¬
pérée de Tananarive que de janvier à juin, mois de la saison
chaude en Imérie. Paul Camboué.
Travaux pratiques d'anatomie générale. — Des leçons pra¬
tiques de dissection appliquées à l’étude de l’organisation des
animaux sont faites le mercredi et le samedi de 10 heures à
midi au laboratoire d’anatomie comparée de M. le professeur
G. Pouchet, SS, rue de Buffon, par M. Remÿ Saint-Loup, doc¬
teur ès sciences, attaché à l’Ecole des Hautes-Etudes.
Le rôle des vers de terre dans la cnltare. — On se rap¬
pelle le bruit soulevé, il y a quelques années, autour du livre
de Darwin, relatif au rôle joué par les vers dans la formation
de la terre végétale. De nouvelles et patientes recherches ont
prouvé que les idées exprimées par l’illustre naturaliste, au lieu
d'être exagérées, restaient plutôt au-dessous de la vérité. Le ver
de terre est un merveilleux agent de fertilisation en ramenant
à la surface du sol, par ses déjections, le sous-sol; c’est un
laboureur perpétuel et inconscient. Tous les vingt-sept ans
environ, on peut estimer que chaque parcelle du sol, jusqu’à
60 centimètres de profondeur, est de nouveau soumise aux
influences atmosphériques. D’une manière générale, on peut
évaluer le nombre des vers de terre à 133,000 par hectare, et
le volume de leurs déjections fertilisantes à 62,000 tonnes par
1,500 mètres carrés. La destruction d’un ver devient presque
un crime!
(Jardin.)
Les criquets en Algérie. — M. J. Künckel d’Herculais a
adressé dernièrement à la Société entomologique de France la
note suivante sur les Criquets pèlerins de l’Extréme-Sud de
l’Algérie.
Les dépêches transmises par l’autorité militaire annoncent
que de nombreux vols de Criquets pèlerins ( Acridium pere -
grinum Oliv.) commencent à envahir l’Extrême-Sud algérien.
Du 15 au 22 décembre 1890, des vols, venant du sud-ouest,
c’est-à-dire de. l’Aougucrout et des pays voisins, où ils. ont
commis de grands ravages, se sont abattus sur le territoire du
çeççlqde Ghardaia, dans la. région du Sud-Est, .comprise entre
les postes d’El-Goléa et de Ouargla, ainsi qu’au sud de Tou-
gourt et d’El-Oued. Depuis lors, les uns se sont avancés vers
Ouargla, qu’ils ont déjà dépassé, d’autres se-sont dirigés .vers
le Nord, en suivant l’Oued-R’ir, en passant au-dessus de l'oasis
de Tamerna, ou bien ont pris la direction de l’Est pour passer
en Tunisie et en Tripolitaine ; ils sont déjà signalés à Nafta
(Tunisie).
Les plantes du voyage de Bonvalot. — Le tour de force
réalisé par Bonvalot et le prince Henri d’Orléans aura son
bon côté pour les botanistes et les amateurs de plantes nou¬
velles. MM. Bureau et Franchet viennent de faire connaître
déjà quelques-unes des espèces rapportées des contrées visi¬
tées par les hardis explorateurs. Nous y remarquons une nou¬
velle clématite ligneuse, le Meconopsis Uenrici, très belle
Papavéracée, des Sil.ene, des Astragales et une Spirée, le
Spiræa thibetica , élégante espèce qui rappelle par son feuillage
le Spiræa prunifolia du Japon, dont les grappes sont plus
allongées et les fleurs environ deux fois plus grandes.
(P. Hariot.)
Soutenances de thèses pour le doctorat ès sciences natu¬
relles. — M. Lahille, préparateur à la Faculté des sciences de
Toulouse, a soutenu, devant la Faculté des sciences de Paris,
deux thèses sur les sujets suivants : lrp thèse : liecherches
sur 1rs tuniciêrs ; — 2e thèse ; propositions données par la
Faculté : Zoologie. Les Insectes, de leurs relations zoologiques.
Botanique. Les Gymnospermes. — Géologie. Les Terrains
primaires dans l’Ouest de la France. M. Lahille a été déclaré
digne d’obtenir le grade de docteur ès sciences naturelles. —
M. Garcin, préparateur de botanique à la Faculté des sciences
de Lyon, pharmacien de lrc classe, a soutenu, devant la Faculté
des sciences de Paris, deux thèses sur les sujets suivants :
lp° thèse : liecherches sur l'histogénèse des péricarpes charnus.
— 2e thèse: propositions données par la Faculté : Zoologie :
Lois relatives à la constitution chimique des milieux nutritifs.
Iidle de la matière sucrée et de ses succédanés. — Géologie :
Phénomènes éruptifs de l’époque tertiaire. M. Garcin a été
déclaré digne d’obtenir le grade de docteur ès sciences natu¬
relles. _
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 19 janvier. — M. Daubrée communique à l’Aca¬
démie le résultat des, expériences qu’il a faites sur les actions
mécaniques exercées sur les roches par des gaz à hautes tem¬
pératures, doués de très fortes pressions et animés de mouve¬
ments très rapides. Le savant professeur croit pouvoir expliquer
par ces expériences la perforation et le striage des roches, leur
concassement, le transport de leurs débris et leur apparente
plasticité. — M. Ad. Chalin, a étendu aux terfâs ou truffes d’A¬
frique les recherches de chimie et de botanique auxquelles il
s’était livré sur les truffes de France. Suivant M. Chatin le ter¬
fâs des Arabes appartient au moins à quatre tubéracées bien
distinctes, et il est probable que de nouvelles recherches vien¬
dront encore ajouter à ce nombre. Ces tubéracées sont : 1° Le
Terfezia Leonis (Tulasne). 2° Le Terfezia Boudieri (n. sp.). 3° La
variété d’Arabie du Terfezia Boudieri. 4° Enfin le Tirmania
africana (n. g. n. sp.) ou gros terfâs blanc d’Algérie. M. Chatin
signale encore en Algérie la présence d'un faux terfâs appar¬
tenant au genre Hyménogaster (U. Trabuti. n. sp.). — M. Ch.
Naudin, en faisant hommage à l’Académie de son mémoire
sur les Eucalyptus introduits en Europe, signale à l’Académie
l’avantage immense qu’il y aurait pour tous les pays de l’Eu¬
rope méridionale à faire de vastes plantations do ces arbres.
M. Naudin a pu réunir et étudier à la villa Thuret, près An¬
tibes, plus de 80 espèces d’Eucalyptus. — MM. G. • Pouchet et
II. Beauregard présentent à l'Académie une note sur les varia¬
tions du bassin chez le Cachalot. L’os ischion peut présenter
dans celte espèce quatre formes differentes. — .1/. P. Fischer
ayant étudié les caractères de la faune conchyliologique terrestre
et f.uviatile récemment éteinte du Sahara d’après des coquilles
sub-fossiles rapportées par M. Z. Dybowski d’El-Goléah , eu
conclut qu’il existait alors de vastes étangs ou marécages ayant
une assez grande dispersion dans toute cette région saha¬
rienne. — M. Milne- Edwards présente une note de M. A. Pizon
sur la blastogénèse chez les larves à’Astellium spongiforme. Sui¬
vant l’auteur le nombre des ascidiozoïdes au moment de leur
éclosion serait bien de deux dans cette espèce connue chez le
Diplosoma Rayneri observé par Mac Donald et non de trois
comme Giard Ta indiqué pour cette espèce. — M. Banvier pré¬
sente une note do M. Thélohan sur deux sporozoaires nouveaux,
parasites des muscles des poissons ( Cottus scorpius et Callio-
nymus lyra). — M. Orly propose une nouvelle manière d'inter¬
préter les sondages du bassin houillcr du Boulonnais et pré¬
sente une coupe permettant d’interpréter le bassin du Boulon¬
nais comme un prolongement du bassin du Pas-de-Calais. La
faille de ferques jouant alors le rôle du cran de retour d’Anzin.
Séance du 26 janvier. — M. A. Milne-Edwards communique
à l’Académie le résultat de ses observations sur l’influence des
grands froids de l’hiver sur quelques-uns des animaux de la
ménagerie du Muséum de Paris. Après avoir signalé des perles
dues en grande partie à l’installation défectueuse des construc¬
tions datant du commencement du siècle, M. Milne-Edwards
mentionne des animaux dont l'endurance a dépassé les prévi¬
sions.. M. Milne-Edwards va donc chercher à introduire ces
espèces dans nos forêts où suivant toute probabilité elles se
plairont. Des cerfs de Sika du Japon, des cerfs porcins, des
cervulcs de Reeves, des antilopes cervicapres, vont être ainsi
installés dans des réserves encloses de Saint-Germain et de
Marly avec l autorisation de M. le président de la République.
M. Milne-Edwards promet de tenir l’Académie au courant du
résultat de ces expériences. — M. Milne-Edwards présente une
note de M. Louis Boule sur le développement dos fibres mus¬
culaires chez les crustacés isopodes ( Porcellio ). — M. V. Wil¬
lem rend compte à l’Académie d’expériences qu’il a entreprises
sur la vision des Gastéropodes pulmonés. — .1/. Emile Mer in¬
dique l’influence de quelques causes internes sur la présence
de l'amidon dans les fouilles. — M. Dangeard adresse à l'Aca-
cadémie une note sur les Bactériacés vertes et leurs affinités.
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Le Gérant: Émile DEYROLLE.
E CASSETTE, 17.
13e ANNÉE
2e SÉRIE — s»r
la MARS 1891
LES DEN DRITES
leur origine à
de manganèse
Tout le monde connaît ces délicates arborisations que
l’on rencontre dans les fissures d’un grand nombre de
roches, et qui doivent, comme on le sait,
de minces dépôts cristallins, de fer ou
hydroxydés.
Notre but n’est pas d’entreprendre l'explication des
phénomènes physiques et chimiques qui favorisent ou dé¬
terminent la production de ces dépôts, mais seulement
de montrer, par un exemple choisi dans les brèches pé-
trosiliceuses de Voutré, les formes bizarres et remar¬
quables que peuvent affecter parfois les formations den¬
dritiques.
Les Coëvrons for- ~ _ _ „
ment une petil*1 r
chaiin' de i •< > 1 1 i 1 1 • . , |
oi ientéesdu nord-esl *J
au sud-iuifst, à che¬
val sur la limite géo¬
graphique des dé¬
partements de la Sar-
the et de la Mayen¬
ne ; elles sont cons¬
tituées « par un pli
synclinal dont les
lianes ont disparu
par érosion (1 ) > et
dontles assises, frac¬
turées dans tous les
sens, ont été pro¬
fondément modifiées
par le passage de ro¬
ches éruptives con¬
temporaines. Ici les
phénomènes méta¬
morphiques ont sur¬
tout exercé leur ac¬
tion sur li
briennes, qui ont été
transformées en pé-
trosilex et en brè¬
ches porphyroïdes.
Depuis plus de
trente années, une
industrie prospère
exploite ces roches, qu
les convertit en
plupart, à T
La découverte de cette empreinte causa une grande
émotion dans le pays, et nos campagnes superstitieuses
y voulurent voir, malgré tout, une manifestation divine.
Exposée d’abord à Voutré, où pendant plus d’un mois,
les visiteurs vinrent en foule — de plus de 15 lieues à la
ronde — la considérer avec vénération, la pierre mysté¬
rieuse fut ensuite dessinée et la reproduction lithogra¬
phique, exécutée au Mans dans les ateliers de M. Ed.
Monnoyer, fut vendue par milliers dans les départe¬
ments de la Sarthe, de l’Orne et de la Mayenne.
Comme on le voit la figure représente grossièrement le
corps d’un homme enveloppé d’un long manteau. Des
taches noires s’observent à la place des yeux, du nez et
de la bouche.
Bien oubliée de-
- puis l’époque de sa
découverte, la den-
! diil" Vi.nl ré ■ - 1
I i ••'!•••• p** h . Hiinii.',
! ''i JO . . l'.i-
■ \ < 1 1 1 + ■ 1 1 . • ail élé - i - 1 1 . 1
1 lée par aucun jour-
\ nal scientifique ;
' pourtant elle mérite*
rail bien de prendre
place à côté de
tous ces exemples
remarquables qu’on
est convenu d’appe-
de la nature ».
Au reste les Den-
drites ne sont pas
rares dans les Coë¬
vrons, elles s’y pré¬
sentent le plus sou¬
vent, en plaques ir¬
régulières, en sal¬
mis, en arborescen¬
ces rappelant par
leur délicatesse, l’é¬
légante frondaison
des Fougères et des
Lycopodes.
Constant Hc
do Voutré (Mayenne).
possèdent une grande dureté, et
ou en pavé destinés, pour la
t et au pavage des rues de la ca¬
pitale. Cette industrie, qui a fait en grande partie la ri¬
chesse et le renom commercial de Voutré, se perfectionne
tous les jours dans ses moyens mécaniques et écono¬
miques, grâce à l’intelligence et à l’activité du proprié¬
QUELQUES REMARQUES SUR LES ROTIFÈRES
Parmi les animaux microscopiques qu’on peut trouver faci¬
lement, en grand nombre et au gré du naturaliste, sont, sans
contredit, les Rotifères. 11 suffit de puiser l’eau des gouttières
taire M. Em. Barrier.
■ C’est dans l’une des nombreuses carrières qui déchirent
à plus de 30 mètres de profondeur les flancs des Coëvrons,
que fut mise au jour, le 1er octobre 1863, la curieuse
dendrite dont la figure ci-contre est une reproduction
fidèle.
(1) D. P. Œlilcrt. — Sur la Constitution du Silurien dans la
partie orientale du département de la Mavenne (Comptes rendus
de l’Academie des sciences, 1889).
les mêmes genres, espèces, mélangés avec bien d’autres,
comme avec des Actinurus, Oecistes, Colurus, Monostyla, Hyda-
tina, Notolea, Notomata, Anurea, Triartbra, Pterodina, etc. C’est
d’ailleurs le cas pour Jassv 'Roumanie .
Si nous trouvons des Rotifères dans l. s eaux des pluies,
cela est facile à expliquer. Pendant les grandes sécheresses, la
vase des bords des eaux, reste à découvert, sèche, se fendille,
et la boüè, réduite en poussière, est enlevée par les vents et
CS
ir les toits dos maisons. La pluie tom-
l’çntraine dans les gouttières, où elle
se dépose. Les. Rotifères, restés à sec, ne se désorganisent pas
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
LE NATURALISTE
tifl
et mélangés à la poussière, sont transportés avec celle-ci, de
sorte qu’étant humectés, ils se réveillent, se multiplient, et
c’est ainsi que nous les trouvons dans nos citernes et dans tout
bassin recevant les eaux des pluies.
Les vents transportent de mémo les œufs de ces animaux,
lesquels résistent tout aussi bien à la désorganisation, une
Je viens de citer, les Philodina, Rotifer, Hydatina et Brachio-
ntts, comme trouvés à Jassy dans les eaux des pluies et jamais
des Actinurus et autres, qui pullulent pourtant dans les rivières
des environs de la ville. Si nous nous demandons pourquoi
ce choix, dans le transport des Rotifércs, nous trouverons la
réponse dans , le fait que les genres cités aiment générale¬
ment à se fixer sur la vase, à peu de profondeur, formant des
amas, ayant une vie plus ou moins sédentaire, tandis que
les autres genres sont errants ou se fixent sur des algues et
loin des rivages. Les Philodina et les Rotifer peuvent donc être
saisis par l’abaissement du niveau des eaux, en d’autres mots,
rester à découvert. Et cela est si vrai, que les Brachionus , Hy¬
datina, qui ont plutôt une vie errante que sédentaire, se
trouvent plus rarement dans les eaux des pluies que \csPki-
lodina. Maintenant, si, pendant les grandes chaleurs, il arrive
que les rivières mêmes sèchent, il se peut fort bien que les
vents enlèvent d’autres genres que ceux que j’indique et les
dispersent dans les champs, prairies, bassins et que nous nous
trouvions à un moment donné envahis par ces animaux micros¬
copiques.
Particularité assez curieuse : ce n’est que dans le bout nord-
est de la gouttière qui longe le côté Est de ma maison (Jassy)
que je trouve en masse les Philodina roseola et n’importe à
quel moment de l’année et pas ailleurs.
II
Les Rotifères, dessinés ou vus au microscope, se montrent à
nous sous différentes formes et on leur décrit une extrémité
céphalique avec un appareil rotateur.
Je tiens à attirer l’attention des observateurs sur cette extré¬
mité des Rotifères et sur leur mode de locomotion.
Les Rotifères ont en effet, non une simple extrémité cépha¬
lique, mais bien une tète, qui n’a pas été vue, ou du moins,
non reconnue par, les naturalistes, tète assez prononcée chez
les Philodina. Rotifer, Actinurus ; en un mot, chez les Bdel-
loïdes, suivant la classification do l’ouvrage de Hudson (The
Rotifera or whecl-animalcules. By. C.T. Hudson, LL. D. Can-
tab. assisted by P. H. Gosse. — London, 1886), dans lequel
nous trouvons la tète, mentionnée simplement sous le nom de
colonne frontale. Chez les Brachionus, et les Hydatina, qui ont
servis comme types à MM. Vogt et Yung (Traité d’anatomie
comparée pratique I vol. p. 425) pour leur monographie, il est
bien plus difficile à saisir la tête, du milieu des éminences de
leur apparoil rotateur, ce qui fait qu’elle n’a pas été du tout
mentionnée.
Pour ces derniers savants, la tête des Philodinidcs, serait
une partie protractile de l’appareil rotateur, et considérée
comme une trompe.
11 y a bien une ouverture buccale et pour les naturalistes
elle se trouverait sur le devant d’un entonnoir limité par l’ap¬
pareil rotateur. En réalité, cette ouverture se trouve toujours
en arrière de Vappareil rotateur et sur la face ventrale de la
tête, organe plus ou moins proéminent et plus ou moins protrac-
ile.
111
Pour nous faire une bonne idée de l’organisation et du rôle
véritable de l’appareil rotateur des Rotifères, il est bon de
nous rapporter à ce que j’ai vu chez les Insectes qui se dévelop¬
pent dans les eaux douces.
Parmi ces Arthropodes, il y en a un certain nombre qui pondent
leurs œufs dans des sacs gélatineux à un goulot plus ou moins
lon,r, en tout semblable à ceux des pontes des Arénicoles, Ophé-
ies et autres vers polychoètes, sacs qui tombent au fond des
eaux doiices où ils se fixent dans la vase. Les Chironomus (Dip¬
tères) sont dans ce cas et, fait très important, les œufs, après
segmentations prennent une forme embryonnaire en tout semblable
à celle des vers ci-dessus mentionnés. (Voyez lig. 15, 18, 19, 20.
PI. XXV. Vol. VIII. Archives de Zoologie expérimentale et
générale. H. de Lacazo Duthiors.) Ensuite, une forme larvaire,
ayant une extrémité céphalique avec l’organisation rie celle ries
Rotifères, savoir’: une tète portant sur sa face ventrale une
rétractiles, garnis d’une couronne do soies, grâce auxquels la
larve se cramponne même aux parois des bocaux, tout en
s’aidant de leur bouche. En repos, l’animal rentre ces organes
dans le premier anneau, en les retournant Comme on retour¬
nerait une paire de gants. La larve se meut donc, à l'aide de
ces organes attachés sous la gorge, soit pour changer de place,
soit pour aller chercher sa nourriture.
(A suivre.)
Dr Léon G. Cosmovici.
Professeur à l’Université de Jassy (Roumanie).
LES VÉGÉTAUX DANS l’ ALIMENTATION
EN GRÈCE
Le professeur de Heldreioli, d’Athènes, vient de publier
sur les Plantes utiles de la Grèce un ouvrage fort intéres¬
sant, qui nous montre que les Grecs, semblables en cela
aux Japonais et aux Chinois, semblent faire flèche de
tous bois, quand il s’agit de leur nourriture. Il n’est pas,
à proprement parler, de plantes, même parmi celles qui
sont réputéeS' suspectes ou dangereuses; qui ne soient
utilisées.
Le peuple grec semble surtout avide de salades. Toutes
les Composées de la flore hellénique y passent plus ou
moins. Citons-en quelques-unes au hasard. C’est tout
d’abord 1 eCichorium divaricatum Schousbœ, qui remplace
dans la région hellénique, ainsi que dans une grande
partie du bassin de la Méditerranée, la Chicorée sauvage
de l’Europe centrale et d’où paraît issue V Endive de nos
cultures. On peut encore en rapprocher le Picridium vul-
gare Desf., qui sert également comme salade en Itali.e et
dans le midi de la France. Puis viennent de nombreuses
espèces appartenant aux genres : Tolpis, Podospermum,
Scorzonera, Crépis, Chondrilla etc. 11 n’est pas jusqu’au
Laiteron dont on ne mange les feuilles et au Chrysan-
themum coronarium que l’on n’utilise comme condiment
en Grèce aussi bien qu’au Japon.
Les herbes cuites paraissent être d’un grand secours
et tenir une place importante, pendant les périodes de
jeûnes répétés qu’impose l’église grecque. L’Épinard y
paraît sous les espèces de la Mauve — un souvenir de
l'époque romaine — la Mauve chère à Horace et aux
Latins de la grande époque, de la Morelle noire que la
pharmacie est seule à employer en Europe, de la Bour¬
rache, des Oseilles sauvages et des Amarantes. Toutes ces
fadeurs ne nous disent rien qui vaille. Conçoit-on même
l’insipide Épinard sans les assaisonnements d'une cuisine
raffinée !
Les végétaux confits au vinaigre ou réduits au rôle de
condiments ne doivent pas être non plus passés sous
silence. Les jeunes pousses, les boutons et les fruits
jeunes du Câprier sont d’un usage fréquent tout aussi
bien que le Crithmiim maritimum, que les gens du lit¬
toral océanique mangent en salades ; les jeunes feuilles
du Fenouil, le Soandix peigne de Vénus qui, selon toutes
probabilités, doit présenter quelques points de ressem¬
blance avec le Cerfeuil. Ces Ombellifères influent-elles
sur le caractère de ceux qui les consomment... en Arca¬
die? C’est dans ce groupe de plantes qu’il faut placer
un des condiments privilégiés du peuple grec, les bulbes
d’une Liliacée, le Leopoldia Holzmanni de Held. Il est peu
d’espèces nuisibles aussi fréquemment répandues dans
les champs, les moissons et les vignes. Sous ce rapport elle
est dignement comparable à sa congénère le Muscari co-
mosum, si abondant sur tous les points de la France. Sur
les marchés d’Athènes la Léopoldie se vend à raison de
LE NATURALISTE
67
20 centimes les 1.2Ü0 kilogrammes. La préparation en est
facile et ne demande pas un bien grand talent culinaire.
On fait bouillir les bulbes dans l’eau après les avoir
nettoyés (ou nettoyées., ad libitum!) et on les place dans
le vinaigre avec du sel. On peut les manger tels quels
mais on préfère les assaisonner avec de l’huile d’olive
et du jus de citron. Pourquoi, en présence de ce succès
du Leopoldia, ne pas utiliser le Muscari qui nous encom¬
bre ? « Il serait agréable, comme le disent MM. Paillieux
et Bois, de se débarrasser d’un ennemi en le mangeant. »
Nous n’en avons pas fini avec les aliments crus tirés
de la flore hellénique : les germes et les graines de bon
nombre de Légumineuses des genres Lathyrus, Vicia,
Lotus et Astragalus; les réceptacles des Cynara Cardun-
culus, des Onopordon remplacent les Artichauts et tout le
monde en fait ses délices. Les racines des Scorzonera,
les oignons des Crocus et des Alliutn, les galles produites
par ,1a piqûre d’un insecte sur les tiges encore jeunes
du Salvia pomifcra, tout est matière à nopccs et festins.
L’Asperge ne serait pas déplacée en aussi bonne compa¬
gnie, aussi trouvons-nous le légume d’Argenteuil sous la
forme des asparacjus acutifolius, aphyllus et horridus faisant
florès sur le marché d’Athènes. Si la digestion par hasard
en est lourde, on a sous la main l’infusion théiforme
confectionnée avec de l 'Origan, du Thymbra, des sarriettes
et des sauges.
Il reste bien une petite place pour la gourmandise. On
y est poussé, presque malgré soi, par la présence des
marchands albanais, qui vous engagent à grands cris à
goûter d’une boisson où le miel s’allie — dans une
union plus ou moins légitime — avec la farine de Salep.
Le miel est d’un prix trop élevé — on pourrait le croire
— aussi le remplace-t-on fréquemment par une infusion
de figues sèches. Le Salep, dans la médecine des signes,
passait pour un merveilleux aphrodisiaque capable de
ranimer à tout jamais les propriétés viriles. Puisse-t-il
rendre au petit peuple grec sa vaillance et ses vertus
d’autrefois!
Peut-être en France arriverons-nous à goûter quelques-
uns de ces légumes orientaux, nous en avons pour ga¬
rants nos fidèles expérimentateurs d’habitude MM. Bois
et Paillieux, qui voudront bien certainement ajouter
quelques curiosités à celles que renferme déjà le Potager
d'un curieux.
P. Hahiot.
DIAGNOSES DE MICRO-LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Aglossa maceralis, n. sp.
Envcrg. : ÿ, 16-m. Ç,2Ü»-. - Ailes supérieures d’un
gris jaunâtre clair, soyeuses, parsemées d’atomes d’un roux
ferrugineux. Lignes ordinaires confuses ; seule, la coudée est
plus distincte, sinuée d’un brun ferrugineux et appuyée exté¬
rieurement de plus clair. Frange pâle, précédée d’une ligne
ferrugineuse entrecoupée, formant une série de points. Côte
d’un jaune plus coloré avec de larges taches d’un brun ferru¬
gineux (4 à 5).
Ailes inférieures d’un gris clair, teinté de ferrugineux vers le
bord externe.
Dessous blanchâtre, très soyeux, avec la côte teintée de fer¬
rugineux jusqu’à la naissance de la coudée, puis jaunâtre.
Antennes, tète, palpes, jaunâtres, un peu teintées de ferrugi¬
neux. Les pattes ont une teinte plus pâle et ne sont pas anne-
lécs de brun comme dans les autres espèces. Abdomen gris.
Deux exemplaires provenant de Beyrouth (Syrie).
Après Siynicoslalis, Stgr.
Enverg. : 17 à lSnlm,
tinct
grecque
la côte e
unes bruns, traversées pai¬
es : i’extrabasilairc brisée.
descendant au bord interne presque en ligne droite
subparallèlc au bord externe. Taches du disque brunes, un peu
confuses, la réniforme plus accentuée ; ombres médiane et sub-
tcrminalc très faiblement indiquées. Frange brun foncé, pré¬
cédée de six points internervuraux de
maculée de noirâtre à la nais
du disque et près de l’apex.
Ailes inférieures gris clair et soyeux, assombri au bord et à
l’angle externes ainsi que la frange, sans lignes distinctes, la
liquées ,
î des lignes, en face des taches
Dessous des ailes supérieures brunâtre, excepté a partie voi¬
sine du bord interne, qui est gris clair; dessous dos inférieures
grisâtre, plus foncé vers le bord supérieur; franges précédées
Corps grisâtre.
Voisin de Dulcinalis Tr.,
Deux exemplaires (1 ÿ, ;
Lardy, 14 juin 1890), trouvés à cent kilomètres de <
do l’autre et à un an d’intervalle !
., surtout pour la coupe dos ailes
â Chantilly, 19 juin 1889, et 1
?/»
L'HIVER DE 1891 ET LES MERLES
Vers la fin de décembre 1890, la neige couvrait la terre de¬
puis trois semaines : elle était peu épaisse, mais sa longue
durée et la rigueur de la température avaient déjà suffi pour
affamer le peuple ailé des oiseaux. De la fenêtre de ma chambre
où j’étais retenu par la maladie, j’aperçois dans mon jardin
deux Merles qu’attirent les fruits rouges , tranchant sur la
blancheur de la neige, d’un superbe sorbier des oiseaux, planté
à l’extrémité du jardin, sur le bord de la rue. Les malheureux
Merles n'ont pas longtemps fréquenté l’arbre, que l’un d’eux,
ou peut-être tous les deux, tombent frappés d’un coup de feu
tiré par quelque voisin dont ils ont attiré le regard et en même
temps excité la convoitise. Deux jours après, deux autres
Merles reparurent et furent se régaler des sorbes qui les avaient
attirés. Je fis alors prévenir mes voisins d’avoir à s’abstenir
de tirer sur les Merles qui fréquentaient mon jardin, que je
les prenais sous ma protection, et que je n’hésiterais pas à
faire punir ceux qui contreviendraient, en les tuant, à la loi sut
la police de la chasse. Pour être plus sur que mes Merles ne
seraient pas dérangés, je fis cueillir des sorbes, que je fis placet
dans une autre partie du jardin sur un arbre où se posaient
les Merles avant de se rendre sur le sorbier et qui se trouvait
à une quarantaine de mètres d’une des fenêtres de ma chambre.
Je me créais ainsi un petit observatoire, qui allait me per¬
mettre de diminuer l’ennui de ma réclusion forcée. Une demi-
heure après les Merles savouraient les sorbes que je leur avais
fait préparer. Le lendemain matin quatre Merles prenaient
part au festin : deux pies même traversent le jardin, mais ne
s’approchent pas. Je fais renouveler la provision des sorbes et
quelques instants après les convives étaient au nombre de six.
Il se produisit alors une chose que je n’avais pas prévue : tant
il est vrai que cher, les Merles, comme cher, les hommes, la paix
ne peut durer longtemps dans les sociétés. L’un des Merles,
qui me parait un peu plus gros que les autres, prétend s’arroger
le droit exclusif à la pitance que j’ai fait disposer pour tous.
Dès qu’un autre s’approche, soit sur l’arbre, soit à terre où j’en
ai fait répandre, des sorbes convoitées, il s’élance, soit à pied,
soit au vol, le bec tendu en avant et menaçant, témoignant par
à pied, soit au vol, poursuivi par le
de celui-ci quelque autre Merle s’ap-
mais avant qu’il ait eu le
; qu’il <
: ainsi
: est mis en fuite,
champ laissé libre un moment, ou que plusieurs t
sibles et voisins de la défaite individuelle de chai
cherchent
LE NATURALISTE
à intervenir ensemble, pour mettre ce trouble-fête à la raison.
Lassés d’attendre leur tour, quelques-uns vont visiter le sorbier
lui-méme, mais dérangés sans doute par les passants de la rue,
ils reviennent presque aussitôt, tâcher de prendre leur part des
sorbes placées à leur intention. Ce manège dura ainsi jusque
vers 4 h. 40 minutes du soir. La nuit alors étant venue, les
Merles furent se coucher dans les lierres et sapins du voisi¬
nage. Il est probable que chacun d’eux avait fini par trouver
moyen de dîner, car il ne restait presque plus de sorbes .
Le lendemain, 8 janvier, vers huit heures du matin, les
Merles sont à leur poste d’observation : je leur fais placer des
sorbes non seulement aux mêmes endroits que les jours précé¬
dents, mais aussi dans une corbeille de rosiers placée à une
vingtaine de mètres de ma fenêtre : ces sorbes sont disposées
tant sur les arbustes qu’à terre autour de la corbeille. Toute
la journée je vois les Merles aller et venir ramassant de çà, de
là quelque grain, mais s’éloignant vivement dès qu’ils me voient
à ma fenêtre : comme ils sont très rapprochés de moi, ilsvoient
très bien ce qui se passe dans ma chambre, ils s’enfuient s’ils
me voient soulever le rideau, ou si celui-ci est soulevé, dès que
je m’approche trop de la fenêtre. La nourriture leur ayant été
dispensée généreusement, je ne les vois plus guère se pour¬
suivre comme hier : il y a bien encore quelques velléités de
querelles, mais elles ne s’accentuent pas. Comme ils ont pu
probablement se régaler plus facilement qu’hier, ils se retirent
plus tôt ; à quatre heures et quelques minutes, je n’en vois
plus, des sept ou huit qui ont fréquenté le jardin pendant la
journée.
Les choses se passent de même pendant les jours suivants,
mais, pour venir dans le jardin, les Merles font probablement
quelques stations sur les arbres du voisinage et attirent l’atten¬
tion de quelque chasseur en quête d’un gibier quelconque.
J’entends en effet quelques coups de feu, et le 10 janvier on
ramasse dans le jardin un pauvre Merle mourant blessé d’un
coup de fusil et qui expire peu après. Le pauvre oiseau est
d’une maigreur affreuse : il aurait fait sans doute un triste plat,
rien qui vaille. Mais le chasseur est comme le pêcheur de la
fable, tout fait nombre : rien qui vaille, eh bien! soit.
Merle, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans la poêle.
L’estomac du Merle était vide, peut-être n’avait-il pas eu le
temps d’arriver jusqu’aux provisions de sorbes !
Et voilà comment les oiseaux disparaissent à la grande joie
de nos ennemis les Insectes nuisibles, qui, eux, croissent et
multiplient.
Cependant les Merles continuent à venir chercher leur nour¬
riture et même à se familiariser quelque peu : ce même jour,
il y en a, en même temps, sept perchés au soleil sur l’arblv :
deux sont pressés côte à côte comme pour se réchauffer mu¬
tuellement : le thermomètre marque 6°5 au- dessous de zéro à
l'ombre.
Mais voici bien une autre fête : un oiseau de proie apparaît
à son tour, que la faim en ces lieux attirait. Il s’élance sur un
Merle au vol, qui s’approchait de la corbeille de rosiers ; ma
présence le sauve. Le forban m’aperçoit à ma fenêtre et fait
volte-face. Chose singulière, je ne le revis plus, ni ce jour ni
plus tard. C’était le jour aux surprises : dans l’après-midi, un
vol de sept ou huit Ramiers s’abat au fond du jardin, sur un
plan de choux de Bruxelles gelés, qu’ils livrent néanmoins
consciencieusement au pillage. Enfin deux ou trois oiseaux gris,
un peu plus gros que les Merles, se mêlent à eux pour manger
les sorbes ; mais ils sont encore plus méfiants et je ne les vois
pas d’assez près pour les déterminer : je crois que ce sont des
grosses Grives, que l’on connaît dans le pays sous le nom de
Tias-tias, en raison du cri qu’elles font entendre en volant : la
Draine ou la Litorne.
Ces oiseaux ne viennent que pendant deux ou trois jours :
le 12 janvier je ne les vois plus : mais j’ai eu en même temps
dix Merles, pâturant dans la corbeille de rosiers : ils restent en
partie jusqu’à cinq heures du soir. Comme il s’est établi entre
eux quelques luttes, il est probable que quelques-uns n’ont pu
trouver leur part qu’après le départ des plus forts ou des plus
hargneux.
Le 14, dans la matinée, j'entends deux ou trois coups de feu
dans le voisinage : aussi les Merles sont moins nombreux. La
neige a recommencé à tomber, elle est bien plus épaisse : j’en
profite, pour tenter do familiariser encore plus les Merles qui
restent. Je fais balayer la neige tout près de ma fenêtre, qui est
au rez-de-chaussée, et je fais répandre les sorbes jusqu’à un
mètre du mur. Bien qu’il en reste dans la corbeille de rosiers,
j’ai le plaisir de voir les oiseaux s’approcher jusqu’à deux
mètres de moi. En tenant mon rideau fermé je peux les observer
sans qu’ils s'envolent ; je parviens même à le soulever un peu
sans les trop effrayer : néanmoins, leur queue est animée d’un
mouvement fréquent et saccadé, l’oeil est constamment au guet,
et après chaque coup de bec donné sur les sorbes, un coup
d’œil aussi est lancé dans ma direction.
Le 17, je ne vois plus que trois ou quatre Merles et parmi
eux, un qui donne la chasse aux autres et veut les empêcher
de manger : la scène des premiers jours se renouvelle, et de
même chacun est successivement chassé, sans opposer de résis¬
tance : et chose remarquable sept ou huit Pinsons, et une Li¬
notte, attirés par du chènevis que j’ai fait mêler aux sorbes, ne
sont nullement inquiétés, et s’en vont sautillant et picorant sans
que les Merles paraissent les apercevoir. Le froid est devenu
très vif, 22°5 au-dessous de zéro et la neige continue à tomber :
les Merles enflent leurs plumes et se soutiennent ainsi plus
facilement sur la neige, dans laquelle leurs pattes pénètrent tout
entières. J’observe alors une singulière manœuvre de ces oi¬
seaux. Les sorbes sont sans doute un peu gelées et difficiles à
détacher de la neige durcie. Le Merle alors s’élance le bec tendu
en avant ainsi que les pattes et frappe de tout son poids le
grain qu’il s’agit de conquérir et le mouvement se répète fré¬
quent et renouvelé presque à chaque seconde. La récolte
semble plus difficile à faire, je vois souvent la sorbe tomber
du bec de l’oiseau : le froid est excessif, 22°5 au-dessous de zéro
pendant la nuit, et peut-être il fait perdre aux pauvres oiseaux
leur adresse habituelle ; ils paraissent se tenir avec peine sur
leurs pattes. Leur nombre n’est plus que quatre. Comment
ont-ils été réduits ainsi ? Probablement quelques-uns ont été
tués; peut-être quelques-uns sont-ils aussi morts de froid du
de faim. On vient de me rapporter qu’on a trouvé sur la route
doux Corbeaux morts au pied d’un arbre, serrés l'un contre
l’autre. Peut-être aussi l’oiseau de proie, que cependant je n’ai
plus revu, est-il parvenu à en prendre.
Quoi qu’il en soit, les quatre survivants continuent à venir
jusqu’au dégel ramasser les sorbes et restent jusqu’à cinq
heures du soir chaque jour et sont là dès le matin.
Enfin, la température se détend un peu et le 21 janvier le
dégel commence : la neige a recouvert les sorbes, mais les
Merles savent les trouver en la grattant avec leur bec et leurs
pattes. Le 22, le dégel s’accentue, la terre commence à appa¬
raître par places : je continue à faire répandre des sorbes et
du chènevis, que trois ou quatre Merles et six ou sept Pinsons,
viennent encore ramasser pendant quelques jours. Le 25, il no
reste que très peu de neige dans les endroits où elle s’était ac¬
cumulée, les oiseaux reparaissent encore par instants dans les
endroits où ils ont trouvé la nourriture dans les rudes jours
d’épreuve par où ils viennent de passer : ils paraissent trouver
déjà quelque chose dans les bosquets où ils se tiennent une
partie du jour. Le 27, je vois voltiger quelques moucherons et
des tipules au soleil. Enfin, le 28, je n’aperçois plus de Merles
au jardin : ils ont sans doute repris leurs habitudes et ils trou¬
vent à se nourrir loin des hommes, dont ils ont appris à re¬
douter le voisinage.
Le 10 février le thermomètre est descendu à 10 degrés. Deux
Merles reviennent visiter la corbeille de rosiers, mais n’y trou¬
vant pas de table servie, ils s’éloignent. J’y fais replacer quel¬
ques sorbes ; mais ils ne reviennent pas. Le 17 février encore
grand froid, le matin j’aperçois encore deux Merles : je n’en
ai plus vu depuis.
E. Pissot.
NOUVEL APPAREIL
Pour capturer les cerfs des ménageries afin de leur couper les bois
En captivité les cerfs sont généralement méchants
pour le gardien qui les soigne et même pour leurs con¬
génères, aussi est-on forcé de leur couper les bois lorsque
ceux-ci sont dépouillés de leur velours.
La grande difficulté consiste à prendre l’animal et à
s’en rendre maître; cette opération, qui se fait généra¬
lement au moment du rut, est périlleuse surtout quand
on a affaire à un sujet de grande espèce, qui joint à une
LE NATURALISTE
(>!)
force extraordinaire une
méchanceté dont on n’a
guère l’idée.
Jusqu’à présent ont s'est
contenté de prendre à
l’aide d’une corde le cerf
dont on veut couper les
bois; ce n’est pas facile,
l’animal ne se laisse pas
toujours coiffer du pre¬
mier coup et la corde ne
s’enroule souvent que sur
un andouiller ; quand l’o¬
pération est manquée, il
faut attendre au lende¬
main et parfois recom¬
mencer plusieurs jours de
suite.
J’àî donc pensé à faire
un appareil pratique pour
prendre (dans lesménage-
ries, bien entendu) les a-
nimaux à cornes et les
bêtes à bois. Cet appareil
est en fer premier choix,
c’est unevéritable tenaille
dans laquelle on saisit un
des bois du cerf et qui se
ferme d’autant plus que
l’animai tiré davantage sur
la corde.
Pour se servir de l’ap¬
pareil, le fixer au bout
de son manche, en véri¬
fier le fonctionnement en
tirant sur la corde, l’ou¬
vrir de toute sa grandeur,
l’amener doucement au¬
près du bois ou de la corne
afin de fermer le mors et
retirer le manche.
L’animal ainsi amarré
ne peut s’échapper, il n’y
a plus qu’à tirer sur la
corde pour l’amener où
l’on veut afin de lui scier
les bois Oh de lui embou-
ler les cornes.
E. Sauvinet,
Aide-naturaliste
au Muséum de Paris.
Fig. 1. — Capture d'un Cerf à la ménagerie du Muséum de Paris.
Recherche et Préparation des Batraciens
(Suite.)
Préparation «les Batraciens. — Au retour
d’excursion, le premier soin du naturaliste doit être de
tuer les animaux qu’il a capturés ; les Batraciens
peuvent être tués au moyen de l’éther ou de l’alcool ;
l’éther est préférable parce qu’il agit d’une manière
plus rapide ; pour augmenter son action délétère, on y
ajoute de l’arseuic.
Deux procédés sont employés pour la conservation des
Batraciens.
1° La conservation par voie humide.
2° L’empaillage.
Conservation par voie humide. — Ces ani¬
maux se prêtant fort mal à l’empaillage, on préfère
généralement les conserver par voie humide : On com¬
mence par les laver soigneusement dans l’eau et par
extraire les objets volumineux qu’ils peuvent avoir dans
les intestins, ce qu’on reconnaît à un bourrelet plus ou
moins gros formé par les corps étrangers qu’ils ont
avalés. On les place ensuite dans des llacons remplis
d’alcool réduit avec de l'eau distillée jusqu’à ce qu’il ne
pèse plus que 40 à 45 degrés centigrades.
« Le liquide plus concentré, dit M. Lataste, les mo-
70
LE NATURALISTE
miefîerait et les rendrait méconnaissables ; du reste, il
agit rapidement à travers leur peau nue. Après un cer¬
tain temps de séjour dans les flacons, un animal s est
parfaitement bien imprégné de la liqueur préservatrice
et il peut se conserver indéfînimem sans altération.
Mais, dans les débuts, il aura fallu plusieurs fois chan¬
ger ou filtrer son bain.
La grande difficulté c’est le bouchage des flacons.
L’alcool dissout les cires, les corps gras, attaque le
liège, le caoutchouc. Pour un Musée ou une collection
qu’on ne doit jamais remuer de place, on peut prendre
des vases en forme d’éprouvette et les couvrir avec une
rondelle de verre usée à l’émeri, ainsi que l’ouverture
du flacon. On peut même se dispenser de cette dernière
précaution et mastiquer avec de la cire à modeler, inso¬
luble dans l’alcool, la très petite fissure qui sépare le
flacon de son couvercle, ou même simplement envelop¬
per la rondelle et le haut de l’éprouvette avec plusieurs
doubles de feuilles minces d’étain, collées sur le joint
avec une dissolution épaisse de gomme arabique et
couvrir le tout d’un parchemin mouillé et tendu.
Mais pour une petite collection, destinée à changer
souvent de local, ce procédé ne vaut rien. Il faut forcé¬
ment user de bouchons de liège qu’il sera convenable de
couvrir d’une feuille métallique. On choisira alors des
flacons dont le goulot soit aussi étroit que possible,
afin de diminuer la surface d’évaporation et l’on aura
soin, de temps en temps, de réparer les pertes de
chaque flacon par de nouvelles additions d’alcool. Les
flacons à conserves, à bouchons de verre, rendraient de
grands services s’ils avaient une forme convenable, car,
avec de la cire à modeler, on peut compléter le bouchage
et le rendre à peu près hermétique.
Quand on met un animal en flacon, il faut avoir soin
de noter, avec la date et le lieu de capture, les couleurs
de l’iris et même de la robe, car l’alcool les altère très
vite. On conservera cependant beaucoup de teintes et de
nuances si l’on tient les flacons dans un lieu obscur.
(A suivre.) _
LES LIONS
On a tant écrit sur les Lions qu’il est bien difficile de
traiter sans redites soit de leurs mœurs, soit de leur
distribution géographique, soit même de leur structure
anatomique. Cependant les relations qui ont trait à ces
animaux sont éparses dans de si nombreux ouvrages,
qu’il peut être utile de réunir en quelques lignes les
principales observations intéressantes. D’un autre côté
les légendes fabuleuses, les descriptions fantaisistes cô¬
toient souvent des comptes rendus peu consciencieux,
les opinions des voyageurs et des naturalistes ont pu se
former sur des documents insuffisants et l’histoire du
Lion, bien que chargée déjà de nombreuses anecdotes, est
encore sur certains points assez obscure. On trouve des
Lions dans l’ancien et dans le nouveau monde. Dans les
temps modernes, personne ne conteste leur existence en
Asie et en Afrique, mais quelques savants se refusent à
reconnaître le Lion d’Amérique, le Couguar ou Puma
pour un vrai lion ; d’autres n’admettent pas l’existence du
Lion en Europe dans les temps anciens historiques ni
dans les temps géologiques. Sans entreprendre la dis¬
cussion des opinions, nous essayerons d’exposer ce oùe
l’on sait sur les vrais Lions modernes ou des temps pas¬
sés, et spécialement sur les Lions d’Asie, dont les voya¬
geurs ont moins parlé que de ceux d’Afrique.
Il existe actuellement des Lions en Asie, au moins dans
le sud-ouest. Sur les bords de l’Euphrate, en diverses lo¬
calités ils ont été signalés parles explorateurs. Canton¬
nés dans les oasis qui avoisinent Balis, les Lions se por¬
tent dans la direction d’Alep vers l’ouest; ils se
rencontrent encore par groupes de quelques individus
dans les montagnes de Syrie, notamment au Thabor, où
les pèlerins qui vont à Nazareth l’ont entendu rugir. Plus
loin encore vers le sud, à Deir, sur la rive droite du Nil,
Omar Pacha montra à Mme de Gersdorff la place où
deux chameaux lui avaient été enlevés la veille au soir
par les Lions. Dans ces régions les Lions ne sont pas gé¬
néralement dangereux pour les hommes. Il suffit dans la
nuit d’allumer des feux autour du campement des cara-
vanes.pour tenir les félins en respect. Dans le jour les
lions semblent redouter les buffles, et ce fait est remar¬
quable, si on le rapproche de certaines anecdotes tirées
de Livingstone et d’autres voyageurs qui ont remarqué
que les Lions d’Afrique n’attaquent les bœufs qu’avec hé¬
sitation. Les Affuddis connaissent si bien le respect du
Lion pour le buffle, que lorsqu’ils donnent la chasse au
fauve ils emmènent avec .eux leurs bestiaux, cherchent
seulement à blesser le Lion et le laissent achever par les
bêtes à cornes. D'ailleurs, lorsque les buffles sont en li¬
berté, ils ne redoutent pas de s’enfoncer dans les épais
fourrés de tamarix qui servent de refuge au Lion.
Les Lions de Palestine sont de taille moindre que ceux
d’Afrique et même que ceux de la Babylonie.
Leur robe n'est pas très foncée, leur crinière très peu
développée; ce sont des animaux moins puissants et
moins redoutables que ceux qui habitent les bords du
Tigre ; ces derniers ont les formes plus épaisses et la robe
de couleur plus sombre. Les passagers du vapeur qui fait
le service de Basra à Bagdad ont pu, dans les sept der¬
nières années, tuer au rivage trois Lions adultes. Ces
Lions étaient aussi sans crinière. On prétend que lors¬
qu’ils sont capturés jeunes ils s’apprivoisent facilement
et que les Pachas font souvent cadeau de jeunes lions aux
personnes qu’ils veulent honorer.
Quand on s’éloigne vers l’orient jusqu’en Afghanistan,
on trouve une variété plus petite de Lions relativement
faibles et timides ; encore dans les montagnes qui avoi¬
sinent la belle plaine de Caboul et plus au nord aux
sources de l’indus et presque dans l’État de Pamir, l’es¬
pèce est représentée par de petits individus. Les station¬
nements sont plus abondants dans la région montagneuse
située entre le Sir-Daria et l’Amou-Daria. Sans doute
dans ces contrées les fauves sont attirés parles nombreux
moutons sauvages qui se tiennent habituellement dans
les hauteurs et descendent cependant pour se nourrir
dans les plateaux moins élevés.
On ne sait pas au juste jusqu’à quel point s’étend dans
la partie orientale du Tibet le domaine des Lions, mais
on croit qu’ils ne dépassent guère le Tengri.
Les bergers de Cuth, de Cuzerate, de Bombay se plai¬
gnent souvent des fauves dangereux qui viennent rava¬
ger leurs troupeaux et pour éloigner ces ennemis ils met¬
tent de temps en temps le feu aux grandes herbes. Ces
fauves, appelés quelquefois chameau tigre ou tigre de
chameau, ont été considérés comme appartenant à l’es¬
pèce Lion ; ils sont courts de jambe et sans crinière, mais
on ne sait pas grand’chose de leurs mœurs.
LE NATURALISTE
Le Lion de l’Atlas (Afrique;.
LE NATURALISTE
Telles sont les notions que nous possédons aujour¬
d’hui sur la distribution moderne des Lions d’Asie. Les
relations de l’antiquité et celles qui sont fournies par le
moyen âge les placent en Arménie et en Cappadoce. Cer¬
tains auteurs ont décrit le pays situé entre l’Euphrate et
le Tigre comme couvert de forêts de palmiers, au milieu
desquelles les Lions auraient vécu en grand nombre.
Dans cette région étaient capturés les fauves que les rois
entretenaient dans d’immenses jardins-ménageries et
aussi cette multitude de Lions qui étaient tués dans les
cirques. Il est certain que la prodigieuse consommation
qui fut faite pour les combats du cirque dut contribuer
à affaiblir le nombre de ces animaux dans les régions où
les chasseurs les poursuivaient. L’antique domaine des
domaine assez au nord dans l'Europe. Les chants des
Niebelungen apprennent que Siegfried tua un Lion dans
les Vosges. D’ailleurs les noms d’un certain nombre de
villes ont peut-être été adoptés en souvenir de ces
fauves, tels sont les noms de Léonberg, Lôwenberg
(Montagne des Lions), Lôwenstein (Pierre des Lions),
Lowen et même Lion.
Les restes fossiles témoignent d’ailleurs d’une ma¬
nière beaucoup plus décisive. Le felis spelea était un
vrai Lion, plus robuste et plus grand que son représen¬
tant actuel, mais des ossemenls ont été découverts qui
constituaient le squelette d’individus de modeste taille.
Les Lions d’Afrique sont ceux que les récits des
explorateurs nous ont le mieux fait connaître. De nos
La Lionne de l’Atlas (Afrique).
fauves devait, s’étendre de la limite orientale de l’Inde
jusqu’en Europe à travers l’Asie et la Perse. Les localités
qui figurent, aujourd’hui les repaires échelonnés des
Lions sont les derniers îlots du territoire immense et
continu qui était leur royaume.
Ce territoire avait-il vers le nord une étendue consi¬
dérable? On ne peut répondre à cette question en don¬
nant la limite exacte de cette frontière nord, mais il faut
croire que dans les temps reculés les grands félins pou¬
vaient vivre dans des climats froids. Alexandre le Grand
tua un lion au nord de l’Oxus. Plus récemment, en 123o,
Hulaghu, le fondateur de la dynastie mongole, tua, entre
l'Oxus et la ville de Balk, tandis que la glace recouvrait
le sol et que la neige se soulevait en tourmentes, non
moins de dix Lions dans une seule chasse. S’il faut
ajouter foi aux légendes, les Lions auraient étendu leur
jours ils ont encore de nombreux cantonnements sur le
territoire africain, mais à mesure que ce continent sera
envahi par les Européens, le domaine des grands fauves,
déjà morcelé comme en Asie, disparaîtra comme en
Europe dans l’antiquité.
L’explorateur qui a le mieux observé les Lions est sans
contredit Livingstone, mais tandis que la plupart des gens
considèrent le roi des animaux comme un animal ma¬
gnifique, noble, imposant, terrible et magnanime,
Livingstone semble avoir pris plaisir à le décrire comme
un misérable dogue. Il semble plus raisonnable de
garder une appréciation moyenne. Quelques Lions sont
de mine piteuse, la plupart sont de superbes et très
respectables bêtes, et qui ont rarement, malgré Living¬
stone, la figure d’une vieille femme en bonnet de nuit.
Tout le monde connaît la couleur de ces animaux, elle
LE NATURALISTE
73
varie du fauve clair au fauve brun. Parfois l’extrémité
des poils de la crinière est noire et cette particularité a
fait croire à l’existence des Lions noirs.
Dans le Sud africain on peut les rencontrer en plein
jour, mais ils n’attaquent ni au jour ni au clair de lune,
excepté s’ils ont des petits. Leur attaque est alors
extrêmement rapide. Dans la nuit, au contraire, ils ne
s’approchent qu’avec précaution et en silence ;la moin¬
dre apparence de piège suffit pour les arrêter et les
faire reculer avant les derniers bonds.
Lorsque le Lion se jette sur un animal, il l’attaque le
plus souvent par le flanc, et c’est aussi parle flanc de la
victime qu’il commence son repas. Il s’endort quand il
est repu, et dans ce cas les chasseurs en viennent à
bout facilement. On ne rencontre jamais les Lions en
troupes, mais ils sont généralement sept ou huit dans la
même région et chassent ensemble. Il est à supposer
que chacun de ces groupes est formé des membres d’une
même famille.
Nous avons fait remarquer que les Lions d’Asie redou¬
taient les buffles; plusieurs récits prouvent que les bœufs
inspirent aux Lions d’Afrique un respect relatif. Wright
raconte ce qui suit : Deux Lions vinrent une nuit jusqu’à
trois mètres d’un bœuf attaché à un wagon et pous¬
sèrent quelques rugissements, mais sans oser bondir; une
autre fois, deux des nôtres, inconscients du danger, s’é¬
taient endormis près d’un buisson à Mashue. Le feu
était allumé à leurs pieds ; un Lion vint à trois mètres
du feu et alors commença à rugir à la vue du bœuf de
trait qui était à l’entrave non loin du buisson. Toute la
nuit le Lion rôda en rugissant, mais n’osa profiter de l’oc¬
casion de faire un bon repas.
A l’égard des autres animaux de petite taille, le lion est
moins respectueux. Il redoute l’éléphant adulte, mais
attaque quelquefois les jeunes isolés. 11 se jette, paraît-il,
sur le rhinocéros chaque fois qu’il le rencontre. Les
serpents lui font grand’peur, aussi les Maures menacés
par des Lions détachent-ils leur longue ceinture, qu’ils
font tournoyer et onduler pour imiter les mouvements
et la forme du serpent.
Le procédé est simple et ingénieux, la méthode de
Samson qui prit une mâchoire d’âne pour mettre en
déroute les Philestins était géniale aussi, mais on ne
peut guère conseiller ces expériences qu’en face de Lions
ou de Philistins de bonne volonté.
Les divers renseignements que nous donnons ici sont
tirés d’un certain nombre d’ouvrages étrangers. Nous
avons évité de répéter les récits de chasse merveilleux,
remplis de péripéties dramatiques et quelquefois d’in¬
ventions ingénieuses, parce que ces histoires sont
écrites dans toutes les langues et dans tous les livres de
voyages. Ce qui est moins connu, c’est la répartition
géographique des grands fauves, ce qui est encore à
l’étude, c’est l’exacte délimitation de leur domaine dans
l'antiquité et même dans les temps géologiques. Ces
questions méritent d’attirer l'attention, elles touchent à
l’élude de la répartition primitive des animaux dont les
bêtes féroces font leur nourriture, et aussi à l’histoire de
l’envahissement humain à la surface du globe, envahis¬
sement qui n’a pu se faire sans de terribles combats
avec le roi des animaux. Les singes avaient la ressource
de grimper sur les arbres; les premiers hommes sans
doute se sont humiliés plus d’une fois à suivre leur
exemple.
Remy Saint-Loup.
RECHERCHES
SUR LA CIRCULATION DES LAMELLIBRANCHES
MARINS
par M. Auguste Ménégaux,
Agrégé de sciences naturelles, professeur au lycée
de Besançon
Plein d’idées originales et d'observations nouvelles, le tra¬
vail de M. Ménégaux embrasse un champ de recherches très
étendu dont quelques rares parties seulement avaient été
explorées jusqu’ici. Au lieu de reprendre les études mono¬
graphiques déjà plusieurs fois faites sur la Moule, la Pienne,
l’Anodonte et le Taret, l'auteur s'est placé à un point de
vue complètement nouveau pour le sujet, en ce sens qu’il
a étudié l’anatomie comparée de la circulation dans le groupe
en apparence homogène, et cependant très varié, des Mol¬
lusques Lamellibranches. Le sujet était complexe, mais
aucun des points importants n’a été omis; étude du système
artériel, circulation et structure des branchies ; rôle du sang
dans la turgescence des organes et notamment du pied, telles
sont les parties que M. Ménégaux a embrassées dans ses
recherches, apportant pour chacune d’elles un contingent
d’aperçus nouveaux, souvent de la plus haute importance.
1° Circulation artérielle et cœur. — L’étude du cœur des
Lamellibranches a conduit M. Ménégaux à une conclusion très
différente de celle adoptée jusqu’ici. On sait que, chez ces
Mollusques, le coeur a deux oreillettes, et presque toujours un
ventricule traversé par le rectum . Milne-Edwards avait montré
que, dans l’Area Noe, les deux ventricules se dédoublent et que
le rectum se trouve compris dans le losange formé en avant
par les deux racines ventriculaires de l’aorte antérieure et en
arriére par les deux racines ventriculaires de l’aorte posté¬
rieure. Depuis, on admit que la disposition de l’Arche était
primitive et que la disposition normale des autres Lamelli¬
branches provenait de la fusion des deux ventricules autour
du rectum. M. Ménégaux n’est pas de cet avis. La disposition
du cœur de l’Arche de Noé, dit-il, « est produite par le dé¬
veloppement extraordinaire des rétracteurs postérieurs du
byssus, qui refoulent les ventricules latéralement, car elle n’est
pas constante dans le genre Area. A mesure que la largeur de
l’animal diminue, la centralisation s’accentue ; les racines aor¬
tiques se rapprochent déjà beaucoup dans l’Area barbata, puis
se fusionnent dans l'Area scapha, dont le ventricule est très
allongé transversalement. Les deux poches péricardiques, en¬
core distinctes dans TA. barbata, communiquent en arrière du
ventricule, ainsi que les oreillettes, dans l’A. scapha ».
M. Ménégaux croit que les Nucules, aussi anciennes géologi¬
quement qne les Arches, et d’ailleurs tout à fait primitives par
la forme de leurs branchies, présentent, au contraire, un des
premiers stades évolutifs du cœur des Lamellibranches. M. Mé¬
négaux a montré que les Nucules, comme les Huîtres, les
Anomies et les Tarets ont le ventricule indépendant du rectum,
et il est porté à conclure que la disposition des Nucules « re¬
présente la forme primitive et que seul, le développement des
rétracteurs postérieurs a forcé le cœur à se diviser et les deux
moitiés à se transporter sur les côtés •>. Cette conclusion nous
paraît excessive et trouble singulièrement les idées actuellement
admises sur les rapports phylogénétiques des Lamellibranches
et des Gastéropodes ; mais comme elle est le résultat d’études
sérieuses et approfondies, nous tenons à la mettre en relief en
raison même de son originalité; elle nous paraît forcée aujour¬
d’hui, mais qui sait? demain elle sera peut-être l’expression de
M. Ménégaux a également mis en évidence la communication
des oreillettes au-dessous et en arrière du ventricule dans les
Bivalves, dont le pied est bien développé ; enfin, il a pu observer
un endothélium très net dans le péricarde, à l’intérieur et à
l’extérieur des diverses parties du cœur, et dans de nombreux
La distribution et les rapports des artères sont étudiés
avec beaucoup de précision. « Le ventricule, dit-il, donne
toujours deux troncs, un antérieur au-dessus du rectum, et un
postérieur au-dessous, ou bien un tronc unique placé au-dessus,
résultant de la soudure des deux précédents. » Il a observé
cette dernière disposition dans l’Huitrc ordinaire, la Vulscllc,
le Taret et la Moule ; l’Huître portugaise, toutefois, possède
une aorte unique passant au-dessous de l’intestin. M. Ménégaux
donne la raison de l’anomalie présentée par les Lamellibranches
ayant uno aorte unique, et il montre que ces anomalies corres-
74
LE NATURALISTE
pondent exactement à l’état normal du système aortique chez
les Gastéropodes.
Branchies. — M. Ménégaux a étudié avec le plus grand soin
es variations progressives très compliquées de la branchie des
Lamellibranches, et il propose même de grouper ces mollusques
en Fûliobranches. Filibranches, Eulamellibranches et Septibranches,
suivant que les branchies sont simples, foliacées et sans por¬
tion réfléchie — filamenteuses et munies de filaments isolables
— lamelleuses et fenestrées — ou enfin transformées en cloi¬
sons musculaires. Le groupe des Septibranches, proposé par
Pelseneer, est accepté par M. Ménégaux.
C’est dans le groupe des Foliobranches (Nucules, Leda,
Yoldia, etc.) que M. Ménégaux a recueilli ses plus belles obser¬
vations sur les branchies, concurremment avec M. Pelseneer.
Avec ce dernier savant, il considère les branchies foliées
comme réalisant le type branchial primitif des Lamellibranches
et il ajoute que ces branchies foliées doivent être interprétées
Comme des branchies normales de Lamellibranches dont le
feuillet réfléchi ne se serait pas encore développé. Foliacées
et dépourvues de feuillet réfléchi, les deux branchies de
chaque côté, d’une Nuculc ou d’une Leda, sont réunies sur
le tronc commun du vaisseau afférent et constituent de chaque
côte du corps une branchie simple, mais à deux rangées de
lamelles. « L’appareil branchial d'un côté provient donc, dit l'au¬
teur, dans les Pélécypodes inférieurs, de deux rangées de tubé¬
rosités développées sur un axe longitudinal ; il représente une
branchie bipectinée de Prosobrancke, dont les filaments, allongés
dans certains cas, se seraient repliés pour former un feuillet
réfléchi. D’ailleurs, les Nuculidés possèdent de chaque côté une
vraie branchie d ’Haliotiode. « D’où l’on conclut, par compa¬
raison avec les autres animaux du même groupe, qu’il n’y a,
en réalité, chez tous les Lamellibranches, qu’une branchie bi¬
pectinée de chaque côté, dont les vaisseaux afférents se com¬
pliquent toutefois, à mesure qu’on se rapproche des types
supérieurs.
Système veineux et turgescence. — Après avoir étudié ce qu’il
appelle les capillaires artériels et les capillaires lacunaires,
l’auteur a étendu scs observations sur le rôle du système cir¬
culatoire dans la turgescence. Portant ses recherches sur les
relations lacunaires du pied et des reins, il a trouvé que les
lacunes de ces derniers organes communiquent avec les lacunes
pédieuses chez tous les Pélécypodes dont le pied est bien
développé. Cet orifice bojano-pédieux, connu seulement dans
l’Anodonte, est muni d’un plancher qui peut se contracter ou
se distendre à volonté ; dans le premier cas, le sang des artères
s’accumule dans le pied et le rend turgide; dans le second, le
sang peut revenir du pied dans les lacunes du corps et dans
celle du manteau. La turgescence des siphons a également
fait l’objet des recherches de M. Ménégaux, et il a montré
qu’elle était due principalement à l’afflux du sang de l’aorte
postérieure qui, chez les Siphonés seulement, présente deux
valvules sur son trajet, à partir du ventricule.
Pour terminer cette courte esquisse, où nous n’avons fait
qu’effleurer une partie des questions les plus importantes, nous
dirons quelques mots de la classification des Lamellibranches,
d'après la structure et la disposition des branchies. M. Fischer
est entré dernièrement dans cette voie en divisant la classe en
deux ordres, les Dibranches et les Tétrabranches, d’après le grou¬
pement des lamelles ou des filaments branchiaux de chaque
côté du corps. M. Ménégaux propose, comme nous l’avons vu,
une division absolument différente. Si l'on se rappelle que les
divers systèmes de classification proposés pour ce groupe
(symétrie des valves, nombre des muscles, etc.) ont été suc¬
cessivement abandonnés par les zoologistes, on se demande
si un groupement en ordres est possible dans cette classe et
si on ne sera pas obligé de se contenter pour elle, comme
pour le groupe des Foraminifères, d’une division en familles
qui seraient groupées en séries, d’apres leurs affinités natu¬
relles. Quoi qu’il en soit, les recherches sur la structure des
branchies auront toujours une grande importance pour la
détermination des affinités, et c’est à ce point de vue qu’on
doit se placer si l’on veut apprécier l’intérêt des éludes de
M. Ménégaux. _ X.
FORMATION DES RADICELLES
Sur une jeune tige de Màcre nous apercevons aux
nœuds des racines dont la longueur ne dépasse guère
une dizaine de centimètres et qui, au lieu de s’allonger
indéfiniment pour atteindre le fond de l’eau et s’implan¬
ter dans le sol, restent courtes au contraire et se rami¬
fient abondamment. Ces racines sont vertes comme des
feuilles, leurs cellules contiennent des grains de chlo¬
rophylle. Elles n’ont donc pas les fonctions de digestion
et d’absorption qui sont généralement dévolues à leurs
congénères ; ce sont, au contraire, des organes assimila¬
teurs du carbone, capables de décomposer l’acide carbo¬
nique, d’émettre de l’oxygène sous l’influence des rayons
du soleil et de fixer le carbone à l’état d’hydrate de
carbone dans l’intérieur de la plante ; ces racines, en un
mot, ont la fonction chlorophyllienne. Leur rôle physio¬
logique, leur couleur surtout les a fait prendre longtemps
pour des feuilles submergées, on les cite même dans les
ouvrages anciens comme un exemple des modifications
qu’une feuille aquatique peut subir dans sa forme en
faisant remarquer que les feuilles aériennes ont un limbe
largement étalé, tandis que les, feuilles aquatiques sem¬
blent ici réduites àleurs nervures. Sans doute beaucoup de
feuilles submergées sont très ramifiées, très découpées,
les exemples n’en sont pas rares, mais tel n’est point
le cas dans la Màcre nageante comme l’a montré déjà
M. Barnéoud en 1848. Les feuilles aquatiques de la
Màcre existent aux nœuds d’où sortent les racines vertes;
elles sont sessiles, transparentes, extrêmement minces et
dentelées sur les bords. Les nœuds plus âgés en sem¬
blent dépourvus ; c’est que la feuille est tombée, l’on
en voit d’ailleurs la cicatrice.
Considérons donc ces jeunes racines qui se couvrent
rapidement de radicelles. Celles-ci sont disposées en
quatre séries longitudinales. On peut voir à de petites
bosses que présente la partie jeune de la racine que des
radicelles très courtes sont encore logées dans son
écorce . C’est en ces points qu’il faut couper soit trans¬
versalement, soit longitudinalement, jusqu’à ce qu’on soit
assez heureux pour pratiquer une section bien parallèle
à l’axe de la jeune radicelle. En faisant les coupes au
voisinage du sommet on coupe des radicelles de plus en
plus jeunes. La figure ci-jointe montre les divers états
LE NATURALISTE
75
d’une radicelle de Màcre en voie de développement . C’est
en face d’un vaisseau du bois, dans le péricycle, aux
dépens de la cellule qui est entre le vaisseau et l’endo¬
derme, que la radicelle prend naissance. Cette cellule,
ainsi que les voisines, s’accroît radialement et soulève
d’abord légèrement l’endoderme, qui aplatit un peu les
cellules d’écorce qui le recouvrent ; mais négligeons
pour le moment les phénomènes qui se passent dans
Coupe longitudinale d’une jeune radicelle de Trapa
l’écorce quand une radicelle la traverse, nous y revien¬
drons plus tard ; occupons-nous (les cellules du péri¬
cycle qui grandissent toujours revêtues par l’endoderme
qui grandit en même temps qu’elles et enveloppe comme
le ferait un doigt de gant la jeune radicelle. L’endoderme
ici forme une poche dont nous verrons le rôle. La cel¬
lule du péricycle qui est en face du bois s’allonge,
s’étale latéralement en éventail, puis se cloisonne per¬
pendiculairement à la direction de son allongement.
Tout ce qui se formera en dedans de cette première
cloison appartient au cylindre centra) ; la cellule qui
touche actuellement le bois est la cellule initiale, la cel¬
lule primordiale, la cellule terminale du cylindre cen¬
tral. Une deuxième cloison se forme dans la cellule qui
touche l’endoderme et la découpe en deux initiales,
une pour l’écorce et une pour la coiffe (qui sert égale¬
ment à l’assise pilifère).
Des deux cellules du péricycle situées entre le vais¬
seau du bois et l’endoderme, il en est une qui prend une
importance prépondérante, et qui s’accroît non seule¬
ment en longueur, mais encore en largeur à la façon d’un
cône dont le sommet toucherait le vaisseau du bois et
dont la base, surmontée d’une surface bombée, irait en
s’élargissant : c’est dans ce cône que se découpent
progressivement toutes les cellules de là racine, comme
nous venons de le voir. Bientôt le sommet de la radicelle
prend exactement le même aspect que celui d’une racine
adulte. Les cellules terminales seules continuent à
s’accroître, tandis que les cellules internes, qui ont bien¬
tôt acquis leur dimension définitive, restent stationnaires
et se différencient sur place. Les cellules corticales les
plus voisines du cylindre central prennent les plisse¬
ments caractéristiques de l’endoderme et certaines cel¬
lules du cylindre central se différencient en vaisseaux ou
en tubes criblés, les autres formant du péricycle, de la
moelle, ou des rayons médullaires.
La radicelle qui grandit s’allonge généralement tout
d’abord perpendiculairement à l’axe de la racine qui la
porte ; rarement oblique dès le début, elle ne tarde pas
à s’incliner un peu vers le sol, et notamment dans la
M:\cre elle traverse l’écorce obliquement. Cette traversée
de l’écorce offre un intérêt tout spécial. La radicelle
naissante est emprisonnée dans un tissu plus ou moins
dense formé par les cellules corticales qui la séparent de
l'extérieur. L’endoderme, nous l’avons vu, s’accroît d’a¬
bord autour de la radicelle et lui forme une poche qui se
rompt plus tard à la base de sorte que la racine grandit
ayant sa coiffe surmontée d’un bonnet constitué par cette
poche endodermique. Quant aux autres cellules corti¬
cales, elles disparaissent sans laisser de trace : au fur et
à mesure que la radicelle qui grandit les touche, elles
sont dissoutes par elle. La radicelle grandit dans le corps
de la plante exactement comme elle grandit plus tard
dans le sol en digérant et en absorbant les aliments qui
se trouvent sur sa route. Cette action digestive est opérée
par la poche dans le cas présent., mais serait tout aussi
bien effectuée par la radicelle seule si elle n’avait pas de
poche autour de son sommet. Les cellules de l’écorce
perdent d’abord leur contenu, s’aplatissent; leurs parois
de cellulose arrivent au contact, mais la paroi elle-même
est dissoute et la cellule disparaît entièrement ; la radi¬
celle en passant a creusé un trou dans l’écorce ; il lui
est parfois difficile de digérer l'assise subéreuse : dans ce
cas elle la brise suivant une fente longitudinale. Tels sont
les points les plus intéressants de la formation des radi-
76
LE NATURALISTE
celles. La radicelle est un organe endogène (c’est-à-dire
d’origine profonde), formé aux dépens d’une cellule du
péricycle situé en face d’un vaisseau du bois. Cette cel¬
lule se divise en trois, la radicelle possède trois ini¬
tiales et traverse, en la digérant, l’écorce de la racine.
H. Douliot.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 2 février. — M. A. Giard, en réponse à la note
de M. Pizon sur la blastogénèse chez les larves à’Astellium
spongiforme , fait observer qu’il peut rester quelque doute sur
l’identité de l’espèce observée par M. Pizon à Saint-Yaast-la-
Hougue et celle qu’il a lui-mème étudiée et figurée. D'ailleurs,
M. Giard pense que les différences entre ses propres obser¬
vations et celles de M. Pizon sont ducs à des phénomènes de
Pœcilogonie. M. A. Giard donne le nom de Pœcilogonie à cette
particularité que possèdent certains animaux d’offrir des pro¬
cessus embryologiques plus ou moins condenses, suivant les
conditions étiologiques où vivent les parents et les réserves
nutritives accumulées dans l’œuf. Aurélia aurita (L.);
Ophiothrix fragilis (Muller); Palæmonetes varions (Leach) ;
Masco corvina sont de bons exemples d’espèces pœcilogoncs.
— M. U. Fischer a étudié, au point de vue anatomique, le mol¬
lusque qu’il a récemment décrit sous le nom de Corambe testu-
dinaria. L'auteur décrit successivement l’extérieur de l’animal,
son appareil digestif, son système nerveux, ses organes géni¬
taux et son appareil circulatoire ; il donne quelques détails sur
la structure histologique de plusieurs de ces organes. Suivant
M. H. Fischer, le Corambe doit être placé dans une famille
spéciale qui a beaucoup d’affinités avec les Authobranches et
se rapproche aussi des Phyllididæ. Ce résultat que Bergls avait
soupçonné par l’étude des caractères extérieurs, se trouve bien
établi par les faits anatomiques. — M. J. Kunclcel d’Herculais
signale à l’Académie de nombreux vols de criquets nomades ou
pèlerins [Acridium peregrinum Oliv.) dans l’Extrême-Sud algé¬
rien. Il est intéressant de constater que, de nos jours, il existe
encore dans le même pays dos populations acridophages. Les
sauterelles séchées deviennent ainsi un article important de
négoce sur les marchés de Tougourtet de Témacin. — .1/. 11. De¬
vaux communique à l’Académie le résultat de ses recherches
sur la respiration des cellules à l’intérieur des tissus massifs.
— M. Eugène Bastit communique le résultat de recherches qu’il
a entreprises sur l’influence de l’état hygrométrique de l’air sur
la position et les fonctions des feuilles chez les Mousses. —
M. A. de Lapparent explique la formation des argiles à silex
du bassin de Paris par l’action d’émanations d’acide carbonique,
de moflfettes, par exemple, cherchant à se faire jour à travers
le substratum crayeux du bassin de Paris. L’argile plastique
les a arrêtées dans leur action, alors elles ont employé leur
activité à dissoudre la craie au contact, en suivant de préfé¬
rence les lignes de fissures. Les silex seuls subsistent, les ar¬
giles, tantôt bariolées, tantôt grises ou noires qui les recouvrent,
descendent peu à peu dans les poches en s’y modifiant plus ou
moins et forment alors la gangue des silex. Cette formation
des argiles à silex serait donc ainsi postérieure à la formation
de l’argile plastique.
Séance du 9 février. — M. A. Chobault ayant étudié les
mœurs et les métamorphoses de 1 ’Emenardia flabellata F., se
croit autorisé à poser les deux conclusions suivantes : Par leur
dimorphisme larvaire et leur endoparasitisme transitoire ou
persistant, les Rhipiphoridcs font le passage des vésicants aux
Strepsitères ou Stylopides. Les Emenardia sont parasites des
guêpes solitaires (Odynerus, Eumenes), àpeu près de la manière
que le Rhipiphorus paradoxus à l’égard de certaines guêpes
sociales (Vespa germa niât et 1. viilgaris). — W. Fr. Hui tel
adresse à l'Académie le résultat d’observations qu’il a faites sur
le développement des nageoires paires du Cyclopterus lumpus.
_ M. Stanislas Meunier signale la présence d’une nouvelle
Cycadée fossile ( Cycadospadix Virez n. sp.) dans le corallien
supérieur de Verdun (Meuse). — En réponse à la note de
M. Olry, qui considère le bassin houiller du Boulonnais comme
pouvant appartenir au bassin de Dinant et qui pense qu’il fau¬
drait chercher au nord et au nord-est le prolongement du
grand bassin houiller du nord de la France, M. Gosselet répond
qu’il est convaincu que les sondages que l’on forait dans l’in¬
tention de trouver la houille au nord du bassin’ du Boulonnais
n’aboutiraient qu’à un échec. Il paraît absolument certain que
le bassin du Boulonnais, est le prolongement du bassin.de
Namur. M. Gosselet. l’a prouvé dès 1860; et les études qu’il a
faites depuis cette époque. ntont fait que le confirmer dans cette
opinion. — M. J. Sennes signale la présence du dévonien supé¬
rieur dans la vallée d’Ossau (Basscs-Pyrénces). •
Séance du 16 février. — M. Sirodot présente à l’Académie
le résultat de ses études sur les éléphants du Mont Dol (Ille-et-
Vilaine). Le nombre des éléphants dont les débris ont été
extraits de ce gisement quaternaire si riche n’est pas inférieur
à cent. Comme forme typique, c’est 1 ’Elephas primigenius qui
domine, mais avec de telles variations, que bon nombre d’échan¬
tillons auraient été classés comme Elejdtas antiquus et même
Elephas indicus, s’ils avaient été trouvés isolément. — .1/. Pizon,
en réponse à la note de M. Giard, fait observer que les Astel-
lium et les Pseudodidemnum ont des embryons qui, à l’éclosion,
ne diffèrent pas de ceux du Diplosoma Rayneri (Mac Donald),
et que les phénomènes de Pœcilogonie sont encore à trouver
chez le Ascidies composées.
A.-Eug. Malard.
ERRATUM
Par suite d’une erreur de clichage, les figures qui accompa¬
gnaient, dans le dernier numéro, l’article de M. P. A. Dan-
geard, La Chorophylle normale existe-t-elle chez les animaux ]
ne se rapportaient pas à cet article. Nos lecteurs se sont évi¬
demment aperçu de cette erreur et nous avons même reçu un
très grand nombre de lettres signalant le fait. Nous publie¬
rons dans le prochain numéro les figures qui devaient accom¬
pagner ledit article, les exigences de la gravure ne nous per¬
mettant pas de le faire dans le présent numéro.
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Journ. Quekett Microsc. Club. 1891, pp. 255-258.
G. Malloizel.
Le Gérant: Emile DEYROLLE.
PR. F. LEVÉ, HUE CASSETTE, 17.
13e ANNÉE
2° Série — I\'° 08
AVRIL 1891
LES RACES DE L INDE
Si jamais un pays a présenté et présente encore, à
ceux qui s’occupent d’ethnographie, de nombreuses races
à étudier et d’intéressants problèmes à résoudre, c’est
bien l’Inde. Dans une série d’articles, nous nous pro¬
posons de faire passer un bon nombre de ces races
sous les yeux du lecteur. Il ne sera pas inutile, pour
mieux faire comprendre ce qui va suivre, de résumer
brièvement l’histoire de la succession des races dans
l’Inde. Le peuple indien se compose d’une infinité de
tribus et de races venues dans l’Inde à des époques va¬
riées. La fusion entre ces tribus et ces races n’a pas eu
lieu. C’est là la principale source des castes.
L’Inde était originairement peuplée par des tribus de
race cliamique. Ces tribus furent subjuguées quand eut
lieu l’invasion touranienne
qui les réduisit en escla¬
vage. Plus tard nous trou¬
vons les Arvas qui s'empa¬
rent de l’Inde et s’assimi¬
lent les tribus qui les ont
précédés dans l’Inde. La
presque totalité des peu¬
ples habitant la péninsule
entre dans le vaste système
brahmanique. A partir de
ce moment jusqu’à la lutte
qu’amène l’apparition de
Boudha et la diffusion de sa
doctrine, l’Inde est tran¬
quille. Plus tard viendra
l’invasion mongole et la
fondation de l’empire de ce
nom qui tombera définitive¬
ment sous les coups des
Anglais en 1857 et fera
place enfin à l’empire Indo-
Britannique, résultat de la
victoire des Anglais sur
leurs compétiteurs euro¬
péens et sur les derniers,
mais souvent glorieux, par¬
tisans de l’indépendance.
Les races chamites de
l’Inde tirent leur origine de
Chus, fils de Cham. La race
la plus directeissuedeChus
est celle des Durds qui habitent les rives de l’Indus au
sommet des monts Himalaya. Une autre race cha-
mite était mêlée jadis à l’agglomération de peuple con¬
nue sous le nom général de Scythes ; plus tard une fa¬
mille de cette race celle des Visvamitras futmême admise
au nombre des Bralimes ou Aryas.
Voici quelles sont actuellement dans l'Inde les tribus
et castes encore existantes qui tirent leur origine de Chus
fils de Cham :
Ce sont : les Parias du pays tamoul, les Malas du Té-
lingana, les Holias du Canara, les Polyars et les
Chemars du Maleyalam et de l’Hindoustan, les Dhéras
du Guzarate, les Battaduras du Tuluva, les Doms de
l’Hindoustan, les Dombarus du Maïssour, les Khush du
Bengale, les Pasis et en général toutes les peuplades
LE NATURALISTE, Paris, 46, rae du Bac.
auxquelles les livres sanscrits donnent le nom de Chan-
dalas ou de Mlecchas.
Les Races touraniennes qui, selon l’opinion la plus
probable, tirent leur origine de Japhetpar Magog, ou chez
lesquelles du moins l’élément japhétique dominait, em¬
ploient les idiomes suivants : le Tamoul qui se parle
dans l’immense plaine du Carnatic, le Telinga usité de¬
puis Palicate au sud jusqu’à Chicacole au Nord et dans
une partie des royaumes de Maïssour et du Nizan, le
Canara qui domine dans le royaume de Maïssour, le
Maleyalam que l’on parle sur la côte malabare, le Tulu
employé aux environs de Mangalore, le Toda ou idiome
des Todas ou Toders des Nilgiris, le Kola parlé par les
Kotars des mêmes montagnes, le Gond dialecte qui a
cours dans le Gondwana (Inde centrale), le Kôle qu’em¬
ploient les anciens aborigènes du même nom. le Khu,
idiome d’un peuple ainsi nommé, enfin le Brahni dans
lequel s’expriment les montagnards de Kélat dans le
Béloutchistan.
L’ensemble de ces diver¬
ses langues forme le groupe
des dialectes Dravidiens.
Les historiens anciens
reconnaissaient comme
peuplades d'origine scythi-
que ou touranienne, les
Sakyos, les Jats, les Cache-
miriens, les Tagores et les
habitants du grand et du pe¬
tit Tiiibet. Certaines tribus
aryennes appartenaient mê¬
me à la grande confédéra¬
tion des Scythes.
C’est ce qui explique, en
y ajoutant les mélanges qui
se sont produits dans l’Inde
même, les différences de
couleur, de physionomie
<[ue l’on trouve entre les tri¬
bus comprises sous le nom
générique de Sudras. Il faut
encore y joindre les influen¬
ces de climat et de milieu.
Plusieurs tribus se sont
assimilées entièrement à la
race des Aryas en particu¬
lier les anciens Sudras con¬
tre lesquels durent combat¬
tre les Aryas dans les plai¬
nes de l’indus. Il en est d’au¬
tres qui no se sont pas encore entièrement soumises
aux mœurs et coutumes brahmaniques. Il nous reste
à les énumérer. Ces tribus touraniennes peuvent se
subdiviser en tribus d’origine mongole ou thibétaine,
en Pulindas, en tribus civilisées et sauvages du Dékan,
en Tribus du Guzarate et en populations du Concau et
de la côte malabare. Les tribus d’origine mongole ou
thibétaine sont : les aborigènes du Sirmour, les abori¬
gènes du Konawar, les Népalais, les Bhutaniens, les
Garrows, les Kêrats, les _Abors, les Mishmis, les Nagas,
les Paharias, les Khassyas, les Cacharis, les Khukis, etc.
Toutes ces peuplades habitent le versant méridional de
l’Himalaya et des montagnes qui séparent l’Inde de la
Chine et de la Birmanie.
Les Pulindas renferment les Rôles, les Gonds, les Bhills.
Fig. 1. — Brahme du !Sud de l’Inde (reproduction directe,
d’après une photographie).
78
LE NATURALISTE
Les tribus civilisées et sauvages du Dékan compren¬
nent les Pallis, les Védars, les Irulars, les Kurumbars, les
Maley-Arasars, les Ivodars, les Todas, les Kuragars, les
Badagas, les Lambadis, les Pakkanatis, les Kuruma-
rus, etc.
Les tribus du Guzarate sont : les Grassyas, les Kumbys,
les Danjas, les Kattyas, les Charous, les Bhatts, les
Dliéras, les Parsis.
Enfin voici les populations du Concau et de la côte
nialabare : Tuluvas, Parsis, Nairs, Tayars, Polyars.
Nayadis.
A ces tribus il faut ajouter
les Musulmans connus sous
le nom de Maplays qui habi¬
tent le littoral sur la côte
malabare et des populations
d’origine sémitique, je veux
parler des Juifs blancs et
des Juifs noirs.
Quant à la race aryenne
ou brahmanique qui a donné
à l’Inde son « faciès » ac¬
tuel, elle descend de Japhet
par Madaï. Sa langue est le
sanscrit qu’elle a aban¬
donné peu à peu pour le
langage des peuples con¬
quis.
Les Aryas se divisaient
naguère en trois grandes
branches ou divisions so¬
ciales : les Brahmes, les
Ksatryas et les Vaissyas.
Ces trois. classes ne sub¬
sistent plus dans leur
reté originaire.
Ceux qui en font partie
ont le droit de porterie cor¬
don sacré. Les brahmes qui
forment la classe la mieux
conservée ne sont pas ce¬
pendant absolument purs.
A certaines époques il se
sont unis par des alliances
à d’autres castes et même
à des races étrangères.
Les Brahmes sont les prê¬
tres nés de la religion brah¬
manique. C’est la caste pri¬
vilégiée et noble par excel¬
lence. La distinction des castes ne fut admise chez les
Aryas qu’à l’époque où les lois de Manu furent publiées.
Les Ksatryas ou guerriers comprennent aujourd’hui des
peuples qui ont été élevés à ce rang après coup. Les
Rajputés furent reconnus comme Ksatryas par les
Brahmes à l’époque où le boudhisme victorieux força
une colonie de ceux-ci à chercher un refuge au mont
’ Abou. Presque de nos jours les Marattes sont venus
augmenter le nombre des Ksatryas.
Après la seconde classe des Ksatryas, venait la troi¬
sième celle des Vaissyas, laboureurs, pasteurs ou mar¬
chands. 11 est fort douteux qu’il en existe encore au¬
jourd’hui.
Au-dessous de ces trois grandes classes que compre.
naitlarace aryane se trouvaient les Sudras. C’étaient les
esclaves, les serviteurs, en d’autres termes les peuples
subjugués dans la guerre. Ils pouvaient espérer d’entrer
par la conversion dans l’organisation brahmanique.
Enfin au-dessous de toutes ces castes et hors de toute
caste se trouvaient et se trouvent encore les parias.
Actuellement les Brahmes comprennent deux grandes
divisions : les Gaüras du Nord et les Bravidas du Sud.
Chacune de ces divisions se divise à son tour en cinq
branches dont chacune se subdivise encore. On divise
encore les brahmes en neuf familles principales qui se
partagent à leur tour en quarante-cinq branches qui of¬
frent encore d’autres subdi¬
visions.
Nous parlerons plus tard
des Védas dans lesquels le
nom de Brahma ne se ren¬
contre pas encore, puis des
Brahmanas, des Sutras ou
Traditions sacrées, de la
Trinité indienne : Brahma,
Vishnu et Siva, Irinité dont
le premier dieu a disparu
dans le culte actuel pour
faire place à Vishnu et à
Siva. Puis nous traiterons
des poèmes épiques : le
Mahabharatla et le Ra-
mayana, du Sakuntala dra¬
me de Kalidasa et des Pu-
anciens écrits phi¬
losophiques et religieux
écrits en vers.
Nous commencerons par
étudier une à une les diver-
peuplades de l’Inde
sans suivre d’ordre bien
précis. Le lecteur n’aura
qu’à se reporter à la divi¬
sion des races données plus
haut. Nous commençons
cependant par les premiers
rejetons de Chain que nous
ayons signalé, c’est-à-dire
par les Parias. Nous avons
figuré ici un Paria des envi¬
ron de Tindivanam. Cet in¬
dividu nommé Aroulandou
habiteNalliancoulom.il est
âgé de cent quatre ans. Or,
nul ne l’ignore, les cente¬
naires sont extrêmement rares dans l’Inde où l’homme
atteint au plus de 70 à 80 ans.
D’ailleurs, comme la plupart des indigènes ignorent
leur âge, plusieurs se font faussement passer pour cen¬
tenaires. On doit donc ne se fier au dire des gens du
pays qu’autant qu’ils peuvent citer un événement qui
permette de fixer d’une façon certaine la date de leur
naissance. Or, il en est ainsi pour notre centenaire. C’est
un contemporain de Tippoo-Sahib le grand adversaire
des Anglais dans l’Inde.
Il a vu le grand sultan et se souvient encore du chant
de guerre de ses soldats. Appartenant à une famille de
« coudre- carren >• palefreniers, il a suivi l’armée de
Tippoo à travers l’Inde, et il raconte volontiers qu’il
plantait encore enfant les piquets des tentes pour éta-
LE NATURALISTE
79
blir le campement. Il a assité à une grande partie des
batailles du dernier tenant de l’indépendance, notam¬
ment à celle de Seringapatam,dans laquelle la prise du
fort de ce nom coûta à Tippoo-Sahib la couronne et la
vie.
Hector Léveillé.
SUR UNE PLUIE SINGULIÈRE OBSERVÉE A DIARBÉKIR
EN ASIE MINEURE
M. l'abbé Maze, directeur du Cosmos, a bien voulu me
demander récemment mon avis sur un singulier échan¬
tillon que M. F. René de Champagne, directeur de
l’école française à Diarbékir (Turquie d’Asie), lui avait
adressé avec une lettre où on lisait ce qui suit sous la
date du 23 juin 1890 :
« J’ai à vous signaler un phénomène qui a précédé,
non loin d’ici, l’éclipse du 17 juin très visible et dont les
mollahs ont eu peur, faisant, crier miséricorde par chaque
muezzin sur les minarets. Ce n’est pas du sang qu’il a
plu en Mésopotamie comme en Calabre, mais c’est une
substance farineuse qui nous est arrivée avec les der¬
nières grêles de la fin de mai. Les morceaux fort nom¬
breux de ladite substance, qui ont été trouvés dans beau¬
coup de campagnes dépendant de Mardine, ont la forme
extérieure de mûres quoique le mûrier se cultive loin de
là, dans la petite Arménie. Ils sont durs, ont l'extérieur
plus ou moins foncé et l’intérieur bien blanc. On les fait
moudre pour les mélanger à la farine de blé ! Déjà les
Kurdes appellent blé céleste cette manne d’un nouveau
genre. Cela se conserve très facilement. J’en ai mangé,
son goût plaît à plusieurs. On se met à la vendre sur le
marché de la ville précitée. »
La figure 1 représente, avec un grossissement de cinq
Fig. t. — Un des grains de la pluie de Diarbékir, grossi
S fois en diamètre. Tout le lobo inférieur, voisin de la let¬
tre B, consiste en une pierraille gréseuse rosâtre.
fois en diamètre ou de vingt-cinq fois en surface, l’as¬
pect d’un des grains de cette singulière averse. On voit
qu’il s’agit d’un corps tuberculeux tout mamelonné pré¬
sentant des circonvolutions très nombreuses. La couleur
est le jaune orange très clair, mais les cassures laissent
voir un intérieur parfaitement blanc.
Ces objets sont assez durs et fragiles, mais il suffit de
les maintenir dans l’eau pendant quelques heures pour
les voir se ramollir et prendre la consistance gélatineuse
de beaucoup d’algues et de lichens. Dans cet état il' est
aisé de séparer un épiderme très mince de la masse
générale qui en est enveloppée, et dès ce moment il est
clair qu’on a affaire à un végétal.
D’ailleurs une coupe mince, observée au microscope,
lève tous les doutes à cet égard. La figure 2 montre qu’on
Fig. 2. _ Coupe en travers du Lecanora de Diarbékir au gros¬
sissement de 40 diamètres. On distingue l’épiderme, la zone
des gonidies et le tissu feutré de la trame.
y voit nettement la structure caractéristique des lichens,
c’est-à-dire une masse générale à tissu feutré correspon¬
dant à l’hyphe, et une zone extérieure où des points
clairs régulièrement disposés signalent les gonidies ou
algues nourricières.
Cet objet singulier est du reste loin d’être nouveau : il
s’agit du curieux lichen errant, catalogué par les bota¬
nistes sous le nom de Lecanora esculenta; mais bien qu’il
soit très connu, il se trouve que l’un des échantillons que
m’a donnés M. l’abbé Maze ajoute une notion nouvelle à
celles qu’on possédait déjà.
Voici d’abord ce que dit Decaisne de ce Lecanora (1).
« Ce lichen qui a été observé en Algérie se rencontre
fréquemment dans les montagnes les plus arides du dé¬
sert de la Tartarie, dont le sol est calcaire et gypseux et
git sur le sol parmi les cailloux dont on ne le distingue
qu’avec des yeux exercés. On en trouve aussi d abon¬
dantes quantités dans le désert des Kirghizes au sud de
la rivière Jaik et à la base des collines gypseuses qui
ceignent les lacs salés. Le voyageur Parrot a rapporte
des échantillons de ce lichen qui, au commencement
de 1828, tomba comme de la pluie en plusieurs contrées
de la Perse : on lui assura que le sol en avait été cou¬
vert à une hauteur de deux décimètres ; que les bestiaux
en avaient mangé avec avidité ; que les indigènes 1 a-
vaient recueilli comme tombé du ciel et en avaient fait du
pain. Le naturaliste Pallas et le professeur Eversmann
qui l’ont observé sur les lieux n’ont jamais rencontré un
seul échantillon qui fût fixé à un support quelconque ; ils
en ont recueilli qui étaient de la grosseur d’une tète
d’épingle et ne tenaient à aucun corps. Eversmann conjec¬
ture que ce lichen avait dans le principe germé autour
d’un grain de sable qu’il avait ensuite englobé; mais
l’observation n’ayant pas confirmé cette hypothèse, il a
été porté à admettre que le premier germe de ce lichen
il) Botanique, p. 694.
80
LE NATURALISTE
s’étend originairement dans tous les sens et ne puise sa
nourriture qu’au sein de l’air ambiant. »
Or, et ceci me paraît digne d’être mentionné, l’un des
plus volumineux parmi les lecanoras que j’ai reçus,
celui qui est représenté figure d, est sûrement fixé à un
petit fragment de nature quartzeuse rayant facilement
le verre et sur lequel le cryptogame a évidemment
germé.
Il est plus que probable que ce fragment rocheux est
tombé de l’atmosphère en même temps que les lichens,
et le fait peut modifier l’opinion d’après laquelle la
plante se développerait en l’air et tomberait par le fait
de l’alourdissement consécutif de sa croissance. La pré¬
sence des pierrailles doit faire admettre que le Lecanora
s’est développé sur le sol et qu’il a été charrié dans le
haut de l’atmosphère par quelque vent ascendant en re¬
lation avec des trombes.
Stanislas Meunier.
L’HIBERNATION
Les articles de M. L. Guénot sur l’hibernation, publiés dans
le Naturaliste au mois de janvier 1891, me remettent en mé¬
moire une observation d'hibernation que j’ai faite, il y a
quelques années, sur un rongeur, et qui me semble présenter
quelqu’intérêt, au moins comme contribution à l’étude de cette
question.
• Le 12 octobre 1884, un de mes ouvriers, que j’étais allé visiter
au bois où il travaillait, me remit une sorte do petite Souris
qu’il venait de trouver endormie à terre sous la mousse. Ce
petit animal que je ne connaissais pas était roulé en boule, la
queue enveloppant tout le corps, comme le ferait une ficelle
autour d’un petit paquet. Le garde que je rencontrai me dit
que c’était ce que les forestiers appellent, dans le pays, la petite
souris rouge, qu’il en voyait souvent pendant l'été, dans les
bois, courir sur les branches des arbres, dont elles mangent les
fruits, et où elles font un nid de mousse.
Rentré chez moi je déterminai ma trouvaille et je vis que j’a¬
vais affaire au Muscardin, Myoxurus avellanarius .1 C’est un
rongeur voisin du Loir, d’un pelage gris fauve, à oreilles
courtes, à museau effilé et à queue légèrement velue : sa taille
est un peu supérieure à celle de la Souris.
Bien que paraissant profondément endormi, mon Muscardin
poussait un petit cri à chaque attouchement que je lui faisais
subir. On remarquait, du reste, très bien l’acte respiratoire.
Placé sur ma cheminée dans une boite, je le trouvai deux jours
après éveillé et très vif. Je le transportai dans une pièce plus
froide, dans une boîte où je mis un nid de mousse et quelques
provisions, noix, pain, lard. Le lendemain il était rendormi et
poussant toujours ses petits cris chaque fois que je le touchais.
Le 21 décembre je le visite de nouveau, il est endormi roulé en
boule sur son nid de mousse et pousse son petit cri. II s’est
éveillé dans l’intervalle, car il a cherché à percer une noix et
paraît avoir un peu goûté au lard.
Je l’observe ainsi pendant tout l’hiver; lorsque la tempéra¬
ture est douce il s’éveille et mange un peu de pain, puis se
rendort. Au mois de mars la température devient assez rude,
mon Muscardin se rendort, mais au mois d’avril je le trouve
mort sans s’étre déroulé, de sorte qu’il parait être mort en dor¬
mant.
Depuis, j’ai observé le Muscardin mangeant des raisins sur
les treilles dans mon jardin : j’en ai notamment observé pen¬
dant quoique temps, un le 4 novembre occupé à manger un
grain de raisin, laissé en dehors du sac où la grappe avait été
placée ; lorsqu’il m’aperçut il ne parut pas très effrayé, s’éloi¬
gna un peu, et se cacha derrière une branche. Mais comme je
m’approchai pour l’observer de plus près, il s’échappa en cou¬
rant très rapidement sur les branches .
Ce petit animal ne vit donc pas exclusivement dans les bois,
et pourrait, comme son congénère le Loir, causer des dommages
dans les jardins.
E. PlSSOTk
DEUX ESPÈCES NOUVELLES DE PLANAIRES
AMÉRICAINES
Hydrolimax Itrnnens, n. sp. — C’est la seconde espèce du
genre; la première a été décrite par Haldeman en 1841, sous
le nom de H. griseus. Toutes deux vivent dans les eaux douces
de la Pensylvanic ; cette dernière, dans les rivières Shuylkill et
Delaware, en aval de Philadelphie ; l’autre, dans un petit ruis¬
seau sortant du parc Fairmount de la même ville.
H. bruneus a été découverte en 1857 par le Dr Leidy, auquel
nous devons les documents au moyen desquels nous carac¬
térisons cette espèce. Elle mesure 19 millimètres en longueur
et 3 millimètres en largeur. Le corps est allongé, très aplati,
spatuliforme, obtusément tronqué en avant avec la région cé¬
phalique quelque peu étalée, tandis que la région postérieure
se termine en une courbe elliptique, pour ne pas dire en angle
aigu. Une paire d’ocelles d’un noir intense s’aperçoit à la base
de la tête, qui est d’une teinte brunâtre claire, en opposition
avec la couleur d’un brun noirâtre uniforme sur le reste du
corps .
Pliagocata coronata, n. sp. — C’est pareillement la
deuxième espèce du genre, la première ayant été décrite en
1840 par Haldeman, qui la nomma Planaria gracilis. Quelques
années plus tard, Leidy en fit, avec raison, le type d’un nou¬
veau sous-genre sous le nom de Phagocata. L’espèce est très
répandue aux Etats-Unis, depuis le Massachussetts jusqu’en
Pensylvanie, tandis que Ph. coronata habite plus à l’ouest,
ayant été observée en nombre, par le Dr Leidy dans un ruis¬
seau des environs du Fort Bridger (Wyoming).
Son aspect extérieur rappelle celui de P. gracilis à l’excep¬
tion do sa coloration moins foncée. Mais tandis que cette der¬
nière ne possède qu’une paire d’ocelles, P. coronata en montre
une quantité considérable, disposés on traînée sériaire sur le
pourtour de la tète et les côtés du cou en forme de diadème.
Ils sont toutefois moins nombreux chez les jeunes que chez les
adultes. Sa longueur est de 4 à 8 millimètres et sa largeur
de 2/3 à 1 millimètre.
Une teinte fuligineuse uniforme recouvre tout le corps, plus
foncée le long de la ligne dorsale que vers les bords.
Dr C. Girard
(de Washington).
Recherche et Préparation des Batraciens
(Suite et fin.)
Empaillage. — ■ Nous avons dit que les Batraciens
se prêtaient mal à l’empaillage et que leur préparation
ne réussit pas toujours. Pour ceux qui préfèrent ce mode
de conservation nous indiquons les procédés que l’on
emploie ordinairement.
On pratique dans le ventre une fente longitudinale
depuis la gorge jusqu’à l’anus ; avec le manche du scalpel,
on dégage la peau des deux côtés et principalement vers
le dos; on fait sortir la partie supérieure des cuisses et
on sépare le fémur du tibia. Après avoir dépouillé l’ab¬
domen, on refoule la peau vers la partie supérieure du
tronc et on coupe chaque humérus à son articulation
avec l’omoplate. On sépare ensuite la tête du tronc et on
nettoie les membres et les os. La peau ne doit être déta¬
chée de la tête que jusqu’à l’extrémité du museau. On
enlève la langue, les yeux, etc..., et on remplit les orbites
de coton haché ; le museau et les mâchoires sont garnis
d’étoupe et après avoir refoulé doucement le crâne de
bas en haut, tandis qu’on tire la peau en sens inverse,
on retourne la tête. On étend, à l’aide d’un pinceau, une
couche de préservatif dans tout l’interieur, on bourre le
corps avec de l’étoupe finement hachée, sans trop la
comprimer, de manière à conserver à l’animal ses formes
naturelles.
LE NATURALISTE
81
On coupe cinq fils de fer d’une grosseur et d’une lon¬
gueur proportionnées à la taille et au volume de l’échan¬
tillon, deux de ces fils seront pour les pattes de devant,
deux autres pour celles de derrière. Le cinquième fil est
courbé en anneau à une de ses extrémités, tandis que
l’autre est introduite dans le sommet de la tète ; on
Armature en fil de fer pour le montage d’une Grenouille.
réunit les fils de fer des jambes et on les fait passer
dans l’anneau de la traverse du milieu; on y réunit
également les fils de fer des pattes antérieures et à l’aide
d’une pince, on assujettit ce squelette artificiel en tordant
le tout ensemble; puis on achève de bourrer et on coud
la peau (Capus). La couture doit être faite à points très
rapprochés ; on peut la dissimuler en collant dessus une
bande de papier fin, sur laquelle on passe ensuite une
couche de la couleur du ventre de l’animal.
Quelques préparateurs emploient une méthode plus
expéditive qui consiste à dépouiller l’animal sans faire
d’incision dans la peau et à extraire par la bouche, le
corps en un seul tronçon, mois cette méthode offre de
grands inconvénients pour les Batraciens et n’est géné¬
ralement pas employée.
Si on prépare un Batracien urodèle [Salamandre, Triton),
on emploie le procédé que nous avons indiqué ; on ajoute
simplement un sixième fil de fer que l’on passe dans la
queue pour la soutenir.
Il ne reste plus qu’à fixer l’animal sur un socle en
bois; on y pratique quatre trous suivant l’écartement
des jambes et on y fait passer les quatre fils de fer
que l’on fixe sous le socle en les recourbant; on donne
au sujet une attitude naturelle, la bouche devra être
bourrée légèrement avec du coton et maintenue fermée
à l’aide de petites épingles; les yeux artificiels, que Ton
devra toujours choisir de la couleur de ceux du sujet,
seront fixés dans les orbites avec un peu de gomme ; puis,
après avoir laissé sécher l’animal, on passera sur tout
son corps une couche de vernis à l’alcool.
Collection de Batraciens. — Cette collection
exige des vitrines pour y placer les sujets empaillés et
des étagères pour le rangement des flacons contenant
les animaux dans l’alcool. On peut joindre à chaque
espèces les têtards et œufs qui lui appartiennent. On
doit visiter fréquemment les flacons afin de remplir les
vides produits par l’évaporation de l’alcool.
Pour la classification et la détermination des espèces
on peut consulter l’ouvrage de Duméril et Bibron :
Erpétologie générale ou histoire naturelle complète des Rep¬
tiles.
Emballage et expédition. — Lorsqu’on veut
expédier des Batraciens à un correspondant, il n'existe
guère d’autre moyen que celui de l’envoi comme échan¬
tillon par la poste ; on est quelquefois exposé, dans ce
cas, à voir son colis refusé par tel ou tel bureau de poste ;
mais on doit bien se persuader qu’on n’est pas en con¬
travention tant que le contenu n’est pas de nature à
détériorer les correspondances et il est très rare de voir
ces envois refusés par la poste. Les animaux doivent
être placés dans de la mousse, dans des herbes fraîches,
et s’ils sont vivants on peut ménager dans un coin de la
boîte une petite ouverture couverte en toile métallique.
Lorsque les animaux ont été placés dans l’alcool avant
d’être expédiés, il faut les éponger avec soin et, au besoin,
les couler dans une enveloppe souple et imperméable.
Les larves de Batraciens peuvent être expédiées soit
dans un flacon à moitié plein d’eau ét bouché, soit dans
une boîte en fer-blanc contenant des éponges ou des
étoupes bien humectées.
Les Tortues (chéloniens) ne réclament aucun soin par¬
ticulier, même pour un trajet de plus de quinze jours.
Albert Graxgeb.
LE CRABE DES COCOTIERS
OU BIRGUS LARRON
La multiplicité des historiens est-elle profitable ou
nuisible à la véracité de l’histoire ? Elle est plutôt nui¬
sible, répondront les esprits chagrins; et ils pourraient
appuyer leur sophisme en comparant les récits contra¬
dictoires qu’on a fait, très nombreux, sur le Birgus
larron.
Depuis Rumphius, qui le range au nombre des curio¬
sités d’Amboine et relate compendieusement ses faits et
gestes, le Birgus a souvent attiré l’attention des voya¬
geurs et donné naissance à mille narrations diverses. Il
a même changé d’état civil plusieurs fois ; Rumphius lui
attribue le nom de Crabe à bourse ( Cancer crementatus )
parce que son abdomen renflé ressemble à une bourse at¬
tachée au thorax; Herbst,Fabricius etLeach lui ont donné
le nom de crabe, de pagure et de Birgus voleur (Cancer
latro Herb., Paginais latro Fabr., Birgus latro Leach), parce
qu’il ferait main basse sur ce qui lui plaît et dépouillerait
sans scrupule les arbres de leurs fruits ; enfin Latreille a
donné à tort le nom de Birgus laticauda à des spécimens
pourvus d’un abdomen plus large et considérés aujour¬
d’hui comme des jeunes du Birgus larron. Dans le lan¬
gage ordinaire on connaît surtout l’animal qui nous
occupe sous le nom de Crabe des cocotiers bien que ce ne
soit pas un crabe et qu’il ne soit pas démontré qu il
ait une préférence spéciale pour le palmier qui produit
la noix de coco.
Le Birgus larron n’est rien autre chose qu’un Ber¬
nard Termite adapté 4 la vie terrestre, au même titre
que les curieux crustacés du genre Cénobite. Il a
comme ces derniers des branchies très réduites, de très
longues antennules et des antennes externes dépourvues
I de palpe basilaire ; mais il en diffère par la carapace
; très élargie au niveau des régions branchiales et par la
82
LE NATURALISTE
symétrie de l’abdomen, qui est court, large et protégé en
dessus par de larges boucliers, calcaires.
C’est la largeur de la carapace, au niveau des régions
branchiales, qui donne au Birgus larron son apparence
de crabe ; c’est elle aussi qui permet à l’animal de
mener son existence aérienne. Elle n’est point faite, à
co,up sûr, pour protéger les branchies très réduites de
l’animal et l’on a remarqué depuis longtemps qu'elle
devait jouer un rôle dans la respiration de l’animal. La
peau qui la tapisse en dessous, au lieu d’être unie ou
simplement pubescente, comme dans les autres crusta¬
cés, se recouvre de prolongements ramifiés et arbores¬
cents, dans lesquels pénètre le liquide sanguin do l’ani¬
mal. Geoffroy Saint-Hilaire avait attribué à ces arbores¬
cences un rôle direct dans la respiration en les considé¬
rant a priori comme un organe d’hématose; mais les
Le Crabe des Cocotiers ( Birgus lalro )■
zoologistes n’acceptèrent pas cette opinion et se bornè¬
rent à regarder l’ensemble des végétations comme une
masse spongieuse chargée de retenir l'eàu et de la distri¬
buer peu à peu aux branchies.
Depuis, le professeur Semper (1) 'a réfuté celte concep¬
tion fausse et justifié, par des observations anatomiques
précises, l’exactitude dés vues de Geoffroy-Saint-Hilaire.
Les arborescences vasculaires sont parcourues par du
sang veineux amené du grand sinus antérieur du corps;
le sang se vivifie dans ces organes et descend ensuite
dans un grand vaisseau efférent qui court sur la partie
inférieure de la carapace," parallèlement au bord libre
de cette dernière, et débouche ensuite dans le péricarde.
En réalité, Ta membrane qui tapisse la carapace au ni¬
veau des régions branchiales joue le rôle d’un poumon,
et le sang qui revient au cœur par le péricarde s’est lié-
matosé à deux sources différentes, dans les branchies et
dans les poumons de l’animal. Ainsi s’explique la grande
réduction des branchies et le puissant développement
de la carapace au-dessus de ces dernières.
Pour peu qu’on connaisse les lois de l’adaptation on
sera porté à croire que le poumon ne s’est pas formé de
toutes pièces dans le Birgus larron, mais qu’il s’est dé¬
veloppé aux dépens d’un système déjà préexistant dans
les autres animaux du même groupe, non adaptés à la
vie terrestre. Chez tous lès Crustacés aquatiques, en effet,
macroures ou brachyures, une partie du sang veineux tra¬
verse la membrane qui tapisse la carapace au niveau des
régions branchiales, s’y revivifie au contact de l'air et
revient directement au péricarde par deux vaisseaux situés
symétriquement, l’un à droite, l’autre à gauche, àlamême
place que dans le Birgus larron (1). Les différences entre
ce dernier et les espèces aquatiques sont toutes dues à
l’adaptation; dans les Crabes terrestres communément
appelés tourlourous la quantité de sang veineux qui revient
au cœur par cette voie est très grande, les branchies sont
relativement réduites, mais il n’existe pas encore d’ar¬
borescence sur la membrane du céphalothorax.
Si, des faits positifs fournis par l’anatomie, on passe aux
récits, donnés par les différents auteurs, de l’habitat de
l'animal, on se heurte à des divergences considérables. On
sait bien que ce Crustacé a une extension géographique
très grande, et qu’il habite la plupart des îles de l’O¬
céan pacifique et de la mer des Indes, mais on est
beaucoup moins bien fixé sur ses habitudes terrestres.
« Ce Crustacé a toujours été rencontré dans l’intérieur
des terres, dit M. Lucas dans une note relativement ré¬
cente. et je ne sache pas qu’il ait été pris sur le littoral
ou dans les rochers baignés par la mer. A cause du mi¬
lieu dans lequel il a été trouvé, on peut dire qu'il'est
plutôt terrestre que marin (2). » D’après Dana il habite à
quelque distance du bord de la mer, d’après Rumphius il
recherche les rochers au voisinage desquels croissent les
cocotiers, fuit l'eau et meurt rapidement dès qu’on l’y
submerge.
M. Lister (3) n’est pas précisément du même avis, et
c’est un témoin oculaire. « Ces Crustacés, dit-il, sont
abondants sur toute l’étendue de l’ile (île Christinas).
Comme nous étions assis à déjeuner au milieu des buis¬
sons, trois ou quatre d’entre eux s’en vinrent, de divers
côtés, dans notre direction; ils avançaient avec précau¬
tion, dressant leurs longs pédoncules oculaires et battant
l’air de leurs antennes curieusement articulées... J’en
aperçus un dans une llaque d’eau, à mer basse, près du
rivage. 11 faisait apparemment provision d’eau dans sa
chambre branchiale. Ses mouvements étaient semblables
à ceux qu’on fait en mangeant; l’extrémité d’une des
grandes pinces était plongée dans l’eau et se relevait vers
la bouche où elle était touchée par un des palpes et l’hu¬
midité était mise en réserve pendant que la pince s’abais¬
sait pour puiser à nouveau. »
Nous ne croyons pas que l’animal se livre à une ma¬
nœuvre si compliquée pour introduire de l’eau dans sa
chambre branchiale, car il ne semble pas que celle-ci
ait besoin d’en renfermer une grande quantité; mais il
n’est pas moins certain que le fait rapporté par Lister,
d’un Birgus se trouvant dans l’eau, correspond parfaite¬
ment avec la vraisemblance. L’on ne saurait admettre
avec Rumphius, en effet, que l’animal s’asphyxie rapide-
(1) Iî. L. Bouvier. Sur le cercle circulatoire de la carapace chez
les Crustacés décapodes, Comptes rendus. Acad. des «cien ce», 1889 •
(2) H. Lucas. Note sur les mœurs et l’habitat du Birgus | Ul¬
tra. Ann. soc. ent. (6). T. p. XXXIX, p. XL.
(1) C. Semper. Uebcr die Lunge von Birgus latro. Zeitsch.
Wiss. zool. , t.XXX, 1878,282.
LE NATURALISTE
ititt
84
LE NATURALISTE
ment dans l’eau ; le Birgus larron est très certainement
un animal essentiellement terrestre, mais il est de toute
évidence qu’un séjour peu prolongé dans l’eau facilite
aussi bien la respiration pulmonaire que la respiration
branchiale. Du reste Quoy et Gaimard, deux excellents
naturalistes, ont observé qu’aux îles Mariannes le Birgus
« se tient sous les rochers des bords de la mer ».
Il est probable que ces habitudes sont susceptibles de
varier dans des limites étendues. « Les Birgus, dit
Dana (1), vivent dans les cavités delà terre. Quand on ap¬
proche de leur trou, ils sortent lentement comme s’ils
cherchaient une proie ; leurs mouvements sont lents et,
quoique de grande taille, ils sont très timides. Ils mar¬
chent à reculons ou en avant, mais ordinairement en
avant. » Streets (2) donne des détails plus précis : « Ils
vivent dans les cavités de la terre, dit-il, et ils garnissent
le fond de leurs terriers avec les fibres fines de la noix
de coco. Les indigènes imprudents, quand ils cherchent à
enlever le crabe de son lit moelleux, ont parfois les doigts
pris dans l’étâu de ses pinces. Il est intéressant dé savoir
que, dans une telle conjoncture, une légère titillation
sur les parties molles inférieures lui fait immédiatement
lâcher prise. » Cette dernière observation est également
relevée par Herbst.
Ce qui est certain c’est que jamais le Birgus larron ne
loge son abdomen dans les coquilles, à la manière des
Paguriens aquatiques etdes Paguriens terrestres du genre
Cénobite; leur abdomen court et symétrique ne se prête¬
rait pas à ce genre d’abri ; il est protégé d’ailleurs parles
fortes plaques calcaires dont nous avons parlé au début
de cet article et qui manquent ou sont très réduites dans
les autres pagures.
Les Birgus larron sont les plus grands de tous les
paguridés connus ; beaucoup dépassent, les pinces éten¬
dues, 50 centimètres de longueur et atteignent parfois
20 centimètres de largeur au céphalothorax. Leurs pin¬
ces sont énormes, très puissantes et donnent à l’animal
une force considérable qui n’est contestée par personne.
Rumphius prétend qu’il peut soulever un gros quadru¬
pède, Quoy et Gaimard rappellent, de leur côté, que
« lorsqu’il saisit un bâton, son corps étant bien fixé, un
enfant peu s’y suspendre ». Malgré leur puissance muscu¬
laire, se sont des animaux très timides et parfaitement
inoffensifs ; quand on les approche, ils lèvent une de
leurs pattes etlalaissent retomber; mais cette démonstra¬
tion agressive dissimule mal leur inquiétude. Toutefois,
disent Quoy et Gaimard, « il faut avoir le soin de ne pas
en mettre plusieurs ensemble, parce que les plus gros
brisent les plus faibles; ô’est ce qui arriva pour deux
qu’on nous avait donnés. Se mangent-ils entre eux? nous
le croyons sans pouvoir l’affirmer. »
Le régime carnassier ne paraît pas être habituel à
ces animaux, si tant est qu’ils ne dédaignent pas la chair.
" Mon frère, dit Willemœs-Suhm (3), en éleva un
assez longtemps à la maison et il le nourrissait de fruits
et de légumes. » On s’accorde à reconnaître au Birgus
larron un goût prononcé pour la noix de coco. D’après
Herbst, on utilise ce penchant pour l’attraper : « On
attache une noix à un bâton, on l’introduit dans le trou
et on la retire ensuite avec l’animal qui la tient forte¬
(1) Dana. Crustacés p. 415. U. S. Expi. Exp.
(2) Streets. Nat. Hist. Hawaï., p. 1)8.
(3) Willemœs-Suhm. Von der Challenger Expédition; Briefe
an C. Th. E. v. Siobold, V; Zeitsch. miss. Zool., t. XXVI, 181(1.
ment dans ses pinces. » Le même ajoute qu’on l’engrais¬
sait autrefois avec l'amande du même fruit, avant de
l’apporter au marché de Batavia. A. Günther l’appelle «le
grand crabe mangeur de noix de cocos ».
Si les derniers auteurs reconnaissent le goûtprononcé de
l’animal pour la noix de coco, ils ne s’entendent pas du
tout pour expliquer la manière dont il se la procure et
dont il peut en tirer l’amande.
Les auteurs et les voyageurs ne sont pas très expli¬
cites sur le dernier point et se contentent pour la plu¬
part de dire que l’animal brise la noix. Mais la noix de
coco a une coque épaisse, très dure et l’on se demande
comment notre crustacé, même avec une grande force,
peut venir à bout de ce travail. « Je n’ai jamais pu voir,
dit Bourne, un Birgus ouvrant une noix de coco; j’ai mis
souvent l’animal dans un baquet avec sa noix, dans le
but de me procurer ce spectacle, mais il ne veut pas
manger en captivité. » Streets n’est pas plus explicite :
Les Birgus « mangent les noix après qu’elles sont tom¬
bées sur le sol, dit-il, ils enlèvent d’abord l’écorce et
brisent ensuite la coque par l’extrémité où sont percés
les trous. » La noix de coco, on lésait, est percée de trois
trous à l’une de ses extrémités; mais cela ne nous indi¬
que guère comment la coque est brisée. Des observateurs,
peut-être pleins d’imagination, ont tourné la difficulté en
supposant que l’animal saisit la noix à pleine pince et la
brise à coups redoublés contre un rocher. Notre gravure,
empruntée à un ouvrage de vulgarisation, montre un
Birgus en train de préparer son dîner par cette méthode ;
mais nous ne garantissons pas l’authenticité du fait. ■
Autre difficulté, l’animal prend-il les noix à terre,
comme le pense Streets, ou va-t-il les chercher sur l’ar¬
bre? Cette dernière opinion est encore de beaucoup la
plus répandue ; elle est appuyée sur l’autorité de nom¬
breux voyageurs. Mais les notes discordantes ne font pas
défaut et viennent pour la plupart de témoins oculaires
contemporains et prompts à mater leur imagination.
« Certaines personnes, dit Bourne, ont douté que ces cra¬
bes soient capables de grimper sur les palmiers, mais j’ai
pu observer le fait et j’en ai même vu un monter sur la tige
élancée du bois de fer et arriver à une branche transver¬
sale le long de laquelle il continua de grimper, le dos
tourné vers le bas, à la manière du Paresseux. Le Birgus,
cependant, ne doitpas grimper sur les palmiers dans le but
de leur enlever leur noix de coco, mais seulement pour
trouver un abri parmi les touffes épaisses des feuilles du
sommet. » Nous pouvons imaginer la manière dont il se
livre à cet exercice; quand le tronc ou les branches sont
faibles, il peut les embrasser avec les pattes rugueuses
de trois premières paires; quand l’arbre atteint une plus
grande taille on peut admettre qu’il s’accroche aux aspé¬
rités de l’écorce par les saillies épineuses et surtout par
les extrémités aiguës des doigts des deux paires de pattes
ambulatoires.
Après avoir relaté les opinions contradictoires qui pré¬
cèdent nous ne surprendrons pas nos lecteurs en disant
qu’on ignore complètement le mode de reproduction de
ces animaux. Deux hypothèses opposées sont en présence:
« Il est à supposer, dit Lucas, que la femelle pond ses
œufs dans la mer et ce n’est qu’à l’état de larve que ce
crustacé devient pélagien; on doit penser aussi que
c’est seulement sous cette forme qu’il est transporté par
(1) G. C. Bourne. General observation on the Fauna of Diego
Garcia, Chagos group. Pr. zool. soc. 188G, p. 333.
LE NATURALISTE
8">
la mer et les courants, et c’est ce qui explique la pré¬
sence de cette espèce dans les diverses parties du monde
que j’ai signalées. » Cette hypothèse est plausible, car
comment admettre qu’un animal à évolution terrestre
ait pu ce répandre dans toutes les îles indo-pacifiques, si
éloignées les unes des autres? Par malheur, en voici une
autre qui ne l’est pas moins. « Un très intelligent pêcheur
de Zamboanga, raconte Willemœs-Suhm, m’a dit que le
crustacé portait ses œufs sous la queue au mois de mai et
il affirmait que les jeunes, à l'éclosion, ressemblent, pour
la forme, complètement à l’adultè. Cela me paraît très
vraisemblable, si l’on s'en rapporte à ce que nous savons
des Gécarcins et des Telph uses. » Nous avouerons volon¬
tiers que la première hypothèse nous paraît de beaucoup
la plus satisfaisante.
La coloration du Birgus larron peut varier dans
des limites assez considérables. « C’est, disent Quoy et
Caimard, un mélange de bleu rougeâtre plus clair sur
le corps, plus foncé aux pattes, qui sont tachées en des¬
sus et plus fortement en dessous de bleu violet. Les
contours sont un peu rougeâtres. » Dana fait observer
que la couleur est variable. « Dans une femelle, dit-il, la
carapace est orange, passant à une riche teinte brunâtre
dans la partie postérieure ; les bras et les pattes sui¬
vantes sont en partie bleu-rougeâtre avec un peu de
bleu foncé ; la main est presque blanche. Dans les
mâles, la carapace est rouge, rouge brunâtre ou cramoisi,
avec les dépressions transverses de la carapace blanchâ¬
tres. » Cette coloration rappelle de très près celle du
Birgus larron de Séba ; nous avons vu au Jardin des
Plantes plusieurs exemplaires d’un brun rougeâtre.
Il y aurait long à raconter sur les usages de cet ani¬
mal, au point de vue de l’alimentation ; bornons-nous
à dire que c’est un mets très recherché et qu’on ne le
considère plus aujourd’hui comme nuisible à la santé
quand il est préparé avec les intestins.
Nous terminons en priant le lecteur de nous pardon¬
ner ce long mais peu précis exposé. Nous l’avons mis en
garde dès le début, et ce n’est pas notre faute si les
récits des voyageurs laissent quelque obscurité dans son
esprit. D’ailleurs, la conclusion qu’il tirera de cet article
n’est pas sans valeur, en dépit de sa banalité : mieux
vaut une bonne et méthodique observation que des mil¬
liers de faits observés sans principes et à bâtons rompus.
E. L. Bouvier.
DIAGNOSES DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Perisama Ouma n. sp.
Dessus des supérieures comme dans Humboldtii Guér. et
Rhodoptera But], mais avec une ligne bleue aux inférieures
plus étroite et plus rapprochée du bord. Dessous comme dans
umpleteinent et est remplacée par une petite tache bleue.
La taille (40 millimètres) de l’unique exemplaire qui me soit
de Loja ne dépasse pas la taille des plus petits Rho-
pas la taille des plus ]
nbre de cette localité.
Humboldtii, toutefois n’ayant reçu de Loja aucun exemplaire
cette dernière espèce, j’incline à croire que Ouma est une
loptera que j’ai r
11 ne serait pas
' “‘umboldtii, to
stte dernière
millimètres.
tache blanche qui couvre toute la partie intérii
sc terminer avant l’angle interne. La côte, qui
narquée d’une tache .jaunâtre vers son mil
Leptalis :
n. sp.
large
érieurc de l’aile
milieu et trois
traversent l’aile un peu avant l’apcx.
Des
pale.
Dessous des supérieures comme le dessus, sauf que la tache
blanche émet le long du bord interne un rayon qui atteint
l’angle et que la rangée des trois taches jaunâtres apicales
semblent se continuer vaguement le long du bord terminal.
Dessous des inférieures, noir brun avec un long trait interne
jaune, une petite tache de même nuance dans la cellule et trois
taches rouges bien marquées à la base.
Thorax noir avec poils gris acier, taché de jaune par-dessous ;
abdomen noir au-dessus, jaune en dessous.
ta Feld., a été prise aux envi-
de Loja en 1886.
LES EUCALYUTIS
DÉCOUVERTE, HISTORIQUE, EMPLOI
Les Eucalyptus sont des grands arbres dont quelques
espèces atteignent des proportions colossales semblables
aux gigantesques Séquoia qui croissent en Californie.
Ces végétaux appartiennent à la famille des Myrtacées ;
ils sont presque tous indigènes de l’Australie ; cependant
la plupart de ces mêmes espèces se rencontrent dans les
immenses forêts de la Tasmanie, où elles constituent
presque entièrement la gigantesque végétation arbores¬
cente de cette île.
Une seule espèce (E. alba) a été trouvée à l’ile de
Timor, située au Nord de l’Australie ; on suppose qu’il
en existe d’autres dans la Papouasie ou Nouvelle-Guinée,
placée au N.-E. de la Nouvelle-Hollande ainsi que dans
les forêts des archipels voisins.
Pendant bien longtemps, on ne connaissait pas d’Eu-
calyptus indigène en dehors de l’Océanie, quand il y a
quelques années on en découvrit une autre espèce dans
le Tonkin, où elle est connue sous le nom de Ydisi ; ce
serait, paraît-il, un arbuste qui n’atteindrait que quel¬
ques mètres de hauteur ; il passe dans ce pays pour
avoir la réputation d’assainir les terrains marécageux,
c’est pourquoi les agriculteurs tonkinois le cultivent
spécialement pour l’employer à cet usage ; cet Eucalyp¬
tus se développe rapidement et produit une grande quan¬
tité de fleurs et de graines, c’est donc une espèce nouvelle,
la seule qui soit originaire de notre hémisphère.
Toutes les parties de ces Myrtacées sont odorantes et
glanduleuses ponctuées. Leurs feuilles sont opposées ou
alternes, ce qui a lieu souvent sur une même plante,
fréquemment dimorphes, entières, coriaces; leur plan
dirigé horizontalement ou se rapprochant plus ou moins
de la direction verticale. Leurs fleurs blanches, jaunâ¬
tres ou parfois rougeâtres, sont axillaires, solitaires ou
plus souvent disposées en cymes pédonculées, ombelli-
formes ou capituliformes.
Ce fut un botaniste français, L’Héritier, qui découvrit
le premier, en 1788, dans la Tasmanie, une espèce d’Eu-
calyptus qu’il a décrit sous le nom tTObliqua. Quelques
années plus tard, en 1792, La Billardière botaniste qui
faisait partie de l’expédition envoyée à la recherche de
l'infortuné La Pérouse, fut frappé de l’aspect étrange des
forêts de la côte de laTerrede Van Diemen, connue au¬
jourd’hui sous le nom de Tasmanie ; s’étant fait débarquer,
il se trouva au milieu d’arbres géants dont les pre¬
mières branches apparaissaient à GO mètres du sol. A
l’aide d’une longue vue, il aperçut que ces arbres étaient
en fleurs, et ce fut à coups de carabine que l’on put en
LE NATURALISTE
86
détacher quelques branches fleuries. Après avoir examiné
ces rameaux et ces inflorescences, il reconnut que ces
A. Bouton d’Eucalyptus. — B. Fleur d’Eucalyplus. — G. Fruit
Grands Eucalyptus d’Australie
végétaux nouveaux pour lui étaient desE. globulus, ainsi
nommés à cause du bouton auquel sont attachées les
fleurs.
Après La Billardière, plusieurs botanistes voyageurs
parlèrent de ces plantes. Antoine Guichenot, jardinier
botaniste du Jardin des Plantes rapporta d’un voyage en
Australie (1800-1804) divers échantillons qu’il signalait
comme des essences forestières d’une acquisition pré-
On suppose que c’est dans les serres de la Malmaison,
près Paris, que l’Eucalyptus aurait été cultivé pour la
première fois en France. Les botanistes, qui avaient dé¬
couvert jusque-là plusieurs espèces de cet arbre, avaient
apporté des échantillons d’herbier avec fleurs et fruits,
mais n’avaient sans doute pas songé encore à en semer
les graines; toujours est-il que Bompland, en 1813, dé¬
crivait sous le nom d’E. diversifolia un arbre à la Malmai¬
son, ou il était cultivé depuis un certain nombre d’an¬
nées ; jusqu’à ce jour, on ne possède aucun renseigne¬
ment qui puisse faire supposer que cette Myrtacée fût
cultivée à une époque antérieure ; on peut donc consi¬
dérer que la plante décrite par Bompland serait le premier
Eucalyptus dont les graines aient été introduites en
France et même en Europe. Il parait que, vers la même
époque, lejardin botaniquede la marine à Saint-Mandrier
avait reçu de la Malmaison quelques Eucalyptus, ainsi
que le constate une note de M. Tobert, alors directeur
de ce jardin. Ces arbres ne durent pas prospérer ou bien
ne furent pas conservés, car ils n’existaient déjà plus
avant que des constructions eussent chassé la plupart
des végétaux très remarquables dont ce jardin était
rempli.
Pendant plus d’un demi-siècle, cet arbre n’était qu’une
plante de collection dont on trouvait quelques rares
sujets dans les serres des jardins botaniques et que l’on
n’osait, pas aventurer en plein air; cette espèce était l’E.
globulus, la seule connue à cette époque. Plus tard, d’au¬
tres introductions furent faites sur divers points, mais
elles n’amenèrent aucun
iltat, et ces arbres ne
encore aujour¬
d’hui qu’une curiosité bo¬
tanique, si un apôtre zélé
n’était venu élever la voix
en leur faveur et commen¬
cer une véritable croisade
contre l’indifférence in¬
juste avec laquelle on a-
vait accueilli les pre¬
miers essais de naturali¬
sation ; cet apôtre est M.
P. Ramel, mort il y a en¬
viron une dizaine d’an¬
nées.
« Vers 1854, dit M. Ra¬
mel dans un de ses écrits,
me trouvant en Australie,
je visitais le jardin bota¬
nique de Melbourne, quand
le directeur des travaux
de cet établissement ap¬
pela mon attention sur
un jeune arbre qui crois¬
sait à vue d’œil dans une
allée écartée. C’était une
blue-gum, ou gommierbleu delà Tasmanie, nom vulgaire
sous lequel on désigne en Australie l’Eucalyptus globu¬
lus. Je ne connaissais ni le nom, ni le végétal, mais je
fus tellement frappé de la vigueur phénoménale de cet
arbre, qu’elle devint pour moi un sujet d’admiration et
d’étude. »
Mais M. Ramel ne se contenta pas d’étudier, et dès
1856, il envoyait en France des graines d’Eucalyptus et
rentré plus tard en Europe avec la ferme volonté de
doter l'ancien monde d’une essence d’arbre dont il avait
constaté les qualités exceptionnelles, il se mit
LE NATURALISTE
87
sement à l’œuvre. Poursuivant son idée philanthropique
avec une ardeur, un dévouement, une ténacité sans éga¬
les, il parvint à faire connaître, apprécier et cultiver
l’Eucalyptus dans les contrées où le climat permetàcette
Eucalyptus globulus jeune.
traverses de chemins de fer et de poteaux télégraphiques.
Le hoisde la plupart de ces arbres a la réputation d’être
incorruptible, surtout quand il reste plongé sous l’eau et
on assure que l’huile qu’il contienten éloigne lestarets;
des planches d’Eucalyptus marginata ont été retrouvées
parfaitement intactes après un séjour de dix-sept ans
dans la mer, tandis que sur le même point les bois d’un
navire échoué étaient perforés en tout sens par des
myriades de tarets. Ailleurs, des piles de ce même bois
(E. marginata) resté vingt-cinq ans sous l’eau ont été
retrouvées dans un état parfait de conservation.
Henri Joret,
LIVRES NOUVEAUX
Les Virus, par le Dr Arloing; Membre correspondant de l’Ins-
litut, Directeur de l’Ecole vétérinaire cl Professeur à la
Faculté de Médecine de Lyon.
La théorie des microbes est en train de renouveler la méde¬
cine tout entière en mémo temps que la-physiologie, sous l’im¬
pulsion donnée par M. Pasteur et M. Chauveau. La Bibliothèque
internationale , dirigée par M. Em. Alglavc, a donné, dans le
livre de. M. TROUEsiSART sur les Microbes, un résumé des tra¬
vaux de l’école de M. Pasteur, qui a mérité les éloges de l’il¬
lustre savant. L'ouvrage de M. Arloing, le collaborateur de
M. Chauveau, qui parait aujourd’hui, prend ces questions à
un point de vue plus intéressant encore. M. Arloing étudie
l’organisme dans sa lutte avec les microbes, éléments actifs des
virus ; il montre le malade succombant ou résistant et acqué-
rant alors, d’ordinaire, une immunité spéciale contrôle retour du
mal qui l’a touché une première fois. 11 étudie ensuite les dif¬
férents moyens de produire chez l'homme cette immunité
contre les terribles maladies qui sont le fléau de notre espèce,
depuis la variole jusqu’à la rage et à la phtisie. Il est ainsi
amené à développer et critiquer, dans un chapitre spécial, les
travaux de Koch sur la fameuse lymphe préservatrice de la tu¬
berculose, lymphe qui a tant passionné le monde savant depuis
quelques mois. (1 vol. in-8° avec 41 figures, faisant partie de la
Bibliothèque scientifique internationale. — Librairie Félix
Alcan. Prix, cartonné à l’anglaise, 6 fr. et aux bureaux dujournal.
Nous signalons b nos lecteurs la publication d’un nouveau
journal scientifique chez l’éditeur Félix Alcan, c’est la Revue
île l'école tP Anthropologie, dirigée par h-s professeurs île cette
école, parmi lesquels nous remarquons MM. Mathias Duval,
Ah. Hovelacque, de Mortii-let, Laborde, Letourneau, Ma-
Myrtacée de se développer à l’air libre. Avant d’entrer
tlans la tombe, M. Hamel a eu la satisfaction de voir ses
généreux efforts couronnés de succès malgré les obsta¬
cles qui se dressèrent devant lui pour accomplir la noble
mission qu’il avait entreprise. Aujourd’hui la France,
l’Algérie et d’autres contrées se trouvent en possession
d’une véritable fortune.
Par ses proportions gigantesques, par sa croissance
rapide, par la résistance de son bois, par ses propriétés
d’assainissement et médicales, cet arbre répond à une
foule d’objets de premier ordre. Grâce à ces avantages
précieux les Eucalyptus ont été de toutes parts plantés
sur une très vaste échelle dans toutes les régions chaudes
et tempérées du globe, et c’est par dizaine de millions
qu’il faudrait compter si on devait en faire le recense¬
ment.
On a beaucoup contesté à l’Eucalyptus la propriété d’as¬
sainir, mais comme il s’agit d’arbres à croissance rapide
on ne peut nierque les feuilles ne peuvent servir à assai¬
nir l’air, comme les pins etles sapins. Malgré la rapidité
qu’ils mettent pour se développer, ces arbres n’en four¬
nissent pas moins un bois d’une solidité remarquable;
ce sont eux qui produisent presque la totalité des bois
de charbonnage, de charpente et de menuiserie ; ils ren¬
dent encore des services comme pilotis de pont, comme
clu Cri à la Parole, et Laborde : les
ï intellectuelles et instinctives ; une chronique préhis¬
torique de M. de Mortillcl et une revue complète de tous les
faits scientifiques pouvant intéresser les anthropologistes.
Celte publication est faite par livraisons mensuelles de
32 pages ornées de gravures. Son prix modique de 10 fr. par
an, permettra de répandre e.t de populariser celte science nou¬
velle qui, en si peu de temps, a pris place au premier rang.
ERRATUM
Nous donnons ci-après les figures, qui devaient accompagner,
dans un des précédents numéros, l’article de notre, collabora¬
teur M. P. A. Dangeard: La Chlorophylle normale existe-t-elle
chez les animaux? Nos lecteurs voudront bien se reporter à
l’article précité.
A A B c D
Fig. i. — AA' Chlorogonium cuchlorum. - 13. Phacolus lenti-
cularis. — C. Chlamydomonas Moricri. — D. Pithiscus Kleb-
88
LE NATURALISTE
Fig. 2. — Chlamydomonas Morierï A-I. — A. Zoospore.
B. Sporanges avec quatre zoosporcs. — C. Sporanges avec
quatre spores. — D. Formation des gamètes. — EF. La con¬
jugaison des gamètes. — G. L'oospore provenant de la fusion
des gamètes ; autour les traces des membranes de ces gamè¬
tes. — HI. Oospore et sa germination. — Chlamydomonas
Reinhardti JK. — Les gamètes et leur fusion.
■157. Beneden, E. Les Anthozoaires pélagiques recueillis
par M. b' professeur Hcnsen dans son expédition du
Plankton. — Communication préliminaire. — I. Une
larvé voisine de la larve de Scmpcr. PL XV.
Archiv. de Biol. 1890, pp. 48S-521.
•158. Bienfait et Hogge. Recherches sur le rythme rcspi-
'^Trac. du Labor. de L. Fredericq. III, 1890, pp. 13-24.
•15». Billet, A. Notions élémentaires de Bactériologie («
suivre).
Feuil. des Jeunes Suturai. 1891, pp. 61—66.
•160. Bizzorero, G. Nouvelles recherches sur la structure
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Arch. Ital. de Biol. 1891, pp. 293-330.
161. Blasius. Vogellcbcnan den deutschen Leuchtthürmen.
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Omis. 1890, pp. 547-590.
•1 68. Blumenau, L. Zur Entwicldungsgeschichtc und feinercn
Anatomie des Hirnbalkcns. PI. I.
Arch. /ur Mikrn.sk. Anal. 1891, pp. 1-15.
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circulatoire artériel chez les Crustacés anomoures.
Bull. Soc. Philomat. 1889-1890, pp. 179-182.
16 1. Bouvier, E.-L. Sur la respiration et quelques disposi¬
tions organiques des Paguriens terrestres du genre
Cénobite.
Bull. Soc. Philomat. 1889-1890, pp. 194-197.
•165. Buj or, P. Note préliminaire sur la métamorphose de
VAmmocœtes branchialis en Petromyzon Planeri.
Bec. Biol, du Nord. 1891, pp. 201-212.
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nile, glandolc del cemento e fecondazionc nei Crostacei
Dccapodi. PI. XVII.
Mittheil. Zool. SUd. :u Neapel. 1891, pp. 503-532.
167. Cerfontaine, P. Recherches sur le système cutané et
sur le système musculaire du Lombric terrestre. PL. XI
à XIV.
Archiv. de Biol. 1890, pp. 327-428.
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mit Quecksilbcrsalzcn. PL II.
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Fi„ 3 — Botrydium granulatum — A. Une plante de moyenne
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nte _ c. Trois stades de la conjugaison des gamètes pour
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Trac, du Labor. de L. Fredericq. III, 1890, pp. 187-193.
G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
R. K. l.EVÉ, RUE CASSETTE, 17.
PARIS. — 1MPI
13e ANNÉE
28 SÉRIE — I*° «î»
K. AVRIL 1891
LE BOMBYX DU SAULE
LIPARIS SALICIS, God.
Ordre des Lépidoptères : Famille des Bombycites.
Le Bombyx du Saule, Liparis salicis L. God. est un
assez gros Papillon blanc, de 40 à 4o millimètres d’en¬
vergure, que l’on trouve assez oommunément à la fin de
juin et pendant la plus grande partie de juillet. Au com¬
mencement de juillet la femelle pond ses œufs en masse
sur les troncs de Saule et de Peuplier. Ces œufs, verts au
moment de la ponte, sont mêlés à une sorte de mousse
ou d’écume qui, en séchant, forme autour d’eux une en¬
veloppe gommeuse qui les
couvre et les dissimule en
les faisant ressembler à
l’écorce de l’arbre contre
lequel ils sont appliqués.
tiennent de vingt àtrente:
je crois, sans pouvoir l’af¬
firmer, que la femelle pro¬
duit plusieurs de ces mas¬
ses. Quelques jours après
la ponte naissent de peti¬
tes chenilles velues et noi¬
râtres, qui se rendent sur
les feuilles de l’arbre où
elles sont nées, dont elles
rongent le perenchyme à
la face inférieure ordinai¬
rement, car on en voit
qui attaquent aussi la face
supérieure, laissant intac¬
tes les nervures, et l’épi¬
derme de l’autre face, ce
qui détermine sur les feuil¬
les des taches souvent ar¬
rondies qui blanchissent
ou roussissent. Les chenil¬
les se tiennent pendant le
premier âge rangées l’une
auprès de l’autre. Au bout
de sept ou huit jours,
elles demeurent immobi¬
les,’- ne mangeant plus,
puis elles changent de peau. Après cette première mue,
elles ont 3 millimètres de long, sont noires, chargées de
tubèrcules portant des pinceaux de poils blonds et noirs,
ces derniers moins nombreux que les autres. Sur le dos,
une bande blanchâtre deux fois interrompue.
Elevées en captivité, elles se retirent, vers la lin de juil¬
let ou le commencement d’aoùt, dans les angles et les
coins des boîtes où elles sont enfermées, et, cessant de
manger, s’yfilentde petits cocons ovales de soie blanche,
où elles hivernent. En liberté elles s’établissent probable¬
ment dans les fentes des écorces des Saules et des Peu¬
pliers, où elles tissent leur petit cocon et où elles
passent l’hiver. Pendant cette saison elles doivent être
souvent la proie des grimpereaux, des troglodytes et des
mésanges que l’on voit explorer avec tant de soin et d’at¬
tention les troncs et les branches des arbres. C’est proba¬
blement à la destruction, que ces oiseaux insectivores
font de ces chenilles pendant la saison rigoureuse, qu’est
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
due la quantité peu considérable des insectes parfaits, si
on la compare à la grande fécondité des femelles. Les
chenilles, étant très voraces, seraient fort nuisibles aux
arbres sur lesquels elles vivent, si les oiseaux ne modé¬
raient l’extension de l’espèce.
Lorsque l’hiver a fait place au printemps, un peu
plus lût ou un peu plus tard, selon la douceur de la tem¬
pérature, et généralement dans les premiers jours d’avril,
les petites chenilles s’éveillent etquittent leurs tentes de
soie. En captivité, elles errent pendant plusieurs jours
dans leurs boîtes, refusant la nourriture qu’on leur
donne, et se retirent même encore dans leurs petites
tentes si la température se refroidit. Enfin elles se dé¬
poses en étoile des poils fauves et courts : au-dessous de
ces tubercules, de chaque côté, une ligne blanche inter¬
rompue, et plus bas encore, une autre rangée de tuber¬
cules semblables aux premières, un peu plus pâles et
chargés de poils d'un blond fauve, disposés de la même
manière, mais beaucoup plus longs. La couleur des côtés
sur lesquels sont placés ces tubercules est le gris
bleuâtre, qui forme une bande latérale. Le dessous du
corps est le gris noirâtre. La chenille a seize pattes : les
six premières sont noirâtres, les autres jaune fauve.
A la fin de mai les chenilles ont 28 millimètres de
longueur et paraissent avoir atteint tout leur développe¬
ment; quelques-unes sont bien moins avancées et n’ont
que 16 millimètres. Jusqu’à cette époque elles paraissaient
fort sédentaires et marchaient fort peu ; mais alors elles
sont prises d’une humeur voyageuse, qui indique qu’elles
approchent du moment de la métamorphose. En effet, le
entent a manger les jeunes feuilles de Peuplier en atta¬
quant seulement le
tubercules brun faux
chyme par une de leurs
faces : puis enfin elles en¬
tament la feuille par la
tranche et la mangent en
entier: elles commencent
alors à grossir. Lorsqu’el¬
les veulent changer de
peau, elles se construi¬
sent de nouvelles tentes de
soie, et y demeurent iso¬
lées jusqu’à ce qu’elles
aient dépouillé leur an¬
cien vêtement. En certain
nombre périssent pendant
cette opération. Les che¬
nilles restent longtemps
noirâtres et peu colorées,
mais lorsqu’elles ont at¬
teint la taille de 10 à 12
millimètres elles prennent
leur livrée définitive. La
forme est parallélipipédi-
que : la tôle est d’un gris
bleuâtre. Le corps est
velu, la couleur générale
est le brun fauve : Sur le
dos une large bande noire
porledans sonmilieu onze
grosses taches géminées
blanches; en avant de cha¬
cune de ces taches et sur le
côté se trouvent deux gros
le sommet desquels sont dis¬
LE NATURALISTE
90
5 juin elles commencent à filer un léger cocon entre
deux feuilles ; les autres filent aussi les jours suivants
leur cocon entre deux feuilles ou dans un coin de la
boîte. L’une des plus petites qui avait commencé son co¬
con se ravise, se remet à manger, et ne file plus que
quelques jours après. Le cocon, qui en liberté est ordi¬
nairement établi entre deux feuilles, est très mince et lé¬
ger et laisse voir la chrysalide à l’intérieur- Celle-ci est
d’un noir brillant garnie, à la séparation des segments,
de poils blancs ou jaunes disposés en cils. Je n’ai pu vé¬
rifier si la différence de couleur est liée à une différence
de sexe. La première de mes chenilles a commencé son
cocon le 5 juin, la dernière le 20 du même mois. Le 25
juin éclôt le premier papillon : par conséquent la Nym¬
phose ne dure pas plus de vingt jours. Dans les prés et
dans les chemins bordés de Peupliers, on trouve dès la
fin de juin une assez grande quantité de Papillons morts
à terre; ce qui semblerait indiquer que l’éducation se
fait un peu plus rapidement en liberté, et que la vie du
Papillon est assez courte ; cependant on en trouve encore
de vivants jusque vers le lo juillet. La vie évolutive de ces
insectes dure donc environ une année, puisque les œufs
éclosent du 10 au 13 juillet.
Le Papillon a de 40 à 45 millimètres d’envergure : tout
le corps est d’un blanc luisant : les ailes sont du même
blanc avec les nervures légèrement teintées de jaune :
Les pattes sont annelées de noir et de blanc. Les an¬
tennes du mâle sont très pectinées, blanches, avec les
lames brunes. Celles des femelles sont dentelées : les
palpes sont courtes et rapprochées, la trompe nulle, par
conséquent le Papillon ne mange pas pendant sa courte
existence.
La femelle ne vole pas et se tient accrochée pendant
toute sa vie à l’arbre où elle a vécu. Le mâle, moins lourd
que la femelle, vole sans doute, mais on le prend rare¬
ment au vol; en revanche on le trouve souvent mort à
terre dans le voisinage des plantations de Peupliers et de
Saules.
E. Pissot.
L'ÏÏIBEMATIOI
( Suite et fin.)
Mollusques. — Presque tous les Mollusques de nos
eaux douces s’enfouissent dans la vase pour y passer
l’hiver; cela est surtout vrai pour la Paludina vivipara,
munie d’un opercule, qui disparaît totalement pour ne
reparaître qu’assez tard, au printemps. Les Anodontes
les Unios ferment leurs valves et se laissent recouvrir
parles détritus, feuilles mortes, etc., qui l'emplissent les
étangs et les petits cours d’eau; il paraît d’ailleurs y
avoir chez ces animaux un grand développement de ma¬
tières de réserve qui leur permettent de se passer de
nourriture pendant plusieurs mois. Les Limnées et les
Planorbes conservent, en général, leur activité ; il n’est
pas rare d’en trouver de mobiles sous la glace des étangs
(Moquin-Tandon). Garnier rapporte qu’il a vu des Lym-
nea aunculnria se ranimer parfaitement après avoir été
gelées à — 19°.
Les Umax, Arion, etc., semblent craindre le froid
moins que les Hélices ; ils s’engourdissent vers + 3°, se
rassemblent dans les crevasses des arbres, sous les
pierres, dans les trous des murs, se contractent et se
pelotonnent en boule (Spallanzani).
Tout le monde connaît l’hibernation des Hélix ;
lorsque le froid arrive, vers + 3° ou + 4°, le Colimaçon
sécrète un mucus spécial, mêlé de calcaire, qui se durcit
à l’air et ferme hermétiquement la coquille : on donne à
ce pseudo-opercule blanc, assez résistant, le nom dVpi-
phragme. L’animal se retire au fond de la coquille ; la
respiration et la circulation sont réduites à leur strict
minimum, puisque la quantité infinitésimale d’air ren¬
fermée dans son gîte lui suffit pour de longs mois ; les
tissus sont bourrés de matières de réserve; aussi est-ce
en cet état que les Escargots sont livrés à la consom¬
mation.
L’épiphragme, très épais en hiver, est souvent suivi
d’une série d’épiphragmes accessoires, que l’animal sé¬
crète en se retirant de plus en plus vers le fond de la
coquille, spécialement lorsque le froid devient plus vif
(Paul Fischer chez Hélix pomatia ) ; Moquin-Tandon dit
en avoir rencontré jusqu’à six chez un Hélix aspersa. A
cet état, les Hélix peuvent supporter jusqu’à — 9°, mais
ils gèlent et périssent, paraît-il, lorsque le thermomètre
descend à — 12° et même à — 10°.
Le printemps arrivé, l'animal détache son épiphragme
qu’il rejette, et se met aussitôt à manger. Lorsqu’on
conserve ces Gastéropodes dans une chambre chauffée,
avec une nourriture suffisante, ils ne s’enferment ni ne
s’engourdissent (Gaspard).
Annélide s. — Les Sangsues disparaissent complète¬
ment à l’approche de l’hiver; elles s’enfouissent profon¬
dément dans la vase, sous les feuilles mortes, et restent
contractées et immobiles, sans prendre, aucune nourri¬
ture, jusqu’au printemps suivant; on sait d’ailleurs que
les Sangsues, après s’être gorgées d’aliments, peuvent
rester jusqu’à un an sans manger de nouveau.
Les Lombrics hibernent également; ils s’enfoncent
assez profondément en terre, de façon à ne pas être
surpris par la gelée. Leur cavité péri viscérale est alors
remplie de cellules spéciales, remplies de granules
jaunes, de nature protéique, que l’on appelle cellules
chloragogènes ; elles sont particulièrement abondantes au
moment de l’hibernation, et il est très probable qu’elles
jouent le rôle de matières de réserve. Pendant cette
période, les Lombrics sont contractés, et lorsqu’on les
déterre, c’est à peine s’ils répondent aux excitati ons.
Enfin, chez nombre d’animaux, il se développe à
l’entrée de la mauvaise saison des œufs spéciaux (œufs
d’hiver, œufs durables) ou des bourgeons dormants très
résistants (statoblastes, gemmules). A la vérité, ces œufs
ou ces bourgeons ne sont pas organisés spécialement
pour résister au froid; ils sont simplement destinés à
attendre des circonstances favorables au développement
de l’espèce, soit après des périodes de sécheresse, soit
pendant l’hiver. Leur résistance est très considérable;
les statoblastes des Bryozoaires d’eau douce ( Plumatclla ),
revêtus d’une coque épaisse, sont bien connus sous ce
rapport : von Nordmann en a transporté, desséchés
dans du papier, de Paris à Odessa, où ils se sont bien
développés ; Sars a obtenu, à Christiania, une Plumatelle
provenant de statoblastes d’Australie; Krœpclin a fait
éclore à Hambourg des statoblastes de Pectinatella en¬
voyés des Etats-Unis, etc. Les œufs d’hiver de certains
Crustacés ( Branchipus , Apus, Daphnia, Diaptomus), les
œufs durables des Rotifères.ont aussi une durée de vie
latente extrêmement longue ; il en est de même pour les
LE NATURALISTE
91
gemmules des Spongilles d’eau douce, les kystes de cer¬
tains Infusoires, etc.
Il faudrait encore étudier l’influence du froid sur
la taille des individus : on sait que la plupart des formes
polaires sont naines, et les Esquimaux eux-mêmes, quel
que soit leur haut rang dans l'échelle, ne font pas excep¬
tion. Une Lirnnée polaire de très petite taille paraît être
exactement la même qu’une de nos Limnées des pays
tempérés, dont les dimensions auraient peu à peu di¬
minué sous l’influence du froid. Pour tous les animaux,
il y a une certaine température pour laquelle leur déve¬
loppement est optimum (Semper), cet optimum variant
naturellement, suivant les espèces, dans des limites
assez étendues. On comprend que, pour les espèces des
pays tempérés qui émigrent jusqu’aux régions polaires, i
cet optimum n’est que rarement atteint; par suite, les
facultés reproductrices se développent avant que la |
taille ait atteint son maximum habituel. Au bout d’un '
certain nombre de générations, il y a ainsi formation I
d’une race naine, qui peut être érigée en espèce parfai¬
tement distincte.
Enfin, certains animaux présentent, suivant les sai¬
sons, des différences de forme et de couleur extrême¬
ment curieuses, qui constituent le dimorphisme saison¬
nier, surtout étudié chez divers Lépidoptères.
On voit que l’abaissement de la température amène
chez les animaux quantité de modifications importantes ;
leur étude expérimentale, un peu négligée jusqu’ici,
fournirait, je n’en doute pas, des résultats nouveaux et
très importants.
L. Cuénot.
La Flora de l’Inde dans ses rapports avec la Flore
DE FRANCE
uenonculacées [Suite).
Ranunculus muricatus L. — Espèce du Midi de la France
et de l’Auvergne; croit dans les lieux humides, lieux maré¬
cageux à de faibles altitudes dans le Paujab-Himalayen et dans
les plaines, à Pcshawar et à Umballa.
Distribution générale : Europe, Asie occidentale, région
tempérée du nord de l’Amérique.
Ranunculus arvensis L. — Appartient à la Flore do Paris,
croit en France dans les moissons. Habite l’Himalaya occi¬
dental du Cachemir au Cumaon.
Distribution générale : Europe, Asie Mineure, Afghanistan,
Sibérie occidentale.
Ranunculus glacialis L. — Plantes des Alpes et des Pyré¬
nées, au voisinage des glaciers. On la rencontre dans la région
alpine de l’Himalaya, au Cumaon, au Sikkim. Altitude : de
4,800 à 5,400 mètres.
Distribution générale : Sibérie.
Caltha palustris L. — Espece parisienne, plante des maré¬
cages et des ruisseaux. Aux Indes, elle habite les marais de
l’Himalaya tempéré et occidental, du Cachemir au Népal. Alti¬
tude : 2,400 à 3,000 mètres. Dans les spécimens de la plante
indienne, les fouilles ne sont jamais entières; toutefois, elles
sont souvent plus étroitement et plus finement dentées que
dans les spécimens d’Europe. On connait deux variétés de
cette espèce dans l’Inde, le C. pal. normalis à fleurs jaunes, et
le C. pal. alba à fleurs blanches.
Distribution générale : Parties tempérées de l’Europe et de
l’Asie. Nord de l’Amérique.
Isopyruin l/ialictrn'idcs L. — Habite les bois des montagnes
et se trouve en France, à Paris, tout près de Vélizy, où je l’ai
recueillie jadis. On la voit sur l’Himalaya tempéré et occi¬
dental et au nord du Cachemir.
Distribution : Afghanistan, Sibérie, France et Est de l’Eu¬
rope.
Aquileyia vulgaris L. — Espèce de la Flore des environs do
Paris. Piante des bois et des prés. Habite aux Indes la région
subalpine et tempérée de l’Himalaya occidental.
On compte cinq variétés de cette plante dans la Flore de
l’Inde.
Aq. vulg. viscosa, abondante dans le Thibct occidental.
Aq. vulg. pubiflora. Versant tempéré de l’Himalaya.
Aq. vulg. alpina. Région alpine de l’Himalaya occidental.
Aq. vulg. pyrenaica. Région alpine et tempérée de l’Hima¬
laya occidental et du Thibet. Altitude : 3,000 à 4,200 mètres.
Aq. vulg. jucunda. Cachemir.
Distribution : Régions tempérées de l’Europe et de l’Asie.
Delphinium elatum L. — Plante des Alpes et des Pyrénées.
Occupe aux Indes l’Himalaya occidental tempéré et les vallées
centrales du Thibet. Se trouve aussi du Cumaon au Cachemir.
Altitude : 3,000 à 3,600 mètres. Cette espèce présente deux
variétés dans la Flore de l’Inde : Delph. el. ranunculi folium et
D. el. inciswn.
Aconitum Lycoctontim L. — Habite en France les hautes
montagnes, et aux Indes, la région tempérée de l’Himalaya
occidental, de Cumaon au Cachemir. Altitude : 2,000 à 3,000 in.
Distribution : Europe, nord de l’Asie.
Aconitum Sape U us L. — En France : lieux humides des
montagnes. Aux Indes : Himalaya, région alpine et tempérée:
s’élève jusqu’à l’extréme limite do la végétation dans les pro¬
vinces du Nord-Ouest. Quatre variétés : Ac. Nap. rigidum,
multifidum, rotundifolium.
Distribution : Europe, régions tempérées et arctiques du
l’Asie et de l’Amérique.
Actæa spicata L. — Plante des bois et des prairies, en
France et dans la région parisienne. Habite l’Himalaya tem¬
péré. du Bhoutan à Hazara. Son fruit est noir, dans la forme
himalayenne comme dans la forme européenne, tandis qu’il est
blanc et rouge dans la forme américaine.
Distribution : Europe, Nord de l’Asie, Nord de l’Amérique.
BERBÉRIDÉES
Rerberis vulgaris L. — Cette espèce appartient à la Flore
des environs de Paris. Elle pousse en France dans les haies.
Elle habite, dans l’Inde, l’Himalaya occidental, du Népal au
Thibet occidental. Altitude : 2,400 à 3,600 mètres.
Cette plante présente les variétés suivantes :
Rerb. vulg. crutœgina. Cachemir, 1,500 à 3,000 mètres.
— _ œtnensis. Simla à Balti, 1,800 à 3,600 mètres.
— — brachybolrys. Du Sikkim à Simla, 1,800 à
3.600 mètres.
Rerb. vulg. crelica. Garwhal à Balti, 2,700 à 3,300 mètres.
Distribution : Europe tempérée et nord de l’Asie.
NYMPHÈACKES
Symphæa alba L. — Espèce do la flore parisienne. Se
trouve en France dans les étangs et aux bords des rivières.
Croit aux Indes, dans les étangs du Cachemir. Altitude :
1.600 mètres.
Distribution : Europe. Sibérie.
Cette espèce offre une variété qui habite le Cachemir:
Xymph. alba cachemiriana.
Papatier hybnduni L. — Espèce parisienne, habitant les
moissons. Sc trouve en Corse, à Porto-Vecchio. Habite aux
Indes le Paujab, près do Pcshawar et la vallée du Jelam.
Distribution : Afghanistan, Asie occidentale, Nord de
l’Afrique, régions arctiques, Tripoli, Maroc.
Papaver dubium L. — Plante des environs de Paris. Com¬
mune dans lus moissons. Croit dans les champs de blé, dans
l’Himalaya occidental, de Garwhal à Hazara.
Distribution : Afghanistan, Europe, Asie occidentale.
Papaver Rhœas L. — Espèce parisienne, commune dans les
moissons et les champs. Habite le Cachemir.
Distribution : Europe, Asie occidentale, Nord de l’Afrique,
Tripoli, Maroc.
Papaver somniferum L. — Se trouve dans la Flore de Paris.
Cultivée en France, cette espèce l’est aussi par toute l’Inde,
ainsi que dans les régions tempérées et chaudes de l’Europe,
de l’Asie et du nord de l’Afrique.
Le genre Meçonopsis, de la famille des Papavéracées, est
représenté aux Indes par six espèces qui habitent l’Himalaya,
le Népal et le Sikkim, de 2,400 à 5.200 mètres d’altitude.
A suivre.;
Hector Lèveili.k.
92
LE NATURALISTE
QUELQUES REMARQUES SUR LES ROTIFÈRES
(Suite et fin.)
IV
Revenant aux Rotifères, nous trouvons l’appareil rotateur,
plan, différant un peu suivant
latérales et sur le devant du
cou, et par sa conformation et par sa position, c’est véritable¬
ment un appareil de pure locomotion.
Chez les genres Rotifer, Pliilodina et autres, l’appareil rota¬
teur consiste en une paire de mamelons couverts de longs cils et
de cils vibratils très courts, qu’ils peuvent avancer et rétracter
; manière que j’ai indiquée pour les
s), et ces Rotifères, en mettant en
les cils de leurs mamelons,
dans l’eau, qui les force à
tous les Pi.oïma de l’ouvrage de
aussi leur appareil rotateur composé de
:ux mamelons principaux, mais plus rapprochés entre eux sur
: devant (face ventrale’ et parsemés d’éminences ciliées plus
La BOUCHE donc est eni
non en avant et -au milieu de leurs éminences, tout (
chez les Bdelloïdes, Rhizota et Scirtopoda (Hudson).
Les Rotifères pour se transporter, no se servent plus de
leur appareil rotateur, mais de leur bouche et de bothridies, si je
puis m’exprimer ainsi, qui se trouvent au bout des appendices
garnissant l’extrémité caudale de leur corps.
L’animal avance la tête, en la promenant à droite et à gauche,
comme pour sonder le terrain, tout en se servant d’une touffe de
petits cils, qui tapissent le palais, qu’on me permette ce mot, de
l’ouverture buccale, cils qui oscillent comme le bout de la langue
des serpents, après quoi, l’animal en rentrant les cils, approche
les lèvres de la fente buccale, donnant à celle-ci la forme d’une
ventouse et l’accole contre les objets à la surface desquels il
glisse. L’animal abandonne ensuite l’autre point d’appui,
obtenu par la fixation des fentes qui se trouvent sur les appen¬
dices caudaux, pour aller les fixer plus près du point d’appui
de la bouche et avancer de la sorte, en arpentant les parois,
comme le ferait une sangsue ou une chenille arpentcuse.
Ce moyen de locomotion, je l'ai enregistré chez tous les
Rotifères que j’ai eu l’occasion de trouver et d’observer. L'Ac-
tinurus neptunius est un sujet on no peut plus apte, pour ces
sortes d’observations. L’animal fixé, à la fois, par le bout de
ses trois appendices de l’extrémité caudale et par la bouche
allonge tout à coup les cinq anneaux inégaux qui composent
.ité et qui, placés les uns dans les autres, se trouvent
une fente dorsale de la carapace. Comme ces
passent de beaucoup en longueur 1
ment dit de l’animal, ils impriment à celui-ci
droite ou à gauche et le tout prend la forme d’n
cercle. L’animal ré
indique la part de la bouche dans le mécanisme do son exécu¬
tion.
Quand c’est pour mettre en mouvement les particules plus
ou moins alimentaires qui les environnent, les Rotifères tour¬
nent les cils de leur appareil rotateur
la face ventrale de ’la tête, qui lave la face
rotateur. Les particules, qui s’engagent derrière lui, sonl
happées par la bouche et entraînées surtout par le courant
d’eau entretenu par le courant ciliaire de la cavité buccale et
par l’appareil soit dit masticateur ( mastax ) qui
plutôt le rôle de pompe aspirante.
Les considérations que je viens d’exposer diffèrent on bien des
points des observations des Naturalistes, et je dois ajouter à regret
que fort souvent, pour ne pas dire toujours, les figures repré¬
sentant soit l’ensemble soit des parties de l’organisation des
Rotifères sont pour la plupart
vivant et à la chambre claire, sur des expériences maintes fois
répétées et sur des observations do très longue durée.
Et il en résulte :
1° D’une part, un trait de plus do parenté entre les Vers et
les Insectes, vu la ressemblance si marquée entre les embryons
des Insectes à développement aquatique et ceux des Annélides
polychoetes ; d’autre part, une analogie entre l’appareil rota¬
teur des Rotifères et l’appareil locomoteur des larves des
Insectes et dans les deux cas, il se trouve placé sous la gorge
de l’animal. La larve de Chironomus se cramponne, à l’aide de
ses mamelons sétigères placés sous la gorge, à la surface des
Algues et pierres pour chercher sa nourriture. Le Rotifère, s’il
ne va pas à la recherche de sa nourriture, fixé par le bout de sa
queue, met en mouvement les cils de son appareil rotateur et
les particules environnantes tombent dans un tQurbillonnement
d’eau qui les dirige vers l’ouverture buccale.
2° Les Rotifères ont une tête plus ou moins protractile, por¬
tant ("ouverture buccale sur la face ventrale (tournée vers
l’appareil rotateur), bouche qui leur sert aussi pour arpenter.
Dr Léon C. Cosmovici,
Professeur à l’Université de Jassy.
DENDRITES ARTIFICIELLES
L’étude des réactions qui se développent au contact
des solutions métalliques et de fragments de carbonate
de chaux m’occupe depuis plusieurs années. Le ruis¬
sellement sur des roches calcaires de maints produits
dérivés des gîtes métallifères ou de l’altération des miné¬
raux métalliques disséminés dans les roches, réalise à
chaque instant dans la nature des conditions analogues
et donne aux produits artificiellement obtenus une
signification géologique qui en augmente très évidem¬
ment l’intérêt.
C’est ainsi que le mode opératoire dont il s’agit paraît
avoir jeté du jour sur l’histoire des amas de limonite et
sur ceux de bauxite, en même temps que sur l’origine du
gypse dans plusieurs de ses situations géologiques.
A la même série appartient sans doute la production
des variétés d’oxyde hydraté de manganèse qui, sous la
forme de dendrites, ou sous celle d’enduits continus
dont le type est le wad des mers profondes, se rencontre
dans un si grand nombre de conditions, et l’on pouvait
ne pas prévoir les particularités qui la concernent.
Tandis, en effet, que l’immersion du calcaire dans la
solution aqueuse de sulfate de fer détermine très rapi¬
dement le dépôt de l’hydrate ferrique ou limonite, rien
de comparable à un dépôt d’acerdèse n’est la consé¬
quence du contact avec le carbonate de chaux, des solu
tions de sulfate de manganèse ; on peut laisser les choses
à elles-mêmes pendant des semaines et des mois sans
que la moindre trace d’oxydation ou d’un produit ana¬
logue se manifeste.
La raison de cette singularité me parut devoir être
fournie avant tout par l’analyse de la matière constitu¬
tive des dendrites et je m’aperçus que très peu de
recherches ont été faites jusqu’ici dans ce sens.
Je choisis des dendrites de manganèse très noires et
se montrant à la loupe constituées par la réunion de
particules anguleuses qui sont très vraisemblablement
des cristaux juxtaposés en séries linéaires. Il est sou¬
vent malaisé d’isoler exactement la matière noire des
particules provenant de la roche qui supporte les den¬
drites et dont on les sépare avec une pointe dure ;
toutefois il est facile de tenir compte de ces impuretés
et d’en faire abstraction dans le calcul des analyses.
LE NATURALISTE
93
I
II
III
IV
77.2
76.3
7.7.9
75.2
4.7
6.3
7.9
7.0
18.1
16.4
16.2
17.8
Ceci posé, un premier fait est remarquable : c’est qu’au¬
cune des dendrites examinées ne consistait en oxyde
de manganèse pur ; constamment le fer y était intime¬
ment associé et en proportion très notable.
Voici quelques chiffres :
Oxyde de manganèse (Mn1 203).
Oxyde de fer (Fe20;i) .
Eau .
I. Dendrites sur les marnes à fer de lance de Pantin
(Seine).
II. Dendx-ites sur le grès calcarifère d’Orsay (Seine-et-
Oise).
III. Dendrites sur le calcaire compact des Caillasses
d’iss y (Seine).
IV. Dendrites sur le calcaire jurassique de Lussac
[Vienne (1)J.
Dans plusieurs cas, les dendrites noires étaient asso¬
ciées à des bariolures ocreuses
plus ou moins foncées, trahissant
la présence du fer et c’est en
conséquence de ces observations
que je recommençai les expé¬
riences, en remplaçant la solu¬
tion de sulfate de manganèse par
une liqueur où ce sel fut mélangé
à une proportion plus ou moins
grande de sulfate de fer.
Dès ce moment, le manganèse
cessa de se refuser aux précipi¬
tations et des enduits noirs s’as¬
socièrent aux dépôts ocreux à la
surface du calcaire. Un grand
nombre d’essais ont été faits pa¬
rallèlement sur du marbre de
Carrare, de la pierre lithogra¬
phique de Solenhofen, et du cal¬
caire grossier de Puteaux, près
Paris, avec des mélanges des
deux sulfates en proportions va¬
riées.
11 suffit de très petites quan¬
tités de fer pour déterminer en
quelques jours la précipitation
de l’hydrate de manganèse : j’ai
opéré souvent avec une solution
renfermant une partie de sel de
fer pour 10 à 20 parties de sel
de manganèse ; par exemple on
fait dissoudre dans 1,230 centi¬
mètres cubes d’eau 60 grammes
de sulfate de manganèse et S
grammes de sulfate de fer.
L’hydrate de manganèse préci¬
pité, tout enconservant, d’une ma¬
nière nécessaire une. faible pro¬
portion de fer combiné, se sépare des dépôts ocreux, soit
engrainsplus ou moins cristallins à leurcontact, soit en
taches disposées sur des parties de la pierre qui ne s’est
pas rubéfiée, lin fragmentde marbre étant placé dans une
(1) On remarquera l’analogie de ces résultats avec ceux que
Berthier a obtenus dans l’analyse do la grozoïlite. M. G. di
Boccard a récemment trouvé dans une dcndrile de Monte-
Merlo : MnsO^S, SI, Fe^CW.SO, HO 17.69 (Ii i ois ta di Minera-
lot/ia e Cristallografià italiana, mars 1889).
conserve de verre au sein de la solution saline, on voit
généralement la limonite se déposer sur la pierre et
l’acerdèse dessous sauf dans les points où le contact est
trop intime avec la paroi de verre pour laisser place à
un dépôt. Dans d’autres cas, on verra la limonite pren¬
dre encore la situation supérieure et la matière noire se
déposer le long des cassures plus ou moinsverticales qui
limitent les échantillons (flg. I).
Cette matière noire, très adhérente à la roche, mani¬
feste ordinairement l’allure observée pour les dendrites
naturelles : son dépôt, commencé en certains points
d’élection, irradie autour d’eux avec un développement
inégal dans les différentes directions. Il s’étale sous la
forme de taches très variables dans leurs contours et
plus d’une fois disposées en arborisations rappelant de
très près les modèles qu’on se proposait d’imiter. C’est
par exemple ce que montre la figure 2.
Volontiers les dendrites artificielles se propagent dans
précipité en fo
de calcaire immergé
de fer. Or;
nir la paroi
sulfate de
Fig. 2. — L
fragment
de manganèse arborisées produites artificiellement sur un
immergé dans une solution de sulfate de manganèse addi-
dc fer. Grandeur naturelle.
les fissures des roches, pourvu que les solutions de con¬
tinuité ne soient pas trop étroites, et la forme des taches
noires est alors la même sur les deux parois qui se
regardaient : disposition souvent réalisée à la superficie
des blocs de roche. Enfin j’ai cimenté en grès des sables
quartzeux mélangés préalablement de poussière calcaire.
Il semble que les faits qui précèdent, outre le bénéfice
d’une nouvelle synthèse, procurent une notion intéres¬
sante en ce qui concerne une sorte d’entraînement par
LE NATURALISTE
94
le fer, du manganèse inerte quand il est seul, en pré¬
sence du carbonate de chaux. C’est comme si la coupe¬
rose verte, en s’oxydant, rompait un équilibre préexistant
et mettait en train une combinaison à laquelle elle ne
prend d’ailleurs qu’une part très restreinte.
Outre les dendrites, j’ai obtenu des dépôts noirs con¬
tinus, comparables au wad, de sorte que la réaction
étudiée paraît devoir se réaliser dans les abîmes sous-
marins; il importe enfin d’ajouter qu’on ne saurait
remplacer les sulfates métalliques par les chlorures
correspondants : aucune trace d’acerdèse n’a pu ainsi
être précipitée.
Stanislas Meunier.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
LABIÉES (1)
Mentha cardiaea (Dodon., Mattli., Gê-
rarde) Baker On the English Mints, p. 13, tab.
n° 34, non Exsicc. Billot n° 3730 ; M. gentilis Sole
Menthes Britann., p. 35, tab. 15; M. rubra Huds.,
Wahlbg., Fries, non Sm. ; M. Cantalica Hérib.
Ballet. Soc. bot. de France, XXVII, p. 167. —
Exsicc. : Malinvaud, Menthæ exsicc, n° 178. —
Plante de 2 à 5 décim. à odeur suave. Racine tra¬
çante émettant des stolons grêles, allongés; tige
dressée, droite ou Ilexueuse, terminée par un bou¬
quet de feuilles, ordinairement simple ou rameuse
vers le milieu et à rameaux étalés-ascendants, rou¬
geâtre, glabrescente mais munie aux nœuds de
poils blancs plus abondants, à entre-nœuds plus
courts que les feuilles assez rapprochées. Feuilles
subsessiles ou très brièvement pétiolées, lancéolées
ou en forme de losange, c’est à-dire atténuées
presque également dès le milieu, vers la base et vers
le sommet, lâchement et régulièrement crénelées -
dentées, non crispées ni ondulées-laciniées, toutes
semblables et rappelant celles du M. viridis, d'un
beau vert en dessus, plus pâles en dessous, parse¬
mées de poils sur les deux pages, mais surtout infé¬
rieurement et sur le pétiole, les supérieures dé¬
croissantes. Fleurs en verticilles axillaires, nais¬
sant souvent vers le milieu de la tige ; pédicelles
de 2 millim. environ, rougeâtres, glabres; bractées
linéaires ciliées. Calice à tube campanulé-cylin-
drique, glabre à la base (ou parsemé de rares poils),
pubescent supérieurement, à dents étroitement lan-
céolées-acuminées, hérissées. Corolle d’un rose vif,
glabre extérieurement et également dépourvue de
poils à V intérieur, de moitié plus longue que le
calice. — Août-septembre.
Var. minor = M. gracilis Smith Fl. Brit., II,
p. 622 (var. a), M.Pugeti Pérard. — Plante presque
micropbylle, plus petite dans toutes ses parties ;
feuilles inférieures sensiblement plus courtes que les
entre-nœuds, moins longuement atténuées à la base.
Hab. — Cantal : Mares et endroits humides du
communal de la Gravière (lierb . R , Héribaud).
Var. minor. — Saône-et-Loire : Moutliiers-en-
Bresse, près Bellevesvres (Jierb. R., Bigeard). —
Haute-Savoie ; Thonon, Neuvecelle, près Evian
(Ayasse) (1).
Aire géographique. — Le M. cardiaea a été
signalé en Angleterre , en Suède (importé), en
Suisse, et nous n’avons pas d’autres données sur sa
distribution géographique. — Le M. gentilis (ge-
nuina) L. est beaucoup plus répandu, mais toujours
par places : Angleterre ; Hollande-, Alsace-Lor¬
raine ; Suisse ; Italie septentrionale; Autriche;
Russie méridionale et centrale : Finlande; Suède ;
Norvège méridionale; Danemark. — Il existe en
France dans l’Est : Rhône : Anse (Fray) ; Ain :
Coligny (Fray sec; Malinvaud). — Haute-Savoie :
Veyrier, près Annecy (Saint-Lager) ; Annecy-le-
Vieux( Puget).
Obs. — Le Mentha cardiaea est une forme du
M. gentilis, c’est-à-dire de l’hybride des M. viri¬
dis L. et M. arvensis L., mais il tient plus du
il/, arvensis à feuilles atténuées à la base. 11 en dif¬
fère par les pédicelles glabres ainsi que la base des
calices à dents plus étroites, le tube de la corolle
non velu intérieurement, les feuilles plus longue¬
ment atténuées au sommet, relativement plus
étroites, subsessiles. Son inflorescence le distingue
immédiatement du M. viridis.
Le M. cardiaea se sépare aussi des formes
M. grata Host, resinosa Opiz, elliptica Lej. (M. gen¬
tilis var. cuneijolia Lej. et Court.). Agardhiana
Fries, Pauliana F. Schultz (2), Vesana (Lej. et
Court (sub variété), par ses feuilles subsessiles, lan¬
céolées, plus étroites, plus allongées, longuement
atténuées à la base et au sommet (et non ovales,
| riz brusquement atténuées en un court pétiole).
Recherche et Préparation des Reptiles
Malgré la répugance instinctive que l'on éprouve pour
ces animaux, les Reptiles sont moins négligés que les
Batraciens et on trouve plus d’amateurs qui les collec¬
tionnent.
Reeliei*clie des Reptiles. — Leur chasse de¬
mande des procédés différents selon les ordres : Chelo-
niens, Sauriens, Ophidiens.
Clieloniens (Tortues). — Les Tortues sont terrestres,
qualiques ou marines ; en Europe elles sont peu nom-
reuses, mais il est facile de se procurer de belles
(1) Cf. Malinvaud, Etudes sur le genre Mentha, p. 6.
(2) Le M. rubra Sm. non Huds. ncc Fries est un M. ( agua -
tira X Viridis) X arm, sis,. Le .1/. Wirtgenianu F. Schultz,
(.1/. rubra ’Wirtg.) est un M. ( aquatica X arvensis) X viridis.
Le .U. elegans Lej. (.1/. gentilis var. variegata Sm.) est une
forme du M. gentilis, obtenue par la culture.
(1) l.abiatæ, Juss.
LE NATURALISTE
!)5
Fig. 1. — Tortue marine, Tortue caouanne.
ponte et on les chavire avec des léviers, les mettant
ainsi dans l’impossibilité de fuir, car elles ne peuvent
se retourner. On les harponne en pleine mer lorsqu’elles
viennent dormir ou respirer à la surface de l’eau ; enfin
quelques espèces viennent s’échouer ou se faire har¬
ponner sur nos côtes de l’Océan.
espèces exotiques par les marins, les voyageurs ou au
moyen de correspondants à l’étranger.
Les Tortues marines se chassent par divers procédés :
on les surprend à terre lorsqu’elles vont effectuer leur
profonds où elle se tient enfoncée dans la vase : après
l'hiver elle sort de son engourdissement et reparaît vers
le milieu du mois d’avril. Dans la Gironde on la prend
Fig. 1 bis. — Tortue marine, Tortue franche.
Les Tortues terrestres vivent dans les Lois et les lieux
bien fournis d’herbe; elles se creusent des terriers peu
profonds où elles s’engourdissent pendant l’hiver.
Les Potamites ou Tortues fluviales ne se rencontrent
pas en Europe; elles habitent les grands fleuves des
régions chaudes; on les prend à la ligne; mais leur bec
robuste et tranchant rend leur morsure dangereuse.
Fig. 2. - Tortue mauritanique.
En France on trouve fréquemment sur les marchés la
Tortue Mauritanique qui provient d’Algérie. La Tortue
Grecque se rencontre dans le Midi de la France : elle
recherche de préférence les terrains sablonneux et boi¬
sés. La Cistude d'Europe vit dans le Sud-Ouest de la
France, elle remonte jusque dans l’Ailier et la Charente-
Inférieure; elle vit dans les étangs et les marais peu
Fig. 3. — Cistude d’Europe,
quelquefois au troubleau en péchant des grenouilles,
mais c’est le plus souvent à terre qu’on la rencontre tou¬
jours à peu de distance des fossés et des mares.
Les Tortues pondenf dos œufs à enveloppe calcaire
que l’on doit recueillir pour les placer dans la collec¬
tion.
| Ces animaux sont faciles à conserver vivants et on
peut ainsi étudier leurs mœurs ; il suffit de leur donner
la nourriture qui leurcouvient; ils ne sont généralement
pas difficiles sur le choix des aliments.
J Sauriens. — Les Sauriens vivent dans des milieux
très différents : dans l’eau, dans les terrains arides,
j dans les prairies herbeuses, au milieu des rochers et
même sur les arbres; ils sont' très communs dans les
| contrées chaudes et l’Europe n’en possède que quelques
espèces.
Les Lacerliens ( Lézards ) sont assez nombreux en France,
surtout dans le Midi. Très vifs et très agiles, ils échappent
facilement au chasseur, mais lorsque le terrain sur
lequel on les poursuit n’offre aucun abri, ils sont vite
forcés et se laissent capturer. On peut employer un
petit troubleau pour les couvrir et on les saisit ensuite
avec une pince pour les placer dans la boite de chasse.
Ils mordent vigoureusement et ne lâchent pas prise;
mais ils ne sont pas venimeux. On sait que la queue de
ces animaux est très fragile et il faut prendre soin de ne
pas la briser en les capturant.
Le Lézard gris ou Lézard des murailles habile les vieux
96
LE NATURALISTE
murs, les terrains secs, le bord des chemins. On trouve
fréquemment ses œufs que l'on peut faire développer en
Fig. 4. — Platydactyle des murailles.
trouve un peu partout, sous les pierres, dans les prairies
ou sur les coteaux.
Fig. 6. — Lézard ocellé.
Les Geckotiens sont peu commun en France ; on ne
trouve que le Platydactyle des murailles et Y Hémidactyle
verruculeux; ils habitent la région littorale de la Médi¬
terranée où on les trouve dans les caves, dans les vieux
murs, dans les rochers; on peut les prendre sans dan¬
ger; ce sont des animaux complètement inoffensifs.
(A suivre.)
Albert Oranger.
LE MES0PL0D0N SOWERBYENSIS
les plaçant dans un pot de fleur, sur la terre, les recou¬
vrant de quelles pierres et les arrosant quand la terre
est desséchée par le soleil (Lataste).
Le Lézard vert et le Lézard ocellé se rencontrent surtout
dans le Midi de la France ; leurs dents acérées peuvent
faire une blessure désagréable. Pour s’en emparer il est
Fig. 5. — Lézard vert.
préférable de se servir d’un pistolet Flobert chargé à
plomb ; en ne les visant pas de trop près on les tue sans
les endommager.
Le Seps chalcide, assez commun dans nos départements
méridionaux, est un animal absolument inoffensif qui
recherche les prairies herbeuses et les endroits chauds;
on peut le prendre avec un troubleàu comme les petits
Lézards.
L’Orvet ( Anguis fragilis), très commun en France, cause
une certaine répugnance par sa forme qui est celle des
Serpents, mais il peut être manié sans danger ; toutefois
il faut prendre des précautions pour le saisir, car son
extrême fragilité lui a fait donner le surnom de Serpent
de verre et sa queue se rompt au moindre choc. On le
( Cétacé Ziphioïde)
Parmi les acquisitions faites pour le Muséum d’histoire natu¬
relle de Bordeaux par son regretté directeur, lo docteur Sou-
verbie, une des plus récentes, et sans contredit la plus remar¬
quable, est celle d’un squelette complet de ilesoplodon Sower¬
byensis.
Le genre Mesoplodon fut créé par Yan Beneden pour des
Cétacés Ziphioïdes, caractérisés par deux dents principales en
forme de défenses, placées à la mâchoire inférieure ; c’est à ce
genre qu’appartient le.V. Sowerbyensis, plus connu sous la dé¬
nomination de Dauphin de Sowerby. C’est, en effet, au célèbre
conchyliologiste anglais Sowerby que Ton doit la première des¬
cription de cette espece, faite d’après un sujet échoué sur la
côte d’Elginshire, en Ecosse. Avant la création, du genre Mcso-
plodon, ce cctacé reçut successivement les dénominations de :
Physeter bidens (Sowerby).
Delphinus Sowerbensis (de Blainv.).
Mesodiodon Sowerbyi (Duvernoy).
Ls rostre de ce cétacé est grêle et allongé, ainsi que la mâ¬
choire inférieure ; les trois premières vertèbres cervicales sont
soudées ensemble et les quatre- suivantes libres. Les vertèbres
dorsales, au nombre do dix, ont les apophyses épineuses et s’é¬
levant à mesure qu’on se rapproche des lombaires. Les côtes
forment un total de dix paires. Le sternum est composé de cinq
pièces successives, èchancrées à leur bord de contact, ce qui
constitue des perforations intermediaires placées sur la ligne
médiane.
Le Mesoplodon décrit par Sowerby portait vers le milieu du
bord dentaire de sa mâchoire inférieure une paire do fortes
dents triangulaires comprimées, à base allongée, à racine for¬
tement implantée dans l’alvéole et dont la couronne faisait sail¬
lie hors de la bouche ; ces caractères ne sont pas aussi déve¬
loppés chez les autres exemplaires connus.
Les captures do ce cétacé, qui ne paraît pas habiter la Médi¬
terranée, sont rares sur nos côtes océaniques : un Mesoplodon
se perdit le 9 septembre 1825 â l’embouchure do la Seine, près
du Havre, et fut décrit par de Blainville : le crâne seul a été
déposé dans les galeries du Muséum de Paris. Un second in¬
dividu échoua également en 1825 à la pointe de Sallenellcs
(Calvados) : son squelette est conservé au Muséum do Caen.
Depuis cctlc époque aucune capture de Mesoplodon Sower¬
byensis n’est signalée sur notre littoral et M. lo Dr Fischer ne
mentionne pas cette espèce dans son travail sur les Cétacés du
Sud-Ouest de la France. L’exemplaire acquis récemment par le
LE NATURALISTE
97
directeur du Muséum de Bordeaux, et qui mesure près de cinq
mètres, échoua sur la côte de Capbreton (Landes), au mois
d'août 1888; son parfait état de conservation fait de ce sujet
le spécimen le plus rare que nous possédions en France.
LES AIGLES DAM L’ALIMEATATION JAPONAISE
C’est bien le cas, ou jamais, de dire que les Japonais
ne laissent, rien perdre quand il s’agit de leur nourri¬
ture. Quand on se reporte aux vieux explorateurs qui
ont les premiers visité d’une manière intelligente les
côtes du Japon, on est surpris de voir, dans leurs rela¬
tions, quel rôle considérable les algues jouent dans
l’alimentation.
Kæmpfer, qui résida à Nangasaki de 1090 à 1692,
raconte que, quand la mer se retire, on se précipite sur
le rivage pour ramasser les algues comestibles. Il y en
a, dit-il, deux principales qui croissent sur les coquilles,
l’une verte et déliée, l’autre rouge et plus large. On
épluche la récolte, on la lave et on la coupe eu petits
morceaux; après un second lavage on en fait une pâte
qu’on laisse sécher au soleil. L’algue rouge est plus
recherchée, on en confectionne un gâteau qui se vend
couramment. Dans ses Amœnitates exoticœ, Kæmpfer
donne les noms indigènes de plusieurs de ces produc¬
tions marines. Elles répondent aux noms harmonieux...
au Japon, de : Mobubah, Kokuri buto, Tokoro Tengusa, etc.
Cette dernière espèce sert à la préparation d’une géla¬
tine qui, passée à travers un crible, se débite sous forme
d’un vermicelle appelé Tokoroten.
Thunberg . qui visita le Japon vers 177ë, indique
parmi les fucus édules la Laminaire saccharine et les
Ulves. La Laminaire est coupée par morceaux ; on la
fait renfler et on la mêle alors à tous les ragoûts. On la
mange également crue, coupée par bandes longues de
deux pouces et de la largeur de l'ongle. Ces bandes se
plient en carrés et forment de petits rubans qu’on lie
ensuite avec une autre petite bande. On trouve de ces
produits dans tous les cadeaux qu’on reçoit ou qu’on
offre. Le -papier de compliments, qui accompagnait tous
les présents à l’époque où Thunberg observait les
mœurs de ces grands enfants de l’Extrême-Orient, por¬
tait à chaque extrémité une bande de ce Iiomb ou
Kombou. C’est dire toute la valeur qu’on attachait à cette
plante.
D'ailleurs, des algues analogues sont usitées dans les
contrées pauvres du nord de l’Europe. Au Chili le Dur-
villea utilis se vend sur les marchés et nous l’avons
consommé, sans déplaisir, pendant une promenade que
nous faisions, il y a quelques années, dans certains
recoins peu connus du détroit de Magellan. Quant aux
Ulves, elles n’ont de Laitue que l’apparence : c’est un
mets détestable que n’oserait certainement pas manger
un habitant de la Terre-de-Feu. Les Japonais, il est vrai,
n’étaient probablement pas difficiles et ne dédaignaient
rien.
IN no le sont guère plus de nos jours. M. le profes¬
seur Suringar, de Leyde, dans ses travaux relatifs aux
algues du Japon conservées au musée de Leyde, s’est
attaché à l’élude des espèces utilisées soit dans l’indus¬
trie , soit dans l’alimentation. VEntero morpha com¬
pressa, espèce commune sur les côtes de France, jouit
d’une haute considération au point de vue culinaire.
Sous le nom de Ao-Nori, on mange cette production
fraîche avec du sel; ou bien encore on se sert du pro¬
duit desséché, on le lave et on le prépare avec du sagou
et du vinaigre. On peut également la torréfier sur un
gril, la pulvériser et l’employer comme assaisonnement
dans les ragoûts. Enfin on s’en sert encore dans un
autre but, comme en France des goémons, pour en¬
graisser les terres. Le Ao-Nori sert à deux fins : il est
comme le sabre de M. Joseph Prudhomme.
Mais ce n’est pas tout : le Sut-sen-ze-Ao-Nori se prend
dans la soupe découpé en petits morceaux. Il croît dans
un ruisseau de l’ile de Kiusiu, où on lui donne le nom
d 'algue du ruisseau limpide. C’est un produit précieux
puisque, d’après l’ Almanach d'Etat pour 1860, le prince
d’Hoso-Gawa était chaque année, dans le courant du
mois de janvier, obligé d’en offrir une certaine quantité
en cadeau au Taikoun de Yédo.
Le Hai-Wen ou Hai-.yun ( Mesogloia decipiens Sur.)
abonde sur les rochers marins, d’où on le détache au
moyen de coquilles d’Haliotis ■ On le mange assaisonné
de sucre, de vinaigre et de sel. Quelle trinité! Il pré¬
sente en cet état un goût qu’on a comparé à celui du
Trépang, la fameuse holothurie dont raffolent les Chi¬
nois. On l’emploie encore pour épaissir la soupe aux
fèves qu’elle rend pâteuse et à laquelle elle communique
une agréable saveur de potage aux patates.
Sous le même nom de Waka-Me (pousse tendre) on
coupe en morceaux carrés les grandes frondes des
Ecklonia et on les fait frire. C’est un mets sacré : les
moines bouddhistes s’en servent pour assaisonner leur
dîner composé de riz et de légumes.
Le cornichon d’Europe trouve son succédané au Japon
parmi les algues : c'est le Hibo-Nori (Gigartina lanci-
folia Har.) qui jouit de cet important privilège.
I.r Vermicelle d,- mei est une production de l’ile de
Kiusiu; il rappelle de fort près une espèce voisine
(posta dei Turchi) que récoltent et consomment les
pécheurs de la Sicile. L’Encyclopédie japonaise, où abon¬
dent les recettes culinaires, recommande pour l’emploi
de cette algue de se servir de vaisselle vernie en bois. Il
paraît que, dans des plats en faïence, elle se réduit en
pâte et perd une partie de la saveur qui la fait re¬
chercher.
Les gens du peuple seuls vont récolter eux-mêmes les
nombreux végétaux que la mer leur abandonne. La
classe riche ne s’en prive pourtant point, car certains
d’entre eux atteignent un prix assez élevé. On trouve
en effet dans le commerce japonais ces produits pré¬
parés et séchés, disposés à entrer dans des préparations
culinaires qui font les délices de ce peuple étrange. C’est
ainsi que le Ao-Nori se rencontre en petits paquets
quadrangulaires composés de frondes disposées paral¬
lèlement et entourés d’un chaume de riz. Le Sui-zen-
si-Nori est vendu sous forme de plaques quadrangu¬
laires de 34 centimètres de longeur sur 24 de large, d'un
vert foncé. Ces plaques, qui ressemblent à une feuille
de carton, sont marquées d’un timbre blanc portant des
caractères japonais.
Pour les grandes espèces, à frondes très développées,
on les prépare avec le plus grand soin. On enlève la
côte médiane et on lave â l’eau bouillante, puis on fait
sécher de manière que les lanières en se rétrécissant
restent isolées. On réunit ensuite un certain nombre de
ces frondes, on les replie en deux et on les attache un
98
LE NATURALISTE
peu au-dessous du point où elles ont été repliées, avec
une petite bande de papier.
Le temps n’est pas encore venu — viêndra-t-il jamais ?
— où les marchés de Paris offriront en vente des
varechs et des fucus en nature. Longtemps encore le
varech ne servira qu’à aider aux filouteries des mar¬
chands de literie, qui le marieront, en alliance plus ou
moins légitime, avec le crin ou la laine. Quant aux fucus,
la médecine d’aujourd’hui — qui ne croit plus à rien —
ne daigne même plus les employer contre l’obésité
qu’ils guérissaient... quand les simples avaient encore
la propriété de guérir. C’est encore l’agar-agar du Japon
qui l’emporte chez nous et les épiciers des grandes
villes comme de la plus petite bourgade nous en four¬
rent jusque-là! sous le fallacieux prétexte de nous faire
manger de la gelée de groseille. Le Japon triomphe
jusque dans la vieille Europe.
P. Habiot.
LE COLIAS WISKOTTI, STAUDIMEB,
ET SES DIVERSES VARIÉTÉS
Le genre Colias, un des plus intéressants parmi tous ceux
qui sont compris dans le sous-ordre des Rhapalocères, ren¬
ferme aujourd’hui, grâce au zèle de nos explorateurs modernes,
un grand nombre d’espèces dont la détermination rigoureuse
constitue, parfois, un problème assez difficile à résoudre. La
cause' principale de la difficulté qu’éprouve le naturaliste à
identifier et à classer ces charmants insectes, réside principa¬
lement dans l’analogie souvent extrême qui relie leurs diffé¬
rentes formes les unes aux autres. Les Colias possèdent presque
tous un aspect et dos caractères uniformes dont les différences
sont peu apparentes d’espèces à espèces, parce qu’elles ne
peuvent varier que dans une mesure très restreinte. Il arrive,
en outre, que ces caractères spécifiques, déjà naturellement
précaires, sont sujets à se modifier sous l’influence des climats.
Certains types, relativement bien définis dans une région
donnée, se montrent sous des dehors quelquefois très différents
dans d’autres stations géographiques. Enfin, si l’on tient compte
de cette circonstance, que plusieurs espèces do Colias, parti¬
culièrement voisines, s’accouplent entre elles dans l’état de
nature et engendrent des produits absolument intermédiaires,
on reconnaîtra sans peine qu’il est souvent presque impossible
d’assigner à certaines formes ou au moins à certains exem¬
plaires litigieux leur place véritable dans la série.
11 serait très intéressant, sans doute, d’entreprendre l’étude
raisonnée des variations qui affectent tous les Colias actuel¬
lement connus. Mais un tel travail équivaudrait à une mono¬
graphie proprement dite, et no pourrait être suffisamment déve¬
loppé que dans un livre spécial. Tel n’est pas notre but. En
écrivant cet article, nous nous proposons simplement d’analyser
sommairement les modifications d’aspect que l’on constate chez
le Colias Wiskotti Stgr. qui est l’une des plus remarquables
nouveautés dont ce genre s’est, enrichi depuis quelques années.
Cette espèce, qui a été introduite de l’Asie centrale en Europe
par le Dr Staudinger avec beaucoup d’autres papillons inté¬
ressants, est certainement la plus variable que l’on connaisse.;
elle se présente sous des aspects extrêmement divers dont nous
allons décrire successivement les plus remarquables.
Colias Wiskotti Stgr. ( forma typica)
La forme typique de Wiskotti, celle que M. Staudinger nous
a fait connaître dans la llcrlittcr Entomologische Zeitschrift ;
année 1882, page 16G, pl. fig. 9 et 10, offre généralement, à
part quelques variations de détail, les caractères suivants ;
Le mâle, d’une taille sensiblement égale à colle des exem¬
plaires moyens de Libanotica, est en dessus d’un jaune ver¬
dâtre assez éclatant, dont la nuance rappelle le ton de l’Erate
des plaines de Sarepta. Los bandes marginales, tantôt d’un
noir uniforme, mais le plus souvent saupoudrées d’écailles jau¬
nâtres, sont plus larges que celles de toute autre espèce de
Colias ; elles absorbent à peu près la moitié de la superficie des
ailes, et sont traversées par dos nervures jaunes plus ou moins
bien marquées qui se perdent avant d’atteindre l’extrémité du
limbe. Le contour interne de ces bandes est assez sinueux aux
ailes supérieures. Il se creuse d'abord à la côte, vis-à-vis du
point cellulaire noir qui est gros et allongé, fait ensuite une
légère convexité vers le milieu du disque, se creuse de nouveau
vers l'angle interne et se projette finalement vers la base le
long du bord de ce nom. Le contour dont il s’agit est bien
moins flexueux aux ailes postérieures, où il se montre simple¬
ment arqué et un peu denté, à l’intersection des nervures. La
tache cellulaire desdites ailes, toujours bien marquée, est d’un
fauve assez pâle qui varie cependant d’intensité de sujet à sujet.
Si l’on considère le dessous de Wiskotti, on trouve que la
teinte jaune verdâtre, à peu près identique à celle du dessus,
est très uniforme. On ne distingue, de ce côté, en fait de des¬
sins, que les quatre taches discoïdales dont celles des ailes pos¬
térieures sont petites, arrondies, blanchâtres et finement cer¬
clées de brun rougeâtre ; une très petite macule purpurine à la
base de ces mêmes ailes, ainsi que deux ou trois autres taches
noires disposées dans le voisinage de l’angle interne des ailes
supérieures, parallèlement au bord extérieur.
La femelle du beau Colias dont il s’agit, contrairement à
toute attente, est on dessus d’un jaune fauve presque orangé.
Ses marginales, aussi larges que celles de l’autre sexe, pré¬
sentent un contour interne beaucoup plus sinueux; clics sont
entrecoupées de taches d’un jaune clair, généralement mal
écrites et qui se réduisent parfois à de simples vestiges. Les
nervures qui traversent le disque des ailes antérieures sont
finement indiquées en noir; quant au dessous, il est presque
semblable à celui du mâle, avec cette différence, cependant, que
sa teinte générale est plus verdâtre. Faisons remarquer en pas¬
sant que la coupe d’aile du sexe dont il est question est plus
élancée que celle du mâle, conformément à ce que l’on observe
chez beaucoup d’autres espèces congénères.
Variété Separata. Grum.
Tel est l’aspect sous lequel s’offre généralement à l’examen
la forme typique de Wiskotti, laquelle fut découverte en 1880
par M. Haberhauer, sur les hautes montagnes des environs
d’Alai (Turkestan), et retrouvée ensuite en certain nombre par
le même explorateur sur celles de Hazret, dans la province de
Samarkand. Mais ce remarquable Colias est sujet à des modi¬
fications aussi nombreuses qu’imprévues. Nous avons reçu
l’année dernière de M. Rudolf Tancré, naturaliste distingué
d’Anklam, doux variétés de cette intéressante espèce, originaires
des Alpes d’Issykul que fréquente aussi le Colias Eogene Felder,
et qui nous ont été envoyées sous les noms do Separata et de
Chrysoptera Grum. Le mâle de la première de ces deux formes
se distingue de celui du type ordinaire par un lavis d’un jaune
d’or vif qui recouvre le disque des quatre ailes, à l’exception
cependant des nervures des antérieures, lesquelles, par un
contraste assez singulier, tranchent on vert plus ou moins pur
sur ce fond chaudement coloré. Le contour interne des bandes
maro-inales parait être moins sinué chez ces exemplaires; la
tache noire cellulaire est beaucoup plus étroite en dessus et
nettement pupillée de blanc en dessous ; enfin, la face inférieure
des quatre ailes est beaucoup plus verdâtre que d’habitude ; et
la petite tache carminée de la base des secondes ailes semble
faire défaut. La femelle de Separata est d’un jaune orangé
beaucoup plus intense que celle de Wiskotti; les bandes
marginales, totalement dépourvues de ponctuations claires,
offrent un contour interne moins sinué, les nervures qui tra¬
versent le disque des premières ailes sont jaunes et non noires;
enfin les ailes sont proportionnellement plus courtes que celles
de la femelle typique, et no diffèrent pas, quant à leur forme,
de celles du sexe opposé. Le dessous de la femelle dont il s’agit
est d’un vert grisâtre uniforme, excepté le disque des ailes
antérieures qui reproduit la teinte fauve du dessus.
Variété Chrysoptera Grum.
Le mâle de la seconde variété ne s’écarte de celui que nous
venons do décrire que par l’intensité de sa couleur orangée qui
acquiert un éclat rutilant, presque semblable à celui des exem¬
plaires les plus chaudement colorés du Colias llogene. Sous le
rapport de l’aspect général, le papillon dont il s’agit est très
voisin de la femelle de la variété précédente. La ressemblance
serait même presque complète, si ce n’était que chez cette der¬
nière, la marginale des secondes ailes est beaucoup plus
épaissie vers le bord antérieur. Nous no connaissons pas la
femelle de Chrysoptera qui est encore une grande rareté:
mais si elle obéit, selon toute probabilité, à la loi de coloration
qui semble régir toutes les formes que revêt cette intéressante
espèce, ello devra posséder une teinte rougeâtre tout à fait
exceptionnelle. Nous avons dit plus haut que les deux présentes
LE NATURALISTE
99
pour patrie les hautes montagnes d’Is-
ccpendant que, bien qu’elles se montrent
ette station sous la forme de races géogra-
moins fixes, elles peuvent néanmoins se ren-
• tous les points que fréquente le
de Wiskotti, et cela avec d’autant plus de raison,
H. Staudinger signale parmi' les exemplaires de cette es¬
pèce que M. Haberhauer recueillit à Alai et à Hazret, certains
sujets aberrants qui offrent au moins en partie les caractères
que nous venons d’indiquer.
Aberration Lenca Staudinger
Les Colias présentent une particularité digne d’étre remar¬
quée, c’est que certaines femelles
atteintes d’albinisme ; c’est-à-dire >
au blanc presque pur. C’est ainsi qu ’Helice, Chine, A/ba sont
des aberrations albinss d ’Edusa d'Aurora et d ’Erale. La si va¬
riable Wiskotti no pouvait manquer de grossir le nombre de
cas de cette singulière variation. Elle a été recueillie, concur¬
remment avec le type, par M. Haberhauer, dans les deux sta¬
tions que nous avons déjà indiquées, et c’est elle que M. Stau¬
dinger nous a fait connaître sous le nom de Lenca dans la
Revue de la Société entomologique de Berlin. Cotte Lenca dif¬
fère de la femelle ordinaire de l’espèco par la teinte jaune pâle
blanchâtre du disque des quatre ailes, ainsi que par un plus
grand développement des marginales qui sont toujours entre¬
coupées par de grosses taches blanches bien marquées. La
tache discoïdalc des secondes ailes est également blanche chez
ces exemplaires comme celle de Chloe, et le dessous tout entier,
à part les dessins génériques, offre une teinte d’un gris verdâtre
plus ou moins foncé. Cette aberration, cependant, est cllc-
méme fort variable, en ce sens qu’elle se relie à la forme ty¬
pique par des passages intermédiaires, absolument comme notre
Heike dont certains exemplaires sont parfois franchement jau¬
nâtres.
Variété Sagina Staudinger
Nous terminerons cette étude comparative par la variété
qui, à notre avis, est la plus curieuse de toutes celles que pré¬
sente ce beau Colias asiatique, si mobile dans son aspect, et
que le docteur Staudinger répand dans les collections sous le
nom de Sagina. Le mâle do cette rare et intéressante nouveauté
est plus petit que celui de Wiskotti, ses ailes otlrent une coupe
upérieures, et sa teinte générale
je pur. Sur ce. fond, d’un aspect
mal chez les Colins, se détachent
i marginales tellement larges qu’elles viennent
tes discoïdalcs, absorbant ainsi plus de la
! des ailes. Le dessous de ce beau papillon
, d’un vert presque pur, à peine grisâtre, et très
se détachent, outre les taches discoïdalcs
ordinaires fort réduites, deux ou trois macules noires situées
dans le voisinage de l’angle externe des premières ailes, ana¬
logues à celles qui se remarquent chez
femelle de Sagina serait tout aussi verte
sexe, si un lavis jaunâtre, très pâle du reste, ne
le disque des ailes antérieures. Les nervures qui
disque sont, écrites en noir, et les marginales, d’u
normales, sont largement entrecoupées de taches verdâtres,
contrairement à ce que l’on observe d’ordinaire chez la femelle
typique de Wiskotti, mais très analogues, à part leur couleur,
à celles qui caractérisent l’aberration Lenca. Tout ce que nous
savons sur le compte de cette superbe variété, c’est qu’elle
habite les liantes Alpes du Turkestan. C’est avec cette indi¬
cation générale, comme lieu d’origine, qu’elle nous a été envoyée
par M. Staudinger, entre les mains de qui cette rareté paraît
être monopolisée. Ce savant nous a assuré depuis, que le bel
insecte dont il s’agit n’avait pas encore été publié et que sa
patrie n’était connue de personne. Que Sagina, malgré tout
l’intérêt qu’il inspire, n’ait encore été figuré nulle part, nous
■, mais que personne ne connaisse le
, c’est un point sur lequel nous éle-
11 nous paraît bien difficile d’admettre,
ait échappé à l’attention do
l’explorateur qui a eu la bonne fortune de découvrir une variété
si remarquable à tant d’égards. Quoi qu’il en soit do cette
obscurité, Sagina ne sera pas moins accueilli avec la plus
grande faveur par les rares entomologistes qui
DESCRIPTION DE MICRO-LÉPIDOPTÈRES NOIYEALX
Botys Commcllalis, n. sp. Envcrg. : 22 mm. Ailes blanehâ-
bruns, surtout à la côte, près de la base et dans tout l’espace
subterminai; lignes ordinaires brunes, la basilaire peu dis¬
tincte, l’extrabasilaire brisée, la coudée faiblement dentée;
celle-ci, qui est très éloignée de l’extrabasilaire à son point de
départ, à la côte, descend d’abord en droite ligne, puis forme
un grand coude prenant fin sous la réniforme, et se continue
obliquement sinueuse jusqu’au bord interne où elle se rappro¬
che très près de l’extrabasilaire.
Taches du disque très bien marquées, l’orbiculaire réduite à
un point, la réniforme. grande, entièrement noirâtre.
Franges blanchâtres, précédées d'un petit liséré noirâtre
Ailes inférieures semblables aux supérieures, avec deux lignes
brunes répondant à l’extrabasilaire et à la coudée; un amas
d’atomes bruns entre ces deux lignes, et dans l’espace subter-
Dessous des ailes blanchâtre,
que la
Antennes gris jaunâtre.
Après Ruralis.
Quatre exemplaires, dont trois
n’ayant conservé que la tache rénifi
très frais, trouvés en juin à Chantilly, non
Ayant
il y a quelque temps, des Ptérophores de
d’autres Microlépidoptères, j’ai reçu de dif¬
férents côtés un certain nombre de ces intéressantes bestioles,
parmi lesquelles j’ai remarqué une espèce d ’Aciptilia que je
crois nouvelle et dont voici les principaux caractères :
Aciptilia actinodaetyla, n. sp. Enverg. : 19 à 20 mm. Ailes
supérieures et inférieures d’un gris clair ou jaunâtre avec les
franges d’une teinte à peine plus sombre.
Lobe postérieur des ailes supérieures portant quelques points
ou traits noirs placés, non sur les nervures, comme dans pun-
clinervis Cst., mais sur le bord de la membrane alairc, avant
la frange.
Diffère de 1 ’Ac. telradactyla L. par la division plus profonde
des ailes supérieures, par la couleur presque semblable des
franges et des ailes et par la présence do points noirs aux ailes
supérieures. [Diffère de 1 ’Ac. ischnodactyla Tr. par la couleur
plus sombre des ailes et par l’absence de points noirs au lobe
antérieur des ailes supérieures.
Trois exemplaires trouvés en Charente, par M. Dupuy, d’An-
goulème.
P. Chrétien.
CHRONIQUE
Session extraordinaire de la Société botanique de France.
La Société botanique de France tiendra cette année, du 16 au
25 mai, une session extraordinaire dans les Pyrénées-Orien¬
tales, pour explorer le massif montagneux des Albères entre le
col du Perthus et la mer. Cette région est particulièrement
intéressante par les nombreux rapports que sa flore présente
avec celle de la Catalogne. La charmante petite ville de Col¬
le prog
au point
pic do Taillefcr, en passant par 1
la côte de Colliouro à Port-Vcndres et le vallon de Banyuls-
sur-Mcr, l’abbaye de Valbonnc, Saint-Laurent de Ccrdans,
Prats-dc-Mollo . ‘
Sur un nouv
Alsace, un nouveau gisement de terrain bonifier.
Des travaux de sondage datant du printemps de l'ani
nièro ont mis au jour, â environ 1 kilomètre et demi en
tair^qu! contraste av^cC’lcU gneiss et le granit de cetu
des Hautes- Vosges. Ces recherches, provoquées par
100
LE NATURALISTE
sence, constatée depuis longtemps en cet endroit, de roches
schisteuses noires, ont été poussées à 1S mètres de profondeur
et malheureusement interrompues par l’invasion de l’eau. Quoi
qu’il en soit, cette découverte ne manque pas d’un certain inté¬
rêt. Il est prouvé maintenant que les roches les plus anciennes
du massif vosgicn peuvent contenir dans leurs plis ? ou failles ?
des lambeaux de terrains anciens, que des bassins liouillcrs ont
pu se développer dans la région des Hautes-Vosges, Le com¬
bustible qui accompagne l'affleurement du Bonhomme n’est pas
malheureusement des meilleurs, au moins à l’examiner super¬
ficiellement; il parait intermédiaire entre la houille maigre et
l’anthracite.
Les pommes gelées. — On peut tirer parti des pommes à
cidre gelées, en les laissant dégeler lentement. Aussitôt après
leur dégel, il faut les soumettre au pressoir. Le cidre obtenu
sera plus acide que le cidre normal, mais moins riche en sucre,
et par suite en alcool. Dans certains cas, malgré l’addition de
sucre et de tannin en vue d'améliorer le marc, la liqueur ob¬
tenue reste tellement inférieure on qualité qu’il vaut mieux
l’utiliser pour la fabrication d’eau-de-vie. (Jardin.)
Mission scientifique. — Notre collaborateur, M. H. Douliot,
docteur ès sciences, aide-naturaliste au Muséum d’histoire
naturelle, est chargé d’une mission d’exploration à. Madagascar.
M. Louis Trillat est adjoint à la mission de M. H. Douliot
dans l’îlo de Madagascar.
Soutenances de thèses pour le doctorat ès sciences natu¬
relles. — M. CL. Munier a soutenu, devant la Faculté des
sciences de Paris, deux thèses sur les sujets suivants: 1rc thèse:
Elude du thitonique. du crétacé et du tertiaire du vicentin.
— 2e thèse : Propositions données par la Faculté : Zoologie,
Caractères qui permettent de classer les Echinides vivants et
fossiles. ■ — Botanique, les Algues à revêtement calcaire.
M. Munier a été déclaré digne d’obtenir le grade do docteur es
sciences.
M. Gay, professeur agrégé à l'École supérieure de pharmacie
de Montpellier, a soutenu devant la Faculté des sciences de
Paris deux thèses sur les sujets suivants : lre thèse : Recherches
sur le développement et la classification de quelques algues
vertes. — • 2° thèse : Propositions données par la Faculté :
Zoologie, Le squelette vertébral. — Géologie, Structure et
composition géologique du bassin de Paris. M. Gay a été déclaré
digne d'obtenir le grade de docteur ès sciences naturelles.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 23 février 1891. — M. Chauveau présente à l’A¬
cadémie l’ouvrage qu’il vient de publier sur le travail muscu¬
laire et l'énergie qu'il représente. — M. Lavocat montre qu’en
thèse générale le sternum cartilagineux ou osseux des vertébrés
est formé de deux parties différentes par destination : le pre-
sternum donnant appui aux coracoïdes ainsi qu’aux clavicules ;
et le sternum costal, qui porte les arcs viscéraux du thorax et
par extension ceux de l’abdomen. Il n’v a ni côtes ni sternum
costal chez les Batraciens. Le stemnm manque chez les Ophi¬
diens, dont les côtes sont nombreuses. Les côtes ventrales n’ont
pas de sternum chez les poissons. La lig'ne . blanche qui, chez
les Mammifères, représente le sternum ventral, no porte pas
de côtes. Cette construction du sternum en deux sections donne
à chacune d’elles une signification positive, que n’ont pas les
termes généralement usités d ’episternum et d 'hyposternum, de
•mesosternum et de plcurosternum qui indiquent seulement la
position relative des diverses parties de l’appareil sternal. —
M. Ranvier présente une note de M. E. Laguesse sur la struc- I
ture du pancréas et le pancréas intrahépatique des poissons. —
M. L. Faurot communique à l’Académie le résultat de scs re¬
cherches sur la formation des mésentéroïdes chez Cerianthus
membranaceus . — M. Pierre Lesage a étudié la différenciation du
liber dans la racine chez plusieurs fougères, une gymno-
sperme, quelques monocotylédones et deux dicotylédones. —
M. Jannelaz donne à l’académie le résultat’ de l’examen qu'il a
fait d’échantillons minéralogiques rapportés du Congo français
par M. Thollon ; il y a trouvé de la dioptase et de la chrysocole
associées à do l’argent natif.
Séance du 2 mars. — M. de > Lacaze Duthiers communique à
l’Académie le résultat d’un essai d’ostréiculture entrepris dans
'de vivier d’expérience de Roscoff. — M. Georges Linossier étudie
une hématine végétale qu’il a observée dans le pigment des
spores d’Aspergillus niger et pour laquelle il propose le nom
d’ « aspergilline ». — M. Z. Zwaardemaker observe l’idiosyncrasie
de certaines espèces animales (chats, rats) pour l’acide phé-
nique. — M. Z. Chalin adresse à l’Académie une note sur l’E¬
pithélium hépatique de la Testacelle qui présenterait tous les
passages entre l’épithélium en mosaïque et l’epithélium en
palissade. — M. de Lapparent signale à l’Académie la présence
dans le département de la Manche d’un falun remanié, repré¬
senté parle conglomérat à ossements de Gombesville. — M. Dou-
villé ayant étudié les fossiles recueillis dans les couches traver¬
sées par le canal de Panamar peut leur assigner quatre âges
différents ; les premiers appartiennent nettement au miocène
supérieur. Le deuxième groupe comprend des calcaires à mui-
lipores, hetérostégines et orbitoïdes. Le troisième groupe se
rapproche du premier. Enfin le quatrième est représenté par
des grès et des schistes lignitifères qui constituent la partie sud
de la grande tranchée (Culebra).
Séance du 9 mars. — Suivant M. Léon Guignard il existerait
dans les cellules végétales des sphères attractives ou mieux
sphères directrices gouvernant la division du noyau et se trans¬
mettant sans discontinuité d’une cellule à l’autre pendant toute
la vio de la plante. — M. Z. Vesque adresse une note sur la
classification et l’histoire des Clusia. — M. de Grossouvre étu¬
die la craie â Baculitcs du Cotentin, et la compare à la craie
blanche de Meudon et au tuffeau de Maestricht; il pense qu’il y
a lieu do supprimer de la nomenclature l 'étage maestrichtien
qui est seulement un faciès particulier des assises supérieures
du Sénonien, et qu’il convient de ramener l’étage danien aux
limites fixées en 1846 par Desor. — M de Quatrefages commu¬
nique à l’Académie l’extrait d’une lettre de M. de Wanzel lui
signalant la découverte d’un crâne d’ours des cavernes portant
les traces d’une blessure faite par une hache en silex.
Séance dn 16 mars. — M. Albert Gaudry signale, parmi les
os qu’il a pu déterminer dans les faluns de Gombesville, les
Halitherium fossile, Dinothérium Cuvieri Mastodon angusti-
dons, et enfin une dent molaire de Palæotherium magnum. —
M. A. F. Marion a étudié au laboratoire d’Eudoume (Marseille)
les effets du froid sur les poissons marins ; ses expériences ont
porté sur une quinzaine d’espèces possédant des degrés de
résistance diverse.
A. Eug. Malaro.
BIBLIOGRAPHIE
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Omis. 1890, pp. 435-546.
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naturelle). ( A suivre.)
Feuil. des Jeunes Natural. 1891, pp. 67-71.
Le Gérant: Emile DEYRÛLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
l.V ANNÉE
Série — A» IOO
MAI 1891
.NOUVELLE P! AME FOSSILE
La figure que nos lecteurs ont sous les yeux repré¬
sente, d’après une excellente photographie de M. H.Bour-
sault, un cu¬
rieux échan¬
tillon prove¬
nant du co¬
rallien supé¬
rieur de Ver¬
dun (Meuse)
et que M. Ar¬
mand Viré a
bien voulu
envoyer à la
collection
géologique
du Muséum
d’histoire na¬
turelle, en
me priant de
le détermi¬
ner.
C’est un
fragment de
calcaire à
grains assez
grossiers, à
la surface du¬
quel se mon¬
tre, comme
on voit, avec
une grande
netteté , une
empreinte
très réguliè¬
re.
L’objet dont
il s’agit, de
123 millimè¬
tres de lon¬
gueur et de
51 millimè¬
tres de lar¬
geur maxi-
ina, se pré¬
sente d’abord
avec une ap¬
parence an a
logue à celle
des poissons
pleuronectes
plus ou
moins sem¬
blables aux Nouvelle plante Tossille du Corallien de Verdun
soles et aux D’après un échantillon du Museï
limandes et
possédant, sur tout son pourtour, des franges diver¬
gentes, simulant une nageoire continue. Toutefois il
suffit d’un coup d’œil pour reconnaître qu’il ne s’agit
pas d’un poisson et que le vestige provient d’une plante
qui, pour être nouvelle, à ce qu’il paraît, n’est pas ce¬
pendant pour cela privée de toute analogie avec des
végétaux fossiles déjà connus.
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
C’est évidemment un organe folacié, dont la consis¬
tance devait être coriace et dont la forme générale est
régulièrement ovale-lancéolée. Vers saba
d’ailleurs, on remarque quelques strie
•ésultant peut-être d’un craquelle
qui manque
ransversales
)nt ou d’une déchi¬
rure des tis¬
sus. Cette
sorte de feuil¬
le se divise
en trois par-
lies dont une
moyenne et
deux margi¬
nales ayant
toute la lon¬
gueur de l’or¬
gane. La por¬
tion média¬
ne a 8 milli¬
mètres à sa
base, 6 à soir
sommet et 19
vers le mi¬
lieu de sa
longueur.Les
régions mar¬
ginales con¬
sistent. en la¬
nières pres¬
sées les unes
peu à la ma¬
nière des bar-
b e s d’une
plume, de
part et d’au¬
tre du rachis.
Beaucoup de
ces lanières
dépassent 20
millimètres
de longueur ;
leur largeur
moyenne est.
de 2 millimè-
forme est
bien caracté¬
ristique :leur
région mé¬
diane est dé¬
primée et
leur pour¬
tour offre un
petit bourre¬
let continu
et nettement
saillant. Celles qui sont terminées montrent le même
bourrelet à leur extrémité qui est régulièrement arron¬
die.
Les comparaisons que j'ai pu faire au Muséum et
l’examen des planches du Traite de Paléontologie végétale
de Schimper, de celles du Traité de Botanique fossile de
M. Bernard Benault, et de celles de la Paléontologie
/, Sun. -Meunier-
de Paris, Grandeur naturelle.
LE NATURALISTE
102
française (végétaux jurassiques) de M. le marquis de
Saporta, me conduisent à considérer le fossile de Verdun
comme appartenant au genre proposé par le premier de
ces savants sous le nom de Cycadospadix. Une lettre que
M, de Saporta a eu l’extrême bonté de m’écrire tout
récemment en réponse à l’envoi d’un dessin que j’avais
exécuté d’après nature, m’engage à considérer de plus
en plus cette opinion comme exacte.
Bien que provenant des couches mêmes qui fournissent
le Cycadospadix Morceuanus, Schimp., notre échantillon
ne peut en aucune façon être confondu avec lui. Il est
plusieurs fois plus long et d’une forme extrêmement
élégante dont le type déjà décrit ne saurait approcher.
On ne peut non plus le comparer au C. Hennoquei,
Schimp., de l’infra-lias d’Hettange, bien que la forme de
celui-ci soit moins différente. Celui-ci, en effet, est
triangulaire et non ovale et les lanières, au lieu d’y
affecter une disposition pennée sont presque toutes
parallèles entre elles et à la longueur de l’organe.
Je propose de cataloguer la nouvelle espèce sous le
nom de Cycadospadix Yirei.
Stanislas Meunier.
NÉCESSITÉ 1111 BABIL DES FEMMES
« La liberté humaine, dont chacun est si fier, consiste
simplement en ce, que les hommes ont conscience de
leur volonté, et non des causes qui la déterminent. »
Lorsqu’on analyse les manifestations psychiques à
l’aide des méthodes physiologiques, on trouve à chaque
instant une confirmation éclatante de cette pensée si
profonde de Spinoza. L’hérédité physique et morale,
ainsi que le milieu physique et moral dans lequel on
évolue, détermine nos actions d’une manière plus ou
moins absolue. Je remue mon bras, cet acte est libre
parce que je veux le produire et que la liberté n’est pas
autre chose que l’exécution de la volonté; mais la vo¬
lonté elle-même est déterminée parles idées et les sensa¬
tions internes ou externes, conscientes ou inconscientes;
or toute sensation a pour caractère primordial et essen¬
tiel : la fatalité.
Parmi tous les actes qui au premier abord semblent
éminemment volontaires et libres, on peut citer le babil
des femmes — en n’oubliant pas toutefois ce que dit La
Fontaine :
Je sais même sur ce fait
Bon nombre d’hommes qui sont femmes.
(Fable vi, Liv. VIII.)
Pourtant, si on étudie le babillage — art de parler
beaucoup à propos de rien — si on étudie, dis-je, ce vé¬
ritable caractère sexuel, à la lumière des lois de l’évolu¬
tion, on voit qu’il a été produit dans l’intérêt fonda¬
mental de l’espèce qui prime les intérêts étroits et par¬
ticuliers des individus. Le babil de la femme, qui peut
nous paraître parfois fatigant et pénible, nous apparaît
alors comme un facteur essentiel de progrès pour l’es¬
pèce humaine. Plus une femme babille, plus, au point
de vue naturel — et à qualités égales — elle répond au
vrai type féminin.
Il est incontestable que la nature a avantagé les
femmes du côté de la langue et qu’au lieu de multiplier
en elles cet organe — ce qu’elle aurait pu faire avec
autant de facilité qu’elle a doublé ceux de la vue et de
l’ouïe — elle lui a donné une habileté et une souplesse
merveilleuses. Les femmes destinées à peupler le monde
sont chargées de notre enfance ; c’est dans leur compa¬
gnie presque exclusive que nous passons généralement
nos premières années. Chez les peuples sauvages (au
moins par rapport à nous qui nous appelons civilisés),
la femme reste seule chargée du soin des enfants jusqu’à
leur adolescence.
A mesure que notre corps s’accroît, les femmes doi¬
vent aider notre esprit à se développer de même, c’est-
à-dire à acquérir des idées qui ne .proviennent que de
l’exercice de nos sens et en particulier de la vue et de
l’ouïe. Le babil des nourrices exerce nos jeunes oreilles
et grave dans notre cerveau débile beaucoup d’idées qui
ne s’y imprimeraient pas sans ce secours. Voyez la diffé¬
rence de deux enfants dont l’un aura été élevé par une
fille jeune, vive et surtout d’une langue infatigable, et
l’autre par un pédant taciturne qui n’a jamais ri. Le pre¬
mier pétille d’esprit et de gentillesse, son petit jargon
est plein de saillies ; il parle de tout ce qui concerne son
âge et a une facilité singulière à apprendre. Le second
est presque stupide, il a un air embarrassé devant le
monde et ne sait pas dire un mot.
La nature qui a destiné les femmes à nourrir leurs
propres enfants, à les élever, à former leur esprit, au
moins dans le plus bas âge, par la même raison qu’elle
a rempli leurs mamelles de lait, a dà leur donner cette
volubilité de langue si propre à aider notre faiblesse, à
promener notre imagination naissante d’objets en objets,
à nous faciliter l’exercice de la faculté de penser, à nous
familiariser de bonne heure avec tout ce qui nous envi¬
ronne. Si les femmes parlaient moins, nous penserions
peu, nous penserions difficilement, nous penserions plus
tard. En vérité la vie est assez courte pour que, dès le
commencement de notre carrière, on ne néglige rien de
ce qui doit contribuer au progrès de nos connaissances.
Nés au sein de la société, où le langage naturel est
presque inconnu, il est de toute nécessité d’apprendre à
parler afin d’indiquer nos besoins, nos désirs et nos fan¬
taisies. L’expression naïve des cris n’est à la mode que
chez les sauvages ; car on fait tout pour nous contraindre
à les étouffer. Nouvelle obligation de savoir vite nous
exprimer par des articulations forcées. Si donc les
mêmes sons frappent sans cesse nos oreilles, nous se¬
rons plus portés à les imiter et à y attacher les signi¬
fications que nous suggérera la présence des objets. Ces
premières expressions, les plus nécessaires- pour l’usage
sont les plus communes et justement celles qui font l’en¬
tretien ordinaire des femmes et des jeunes filles que l’on
met auprès de nous. C’est à bon droit que la nature a
voulu que les conversations des femmes roulassent tou¬
jours sur les mêmes objets, les plus simples et les plus
ordinaires. Son dessein est de nous familiariser bientôt
avec eux, de nous apprendre à les connaître et à les
nommer dans le besoin.
Supposons que les femmes eussent le même goût pour
des sujets plus relevés; plus compliqués, moins com¬
muns. Dès lors leur entretien ne serait plus propor¬
tionné à la faiblesse des enfants dont le cerveau tendre
n’est pas capable d’un travail pénible. Il faut que la sim¬
plicité des idées, qu’on lui offre pour l’exercer, convienne
à la délicatesse de ses organes ; que la présence des objets
ou de leurs similaires en rende la perception plus facile,
sans quoi, loin d’aider l’esprit, on le frapperait d’une
stupeur lourde, propre à engourdir les plus heureuses
dispositions.
LE NATURALISTE
103
Je conviens qu’il nous faut oublier dans la suite lès •
contes dont notre enfance a été bercée et changer entiè¬
rement de façon de penser. Mais le temps amène peu à
peu cette substitution d’idées. Nos premières concep¬
tions, toutes frivoles qu’elles étaient, nous ont pourtant
accoutumés à penser. Leur frivolité était nécessaire,
parce que nous étions incapables de nous occuper de
quelque chose de mieux. Forcés de commencer par ce
qu’il y a de plus simple, nous aurions aujourd’hui une
grande difficulté à raisonner sûrement si dès notre bas
âge nous n'avions pas raisonné et pensé en enfants. L’es¬
prit se développe comme le tempérament, le corps s’or¬
ganise successivement; il passe par plusieurs états avant
d’être tout à fait formé. L’entendement a aussi son J
temps de faiblesse pendant lequel il faut le traiter dou¬
cement et n’exiger de lui que des opérations puériles. La
nature y a pourvu en donnant aux femmes, avec qui nous
passons nos sept à huit premières années, un goût
décidé pour les bagatelles, une facilité prodigieuse de
parler longtemps sur des riens, un penchant naturel pour
les redites; comme si elle avait craint qu’elles ne char¬
geassent nos tètes faibles d’une trop grande multiplicité
d’idées.
Mais les vieilles filles ont d’ordinaire, m’a-t-on fait
observer, plus de babil que les femmes mariées et par
suite cette faculté ne semble pas aussi liée à l’édu¬
cation des enfants que je le suppose. Cette difficulté
n’est qu’apparente et peut être facilement résolue. Si les
vieilles filles parlent davantage, c’est d’abord parce
qu’elles ont moins de préoccupations et de soucis. D’un
autre côté, la maternité ne dissipant point chez elles
une partie de leur capital fonctionnel, elles peuvent dé¬
penser davantage comme éducatrices. En babillant, elles
aussi servent donc, instinctivement et à leur manière, au
lent perfectionnement de l’espèce, sans préjudice de la
propagation dont elles sont aussi le plus souvent des
instruments très efficaces quoique indirects.
Une autre conséquence du babillage des femmes est la
facilité qu’elles semblent en acquérir pour le chant.
Presque toutes les femmes ont de la voix ; une voix claire,
spéciale, douce, llexible, propre à la musique. Or c’est de
l’élasticité des cordes vocales, de leur agilité pour ainsi
dire, de la précision de leurs vibrations que dépendent
lous les agréments du chant, la netteté des sons et la
délicatesse des modulations. 11 est incontestable, je crois,
que le caquet continuel des femmes entretient la sensi¬
bilité extrême et la souplesse de l’organe. Les cordes
vocales des hommes sont plus difficiles à ébranler et ils
ont, d’une manière générale, moins de disposition pour
le chant que les femmes. Us n’acquièrent une voix fémi¬
nine que par une opération qui leur ôte un sexe sans leur
donner l’autre. Mais c’est avant tout la volubilité de la
langue qui dispose la voix à la vivacité des roulements,
à ces inflexions variées au gré des passions qui agitent
l’àme. Condamnez les femmes au silence et leur voix se
rouillera bien vite comme un instrument qu’on n’exerce
plus. Ce n’est pas une étude d’une heure par jour avec
un professeur qui pourra former à elle seule une voix.
Le chant du reste est un travail pénible ; il faut y sup¬
pléer par un caquet continuel qui fait vibrer les cordes
vocales et les tient toujours en mouvement sans les fati¬
guer.
En résumé nous voyons donc que le babil des femmes
est un caractère sexuel d’une valeur inestimable. Nous
ne lui devons pas seulement le charme des belles voix,
mais encore nous lui sommes redevables du premier
usage que nous avons fait de la faculté de penser et de
la faculté de nous exprimer avec nos semblables.
F. Laiiii.t.e.
L’ALFA
I ’.Ufa ( Stipa icnari-miina). dont les feuilles sont forl
employées, du moins en Angleterre, pour la fabrication
des pâtes à papier, est une plante do la famille des Gra-
minées, très abondante dans le Nord de l’Afrique. A vrai
dire le mot arabe Haïfa désigne surtout l’état jonciforme
d'un grand nombre de Graminées des steppes; mais
dans notre langue le mot Alfa (par corruption de Haïfa }
ne désigne que le Stipa tenacissima (I). Cette plante a été
fort bien étudiée dans ces années dernières par M. Tra-
but, professeur à l’école de médecine d’Alger et nous
emprunterons au travail qu’il lui a consacré un certain
nombre de détails nouveaux et intéressants.
L’Alfa, comme le Lygcum spartum. dont on le rapproche
souvent, appartient à la famille des Graminées. C’est
une plante vivace dont le rhizome paraît divisé en arli-
j clés successifs par les insertions circulaires des gaines
| de feuilles. A l’extrémité supérieure de ces entre-nœuds
J et non pas à l’aisselle de la feuille, se trouve un bourgeon
I qui pourra rester à l'état latent, pendant plusieurs an¬
nées, puis un jour fournir une pousse qui, en s’affran¬
chissant du rhizome dont elle provient, sera le point de
I départ d’une souche nouvelle. Les parties anciennes du
rhizome se détruisant peu à peu, il en résulte que les
ramifications qui en proviennent dessinent bientôt une
sorte de cercle autour du point de départ et ce cercle va
sans cesse en s’agrandissant. Les chaumes qui prennent
naissance sur le rhizome peuvent atteindre (VGO à l"*b0
de hauteur; mais les 3 ou 4 feuilles qu’ils portent nais¬
sent sur une longueur de 4 ou b centimètres à leur base,
de telle sorte que toute la partie émergée de ces chaumes
manque de nœuds. Au sommet ils fournissent des rami¬
fications fasciculées formant une inflorescence en pani-
I cule.
Les feuilles se composent d’une gaine et d’un limbe ;
.. les gaines sont lisses, luisantes, à bords scarieux. A
! leur sommet, qui se continue par le limbe de la feuille,
elles sont accompagnées d’une ligule bi-auriculée et
velue dont les poils se raccordent avec un demi-cercle
île poils semblables situés au dos de la feuille au niveau
de la séparation du limbe et de la gaine.
I Le limbe a une longueur moyenne de 0mb0 à 0m80 ; mais
il peut atteindre lm20 dans des conditions favorables; il
i présente la forme d’une lame très étroite par rapport à
I la longueur. La face inférieure est unie et luisante; mais
la face supérieure porte sept nervures longitudinales sé-
' parées par des sillons profonds; cette face supérieure est
pourvue de poils et de stomates. Par un mouvement de
(1) Les noms vulgaires de l’Alfa sonl :
France : Alfa, Sparte (en partie) :
Espagne : Esparlo, Alocha (la souche):
Algérie : liai fa, llalfa C.uedin :
Angleterre: Esparlo grass, Spanish grass, Alfa:
Le mot français Sparte désigne aussi le Lygeum spart an,.- il
est donc préférable d’adopter le mot Alfa quand il s’agit du
Slipa lenac issim o .
LE NATURALISTE
104
torsion dans la longueur de la feuille, c’est la face sil¬
lonnée qui est réellement tournée vers le sol.
Sous l’influence de la sécheresse le limbe de la feuille
L’Alfa.
se recourbe en gouttière, les deux bords se rapprochent
et la feuille prend alors la forme d’une longue tige cy-
lindi’ique avec un sillon longitudinal qui indique la ligne
de séparation des deux boi'ds de la feuille. C’est préci¬
sément sous cette forme qu’elle nous est expédiée du
lieu d’origine.
Non seulement la forme des feuilles est modifiée par
la sécheresse, mais encore la couleur. D’un beau vert
foncé pendant la saison humide, elles deviennent blan¬
châtres sous l’influence de la dessiccation.
Les feuilles de l’Alfa ont d’ailleurs une durée de deux
ans environ : ce sont donc des feuilles persistantes.
Malheureusement pendant cette longue durée de végé¬
tation les cryptogames envahissent peu à peu les feuilles
âgées et, s'attaquant d’abord à la pointe finissent par
gagner le reste du limbe. Les feuilles ainsi attaquées
par les parasites se reconnaissent facilement à leur
pointe, qui est grise au lieu d’être d’un beau jaune
doré.
Les fleurs sont groupées en un panicule dressé de
0m30 de longueur environ. Chaque épillet comprend
deux glumes égales, à bords scarieux et quatre fois plus
longues que la fleur; celle-ci est unique et comprend
deux glumelles dont la supérieure bicarénée avec deux
bords hyalins, se termine au sommet par deux lobes
pourvus de longs cils extérieurs. La glumelle inférieure
a sa face dorsale hérissée de poils soyeux et son sommet
se termine par deux lobes scarieux dans l’intervalle
desquels naît une pointe de 60 à 65 millimètres de lon¬
gueur. Il existe deux glumellules ; la postérieure est ce¬
pendant parfois rudimentaire ; les trois étamines alter¬
nent avec les glumellules. Enfin le fruit est un caryopse
de 7 à 8 millimètres de longueur.
Quant à la floraison elle est très variable suivant les
altitudes. C’est ainsi qu’en
Algérie elle peut se produire
en avril sur le littoral ora-
nais, tandis qu’elle a lieu en
mai et quelquefois même
en juin dans la région des
Hauts-Plateaux.
L’Alfa affectionne parti¬
culièrement les terres lé¬
gères constituées par un sol
formé de silice et de très
peu d’argile avec des frag¬
ments de pierres calcaires.
Ce qu'il redoute par-dessus
tout, c’est une trop grande
humidité ; aussi ne se moii-
tre-t-il pas dans les régions
de l’Algérie où il tombe plus
de 0m50 d’eau par an tandis
qu’il est généralement très
abondant et qu’il pousse
avec vigueur dans les points
où la quantité de pluie est
très faible et ne dépasse pas
0m20. comme à Laghouat.
Tantôt il forme la végétation
principale des terres où il
croît et il abrite d’humbles
herbes qui seules ne pour-
Fleur d’Alfa. raient résister à l’ardeur
du soleil; tantôt, au con¬
traire, il croît dans les forêts, recherchant lui-même
l’abri du chêne-liège ou du thuya. Mais ce qu’il faut
bien remarquer, c’est qu’il s’accommode très bien de
températures peu élevées ; non seulement il a été pos¬
sible de l’acclimater dans les garigues de Montpellier
et dans les environs de Toulon mais il a même pu pous¬
ser sur les rochers maritimes des environs d’Edim¬
bourg. Le développement du tissu fibreux varie d’ailleurs
suivant les conditions dans lesquelles lapante se trouve
placée, et c’est incontestablement l’Alfa des Hauts-Pla¬
teaux secs et arides qui possède le tissu fibreux le plus
développé.
Pour ce qui concerne son aire de dispersion naturelle,
l’Alfa occupe une grande partie du Sud de l’Espagne,
du Maroc et de l’Algérie. En Espagne il se rencontre
surtout dans les provinces de Murcie et d’Almeria. Au
Maroc il est surtout exploité dans les environs de Mo-
gador, dans les deux provinces de Chiadma et de Haha.
En Algérie le département d’Oran est celui qui renferme
le plus d’Alfa et où son exploitation est la plus impor-
LE NATURALISTE
lOo
tante. Dans ce département l’Alfa est répandu depuis le
littoral jusqu’aux montagnes des Ksours et le plateau
des Ouled Sidi-Cheikh.
Dans le département d’Alger l’Alfa ne s’avance pas jus¬
qu’au littoral, mais il occupe la région des Hauts-Plateaux
et il est particulièrement abondant près de Laghouat.
Enfin dans le département de Constantine l’Alfa n’occupe
plus que le versant des montagnes et ne forme plus des
plaines comme dans les environs d’Oran. De ce dépar¬
tement la végétation de l’Alfa se continue d’ailleurs en
Tunisie, où elle occupe encore des territoire fort impor¬
tants.
11 serait injuste de ne pas citer à côté de l’Alfa deux
plantes qui se rencontrent aussi dans le Nord de l’Afri¬
que et qui sont souvent confondues avec lui : le Dyss
( Ampelodesmos tenax ), qui croît dans le Tell et dans la ré¬
gion des montagnes, et le Sennoc ou Albardine ( Lygcum
Spartum ), qui se rencontre habituellement avec l’Alfa.
DESCRIPTION D’UN IÏIOLLUSQUE NOUVEAU
Lymnæa crassilabrum, nov. sp. de Folin.
Testa minuta, ovato-oblonga, imperforala; spira brevis,
apice oblusa ; apertura inferne parum obliqua, mediam testæ
altitudinis partem superante ; peristomate a callo tenue superne
continuato ; margine exteriore subacuto, intùs valdè et lat'e in-
crassato, crassiludo albescens ; colurnella contorta. Anfracli-
bus III 1/2, sutura haud profunda separalis, ultimo multo
majore 3/4 longitudinis arquante. Habitat Pey ad Aturi litoram.
Cette petite espèce est fort remarquable en raison du large et
épais bourrelet qui régne au dedans et tout le long du bord externe
de l’ouverture et qui se fond au dedans de la columelle. Sa couleur
blanchâtre le fait apparaître très distinctement, et il caractérise
parfaitement cette espèce à laquelle on pourrait supposer quel¬
ques analogies avec la L. minuta. Elle s’en distingue cependant
par des différences bien prononcées, elle est d’abord beaucoup
plus petite, le nombre de ses tours de spire
ne dépasse pas 3 1/2, bien qu’elle soit adul¬
te, ce que prouve surabondamment le bour¬
relet qui borde son labre. Par sa forme ne
présentant aucun rapport avec les saillies
des tours de spire qui étagent les profils
de la minuta, en surplombant les uns sur
les autres. Par son sommet très obtus, sa
suture peu profonde. Par son ouverture
qui est moins élargie, quoiqu’un peu dilatée
vers la paroi aperturale et légèrement obli¬
que dans le bas se courbant vers la colu¬
melle, celle-ci qui se contourne elle-même
comme pour se prêter à cette obliquité se
détache d’un épanouissement situé sur un
mince épaississement qui recouvre la paroi
aperturale jusqu’au bord externe, pour des¬
cendre le rejoindre à son extrémité opposée en se détachant du
bourrelet sur lequel elle faisait une saillie arrondie. Il faut
encore ajouter que le premier tour de cette coquille ne se voit
pas lorsqu’on la regarde de face et qu’il n’apparaît que quand
elle est vue de dos, particularité qui n’a pas lieu sur la L. mi¬
nuta.
C est à notre bon ami, Armand Dctroyat , que nous devons
la découverte de cette jolie coquille. Nous étions allés passer
quelques jours avec lui, dans sa propriété de Pey située presque
au bord do l’Adour, et c’est sur une rive do ce fleuve que nous
l’avons rencontrée.
ÉTUDE ANATOMIQUE
DES RÉSERVOIRS AÉRIENS D'ORIGINE PULMONAIRE
CHEZ LES OISEAUX
(M. Georges Roché. — Thèse de doctorat.)
L’étude des sacs aériens n’avait été faite que chez un nombre
très restreint de types; le Poulet et le Canard avaient été mis
le plus souvent à contribution ; puis, comme il arrive malheu¬
reusement trop souvent, on s’est hâté d’étendre à tout le groupe
des Oiseaux les conclusions fournies seulement par un très
petit nombre de formes, et les observations faites sur le Poulet
— mauvais volateur — ont servi à édifier la théorie classique
du fonctionnement des sacs aériens et de leur influence dans le
vol.
Ces généralisations étaient prématurées. Toute étude physio¬
logique sérieuse des réservoirs aériens restait impossible tant
qu’on ne serait pas fixé sur l'anatomie de ces réservoirs, sur
leurs variations de forme et de volume, au moins chez un cer¬
tain nombre de représentants de chaque ordre.
C’est cette étude anatomique comparative qu’a faite M. Roché
au laboratoire do M. A. Milne-Edwards. Les nombreux indi¬
vidus sur lesquels ont porté ses investigations se répartissent
entre les différents groupes et donnent à scs résultats un carac¬
tère de généralité que ne possède aucun des travaux antérieurs
sur ce sujet.
D’ailleurs, il a été on ne peut mieux servi par une technique
spéciale qu’il s’est ingénieusement créée et qui lui a permis
d’injecter toutes les vésicules aérifères d’un oiseau sous une
même pression et dans des conditions identiques, afin d’obtenir
des volumes comparables; cette méthode lui donnait les mou¬
lages des sacs et de leurs diverticules, dont la dissection était
rendue beaucoup plus facile que s’ils eussent été insufflés d'air,
et les mesures volumétriques comparatives de ces sacs lui ont
fourni des résultats qui ne sont pas les moins intéressants de
son travail.
M. Roché a divisé les sacs aériens en sacs inter diaphrag¬
matiques et en sacs postdiaphragmatiques . Ici, deux mots d’ex¬
plication sont nécessaires. On sait, d’après le mémoire de
M. Sappey, que, chez les Oiseaux, les diaphragmes, communs
à leur origine, ne tardent pas à se séparer : l’un suit la face
inférieure du poumon, et, se portant de gauche à droite vers les
angles antérieurs du sterniun, va s’insérer sur les premières
côtes. L’autre se dirige obliquement vers le bas, du rachis au
sternum, divisant le tronc en thorax et abdomen.
Ces deux diaphragmes donnent donc naissance à trois ca¬
vités secondaires, la première renfermant les poumons, la
deuxième l’œsophage, les gros vaisseaux et les sacs aérifères ;
la troisième cavité forme l’abdomen, elle renferme la suite du
tube digestif et d’autres vésicules aérifères. C’est à ces der¬
nières que M. Roché a appliqué le nom de postdiaphrag¬
matiques (sacs abdominaux de Sappey), pour les distinguer de
ceux de la seconde cavité, qu’il appelle interdiaphragmatiques.
Ceux-ci correspondent à ceux que Sappey a appelés cervicaux,
thoracique (impair), diaphragmatiques antérieurs et diaphrag¬
matiques postérieurs. Cette division a l’avantage d’étre rigou¬
reusement en rapport avec les données anatomiques et de ne
point préjuger des attributions fonctionnelles des réservoirs
aérifércs.
Une première partie du mémoire a trait à l’étude anatomique
des différents sacs et do leurs prolongements.
I. Sacs cervicaux. — Si nous les considérons chez la Cres-
serellc, par exemple, on trouve qu’ils envoient :
1° Des ramifications intervertébrales au niveau des sept der¬
nières vertèbres cervicales.
3° De petits ramuscules qui s’ouvrent dans le corps même
de la vertèbre dont ils aèrent le parenchyme osseux ;
3° D’autres petits diverticules partent des ramifications inter¬
vertébrales, au niveau des trous de conjugaison, et vont former
dans la cavité vertébrale elle-même un petit canal longitudinal
superposé à la moelle.
4" A la face inférieure du cou, un autre prolongement im¬
portant des sacs cervicaux s'étend jusqu’à la deuxième ou troi¬
sième vertèbre cervicale. Chaque articulation costale même
Mollusque nou¬
veau, Lymnœa
crassilabrum.
i 0(5
L K NATUEALlSTfc:
coussin aerien forint1 par ur
intervertébraux dont
diverticule des
question plus haut.
Ces divers diverticules sont 1res développés chez les Rapaces
et la plupart des Palmipèdes et des Echassiers; ils sont nuis
chez les Perroquets, faiblement représentés chez les Gallinacés
les Pigeons et les Passereaux. Chez l'Autruche, les sacs servi
eaux envoient des diverticules jusque dans l’abdomen. Quan
aux sacs cervicaux eux-mémes, ils présentent un dévcloppemen
considérable chez les Rapaces, les Palmipèdes
siers ; ils'sont peu volumineux chez les Gallinacés et les Pigeons,
réduits
Milne-Edwards). —
latérales du ster-
cans et les Coucous, les Bucérotidés (Passereaux), et les
Ardéidés (Echassiers). Les Oiseaux nageurs ou plongeurs sont
ceux dont le squelette est le moins aérifère.
L’humérus et le sternum étaient considérés comme étant tou¬
jours aérifères, excepté chez l’Autruelic; M. Roché a relevé.
TI. Sac thoracique (sac claviculaire do
11 pneumatise les côtes sternales et les parties
num lui-même; des diverticules, parfois puis;
aux muscles de la clavicule, de
chez la Cressorclle, les différente
seurs et releveurs de l’aile sont pour ainsi dire'
par plan par des coussins aériens.
Un dernier diverticule, non moins important, est le diverticule
précardiaque qui se rend au bréchet. Nul chez les Palmipèdes,
ce diverticule est faiblement développé chez les Gallinacés et
les Pigeons et est bien représenté dans tous les Autres ■groupes ;
il prend un volume considérable chez les Passereaux.
Si les Palmipèdes n’ont pas de diverticule précardiaque, en
revanche, les représentants de ce groupe, qui sont bons vola-
teurs, sont munis de larges prolongements extra-thoraciques du
sac claviculaire ; les Echassiers, bons voiliers, présentent cette
même particularité; chez les Rapaces, c’est principalement aux
muscles du vol que se rendent les diverticules du sac clavi¬
culaire.
Il est donc établi, sans qu’il .soit possible,, toutefois, de poser
une régie absolue, que le développement du sac claviculaire cl
de ses prolongements est notablement plus considérable chez
les individus qui volent longtemps que chez ceux qui volent
peu ou mal. Le saccule sous-pectoral, en particulier, parait
varier avec la puissance du muscle qui le recouvre.
III. Réservoirs diaphragmatiques. — C
sentent des dimensions très variables; tantôt les postérieurs
sont plus volumineux que les antérieurs (Palmipèdes, Passe¬
reaux, Grimpeurs), tantôt c’est l’inverse (Gallinacés et Ra¬
paces). Chez les Échassiers, ils sont de dimensions à peu près
égales. — Un fait de la plus haute importance est la présence
d’une seule paire de sacs diaphragmai iques chez plusieurs
groupes de Dentirostres pourvus précisément d’énorme diver¬
ticule précardiaque du sac claviculaire.
IV.
r;';1
— Leur situatu
Talmipèdes
est variable :
auf les Toli-
s), les Gallinacés et les Perroquets; ils sont postintes¬
tinaux chez la plupart des Echassiers, sans position fixe chez
les Passereaux et les Grimpeurs. Ils envoient de nombreux
diverticules ; Tes plus importants s’étendent au-dessus des reins
et envoient à leur tour des prolongements aux vertèbres lom¬
baires ; les os iliaques, les vertèbres sacrées, le fémur sont éga¬
lement pneumatisés par les sacs abdominaux.
De cette étude comparative des réservoirs aériens, chez un
grand nombre d’individus de chaque ordre, se tirent les con-
Lc nombre des sacs n’est pas constamment de neuf
me on le trouve dans tous les traités classiques. Chez de
s, il y a soudure des sacs antérieurs et
de chaque côté. Le Cacatoès n’a qu’un
abdominal, la Cigogne blanche a, au total, onze réscr-
s’observent même chez des individus de
’igeons âgés présentent une cloison
qui divise en deux le sac claviculaire.
d° Bien que le volume des réservoirs varie non seulement
suivant les espèces, mais même suivant les individus d’une
mémo espèce, et sans doute sous l’influence de l’âge, du sexe,
du mode de vie, etc..., leurs rapports semblent allccter des
relations étroites avec la parenté zoologique.
3° L’existence de la pneumatisation squelettique est déter¬
minée d’une façon précise. Cette pneumatisation, dont nous
avons indiqué plus loin l’origine en résumant l’histoire de
chaque sac, est très variable; elle est très développée chez les
Rapaces (surtout chez les Nocturnes), les Perroquets, les Tou¬
aériferes sous-cutanées, dont l’existence était
encore niée par quelques auteurs, malgré les recherches d’Owen,
de M. A. Milne-Edwards, ont une existence presque générale.
Les Gallinacés, les Pigeons, le groupe des Impennés et des
Alcidés parmi les Palmipèdes, en sont seuls dépourvus. Elles
atteignent un volume considérable chez certains Passereaux
(Bucérotidés), chez les Toucans, les Ardéidés (Echassiers) et les
Rapaces. Dans cette seconde catégorie, ce sont en général les
bons voiliers qui sont, le mieux partagés sous le rapport du dé¬
veloppement de ces lacunes (Frégate, Phaéton, Cigogne, etc...).
M. Roché pense que les mouvements respiratoires ne font
subir qu’une oscillation insensible à l’air de ces lacunes ; il en
résulte que la surface d’insertion des muscles se trouve être
d’autant plus développée que les lacunes le sont ellos-mèmes
davantage, et, par suite, les Oiseaux qui en sont pourvus sont
capables de plus grands efforts.
Aux trois premières parties de son mémoire, description
anatomique des sacs, étude de la pneumatisation squelettique
et des lacunes intermusculaires, M. Roché a joint les mesures
des volumes relatifs des différents réservoirs, et les considé¬
rations physiologiques auxquelles l’ont conduit ces mensu¬
rations sont trop importantes pour que nous n’en disions pas
quelques mots; elles tendent rien moins qu’à renverser les
idées actuellement reçues sur le fonctionnement de ces réser¬
voirs.
D’après M. Sappey, il y a une opposition marquée entre le
jeu des vésicules diaphragmatiques et celui des réservoirs anté¬
rieurs et postérieurs (cervicaux, claviculaires et abdominaux). 11
a établi que pendant l’inspiration, l’air pénètre dans les poumons
et les sacs diaphragmatiques ; cet air provient à la fois du milie’u
ambiant et des autres sacs. Dans l’expiration, l’air des poumons
et des sacs diaphragmatiques est chassé en partie dans le
milieu extérieur, en partie dans les vésicules des extrémités.
Or, M. Roché a calculé que chez le Pigeon, par exemple, le
volume du poumon et des sacs diaphragmatiques est presque
exactement le tiers de celui de toutes les autres vésicules réu¬
nies. Il en résulte, si l’antagonisme signalé par M. Sappey
existe réellement, qu’il ifv a qu’une très faible partie de l’air
de ces dernières qui peut passer dans le poumon et les sacs
diaphragmatiques à chaque inspiration ; l’air des sacs no subi¬
rait, à chaque mouvement respiratoire, qu’un simple mouve-
n dif¬
ficile d’admettre le rôle qu’attribue M. Sappey aux différents
M. Roche a constaté que le sac claviculaire
la cage thoracique des rapports aussi intimes
que les sacs diaphragmatiques eux-mêmes, et il n’y a qu’un
très petit nombre d’Oiseaux dont le sac claviculaire ne soit pas
absolument intra-thoraciqiie. Dés lors, pourquoi les mouve¬
ments do ce sac claviculaire ne seraient-ils pas synchroniques
de ceux du thorax au même titre que les diaphragmatiques !
D’autre part, les diaphragmatiqu
souvent très loin dans l’abdomen. Ce
peuvent-ils, avec la loi d’antagonisme de M. Sappey, être
synchroniques de ceux des diaphragmatiques antérieurs qui,
eux, sont situés dans le thorax?
Ainsi les données anatomiques et volumétriques s’accordent
pour mettre en doute l’exactitude do cette théorie déjà an¬
cienne, en ce qui concerne le chant et l’acte respiratoire.
C’est maintenant à la physiologie de résoudre définitivement la
question. Car M. Roché, dans son mémoire, n’a pas eu l’inten¬
tion de traiter le côté physiologique du sujet;
lant quelques
de scs :
tout le parti qu’il y a à
anatomiques pour expli
rôle des lacunes intermu
intcrmusculaircs et celui de l’air :
En résumé, le mémoire de M. Roché i
élude comparée des sacs aériens des Oiseaux; les résultats
nombreux qu’il renferme, obtenus par (
ont comblé une lacune importante île l’histoire ;
- physiologie expérimer
d’en tirer parti un jour.
LE NATURALISTE
107
LES MONSTRES HUMAINS
L’Inde peut apporter
aussi à la liste des
monstruosités humai¬
nes son contingent. Je
pourrais donner ici la
description de plu¬
sieurs monstres aux¬
quels l’Inde a donné
le jour. Je me borne
à signaler aujourd’hui
les deux enfants dont
les lecteurs ont sous
les yeux la gravure
d’après une photogra¬
phie de M. Paul Vas-,
son. Cette photographie
m’a été communiquée
par M. Duchamp, pro¬
fesseur au Collège co¬
lonial de Pondichéry.
Elle représente deux
enfants qui ne sont
pas encore âgés d’une
année! Ils sont nés eL
vivent tous les deux
dans notre colonie de
Chandernagor.
Ces deux Bengalis
sont unis entre eux
par le flanc. Leur père
est représenté à gau-
Enfants monstres, vivant à Chandernagor (reproduction directe cle la
photographie de SI. Paul \ assoit).
che de la gravure. Ce
phénomène curieux
rappelle celui des deux
enfants qui existaient
naguère à Pondichéry
et qui vécurent jusqu’à
l'àge de cinq ans. Ces
deux derniers, tous les
deux du sexe masculin,
étaientcollés dos à dos,
ce qui entraînait, pour
l'un ou l’autre, la mar¬
che à reculons. L’Inde
fournit detempsàautre
de ces monstruosités,
de même qu’elle four¬
nit parfois des cas de
naissances exception¬
nel leinentnombreuses.
C’est ainsi qu’il y aquel-
que temps une brahmi-
ne de Madras mettait
d’un seul coup au mon¬
de onze enfants. 11 est
vrai que la plupart vin¬
rent au monde mort-
nés et que. les autres
ne survécurent à leurs
frères et sœurs que de
cinq à six jours.
Hector Léveillé.
ORIGINE PARASITAIRE DES TUMEURS
Nous recevons d'un de nos collaborateur, M. Fabre-
Domergue, la note suivante, que nous nous empressons
de porter à la connaissance de nos lecteurs, et que nous
recommandons tout particulièrement à leur attention.
naturaliste l’occasion de me signaler des cas de ce genre en
me donnant des renseignements sur le siège de la tumeur, sou
âge, l’animal qui la présente, le prix qu'en demande son pro-
juiétaire, etc. 11 va sans dire que tous les frais d’achat et d’envoi
. Permettez-moi d'avoir, recours h la grande puhliciié du
Naturaliste pour adressera nos confrères un appel qui, je l'es-
La question de l'origine
plus importantes dè la
re étudiée que par des
M.
INSECTES NUISIBLES Al'N PINS MARITIMES
IMPORTÉS DANS LA BAIE DE LA SOMME
MOYEN .NOUVEAU, POUR LES DÉTRUIRE, PAU LES PARASITES
parfois
siègent de préférence aux
et apparaissent habituel-
indurée à croissance relativement
un certain temps, de plusieurs années, lorsque
un certain développement, elle s’ulcère par
L’administration dos Domaines de l’Etat, voulant
fixer les dunes qui menaçaient de détruire le hameau
dos Mollières, dépendant de la commune de Cayeux-
sur-Mer (Somme), fit planter, en 18.’>0 et en 18Ü2, ces
dunes en Ammophila arennria Coss. et Cerm. (en Picard
Oyat,) cl en pins maritimes, Piiius inaritimm. Ces planta¬
tions d’une superficie d’environ b0 hectares, eurent à
lutter contre les vents violents, de cette partie de la
côte, pendant l'hiver; les pins maritimes végétèrent
difficilement pendant lès premières années, encore
aujourd'hui qu'ils ont quarante années d’existence, ils
représentent à peine des arbres de 20 ans, dans les
lignes pouvaient offrir à quch i
pour ce semis, il ne se trouvait pas de
108
LE NATURALISTE
plantations d’arbres résineux, dans un rayon de
40 kilomètres de Cayeux, ce qui a permis aux pins mari¬
times de se développer sans insectes nuisibles pendant
plus de 25 ans. Vers 1878, mon attention ayant été
attirée par quelques petits trous, dans le tronc d’un
pin, je découvris qu’ils provenaient de la sortie d’un
charançon, le Pissodesnotatus F., en explorant les arbres
avec soin, je pus constater également l’habitat d’un
longicorne, le Criocephalus rusticus L., et celui d’un autre
charançon, le Blastophagus piniperda F. D’où pouvaient
bien venir ces insectes? Le Criocephalus est une espèce
du Midi de la France, inconnue dans la Somme; le
Blastophagus y est assez rare. Les renseignements que
j’ai pris ne laissent plus de doute sur leur provenance;
ils ont été importés des Landes, par un navire venant
chaque année à Saint-Valéry-sur-Somme, avec un char¬
gement de pins maritimes, devant servir à faire les
mâts de canots des pêcheurs de la côte. J’ai eu occar
sion de voir travailler un de ces pins à Cayeux ; l’écorce
était farcie de larves de Blastophagus. 11 est certain que
le Criocephalus est venu de la même manière, ce qu’il y
a d’extraordinajre, c’est que ce longicorne ait pu s’accli¬
mater à Cayeux, n'ayant jamais dépassé en latitude le
centre de la France et encore, il n’est réellement com¬
mun que dans les Landes, les Pyrénées et les Alpes.
BLASTOPHAGUS PINIPEKDA L.
Larve.
Longueur 7 millimètres, corps blanc, mou, charnu,
courbé en arc. Tête roussàtre, lisse, luisante, subcornée,
parsemée de poils légèrement roussàtres et très fins.
Epistome très faiblement échancré. Les mandibules,
vues en dessus et ouvertes, présentent la forme d’une
pyramide à trois faces; vues de côté, elles sont triangu¬
laires, ferrugineuses et marquées de quelques fossettes.
Mâchoires assez fortes, soudées au menton. Palpes
maxillaires, coniques, droits, de deux articles égaux en
longueur, de couleur roussàtre: lèvre inférieure trian¬
gulaire, avec les angles antérieurs obtus. Yeux nuis.
Thorax plus épais que le reste du corps ; prothorax plus
grand que les autres segments. Segments abdominaux
égaux ou à peu près en longueur, mais se rétrécissant
un peu vers l’extrémité; le dernier arrondi avec un
petit mamelon anal et rétractile. Tout le corps est par¬
semé de poils très fins, à peine roussàtres, très courts
et couvert en outre de très petites aspérités dirigées en
arrière, de sorte que la larve s’accroche lorsqu’elle le
veut, par toute sa surface, aux parois de sa galerie, dans
ses efforts pour se mouvoir. Pattes milles, mais à leur
place deux séries de mamelons rétractiles sous les trois
segments thoraciques, et un double bourrelet le long
de chaque flanc. Stigmates au nombre de neuf paires.
Nymphe.
La nymphe ressemble à celles des Bostriches. On y
retrouve toutes les parties de l’insecte parfait, dont elle
a, du reste, la forme .
Insecte parfait.
Longueur 5 millimètres, ovoïde allongé, finement
pubescent, noirâtre, avec les élytres souvent ferrugi¬
neuses en totalité ou en partie. Tète un peu déprimée ;
antennes et palpes d’un roux testacê. Prothorax luisant,
de beaucoup plus étroit au sommet qu’à la base. Ecusson
petit et très enfoncé. Élytres un peu plus larges que le
prothorax à la base près de trois fois aussi longues que
lui; marquées de stries fines et finement ponctuées,
dont les cinq premiers intervalles sont sensiblement
ridés en travers avec une série de petits tubercules.
Pattes noirâtres, avec l’extrémité des tibias, les tarses
et souvent les genoux d’un roux testacé. Femelle.
A B
Fig. 1. — Blastophagus piniperda. A, Insecte parfait. B, palpe
maxillaire de Blastophagus piniperda.
Le mâle, ordinairement un peu plus petit, diffère par
les impressions postérieures des élytres plus profondes.
Le B. piniperda est peut-être l’insecte le mieux connu
des forestiers, et l’on a écrit bien des pages sur son
compte: mais aucun auteur n’en a, d’après moi, donné
une histoire plus complète et plus vraie que Ratzeburg.
Il est le plus précoce des Xylophages; à Cayeux, il se
montre dès le 1er avril; dans les Landes, d’après Perris,
il paraît souvent en janvier et février, il perfore l’écorce
des pins, décelant sa présence par les petits tas de ver¬
moulure qu’il projette de ses galeries.
Le trou d’entrée est oblique, et la galerie mèl-e
( galerie de ponte, ou chambre nuptiale), toujours simple
s’étend longitudinalement au-dessus et au-dessous de
ce trou d’entrée. Elle est muniç de un à quatre trous à
air. On rencontre ordinairement le mâle et la femelle
dans cette galerie; les œufs sont déposés dans de petites
entailles, à gauche et à droite, le long de la galerie
mère, celles des larves sont sinueuses ; ces galeries sont
creusées comme la galerie de ponte, dans les couches du
liber en contact avec l’aubier entamant légèrement
celui-ci; elles détachent parfaitement l’écorce qu’il est
facile de soulever par larges plaques.
La métamorphose en nymphe a lieu à Cayeux, partie
dans les couches du liber et partie dans l’épaisseur de
l’écorce, les insectes parfaits prennent leur essor dans
le courant de juin ou au commencement de juillet.
Vers la fin de juillet on rencontre des brindilles dont
la partie supérieure se flétrit ou se rompt sous l’effort du
vent, si l’on recherche la cause de ces faits, on constate
que cette brindille est creuse, dans l’intérieur de ce
tube, qui se prolonge fréquemment jusque dans le
bourgeon terminal, on rencontre habituellement un
B. piniperda. La galerie dont je viens de parler est libre
de détritus et d’excréments, ce qui la distingue de celle
que creuse, dans des conditions semblables, la chenille
d’une épidoptère, la Tortryx buoliana Dup. qui ne se trouve
pas à Cayeux, mais que j’ai observée au bois de Bou¬
logne.
Après sa dernière métamorphose le B. piniperda, se
réfugie donc, pour se nourrir pendant l’été, dans les
jeunes pousses du pin, et il y demeure ordinairement
jusqu’en octobre, puis en sort et hiverne dans la mousse
au pied des arbres ou sous les racines.
M. Chevandier ( Annales de la Société centrale d'agricul¬
ture, 1841, page 112) affirme que le B. piniperda s’intro¬
duit dans les pousses de deux et mômes trois ans. Je n’ai
LE NATURALISTE
100
pas observé ce fait, et je ne le trouve pas signalé dans
Ratzeburg. Selon mes remarques, il n’attaque que les
pousses de l’année, à l’état herbacé ou à peu près. Cette
habitude rend cet insecte plus spécialement domma¬
geable aux forêts de pins, que les espèces n’attaquant
que l’écorce ou le bois.
Le ft.piniperda a-t-il plus d’une génération? Cette im¬
portante question a donné lieu à une discussion entre
MM. Ghevandicr et Guérin-Meneville, dans le sein delà
Société centrale d’agriculture, et qui oecupe une assez
grande place dans les annales de cette société pour
1831. Pour Cayeux, je n’ai observé qu’une seule généra¬
tion, Ratzeburg et Paris sont de cet avis, contre Herbst,
Bechslcin, Lincker, Zetterstedt, Gitérin-Meneville et autres.
La question du nombre de générations et que je consi¬
dère comme résolue par une seule en ce qui concerne
Cayeux et le bois de Boulogne, n’a pas seulement un in¬
térêt scientifique, elle a aussi une grande importance
sous le rapport pratique et au point de vue de la con¬
servation des forêts.
PISSODES NOTATUS KAB.
Larve.
Longueur 7 à 8 millimètres, blanche, molle, glabre,
apode presque cylindrique, formée de douze segments,
les derniers un peu atténués. La tête est ronde, écail¬
leuse, jaunâtre, armée de deux fortes mandibules brunes
et rentrées en partie dans le premier segment qui porte
au-dessus deux taches jaunâtres, demi-écailleuses. Les
premiers segments sont un peu renflés en dessous, et
on voit de chaque côté un bourrelet plissé qui règne d’un
bout à l’autre, sur lequel sont situés les stigmates.
Nymphe.
La nymphe a environ 8 millimètres de longueur, elle
est blanche à sa naissance, et laisse voir le rostre, les
pattes repliées et les fourreaux des ailes. Elle porte
deux épines à l’extrémité de l’abdomen, deux autres
plus petites sur le sommet de la tête et une couronne de
spinules sur le dos des segments abdominaux. Elle reste
environ 13 jours sous cette forme et se change ensuite
en insecte parfait, qui attend que ses téguments se soient
consolidés etque ses mandibules soient assez dures pour
percer l’écorce et se mettre en liberté.
Insecte parfait.
Longueur 7 à 8 millimètres, brun-marron plus ou
moins obscur; antennes brunes, coudées, insérées un
peu au delà du milieu du rostre, terminées en massue
ovale, acuminée; rostre brun, cylindrique, arqué, de la
longueur du corselet. Elytres ovales, atténuées et arron¬
dies en arrière, un peu plus larges que le corselet à la
base, portant des stries de points enfoncés, et ornées de
deux taches transversales formées d’écailles pâles ou
d’un jaune blanchâtre; les cuisses sont un peu renflées
et ne portent pas de dents.
Le Pissodes notatus se montre à Cayeux vers la fin de
juin, c’estalors qu’il s’accouple. Lafemelle étant prête à
pondre, va choisir un arbre ou une branche. Elle perce
l’écorce avec son rostre, et pond un œuf dans le trou
qu’elle a fait; elle répète cette opération, jusqu’à ce
qu'elle ait achevé sa ponte. Les larves sorties de ces
œufs, s’insinuent entre l’écorce et le bois et se nourris¬
sent des sucs qui y circulent et de ceux qu’elles ex-
trayent de la substance intérieure et tendre de l’écorce ;
elles s’enfoncent ensuite dans le bois qu’elles percent
de galeries en forme d’U. Elles arrivent à peu près à
leur entière croissance à la fin de l’automneet passent
l’hiver engourdies. Elles se raniment au printemps, con¬
tinuent à manger, et se changent en nymphes au com-
A B
Fig. 2. — Pissodes notatus. A, Insecte parfait. B. Tète grossie.
mencement du mois de mai. Pour faire cette opéra¬
tion, elles remontent jusqu’à l’écorce, se creusent une
cellule ovale à l’extrémité de leur galerie, en partie dans
l’écorce et en plus grande partie dans l’aubier et em¬
ploient les fibres ligneuses, détachées dans celte opéra¬
tion, àformer une calotte un peu convexe, assez épaisse,
ayant les apparences d’un tampon de charpie, et qui les
protège parfaitement.
11 y a des exceptions pour l'époque de la ponte en juil¬
let, qui est la règle générale ; j’ai constaté des accouple¬
ments et des pontes jusqu’au premier octobre. Le P. no-
talus à l’état d’insecte parfait ronge les feuilles des pins
pour se nourrir, mais les dommages qu’il peut produire
ainsi sont tout à fait nuis.
(A suivre.) Decaux.
DIAGXOSES DE QUELQUES flÉTÉROCÈRES DU VMÉZUÉLÀ
G centimètres. Dessus îles supérieures gris ardoise, le mi¬
lieu de la base traversé par un trait noir qui parcourt près du
tiers de l’aile ; immédiatement au-dessus et presque parailéle
un autre trait noir plus petit part de la côte et deux autres
traits noirs tout droits se retrouvent de l’autre côte de, l’aile,
celui du dessus aboutissant près de l’apex. Les nervures de la
partie centrale de l’aile et le bord interne recouverts en partie
d’écailles vertes; enfin une ligne subterminalc blanche forte¬
ment sinuée traverse toute l’aile. Dessous des supérieures gris
brun uniforme, blanc le long du bord interne. Frange couper
de blanc. Dessus et dessous des inférieures blanc sale luisant
avec une teinte noirâtre à l’apex et au bord costal et jaunâtre
au bord abdominal. Thorax garni de poils cendrés, corps cl
pattes gris.Une ? de Mèrida.
Enpyra Sarama n. sp. -4:1 millim.’tivs. Supérieur. -
avec des reflets bronze n verts à la base et dans la partie cen¬
trale do l’aile et trois points blancs vitreux. Inférieures noires,
légèrement bordées de vert le long des bords abdominaux et
costaux et possédant deux points blancs vitreux. Mon spéci¬
men £ possède en outre un tout petit point blanc près de la
base de l’aile, mais celui-ci manque à mon exemplaire ? .
Dessous des supérieures comme le dessus, mais avec reflets
bleus-verdâtres, dessous des inférieures presque entièrement
envahi par des reflets également bleus-verdâtres. Tète et cou
noirs avec un point blanc de chaque côté, base des ptérygodes
blanche, thorax noir, abdomen noir au-dessus, à reflets bleus-
verdâtres sur les côtés, blanc en dessous ; pattes noires, la pre¬
mière paire ayant les cuisses blanches à l’intérieur, irisées de
turc; antem l t Mcrida, tous deux
bien semblables mais le J ayant les antennes plus fortement
Flavinia Gopala, n. sp. Ailes supérieures noires avec
large tache centrale jaune partant de la base ci
HO
LE NATURALISTE
lient, car une méprise, dans ce cas, peut avoir des con¬
séquences funestes. Nous n’en citerons qu’un exemple :
un Herpétologiste expérimenté, Duméril, qui avait con¬
sacré toute sa vie à l’étude des Reptiles, commit une
erreur dans une excursion qu’il faisait aux environs de
Paris et saisit avec la main une Vipère, croyant avoir
affaire à une Couleuvre Vipérine: il reçut une morsure
qui mit sa vie en danger pendant plusieurs jours. Il est
reconnu que les caractères distinctifs extérieurs entre
les Serpents non venimeux et ceux qui le sont ne sont
pas toujours très nets et que les naturalistes les plus
expérimentés peuvent s'y tromper. Généralement les
espèces dangereuses ont le corps court, à section trian¬
gulaire, une queue courte, un cou très court, une tête
triangulaire très large en arrière; cette dernière partie
du corps est celle qui offre des différences vraiment
sensibles, comme le montre la figure ci-contre : on
peut voir combien la forme de la tête des Vipères
diffère de celle de nos inoffensives Couleuvres. Mais les
Serpents ne sê présentent pas toujours au chasseur de
façon à être bien examinés : ils ont quelquefois une
partie du corps dissimulée dans l’herbe et
leur tête ne se montre qu’imparfaitement;
c’est alors qu'il faut agir avec circonspec¬
tion et ne pas s'exposer à une erreur. Ou
doit bien se persuader que saisir un Serpent
sans avoir pu établir son identité n’est pas
une preuve de courage, mais un acte d'im¬
prudence et de témérité.
Hocliorclie de» Serpent». — Los
Serpents, en France, subissent une léthar-
gie hibernale dont ils sortent au printemps,
aux premières ardeurs du soleil. On trouve
les uns dans les endroits humides et dans
le voisinage des eaux, les autres dans les
localités sèches et arides.
« C’est au printemps, vers dix heures du
matin, sur les coteaux rocailleux et bien
exposés au sud-est que l’on pourra chas¬
ser ces animaux avec le plus de succès ; ils
viennent s'imprégner de la chaleur solaire
à l'entrée des trous où ils ont passé l’hi¬
ver. Jamais aucun des nombreux serpents
dont je me suis emparé n'a essayé de me
lenir tète, si ce n’est, quand, les ayant ren¬
contrés dans une plaine, je me suis amusé
à leur barrer le chemin ; alors, dès qu’ils
voient que la"} retraite leur est impossible,
ils s’enroulent en spirale, ayant toujours les
yeux fixés sur vous, font entendre leur sif¬
flement plus on moins aigu, mais toujours
assez faible, et s'élancent sur les objets que
vous leur présentez. Le Zaménis vert-jaune
mord énergiquement et à plusieurs repri¬
ses; le Tropnlonote à collier se contente de
donner des coups de museau, sans ouvrir
la gueule; le Tropidonote Vipérin élargi I
parfois sa tête en arrière, ce qui le fait
prendre pour une tipère, mais il n essaie
même pas de mordre la main qui le saisit."
(Lataste.)
Les TropidonoUs ( Couleuvres ) habitent
le voisinage des eaux et nagent avec facilité;
ils sont très communs en France. Le Tro-
Fig. I. — La Vipère Aspic, Vipcra aipis. — La Péliade, \ ipéca bervs. pidônote à collier est bien connu: les
sant jusqu’au milieu de l’aile pour s’arrêter à l’extrémité de
la cellule. Ailes inférieures jaunes largement bordées de noir
sauf au bord interne. Dessous comme le. .dessus. Antennes,
tête, corps et pattes noirs. Trois spécimens bien sembla¬
bles de Merida, ayant respectivement 34, 35 et 3!) millimètres.
Cette espece rappelle comme dessin la Flavinia Lcmonia
Druce, mais sa taille et ses ailes plus élancées l’en distinguent.
Je possède de la rivière Numabala, près I.oja (Equateur) pris en
août 1885), un exemplaire que je crois appartenir à cette espèce
et qui n’en diffère qu’en ce que la tache centrale jaune des
supérieures finit plus on pointe à l’extrémité delà cellule.
P. Dooxix.
Recherche et Préparation des Reptiles
Ophidiens (Serpents). — Ile tous les Reptiles que le
naturaliste peut chasser, les plus dangereux sont les
Serpents et ce sont ceux qui demandent le plus de pré¬
cautions pour leur capture. Avant de saisir un Serpent,
il faut toujours reonnailre l’espèce à laquelle il appar-
LE NATURALISTE
111
Fig. 2. — I.a Couleuvre à collier, Tropidonotvs natrix.
pécheurs le prennent quelquefois dans leurs verveux ;
si l’on veut s’en procurer, il faut le chercher au com¬
mencement du printemps sur les pentes bien exposées
au soleil au bord des mares ou dans les prairies souvent
inondées. Il pond dans les fumiers et se retire l’hiver
dans les étables; on peut le prendre avec la main sans
danger. Ses œufs sont intéressants à recueillir pour les
joindre à la collection.
Le Tropidonole Vipérin, redouté à tort à cause de sa
ressemblance avec la Vipère, est plus difficile à trouver,
parce qu’il est essentiellement aquatique et qu’on ne le
rencontre qu’accidentcllement dans les champs, au bord
des fossés. Il se tient d’ordinaire dans l’eau, sous les
feuilles de Nénuphar. « On pourra le chasser au fusil
avec du petit plomb, mais outre le risque de lui briser
la tête, on en perdra beaucoup de blessés et môme de
morts que l’on ne pourra retrouver au fond de l’eau. Il
sera préférable d’installer dans la mare, par une chaude
journée, une ligne de fond amorcée avec des vers. La
Vipérine s’y prend fort bien. Des pêcheurs en ont même
pris à la ligne volante. Ce reptile est tout à fait inoffen-
sif; les plus vieux individus eux-mêmes cherchent rare¬
ment à mordre la main qui les saisit. » (Lataste.)
La Coronelle Bordelaise ne se rencontre que dans le
Midi de la France; elle ne remonte guère plus haut que
la Charente-Inférieure; elle n’est pas commune et
recherche les endroits secs et rocailleux, même les
vieilles murailles. C’est un animal inoffensif.
La Couleuvre d'Esculape habite également le Midi de la
France; elle remonte toutefois vers le nord et a été
trouvée par Milet dans le département de Maine-et-Loire.
A Fontainebleau on la rencontre au milieu des buissons
poussant dans les terrains les plus pierreux et les plus
arides.
Le Z aménis vert-jaune e stune belle couleuvre qui habite
presqu’exclusivement le Midi de la France ; il recherche
les lieux secs et rocailleux couverts de broussailles et
grimpe sur les buissons et même sur les arbres. Sa
grande taille (120 à 140 centimètres'), sa vigueur et son
naturel irascible le rendent difficile à capturer, « à moins
qu’il ne soit très jeune, dit Lataste, je ne m’en empare
jamais qu’après lui avoir désarticulé les reins à l’aide
d’un coup de badine ; car il se défend énergiquement et
mord avec rage ; sa morsure, il est vrai n’est pas dange-
.4 suivre. 1
CHRONIQUE
lTn nouvel emploi (lu
où l’on a tenté d’élever
par le manque de mûrier. Il parait que la feuille chère au
Bombyx peut, sans le moindre inconvénient, être remplacée
par celles du scorsonère, dont la culture est facile partout ;
semé en mai, le scorsonère donne son aliment on
tandis qu’il faut attendre au moins dix années avec le i
Le fait constaté est encore et surtout intéressant, en ce
qu’il montre la faculté d’adaptation d’un animal à une
nourriture que celle qu’il recevait depuis de longt.es généra-
rations. (P. Hahiot.)
Mission scientifique. — M. ( harles Rabot est chai
mission en Islande et dans l’Océan Glacial arctique, en vue d’y
effectuer des recherches d’histoire naturelle et d’océanographie
et de recueillir des collections scientifiques destinées à l’Etat.
Nouvelle technique pour la recherche des bacilles de la
tuberculose. — Le I)1 Ferrand, médecin de l’hôpital Laënnec,
a vu employer à Berlin un procédé très rapide d’examen des
bacilles de la tuberculose. 11 suffit d’une lamelle porte-objet,*
d’une lamelle mince, d’un microscope muni d’une lentille à
immersion, d’une lampe à esprit-de-vin et de deux
dont voici la composition :
Solution A. Bleu de méthyle . 2
Acide sulfurique . 2o
Eau . 75
Solution B. Fuchsine rubine . 1
Acide phénique . 5
LE NATURALISTE
112
On étale le crachat ou 1<* pus à examiner sur la lamelle, cl
on le fait sécher doucement en l’étalant, avec une baguette de
verre. Quand il est à peu près sec, on le traite par la solution A
et on fait chauffer la lamelle jusqu’à ce qu’il ne sc dégage plus
de vapeur ; on traite ensuite par la solution B, et quand celle-
ci est sèche, on place une lamelle mince sur la préparation,
qu’on place sous le microscope, après avoir mis une goutte
d’huile à immersion sur la lentille, et on voit immédiatement
les bacilles de la préparation. Il n’est même pas nécessaire de
mettre de lamelle mince, quand on a eu le soin de bien étaler
les matières suspectes. L’examen ainsi fait ne demande que
quelques minutes. [Revue de Polytechnique médicale.)
Muséum d’histoire naturelle de Paris. — A partir du .» mai
inclusivement : Leçons théoriques et pratiques sur les familles
de plantes vivantes (dicotylédones polypétalès) au laboratoire
de Botanique, rue de Billion, 03, les mardis à midi 1/2 et sa¬
medis à 1 h. 1/2. Leçons sur les plantes fossiles au grand amphi
théâtre, les samedis à midi 1/2.
Nécrologie. — II. B. Brady, renommé par ses études sur les
Rhizopodes de l’exploratiomdu Challenger , décédé à Bourne-
mouth à l’âge de .‘>6 ans. — Dr E. Hartnack, le célèbre opticien
micrographe, mort à Postdam à l’âge de 71 ans. — Le bota¬
niste Dr C. Sanio, à Lyc-k. — D1' O. Feistmantel, décédé à
Prague à 43 ans, bien connu par scs travaux sur la flore fossile
rie Bohême et des Indes orientales.
Les outardes en Roumanie. — Le rude hiver qui a régne dans
toute l’Europe a été particulièrement fatal aux outardes qui
vivent en grandes troupes dans les plaines de la Roumanie. Un
violent vent des steppes avait amené une épaisse couche de
neige qui rendait toute recherche de grains impossible à ces
oiseaux. Ils se rapprochèrent alors des habitations et les
paysans en tuaient un grand nombre à coups de bâton, malgré
leur agilité qui. permettait à un grand nombre de fuir. Un
verglas épouvantable étant venu alourdir les ailes de ces pau¬
vres oiseaux, c’est en masse qu’ils tombèrent sous le gourdin
des paysans.
Société entoniologique de France, Prix Dollfns. — Nous
avons omis d’annoncer que M. A. Finot, membre de la Société
entomologiqué de France, avait récemment obtenu le prixDoll-
l’us, pour son bel ouvrage intitulé : Faune de la France , Insec¬
tes orthoptères. Nous applaudissons de grand cœur à cette dis¬
tinction, juste récompense, du reste, des travaux de cet entomo¬
logiste consciencieux.
Cerveaux conservés naturellement. — Il est un fait sur le¬
quel nous croyons utile d’appeler l’attention parce qu’il doit
se produire bien moins rarement qu’on ne pourrait le suppo¬
ser; c’est celui de l’état de conservation, sûrement fort remar¬
quable, dans lequel on peut trouver les cerveaux dans les ci¬
metières dont le sol est saturé de matières organiques par suite
d’un long usage. Lors des fouilles exécutées à Paris aux mois
d’août et septembre derniers, dans la partie de l’ancien cimetière
de Clamart, occupée par la cour de l'école municipale du boule¬
vard Saint-Marcel, on a recueilli un certain nombre de cerveaux
relativement assez bien conservés. Avoir des cerveaux vieux
d’un siècle suffisamment conservés pour révéler encore les prin¬
cipaux plis de leurs circonvolutions, semble valoir la peine
qu’on ne néglige pas les occasions favorables pour les recueil¬
lir. i Revue mensuelle de V Ecole d9 Anthropologie.)
LIVRE NOUVEAU
Géologie. Principes. — Explication de l'époque quaternaire,
sans hypothèses, par H. Hcnnitc (1).
Explication de l’époque quaternaire, sans hypothèses. Qui
croirait que sous ce titre anodin se cache une série de recher¬
ches et de découvertes, — c’est le mot, — qui vont avoir sans
doute pour résultat, de mettre définitivement au rancart la
théorie de Newton de l’origine ignée de notre globe, — théorie
déjà battue en brèche, on le sait, mais timidement, car on no
savait comment la remplacer, — de balayer la série de suppo¬
sitions et d’hypothèses scientifiques échafaudées péniblement sur
elle, et de prouver enfin, encore une fois, que les faits les plus
simples sont à la base des phénomènes naturels que l’homme
cherche en vain à expliquer depuis des siècles.
(1) 1 vol. in-8°, 2 fr. 50. Neuchâtel, Altinger frères, 1891, et
aux bureaux du journal.
Ce n’est cependant à rien moins que cela qu’aboutissent les
conclusions de M. Hermitc. Ses démonstrations touchent suc¬
cessivement à l’équilibre dès mers, à la figure de la terre,
à l’origine des pluies quaternaires, à la température de l’ai -
mosphère et de l’intérieur du globe ; de ces prémisses décou¬
lent tout naturellement : son explication de l’époque, quater¬
naire, l’apparition et la disparition de la période glaciaire, enfin
l’explication simple, précise et irréfutable des premiers mou¬
vements du sol, origine des volcans et des tremblements de
L’étude de il. Hermite ne s’adresse pas, on le comprend,
au grand public ; mais en premier lieu aux géologues, aux
physiciens, etc. Tout homme cultivé et soucieux de soulever
un coin du voile mystérieux qui couvre encore — et couvrira
peut-être toujours — la genèse des grands phénomènes ter¬
restres, lira avec le plus grand intérêt les pages de M. Hermitc,
et s’enthousiasmera sans doute pour cet exposé si naturel, qui
peut ouvrir une voie féconde et sûre aux chercheurs de l’avenir.
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G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13“ ANNÉE
2° Série — X'
O 1
13 MAI 1891
LES NARCISSES
« Narcisse, fleur blanche et quelquefois jaune qui croit
dans les jardins. Il a la feuille semblable au porreau,
quoyque plus menue et plus étroite de beaucoup. » Ainsi
s'appelait ainsi et qui se noya estant amoureux de luy-
même et voulant embrasser son image qu’il voyoît dans
l’eau ».
Le Narcisse est une de nos premières plantes du
printemps; elle est restée aussi l’une des plus popu¬
laires. Le carreau des Halles en regorge dès les premiers
A
s’exprime messire Antoine Furetière, de l’Académie
Françoise, en l’an de grâce 1690. Nous ne nous appe¬
santirons pas sur les malheurs de ce pauvre Narcisse
qui donna son nom à la plante dont nous allons parler.
Ovide et ses Métamorphoses sont là pour nous conter
par le menu, les aventures de « ce beau garçon qui
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
beaux jours. Les promeneurs qui hantent les bocages
classiques de Vincennes, de Robinson, de Clamart, etc,,
ne sauraient rentrer à Paris sans un énorme bouquet de
ces fleurs jaunes du faux Narcisse qui se mêlent agréa-,
blement aux hampes azurées de la jacinthe des bois.
En quelques points de la France, c’est le Narcisse des
114
LE NATURALISTE
poètes qui agrémente de ses jolies fleurs blanches, aux
couronnes safranées, les vignes et les friches des coteaux.
Dans les prairies du Midi, les Narcisses abondent ; ce
sont les A. biflorus, Tazetta, Bülbocodium, etc., qui se con¬
fondent souvent en nombreux hybrides où le botaniste a
bien de la peine à discerner les liens de parenté.
Depuis longtemps déjà, les jardins se sont enrichis de
ces messagères du printemps. Et pourtant il en a été
d’elles comme de tout ici-bas ; la mode s’en est mêlée et
ce n’est plus que dans les vieux parterres, dans les
Jardins de curés ou d’apothicaires, qu’on a quelque chance
de les rencontrer. Là encore les Narcisses à fleurs
simples ou doubles apparaissent en grosses touffes
abondamment fleuries et tranchent par leur éclat sur la
terre encore nue.
Les Anglais, amateurs de plantes à oignons, se sont
livrés, alors qu’on la délaissait à peu près partout, à la
culture de ces charmantes plantes. Ils ont su obtenir par
le croisement, par des semis habilement faits, de superbes
variétés que nous n’avons pas encore adoptées. Ce sont
pourtant de bien belles plantes que ces formés de
Narcissus incompardbilis que nous admirons chaque année,
aux premiers jours de février, aux expositions du
concours général du Palais de l’Industrie. La maison
Vilmorin a su comprendre quelle précieuse ressource
il y avait là pour l’ornementation. Mais, aurait-elle prêché
dans le désert? il ne semble pas que le vent soit aux
Narcisses.
Et même sans avoir besoin de recourir aux produits
de la culture anglaise, ne pourrions-nous pas accorder
une meilleure part dans nos préférences horticoles à
quelques espèces qui ne demandent qu’à fleurir sans
exiger beaucoup de soins? le Narcissus Bulbocodium est
du nombre de ces plantes que nous devrions compter
parmi les privilégiées des premiers beaux jours. 11
brillerait certainement au premier rang parmi les végé¬
taux d’appartement et par l’éclat de son coloris et par
la longue durée de ses fleurs.
La description en est facile à faire : fleurs en entonnoir,
d’un beau jaune d’or, avec une couronne en cloche plus
longue que le tube ; hampe florale cylindrique haute de
13 à 20 centimètres terminée par une seule fleur. Les
feuilles sont grêles , junciformes, plus longues que les
fleurs. Les bulbés de petites dimensions se plantent en
septembre-octobre, époque où il convient de séparer les
caieux. Sous le climat .le Paris, il est préférable de le
cultiver en pots que l’on peut conserver en appartement
où il fleurit dès la fin de mars. Il réussit également fort
bien pour la formation des bordures.
La flore française renferme aussi une fort belle espèce
de Narcisse qui* doit peut-être à sa rareté de ne pas être
plus cultivée. Sur quelques îlots du Morbihan, aux
Glenans, qui ne sont que rarement visités, croît le
Narcissus reflexus qui y a établi son séjour. Il serait
inutile de le rechercher sur quelqu’autre point du globe.
Jusqu’ici, du moins, il n’a pas encore été rencontré
ailleurs. Il est bien caractérisé par sa fleur terminale,
généralement 'solitaire et penchée, blanche légèrement
teintée de jaune, à divisions florales réfléchies égalant
la couronne. Les feuilles sont plus larges que la hampe,
fréquemment retournées ou tortillées, linéaires, un peu
canaliculées, marquées à la face supérieure de deux
nervures.
Il n’est pas toujours facile d’aller recueillir celle plante
sur des ilôts battus des vagues et qu’il n’est pas aisé
d’approcher à toute époque de l’année. Parmi les bota¬
nistes qui ont voulu voir, en son lieu natal, une des plus
rares espèces de la flore française, il en est qui ont bien
failli ne pas revenir de leur pèlerinage. Croirait-on que
l’appàt du gain ait pu rejaillir jusque sur le Narcissus
reflexus '! On nous affirmé qu’un brave Breton bretonnant,
dont la curiosité avait été mise en éveil par les botanistes
qui abordaient aux Glenans, a établi une sorte de droit
sur la jolie Amarylidée qui croît près de sa demeure, et
n’en autorise la récolte qu’à beaux deniers comptants...
Malgré cela, on a pu la planter sur quelques points de
la côte où elle prospère et il faut espérer que nous la
verrons dans les jardins qu’elle contribuera à animer
à une époque de l’année où la nature avare n’a encore
livré qu’une bien faible partie de ses richesses.
P. Hariot.
L’OCÉANOGRAPHIE
A propos d'un ouvrage publié par M. Thoulef.
L’« Océanographie « ! Voilà un nom que plusieurs per¬
sonnes n’ont pas entendu souvent prononcer, et qui est celui
d’une science dont elles n’ont peut-être jamais vu personne
s’occuper. Aussi, je suis persuadé qu’en lisant le titre de l’ou¬
vrage (1) que M. Thoulet vient de faire paraître, bien des gens
instruits ont dit : l’Océanographie, qu’est-ce que c’est que
cela ?
L’océanographie est la science de l’Océan; c’est l’application
à l’étude de la mer des principes de la physique, de la chimie
et de la mécanique. L’océanographie, comme le dit M. Thoulet,
s’efforce de connaître et d’expliquer la forme du relief sous-
marin, la nature, le mode de déposition, l’induration des
couches sédimentaires qui s’accumulent dans les profondeurs,
la composition chimique des eaux, leurs propriétés physiques
diverses, la répartition au sein de leur masse de la chaleur, de
la salure, de la densité, des différentes substances gazeuses
ou non gazeuses, les courants qui sillonnent la surface de
l’Océan, les glaces qui le couvrent dans certaines régions. On
voit, d’après cette définition, que l’océanographie, qu’il ne faut
pas confondre avec l’hydro graphie, ni avec la géographie
physique même restreinte au domaine de la mer, n’appartient
pas plus aux sciences naturelles qu’aux sciences physiques.
En réalité c’est une science très complexé, qui emprunte à
toutes les sciences, y compris les sciences mathématiques, mais
qui, réciproquement, est susceptible de îeur rendre service, en
particulier à la géologie en lui faisant connaître les lois sui¬
vant lesquelles les terrains sédimentaires se sont déposés, à la
zoologie en lui fournissant des renseignements précis sur la
nature et les variations du milieu dans lequel vivent les ani-
maux marins.
Si le terme « Océanographie » est nouveau pour plusieurs
personnes, c’est que cette science est tout à fait actuelle : on
peut dire qu’en tant que science indépendante, elle vient de
naître. Mais si le terme est inconnu, la chose ne l’est pas, et il
n’est pas une personne un peu au courant de la science qui
n’ait eu connaissance des expéditions maritimes scientifiques
entreprises depuis une vingtaine d’années. Le mot « Océano¬
graphie » nous vient de l’étranger et il a déjà été employé
depuis quelques années par les savants anglais et allemands.
Cela tient à ce que ces études spéciales, négligées par les
Français, sont fort en honneur à l’étranger, surtout en Amé¬
rique' en’ Allemagne, en Angleterre et dans les pays du nord
de l’Europe, qui, par leur position géographique, sont naturel¬
lement portés à l’étude des mers polaires. Bien des découvertes
ont été faites dans les expéditions scientifiques auxquelles la
France a pris part (campagnes du Travailleur et, du Talisman)-,
mais comme le fait remarquer JI. Thoulet, il ne suffit pas
d’examiner les phénomènes à la mer, il faut encore mesurer
et expérimenter le long des côtes dans des observatoires fixes,
coordonner tous ces documents et surtout les appuyer par des
(1) Océanographie (Statique), par J. Thoulet, professeur à la
Faculté des Sciences do Nancy.
LE NATURALISTE
115
expériences de laboratoire. Aussi les Américains ont-ils fondé
le U. -S. Coast and GeodeticSurvey, au service duquel est atta¬
ché un vapeur, le Black, dont les observations recueillies à la
mer, ainsi que les travaux publiés dans les laboratoires de
Washington, sont exécutées dans des Reports annuels; et la
IJ. -S. Fish Commission, qui étudie à bord des deux vapeurs
Fish Uawk et Albatross les conditions d’existence des animaux
propres à l’alimentation. L'Allemagne a fondé à Kiel une
Société pour l'étude des mers allemandes, qui étudie les pêche¬
ries, fait des observations océanographiques et a entrepris ré¬
cemment un grand voyage sur le National; elle a à Hambourg
un observatoire maritime. L'Autriche subventionne à Trieste
une commission dite de l’ Adriatique : le Danemark possède des
stations océanographiques à Christiansoé et à Copenhague.
Enfin l'Angleterre possède, près d’Edimbourg, la Scottish ma¬
rine station, comprenant le laboratoire fixe de Granton, un
yacht à vapeur, Médusa, et un laboratoire flottant, VArk. On
peut encore signaler la Suisse, qui, malgré sa situation géogra¬
phique, a rendu de grands services à l’océanographie, grâce
aux études très complètes dont ses lacs ont été l’objet. Il est
regrettable qu’en France il n’existe aucune station de ce genre,
qu’il serait cependant facile d’installer dans un des nombreux
laboratoires de zoologie que l’Etat entretient sur le littoral de
nos côtes.
11 n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’Océanographie soit
une science tout à fait nouvelle et encore fort peu connue en
France. M. Thoulet est peut-être le seul savant qui s'en occupe,
et on peut dire qu’il a fondé l’enseignement de l'océanogra¬
phie en France, d’abord par ses cours à la Faculté des Sciences
de Nancy, puis par les leçons qu’il fait chaque année, à Paris,
aux officiers de marine délégués à l'observatoire de Montsouris, .
et enfin par le cours qu’il vient d’inaugurer tout récemment à
la Faculté des Lettres de Paris. Des séjours nombreux au
bord de la mer, une campagne de 6 mois à bord de la frégate
la Cloriode autour de Terre-Neuve, des missions en Norwège,
en Ecosse et en Suisse, lui ont permis de recueillir une grande
quantité do matériaux et de documents qu’il étudie ensuite
dans son laboratoire, et qui lui servent de base pour établir
des recherches expérimentales. Aussi son enseignement, et le
livre qu’il vient d’écrire, ont-ils un caractère tout à fait per¬
sonnel, très original et presque entièrement neuf. Son Océa¬
nographie n’est pas une compilation, mais l’œuvre d’un
homme qui a vu et qui a fait; il suffît de la parcourir rapide¬
ment pour voir que dans les questions importantes qu’il traite,
il n'en est guère à propos desquelles il n’ait pas à rappeler
un de scs mémoires ou une de ses observations. Je n’ai pas
l’intention de donner ici une analyse détaillée, chapitre par
chapitre, du livre de M. Thoulet ; ce n'est pas en copiant
la table des matières d'un ouvrage qu’on peut espérer le
faire connaître. J’ai indiqué assez nettement ce que je pensais
de la science, du livre et de l’auteur, pour que les personnes
que de telles questions intéressent soient suffisamment ren¬
seignées sur la valeur du traité d’Océanographie. Cependant
quelques renseignements sur le contenu de cet ouvrage ne
seront peut-être pas inutiles.
Le livre qui vient de paraître est le premier volume d’un
ouvrage qui sera complet en 2 volumes. Il comprend la Statique
de l’océanographie et il sera suivi prochainement d’un volume
traitant de la Dynamique, c'est-à-dire des vagues, des marées,
du modelé des côtes, de l'érosion, des dunes, deltas et
estuaires, des îles de corail, des courants, etc. Dans le vo¬
lume déjà publié, la Statique, M. Thoulet étudie la topogra¬
phie de la mer, la minéralogie et la géologie sous-marines,
la chimie et la physique do la mer et enfin les glaces. Avant
d’aborder l'étude de chacune de ces branches, qui ont chacune
leurs méthodes distinctes, M. Thoulet passe soigneusement en
revue les différents instruments propres à chaque méthode.
C’est ainsi qu'il nous fait connaître d’une manière très détaillée
les différents appareils de sondage sondeurs de faible et de
grande profondeur, sondeurs à ligne de chanvre et à fil métal¬
lique, bathomètre, etc.) qui servent à établir la forme des bas¬
sins océaniques et les reliefs sous-marins ; les instruments qui
servent à récolter, conserver, mesurer, trier, analyser, etc.
les sédiments et les dépôts sous-marins de toute nature; les
appareils destinés à recueillir des échantillons d’eau do mer à
différentes profondeurs et les méthodes à employer pour en faire
l’analyse ; les thermomètres, les aéromètres, les piezomètres,
les polariscopes destinés à faire connaître la température, la
pression, la densité, les propriétés optiques de l'eau de mer à
différentes profondeurs, etc. Je signalerai aussi un chapitre sur
la Biologie de la mer dans lequel M. Thoulet, après avoir décrit
les appareils employés dans la pèche des animaux marins,
dragues, chaluts, fauberts, nasses, filets fins, etc., attire l’at¬
tention sur l’importance de l’océanographie dans les études ■
zoologiques, et rappelle les variations de la faune suivant les
conditions de milieu, les caractères différentiels des faunes lit¬
torale, pélagique et de fond, etc. Je mentionne aussi particu¬
lièrement les chapitres relatifs à l'étude des sédiments marins,
des températures et des glaces : non pas que les autres soient
moins intéressants, mais parce qu’ils renferment de nom¬
breuses observations personnelles de l'auteur et résument ses
recherches sur ces différentes questions.
Les résultats obtenus par les grandes expéditions maritimes
qu'on a effectuées dans ces dernières années nous ont ce
serait prématuré de dire montré, — tout au moins fait entre¬
voir l’importance considérable qu’avait, pour la zoologie ma¬
rine, l’étude des conditions de milieu dans lesquelles vivent les
animaux : température, densité, profondeur, salure, cou¬
rants, etc., en un mot, des études océanographiques. Les savants
étrangers l’ont si bien compris qu’ils ont réclamé, et su obte¬
nir, la création des stations que je citais tout à l'heure, dans
lesquelles ils étudient concurremment la zoologie et l'océano¬
graphie, et que, dans plusieurs laboratoires de zoologie pure,
on n'a garde de négliger les recherches océanographiques. Et
de cette association, la science n’est pas seule à profiter, car
dans ces stations on fait aussi des recherches pratiques, qui
intéressent un grand nombre de personnes, sur les conditions
d’existence des poissons, les meilleurs modes d’installation
des pêcheries, le repeuplement des côtes épuisées par une
pêche intensive, etc.
Il est une autre science qui, plus encore que la zoologie, ti¬
rerait grand profit de son association avec l’océanographie :
c’est la géologie ; mais je me trompe, ce ne serait pas un profit
qui en résulterait, ce serait un rajeunissement, un renouvelle¬
ment complet. « Je ne saurais admettre, dit avec raison
M. Toulet, que le dernier mot de la science de la terre con¬
siste en une carte géologique, et que le jour où la surface du
globe tout entière sera représentée sur un dessin peint de
diverses couleurs, la géologie aura achevé sa tâche. Des
pierres éparses ne sont pas un monument, un catalogue n’est
pas de l’histoire. Les phénomènes possèdent leur enchaînement ;
chacun d’eux, après avoir été conséquence, devient cause a
son tour, nous devons découvrir le lien qui les unit et montrer
alors, dans sa majestueuse splendeur, l’admirable tableau de la
terre suivant une marche dont la fatalité même fait la gran¬
deur de la science et passant, à travers ses transformations
successives, par ce qu’on pourrait nommer les phases de sa
vie. Laissant de côté les roches éruptives, l’histoire de la terre
est l’histoire de la mer. On prétend étudier l’Océan silurien,
devonien, jurassique ou crétacé, l’Océan datant de millions
d’années, et l’on ignore les lois de l’Océan actuel ! Connaissons
d’abord ce qui est, puis nous nous occuperons de qui a été, et
nous rechercherons ensuite à en conclure ce qui sera; procé¬
dons du certain à l’incertain, du présent au passé et du passé
à l’avenir. Quand l’océanographie nous aura enseigné comment
se forment, se distribuent et se déposent les sédiments, quelles
actions physiques, chimiques, biologiques s’cûcctuont au fond
des eaux, quels motifs imposent leurs cours aux courants ma¬
rins ; lorsque nous saurons par elle les lois auxquelles obéis¬
sent les vagues, les effets de transport des glaces, l’économie
des densités ou des températures dans les abîmes, alors nous
serons en mesure d’aborder les problèmes du passé avec
chance d’en tirer autre chose qu’une énumération ou des
hypothèses, peut-être vraies, mais le plus souvent encore dé¬
pourvues de sanction. » ...
C’est parce que je suis naturaliste que j’ai insiste sur les re¬
lations étroites que présente l’océanographie avec la zoologie
et la géologie ; mais en dehors des services qu’elle peut rendre
à telle ou telle science, que de questions intéressantes se ratta¬
chent à l’étude delà mer! que de problèmes cette étude sou¬
lève dont la portée est plus vaste et plus générale, et combien
d’autres viendront ensuite que nous ne pouvons pas imaginer
actuellement! Car l’océanographie est née d’hier et nous ne
pouvons pas encore prévoir quel rang elle prendra parmi les
autres sciences; mais à coup sur, elle est appelée à jouer un
rôle important. Aussi M. Thoulet aura-t-il eu un grand
mérite en écrivant un ouvrage sur une science toute nouvelle,
ouvrage tel qu’il n’en existait pas encore un seul écrit en fran¬
çais sur ce sujet, et beaucoup plus complet, et surtout plus ori¬
ginal, que les quelques ouvrages étrangers qui traitent des
mêmes questions. 11 a comblé ainsi une grosse lacune, et il a
rendu service aux savants qui poursuivent le même but que lui
LE NATURALISTE
116
6t aux élèves, qu’avec sa foi ardente en sa science favorite, il
ne manquera pas d’entraîner avec lui.
HISTOIRE DES ACARIMS DES TMÉTAÜX
MÉTAMORPHOSES. — RÉPARTITION: — RÉCOLTE.
Les animaux dont j’ai donné la description sommaire
dans un précédent article sont considérés par les auteurs
allemands comme des adultes parvenus à cet état après
un série de mues successives. Au sortir de l’œuf, où il
est replié sur lui-même, l’animal a presque tous les
caractères de l’adulte, excepté la striation transversale
qui le divise en anneaux. Par plusieurs mues au sein de
la galle, ces êtres grossissent peu à peu en abandonnant
les fourreaux avec toutes les soies, car les nouvelles sont
appliquées contre le corps de l’animal avec leur gran¬
deur normale et elles se relèvent lorsqu’il sort. On ne
sait pas combien l’animal doit, subir de miiés avant d’at¬
teindre la maturité sexuelle, car on trouve des exem¬
plaires très petits avec des œufs murs.
Les Galles abritent ces animaux pendant toute l'année;
mais ce n’est qu’à partir du mois de mai qu’on y rencontre
des animaux de taille différente, tandis que les Acares
cylindriques courent à la face inférieure des feuilles.
L’accouplement et la ponte se font pendant tout le
printemps et tout l’été. L’organe mâle n’est pas connu.
Les jeunes animaux restent dans la Galle et vivent du
contenu des cellules à parois minces. Quand le paren¬
chyme est mort, ils quittent l’intérieur par l’orifice de la
Galle (fig. 1).
Pour certains naturalistes français, les phénomèmes de
développement des Phytoptes sont beaucoup plus com-
ig. 1. — Coupe d’une excroissance de la feuille du poirier
(d’après Sorauer); face supérieure; face inférieure ;
o, œuf ; p, orifice de la galle dû à la piqûre.
pliqués et plus curieux que dans les autres genres. Tous
les Tétranyques subissent des métamorphoses ; chez les
Tétranyques vrais, de l’œuf sort une larve hexapode ne
.se multipliant pas et qui se transforme en un adulte à
8 pieds, grâce à deux bourgeons qui s’allongent.
Dans les Phytoptes, lorsque le développement de l'em¬
bryon est terminé et que l’œuf est prêt à éclore (Don-
nadieu), il se produit sur la première enveloppe un sil¬
lon circulaire suivant lequel l’enveloppe s’ouvre en se
desséchant, à la manière des pyxides (fig. 2).
L’embryon sort à reculons ; allongé il ne possède que
quatre pieds. Il a été décrit comme adulte sous plusieurs
noms. Cette larve se tient au milieu des poils de la
galle et s’y nourrit des sucs végétaux. Il est intéressant
de remarquer qu’elle n’est pas sexuée et qu’elle produit
par parthénogénèse des œufs d’où sortent des larves
semblables. Cette reproduction ovipare agame est très
intéressante à signaler dans le groupe des Acariens et
peut être comparée à celle des larves de la Cécidomie Mias-
tor. A la fin de l’été les larves tétrapodes s’enkystent à
l’aisselle des feuilles et des bourgeons. Le kyste est fixé
par un élargissement du côté duquel est tourné le rostre
de la larve. C’est pendant l’hiver que la larve primitive
Fig. 2. — Développement du Phytoptus (d’après Donnadieu);
1, kyste où est enfermée la larve; 2, kyste s’ouvrant pour
l’éclosion; 3, larve tétrapode; 4, larve hexapode; 3, çf ou
5 mâle adulte octopode (vu par le dos) ; 6, Ç) femelle adulte
octopode (vue par le dos).
se transforme, et que deux membres postérieurs appa¬
raissent, tandis que les organes génitaux tendent à
s’ébaucher. Au printemps le kyste s’ouvre suivant une
ligne circulaire, il en sort à reculons une larve hexapode
(fig. 2, 4), comme celle des Tétranyques ordinaires. Elle
se développe et donne naissance par une mue à un
adulte sexué octopode (fig. 2, il, 6), qu’on a pris pour un
animal différent du genre Phytoptus et qu’on a appelé
Typhlodromus pyri Sclieuten.
Ces Phytoptes adultes ont environ 0mm4 ; leur forme
est ovale, aplatie, atténuée postérieurement ; le mâle est
un peu plus petit que la femelle. Ils sont jaune pâle,
verdâtres parfois à cause de la chlorophylle qu’ils ont
absorbée.
Les Phytoptes sexués possèdent une organisation plus
complète et identique à celle des autres Tétranycidés.
Donnadieu y a reconnu l’existence de trachées débou¬
chant à l’extérieur par trois stigmates, dont un médian
qui est le plus grand, et deux latéraux.
Ces animaux ne vivent que peu de temps. Immédiate¬
ment après l’accouplement les femelles poussées par
l’instinct de la maternité piquent la feuille pour y ame¬
ner un afflux des sucs végétatifs et une hypertrophie des
tissus, où elles déposeront leurs œufs; elles ont ainsi
préparé un abri à leur progéniture (fig. 3).
Les adultes disparaissent alors pour laisser la place
aux larves tétrapodes dont les piqûres répétées vont
amener soit de nouvelles formations pathologiques, soit
l’accentuation des anciennes.
Il résulte des nombreuses études faites dans ces der¬
niers temps, sur le genre Phytoptus, qu’on peut affirmer
que la plupart des phanérogames sont visitées par cet ani¬
mal. Par suite des difficultés de l’observation, il n’est
pas prouvé que chaque plante possède son acarién parti¬
culier. Mais il est infiniment plus probable que, malgré
LE NATURALISTE
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les différences des Galles entre elles, et malgré le grand
nombre des plantes nourricières, on a affaire à un petit
nombre d’espèces. Et même ce fait que sur la même
espèce de plante on peut trouver des productions galli-
formes très variées et très différentes, ne force pas à
admettre que plusieurs espèces interviennent, car il est
facile de comprendre que les Acares, qui préfèrent les
organes jeunes, recherchent de divers côtés les endroits
les plus favorables à leurs attaques et piquent ainsi les
différents organes ou les différentes régions d'un même
organe et alors la réaction de la plante se traduit par des
Galles variables de forme.
Sur un organe jeune, la succion des Acares produit
une irritation qui se manifeste par des tubérosités ; ils
lui empruntent leur nourriture en sorte que les bour-
eons ne peuvent plus se développer normalement. Si
au contraire les Acares ne s'attaquent que plus tard à la
même plante, quand ses organes sont déjà plus durs et
moins riches en protoplasma, l’excitation produite par la
piqûre et le liquide corrosif versé dans la plaie se traduit
seulement par l’irritation de l’épiderme et la production
de poils, par allongement des cellules épidermiques, qui
forment le feutrage si connu dans les plantes ligneuses.
Ainsi dans le tilleul la piqûre de ces animaux produit
sur les feuilles jeunes des galles claviformes dans les¬
quelles le parenchyme et l’épiderme supérieur intervien¬
nent, tandis que sur les feuilles âgées l’irritation se tra¬
duit par des poils feutrés. Dans les deux cas, ces pro¬
ductions fournissent un abri à l’animal et à sa progéni¬
ture.
La répartition sur un hôte est différente de celle des
autres gallicoles. Jamais les Galles ne s’étendent sur
tout l'abri ; il n’y a que quelques branches isolées qui
soient réellement attaquées. Cette particularité s’expli¬
que par la propagation graduelle des Acariens, tandis
que les Diptères gallicoles ailés visitent toutes les feuilles
des endroits les plus divers du même arbre. En outre, il
faut remarquer que les pousses de l’année nées à l’ais¬
selle des feuilles attaquées l’année précédente, sont
aussi toujours riches en parasites. Ceci provient de ce
que les Phytoptes hivernent de préférence derrière les
écailles extérieures des bourgeons et entre les bourgeons.
Les écailles les plus intérieures n’abritent presque jamais
aucun Acarien, excepté dans les Acrocécidies des bouleaux
et des noisetiers où la migration dans les quartiers d’hi¬
ver commence déjà en juin.
En outre on remarque assez souvent une certaine régu¬
larité dans la répartition des Galles sur les feuilles ;
ainsi l’enroulement marginal des feuilles des Sambucus
nigra et racemosa, du Tilia paniflora s’accentue quand on
s’approche de l’extrémité du bourgeon. Toutes les
feuilles de la pousse jusqu’aux plus jeunes sont enrou¬
lées dans le Populu s tremula et portent des galles sacci¬
formes dans le Prunus padrn ; ici la feuille la plus âgée
seule est épargnée. Souvent la croissance est trop rapide
pour les Acariens qui progressent si lentement; les
feuilles supérieures ne sont pas contaminées, ainsi que
les feuilles les plus inférieures, en sorte que la partie
moyenne seule est attaquée (erineum de l’Alnus gluti-
nosa, les galles situées aux angles des nervures dans
l’Alnus, le Carpinus, le Betulus, le Tilia grandiflora, les
deux galles du prunier). Pourtant dans le Bouleau, les
feuilles inférieures sont les plus riches en galles.
La répartition des animaux dépend probablement de
l’état de développement de l’arbre au moment de la pre¬
mière migration printanière.
On comprend combien les observations de ce genre
sont difficiles; la séquestration des larves entre des
lames de verre ne produit pas de bons résultats; la mise
en observations des feuilles attaquées et chargées de
larves amène la dessiccation des feuilles et la mort des
larves. Il faut surtout avoir recours à l’observation
directe in situ. Elle est plus longue et plus difficile, mais
elle doit être plus fructueuse.
On a recours à divers procédés pour isoler ces animaux
afin de pouvoir les soumettre à l’observation microsco¬
pique. En coupant les poils de quelques galles et en les
étalant sur du papier blanc, on réussit en s’aidant d’une
bonne loupe à en apercevoir quelques-uns. Mais il est plus
simple de couper avec des ciseaux un assez grand nom¬
bre de galles, et de placer les morceaux dans un récipient
à bord évasé, comme un verre de montre par exemple.
A mesure que les galles se dessèchent, les Phytoptus
quittent leur abri et on les trouve en grand nombre sur
les bords du verre de montre.
L’acide acétique étale ces Acariens sans les contracter.
Il est facile ensuite de les fixer dans le baume de
Canada ou la glycérine gélatinée. On peut rendre leurs
téguments transparents en les faisant bouillir dans la
potasse caustique.
Pour les conserver en collection, il est bon de les
mettre dans un liquide formé de poids égaux de glycérine
et d’acide acétique auquel on ajoute le quart du poids
d’eau. En chauffant doucement jusqu’à l'ébullition, ces
animaux se conservent sans s’altérer.
A. M lixÉGArx .
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LE NATURALISTE
SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
Communications d'histoire naturelle
contenues dans le 5e fascicule , t. II, 8“ série.
Paléontologie. — Dans les trois notes suivantes, M. H.
Filhol ajoute un supplément intéressant à ses longues et belles
recherches sur les fossiles des phosphorites du Qucrcy.
1° Description d’un nouveau genre d'insectivore. Sous le
nom de Necrosorex Quercyi, M. Filhol décrit un petit Mammi¬
fère, qui se rapproche surtout des Musaraignes (Sorex). Il en
diffère surtout par sa dernière molaire, qui est très allongée,
pourvue de deux racines, et divisée en deux lobes très carac¬
téristiques, dont le postérieur est muni d’un talon. Aucun
animal vivant ou fossile ne possède une dernière molaire sem¬
blable.
2° Description d’un nouveau genre d’ insectivore provenant
des dépôts de phosphate de chaux dxi QUercy. L’insectivore
fossile dont il est question dans cette note est désigné par
l’auteur sous le nom de Myxomygale antigua; il se différenciait
des Taupes par sa première prémolaire uni-radiculée, par la
diminution progressive de grandeur de ses molaires, par la
forme de la branche montante de sa mâchoire inférieure, qui
était sensiblement développée comme celle du Desman. Il se
distinguait des Myogale (Desman), avec lesquels il avait sur-r
tout des affinités^ par les lobes plus épais de ses molaires-, par
la forme de son angle mandibulaire, ainsi que par son apo¬
physe coronoïde.
3° Note sur la dentition supérieure du Xiphodontherium
primœvum. Dans cette note, M. Filhol complète scs recherches
sur la dentition des Xiphodontherium, petits Mammifères voi¬
sins des Xiphodons ou gazelles primitives de l’époque éocènc.
Zoologie. — M. E.-L. Bouvier consacre deux études à ses
recherchés sur l’organisation des Crustacés décapodes. Dans
la première, il étudie les variations progressives de l'appareil
circulatoire artériel chez les crustacés. anomoures, et il montre :
1» que l’artère abdominale inférieure s’atrophie déjà chez les
Crustacés fouisseurs du genre Gébie, où elle s’arrête dans le
quatrième segment abdominal, qu’elle se retrouve encore, mais
localisée dans le premier segment, chez les Paguristes, et
qu’elle disparaît complètement dans les Pagures proprement
dits et dans le Bernard l’Ermite; 2° que l’artère abdominale
supérieure des Galathées présente déjà les mêmes caractères
que celle des Porcellanes, en ce sens qu’elle se bifurque peu
après sa sortie du cœur.
Dans la seconde, il décrit la respiration et quelques disposi¬
tions organiques des Paguriens terrestres du genre Cénobite,
et il montre, notamment, que ces curieux animaux possèdent
une sorte de poumon abdominal, dans lequel une partie du
sang s’hématose avant de revenir directement au cœur sans
passer par les branchies. Il est chassé par deux organes con¬
tractiles situés en avant sur les côtés, à la base de l'abdomen.
M. Filhol décrit les phénomènes que présentent les Lucanus
cervus après l’ablation de leur tête. De ses expériences, il ré¬
sulte que la durée des phénomènes de réaction chez les Lucanes
décapités est d’autant plus longue qu’on les prend à un mo¬
ment qui semble être plus rapproche de la période où ils ont
apparu, et qu’elle est d’autant plus courte qu’on se rapproche
de l’instant où ils vont disparaître. Ainsi, un Lucane pris le
1er juin et décapité contracte ses membres lorsqu’on le touche,
jusqu’au 20 juin, c’est-à-dire pendant dix-neuf jours, alors
qu’un Lucane pris le 5 juillet, et mis dans le même état, ne se
contracte plus que vingt-quatre heures après.
Botanique. — M. A. Franche t signale l’observation intéres¬
sante d’une Ombellifere à pétales laciniés. Si l’on a pu dire
jusqu’ici qu’il n’existait pas d’Ombsllifère dont les pétales
fussent vraiment divisés, on ne pourrait aujourd’hui maintenir
cette assertion. M. Delavay a rencontré, on effet, au sommet
du Tsang-chan, haute montagne qui domino le lac Tali, dans
le Yun-nan, une Ombellifèro dont les pétales sont profondé¬
ment divisés en 3-5 lobes oblongs, un peu divergents et simu¬
lant à peu près ainsi une main dont les doigts seraient écartés.
Cette plante, à laqucllo il donne le nom de Carum schizope-
talum, végète dans les lieux ombragés, sur les rochers, parmi
les mousses.
X.
COUPE D’US SOSDAGE A CURGIES (MD)
Les lecteurs du Naturaliste connaissent déjà CurgieS que j’ai
eu l’occasion de citer dans une note sur la géologie des envi¬
rons de Bavai. Le village est situé vers l'est d’un plateau
compris entre les vallées de la Rhonelle et de l’Aunelle. Ces
deux rivières, dont les sources multiples sont voisines et ont
une origine géologique commune, viennent de la forêt de Mor-
mal ; la première se dirige d’abord vers l’ouest et coule ensuite
au nord pour se jeter dans l’Escaut à Valenciennes; l’Aunclle
a un cours moyen sensiblement sud-nord et se réunit à l’Hon-
gneau pour rejoindre enfin l’Escaut près de Condé.
La région ainsi limitée présente quelques particularités inté¬
ressantes au point de vue des eaux souterraines. J’ai pensé
qu'il ne serait pas inutile de donner la coupe d’un sondage exé¬
cuté à Curgies pour l’alimentation d’une usine importante, et
de dresser la coupe géologique ci-jointe, de Famars près de
Valenciennes à la frontière belge, en passant par Curgies. et
Sebourg.
Les couches crétacées et tertiaires de ce pays viennent s’ap¬
puyer en stratification discordante sur les terrains primaires de
l’Ardenne, dont les premiers affleurements sqnt visibles à l’est
dans la vallée de l’Hongneau près d’Angreau. C’est là que nous
avons vu précédemment : le poudingue de Burnot, les schistes
à calceoles et le calcaire de Givet, du dévonien inférieur et
moyen. Les couches primaires plongent rapidement vers l’ouest
et sont à Curgies à plus de 75 mètres du sol, soit à l’altitude de
18 mètres environ. La pente moyenne est de 3 mètres par kilo- .
mètre.
Les premiers dépôts crétacés nivellent les ondulations de la
surface des terrains primaires auxquels ils ont emprunté la plu¬
part de leurs éléments; tel est le cas du tourtia qui existe dans
presque toute la région à la base de la craie marneuse, mais
son épaisseur irrégulière est souvent très faible; il n’est pus
distingué sur la coupe.
La craie marneuse, peu épaisse à Angreau, prend de l’im¬
portance vers le centre du plateau ; elle est formée de lits alter¬
nativement marneux et argileux, surmontés par les marnes
bleuâtres à Terebratulina gracilis. Cette zone, une des plus
constantes de l’étage, affleure dans le fond des vallées, mais
elle est généralement recouverte par le limon superficiel ; j’ai
cependant eu l’occasion de l’examiner dans une fouille entre¬
prise pour les fondations d’une maison à l’entrée du village de
Sebourg; le fossile caractéristique s’y trouvait en abondance.^
La craie blanche à silex est peu épaisse et ne s’étend pas à
l’est aussi loin que la craie marneuse, elle n’est visible que dans
les vallées de l’Escaut et de la Rhonelle, elle dépasse à peine
Curgies du côté des Ardennes. C’est une craie fendillée avec
lits de silex; ses caractères sont peu nets et les fossiles sont
très rares; on la regarde cependant comme faisant partie de la
zone à Micraster breviporus. La surface de cet étage est irrégu¬
lière et montre partout des traces évidentes d’altération super¬
ficielle due à l’action dissolvante des eaux météoriques chargées
d’acide carbonique.
Les plus anciennnes couches tertiaires recouvrent également
la craie blanche et la craie marneuse. Elles sont constituées
par l’argile et le conglomérat à- silex ,- il existe généralement
entre cet étage et la craie blanche, surtout dans le fond des
poches, un petit lit d’argile ferrugineuse, résidu du lavage de la
craie et de l’oxydation des pyrites.
Au-dessus, vient le tuffeau de Valenciennes; les couches
inférieures de cette formation sont franchement argileuses et
les supérieures argilo-sableuses.
Les sables quartzeux glauconieux et l’argile plastique ne sont
nettement visibles qu'à l’ouest, entre la Rhonelle et l’Escaut
sur le plateau de Famars ; ailleurs, ils ont probablement existe
mais ont été remaniés et se confondent avec les premières
couches quaternaires. Celles-ci, sauvent très épaisses recouvrent
les affleurements de toutes les formations que nous venons
d’examiner.
Le limon est de composition assez complexe et présente sou¬
vent des stratifications entrecroisées; il parait être un mélange
des sables tertiaires remaniés sur place et des éléments argilo-
calcaires amenés par les cours d’eau et provenant de la désa¬
grégation des schistes et calcaires anciens de l’Ardenne. On
trouve fréquemment à la base un petit lit d’argile tourbeuse
Enfin le limon superficiel dérive directement du précédent
par décalcification lente.
LE NATURALISTE
119
Si nous examinons maintenant les eaux qui circulent dans
cet ensemble de formations alternativement perméables ou im¬
perméables, nous trouvons qu’elles appartiennent à trois nappes
principales distinctes.
I. — Nappe superficielle.
Les eaux pluviales tombant sur le plateau traversent le limon
sableux superficiel et s’arrêtent, soit sur les argiles du limon
inférieur, soit sur celles du landénicn. Les couches ainsi tra¬
versées ont une perméabilité faible et irrégulière, l’eau y cir¬
cule très mal; les puits qui s’alimentent à ce niveau donnent
en petite quantité des eaux de qualités diverses, mais toujours
mauvaises. Si on a la chance de tomber sur une veine sableuse,
l’eau est limpide et suffisamment abondante pour les usages
domestiques, mais le voisinage du sol se fait toujours sentir
par la présence d’une grande proportion de matières orga¬
niques. Quand le puits rencontre le petit lit d’argile tourbeuse
de la base du limon, l'eau est trouble et infecte.
II. — Nappe de la craie blanche.
La craie blanche à silex très fendillée offre à l’eau une circu¬
lation facile, entre les argiles tertiaires et les marnes bleues à
Terebratulina gracilis. Malheureusement, l’épaisseur est très
faible, et la craie disparaissant à peu de distance à l’est, l’im¬
portance de cette happé èst médiocre.
L’eau quoique bien préférable à la précédente n’est pas
encore parfaite, elle est trop calcaire, un pou sulfatée et con¬
tient beaucoup de matières organiques ; mais c’est cependant la
meilleure de la région et la plus employée.
Les puits atteignent difficilement ce niveau, les argiles pana¬
chées du tuffeau de Valenciennes sont coulantes et rendent le
travail du fonçage difficile et même dangereux. 11 est donc
préférable de faire des puits forés avec tubage étanche ; ce pro¬
cédé a d’ailleurs l’avantage d’éliminer plus sûrement les eaux
superficielles.
III. — Nappe de la craie marneuse.
Les couches calcaires qui sè succèdent au-dessous des marnes
à T. gracilis sont assez fendillées pour fournir de l’eau en abon¬
dance. Elle est encore calcaire, mais beaucoup plus pure au
point de vue organique que les précédentes. 11 faut aller loin
du sol pour renconter ces couches ; cette nappe n’est utilisée
que par les industriels ayant besoin d’un grand volume d’eau
et pouvant faire les frais d’un forage profond.
Le sondage de la sucrerie de Curgies a fourni la coupe sui¬
vante :
ALTITUDE PROFONDEUR
NATURE DES
COUCHES TRAVERSÉES
<4
NIVEAU GÉOLOGIQUE
(<*)
Limon superficiel I
terre à briques >
Limon des plateaux
Limon argilo-sablcux /
Argile sableux jaune, j
Tuffeau et argile de
landénicn inférieur
Argile rouge compacto
Gravier argileux
Argile à silex
Craie remaniée avec J
Craie blanche
là Micraster breviporus
Craie blanche
Marne argileuse bleue
Marnes bleues à
Tei'ebratulinn graci lis
Marno calcaire blanche
1
Craie marneuse
Marne bleue
Marno calcaire blanche
Marne bleue
Marno blanche 1
perméable 1
Marno compacto
Marne blanche calcaire,
fendillée
Craie blanche compacte
1
Les désignations de la colonne (c) ont été données par le
sondeur d’une façon très sommaire ; elles ont cependant pu ser¬
vir à établir la colonne (d) par comparaison avec les affleure¬
ments des mêmes couches dans les vallées voisines.
L’usine ayant besoin d’un volume d’eau considérable et la
qualité n’ayant pas uno importance capitale, on a disposé le
forage de façon à puiser simultanément dans les trois nappes;
dans ces conditions, le niveau mort moyen de l’eau est à 11 m. 40
du sol soit à l’altitude 16,30.
Malheureusement, cette disposition a le grave défaut do faci¬
liter le mélange de toutes les eaux dans le sol même et en par¬
ticulier do permettre aux plus impures, celles de la surface, de
pénétrer rapidement et sans filtration naturelle dans les couches
profondes. Cet inconvénient, peu important pendant les épui¬
sements, peut devenir très sensible quand l’usine est en chô¬
mage, c’est-à-dire pendant plus de huit mois à la sucrerie de
Curgies.
On aurait pu augmenter le débit en descendant jusqu’au
tourtia vers la cote 18 mètres. Le forage aurait eu environ
l'j mètres de profondeur et le niveau de l'eau n’aurait pas
varié sensiblement.
Les sources de l’Aunelle et de la Rlionelle font partie de la
première nappe, mais ces rivières recoupent ensuite toutes les
formations que nous venons d'examiner jusqu’à la craie mar¬
neuse, et reçoivent ainsi les eaux du deuxième et troisième ni-
Teau. * Henri Boursault
120
LE NATURALISTE
Recherche et Préparation des Reptiles
(Suite.)
Les Vipères sont les seuls reptiles dangereux que l'on
trouve en France : la Vipère aspic et la Vipère Pêliade (Pe-
lias berus ) espèce très voisine et dont la coloration varie
beaucoup, ne sont que trop communes ; certains dépar¬
tements ont le triste privilège d’en posséder un assez
Fig. 1. — Tropidonote vipérin.
grand nombre principalement ceux de la Côte-d’Or,
dq moins arrêteront le venin au passage. On s’armera
d’un canne, d’un flacon 'd’alcali et d’une lancette en cas
d’accident et l’on emportera un sac de cuir ou tout autre
meuble destiné à recevoir le produit de la chasse. Quand
on apercevra une vipère, on mettra le pied dessus et on
la saisira par l’extrémité de la queue ou bien, appuyant
la canné sur son corps, on le fera rouler jusque vers la
nuque, et l’on pourra prendre sans danger le reptile parle
cou, près delatêle. Cettedernièremél.hode est préférable ;
car quoique la Vipère suspendue par la queue ne puisse
remonter jusqu’à la main qui la supporte, un faux mou¬
vement pourrait la rapprocher du corps. On pourra aussi
saisir l’animal avec de grandes pinces plutôt qu’avec les
doigts; il sera plus facile avec elles de le faire entrer
dans le sac ou dans le vase qui devra le contenir. Il n’est
peut-être pas inutile d’insister lin peu sur les signes exté¬
rieurs qui permettent de distinguer au premier coup
d’oeil la Vipère des Couleuvres :
On ne pourra d’abord la confondre avec les Couleuvres
vertes et jaunes à collier dont le corps est allongé, les
mouvements souples et rapides, la taille généralement
grande. D’ailleurs, les lignes alternativement brunes et
Fig. 2. — Coronelle lisse.
Deux-Sèvres, Vendée, Seine-et-Marne : dans la forêt de
Fontainebleau surtout dans les gorges d’Apremont, au
milieu des genévriers et des fougères, dans les endroits
où le sol est recouvert de fragments de grès et d’ai¬
guilles de Pin.
Les Vipères commencent à sortir dans le courant du
mois de mars ; quoique nocturnes, elles aiment à se
chauffer au soleil et on les trouve alors enroulées et
immobiles sur les pierres ou sous les buissons.
« Quand on désirera s’eri procurer, il faut s’informer
auprès des gens de la campagne des localités qui passent
pour en être infestées et s’y rendre, la jambe et le pied
protégés par une bonne paire de bottes ou guêtres qui
empêcheront les crochets à venin d’atteindre la chair ou
jaunes delà partie postérieure du dos et de la queue de
la première et le collier de la deuxième permettent de
les reconnaître de loin.
On poui'ra avoir un peu plus d’hésitation si on se trouve
en présence d’une Coronelle lisse ou girondine ou d’un Tro¬
pidonote vipérin ; mais la tète petite et le corps effilé des
deux premières espèces, la présence de plaques céphali¬
ques chez les trois et l'habitat presque exclusivement
aquatique delà dernière permettront vite deseprononcer.
Du reste, avant d’avoir acquis assez de pratique pour
être bien sûr de son coup d’œil, le débutant devra agir
en face des trois dernières espèces comme en présence
de la Vipère et ne les prendre qu’avec les mêmes précau¬
tions. » (Lalaste.)
LE NATURALISTE
. — - Si,
malgré toutes les précautions prises, on vient à être
mordu par une Vipère, voici comment on doit procéder.
« La première chose à faire, c’est de rechercher les
deux petits points rouges par lesquels se sont introduits
1 2 3
Fig. 3. — Tète de vipère montrant l’organe
t, Muscle reliant les deux mâchoires : 2, Glande à venin:
3, Muscle contractant la glande à venin; i, Dent percée
d’un canal permettant l’écoulement du venin dans la bles¬
sure ; S, Fourreau de la langue; 6, Langue.
les crochets, de débrider ces petites plaies avec un canif
et de les sucer, à moins que l’on n’ait quelque blessure
aux lèvres ou à la bouche. On pourra aussi les laver avec
soin, si l’on a une mare ou un ruisseau à portée. Enfin
la cautérisation à l’aide de la pierre infernale, d’un alcali,
d’un charbon ardent, ou même d’une pincée de poudre
enflammée termineront le traitement. Une ligature au-
du point blessé pour interrompre ou du moins
I inférieures ;
Fig. 4. — Disposition des mâchoires de la Vipère lorsqu’elle
ralentir la circulation et la diffusion du poison dans
l’économie, pourra n'être pas inutile.
On pourra encore prendre à l’intérienr un verre d’une
liqueur alcoolique pour combattre les défaillances et sti¬
muler la circulation. » (Lataste.)
On a préconisé récemment un traitement contre les
morsures des Serpents par le permanganate de potasse.
M. de Lacerda a obtenu de nombreuses cures par ce
remède ; mais il est encore imparfaitement connu, peut
être dangereux et a besoin d’être soumis à plusieurs
expériences.
(A suivre.) A. Oranger.
DIAGNOSES DE QIELQIES UÉTÊDOCÈIiES DE VENEZUELA
marron. La côte est striée do marron clair
inférieur, de marron foncé :
logue à celui des
et de teinte plus brunâtre. La frange des deux ailes est coupée
de marron plus particulièrement vers la partie apicale.
Dessous des quatre ailes couvert dans le centre d’un fort
duvet de poils roux et avec les dessins du dessus plus affaiblis,
Thorax garni de poils épais noirs et blancs, abdomen couvert
de poils roux cendrés, sur le dessus ; dessous du corps unifor¬
mément roux et velu, pattes noires avec les extrémités striées
? de Merida.
55 millimètres. Les quatr
entes, avec les
t blanches . transpa-
garnies d’une frange
Tète jaune, devant du corcelel et ptérygode jaune, bordé de
blanc, dessous du thorax jaune, dessus et dessous de l’abdomen
blanc, anus jaune. Intérieur des pattes garni de poils blancs,
extérieur brun noir. Palpes jaunes avec les extrémités noires,
ginat
Ï espèce est voisine de Nigricosta Feld et de Nigromar-
n Drucc. Elle se distingue aisément de Nigricosta en ce
côte des supérieures est blanche aussi bien en dessus
t’est recouverte de poils noirâtres que sur sa
térieurc et de Nigromarginatum par ta pureté du
blanc des ailes et de l’a
Une V de Merida.
NOTE
SUR QUELQUES OPHIDIENS DE L’AMÉRIQUE INTERTROPICALE
APPARTENANT AU GENRE TRETAHORHINUS (1)
s à faire connaître sont assez,
première espèce fut décrite
m de Tretanorhinus Variabilis:
Les Ophidiens que nous m
rares dans les collections;
en 1854, par Duméril, sous le
laquelle a été placée par le professer
philidæ 2) ; famille que ce naturaliste
secondaires : les Tropidonotinw- et les Homalopsina •. Cet au¬
teur fait entrer le genre Tretunorhinxfs dans le dernier de ces
groupes, qu’il a également divisé en doux séries parallèles; dans
l’une sc trouvent rangés les genres à dentition lisse; dans
l’autre, les genres à (lents postérieures du maxillaire sillonnées.
Les Trétanorhincs, caractérisés par des dents petites, nombreuses
et lisses (3), offrant des traits de ressemblance avec des Ophidiens
du même groupe, dont les dents postérieures du maxillaire sont
sillonnées (1 . Nous voulons parler des serpents qui entrent
dans le genre Hgpsirhina de AVagler, dont les mœurs sont entiè¬
rement aquatiques et qui habitent les grands fleuves et les ca¬
naux de l’Extrême-Orient. Les Trétanorhincs ont la tète un
peu plus longue que celle do ees derniers, par conséquent moins
et les narines ouvertes1 sur le dessus du museau ; puis la ros-
trale, de forme pentagonale, est également séparée des interna-
salos par les nasales antérieures; ensuite les plaques cépha¬
liques, quoique plus allongées, offrent encore quelque analogie
avec celles qui garnissent la tète des Hypsirhincs (5 > , il s’en¬
suit que ces animaux, appartenant à des genres bien differents,
présentent entre eux des traits superficiels à peu près sembla¬
bles, appropriés au milieu dans lequel ils sont appelés a vivre.
Les Trétanorhines, comme les Hypsirhincs, ont des mœurs
aquatiques, car nous avons recueilli dans la vase des marais de
(!) Tretanorhimis Duméril et Bibron, Erpét. gênée., t. VII,
1854, p. 348.
(2) Potamophilidæ, Jan, Prodr. delta lconogr. gener. degh
ofidi 1804, p. 2. (Extr. Arch. per la zool., l’anal, vol. 3, fasc. 2,
(5) Pour d’autres détails,
nut. sc. Phi lad. 1864, p. 298
in. L. D. Cope, Proc. Acad.
122
LE NATURALISTE
Belize, vers le milieu de mars, époque des plus grandes séche¬
resses deux individus appartenant à ce genre, que nous décri¬
vons dans cette note, sous le nom de Tret. lateralis.
Caractères généraux. — Tête épaisse et ordinairement large
au niveau des tempes, Museau assez étroit. Tronc arrondi.
Queue de médiocre longueur. Plaque rostralc à. cinq pans.
Narines ouvertes sur le dessus du museau entre deux scutelles,
dont les antérieures séparent la rostrale des internasales. Ces
dernières sont fort petites. Région préfrontale garnie de une
ou de deux plaques. Frontale à cinq ou six pans. Pariétales
longues et étroites en arrière. Deux ou trois préoculaires. Œil
relativement petit et en rapport avec une seule supéro-labiale.
Première temporale en contact avec les deux post-oculaires.
Inter-sous-maxillaires assez longues. Gastrostcgcs relativement
étroites. Anale et urostèges divisées. Ecailles du tronc dépour¬
vues de porcs, finement striées et surmontées d’une carène ne
se prolongeant pas jusqu’à leur extrémité. Dents nombreuses,
lisses et à peu prés de même longueur.
Tableau synoptique des espèces du genre Tretanorhinus.
Ii§
tr
Léprimée au-dessus des
yeux. Flancs parcourus
par un ruban blanc-vio¬
lacé. Parties inférieures
d'un brun châtain . i. T. vai'iabilis
ion déprimée. Un ruban
d’un jaune clair sur cha¬
cun des flancs. Parties
inférieures ocre jaune,
nuagé de gris _ .’ . ü. var . adnexus
nile plaque. Frontale à six pans. Fr
entent déprimé. Un ruban jaune
in des flancs Parties inférieures d
fuligineux .
leux. Région frênaie garnié de deux scutelles.
Noir plombé en-dessus. Une étroite bande
jaune, parcourt la partie inférieure des flancs.
Gastrostôgcs ponctuées latéralement de noir. 4
trois. Une grande frênaie. Flancs parcourus
par une large bande noire, cernée supérieu¬
rement par un trait jaune. Ventrales et cau¬
dales jaunes avec une raie médiano noire.
Gorge fuligineuse .
1. — Tretanorhinus variabilis (1) Duméril et Bibron.
Caractères. — Tête allongée, distincte du cou et légèrement
déprimée à la région frontale. Museau assez étroit et coupé car¬
rément. Rostralc plus large que haute et séparée des interna¬
sales par les nasales antérieures. Deux préfrontales. Frontale
à six pans. Pariétales longues. Une seule frênaie. Deux préo¬
culaires. Huit supéro-labiales, la quatrième seule en rapport
avec l’œil. Cinq paires de squammes gulaires. Ecailles disposées
vers le milieu du tronc en dix-neuf séries longitudinales. Région
inférieure du tronc d’un brun châtain. Dentition isodontienne.
Description. — Neuf plaques suscéphaliques. Internasales
fort petites, de forme subtriangulaires, circonscrites en avant et
sur les côtés par les nasales, et en arrière par les préfrontales.
Ces dernières, assez grandes, présentent cinq pans inégaux.
Frontale assez petite, hexagonale, offre un angle obtus en avant
et un angle aigu en arrière ; sa longueur n’égale pas celle de la
suture interpariétale. Sus-oculaires peu développées. Pariétales
étroite en arrière, sont aussi longues que l’espace compris
entre le milieu des internasales et le bord postérieur de la fron¬
tale. Narines ouvertes en dessus entre deux plaques de mé¬
diocre grandeur. Frênaie bien développée, à quatre pans et en
contact avec la deuxième et la troisième sus-labiale. Deux préo¬
culaires; l’inférieure, la plus grande, repose sur la troisième et
la quatrième sus-labiale. Œil petit et en contact avec la partie
médiane de la quatrième sus-labiale. Deux post-oculaires ; l’infé¬
rieure est enclavée entre le bord postérieur de la quatrième
sus-labiale et le bord antérieur de la cinquième. Cinq à six tem¬
porales; la première seule est en rapport avec les deux post¬
oculaires. Bouche arquée en arrière, garnie do huit supéro-la¬
biales; la première, assez petite et projetée en avant, est en
rapport avec les deux nasales; la quatrième est placée au-des¬
sous de l’œil ; les trois suivantes, comme cette dernière, sont
assez bien développées. Dix inférolabiales ; les six premières
sont en rapport avec les inter-sous-maxillaires; ces dernières
(1) Tretanorhinus variabilis Duméril et Bibron, Erpet. Génér.
t. VII, 1854, p. 348. — Id. Jan, Elenco sist. degli ofuli 1863
p. 76. — Id. Jan, Prodr.Icon. gener. degli ofidi, Modena, 1864
p. 54. — ? Helicops Wagler., Jan, Icon gener. des Ophid.
28 livr/, pl. 1, fig. 1.
lamelles, réunies, sont aussi longues que l’espace compris entre
le bord antérieur des internasales, au bord postérieur de la
frontale. Cinq paires de squammes gulaires, suivies par cent cin¬
quante à cent cinquante-sept gastrostèges. Anale divisée. Queue
ayant environ le quart de la longueur totale, et garnie en des¬
sous, par soixante-huit à soixante-quinze urostèges doubles.
Ecailles du tronc finement striées, disposées en dix-neuf séries
longitudinales; colles de la nuque ne portent pas de carène,
mais toutes les autres en portent une, d'abord peu élevée, puis
beaucoup plus saillante sur la seconde partie du tronc et sur la
queue.
Longueur totale du plus grand individu . 0ra T10ra
Longueur, du bout du tnuseau à l’anus . 0m 530m
Longueur do la queue . 0m 180“
Les auteurs de l’Erpétologie générale, p. 350, s’expriment
ainsi sur la coloration de cette espèce : « Les trois individus que
renferme notre Musée n’ont pas un modo de coloration sem¬
blable.
« L’un d’eux, qui est assez jeune, offre de larges bandes
noires en travers du dos et du dessus de la queue sur un fond
gris brunâtre. Les faces supérieures et latérales de la tète ont
cette dernière teinte, à l’exception des lèvres, qui sont noirâtres
avec des piqueturss jaunes. D’autres piquetures semblables se
voient sur la gorge, qui est d’une couleur châtain, ainsi que le
ventre et le dessous de la queue, où l’on voit aussi des points
jaunes. Enfin le bas de chaque flanc est parcouru dans toute sa
longueur par un ruban blanchâtre, au-dessous duquel, règne
une série de très petites taches noires.
« Chez le second sujet, évidemment adulte, les bandes trans¬
versales du dos sont, pour la plupart, divisées en deux parties,
qui ne se trouvent pas toujours placées Tune en face de l’autre.
C'est un brun presque noir qui domine sur les régions infé¬
rieures. De plus, le ruban des flancs est violacé dans les deux
tiers postérieurs de son étendue et non blanchâtre d’un bout à
Ces deux individus, dont les auteurs de l 'Erpétologie générale
ignoraient l’origine, proviennent de l’Amérique méridionale.
Observations. — Le professeur Jan a figuré dans l’Iconogra¬
phie générale des Ophidiens, sous le nom de Helicops Wagleri,
un Ophidien qui, par l'ensemble de ses caractères et par la
livrée, ressemble beaucoup au Tretanorhinus variabilis. Nous
l’avons inscrit avec doute en synonyme do cette espèce, car
peut-être en diffère-t-il par la dentition.
( A suivre.) Bocourt.
INSECTES NUISIBLES AUX PINS MARITIMES
IMPORTÉS DANS LA BAIE DE LA SOMME
(Suite et fin.)
CRIOCEPHALUS RUSTICUS L.
Larve.
Longueur 34 millimètres; largeur 7 millimètres;
blanche, charnue, ferme, cylindrique-tétraédrique. Tête
subcornée, rousse ; mandibules robustes ; mâchoires assez
fortes, un peu coudées à leur base: antennes rousses, très
courtes, de 4 articles. Prothorax roussâtre, deux fois
aussi large que long ; mésothorax et métathorax très
courts, chacun de ces segments est muni en dessous d’une
paire de pattes roussâtres. Abdomen finement velu sur
les côtés, de dix segments dont le dernier très petit est
constitué par trois lobes, au centre desquels est l’anus.
Stigmates elliptiques, roussâtres, au nombre de neuf paires.
Hatzeburg et après lui Westwood ont décrit et figuré
celte larve.
Nymphe.
Blanche, tête lisse ; des tubercules épineux, dirigés
en arrière, sur toute l’étendue du prothorax, sauf le mi¬
lieu ; abdomen entièrement tomenteux ; les 7 premiers
segments, armés d’épines semblables à celles du protho¬
rax ; dernier segment terminé par deux épines cornées,
subulées; huit paires de stigmates.
Insecte parfait.
Longueur 13 à 17 millimètres ; varie du fauve brun au
noirâtre; finement pubescent. Prothorax déprimé, re¬
bordé à la base. Écusson arrondi, très finement ponctué.
Élytres déprimées, arrondies au sommet. Dessous du
corps couvert d’une ponctuation très line et d'une pubes¬
cence grise.
La femelle du Criocephalus pond ses œufs dans l’écorce
des pins. Ces œufs longs d'un millimètre et demi, sont
Fig. 1. — Criocephalus rusticus, A, insecte parfait; B, palpe
labial ; C, • palpe maxillaire.
en forme d’ellipsoïde très allongé, d’un beau blanc et
très lisses. Les larves éclosent 15 à 20 jours après, tra¬
versent l’écorce et vivent quelque temps entre celle-ci et
le bois, puis elles y creusent des galeries en tous sens.
Aux approches de la métamorphose, qui a lieu en mai
et juin, elles reviennent vers la surface et se transfor¬
ment dans leur galerie dilatée en cellule. L’insecte par¬
fait naît en juin et premiers jours de juillet.
D’après la manière de vivre des trois espèces d’insectes
qui attaquent les pins maritimes à Cayeux, il est facile
de se rendre compte, que les dégâts causés à ces arbres
par le P. notatus et le Criocephalus rusticus, qui perforent
l’écorce pour arriver à s’enfoncer dans le bois, ne peu¬
vent détruire cet arbre, qu’après quelques années, encore
faut-il qu’ils soient en nombre considérable, ce qui
jusqu’ici n’est pas le cas fort heureusement. 11 n’en est
pas de même du Blastophagus piniperda qui s’est multiplié
outre mesure, détache l’écorce par ses galeries et menace
de détruire les pins jusqu’au dernier, dans un nombre
d’années très rapproché. Dès aujourd’hui, c’est par plu¬
sieurs centaines d’arbres morts, qu’il signale sa pré¬
sence, chaque année.
Le gardien du phare de Cayeux est chargé de surveiller
ces plantations, qui sont devenues la promenade favorite
des nombreux baigneurs; mais il n’est pas forestier et
n’a pas le droit de faire couper les arbres malades ou
contaminés, de sorte que les insectes se multiplient à
l’aise.
Les nombreux savants qui se sont occupés des arbres
résineux, n’ont rien trouvé de mieux que i arrachage des
arbres malades ou morts, pour empêcher la propagation
des insectes. Ce moyen énergique, bien dirigé peut
retarder l’extension du mal. Est-ce à dire, qu’il n’y a
rien de mieux à tenter? Depuis dix ans, j’ai essayé avec
succès de développer à la pépinière de la Ville de Paris
à Auteuil, des hyménoptères, de la famille des Chalci-
dites et Braconites parasites des Hylesimus Bicolor et
Thuyæ qui détruisent les plantations de Thuyas, Sé¬
quoias, etc... J’ai pensé que ces parasites pourraient
peut-être rendre les mêmes services contre le B. pini¬
perda et j’ai porté à Cayeux 100 individus de 3 espèces
d’hyménoptères. Cet essai n’a pas réussi. 11 devait en
être ainsi, suivant la grande loi d’équilibre établie par
la nature; chaque parasite hyiuénoptère a pour mission
d’empêcher la trop grande propagation d’une espèce
spéciale d’insecte, si la famille ne trouve pas de larve de
cette espèce, pour déposer ses œufs, elle meurt sans
postérité.
Dans les nombreuses études de mœurs, que je pour¬
suis depuis vingt ans, j’ai remarqué souvent l'éclosion,
dans mes boîtes à éducation, d’un coléoptère, vivant
tantôt avec les Scolytes de l’orme, du chêne et autres ;
tantôt avec les Bostriches et hylesimus des pins, sa¬
pins, etc..., en l’étudiant de plus près, et il m’a été facile
de surprendre ses mœurs, il est parasite et vit aux
dépens de tous ces insectes, qu’il dévore sous toutes les
formes, c’est le 77/te Formicarius oliv.
TILLUS FORMICARIUS OLIV.
Longueur 9 millimètres, largeur 2 millimètres et demi,
les antennes sont en scie dans la majeure partie de leur
étendue, de la moitié de la longueur du corps et de
couleur noire. La tète est noire, assez grande. Le corselet
est un peu plus long que large, rouge, excepté son bord
C D
Fig. 2. — Tillus formicarius, A, Insecte parfait, B, languette,
C, palpe maxillaire, D, palpe labial.
antérieur. Les élytres sont [dus larges que le corselet à
la base, trois fois aussi longues que ce dernier, à côtés
parallèles, noires avec la base rouge, une raie arquée,
transversale, blanche au milieu et une bande transversale
delà mêmecouleuravant l’extrémité. L’abdomen est rouge,
ainsi que les pattes dont les tarses ont cinq articles.
Larve.
Longueur 18 millimètres, allongée, subcylindrique,
un peu fusiforme, composée de douze segments, de cou¬
leur rosée, sans compter la tête qui est ovale, un peu
plus longue que large, armée de deux fortes mandibules
LE NATURALISTE
124
noires, pointues et pourvue de deux petites antennes de
quatre articles. Le premier segment du corps porte un
écusson brun-roussâtre ; les deux segments. suivants pré¬
sentent chacun deux petites taches de la même couleur;
le dernier porte une plaque sub-écailleuse brune ter¬
minée par deux crochets brun-marron recourbés en
haut. Elle est pourvue de six pattes thoraciques et d’un
mamelon anal rétractile.
Elle se change en nymphe dans une cellule elliptique,
creusée dans la vermoulure ou dans l’écorce, et enduite
d’une sorte de vernis blanc. L’insecte parfait éclôt en
iuin.
J’ai porté trois couples de Tillus Formicarius à Cayeux,
en avril 1887; il s’y est fort bien acclimaté, j’ai suivi
avec intérêt, chaque année, sa manière de vivre aux
dépens du Blastophagus et même du Pissodes. Au mois
d’avril, la femelle dépose un œuf quelquefois deux à
l’entrée du trou de la galerie de ponte ou nuptiale du
Blastophagus, aussitôt leur éclosion, ces larves se glissent
dans la galerie, dévorent celles du destructeur ( Blasto¬
phagus ), souvent au nombre de 45 à 60; comme la ponte
d’une femelle de Tillus est d’environ 50 à 60 œufs, on
peut estimer -qu’une seule femelle de ce précieux para¬
site, peut anéantir de 30 à 40 couvées de Blastophagus.
J'ai remarqué en juillet et en août des Tillus poursuivant
des Blastophagus sur les écorces, les saisissant à la course
pour s’en nourrir de sorte que, non seulement sa larve
détruit les pontes de Blastophagus à l’état de larves, mais
encore l’insecte parfait est un ennemi redoutable pour
les Blastophagus des deux sexes, au moment où ils sor¬
tent des pins, pour se nourrir des jeunes pousses de
Tannée.
J’ai constaté et obtenu des éclosions de Tillus, fin juin
et en juillet, quelquefois en septembre et octobre. Je
suppose que ces dernières éclosions, ne sont pas nor¬
males et ont été retardées. En octobre le Tillus cherche
un abri sous les écorces pour passer l’hiver.
Il est certain qu’il n’a qu’une génération par an, cela
s’explique du reste par ses mœurs, comment les larves
d’une seconde génération pourraient-elles vivre à Cayeux,
puisque le Blastophagus n’a lui-même qu’une éclosion?
Il n’est pas douteux pour moi que le Tillus Formicarius
continuant à se développer chaque année, arrêtera dans
un temps assez court les dégâts considérables faits par
le Blastophagus piniperda et sauvera le bois de pins mari¬
times de Cayeux, d’une destruction certaine, sans son
secours.
Je compte, dès le printemps prochain, continuer mes
essais avec cet inestimable parasite, au bois de Boulogne,
où le Blastophaguus piniperda n’est que trop commun dans
les pins sylvestres. Je ne saurais trop appeler l’attention
de Messieurs les conservateurs des forêts et des reboise¬
ments de nos montagnes, sur les résultats obtenus, et les
engager à propager cette espèce en recueillant les in¬
sectes parfaits provenant des abattis de pins malades ou
morts, pour les reporter dans les plantations, que l’on
désire sauvegarder.
Decaux,
Membre de la Société entomologiquc de France.
ACADÉMIE DES SCIENCES
parasites dépourvues de feuilles tirent d’autres plantes feuillées
un suc déjà élaboré et ensuite porté dans les fleurs et les fruits,
il ressort au contraire de ses propres recherches que, s’il faut
aux espèces parasites une nourriture déjà élaborée et spéciale,
celles-ci procèdent à une élaboration nouvelle et complémen¬
taire déterminant, d’une part, la transformation de certains
principes, d’autre part, la création de substances nouvelles. Ce
pouvoir d’élaboration varié comme en témoignent ses produits,
sera d’autant plus remarquable, surtout dans les parasites
aphylles et arhizes ( Cytinus , Rafflesia, Balanophora , Cuscuta).
L’action des parasites aphylles sur l’atmosphère ne çhffère pas
d’ailleurs de celle des fleurs bien connue depuis Th. de Saus¬
sure et physiologiquement véritables parasites. — M. Duplay
et M. Casin à propos de la récente communication de M. Zwaar-
demaker « sur l’action de l’acide phénique chez le chat », si¬
gnalent également une action très forte sur la souris, tandis
qu’elle est beaucoup moindre chez le rat et les autres rongeurs.
On voit donc que l’action de l’acide phénique s’exerce dans
dos proportions très inégales chez les différentes espèces ani¬
males.
Séance dn 31 mars. — M. A. F. Marion communique à l’Aca¬
démie le résultat de ses recherches sur la sardine de la Médi¬
terranée et son développement. Les observations de M. Marion
en parfaite concordance avec celles de Raffaële et de Cunnin¬
gham, seront exposées dans un fascicule spécial des annales du
laboratoire d’Endoume. — .17. T. L. Phipson montre l’identité
de la Palmelline trouvée par lui en 1879 dans la Palmella cruen-
tata avec VHematine végétale décrite par M. Linossier dans l’A s-
pergillus niger. — .17. R. Montez signale la présence de mâles
chez un assez grand nombre d’ostracode d’eau douce où ils
étaient encore inconnus Cypris incongruens Ramd., C. virens
Jurine, C. mareotica Fischer, C. Blanchardi (n. sp.), C. ungulata
(n. sp.), C. balneria (n. sp.), Erpelocypris spinosa Mz, Cypri-
dopsis villosa, etc. — M. V. Lesage signale l’influence de la sa¬
lure sur la formation de l'amidon dans les organes végétatifs
chlorophylliens. — M. E. Aubert a observé le dégagement simul¬
tané do l’oxygène et de l'acide carbonique chez les cactées. —
M. k. de Kroustchoff est arrivé à reproduire artificiellement
l’amphibole.
Séance dn 13 avril. — M. G. Linossier montre que la Pal¬
melline de M. Phipson, bien loin d’être identique à l'aspergil-
line,ne présente avec cette substance pas plus qu’avec l’héma-
tine du sang, aucune analogie. — M. J. Vesque adresse une note
sur les Clusia de la section Anandrogyne. — M. Herail signale
la présence de liber médullaire dans la racine de Vinca major,
V. media et V. minor, la présence de liber médullaire avait
déjà été signalée par M. Van Thieghem dans la racine des cu-
curbitacées.
A. Eugène Malard.
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G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
Séance dn 23 mars 1891. — M. A. Chalin montre que con¬
trairement à l’opinion cmise par P. de Candolle que les plantes
PARIS.
LEVÉ,
E CASSETTE, 17.
LE NATURALISTE
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOEVEAEX
n. sp.
44 à 47 millimètres ; ailes supérieures et inférieures décou¬
pées comme [dans Dinias Hew. Dessus des supérieures brun
traversé par une large bande blanche, irrégulière, qui n’atteint
le bord de l’aile ni à la côte ni au bord interne. Entre cette
bande et l’apex, deux ou trois petits points blancs allongés
partent de la côte et se perdent dans l’aile. Dessus des infé¬
rieures également brun avec le milieu traversé en partie par
une série de six taches blanches marquées chacune extérieure¬
ment d’un point noir. Ces taches et ces points sont plus ou
moins marqués suivant les individus et ceux du centré de l’aile
disparaissent parfois complètement et se confondent avec la
teinte générale.
Franges entrecoupées de blanc et de brun.
Dessous des supérieures comme le dessus, avec cette diffé¬
rence que la bande transversale blanche s'élargit beaucoup vers
l’angle interne et contient entre les nervures 3 et 4 une tache
brune qui, sur le dessus, se confond avec la teinte du fond de
l'aile. En outre l’apex est blanc, semé de lignes et teinté de
marron ; il contient aussi deux petits points noirs pupilles de
blanc.
Dessous des inférieures comme dans Dinias Hew., mais de
teintes plus claires, avec la petite bande blanche centrale plus
fortement zigzaguée, différant enfin par plusieurs détails dans
de la base.
;s dessin
Quatre sj
43 millimètres,
les nervures bien indiqu
ailes. L’extrémité de 1’
deux côtés d’une tache
nvirons de Loja, 1890.
as Yidali, n. sp.
et dessous des quatre a
ss, principalement sur 1
marquée des
frangée de jaune ; aux infé¬
rieures, l’aile est bordée des deux côtés par une tache margi¬
nale orange également frangée de jaune, qui part de l’angle
apical pour se terminer à l’angle anal. Cette tache, plus large
au centre qu’aux deux extrémités, est festonnée intérieurement.
Au-dessous, deux points rouges à la base des inférieures.
Cette espèce, excessivement rapprochée de Passiena Hew.,
s’en distingue aisément, en ce que la tache apicale des supé¬
rieures est beaucoup plus petite, en ce que la bordure orange
des inférieures n’est pas d’une largeur uniforme, enfin en ce
que les taches des deux ailes sont frangées de jaune au lieu do
l’étre eu noir, comme dans Passiena.
Un exemplaire des environs de Loja, pris en 1886.
Enrybia Turna, n. sp.
36 millimètres. Cotte espèce se place entre l’Eurybia Patrona
Wcym. et l’Eurybia Donna Feld. Plus petite que Patrona, dont
elle se distingue par les ailes inférieures plus arrondies, la bor¬
dure jaune des inférieures plus pâle et plus large et se répé¬
tant sur le dessous de l’aile, celte espèce diffère de Donna, car
la bande jaune des inférieures est marquée en outre des cinq
points noirs, d’une rangée intérieure de traits allongés et les
Les supérieures, d’un brun uniforme, sont marquées des
deux côtés d’un point bleu indigo entouré de jaune comme
dans Patrona.
Aux inférieures, un point cellulaire bleu cerclé de jaune,
plus nettement indiqué sur le dessous.
Le jaune de la bordure de ces mêmes ailes est plus vif en
dessus qu’en dessous.
1 spécimen do Loja, 1886.
Barotis Dryades, n. sp.
31 millimètres. Cette espèce se place tout à côté de Zonata
Feld. figuré dans l’ouvrage du I)r O. Staudinger Exoàtiche
Tag faite r, pl. 91 ; mais la taille en est plus grande, les ailes
supérieures plus acuminées, les taches sont blanc laiteux et non
pas jaunes et, quoique semblables par le nombre et la position,
différent pourtant notablement par la forme. Ainsi la tache
centrale des supérieures, au lieu de se terminer en pointe
comme dans Zonata, finit dans toute sa largeur chez Dryades.
La tache apicale des deux ailes est plus longue, plus élancée.
En outre de la fine bande submarginale vert métallique du
dessus des ailes, on voit encore aux inférieures deux taches de
même nuance, l’une partant de l’angle anal et qui finit entre
les deux taches blanches, l’autre à la côte.
Deux spécimens pris aux environs de Loja en 1886.
Pliacusa Mathonà, n. sp.
23 millimètres. Ailes hyalines, la costale des supérieures
bien indiquée en jaune dessus comme dessous, le reste des ner¬
vures noir, un liséré extérieur noir s'élargissant à l’apex des
supérieures, franges noires sauf à la base des inférieures où elle
est jaune ainsi que le boni.
Palpes jaunes avec l’extrémité noire, tête noire garnie de
quelques poils jaunes, collier jaune bordé de noir, thorax noir
et jaune, abdomen jaune avec une triple rangée de taches
noires au-dessus et sur chaque côté. Anus noir garni de poils
jaunes. Dessous du corps jaune, pattes noires extérieurement,
jaunes à l’intérieur.
Une Ç des environs de Loja.
Cette dernière se place à côté de Phacusa Yaripes Wlk.
26 millimètres. Dessus des supérieures brun avec une tache
vitreuse, centrale et triangulaire. Dessus des inférieures brun
à reflets bleus avec un long trait vitreux partant de la base
dépassant le milieu de l’aile et divisé par une nervure oblique!
Dessous des quatre ailes brun avec reflets bleus sur la pre¬
mière moitié des ailes et les taches vitreuses comme dessus.
Palpes, antennes et pattes brun. Tête,
dessus du corps bleu métallique h reflets verts.
Un spécimen des environs de Loja pris en 1887.
34 millimètres. Ailes semi-diaphanes. Dessus des £
blanc, marqué de quelques traits bruns le long de la côte, d’a¬
bord à la base, puis à l’extrémité de la cellule ; doux points
subterminaux isolés entre les nervures 1, 1’, 2', et quelques-
autres points toujours de même nuance brune le long du bord
interne.
Dessous des supérieures blanc avec les deux points subtermi¬
naux bien marqués et le reste des dessins ne sc. voyant que pat-
transparence.
Dessus et dessous des inférieures blanc ; franges blanches.
Tète, corselet et thorax blanc et jaune ; palpes, dessous du
corps et pattes blanc; dessus do l’abdomen jaune.
Un o* pris à Zumba en juillet 1886.
La place de cette espèce est à côté d’Empusa Tybris Cram.
Ecpantlieria Hebona, n. sp.
cf 43 à 47 millimètres. Cette espèce est excessivement voi¬
sine de Memophila H. Sch., mais elle en diffère en ce que
les ailes inférieures sont uniformément blanches sans autres
dessins que deux points noirs à l’angle anal et quelques points
à la côte. Ces ailes sont garnies de poils jaunes le long du bord
interne. Les supérieures sont marquées de dessins analogues
dans les deux espèces, mais dans Hebona, l’extrabasilaire forme
un V très marqué ; la seconde tache costale est moins large,
plus longue et atteint la nervure médiane, rejoignant ainsi le
dessin du centre de l’aile; la tache subtcrminale de la ncrvule
inférieure 1 manque, la rangée de ces taches 1
de 5 et non de 6; enfin la teinte générale de c<
vert olive plus pâle, la
Xe
des
de teinte
lavée de
blanc laiteux et la moitié in
jaune. Dessous des inférieures
Ç 60 millimètres. Dessus de.
mais avec la sixième tache subterminale bien indiquée, quoique
plus petite que les autres, dessus îles inférieures jaune, tra¬
versé d’abord au milieu par une double ligne noire, irrégulière,
composée de traits, puis de points et se réunissant enfin en une
seule ligne qui se termine un peu avant le bord interne, puis
par une rangée subtcrminale de traits noirs se touchant, iné¬
gaux, traversés parles nervures jaunes comme le fond des ailes
dessous des quatre ailes jaune, plus pâle à l’apex des supé¬
rieures avec les dessins comme au-dessus.
Dans les deux sexes les palpes sont noirs, la tète est recou¬
verte de poils olivâtres; le corselet, olivâtre, est cerclé de jaune,
les ptérygodes olivâtres sont bordés de noir intérieurement,
une raie noire se dessine au milieu du thorax. Le dessus de
l’abdomen est bleu métallique, les deux côtés s, mi jaunes striés
de noir; pattes noires à reflets bleus, anus garni de poils
3 O* et 3 9 bien pareils de Loja même.
L’un des O* éclos le 28 juin 1890 m’a été envoyé par II. l’abbé
Gauion avec l’indication suivante : « Chenille sur l’alisier et le
rps long et 1
arrondies,
n. g.
gros; palpes très courts, droits
pointe et
LE NATURALISTE
guère le tiers de l'aile comme longueur ; corps sensiblement
plus long que les ailes; supérieures à forme longue et élancée
comme dans le genre Halisidota de Hübner, mais inférieures
plus arrondies ; sous-costale des supérieures se détachant bien
le long de la cellule, se rattachant, par un premier rameau à la
costale, puis par un second à la côte et finissant elle-même un
peu avant l’apex, après avoir émis trois nervules vers le bord ter¬
minal ; la nervure médiane émet quatre nervules, les 1, 2, 3 qui
partent du coin inférieur de la cellule, la 4 du milieu de la
médiane : enfin la nervulation est complétée par une sous -mé¬
diane et une vigoureuse nervure interne qui atteint l’angle de
l’aile. . Nervulations des inférieures comme dans Halisidota
TextaH. Sch., mais les nervules inférieures 1, 2, 3 ayant le
même point de départ. Jambes relativement courtes.
Ce genre me semble devoir se placer entre Halisidota Hl>. et
Phægoptera H. Sch.
(lanjonia Arbosi, n. sp.
55 millimètres. Supérieures diaphanes, à peine parsemées
de , quelques rares écailles jaunes ou noires ; nervures forte¬
ment indiquées, de couleur paille et entrecoupées symétrique¬
ment de taches noires. Côte coupée de paille et de noir; de
même la frange, les parties noires se trouvant entre les ner¬
vures. Inférieures également diaphanes et les nervures couleur
paille, mais non pas en relief et beaucoup moins marquées
qu’aux supérieures. Frange paille avec quelques traces d’é-
cailles noires. Dessous des ailes comme le dessus, les nervures
sé voyant par transparence en jaune et sans les parties noires
aux supérieures. Corselet et thorax garnis de poils longs, de
teinte paille et ponctués de poils noirs ; abdomen, tète, palpes
et pattes couleur paille, les deux premières paires coupées de
noir.
Une Ç éclose au séminaire de Loja, le 3 mai 1890.
Le cocon, de 3 centimètres environ, est de forme allongée,
d’un tissu jaunâtre transparent, laissant voir la chrysalide â
l’intérieur et recouvert d’un duvet peu fourni.
Oilozana Fili, n. sp.
21 millimètres. Dessus des quatre ailes brun, base des in¬
férieures rouge vif; dessous des supérieures comme le dessus,
dessous des inférieures rouge plus pâle bordé de brun. Tète,
palpes et cou d’un beau rouge vif; thorax, abdomen et pattes
uniformément bruns.
Cette jolie petite espèce se place à côté d’Odozana Hcrcyna
Druce, dont elle se distingue par sa tête rouge, et la large bor¬
dure noire des inférieures.
Ces dernières sont incurvées comme dans Odozana Corda-
tula Druce, mais moins largos et plus allongées.
Deux ü* des environs de Loja, 1881.
Oilov.ana ? Anitras, n. sp.
22 millimètres. Dessus des supérieures d’un beau vert mé¬
tallique à reflets bronzés, bordures bleuâtres. Dessus des infé¬
rieures, dessous des quatre ailes, dessous de l’abdomen et
franges brun noir ,avec quelques reflets irisés. Dessous du
corps et pattes bruns semés d’atomes vert métallique.
Un O* des environs de Loja, 1887.
Endule Cinctata, n. sp.
25 millimètres. Ailes fauves avec les nervures marquées en
brun et un trait droit terminant la .cellule, enfin une large bor¬
dure brune extérieure plus large à l’apex de chaque aile. Des¬
sous comme le dessus mais jaune et non plus fauve.
Une Ç des environs de Loja, prise en 1887.
Euclea ? Yaniouna, n. sp.
28 millimètres. Dessus des supérieures brun rougeâtre avec
un trait cellulaire et une ligne ondulée extérieure plus foncée.
Dessus des inférieures couleur brique pâle uniforme. Dessous
des quatre ailes de la même teinte brique pâle, mais avec l’a¬
pex des supérieures et les côtes brunâtres.
Antennes, tète, corselet et thorax brun rougeâtre comme le
dessus des supérieures, abdomen brique pâle.
5 O* et 1 Ç des environs de Loja, l’un des Cf pris le 24 fé¬
vrier 1890 au séminaire de Loja même.
Prismoplcra ’l'rossula, n, sp.
43 millimètres. Ailes hyalines, côté des supérieures jaunâ¬
tres, nervures bien indiquées, base des supérieures et bord
interne des inférieures garnis de poils bruns. Palpes et an¬
tennes noirs, tète, cou, thorax et abdomen garnis do poils
épais jaunes, plus sombres sur le dessus et presque bruns au-
dessous de l’abdomen; cuisses garnies de poils jaunes, tarses
de longs poils noirs et blancs..
Se place â côté de Prismoptora $ Opatina Butl. et Prismop-
tera Aminula Druce.
1 C f des environs de Loja, 1890.
llacrouiphalia I.ojanensis, n. sp.
O* 31 millimètres : Dessus des supérieures gris avec une pre¬
mière ligne extrabasilaire flexueuse, un point cellulaire, la cou¬
dée également flexueuse, mais traversant l’aile en ligne presque
droite, enfin une ligne subterminale composée en partie de
points et doublement incurvée intérieurement. Entre la coudée
et la subterminale une ligne flexueuse ombrée. Frange grise
coupée de blanc.
Dessus des inférieures blanc avec l’indication vague d’une
ligne subterminale grise. Bord gris, frange blanche.
Dessus des supérieures avec la subterminale bien indiquée
en blanc; l’aile intérieurement à cette ligne est lavée de roux
spécialement â la côte, blanchâtre au bord interne; extérieure-
rement elle est grise comme en dessus. Dessous des inférieures
comme le dessus. Corps gris, avec l’anus blanc en dessous.
Ç 48 et 50 millimètres. Dessus des supérieures gris comme
dans le cf, mais avec les lignes moins bien écrites. Dessus des
inférieures, gris uniforme. Dessous des quatre ailes gris avec
une teinte plus obscure â l’apex. Corps gris, anus garni de
poils noirs.
Deux o* et deux Ç de Loja, éclos en juin 1888.
Les cocons; de 26 à 30 millimètres de long, sont oblongs, ar¬
rondis, d’un tissu résistant gris semé de poils noirs.
Cette espèce est fort voisine de Macromphalia Chilensis Feld.
dont elle se distingue par les lignes plus droites, plus nom-,
breuses, la teinte des inférieures plus.blanche dans le O*, au con¬
traire plus grise et plus uniforme dans les quatre ailes chez
la $•
Asphalia Oniroe, n. sp.
33 millimètres. Supérieures assez étroites et allongées. Des¬
sus gris saupoudré d’écailles, blanches à la côte, jaune pâle
dans l’intérieur. Côte coupée de petits traits noirs, tache orbi-
culaire cerclée de jaune pâle, point de dessins précis. Frange
Dessops des supérieures blanc au bord interne et à la basp,
gris à la côte et à l’apex. Inférieures semi-transparentes, des¬
sus et dessous, blanc avec une légère teinte irisée ; frange
blanche.
Palpes, tète, thorax et pattes garnis de poils gris.
Un O* très frais des environs de Loja, pris en 1881.
Narcæa Atrax, n. sp.
51 millimètres. Cette belle espece forme la seconde du genre
créé tout récemment par M. Druce. ( Biologia Cenlr. Am.,
pl. 36.)
Le dessus des quatre ailes est brun et les dessins d’un blanc
bleuâtre sont aux supérieures : une première ligne extrabasilaire
peu marquée, puis, un peu au delà du milieu, une seconde
ligne transversale presque droite, suivie d’une série de taches
dont une plus importante, enfin de petits traits marginaux.
Aux inférieures la seconde ligne transversale réapparaît
mais partiellement : il en est de même des taches. Seuls les
traits marginaux bordent ces ailes régulièrement.
La surface dos quatre ailes est, par place, finement saupou¬
drée d’atomes bleuâtres.
Dessous d’un brun plus pâle que le dessus, les lignes dispa¬
raissent et sont remplacées par des accumulations d’atomes
bleuâtres.
A chaque aile se voit un point disçoïdal plus foncé.
Franges, tête, corps et pattes brun ponctué d’atomes
bleuâtres.
Un O* des environs de Loja, 1881.
Cidaria Sauiauiegoi, n. sp.
30 millimètres. Dessus des supérieures brun lilacé. Ces ailes
sont traversées par deux larges lignes presque droites dont
les moitiés extérieures sont couleur paille, les moitiés inté¬
rieures blanches. De la seconde ligne, à la hauteur de la cel¬
lule, se détache un trait couleur paille, qui va droit à l’apex.
Entre les deux lignes, la médiane se détache en blanc; au delà
de la seconde ligne et un pou au-dessus de l’angle interne l’aile
est marquée d’un point noir surmonté de deux V également
noirs. Frange mordorée.
Dessus des inférieures gris-ardoise clair, frange mordorée
eoupée de brun.
Dessous des quatre ailes gris-ardoise, semé d’atomes jaunes
à la base, à la côte des supérieures et le long des bords, avec
une fine, ligne noire transversale aux supérieures et un point
cellulaire aux inférieures.
Tète, collier et pattes jaune doré.
Une Ç des environs de Loja, prise en 1889.
P. Dognin.
l.r ANNÉE
“2e SÉRIE — 102
JUIN 1891
LES RACES DE L INDE
LES PARIAS
Le mot paria vient (lu tamoul : parey-an, l’homme du
tambour. Le Paria s’est en effet identifié avec son tam- !
bour; dès sa plus tendre enfance, il apprend à battre de
cet instrument dont la peau souillerait par son contact j
ses compatriotes, les hommes de casle. Toutefois, la I
se donnera à lui-même les titres de Tamilar, Telugu,
c'est-à-dire d’homme qui parle le tamoul, le télinga.
('/est un aveu de sa part de son infériorité vis-à-vis de ses
Dans les campagnes, les Parias ne vivent point avec les
classes supérieures : ils ont des villages séparés. Ils
devaient avant la suprématie de l’Angleterre et doivent
peut-être encore, dans certaines régions, se tenir sous le
vent de peur que les émanations qui s’échappent de leur
personne vinssent souiller les passants. Bien plus, s’ils
Les Races de l’Iude. — Groupe de Todas.
caste s’est multipliée. Les Parias sont alors entrés au
service des Européens dans les villes, et dans les cam¬
pagnes ils cultivent la terre pour le compte des autres.
Les Parias eux-mêmes se divisent en près de dix-huit
fractions qui ne s’allient jamais entre elles et se croient
plus pures les unes que les autres. Les Valluvars sont les
princes de la classe, puis viennent les Todas-parias, les
mendiants ou jongleurs, les Parias-Toursalis ou vidan¬
geurs, les Kougi-parias ou fossoyeurs, etc. Chacune des
fractions de la classe des Parias se subdivise encore. Près
des Parias on peut placer les Sakkilyars ou cordonniers
et les Pallars ou pêcheurs, deux autres tribus qui ne
fraient point avec les Parias.
A une époque reculée, les Parias habitaient seuls dans
le pays et. d’après leurs traditions, ils y occupaient une
position supérieure à celle qu’ils ont maintenant. Bien
qu’il parle le dialecte de ses maîtres, jamais le Paria ne
LE NATURALISTE, Paris, 46. rue du Bac.
rencontraient un brahme, ils devaient abandonner la
route et prendre à travers champs. Il serait trop long
de retracer dans quel état d’objection les fameuses lois
de Manu ont placé les pauvres Parias.
LES TODAS
Les Todas ont beaucoup frappé l’attention et l’imagi¬
nation des Européens. Leur taille athlétique et bien
prise, leur nez aquilin, leurs yeux clairs, leurs longs
cheveux bouclés, les monuments celtiques ou druidiques
que l’on rencontre en assez grand nombre sur la mon¬
tagne, mais qui doivent être attribués à une race tout à
fait primitive aujourd’hui disparue, ont donné lieu de
penser qu’ils sont d’origine celtique ou même romaine.
Toutefois, cette opinion- ne parait pas fondée. Leurs
belles formes et leurs membres nerveux, leur front
fuyant, leur profil arrondi avec leur barbe noire et
LE NATURALISTE
touffue et leurs sourcils épais attestent cependant qu’ils
sont sortis d’une race orientale, d’origine japhétique et
non efféminée. Les Todas forment donc une race aussi
distincte entre les autres races que leur langage est dis¬
tinct entre les autres dialectes du Sud de l’Inde. Nous
donnons ici un groupe de Todas, hommes, femmes et
enfants dont plusieurs nous sont connus (1).
D’après leurs propres traditions, leurs ancêtres habi¬
taient la plaine au temps du roi géant Ravana qui les
tyrannisait de toutes manières et les força ainsi à s’enfuir
dans les montagnes avec leurs familles et leurs trou¬
peaux, nous dit Mgr Laouënan dans son ouvrage sur le
Brahmanisme. Selon une autre version, beaucoup plus
probable, ils seraient les restes de la population qui
avait donné son nom au Toda ou Touda-Mandalam. Ainsi
que beaucoup d’autres habitants des montagnes appelées
les Chattes Occidentales, ils abandonnèrent les plaines
pendant les guerres de religion qui désolèrent le Dra-
vida, du ixe au xne siècle, soit entre les Buddhistes et les
Jaïnas d’une part, et les Brahmanistes d’autre part, soit
entre les Vishnuvites et les Sivaïtes. »
Le costume des Todas est aussi particulier que leur
maintien et leur visage. Il consiste en une simple toile,
sorte de toge, qu’ils disposent de la façon la plus apte à
faire ressortir leurs formes musculaires.
Les femmes ont de longues tresses qui leur tombent
sur les épaules. Une singulière coutume chez elles est de
porter une ceinture ou chaîne de métal sur la peau
autour de la taille. Toutes les femmes parvenues à l’âge
mOir et toutes les jeunes filles sont pourvues de cet
appendice.
Les Todas n’ont pas encore embrassé le brahmanisme,
Leur culte est assez problématique. Us semblent adorer
un Être suprême. Les uns prétendent qu’ils ont leurs
divinités propres, dont la principale est une cloche qu’ils
attachent au cou du meilleur buffle de leurs troupeaux
et qu’ils s’adonnent au culte des esprits et des morts, ou
encore qu’ils adorent le dieu de la chasse et le soleil.
D’autres croient qu’ils adorent leurs bufflonnes et Hiria-
deva, ou le dieu du ventre. Chaque auteur qui a traité des
Todas a des idées différentes souvent même contraires à
celles des autres, au sujet de leur religion. Aussi pré¬
férons-nous nous en tenir à ce que nous avons dit ail¬
leurs sur ce sujet (2).
Les Todas croient à la transmigration des âmes selon
les uns. Selon les autres, ils croient qu’après la mort
elles vont dans le « Oru-norr ou Am-norr,» la grande
contrée.
Comme les populations aborigènes du Sirmour, du
Bassahire, du Kunawar, du Bhoutan, du Thibet et des
monts Siwalich, comme les Kuragars du Coorg au som¬
met des Chattes Occidentales, qui ont les mêmes usages
et la même stature, les Todas pratiquent la polyandrie.
De plus, ils admettent l’infanticide des filles au moins de
celles qui viennent au monde un jour néfaste. Sur les
sept jours de la semaine le lundi, le mardi, le mercredi
et le vendredi sont considérés comme des jours néfastes.
Les autres jours sont des jours heureux. Us attachent
(1) Le deuxième Toda figuré au fond de la gravure à dror
du lecteur est celui qui a accompli le voyage, dont j’ai par
jadis, en Amérique et en Europe. Son fils est à ses côté
Depuis son voyage il est mal vu de toute sa tribu.
(2) Voir Naturaliste du 15 octobre 1889, p. 244. Une visi
chez les Todas.
une grande importance à cette distinction des jours qui
influent selon eux sur toutes leurs entreprises.
D’après ce que nous venons de dire, on comprend que
chez les Todas il y ait plus d’hommes que de femmes.
On le comprendra mieux encore quand on saura qu’une
femme se marie à tous les frères d’une même famille et
qu’elle compte ainsi quatre à cinq maris.
Us n’ont aucune formalité pour les mariages; ils con¬
cluent les alliances par choix réciproque. Le jeune
homme offre seulement aux parents de la jeune fille de
six à huit buffles. Quand la nouvelle mariée arrive à la
maison de son mari, elle est obligée, au cas où il a des
frères, de les reconnaître comme ses maris et de leur
rendre les services et l’obéissance qui sont du devoir de
l’épouse.
Hector Léveillé.
(A suivre.)
LA COULEUR VERTE DES ANIMAUX
Il existe des animaux colorés en vert comme les plantes: la
liste de ceux que Ton connaît est déjà longue et, ce qui est
remarquable, c’est qu’ils appartiennent à des groupes très dif¬
férents. La Convoluta Schultzii est un ver du sous-ordre des
Rhabdocœles; VHydra viridis est un cœlentéré du sous-em¬
branchement des Cnidaires ; les Spongiaires sont représentés
par Spongilla viridis.
Mais, c’est surtout chez les Protozoaires que Ton trouve le
plus grand nombre d’animaux colorés en vert; il suffit de citer
chez les Infusoires ciliés : Paramæcium Bursaria (fig. 2),
Ophrydium versatile (fig. 1), Stentor polymorphus, Coleps
hîrlus, etc.; sans parler de quelques Rhizopodes, il existe un
un Flagellé coloré en vert de la même manière : c’est 1 ’Aniso-
nema viridis (fig. I).
Si Ton veut se procurer quelques-uns de ces intéressants
animaux, en voici deux dont la récolte et la culture sont relati¬
vement très faciles.
Recueillons dans un marais des plantes aquatiques, des
algues, des fragments de bois qui ont séjourné dans l’eau et
disposons ces objets dans de grandes cuvettes dont la surface,
aura été recouverte extérieurement d’un enduit opaque : la cou¬
leur blanche est préférable aux autres. Au bout d’un certain
temps, on verra sur les parois du vase des Hydres vertes en
abondance : elles s’allongent perpendiculairement à la surface,
développent leurs tentacules, se rétractent brusquement pour
s’étirer à nouveau un instant après.
Pour obtenir le Paramæcium Bursaria, il suffit de conserver
dans des flacons les diverses algues, Spirogyres, Clado-
phores, etc., qui tapissent les bassins, les réservoirs; les Para¬
mécies se développent en quantité considérable dans ces flacons,
formant légion du côté exposé à la lumière.
A quoi est duc cette couleur verte des animaux? Peut-on la
comparer en tous points à celle des plantes? Voilà une question
qui divise les naturalistes ; les uns se prononcent pour l’affir¬
mative, quelques-uns hésitent, plusieurs disent non ; examinons
donc le problème de plus près.
Dans les plantes, la couleur verte est due à des portions diffé¬
renciées de protoplasma imprégnées de chlorophylle ; c’est ce
qu’on appelle des chlorolcucites ; il y en a de toutes les formes ;
la plupart sont discoïdes (fig. 4), quelques-uns sont étoilés;
d’autres, comme dans les Spirogyres, ont la forme d’un ruban
spiralé (fig. 6).
A un premier examen, la couleur verte des animaux semble
avoir la même origine; c’est bien de la chlorophylle et cette
chlorophylle imprègne dans le protoplasma des corpuscules dis¬
tincts qui ressemblent aux chlorolcucites globuleux des plantes
( fig. 1-2) ; mais une première différence, c'cst que chez tous les
animaux verts, les corpuscules colorés ont même forme ; chez
les plantes et chez les animaux, les corpuscules verts se multi¬
plient par division.
11 est nécessaire de pousser plus loin nos investigations, car
i premières
jssemblances
i tromper.
;hez les plantes, les cliloroleucitcs appartiennent à la cel¬
lule au même titre que la membrane cellulosique et le noyau ;
LE NATURALISTE
eloppement do scs Zoochlorelles isolées
4. Chlorolcucites discoïdes dans une cellule végétale.
5. Palmella hualina, avec des cellules semblables aux
. < ' ! 1 1 . . r. I ! . ■ u<; !!>■-; on ruban spiral.- des Spirngyra.
7. Anisimrma viridis Avec Zoochlorelles.
8. Colonie gélatineuse d’Ophrydium.
9. Vue do la surface après traitement à l’hématoxylim
nombreuses Zoochlorelles.
en culture libre.
Zoochlorelles.
ils sont une simple différenciation du protoplasma fondamental. I due à des chlorolcucites, comme chez les plantes; ce sont des
11 n’en est plus de même dans les corpuscules verts des aui- I algues vertes, les Zoochlorelles, qui ont élu domicile dans les
maux; on peut y constater d’abord la présence d’une mem- I tissus. Je sais que là, beaucoup de lecteurs vont m’arrêter en
brane de la manière sui¬
vante. On fixe l’animal à l’a¬
cide chromique à 1 0/0 et on
colore ensuite à l’hématoxy-
line; dans ces conditions, la
coloration devient très inten¬
se ; on déshydrate ; on laisse
assez longtemps dans l'es¬
sence de girofle et on monte
la préparation au baume du
Canada. L’observation n’est
pas possible immédiatement,
mais la décoloration se fait
peu à peu et au bout d’une
quinzaine do jours, la mem¬
brane se présenté avec une
grande netteté ; cetto mem¬
brane est de nature cellulo¬
sique. Ce même procédé sert
à mettre en évidence dans
les corpuscules verts, un pe¬
tit corps central qui n'est
autre chose qu’un novau
(fig. 3).
Ainsi donc, les prétendus
cliloroleucitcs des animaux
ont la structure d’une cellule ;
on pourrait déjà en conclure
que ce sont des productions étrangères à l’animal qui les ren¬
ferme et qui' est souvent lui aussi unicellulairc ; nous sommes
donc autorisé des maintenant à les appeler du nom qui leur a
été donné, celui de Zoochlorelles.
La démonstration cependant peut être poussée plus loin. En
effet, cultivons le Parainæcium Bursaria en cellule humide ;
là nous pourrons l’observer à notre aise. Si les conditions ne
sont pas favorables à son existence, ce qui arrive souvent, il
éclate et tous les corpuscules verts se trouvent mis en liberté ;
non seulement ils continuent de vivre, mais quelques-uns
d entre eux se divisent et peuvent même s'enkyster (fig. 3).
Que l’on essaie d’en faire autant avec les chlorolcucites des
plantes ! La culture des corpuscules verts isolés des animaux
réussit même parfois trop bien, on pourrait dire ; car on a été
jusqu'à décrire leur transformation en diverses algues, telles
que ; Scenedesmus, Rhaphidium, Pteurococcus; inutile de dire
que l’erreur provenait d’algues ingérées par l’animal et qui se
trouvaient mêlées aux Zoochlorelles.
Désire-t-on encore des preuves à l’appui du parasitisme des
Zoochlorelles? Eh bien, il n’y a qu’à répéter les expériences
de Schewiakoff qui, prenant des Front onia ! encan incolores,
les met en relation avec des Zoochlorelles isolées ; bientôt le
Frontonia leucas montre une belle couleur verte qu’il conscr-
Puisque les Zoochlorelles so
rolcucites analogues à ceux des
Dans le groupe des algues, as
sèment une tout à fait voisine
, des parasites et non des chlo-
égétaux, où doit-on les classer?
;ues, assurément, et j’en connais préci-
roisine ; c’est la Palmella hyalina , es¬
pèce créée par notre savant algologistc normand, De Brébisson.
Ce Palmella (fig. a) est formé par des colonies de petites cel¬
lules : elles ressemblent exactement pour la grosseur et la
structure aux Zoochlorelles : chaque cellule a une mince mem¬
brane et un petit noyau central; ces cellules sont réunies
ensemble par de la gélatine qu’elles sécrètent.
Les Zoochlorelles sécrètent également de la gélatine, et cette
sécrétion contribue à expliquer qu’elles puissent vivre à l’abri
de l’action des sucs digestifs; il est vrai qu’étant en général,
chez les Infusoires, situées dans la partie superficielle de l’cn-
doplasmc, elles se trouvent quelque peu garanties; cependant,
dans les Paramécies, il n’est pas rare de voir les Zoochlorelles
tomber dans la cavité générale et prendre part aux mouvement ;
du protoplasma qui s’y produisent. Nul doute aussi que cette
sécrétion do gélatine des Zoochlorelles ne soit utilisée par les
Infusoires gélatineux comme l'Ophrydium versatile (fig. 8), par
exemple ; dans ce dernier genre , chaque individu s’entoure
d’une couche épaisse de gélatine (fig. 9).
Nous avons attribué aux Zoochlorelles le rôle de parasites :
le parasitisme ici est d’une nature spéciale ; le consortium est
avantageux aux deux parties: il y a symbiose. En résumé, nous
pouvons conclure que ia couleur verte des animaux n’est point
m’objectant l’e
Chlorogonium
qui grouillent <
dstcnce de
Phacotus,
ans les flaqu
toute une nuee d organismes verts,
Zhlamydomonas, zoospores diverses
!S d’eau par un soleil de printemps (1).
ESPÈCES DU GENRE HÉLIX PEU COMMUNES EN FRANCE
Hélix glacialis (Thom. . —Cette Hélice, qui offre quelque
ressemblance avec VHelix variabilis, a la coquille plus
déprimée, striée, de coloration fousse avec une fascie
brune. Trouvée d’abord dans le Haut-Oisons (Isère), cette
espèce resta longtemps rare dans les collections.
M. l’abbé Dupuv, qui n’avait pu s’en procurer que
quelques individus, fut informé par M. Oarnier, inspec¬
teur des forêts, qu’elle était abondante à Lanslebourg
(Savoie). Ne pouvant s'y rendre pour faire personnelle¬
ment des recherches, il employa un moyen ingénieux
qu’il aimait à raconter : il écrivit au facteur rural de
cette localité en lui envoyant un spécimen d’if, gla-
dalis et lui promettant une récompense s’il voulait lui
recueillir un1 certain nombre de ces Hélices. Quelque
temps après, l’abbé recevait par la poste une boîte en¬
tièrement remplie des Hélices tant désirées. 11 s’em¬
pressa d’envoyer au brave facteur une somme tellement
rémunératrice qu’il reçut une lettre par laquelle ce
modeste fonctionnaire se mettait à sa diposition pour
lui procurer, à l’avenir, autant d’Hélices qu’il en dési¬
rerait.
(Iràce aux recherches qui ont été faites depuis plu-
(1) Travaux consultés ; 1° Brandi, liber die morph. u. pkys.
Bedentung des chlorophylls bei Thiercn Mitt. der Zool. si.
Seapel, B.l IV, 1883).
2° Entz. Uebcr die natur der « Chlorophyllkorpcrchen » nic-
dcrc Thierc [Itiol. Centralblal, I, 1881).
3° Butschli. Protozoa, p. 1832, 1839 llroun’sklassen and
ordnungen, 1889).
4‘ Balbiani. Évolution des micro-organismes animaux et
végétaux ( Journal de micrographie, 1887, p. 370).
.7° Dangeard. Contribution à l’étude des organismes inférieurs
Le Botaniste, 2e série, Caen, 1890).
130
LE NATURALISTE
sieurs années, on sait aujourd’hui que cette espèce
habite les Alpes de la Savoie et du Dauphiné : le versant
français du mont Thabor (Drouet), Lans-le-Villard et Bra-
mans (Dum. et Mortillet), le mont Cenis au-dessus de
Lanslebourg; Chamonix dans. la Haute-Savoie; la Pyra¬
mide aux Grandes-Rousses, dans l’Isère; le mont Ge-
nèvre dans les Hautes-Alpes (Locard). On la trouve sur
les buissons, dans les fentes des rochers, sous les pierres
recouvertes de mousse.
Hélix Magnetti (Contr.). Hélix Serpentina (Dupuy).
— Cette espèce, qui n’est qu’une variété de VH. Ser¬
pentina commune en Italie, a la coquille maculée de
traits en zigzag bruns sur un fond blanc. On ne la trouve
que dans le département du Var, aux environs de Toulon
et de Saint-Cyr; elle vit contre les rochers, au pied )des
murs en pierres sèches.
Hélix Orgonensis (Phil.). — Cette Hélice, qui est inter¬
médiaire entre les H. Serpentina et muralis, doit son
nom à l’unique localité qu'elle habite. Orgon (Bouches-
du-Rhône). M. Coutagne (1) a donné des indications pré¬
cises destinées à guider les malacologistes, à la recherche
de cette espèce : « Le sommet de la montagne Notre-
Dame ou de Beauregard à Orgon est constitué par des
assises très inclinées de calcaire néocomien; le vent et
la pluie l’ont presque complètement dépouillé de terre
végétale et le rocher rivalise de blancheur avec les
coquilles de Leucochroa candidissima qui sont répandues
en abondance à sa surface. Au-dessous et jusqu’au bas,
sur le flanc septentrional de la montagne, les éboulis
cachent en partie le rocher, qui ne reparaît que çà et là,
dans de petits escarpements à peu près parallèles qui,
alternant avec les talus d’éboulis, déterminent un
ensemble un peu confus de trois ou quatre gradins. Les
Hélix Orgonensis vivent au gradin supérieur, tout auprès
des ruines qui couvrent le sommet; elles se tiennent
dans les fissures des tochers, ou appliquées très haut,
dans les moindres petites dépressions de la partie sur¬
plombante de l’escarpement, où l’on a de la peine à les
apercevoir et surtout à les atteindre ; une canne légère
de deux à trois mètres de long est un engin à peu près
indispensable pour cette chasse. »
Hélix personata (Lam.). — Cette Hélice, qui par la forme
de son ouverture offre une grande ressemblance avec
plusieurs espèces de l’Amérique du Nord, n’est, pas très
rare, mais elle est localisée dans les régions monta¬
gneuses de l’Est de la France : Vosges, Jura, Doubs,
Savoie, Haute-Savoie, Isère, Rhône et, Drôme. Elle vit
dans les fentes des rochers recouverts de mousse, au
pied des arbres, sous la mousse et les feuilles mortes.
Hélix Quimperiana (Fer.). — Bien avant l’époque où
l’on a connu sa véritable patrie, cette Hélice avait été
découverte en Bretagne où elle a dù être importée. On
la trouve dans le Morbihan : Tour d’Elvin près Males-
troit ; dans le Finistère, aux environs de Quimper, de
Brest à Landvennec, à Louveac, à Plougastel, à Saint-
Marc.
Mais elle est beaucoup plus abondante dans la région
Pyrénéenne, sur toute la frontière d’Espagne : on la
trouve à Olhette, Sarc, le Mont d’Arrain, Saiut-Jean-de-
Luz, à Hendaye dans les murs de clôture des jardins
près du vieux fort. Elle se plaît dans les endroits frais
et ombragés, sous les pierres, au pied des murs, dans
(t) G. Coutagne. Notes sur la faune malacologique du
bassin du Rhône, page il.
les interstices des rochers et dans les fentes des vieilles
murailles.
Hélix Rongiana (Fer.). —Cette espèce, remarquable par
l’ouverture de sa coquille qui est terminée par un pli
tordu et formant gouttière, n’a été trouvée que dans deux
départements : dans les Pyrénées-Orientales, cap Cer¬
bère, Banyuls-sur-Mer, Port-Vèndres, Collioure, torrent
de Ravaner, Vernet-les-Bams; dans le département du
Var, à Ollioules. Peu abondante dans ces localités, elle
recherche les endroits chauds et humides, les bords des
ruisseaux où elle s’enfouit sous la terre humide. On la
trouve aussi sous les murs de pierres sèches qui bordent
les vignes et dans les ruines où elle s’introduit dans les
crevasses des vieilles murailles.
Hélix rillosa (Studer). — Cette Hélice a la coquille
mince, cornée, rousse et recouverte de poils courts et
soyeux. Elle habite avec l’H. personata, les parties
montagneuses de l’Est de la France : le Jura, le Doubs,
la Savoie, l’Ain, l'Isère. On la trouve dans les endroits
frais, au pied des vieux arbres, sous les feuilles et la
mousse.
Hélix Zonata’(J)VLp.) = Hfœtens (Mod.Tand.). — Cette es¬
pèce à la coquille déprimée, ombiliquée, de coloration
grise avec une fascie brune. Elle n’habite que dans les
régions montagneuses : dans les Hautes-Alpes aux envi¬
rons de Briançon ; dans la Savoie ; Bonneval, Tignes, val
de Pesey, glacier de Lâchât, Saint-Mail in-de-Belleville,
Bramans (Dum. et Mortillet) ; dans les Basses-Alpes aux
environs de Digne; dans les Alpes-Maritimes, aux envi¬
rons de Grasse et d’Antibes. Elle vit dans les vallées, au
pied des rochers,' sous les pierres.
Albert G rang k ii.
NOTE SUR LA CLASSIFICATION DES BASIDIOMYCÈTES
(i Champignons )
Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié pendant long¬
temps les sciences naturelles pour savoir que ce n’êst
pas le nombre d’espèces contenues dans un groupe
d’ordre plus élevé qui fait la valeur et l’importance de
ce groupe au point de vue de la classification. C’est uni¬
quement la valeur des différences existant entre deux
séries de formes vivantes qui donne à la ligne de démar¬
cation tracée entre ces deux séries sa portée scientifique,
sa signification philosophique, quel que soit d'ailleurs le
nombre des espèces que leur organisation fait placer
respectivement de chacun des côtés de cette ligne de dé¬
marcation.
Nul zoologiste n’ignore, par exemple, qu’a lui seul,
YAmphioxus constitue un groupe de valeur systématique
égale à celui que forme l’ensemble de tous les autres
Vertébrés.
Dans l'immense majorité des espèces appartenant à la
classe des Champignons auxquels on donne le nom de
Basidiomy cilles, l’organe qui donne naissance aux spores
présente une uniformité des plus remarquables. L’on
sait qu’en général des filaments du Champignon dis¬
posent tous parallèlement les unes aux autres leur cel¬
lule terminale, et qu’ainsi se trouve constituée une couche
spéciale que l’on appelle hyménium (fig. 1, h). Ces cel¬
lules de l’hyménium habituellement renflées en massue
portent le nom de hasides là). A leur sommet il se pro-
LE NATURALISTE
131
duit un petit nombre de prolongements courts et grêles, i
quatre le plus souvent; on les nomme stérigmates (st).
L’extrémité de ces stérigmates se renfle en une partie
Fig. t. — Coupc transversale d’une lame d’Agaric (Coprin). —
h, hyménium; fia, baside; st, stérigmate; sp, spore (d’après
M. Brefeld).
généralement globuleuse ou ovoïde qui est la spore (sp),
spore qui, à la maturité, se sépare du stérigmate par
une cloison, se détache et donne en germant naissance
à un être nouveau. Entre les basides il y a souvent des
cellules plus grosses qui restent stériles; on les appelle
eystides.
A cause de la constance de sa forme, de la grande
uniformité de son mode de naissance et de développe-
ment, la baside, cellule unique, non divisée, nous paraît
être un organe d’une importance capitale au point de
vue morphologique.
Ajoutons que les Champignons qui possèdent des ba¬
sides, telles que nous venons de les décrire, présentent
entre eux, à tous les autres égards, les plus grandes
variations. Quelles différences d’aspect extérieur, de
forme, de mode de vie n’existe-t-il pas entre le Champi¬
gnon de couche et le Polypore amadouvier, entre les Stereum
et les Exobasidiam, entre les Hydne s et les Lycoperdons ?
Cette circonstance ne peut faire qu’augmenter la va¬
leur que nous devons attribuer à la baside, organe qui
reste semblable à lui-même, malgré la variété des fruc¬
tifications sur lesq uelles il se forme.
Nous en concluons que, en sens inverse, quand nous
rencontrerons une forme de baside différente, nous de¬
vrons considérer les espèces qui présenteront cette par¬
ticularité, comme différant beaucoup, au point de vue
systématique, des espèces à basides ordinaires. Le nom¬
bre des formes qui présentent ces basides spéciales est
très faible relativement à celui des formes à basides nor¬
males. Cela ne doit pas nous empêcher d’en constituer
un groupe, même plusieurs comme nous le verrons plus
loin, dont chacün a une valeur systématique égale à
celle de l’immense quantité des espèces qui possèdent
la baside typique.
Ainsi, prenons pour exemple le genre Dacrymyees.
Les espèces de ce genre se présentent sous l’aspect de
petites masses molles, très irrégulièrement plissées, vi¬
vant sur les troncs ou les branches d’arbres. Si l’on y
pratique une coupe mince, l’on trouve un hyménium,
mais les basides n’ont pas la forme décrite plus haut.
Elles sopt très allongées (fig. 2, D, b), assez grêles, four¬
chues, éfnettantà leur sommet deux longs prolongements
qui traversent la matière mucilagineuse périphérique ;
ce sont deux stérigmates (D, s() ayant à leur extrémité
eliacufl une spore (D, sp).
Ce caractère isole assurément les Dacrymyees des formes
précédentes. Les espèces qui possèdent ces basides four¬
chues et à deux longs stérigmates sont peu nombreuses
et elles appartiennent à quatre genres seulement. Elles
n’en constituent pas moins un groupe bien défini, très
distinct.
la baside et formation dés spores ; ha, baside; st, stérigmate;
sp, spore (d’après M. Brefeld).
Dans un autre genre, le genre Tulasnella (1), qui
forme sur les arbres de petites masses molles et
irrégulières, les basides sont très différentes des précé¬
dentes. Les stérigmates, au lieu d’être longs et grêles,
sont au contraire courts et très épais (fig. 2, 1, st). En
léger étranglement sépare la partie inférieure de la baside
de l’ensemble de ces quatre stérigmates, et chacun de
ces derniers présente un prolongement grêle qui porte
la spore (T, sp).
11 n’existe qu’un seul genre présentant de telles basides,
Néanmoins il doit être considéré comme constituant a
lui seul un groupe comparable aux deux précédents.
Dans ces trois catégories de Basidiomycètes, les basides
bien que présentant entre elles les différences que nous
avons signalées, ont cependant un caractère commun :
elles ne sont pas cloisonnées. On peut donc rapprocher
ces trois groupés l’un de l'autre pour en constituer un
groupe d’ordre plus élevé, caractérisé précisément par
l’existence d’une baside non cloisonnée.
Un autre groupe correspondant à celui-ci réunira
toutes les formes chez lesquelles la baside est cloisonnée.
Nous y reviendrons dans un instant. Mais auparavant
entrons un peu plus avant dans l’étude du premier de
ces grands groupes que nous venons de reconnaître chez
les Basidiomycètes. 11 est nécessaire de faire connaître
les diverses divisions et subdivisions qui y sont généra¬
lement admises ou que nous proposons. Nous allons
d’ailleurs rencontrer des noms dont nous aurons besoin
plus loin pour faire certaines comparaisons.
Si l’on emploie le mot classe pour désigner l’ensemble
des Basidiomycètes, nous y distinguerons deux sous-
classes.
I. Basidiomycètes à basides non cloisonnées :
II. Basidi . ycètes à basides cloisonnées.
La première des sous-classes comprendra, d’après ce
que nous venons de dire, trois ordres :
t° Basidiomycètes à basides en massue, pourvues de
stérigmates courts et grêles (le plus souveut au nombre
de quatre). Ce sont les Basidiomycètes proprement dits;
2° Basidiomycètes à basides fourchues, possédant deux
longs stérigmates; Champignons gélatineux. Désignons
cet ordre par le nom de dacrymycétacéf.s;
3» Basidiomycètes à baside en massue donnant nais
sance à quatre stérigmates courts et épais. Ce sera 1 or¬
dre des TULASNELLACÉES.
(.4 suivre.) L. Dufour.
(1) Ce genre a porté
être adopté cojnme le
tremella , Pachysteriijn
1889, p. 59).
plusieurs
plus anciei
parM.
u Voyez : Tulasnella, Proto-
C osv.intin. Journal de botanique
LE NATURALISTE
132
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Plj cliopler jx ? dneissa n. sp. 55 millimètres Supérieures
légèrement acuminêes , inférieures bien arrondies. Le dessus
des quatre ailes est blanc, le tiers apical des supérieures est
d’une belle teinte rouge orangée bordée extérieurement de
brun couleur brique. Cette dernière teinte continue jusqu’à
l’angle interne. Base des supérieures finement saupoudrée d’a¬
tomes noirs. Un petit point noir cellulaire. Dessous des supé¬
rieures blanc pur, avec la partie apicale teintée par transpa¬
rence de rose et parcourue par de fines stries rousses. Dessous
des inférieures jaunâtre également strié de roux et traversé au
milieu d’une ligne rigide, droite et de teinte roux-jaunâtre. Un
exemplaire de Mendela (Zanguebar).
Oxcoschistus loxo, n. sp. 62 millimètres. Dessus des
quatre ailes brun-roux luisant uniforme. Dessous des supé¬
rieures gris-brun avec l’indication d’une ligne subterminale,
plus pâle, irrégulièrement dentelée et contenant trois points
plus foncés à centre noir. Dessous des inférieures gris saupoudré
de blanc, traversé au premier tiers de l’aile par une ligne brisée
formée de trois taches blanchâtres, puis par une double ligne
très large, blanchâtre, à bords fort irréguliers et contenant
dans son centre une série ininterrompue de sept à huit points
blancs tous entourés d’une auréole brun-noir formant ligne
(les deux points blancs les plus rapprochés approches de l’angle
anal sont géminés). Les ailes sont dentelées, les inférieures
plus largement ét se rapprochent comme forme de celles
d’Oxeoschistus Prochyta Hew., elles sont toutefois plus élan¬
cées, moins arrondies. La frange est concolore dans les sail¬
lies, blanchâtre dans les rentrées. Un spécimen bien frais pro¬
venant de Colombie.
P. Dognix.
SOCIÉTÉ Z00L0GIQUE DE FRANCE
Séance du 10 mars 1S91 — Dans une note sur deux infu¬
soires nouveaux des environs de Paris, M. A. Certes signale
quelques observations sur le rôle îles grands froids dans le
développement de la faune microscopique. Le 31 janvier dernier,
•l’auteur recueillait des feuilles mortes sous une épaisse couche
de glace, dans une petite mare de la forêt de" Ci-écy, et le soir
même il constatait la présence d’un Rotifèrc et de nombreux
Infusoires ciliés ; par contre les Infusoires flagellés faisaient
presque complètement défaut. Parmi les Infusoires ciliés se
trouvait un Conchophthirius , qui, contrairement à toutes les
espèces connues de ce genre, n’est pas parasite et paraît se
plaire surtout sur les Batrachospermes, petites Algues rouges
qui vivent dans les eaux douces. Cette espèce nouvelle est dési¬
gnée par M. Certes sous le nom de C. Metchkoffi .
M. le baron d’Hamonville donne une liste des oiseaux
recueillis par M. Emile Deschamps sur la côte de Malabar. Ces
oiseaux n’ont pas été recueillis à plus de cinq ou six milles de
la côte. La liste comprend cinquante-six espèces parmi lesquelles
se trouvent le Ploceus philippina , Gmelin, ou Tisserin repré¬
senté par treize1 males, huit femelles, avec le nid et les œufs.
« On sait que le poin de Tisserin, dit M.d’Hamonvillc, porté par
cet oiseau, lui vient de l’art avec lequel il tisse son nid. Celui-ci
se compose de deux parties distinctes, tressées exclusivement en
fibres végétales. C’est d’abord un long tube renflé au milieu, qui
n’a pas moins d’un mètre cinquante-cinq centimètres de longueur
totale. La partie basse a un diamètre d’epviron huit centimètres :
c’est par là que l'oiseau monte à l’endroit réservé à la ponte, et
qui se trouve au milieu du tube, dans sa partie renflée. De ce
point, le tube se prolonge d’environ cinquante centimètres, mais
en se rétrécissant, en sorte qu'il n’est plus guère que de la gros¬
seur du pouce, mais en restant ouvert à cette autre extrémité,
sans doute pour établir un léger courant d’ air nécessaire à la
couveuse. Au-dessus de cette ouverture toutes les fibres sont
réunies pour former une sorte de cordeau par lequel le nid est
solidement fixé au sommet d'un arbre. C’est, du reste, sa seule
attache, le petit édifice reste flottant. Si l’on entr’ouvre ce tissu,
épais d’environ un centimètre, mais très serré et très solide,
on découvre à l’intérieur et vis-à-vis l’ampoule une charmante
petite coupe, très mince, admirablement tressée, et qui contient
les œufs. Ceux-ci, un peu plus petits que ceux de noire moi¬
neau, ont 0m01‘J de grand diamètre, et 0m013 de petit diamètre.
Ils sont blancs, faiblement ponctués de petites taches d’un rougé
pâle. »
Séance du 24 mars. — M. A. Certes fait les deux communi¬
cations suivantes :
1° Sur le procédé de M. Joseph Eismond pour l'étude des Infu¬
soires vivants. Ce procédé, qui facilite les recherches sous le
microscope, en ralentissant le mouvement des organismes, con¬
siste dans l’emploi d’une solution aqueuse de gomme de ceri¬
sier, plus ou moins épaisse suivant le cas, que l’on mêle à la
goutte d’eau où vivent les Infusoires à étudier. M. Certes a pu
conserver, pendant 48 heures, des Infusoires parfaitement vi¬
vants, et il a même pu colorer leur protoplasme en ajoutant à la
goutte gommée des réactifs colorants appropriés ; avec le bleu
de méthyle, il y a non seulement survie prolongée, mais déve¬
loppement abondant de certaines espèces.
2° Sur le Trypanosoma Balbianii. Cet Infusoire, qui se trouve
dans les huîtres, n’a pas été constaté dans ces Mollusqtfes à la
suite des froids ; exceptionnels de l’hiver dernier. Par contre,
M. Certes a pu le découvrir sur la baguette cristalline qui est
annexée au tube digestif de la Paloùrde comestible.
E. L. Bouvier.
LE PARASITISME CHEZ LES ANIMAUX
ET LES PLANTES
Quiconque vit aux dépens d’autrui fait acte de parasi¬
tisme. Cette définition connue indique en même temps
le but de tout parasite.
Mais ce but unique est atteint de diverses façons, et
les êtres nombreux qui trouvent dans cette pratique
dégradée leur seul moyen d’existence, employent pour
arriver à leurs fins des procédés variés, le plus souvent
curieux, offrant parfois des rapports intéressants entre
les deux règnes du monde organique. Le parasitisme, en
effet, n’est pas l’apanage exclusif de tel ou tel embran¬
chement : depuis le Cryptogame cellulaire à structure si
simple jusqu’à l’Insecte, jusqu’à l’Oiseau même, chaque
groupe important fournit son contingent.
Parasite toutefois est un mot assez vague ; sa défini¬
tion même ne suffit pas à établir des limites bien
nettes. Ainsi plusieurs auteurs distinguent sous le nom
de parasites faux, des êtres qui n’empruntent ni n’en¬
lèvent rien à un hôte quelconque : ils vivent d’une vie
entièrement autonome, seulement, faibles, craintifs ou
paresseux, ils demandent au prochain un support, un
abri. Tels sont nombre de Crustacés, élisant domicile
chez les Tuniciers — cette hôtellerie des mers — tels
sont encore des Cœlentérés, des Mollusques et un curieux
poisson du genre Rémora qui, fixé au moyen d'une forte
ventouse au corps d'une baleine, voyage vite et long¬
temps sans trop grande fatigue ; telles sont : la vigne, le
lierre, les lianes, les plantes grimpantes en un mot.
Ces êtres ne sont point parasites ; tout au plus peut-on
les appeler des « .Fâcheux ». ils ne peuvent pas nous
occuper, et nous diviserons le parasitisme ainsi qu’il
suit :
Parasitisme direct.
Parasitisme indirect.
Parasitisme commensaliste.
Parasitisme mutuel.
Parasitisme direct.
Les êtres de la première catégorie de tous les para¬
sites méritent le mieux ce nom ; ce sont ceux chez les¬
quels le mode de vie a produit les plus curieuses adapta¬
tions. Il faut cependant distinguer deux groupes parmi
eux :
Les Endoparasites et les Ectoparasites.
LE NATURALISTE
1 . — Les Endoparasites, si l’on s’en rapporte à l’étymo¬
logie, doivent vivre dans l’intérieur du corps d’un hôte.
La définition est vraie pour les animaux, mais elle ex¬
clue les plantes que l’on doit rapprocher de ces der¬
niers. Aussi dirons-nous d’une façon à la fois plus géné¬
rale et plus exacte que les Endoparasites sont ceux qui
ixés en tout ou partie, dans les tissus ou
d’un hôte, hôte qui effectue pour eux certaines fonctions
essentielles de la vie.
Au point de vue des mœurs, ces êtres ne présentent
rien de remarquable. Pour les uns comme pour les
autres, la vie se passe dans les diverses partie du corps
d’un hôte, sans exception des appareils délicats, tels que
l’œil (1) ou le cerveau (2).
(1) 1,0 Distomum Ophtalmobium et lu Filaria oculi-homims
parasite de Cristallin.
(2) Tœnia Cænurus à l’état de larve dans le i
Mais ils sont d’un tout autre intérêt si l’on étudie les
modifications morphologiques, anatomiques ou embryo-
géniques que leur a fait subir le parasitisme.
Au point devue morphologique, les Crustacés Cirrhipè-
des perdent la carapace chitineuse, presque générale chez
. les Arthropodes ; les Siphonostomes ,
Crustacés Copépodes, effectuant comme
une transition entre les Endoparasites et
les Ectoparasites — nous verrons toutâl’heu-
re pourquoi — ontles pièces buccales réunies en siphon,
tandis que leurs appendices ambulatoires deviennent des
crochets; en outre la segmentation de leur corps dispa¬
raît entièrement (1). Les plantes de leur côté perdent ou
ent en écailles leurs feuilles; parfois même
l’adaptation parasitaire est telle, que certaines Dicotylé¬
dones ressemblent à s’y méprendre à un champignon, —
tel est en particulier le Cinnamomum.
'anatomie se simplifie, les organes essentiels dispa¬
raissent, rendus inutiles par l’inactivité à laquelle ils
sontréduits : les Plathelminlhes et les Némathelminthes,
absorbant par osmose les liquides nutritifs de l’orga¬
nisme dans lequel ils vivent, perdent souvent leur tube
digestif en tout ou partie (2) ; le système nerveux avec
les organes des sens, n’ayant plus aucun rôle à remplir,
s’atrophie chez certaines espèces (Aneuriens), ou reste à
l’état de rudiment (Trematodes : pas d’organes des
sens. — Cestodes : système nerveux d’une existence dou¬
teuse, etc.) ; les Plantes à leur tour perdent la chloro¬
phylle (Orobanchées, Cuscutacées), et reliant leurs vais¬
seaux à ceux de l’hôte, évitent ainsi tout travail d’élabo¬
ration, — ce qui est bien le fait d’un Endoparasite.
Mais si nous passons au développement larvaire, l’in¬
térêt va croître et les rapports entre les deux règnes
devenir plus étroits. Le fait le plus remarquable est le
développement énorme que prennent les appareils repro¬
ducteurs. Car l’état de parasite est un état dangereux,
sinon pour l’adulte, du moins pour sa progéniture. Les
œufs, les graines, les spores rejetés loin de l’hôte par
mille causes diverses, seraient voués à une perte cer¬
taine si leur multiplicité ne venait augmenter les chances
favorables.
Le plus souvent la larve (3) naît et grandit à l’état
libre; elle reste ainsi quelque temps, mais arrivée à un
certain stade de son évolution, il lui devient nécessaire
pour passer à l’état parfait de trouver l’hôte privilégié
de ses aïeux qui, par une inflexible loi, doit être aussi le
sien. Cette découverte bien souvent ne se fait que grâce
à un concours heureux de circonstances. Ainsi procèdent
nombre de Vers: Turbellariés, Nématodes, Ascarides, les
Crustacés Copépodes et Cirrhipèdes, la Cuscute (fig. 1) qui
émèt des suçoirs indispensables à la fois à la recherche
d’un hôte et à l’absorption des éléments nutritifs, le Me-
lampyrum arvense qui ne peut vivre longtemps s’il n’est
fixé sur les radicelles du blé, enfin la majorité îles
champignons : Ustilaginées,Oomycètes (sauf Entomoph-
torées dont les spores ne sont jamais libres).
Dans un second cas, le processus devient plus rempli-
134
LE NATURALISTE
qué : Larves et adultes sont parasites, mais Tune et
l’autre ne vivent pas sur le même hôte. Il est bon de dire
cependant que la larve effectue à l’état libre les premiers
stades de son évolution, sauf cependant les Cestodes
Tœniadés et Batyrionacephalidés ainsique les Nématodes
Tricbocephiladés , dont l’embryon n’est jamais libre.
(A suivre.)
Étienne Rabaud.
STAUROPHYTON BAGNOLENSIS, Stan. Meun.
Nouveau fossile des Grés armoricains de Bagnoles {Orne)
Au cours d’une excursion récente dans la vaste car¬
rière où le grès armoricain est exploité à Bagnoles (Orne)
et d’où proviennent tant de beaux spécimens de bilobitcs,
mon attention fut appelée sur un peti échantillon por¬
tant en relief un objet très singulier et qui ne paraît
pas avoir été décrit.
Comme le montre la figure ci jointe, c’est un corps
cruciforme qui rappelle à première vue certaines astéries
communes sur nos côtes mais qui n’auraient que qua¬
tre bras au lieu de cinq. Ces bras étranglés à leur origine,
sont ovales lancéolés et se terminent en pointe émoussée.
Le plus grand diamètre de ce fossile est de 39 milli-
Fig. 1. — Staurophyton, bagnolensis , Stan. Meun. Nouveau
fossile des grès armoricains. — Echantillon du Muséum de
Paris. Grandeur naturelle.
mètres. Les bras ont 8 millimètres de largeur moyenne ;
celui qui est le plus complet a 19 millimètres de lon¬
gueur.
La nature grossière de la roche ne s’est pas prêtée à
une conservation parfaite des détails, cependant il semble
que les bras aient porté un bourrelet médian qui donne¬
rait à une coupe transversale une forme trilobée. Ce
caractère bien visible sur l’un des bras est plus effacé
sur les autres.
Le corps qui m'occupe fait un relief de trois à 4 mil¬
limètres au moins à la surface du grès, mais il est situé
au centre d’une espèce de dépression grossièrement
circulaire, que nous n’avons pas tout entière.
Il serait évidemment prématuré de chercher à pré¬
voir les affinités de ce fossile avec les corps déjà
décrits. Cependant il pourrait être comparé au Radio-
phylon dont nos lecteurs ont eu antérieurement la des¬
cription et la figure. Sans rien préjuger de sa vraie
nature, on peut en faire le type d’un nouveau genre sous
le nom de Staurophyton. Ce sera S. bagnolensis.
Stanislas Meunier.
Les recherches sur les Tuniciers des côtes de France
Les animaux marins, encore si délaissés il y a quelques
années, jouissent aujourd’hui d’une vogue, d’ailleurs justifiée.
Parmi eux, les Tuniciers sont peut-être à la fois les plus inté¬
ressants et les moins connus. En ce qui les concerne, il existe
bien des doutes, bien des hypothèses, et Ton peut dire qu’il y a
presque tout à faire ou à refaire.
M. Fernand Lahille (1) en publiant ses remarquables recher¬
ches anatomiques et taxonomiques sur les Tuniciers vient de
combler en partie cette importante lacune de la zoologie. C’est
une monographie claire, précise, sans verbiage inutile, remplie
de faits nouveaux et il est regrettable que sous sa forme, taxo¬
nomique, elle donne si peu de prise à une courte analyse : il
faudrait la suivre page par page, — nous devons nous borner.
D’ailleurs de cette accumulation savante et méthodique deux
points se détachent avec une importance toute particulière :
nous allons les esquisser brièvement.
Prenant les Tuniciers famille par famille, genre par genre,
M. F. Lahille les étudie minutieusement cherchant à établir les
relations des uns aux autres; c’est dire "que l’idée dominante
de l’ouvrage est la classification.
M. F. Lahille lui donne pour base la branchie, « l'organe do¬
minateur du type T-unicier » et, — ce qui rend la classification
naturelle — dont les complications successives sont en rapport
avec celles du reste de l’organisme.
Chez les types les plus inférieurs, la branchie est simple,
sans cavité péribranchiale, partant sans trémas; elle commu¬
nique avec l’extérieur au moyen de deux fentes branchiales, ce
sont les Atremata ( Appendiculaires ).
Chez d’autres au contraire, les plus élevés, existe une cavité
peribranchiale percée de nombreux trémas et les deux fentes
branchiales ont entièrement disparu, ce sont alors les Evtre-
m ata .
Entre les deux et donnant une transition ménagée seront les
Hemitp„emata ( Salpes ). Chez eux, il existe à la fois deux fentes
branchiales communiquant avec l’extérieur et une cavité péri-
pharyngienne. A proprement parler, il n’y a pas de trémas
mais seulement l’ébauche. Si en effet, avec M. Fernand Lahille,
on suit la formation des trémas « on voit d’abord se pro¬
duire des deux côtés de la partie dorsale de la branchie de
petits épaississements ciliés produits par l’épithélium péribran-
chial » (2).
Puis, ces bandes vibratiles — permanentes chez certaines
Salpidæ — s’invaginent représentant un tréma en voie de for¬
mation et qui demeure ainsi à l’état de cul-de-sac.
Ce cul-de-sac permanent chez certaines autres Salpidæ est
l'hemitrema. L’invagination se poursuivant finit par déboucher
dans la cavité branchiale et constitue le tréma vrai des Eutre-
mata (3).
Telles sont les trois classes créées par M. Lahille. La plus
nombreuse, celle des Eutremata se divise en trois ordres sui¬
vant que la branchie est simple (Aplousobranchiata) , renferme
des sinus anastomotiques ( Phlebobranchiata ) ou est plissée
longitudinalement ( Stlidabrançhiata ). Chacun se trouve en¬
suite divisé en familles et genres différenciés par le nombre, la
disposition des trémas ou par quelques caractères de second
ordre tirés d’autres organes sur lesquels nous ne pouvons in¬
sister; notons seulement que dans sa classification M. F. La¬
hille réunit nettement les Ascidies simples aux Ascidies com¬
posées que des raisons purement morphologiques en avaient
jusqu’ici séparées (4).
Le second point de la thèse qui mérite une mention toute
spéciale a trait au renversement de la circulation. Car c est un
fait des plus curieux, signalé pour la première fois par Van
Hassclf, que les pulsations cardiaques chez les Tuniciers, après
il) Recherches sur tri Tuniciers des eûtes de France, par
F. Lahille, 1 volume de 328 pages avec 117 figures dans le texte.
Prix 8 fr. Franco 8 fr. 25. (Aux bureaux du journal).
(2) Page 26.
(3) Chez certains types « les trémas se forment par soudure
de deux invaginations en sens inverse ».
(4) Ainsi que le dit M. Lahille (p. 328', la nécessité de cette
réunion avait été déjà reconnue par M. de Lacazc-Duthiers dès
1879.
LE NATURALISTE
135
avoir poussé le sang dans un sens donné pendant un certain
espace de temps, changent de direction et font propager l’onde
sanguine dans le sens opposé.
Ce phénomène n'avait pas encore donné lieu à une explication
satisfaisante. M. Lahille expose (1) une théorie, qui, appuyée
sur de délicates observations concordant avec des expériences
rigoureuses, a toutes les apparences de la vérité. La voici :
^ _ Réduite à un schéma compî
culation des Tunicicrs peut se représen¬
ter par deux tubes, le sinus ventral SV
et le sinus dorsal SD, ce dernier d’un ca¬
libre inférieur, entre lesquels sont inter¬
calés les « volumes lacunaires de la bran-
chie B et des viscères Y. Ces volumes for¬
ment de véritables lacs » . « où le cou¬
rant devient très faible afin de favoriser les
échanges respiratoires et nutritifs. Le cou¬
rant reste au contraire très rapide dans
les sinus ventral et dorsal. Quant aux cou¬
rants transverses SVD ils sont par rap¬
port aux précédents anatomiquement et
physiologiquement négligeables » (2).
Ceci posé, si le cœur C lance dans Y
par exemple plus de sang qu’il n’en peut
s’écouler dans le même temps par SD, il
arrive un moment où la pression sera
Z)
telle en V que le
vaincre. D’un autre
séquence obligée,
- Schéma de minué en,,B- l’.f s
culation des manque d equihbr
»ur ne pourrait la
Hé, et comme con-
pression ayant <li-
a ainsi produit un
u’un changement de
direction de la circulation pourra seul
rétablir.
Or, le cœur des Tunicicrs n’ayant pas de valvules et ses con¬
tractions pouvant s’effectuer indistinctement dans un sens ou
dans l’autre, ces contractions agiront forcément dans le sens de
plus faible résistance et la circulation aura ainsi changé de di¬
rection.
Réciproquement, au bout d’un certain nombre de pulsations,
l’équilibre sera détruit à nouveau en sens inverse et il se pro¬
duira un nouveau changement de direction.
Le schéma reproduit ci-contre permettra de prendre, une idée
très nette de cette théorie, simple comme on voit, si simple
même qu’on est tout étonné de n’y avoir pas songé : c’est préci¬
sément ce qui en fait la valeur.
Prise dans son ensemble, et pour conclure, la thèse de
M. Fernand Lahille est remarquable sous bien des rapports.
C’est un ouvrage unique, définitif sur plusieurs points et que
devra consulter désormais quiconque voudra se livrer à l’étude
de Tunicicrs : On y trouvera la diagnose d’espèces nouvelles ou
peu connues avec des renseignements biologiques inédits, en
meme temps qu’une description anatomique et histologique aussi
claire que détaillée. Mais on y cherchera en vain même un faible
écho de ces hypothèses hasardées qui, si souvent, remplacent
les véritables observations.
K R.
LA mm IIC TELEPUORl'S REFIPES
Avez-vous jamais vu, cher lecteur, la nymphe du Telephorus
rufipes ? Si oui, tant mieux pour vous. Si non, vous avez perdu,
je vous l’assure, car elle est charmante. Au lieu d’être blanche
comme la plupart des nymphes de Coléoptères, elle est de cette
jolie couleur rosée, si à la mode, il y a quelques années et à
laquelle les couturières de Paris ont, dans leur langage imagé,
donné le nOm de couleur cuisse de nymphe émue.
Ajoutez à cela deux yeux noirs, les pattes et les antennes
d’un beau blanc diaphane, se nuançant de rose par transpa¬
rence, et vous aurez l’idée de l’une des plus gracieuses nymphes
que vous puissiez rêver.
Certes, à voir un petit être aussi élégant, aussi délicat,
aussi... rose, on ne pourrait guère supposer qu’il provient d’une
sournoise petite larve que son habit chamarré de velours n em¬
pêche nullement de faire une guerre acharnée et cruelle aux
petits mollusques et aux insectes moins robustes qu’elle.
(1) Pages 291 et suiv.
(2) Page 292.
Et cependant il en est ainsi ; il faut voir ecs petites larves
profiter d’un abaissement do température pour aller, souvent
même en plein cœur do l’hiver, à la recherche de leur proie.
Elles glissent plutôt qu’elles ne marchent, à l’aide de leurs
pattes courtes mais robustes, et savent fort bien trouver la
nourriture qui leur convient.
D’ailleurs, faute de mieux, elles ne dédaignent pas de se
manger entre elles.
Il ne faudrait toutefois pas croire qu’elles vivent toujours à
l’extérieur; tout au contraire, la plus grande partie de leur
existence se passe, soit sous les pierres, soit dans la terre
même, entre les touffes ou les racines des plantes. Elles ne
sortent de leur retraite que pour aller en chasse ou même pour
respirer ; c’est, du moins, à ce dernier besoin que M. Blan¬
chard attribue l’apparition en grand nombre de ces larves à la
surface de la neige, phénomène qui se produit surtout dans les
régions septentrionales de l’Europe et qui a été particulière¬
ment signalé par de Géer, qui, lui, considérait que ces appari¬
tions en nombre sont dues à des tempêtes.
Je n’ai pu étudier spécialement la larve du Telephorus rufipes
dont je n’ai trouvé que les dépouilles encore adhérentes à l’ex¬
trémité abdominale des nymphes que j’ai étudiées, mais, autant
que j’ai pu m’en convaincre par ce que j’avais entre les mains,
elles présentent absolument les mêmes caractères que leurs
congénères.
Je me contenterai donc de rappeler les caractères généraux
des larves de Téléphores dont un certain nombre ont été dé¬
crites par plusieurs entomologistes, notamment par de Géer,
Waterhouse et M. Blanchard.
Le corps allongé, subparallèle, est plat, quoique assez épais,
et rappelle, comme apparence, celui d’une larve ou d’une fe¬
melle de Lampyre. Il est en entier, sauf la tète,, recouvert d’un
tissu feutré, ayant l’aspect du velours, parfois noir, parfois d’un
brun rougeâtre, toujours à teintes douces et agréables à la vue.
C’est probablement à ce tissu qu’il faut, en partie du moins,
attribuer la rusticité do ces larves, rusticité qui est telle que,
comme je l’ai dit plus haut, il suffit d’un simple rayon de soleil
pour que, même en plein hiver, elles sortent de leur retraite.
La tête, petite, est cornée et présente, de chaque côté, en
arrière des antennes, un ocelle assez gros, transversalement
elliptique. Les antennes ont deux ou trois articles, selon que
l’on comprend, ou non, comme tel le tubercule sur lequel elles
sont implantées. Les mandibules, longues et se croisant comme
des tenailles, sont armées, en leur milieu, d’une forte dent ; les
mâchoires, en forme de demi-cercle, sont articulées avec la
languette et portent des palpes maxillaires tri-articulés; la
lèvre inférieure est carrée et se compose de deux pièces mem¬
braneuses soudées entre elles à leur base. Les segments thora¬
ciques ont la même -apparence générale que les segments abdo¬
minaux, mais ils s’en distinguent en ce que le duvet dont ils
sont recouverts présente des parties plus foncées et des dessins
spéciaux. Ce sont eux qui portent la première paire de stig¬
mates, les autres paii-es étant situées à la partie inférieure des
huit segments abdominaux.
Le dernier arceau ventral présente à sa partie inférieure un
prolongement anal cupuliforme ; les pattes qui sont placées
sous les anneaux thoraciques sont petites et ont le tarse ter¬
miné par un onglet.
Les larves de Téléphores, quand on les surprend et qu’on les
touche, se contractent et se contournent en cercle comme le
font certaines chenilles.
Dès la fin de l’hiver, elles se préparent i se transformer,
choisissant de préférence, à cet effet, les terrains sablonneux ou
argileux.
La plupart s’enfoncent sous terre où elles se construisent une
loge à parois internes bien battues et parfaitement lisses, dans
laquelle elles subissent leur transformation.
D’autres se contentent de se creuser une demi-loge sous la
pierre même qui les a abritées, mais elles ont soin, toutefois, de
compléter cette demi-loge en la plaçant sous une excavation
de la pierre.
C’est dans deux demi-loges semblables placées dans une terre
argileuse grasse et rougeâtre que je trouvai, en avril dernier,
trois nymphes de Telephorus rufipes. Ces nymphes se présen¬
taient dans la position la plus habituelle aux nymphes de Colêop.
tores, c’est-à-dire sur le dos et recourbées en arc de cercle ;
seulement, à peine eurent-elles vu la lumière qu’elles se retour¬
nèrent brusquement par un mouvement sec et rapide do leur
abdomen.
Je signale en passant que les nymphes des Téléphoridcs, des
Hélopiens et des Carabides, pour ne citer que quelques groupes,
LE NATURALISTE
1 36
paraissent être bien plus sensibles à la lumière que celles des
Hydrophilicns, des Pectinicornes et des Lamellicornes.
La nymphe du Telephorus rufipes. — Ainsi que je l’ai dit au
début de cet article, la nymphe du Telephorus rufipes est d’un
beau rose. La tête est inclinée sur l'abdomen, les mandibules,
les palpes maxillaires ri les tarses sont bien visibles. Les yeux,
d’abord d’un brun très clair, deviennent rapidement d’un noir
foncé. Les antennes passent derrière les deux premières paires
de pattes en se repliant de telle sorte que leur extrémité vient
toucher celle des palpes maxillaires.
Le Telephorus rufipes , insecte parfait, nymphe vue de
trois quarts et de profil.
Les élytres, un peu plus courtes que les ailes inférieures,
recouvrent, ainsi que ces dernières, une partie de la troisième
paire de pattes. Les arceaux de l'abdomen présentent un rebord
et portent les stigmates à leur partie supérieure. Le dernier
anneau est terminé par deux toutes petites pointes recourbées
en dedans.
Je gardai dans l’alcool une des trois nymphes que j’avais
trouvées et je plaçai les autres dans des conditions analogues à
celles où elles étaient quand je les découvris. Je pus ainsi obte¬
nir les insectes parfaits et suivre en entier les phases de leur
coloration.
La même chose sc passa, d’ailleurs, exactement pour Tune
comme pour l’autre. Voici le résultat de mes observations :
Trois à quatre jours après l’éclosion de la nymphe (celles que
j’avais trouvées avaient dû éclore dans la nuit, car les yeux n’é¬
taient pas encore colorés) , l’extrémité des mandibules se colore
en carmin foncé, les yeux sont devenus entièrement noirs, le
lendemain, les griffes de la dernière paire de tarses deviennent
carmin clair; les ailes inférieures prennent une légère teinte
grise ; le sixième jour, ces mêmes ailes sont devenues d’un
beau gris ardoisé qui so voit par transparence au travers du
fourreau des élytres ; les jointures, à l’endroit où la cuisse s’ar¬
ticule avec la patte, sont colorées on carmin; le septième jour,
au matin,, les ailes du dessous sont d’un noir d’ardoise, légère¬
ment nacré ; les pattes sont un pou colorées et les tarses, sur¬
tout ceux de la dernière paire, ont pris une teinte très foncée.
L’extrémité de l'abdomen se nuance un peu ; toute la partie de
la tète comprise entre les yeux et le corselet est noirâtre. Le
même jour, au soir, la nymphe, dont la coloration générale est
devenue plus foncée, s’est complètement retournée et affecte
de ne pas vouloir changer de place.
Le huitième jour, au matin, i’insecte quitte sa dépouille, mais
ses pattes sont sans force pour le soutenir; toutes les parties
du corps ont acquis la teinte qu’elles doivent avoir, sans que,
toutefois, cette couleur ait atteint son maximum d’intensité.
Seules, les élytres, qui ont pris leur position normale, sont
encore transparentes et blanchâtres. Petit à petit elles se colo¬
rent en passant du brun au noir, légèrement rendu grisâtre par
la fine pubescence qui les recouvre.
Les ailes inférieures, qui ne sont pas encore entièrement dé¬
plissées, dépassent un peu les élytres et sont encore adhérentes
a la dépouille nymphalc qui est noirâtre et toute froissée. Ce
sont évidemment ces ailes fines que l’insecte a le plus de peine
à dégager, observation que j’ai déjà signalée tout particulière¬
ment en parlant de la transformation de la nymphe de la
■Cétoine dorée (Voir Naturaliste, n° 60 du 1" septembre 1889).
Tout d’un coup, l’insecte, pendant que je l’observe, se met
sur ses pattes par un mouvement brusque, puis il étend ses
antennes, sc met en marche et quitte définitivement sa dé¬
pouille.
Cependant, il n’est pas encore bien robuste. 11 retombe bien¬
tôt sur le dos. où il reste étendu les pattes repliées; ce n’est que
vers le treizième ou le quatorzième jour après le changemen
en nymphe que le Téléphore est en mesure de sortir alerte¬
ment de sa retraite.
Louis Planet.
CHRONIQUE
Muséum d’histoire naturelle. — M. Stanislas Meunier,
docteur ès sciences, a commencé samedi dernier 23 mai, à
4 heures et demie précises, dans l’amphithéâtre de minéralogie
du Muséum d’histoire naturelle du Jardin des Plantes, une
série de leçons publiques sur les méthodes de reproduction
artificielle des minéraux. Le cours continuera les mardis et sa¬
medis suivants, à la même heure. — M. Georges Ville a ouvert
le cours do botanique le mardi .’i mai dernier, à 3 heures et un
quart, dans le grand amphithéâtre. 11 présentera un tableau gé¬
néral des conditions qui règlent la production des végétaux et
fera l’histoire des trois périodes traversées par l’enseignement de
la Physique végétale au.Muséurp depuis sa création. Le çqurs
sera à la fois théorique et expérimental. Le professeur traitera
avec le plus grand détail do l’art de diriger les cultures dans
le sable calciné, dans une série do conférences données au
Laboratoire de physique végétale. (Rue de Buffon, 45 bis.) —
Les conférences au champ d’expériences de Vincenncs com¬
menceront le dimanche 21 juin.
Le Pollux. — Tout le monde connaît ce minéral très rare
qu’on appelle Pollux et qui, chose remarquable, est le seul
minéral qui contienne de l’oxyde de cæsium. Le Pollux n’avait
été rencontré jusqu’à ce jour que dans l’ilc d’Elbe, en com¬
pagnie du Castor. M. des Cloizcaux signale que des échantil¬
lons de' Pollux ont été trouvés dans la Caroline du Nord, et
qu’ils sont absolument semblables comme composition etc.omme
aspect au Pollux de l’ilc d’Elbe. Le Castor n’a pas encore été
rencontré ailleurs que dans l’ile d’Elbe.
Remarques sur les reptiles de France. — « Il m’est arrivé
bien souvent de chercher les reptiles dans les bois des plateaux
situés sur les collines qui bordent la vallée de l’Oise. Un moyen
rapide de savoir do suite s’il faut prendre des précautions,
c'est de voir si le reptile est long ou court. Est-il long, c’est
une couleuvre : pas do grandes précautions à prendre. Est-il
court, c’est une couleuvre ou une vipère; il faut alors faire
attention. J’ai vu souvent des reptiles endormis. La couleuvre
à collier dormant le matin, à huit heures, vers Pâques, par
exemple, décrit au moins trois cercles concentriques, la tète
au milieu de la courbe centrale, le cou fléchi, de façon à ce
qu’un des anneaux de son corps lui serve d’oreiller, de tra¬
versin. Je n’en ai pas vu d’accouplées. Les œufs de la cou¬
leuvre sont parfois en si grande quantité, quand la mère est
do grande dimension, qu’on en remplirait presque un panier :
soit 200 olives transparentes. Une chose curieuse aussi, c’est
la dépouille épidermique de la couleuvre à collier. Tout y est,
jusqu’à la cornée elle-même. Il n’y a d’ouverture qu'aux na¬
rines. La bouche et l’anus restent également ouverts dans
cette dépouille épidermique. Mais je crois pouvoir ajouter une
chose, c’est que le bout de la queue manque toujours. Ainsi,
une peau abandonnée par une couleuvre .contient jusqu’à l’épi¬
thélium de la cornée, mais ne contient pas le bout do la queue,
à partir du voisinage de l’anus, du moins dans les échantillons
que j’ai observés. C’est d’ailleurs ce qui se passe chez les ser¬
pents à sonnettes, puisque ce sont précisément les bouts de
l’épiderme de la queue qui, restant chaque année sur l’animal,
forment autant do segments, autant do grelots que l’animal a
d’années d’existence. Je vous donne le résultat de mes obser¬
vations; mais ce n’est pas à dire pour cela qu’elles soient
absolument exactes. Voilà ce que j’ai vu ; d’autres ont peut-
être vu autre chose. (Dr Bouoon.) »
La Société anthropométrique de Philadelphie. — Sous ce
titre, il vient de sc fonder à Philadelphie une société qui s’est
donné pour programme l’étude du cerveau des membres
décédés par les survivants. Depuis nombre d’années déjà, une
association analogue, la Société mutuelle d'autopsie, existe à
Paris. Cette société s’adresse, sans distinctions sociales, poli¬
tiques ou religieuses, à tous ceux qui, ayant souci de la scienco
et de l’humanité, ont à cœur, après s’ètrc efforcés d’étre utiles
à leurs semblables pendant la vie, de l’étre encore après la
mort. Dans la pensée do scs membres, il ne s’agit pas seule¬
ment do faciliter les investigations nécroscopiqucs circons-
LE NATURALISTE
tanciées capables de préciser posl mortem... un diagnostic
resté indécis, il s'agit surtout de permettre de déterminer les
rapports qui ne peuvent manquer d’exister entre la morpho¬
logie de l’organe de l’intelligence, le cerveau, et les manifes¬
tations de l’entendement, les fonctions physiologiques de cul
organe. (Revue de l’Ecole d’anthropologie.)
Nouvelle Revne d’histoire naturelle. — Signalons l’appa¬
rition d’une, nouvelle publication : la Revue des sciences natu¬
relles de l’Ouest. Cette Revue paraîtra tous les trois mois par
livraisons de 64 à 80 pages ; elle publiera des travaux accom¬
pagnés, s’il y a lieu, de planches et de figures.
Mimisme. — M. L. Fairmaire a présenté dernièrement à scs
collègues de la Société entomologique de France un exemple
intéressant de mimisme; c’est un coléoptère, le Lithinus nigro-
cristatus Coq., de Madagascar, avec un rameau couvert d’un
Lichen reproduisant la sculpture et la coloration de l’Insecte.
Soutenance de thèses pour le doctorat ès sciences natu¬
relles. — M. E. Bataillon, notre collaborateur, préparateur de
zoologie à la F u ulté des sciences de Lyon, - rntenu devant la
Faculté des sciences de Paris deux thèses sur les sujets sui¬
vants : lr« thèse : Recherches anatomiques et expérimentales
sur la métamorphose des amphibiens anoures. — 2° thèse :
Propositions données par la Faculté : Botanique : La respiration
chez les végétaux. — Géologie : Le pliocène dans les régions sep¬
tentrionales et méridionales de l’Europe. M. Bataillon a été dé¬
claré digne d’obtenir le grade de docteur ès sciences naturelles.
Congrès de l’association française pour l’avancement des
sciences. — Le prochain Congrès de l'Association française
pour l’avancement des sciences doit se réunira Marseille, du
17 au 24 septembre 1891. M. A. -F. Marion, directeur de la
station zoologique de Marseille est appelé à présider cette année
la 10e section (Zoologie, Anatomie et Physiologie). M. Marion
serait très obligé aux auteurs de vouloir lui faire connaître
le plus tôt possible les titres des mémoires ou communications
qu’ils auraient l’intention d’y présenter, afin que le programme
de la session qui paraîtra très prochainement en contienne
l’indication.
Un Isaria, parasite du ver blanc. — M. A. Giard, qui pour¬
suit toujours scs éludes sur la destruction des insectes nuisibles
par les champignons entomophvtes, vient d’essayer avec succès
la culture d’un Isaria sur divers milieux artificiels, après avoir
vérifié que les spores de cet Isaria communiquaient rapidement
la maladie aux vers blancs et aux larves de Tenebrio molitor.
Mais pour l’utilisation pratique dans les champs et prairies,
il serait très désirable de pouvoir faire des cultures sur mi¬
lieux liquides destinés à l’irrigation des territoires ravagés par
le ver blanc. M. Giard a commencé des essais dans ce sens,
soit à l’aide du moût de bière, soit à l’aide de décoctions de
crottin de cheval. L 'Isaria du ver blanc est sans doute plus
répandu qu'on ne le pense, et il faut peut-être attribuer à ce
cryptogame la disparition momentanée du hanneton dans des
localités où il avait longtemps existé en abondance. Do plus,
cet Isaria parait se développer on toute saison.
LIVRES NOUVEAUX
Catalogue des Coléoptères d’Europe ( Catalogus Coleoplero-
rum Europæ, Cuucasi et Armeniæ rossicæ), par Heyden, Reit-
TER CtWEISE (1).
En publiant ce nouveau catalogue des Coléoptères d’Europe,
les auteurs viennent de combler une lacune souvent déplo¬
rée : dans l’état actuel de la science, il n’existait pas en effet de
catalogue complet. Comme le disent les auteurs dans leur pré¬
face, ce catalogue comprend la liste complète des Coléoptères
d’Europe décrits jusqu’à ce jour, avec la synonymie, la biblio¬
graphie et la mention des pays d’origine. Les limites fauniques
sont : à l’est, les monts Ourals, le fleuve Oural et la côte occi¬
dentale de la mer Caspienne, jusqu’au Lcukoran, et, au sud, le
fleuve Araxe, l’embouchure du Tcharouk, la mer Noire, et la
Méditerranée ; ces limites ne sont dépassées que pour quelques
insectes récoltés depuis peu dans l’archipel des Sporades.
Les collaborateurs de la rédaction de ce catalogue ont été :
M. L. Ganglbauer, pour les Carabiqucs; M. le Dr Von Heyden,
(1) Un volume de 400 pages, 12 fr. 50 ; franco, par colis pos¬
tal 13 fr. 35. Le même catalogue disposé pour servir d’étiquettes
pour collections, 18 fr. 75; franco, par colis postal, 19 fr. 60.
En vente aux bureaux du journal.
137
pour les Dytiscides aux Hétérocérides inclus et des Cébrionides
aux Elatéridcs inclus ; M. le Dr Ed. Eppelsheim, pour les Sta-
phylinides; M. Reitter, pour les Psélaphides aux Elatéridcs
inclus, et les Cerambycidos ; M. Weise, pour les Curculionides
aux Coccinclleidcs. MM. L. Budel et Fauvel ont également col¬
laboré à l’ouvrage.
Etude sur la fourmi domestique à Reims, par Au. Belle-
VOYE (I).
M. Ad. Bcllevoye, dans une brochure de 25 pages environ,
vient de donner une étude assez complète sur la fourmi domes¬
tique (Monomorinus Pharaonis). Cette étude est bien faite, bien
comprise, bien observée, et qui fait le plus grand honneur à son
Cursu elementaru de géologie, par Ghegop.iu Stefanescu.
M. Grégoriu Stéfancscu, professeur de géologie à l’Univer¬
sité de Bucharest, a publié récemment, en langue roumaine, un
cours élémentaire de géologie, sç rapportant plus spécialement
à la Roumanie. Cet ouvrage est tout particulièrement intéres¬
sant en ce qu’il comprend la première carte géologique origi¬
nale qui ait été faite pour la Roumanie; cette carte est en cou¬
leurs. Nous ajouterons que ce volume est orné do 442 figures.
Nous adressons à l’auteur nos plus vives félicitations.
Rapport sur les travaux du laboratoire d’études de la soie,
à Lyon.
Le laboratoire d’études de la soie, fonde par la Chambre de
commerce de Lyon, et dirigé avec tant d’activité par M. J. Du-
sugeau, nous adresse un fort beau volume contenant le rapport
des travaux du laboratoire pendant l’année 1889-1890. Ce vo¬
lume comprend une suite de douze travaux originaux du plus
ht ut intérêt; nous citerons seulement, au hasard : Sur l’amé¬
lioration des races européennes de vers à soie, par M. G. Cou-
taguc; Etat actuel des connaissances chimiques concernant la
soie, sur la théorie des phénomènes de teinture, par M. L. Yi-
gnon; Sur la solidification du fil de soie, par M. R. Dubois;
Insectes nuisibles aux matières soyeuses et aux vers à soie, etc.
Ce volume contient 5 planches hors texte et, de plus, 95 figures
dans le texte.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance dn 20 avril. — M. Runvier présente une note de
AL Hermann Foll sur l’histoire do la fécondation. Les conclu¬
sions de l’auteur sont que : 1° La fécondation consiste dans
l’addition de deux demi-noyaux provenant d’individus de sexes
différents et dans la réunion de deux demi-spermocentres
avec deux moitiés d’ovocentres pour constituer les deux pre¬
miers astrocentres. 2° Tous les astrocentres du descendant
dérivent par divisions successives des astrocentres primitifs et
proviennent donc par parties égales du père et de la mère. —
M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. Fr. Guitel sur
les organes gustatifs de la Baudroie. Ces organes se trouvent
sous forme de taches atteignant 0mm,5 de diamètre placées sur
les replis cutanés qui accompagnent ces diverses rangées de
dents. Les plus développés de ces organes accompagnent les
dents pharyngiennes et sont innervés par des rameaux du
pneumogastrique. Les papilles gustatives qui accompagnent les
dents dépendant des os intcrmaxillaircs sont innervées par des
branches du trijumeau, ainsi que celles qui accompagnent les
dents palatines et vomériennes. Enfin les papilles satellites des
dents de la mâchoire inférieure reçoivent leur innervation d’un
plexus formé par le trijumeau et le facial. Les terminaisons
nerveuses que contiennent ces papilles sont des organes cya-
thiformes, éparpillés ou disposés en couronne. — M. A. Milne-
Edwards présente une note du AL Et. Jourdan sur l’innerva¬
tion de la trompe des Glycéres. Les muscles qui constituent cet
organe sont recouverts par de petits nerfs qui vont aboutir à
un anneau nerveux proboscidien. Les fibres formant ces nerfs
pénètrent dans la couche épithéliale pour aller se distribuer à
des papilles qui sont de deux sortes, les unes cylindro-coni-
ques, les autres irrégulièrement sphériques, mais cependaul
analogues comme structure. Ces papilles percées d’un pore à
leur sommet vers lequel çonvergent les cellules renfermées
dans l’intérieur. De plus, à l’extrémité de la trompe existe un
bourrelet annulaire, situé en arrière dos crochets, et entière¬
ment formé de cellules fusiformes sensitives. — M. Duchartre
(1) Une brochure, avec une planche, prix franco, 4 fr. 30(anx
bureaux du journal).
L E NATURALISTE
présente une note de M. U. Jumelle sur l’assimilation chez les
Lichens; il résulte des observations et des expériences de l’au¬
teur que, lorsque certaines conditions favorables de lumière,
d’humidité et. de saison sont réalisées, tous les Lichens sont
capables de décomposer l’acido carbonique de l’air
iniquement pour que cette décomposition l’emporte
le dé-
t pour que celle décomposition i emporte sur te
d’acide carbonique dû à la respiration. 11 y a
plus un optimum d’éclairement, et la lumière solaire directe
est préférable à la lumière diffuse. - .1/. Ducliartre présente
une note de M. P. Lesage sur l’influence de la salure sur la
quantité d’amidon contenu dans les organes végétatifs du
Lepidium sativum. C’est ainsi qu’avec des arrosages contenant
•12 à 15 grammes de sel par titre, l’amidon disparait complète¬
ment. Toutefoisla diminution do l’amidon ne se fait pas propor¬
tionnellement à l’augmentation de la salure. — M. Ducliartre
présente une note de .1/. Prillieux sur le seigle "enivrant. Des
effets toxiques se sont manifestés chez des personnes et des
animaux, après ingestion de pain de seigle, effets différents do
ceux produits par l’Ergot. Ils étaient dus à la présence d’un
champignon dont le mycélium envahit 1
l’albumen. Par son organisation ce champ'j
V èndrodochium et par la formation de
:hc du Sporo - . ,
-cite organisation parait justifier la création d’un genre ;
dn 27 avril. — .11
de M. Ch. t'onlejeàn sur la digestion stomacale de la Gre¬
nouille. Les glandes œsophagiennes sécrètent de la pepsine,
mais, contrairement à l’opinion courante, les glandes stomaca¬
les en sécrètent également, mais en plus faible quantité. Cette
prédominance de l’action de la pepsine œsophagienne sur la
pepsine stomacale, se traduit par une production plus considé¬
rable de syntonine qui se transforme ensuite en peptone
fiasser par le stade de propeptone. — M. A. Milhe-Edw
stade de propeptone. — M. A. MUne-Edwards
note de M. .1. Cannieu sur l’évolution sexuelle
des Truites des Pyrénées. Ces animaux subissent une transfor-
mation analogue à celle du Saumon. L’inflüencc des eaux dou¬
ces sur ces métamorphoses est problématique, celle de la cha¬
leur n'est que secondaire, et accélératrice de l’évolution sexuelle
qui en est le facteur principal. - M. de Lacaze-Duthiers pré¬
sente une note de M. E. Iloussay sur la métamérie de l’endo¬
derme et du système circulatoire primitif dans la région post¬
branchiale du corps des vertébrés. L’animal observé était
l’axolot. Pour l’endodormério, formation île poches intestinales
paires débutant par des évaginations endodermiques entre les
inyotones, et dont on retrouve longtemps les traces, certaines
d’entre elles s’hyperlrophient, changent de fonctions, et persis¬
tent (Thyroïde, Foie, Cloaque des Batracien?). Pour l’Angio-
mérie : deux veines, sub-intestinales, prolongeant le cœur en
arrière, et se réunissant avec l’aorte par dés vaisseaux trans¬
versaux métamériques, alternent avec les diverticules latéraux
de l’intestin ; c’est le système ventral. Le système dorsal est
formé par les carotides et les crosses aortiques. — M. O. Van
der Slricht adresse une note sur l’étude du mécanisme de la
sécrétion urinaire. La surface interne des cellules sécrétantes
est recouverte d’un plateau qui sert d’organe de protection, et
dont la structure varie suivant l’état de repos ou .d’activité. Les
produits de sécrétion s’accumulent à l’intérieur des cellules
épithéliales, et par les interstices des plateaux se déversent
dans les canaux contournés. La cuticule est parfois entraînée
par des amas de liquides trop volumineux. — .1/. Ducliartre
présente une note de M. E. Mer sur la répartition hivernale de
l’amidon dans les plantes ligneuses. Cette répartition est loin
de rester constante, du mois d’octobre au mois d’avril. Il y a
résorption de l’amidon à la fin de l’automne et genèse au com-,
mencement du printemps. Contrairement à l’opinion admise
jusqu’il ce jour, l’hiver est la' saison où la réserve amylacée est
le moins considérable. — M. Ducliartre présente une note de
M. G. Poirault sur l’anatomie des organçs végétatifs des Ophio-
glossées. La cellulose des membranes cellulaires présente des
spéciales. Dans les racines, l’auteur a observé que le
liber se développe quelquefois. Les tubes criblés sont
de calsi Enfin le principal intérêt des racines est
pare; c’est mémo le seul mode do mullipli-
vulgatum.
A, E. Ma lard.
uvoir gemmip
de Ophiogloss
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nolites néphéliniques de la Haute-Loire.
Bull. Soc. Franc, de Minéral. 1891, pp. 15-16.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
13* ANNÉE
2° Série — 103
lo JUIN 1891
POISSON A HOMARD
à propos de Terre-Neuue
Toujours à l’ordre du jour, la question de Terre-Neuve
semble en étroite relation avec un point de l’histoire des
sciences naturelles qui, nous le croyons du moins, est
resté jusqu’ici en dehors des discussions qu’elle a sou¬
levées et qui nous paraît cependant de nature à l’éclairer
de quelque lumière. C’est ce qui nous a déterminé à
l’examiner ici brièvement.
Si nous en croyons les journaux politiques, la princi¬
pale question à résoudre est celle-ci : le droit concédé à
la France par le traité d’Utrecht, de pêcher le poisson
sur les côtes de Terre-Neuve, s’étend-il à celui d’y pêcher
le Homard?
En admettant que ce soit bien ainsi que se pose la
question, la réponse qu’elle comporte nous paraît se
dégager des considérations suivantes :
Que faut-il entendre par le terme de poisson? Si cette
expression s’applique aujourd’hui exclusivement à une
classe, facile à circonscrire, d’animaux dont les caractères
sont constants, et que le vulgaire même sait le plus sou¬
vent reconnaître, il n’en a pas toujours été de même.
Aristote avait été conduit par ses observations à divi¬
ser les animaux « d’après leurs parties, » c’est-à-dire d’a¬
près leur organisation, en deux grands groupes, les ani¬
maux pourvus de sang et les animaux privés de sang (c’est-
à-dire privés de sang rouge), qu’il subdivisa ensuite en
classes ( Histoire des animaux, trad. fr. par Camus, t. I.,
p. 21 et 171). Dans le premier groupe il rangea les Pois¬
sons, sur la nature desquels il avait des idées fort justes,
dont il décrit exactement les caractères généraux et qui
se trouvaient ainsi nettement séparés des Mollusques,
des Crustacés et autres invertébrés aquatiques.
Mais l’esprit d’observation disparut avec Aristote, et
les naturalistes qui vinrent après lui trouvèrent plus
commode de copier leurs devanciers que d’étudier la
nature. C’est ce que fit Pline lui-même, dont l’ouvrage,
d’ailleurs rempli d’intérêt, n’est qu’une vaste compila¬
tion. C’est à Aristote ( loc . cit. p. a) que Pline a emprunté
l'idée — à laquelle le père de l’Histoire naturelle ne s’é¬
tait pas arrêté, pas plus qu’à celle de distribuer les ani¬
maux, « d’après leur caractère », « en privés et en sau¬
vages » (p. 11), — c’est, disons-nous, à Aristote, que Pline
a emprunté l’idée de diviser les animaux d’après la con¬
sidération banale de leur habitat, en terrestres, aériens
et aquatiques. Il décomposa ce dernier groupe (liv. IX,
ch. 54) en Poissons pourvus de sang, c’est-à-dire les Cé¬
tacés et les Poissons proprement dits, et en Poissons pri¬
vés de sang, dont il admit trois sortes, correspondant à
des groupes déjà admis par Aristote : les Poissons mous,
qui répondent à nos Mollusques céphalopodes ; ceux qui
sont recouverts d’une croûte mince, ou les Crustacés, les
Oursins ; enfin ceux qui sont renfermés dans un test dur,
c’est-à-dire les Tcstacés, ou nos Mollusques univalves et
bivalves.
C’était revenir bien en arrière d’Aristote. Ce qu’il y eut
surtout de fâcheux, c’est que sur l’autorité de Pline, les
Poissons se trouvèrent par là rivés aux Crustacés dont
ils auront par la suite toutes les peines à se dégager.
Nous voyons, en effet, au milieu du xvie siècle, au mo¬
ment du réveil des lettres et des sciences, après la longue
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
nuit du moyen âge, Belon (De Aquatilibus, 1553) et Rou-
delet ( Universa Piscium Historia, 1554-33), qui allaient
enfin asseoir l’ichthyologie snr sa véritable base, l’ob¬
servation, reprendre les idées de Pline, ranger parmi
les Poissons tous les animaux dont le genre de vie est
analogue au leur, et les subdiviser en groupes d’après
leur taille, leur forme, leur consistance, etc., abstraction
faite de tout caractère d’organisation. Rien ne montrera
mieux l’absence de toute méthode dans ces essais de
classement, par suite de l’ignorance où l’on était de
l’organisation des animaux, que la citation suivante que
j’emprunteàla traduction de l’ouvrage de Rondelet, parue
en 1558 sous le titre : l’ Histoire entière des Poissons. Ron¬
delet commence par donner un sommaire des questions
dont il traitera; ce sont les titres d’autant de chapitres
qui font connaître les diverses catégories de Poissons
qu’il admet. Je relève dans ce sommaire les titres sui¬
vants :
Poissons plats cartilagineux, cimme Raies, Pastcnagues,
Poissons longs comme le Cûgre, la Murène.
Poissons des mers à nous estranges, comme ceux qui sont
tous rôds corne une boule.
Poissons cétacées à grandes bestes marines.
Tous les Poissons susdits ont sang, après lesquels sont mis
les poissons qui n’ont point de sang, comme s’ensuit :
Les Poissons mois, comme les Poulpes, la Seche.
Les Poissons couverts de coque ou de crouste, côme les
Langoustes, les Cancres.
Les Poissons couverts de test dur, 6 de coquilles ou simples
ou doubles.
Les Poissons desquels les coquilles sonttournées en vis, etc.
On le voit, pour Rondelet comme pour Pline, tous les
animaux qui vivent dans l’eau sont des Poissons; et
chacun de ces groupes de Poissons « qui n’ont point de
sang, » et qui correspondent à nos invertébrés actuels,
est équivalent, pour Rondelet, à ses Poissons plats, à ses
Poissons longs, etc., qui sont de vrais Poissons.
Les caractères tirés de l’organisation tenaient si peu
de place dans les préoccupations des naturalistes de l’é¬
poque, que le plus savant de tous, Conrad Gesner, dans
le IVe livre de son Historia animulium (1558), décrit pêle-
mêle, sans aucune espèce de méthode et par ordre
alphabétique, les Poissons, les Crustacés, les Mol¬
lusques, etc.
Il faut arriver jusqu’en 1086 pour rencontrer enfin un
ichthyologiste, Willughby, qui sépare scientifiquement
les Poissons proprement dits (ou tels que nous les com¬
prenons aujourd’hui) de tous les animaux avec lesquels
ils avaient été jusqu’alors confondus. C’est par établir
cette distinction qu'il commence son Historia Piscium,
à laquelle il est juste de dire que Jean Ray avait lar¬
gement collaboré, qui parut en l’année que je viens de
citer et dont une seconde édition fut publiée en 1743.
C’est de cette dernière édition (p. 1) que j’extrais, en les
traduisant, les lignes suivantes : « Je n’ignore pas, dit
Willughby, que le nom de Poisson est employé par cer¬
tains naturalistes dans l’acception la plus large pour
désigner tous les animaux aquatiques, ceux qui sont
pourvus de sang, aussi bien que ceux qui sont exsangues
et qu’Aristote avait divisés en trois groupes, les Mol¬
lusques, les Crustacés et les Testacés. Bien plus, le vul¬
gaire tient tous ces animaux pour des Poissons. Mais
dans cet ouvrage, nous donnerons au mot Poisson un sens
plus restreint, l’appliquant seulement aux animaux aqua¬
tiques qui sont pourvus de sang, nagent au moyen de
LE NATURALISTE
nageoires, manquent de pieds, passent leur vie dans
l’eau où ils se reproduisent, d’où ils ne sortent jamais
volontairement et en dehors de laquelle ils ne peuvent
vivre longtemps. » Les Invertébrés aquatiques se trou¬
vaient donc éliminés de la classe des Poissons. Willughby
en rejetait également et d’une manière formelle divers
vertébrés aquatiques, tels que THippopotame, le Croco¬
dile, les Phoques, etc.
En rompant ainsi avec les errements du passé, en
donnant en même temps un groupement méthodique
des Poissons fondé uniquement sur leur organisation,
Willughby réalisait pour l’ichthyologie un [progrès con¬
sidérable. Malheureusement son ouvrage passa à peu
près inaperçu, même de ses compatriotes, et la confu¬
sion continua de régner. Nous devons dire cependant
que Ruysch ( Theatrum animalium , 1718), en séparant les
Poissons des animaux dits exsangues (Mollusques, Crus¬
tacés; etc.), mais sans suivre la méthode de Willughby,
qu’il ne cite même pas, eut au moins le mérite d’aban¬
donner les vues de Pline pour revenir à celles d’Aris¬
tote.
Enfin parurent deux naturalistes dont l'influence dé¬
termina pour toujours la ruine des idées de Pline : ce
furent Artedi, dont les travaux, publiés par Linné en 1738
(Ichthyologia sive omnia opéra de Piscibus ), consacraient
et complétaient les progrès dus à Willughby, et Linné,
dont les douze éditions successives du Systema naturæ (la
première en 173b) firent pénétrer partout les idées nou¬
velles et rendirent définitive la séparation des Poissons
d’avec les Invertébrés aquatiques.
Mais le progrès, de quelque nature qu’il soit, est tou¬
jours lent à s’affirmer, et c’est ainsi qu’Anderson dans
son Histoire naturelle de l'Islande, du Groenland, etc.,
publiée en 1746 à Hambourg et dont une traduction
française parutà Paris en 1750, compte encore l’Ecrevisse
parmi les Poissons de rivière, comme les Moules et les
Poupars (crabes tourteaux), parmi les Poissons de mer
(trad. fr., t. II, p. 68 et 69). Et il n’était pas le seul, car
vers Ta même époque, Rœsel ayant à faire l’histoire de
l’Ecrevisse ( Insekten-Belustigung , t. 111, p. 305, 1755),
avertit qu’il sépare les crustacés des Poissons, parmi
lesquels, dit-il, « laplupartdes naturalistes les rangent »,
pour les placer, à l’exemple de Linné, parmi les In¬
sectes.
Ces citations suffisent pour prouver qu’au milieu du
xvxue siècle, un grand nombre de naturalistes regar¬
daient encore les Crustacés comme des Poissons ; d’où
l’on peut conclure que les personnes étrangères à l’His¬
toire naturelle devaient être unanimes à les considérer
comme tels.
Cependant, les classifications de Linné furent vite
acceptées par la grande majorité des naturalistes et les
progrès de l’anatomie aidant, la classe des Poissons finit
par se dégager de tout élément étranger, même des Cé¬
tacés, que Linné lui-même y avait laissés jusqu’à la
10e édition de son Systema (1758), et par recevoir cer¬
tains genres que le môme naturaliste en avait à tort
écartés dans la 12e édition du même ouvrage (1766),
de manière enfin à ne plus renfermer que de vrais Pois¬
sons et à les contenir tous.
Ces réformes ont dù nécessairement pénétrer la masse
du public avec beaucoup plus de lenteur, et dans son
Histoire naturelle des Poissons (1828), Cuvier nous apprend
(t. I, p. 274) que le nom de Poisson était encore souvent
appliqué par des écrivains de son temps qui n’étaient
pas naturalistes, à des Cétacés (1), à des Mollusques et
à des Crustacés.
Ainsi depuis Pline jusqu’à l’apparition du Systema
naturæ (1735), le nom de Poisson a été appliqué par la
généralité des naturalistes de profession à tous les ani¬
maux aquatiques, aux Cétacés, aux Mollusques, aux
Crustacés, etc., aussi bien qu’aux Poissons proprement
il ils, et ce n’est qu’à partir de Linné et d’Artedi qu’il
prit, rapidement dans les écrits scientifiques, lentement
dans le langage vulgaire, la signification restreinte
qu’il possède de nos jours. En tout état de cause, au
moment de la signature du traité d’Utrecht (1713), le
Homard, la Langouste, l’Ecrevisse, l’Huître, etc., étaient
des Poissons au même titre que la Morue. C’est ce que
nous nous proposions d’établir.
F. Mocquard.
L’évolution des formes animales avant l’apparition
de l’Homme
Le livre (2) de M. Priem comble une lacune dans nos
ouvrages scientifiques d’un prix peu élevé. On sait que
Buffon, tout d’abord partisan résolu de la fixité des
espèces animales, avait été amené, sur la fin de sa
carrière, à d’autres idées et à rechercher la variabilité de
la forme des organismes. Lamark, son disciple enthou¬
siaste, accentua et précisa cette première ébauche -des
idées transformistes en s’appuyant sur des faits précis
observés chez les végétaux et les animaux et le premier
rechercha les causes déterminantes et les lois de ces
variations. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, dans sa lutte
avec Cuvier, apporta son contingent de preuves. Mais
c’est surtout Darwin qui coordonna toutes ces données
éparses en une théorie scientifique, grâce à un nombre
immense d’observations personnelles et en ajoutant le
principe de la sélection naturelle. On a trop de tendance,
en France et à l’étranger, à ne se souvenir que du nom
de Darwin et à négliger, sinon à oublier l’apport con¬
sidérable dù aux savants français.
Si à notre époque il reste peu de partisans de la fixité,
de l’immutabilité des espèces, comme l’entendaient
Hyracotherium venticolum (éocène inférieur), o, olécrane;
ca, calcanéum.
Linné, Cuvier et ses disciples, si nous savons maintenant
que des catastrophes, des cataclysmes généraux n’ont
pu intervenir pour la destruction d’une espèce et amener
(1) Aujourd’hui encore, on lit dans des livres élémentaires,
écrits par des membres de l’enseignement, parfois haut placés
dans l’échelle hiérarchique, que la Baleine est un Poisson.
’ (2) 1 vol. in- 16 de 3S4 pages avec 175 figures dans le texte,
prix 3 fr. 50; franco 3fr. 90, chez les éditeurs MM. J. -B. Bail¬
lière et fils et aux bureaux du journal.
LE NATURALISTE
141
une nouvelle intervention de la puissance créatrice, si
nous croyons que la nature n'a réellement formé ni
classes, ni ordres, ni familles, ni genres, ni espèces
constantes, mais seulement des individus qui se succèdent
les uns aux autres et qui ressemblent à ceux qui les ont
produits, si nous sommes familiarisés avec ce fait qu’il
n’existe pas de critérium sûr de l’espèce, par suite de la
fréquence des espèces douteuses ou types de passage, et
comme les Vertébrés, les Mollusques et les Arthropodes,
et dont l’organisation atteint déjà un certain degré de
perfectionnement. Actuellement on se rend compte de
toute l’importance de l’étude des animaux inférieurs,
car ce n’est que dans ces êtres dépourvus d’appareils
compliqués, qu’on peut espérer découvrir les phéno¬
mènes intimes de la vie et la façon de procéder de la
nature, pour en énoncer les lois.
Je ne parlerai ni de la distribution des matières,
Barrandeocrinus, crinoïde du silurien de Gothland, remarquable
par ses bras qui se retournent et se dirigent vers le bas en
couvrant le calice.
puisque l’auteur suit la classification méthodique, ni de
l’exactitude parfaite dans les descriptions. M. Priem est
homme de science et tous ses dires sont appuyés par de
nombreuses figures, dont nous donnons ci-contre quel¬
ques-unes, que nous devons à l’obligeance des éditeurs
MM. Baillière, qui seront d’un puissant secours pour
le lecteur.
A remarquer surtout les chapitres sur les Reptiles, les
Oiseaux (leur origine, leur évolution, oiseaux dentés du
râlement les formes les plus compliquées dérivent des
formes les plus simples et les plus imparfaites.
L’auteur s’est « surtout attaché à démontrer l’existence
d’une évolution progressive pour les formes les plus
inférieures du monde animal, car jusqu’à ces derniers
temps leur étude avait été un peu négligée, en sorte
qu’elles se prêtaient moins à cette démonstration que
les formes supérieures ». En effet, en examinant avec
attention les faits sur lesquels s’appuient les zoologistes,
on est surpris de voir qu’ils sont tous empruntés aux
groupes qui peuvent se ramener à un type distinct
Ulcéras arietinum : A, coquille entière; B, valve gauche vue
(le dedans ; b', sillon latéral ; m', impression musculaire ante¬
rieure; »’. impression postérieure; .r' dent.
crétacé d’Amérique) et sur les Mammifères ongulés. Je
crois que, dans ces chapitres, il aurait fallu multiplier les
figures, surtout dans un livre de vulgarisation comme
celui-ci, afin de faciliter l’intelligence du texte. Je sais
bien que le nombre des figures est déjà très grand, mais
il y a des résultats acquis si considérables à faire cons¬
tater; on a découvert en Amérique des animaux fossiles
si bizarres et si différents de ceux que nous sommes
si nous sommes conduits maintenant à admettre plutôt
des formes animales, c’est aux recherches précises et
minutieuses auxquelles se sont livrés les savants pendant
ces vingt dernières années que nous le devons, recherches I
faites soit sur la faune des grands fonds, soit sur celle
de couches géologiques où est inscrite l’histoire de la
terre.
Malheureusement la biologie ne peut encore nous dire
avec suffisamment de netteté les causes de ces modifi¬
cations, de ces changements plus ou moins grands dans
la morphologie des êtres. Aussi M. Priem s’en est-il tenu
sagement à l’examen et à la description des variations
de formes. Il fait voir en outre que les formes fossiles
sont unies aux formes actuelles par des liens génétiques,
en montrant qu’il y a une tendance manifeste pour
chaque type à se modifier de plus en plus et que géné-
Phenacodus Wortmanni (des couches éocènes du Vasatch).
142
LE NATURALISTE
habitués à voir dans les livres classiques, que quelques
clichés déplus eussent accentué l’intérêt de cet excellent
livre, et eussent dispensé le lecteur de se reporter, s’il
le peut., aux mémoires originaux.
La conclusion de ce livre est facile à tirer. De l’enchaî¬
nement des faits exposés, il s’ensuit que notre globe
n’éprouve qu’une lente évolution sans cataclysmes, que
la nature entière n’est pas immuable, que tout être
vivant n’est pas l’œuvre miraculeuse d’une volonté, mais
qu’il est la conséquence d’une longue suite de phéno¬
mènes étroitement liés entre eux. Voilà des vérités
qu’on ne saurait trop répéter, et dont la recherche et la
démonstration fécondent et illuminent les derniers
travaux de ce siècle.
A mon point de vue, je regrette que l’auteur n’ait pas
voulu, en modifiant un peu le titre, compléter son excel¬
lent ouvrage par un chapitre traitant de l'origine et de
l’apparition de l’homme. C’était la partie ardue et
épineuse, dontM. Priera se serait tiré, j’en suis persuadé,
avec honneur. L’homme est « l’être à expliquer, le
dernier terme auquel la théorie doit aboutir, la plus
compliquée des énigmes dont elle doit donner la solu¬
tion ». Il est ainsi fait qu’il est toujours porté à faire tout
converger vers lui, et qu’il ne s’intéresse généralement
aux lois de la nature qu’autant qu’elles lui découvrent
un coin dp voile qui lui cache son origine ou qu’elles lui
laissent entrevoir son avenir, c’est-à-dire celui de la
société humaine tout entière, qu’autant que le problème
de l’évolution de l’espèce humaine approche de plus en
plus de sa solution véritable.
Il est bien entendu que cette critique, si critique il y
a, ne diminue en rien la valeur de cet ouvrage si inté¬
ressant. En somme, on ne saurait blâmer l’auteur d’avoir
restreint le problème, et de n’avoir pas voulu se jeter
dans la lutte. Cet exposé impartial, succinct, ne peut que
contribuer à amener les hésitants aux théories évolu-
tionistes. Je me permets donc de le recommander vive¬
ment, pour la forme et le fond, aux personnes désireuses
de préciser leurs idées sur une question aussi impor¬
tante que celle de l’évolution, et à propos de laquelle
ont eu lieu tant de discussions contradictoires où la
bonne foi et l’impartialité n’ont pas toujours brillé.
Mknégaux.
EXPLOITATION DE L’ALFA
L’exploitation de l’Alfa doit remonter à une haute
antiquité car les habitants des pays où se rencontre
cette plante ont dù avoir de tout temps l’idée de l’utiliser.
Varron. Dioscoride et Pline relatent ses usages, surtout
pour ce qui concerne l’Alfa d’Espagne.
L’arrachage des feuilles ne doit se faire qu’au moment
de la maturité car en arrachant par exemple au prin¬
temps les feuilles de l’année précédente, on s’expose à
arracher en même temps les feuilles trop jeunes de
l’année. C’est là un fait dont l’incontestable importance
a été trop longtemps méconnue1. Actuellement, la
période de cueillette est déterminée par des règlements
en Espagne et en Algérie; au Maroc, en Tunisie et dans
la Tripolitaine l’exploitation est à peu près libre. Il est
d’ailleurs impossible d’édicter un règlement général et
formel car l’époque de la maturité est variable avec le
temps et suivant les régions. Les feuilles arrachées avant
la maturité sont le plus souvent gorgées d’eau et perdent
jusqu’à 40 0/0 par le fait de la dessiccation.
L’arrachage des feuilles d’Alfa s’effectue assez facile¬
ment quand ces feuilles sont arrivées au point de matu¬
rité voulu. En effet, au niveau de la ligne de séparation
du limbe et de la gaine le tissu fibreux fait presque
complètement défaut de telle sorte que la feuille se
désarticule très facilement en ce point.
Un premier procédé d’extraction consisterait à glaner
les brins avec la main; on pourrait ainsi faire un choix
qui diminuerait de beaucoup la nécessité d’un triage
ultérieur. Malheureusement par ce procédé un bon
ouvrier ne pourrait récolter que 18 à 25 kilos de feuilles
par heure, ce qui serait notoirement insuffisant pour
lui assurer un salaire rémunérateur.
Le procédé du bâtonnet est presque le seul usité
depuis l’antiquité. L’alfatier tient à la main un bâtonnet
de 40 centimètres environ de longueur, fixé au poignet
par un lien de cuir et autour duquel il enroule les
feuilles d’une touffe d’Alfa. Alors en tirant obliquement et
par saccades il désarticule un grand nombre de feuilles;
mais en même temps il arrache quelques rameaux qu’il
rejette avec les feuilles qui y sont encore attachées.
Quant aux feuilles désarticulées , elles sont réunies en
poignées oumanoques.
Un ouvrier robuste peut, par ce procédé, arracher 30
à 40 kilos de feuilles par heure. Les ouvriers espagnols
arrivent facilement à ce chiffre ; mais les indigènes
dépassent rarement 13 à 20 kilos. Les entrepreneurs
payent généralement la récolte aux ouvriers sur le taux
de 2 francs etmême 1 fr. 50 les 100 kilos.
Enfin on a encore proposé de faucher l’Alfa, mais ce
procédé n’a pu entrer dans la pratique car il présente de
nombreux inconvénients dont les principaux seraient
de supprimer le sommet des pousses et de couper la
pointe des jeunes feuilles.
Dans un grand nombre de régions d’Algérie, l’Alfa sert
de fourrage; il faut alors arracher les feuilles jeunes, car
c’est de la base un peu renflée de la gaine que les
chevaux sont friands.
L’arrachage une fois effectué il s’agit de sécher l’Alfa;
les manoques sont à cet effet placées sur un terrain non
couvert ds végét ation; on les place tantôt dressées,
tantôt couchées; par un beau soleil la dessiccation est
complète au bout de 3 à 5 jours suivant les expositions.
Quand les brins sont bien mûrs ils ne perdent que
15 à 18 0/0 de leur poids par la dessiccation. Mais quand
ils ont été arrachés avant la maturité, ils contiennent
une forte proportion d’eau et la perte en poids peut
s’élever à 40 0/0. Le séchage une fois terminé, les
manoques sont réunies en ballots .par un lien d’Alfa
tressé et expédiées aux magasins de Véception.
Là des femmes étalent l’Alfa sur de grandes tables et
commencent par le débarrasser complètement des
gaines ou des rameaux qui peuvent y rester fixés.
Ensuite elles le divisent en deux catégories, l’une
formée de brins longs et sains qui serviront pour le
tissage ou la sparteifie ; l’autre formée des brins courts et
tronqués et qui seront utilisés pour la papeterie. Au
point de vue de la nature même de l'Alfa, le commerce
distingue deux sortes principales : l’Alfa blanc du Tell
dont les brins ont 0 40 à 0 m, 30 de longueur et
1 millimètre de diamètre ; l’Alfa vert des Hauts-Plateaux
dont les brins atteignent souvent une longueur de plus
d’un mètre sur un diamètre dépassant 2 millimètres.
LE NATURALISTE
Au point de vue de la provenance l’Alfa peut être aussi
divisé en catégories ; mais cette classification serait
naturellement très imparfaite. La compagnie Franco-
Algérienne et le commerce anglais, qui achète la plus
grande partie des produits, distinguent cinq qualités
principales d’Alfa : Good, fair , inférieur, brosse , corde; la
qualité good dans les exploitations suivies peut atteindre
50 0/0 du poids total, mais il arrive souvent qu’elle
tombe à 1 0/0. La qualité fair représente parfois 75 0/0
de la récolte. Enfin les Alfa séchés, triés et classés sont
transportés au port d’embarquement.
Comme on l’a vu par ce qui précède, l’Alfa n’est pas
pour ainsi dire une plante cultivée, c’est un produit
spontané dont il s’agit de tirer le meilleur parti possible.
Malheureusement, sa résistance naturelle aux causes de
destruction qui l’entourent, n’est égalée que parle manque
de discernement qui préside à son exploitation. Aussi
dans ces dernières années la production a notablement
diminué en Algérie ; il est vrai que bien des terrains
autrefois couverts d’Alfa ont été rnis en culture ; mais
dans des points même où jamais un défrichement n’a
été effectué, l’Alfa ne se présente plus que par touffes
rares et rabougries.
La première cause de dépérissement tient à l’arrachage
des feuilles avant la maturité. Les gaines suivent alors
le limbe et produisent sur la pousse une cicatrice par où
pénètrent les agents de désorganisation.
Le dépérissement de l'Alfa est une question écono¬
mique de haute importance ; non seulement en raison
du trafic important dont cette matière première est
l’objet; mais surtout parce que l’Alfa dans les régions
montagneuses fixe le sol, empêche le ravinement, retient
l’eau et permet par conséquent la végétation d’un
grand nombre de plantes qui périraient sans le voisinage
de l’Alfa. Aussi la destruction de cette importante graminée
aurait pour conséquence fatale la famine et l’émigration
des Nomades du Sud. Le gouvernement, de l’Algérie s’est
ému avec juste raison de cet état de choses, et un arrêté
du 14 décembre 1888 fixe les conditions et l’époque de
la cueillette de l’Alfa. Il faut espérer que ces sages
mesures auront l’effet qu’on est en droit d’en attendre.
Henri Lecomte.
M1Y1ILES ESPÈCES IIE LÉPIDOPTÈRES DE LAOS
•ginata Pouj.
Voisine d ’E. albomarç, inata Moore.|
Envergure : 0m06â. Couleur générale d’un beau noir bleuâtre
lesquelles sont largement bordées de blanc pur. Ailes supé¬
rieures à bord costal presque droit, et à bord externe arrondi,
surtout vers l’apex, égalant en dimension le bord interne; une
tache à peu prés triangulaire d’un blanc olivâtre fondu, coupée
par les nervures, occupe l’apex jusqu’au premier rameau de la
nervure médiane et est suivie par deux ou trois petites taches
internervurales formées d’atomes du mémo blanc. Deux taches
oblongues d’un bleu métalliqu . ment la cellule; l’une au mi¬
lieu et l’autre qui est linéaire, à l’extrémité; un trait de même
nuance est situé longitudinalement à la base de la côte. Ailes
inférieures peu arrondies avec le bord externe légèremeut ren¬
tré en face de la cellule; franges des quatre ailes du même
blanc que la bordure des ailes inférieures.
Dessous semblable au dessus sauf les ailes supérieures qui
ont un reflet bleu foncé, soyeux, devenant verdâtre à l’extré¬
mité, et pas de taches.
Corps et antennes noirs avec reflets bleuâtres et verdâtres ;
poitrine et parties des pattes antérieures et intermédiaires,
ainsi que l’extrémité anale, d’une couleur orangée foncée.
Décrit sur un mâle pris entre Luang- Prabang et Theng
(Laos), par M. Pavie. Collection du Muséum.
Très proche de C. plmlænaria Guérin. Ailes oblongues d’un
blanc jaunâtre soyeux; apex des supérieures arrondi ayant une
large tache d’un ferrugineux foncé, luisant, avec bandes inter-
nervurales d’un bleu indigo très foncé et tondu, n’allant pas 1
jusqu’au bord externe; cet espace coloré commence un peu
avant les deux tiers du bord costal et se termine en pointe
à l’angle interne, en formant deux angles droits à pointe
mousse ; l’un au premier rameau de la nervure médiane et
l’autre au troisième rameau. 11 est orné de deux taches blan¬
châtres comme le fond des ailes : l’une allongée, oblique, cou¬
pé.- par les nervules ferrugineuses et située au bord costal,
l’autre, plus petite, lui faisant
G. A. Poujade.
LA RESPIRATION DES AMPILLAIRES
Les Ampullaires sont des Gastéropodes à respiration
double; essentiellement aquatiques, elles sont pour¬
vues d’une branchie et habitent les eaux douces des ré-
giofis chaudes de l’Ancien et du Nouveau-Continent ;
mais elles peuvent aussi respirer l’air en nature, grâce
au poumon très développé qu’elles possèdent, et on les
voit s’enfouir et demeurer longtemps dans la vase dessé¬
chée, quand les chaleurs tropicales mettent à sec les
mares ou les étangs qu’elles habitent.
M. Deshayes rappelle, dans la 2° édition de l 'Histoire
LE NATURALISTE
naturelle des animaux sans vertèbres (1), les premières et
très curieuseshbservations qui ont été faites sur ces ani¬
maux vivants. « M. Caillaud, le premier, dit-il, a mis en
la possession des zoologistes de Paris l’animal vivant
des Ampullaires du Nil. Pendant son voyage à Méroé,
M. Caillaud avait recueilli un certain nombre des Mol¬
lusques de l’Égypte. Après les avoir généreusement dis¬
tribués dans la plupart des collections, il écrivit à un
correspondant qu’il s’était ménagé pour qu’on lui en¬
voyât les Mollusques üuviatiles que l’on trouve en abon¬
dance dans le Nil. La personne qui se chargea de la
commission, après avoir recueilli une assez grande
quantité de divers mollusques, et entre autres des Am¬
pullaires vivantes, mit le tout dans une caisse de son,
comptant bien que les animaux périraient et se pourri¬
raient ensuite. Cette caisse, à cause des quarantaines,
resta plus de quatre mois en route, et M. Caillaud, en la
recevant, s’empressa de jeter dans l’eau tout ce qu’elle
contenait, à cause de la putréfaction qui avait gagné les
animaux qu’elle renfermait. Quel ne fut pas l’étonne¬
ment de M. Caillaud, quelques heures après, de voir se
promener au fond du vase la plus grande partie des Am¬
pullaires qui lui avaient été expédiées. M. Caillaud nous
donna plusieurs individus que nous conservâmes vivants
pendant quatre à cinq mois. »
L’observation rapportée par M. Deshayes a été répétée
depuis, à plusieurs reprises. L’année dernière, pendant
un de ses voyages sur les côtes de la Mer Rouge, M. le
docteur Jousseaume recueillit, à notre intention, plu¬
sieurs Ampullaires du Nil. Il les plaça dans une boite
avec de la bourre de coton et les laissa ainsi pendant
plusieurs semaines. Les animaux ne souffrirent nulle¬
ment du brutal changement de domicile qu’on leur avait
imposé ; placées dans l’eau, elles entrebâillèrent bientôt
leur opercule, allongèrent le pied et, finalement, se pro¬
menèrent sur les parois de l’aquarium, broutant çà et là
au passage les bourgeons et les feuilles des plantes aqua¬
tiques. Elles vécurent ainsi pendant trois mois et nous
pûmes observer à loisir leurs habitudes et le mécanisme
de leur respiration ; puis elles furent sacrifiées pour
servir à des recherches anatomiques.
L’Ampullaire du Nil est une espèce sénestre, qu’on
range aujourd’hui dans le sous-genre Lanistes : c’est
YAmpullaria carinata de Lamarlc , le Lanistes bolteniana,
Chemnitz, des malacologistes actuels. Comme daus tous
les Gastéropodes du même genre, le poumon forme une
chambre distincte dans la cavité respiratoire et son plan¬
cher, percé d’un orifice situé en avant et à gauche, sert
de plafond à la chambre branchiale, dont la branehie a
été refoulée à droite, à côté du rectum. On observe en
outre, de chaque côté de la tête, un prolongement des
téguments qui se replie en gouttière et joue le rôle de
siphon. Ces deux siphons restent courts dans les Ampul¬
laires sénestres et notamment dans le Lanistes bolteniana;
chez les Ampullaires dextres, au contraire, le siphon
gauche est capable de s’allonger beaucoup et de se trans¬
former, au gré de l’animal, en un tube éminemment
contractile.
Les Ampullaires sénestres, en raison du faible déve¬
loppement de leur siphon gauche, sont d’une-] étude
moins commode que les vraies Ampullaires ; Deshayes,
(1) Lamark. Histoire naturelle des animaux sans vertèbres ,
2- édition par MM.. Deshayes et II. Milne-Edwards, t. VIII,
p. 520, 1838.
qui en a fait l’étude physiologique, s’est complètement
mépris sur les fonctions respiratoires de leur poumon :
« Plongé dans l’eau, dit-il, l’animal a constamment cëtte
Fig. 1. — Me/adomus purpureus (espèce sénestre), a , tentacule;
b, pédoncule oculaire ; c, bourrelet dorsal ; d, expansion
droite; e, expansion gauche (siphon); f, anus; g , rectum;
h, branehie; f, fausse branehie; j, cavité du poumon; k, tor¬
tillon ; l, pied.
poche remplie du liquide ambiant, et s’il vienL à rentrer
dans sa coquille et à se clore sous son opercule, cette
poche reste néanmoins remplie d’eau, et fournit ainsi les
matériaux nécessaires à l’entretien régulier de la respi¬
ration. » Pour Deshayes, par conséquent, la chambre
Fig, 2. — Ampullaria glolosa (espèce dextre), a, tentacule;
b, pédoncule oculaire; c, bourrelet dorsal; d, expansion
droite; e, expansion gauche (siphon); f, anus; g, rectum;
h, branehie ; i, fausse branehie ; j, cavité du poumon ; /,- , tor¬
tillon,; l, pied.
que nous avons appelée poumon ne jouerait, en réalité,
aucun rôle direct dans les phénomènes de la respiration ;
ce serait un réservoir dans lequel les Ampullaires renfer¬
ment une quantité d’eau suffisante pour subvenir à la
respiration branchiale pendant tout le temps qu’elles
restent à sec.
L’observation de Deshayes est inexacte comme l’inter¬
prétation qu’elle a suggérée. Les Ampullaires dextres et
LE NATURALISTE
Ampullaria insularum. 2, renouvelant l’air du poumon; 1, après le renouvellement de l’air ; B, siphon droit; S, siphon gauche ;
3, Lanisles Bolteniana pendant la respiration aquatique. B, siphon gauche; S, siphon droit.
LE NATURALISTE
140
sénestres ont un vrai poumon, qui est toujours rempli
d’air, qui peut fonctionner et qui fonctionne ordinaire¬
ment en même temps que la branchie. quand l’animal
est plongé dans l'eau, mais qui fournit à peu près seul
aux besoins de la respiration tout entière, quand l’animal
vit à l’air libre (1). Il suffit, pour s’en convaincre, d’étu¬
dier, pendant un jour ou deux, des Ampullaires élevées
avec soin dans un aquarium.
Comme nous le disions plus haut, l’observation du
mécanisme respiratoire est surtout facile dans les Ampul¬
laires dextres et c'est là, seulement, quelle avait été faite
jusqu’ici. Nous àvons pu la répéter, avec M. Fischer, sur
des exemplaires en bon état d’une très grosse espèce
américaine, VAmpullaria insularum d’Orb.,qui nous furent
communiquées par M. Dautzenberg.
Quand l’animal se rapproche de la surface du liquide,
on le voit allonger peu à peu son siphon, qui se trans¬
forme en tube par rapprochement des deux bords de la
gouttière : le tube finit par atteindre la surface (l’animal
étant quelquefois placé à 10 ou lo centimètres plus bas),
il oscille à droite et à gauche, “évite les herbes flottantes
et finalement vient étaler dans l’air, juste au niveau du
liquide, son orifice largement ouvert. Alors commence
un mouvementrde pompe, expirateur et inspirateur, qui
a été parfaitement décrit par Guilding (2), par Cazena-
vette (J) et surtout par Bavay (4). L’animal rétracte tout
d’une pièce la tête et la nuque, puis fait saillir les mêmes
parties au dehors, par des mouvements alternatifs régu¬
liers qui rappellent tout à fait les mouvements du piston
dans un corps de pompe. Une période d’aller et retour
dure en moyenne de cinq à six secondes et la durée du
phénomène comprend chaque fois de dix à seize périodes.
Le siphon ensuite se rétracte entraînant parfois une
bulle d’air à son orifice, il se réduit à des proportions
de plus en plus faibles et, finalement, devient ce tube
court et conique qu’on aperçoit souvent à peine sur le
côté gauche de la tète. Le besoin de respirer l’air en
nature ne se fait pas toujours également sentir; quand
il se présente avec la plus grande intensité, et notam¬
ment vers le soir, nous avons observé que l’animal reve¬
nait près de la surface à peu près tous les quarts d’heure.
Les Cétacés font absolument de même; après avoir
plongé quelque temps, ils reviennent à la surface et
respirent en faisant affleurer à la surface les orifices
(ou évents) de leurs narines.
Au moment où ces phénomènes curieux se produisent
sur les Ampullaires, la chambre palléale est hermétique¬
ment, close en avant et l’œil ne peut plonger à son inté¬
rieur. Entre temps, au contraire, on peut distinguer
parfaitement le plancher pulmonaire et l’on observe
qu'il est susceptible de faire saillie en avant jusqu’au
voisinage de la base du siphon. Nous pensons dès lors,
avec M. Bavay, qu’au moment où elle veut renouveler l’air
de son poumon, l’Ampullaire vient appliquer la base du
siphon allongé sur les bords de l’orifice pulmonaire et
qu’elle « respire alors comme le ferait un vertébré. » Il
est clair, en effet, que les mouvements de la tête engen-
(f) Paul Fischer et E.-L. Bouvier. Sur, le mécanisme do la
respiration chez les Ampullaridés. Comptes-rendus, t. CXI, 1S9Ü,
p. 200.
(2) Guilding. Zooloqical Journal, t. III.
(:)) Cazenavclte. Actes de la Société linnéenne de Bordeaux,
(4) Bavay. La respiration dos Ampullaires ( Bévue des sciences
naturelles de Montpellier), t. II, n" 1.
drent un rythme respiratoire analogue à celui que pro¬
duisent les mouvements thoraciques chez les vertébrés
aériens.
Ayant rétracté son siphon, l’Ampullaire s’éloigne de la
surface, emportant avec elle l’air atmosphérique néces¬
saire a sa respiration pulmonaire. Le poumon est alors
parfaitement clos, grâce à un repli valvulaire qui ferme
l’orifice du plancher. En même temps s’effectue la respi¬
ration branchiale par un mécanisme dont on ne connais¬
sait guère les détails jusqu’ici. La chambre palléale
inférieure (dans laquelle sont logées les branchies), étant
largement ouverte en avant, et notamment sur les deux
côtés de la tête, un courant d’eau y pénètre du côté
gauche, va jusqu’au fond de la chambre et, se dirigeant à
droite, baigne la branchie et revient en avant pour sortir
par la gouttière siphonale droite. On suit parfaitement
ce courant du liquide quand on laisse tomber, près du
siphon gauche, de la poussière de carmin mise en sus¬
pension dans l’eau. Si l’animal est appliqué alors contre
la paroi verticale d’un aquarium de verre, on peut suivre,
dans l’intérieur delà chambre palléale, tous les mouve¬
ments que nous venons d’indiquer. Notons en passant,
car ce fait est caractéristique, que le siphon gauche ne
correspond nullement, par ces fonctions, au siphon
unique, également situé à gauche, des Gastéropodes
siphonés. Ghez ces derniers, le siphon sert seulement à
l’entrée de l’eau nécessaire à la respiration branchiale ;
chez les Ampullaires, par contre, il est l’unique agent
de la respiration aérienne, mais ne joue auoun rôle dans
la respiration branchiale. Nous savons, d’ailleurs, qu’il
n’y a aucune homologie morphologique directe entre les
siphons chez ces divers animaux (d).
Pour étudier le mécanisme de la respiration aérienne,
nous mettrons l’animal sur une lame de verre oblique¬
ment placée, la cavité palléale recevant directement la
lumière. Le siphon gauche ne sert plus alors à l'entrée
de l’air, et l’on peut dire, avec M. Bavay, que l’Ampul-
laire respire à plein poumon par l’orifice antérieur du
plancher de l’organe. Cet orifice se présente comme une
fente ovalaire et un peu obliquement transverse; il s’en-
tr’ouvre et Se referme presque sans discontinuité, alter¬
nativement mais irrégulièrement, les mouvements deve¬
nant plus rapides et plus amples quand l’animal se
déplace sur la lame de verre où il est placé. Quand l’ori¬
fice s’agrandit, le plancher pulmonaire, un peu convexe
vers le bas, se relève ; il s’abaisse dans le cas contraire
et l’ensemble de ces phénomènes alternatifs, de constric-
tion et de dilatation, suffit à amener le renouvellement
de l’air dans l’intérieur de l’organe.
Le mécanisme de la respiration est bien différent, dans
les Ampullaires sénestres, à siphon gauche court, du
sous-genre Lanistes. Dans le Lanistes bolteniana, dont
nous avons parlé plus haut le siphon gauche ne forme
jamais qu’une gouttière, qui s’allonge très peu et qui
sert aussi bien à l’entrée et à la sortie de l’air qu’à
l’entrée de l'eau dans les cavités respiratoires. Nous
avons étudié les mouvements des granules de carmin,
quand l’animal était complètement immergé dans l’eau,
ei. nous les avons vu suivre le même trajet que dans les
Ampullaires dextres après être entrés, toutefois, par le
siphon gauche. Mais les phénomènes de la respiration
(I) E.-L. Bouvier. Système nerveux, morphologie générale et
classification des Gastéropodes prospliranches. Annales des
sciences naturelles (7), t. III, p. 405.
LE NATURALISTE
147
aérienne n’ont aucune analogie directe dans les deux
groupes.
Quand le Lanistes veut respirer à L'ai r, il vient à la sur¬
face du liquide et se place de telle manière que le siphon
gauche dépasse à peine le niveau supérieur de l’eau. La
gouttière s’étale, se recourbe sur les bords, mais reste
largement ouverte au-dessus; autant qu’on peut en juger
d’après la position de l’animal, l'orifice pulmonaire doit
se trouver à la base du siphon et au-dessus de la surface
du liquide. Alors commence la respiration pulmonaire,
elle dure parfois jusqu’à cinq minutes et se produit par
des mouvements très faibles, souvent à peine percep¬
tibles, du corps, de la tète et de la nuque. Il y a des ana¬
logies étroites entre ces phénomènes respiratoires et
ceux qui se produisent dans les Ampullaires dextres,
lorsqu’elles sont plongées dans l’air.
Les Lanistes sont beaucoup moins bien adaptés à la vie
aérienne que les Ampullaires dextres. Munis d’un siphon
gauche très court, qui sert à l’entrée de l’air et de l’eau,
incapables de renouveler la provision d’air atmosphé¬
rique sans remonter à la surface, Us ont évidemment une
existence amphibienne incomplète et établissent une
transition naturelle entre les Ampullaires longuement
siphonées et les Gastéropodes branchifères tout à fait
aquatiques. A la chambre branchiale d’une Paludine,
joignez le poumon d une Physe ou d’une Lymnée et vous
aurez quelque chose de très analogue à l'appareil respi¬
ratoire du Lanistes, mais vous serez loin encore des
vraies Ampullaires. Pour passer du Lanistes a ces der¬
nières, le siphon gauche devra se développer beaucoup,
se transformer en tube par rapprochement des bords et
se borner aux fonctions respiratoires aériennes quand
l’animal est dans l’eau. Cette division du travail physio¬
logique suffirait, à elle seule, pour montrer que les Am¬
pullaires à long siphon sont à un degré d’évolution plus
avancé que les Lanistes.
E.-L. Bouvier.
Note au sujet de l’Article de HI. lYlénégaux
Intitulé Histoire des Acariens des Végétaux
Bien que Le Naturaliste laisse à chacun de ses rédacteurs la
responsabilité des articles qu’il insère, je crois devoir protester
contre la théorie avancée par M. Ménégaux au sujet des rap¬
ports des Phytoptes et des Tétranyques, théorie qui ne vise à
rien moins qu’à nous ramener de quinze ans en arrière, au
détriment des progrès de la science.
Le Naturaliste, journal de vulgarisation scientifique, très
répandu en France, s’adresse avant tout aux amateurs d’histoire
naturelle qu’il veut guider au début do leurs recherches. Le Na¬
turaliste est aussi lu à l'étranger, où chacun do ses numéros
donne un résumé du mouvement scientifique français. A ce
double point de vue il importe de rectifier les erreurs qui peu¬
vent s’y glisser, afin qu’on ne puisse pas l’accuser de diriger les
étudiants dans une mauvaise voie, afin qu’on ne puisse pas répé¬
ter en lisant le reproche (hélas! ti'op mérité) qu'on adresse aux
savants français d’ignorer tout ce qui se publie en langue
étrangère.
Les travaux récents relatifs aux Phytoptes sont pourtant
connus en France. Des naturalistes qui ont surtout étudié les
galles acarieàncs au point de vue botanique, MM. les Dr Foc-
kou et Ballé, par exemple, n’ont pas cru pouvoir se dispenser
détenir compte des travaux de M. Nalcpa (de Linz), travaux
qui datent de 188". Aussi peut-on être surpris, do voir un na¬
turaliste qui étudie les Phytoptes au point de vue zoologiquo
reproduire l’erreur étonnante et presque incompréhensible com¬
mise parDonnadieu en 1875.
La seule excuse de ce dernier, c’est qu’il avait été précédé
dans cette voie malheureuse per Scheuten et d’autres, dont l’o¬
pinion dut fortement l’influencer; quoi qu’il en soit, les théories
en l’air ne sont plus de mise en micrographie : on exige au¬
jourd’hui des preuves, c’est-à-dire des faits tangibles, ou pour
mieux dire visibles sous l’objectif du microscope.
Dire que les Tétranyques sont la forme adulte des Phytoptes
c'est commettre une méprise analogue à celle de quelqu’un qui
voyant un loup dans une bergerie s’imaginerait que ce carni¬
vore est la forme adulte de l’innocent mouton qu il ne cherche
qu’à dévorer (1).
Les Phytoptes deviennent adultes sous leur forme </’ Aca¬
riens vermi formes ; ils n’ont jamais plus de deux paires depat-
tes ; enfin leurs organes génitaux ( mâles et femelles, sont par¬
faitement connus. — L’anatomie très complète des Phytoptes
< ■ si admirablement décrite et figurée jusque dan- ».-s détail» hi-
1 ologiques les plus délicats, dans le mémoire de Nalcpa auquel
nous renverrons le lecteur. Ce mémoire est inséré dans les
hei-ic/i/e lier K. Akml. der Wissrnsehafh;,, 1SS7, 1. X'A'L avec
2 planches.)
Tous les acarologistcs qui ont voulu s’en donner la peine ont
pu vérifier l’exactitude des observations de M. Nalcpa.
Nouvelle apparition du « Syrrhaptes paradoxus»
M. le professeur A. Milne-Edwards a bien voulu nous
communiquer la lettre suivante, qu’il vient de recevoir
de M. Louis Bureau, directeur du Muséum de Nantes,
sur une nouvelle apparition du fameux Syrrhaptes para¬
doxus.
« Les Syrrhaptes viennent de faire une nouvelle appa¬
rition. Une femelle a été tuée le 28 du mois dernier dans
le marais de Langle près Herbignac (Loire-Inférieure),
dans une troupe de 4 individus qui a disparu aussitôt.
Il n’est pas venu à ma connaissance que ces migra¬
teurs de 1888-1889 aient été signalés récemment en
France.
Dans nos départements de l’Ouest, en 1888, le passage
a commencé le 11 mai, jour où furent tués deux sujets
l’un à Préfailles (Loire-Inférieure), l’autre à Noirmou-
tier (Vendée).
Ce passage dura jusqu'au 23 juillet. A partir de cette
date jusqu’au 13 novembre, les Syrrhaptes quittèrent
nos départements.
Ils y revinrent moins nombreux le 13 novembre et le
dernier fut tué le 10 mars 1889.
Rien ne permet de dire si le fait que je vous signale
restera isolé ou si la petite troupe qui vient de se mon¬
trer dans notre département est l’avant-garde d’une
importante migration. »
Veuillez agréer, etc.
Louis Bureau.
CONSERVATION DES ANIMAUX MARINS
Los méthodes en usage, à la station zoologiquo de Naples,
pour la conservation des animaux marins, ont une réputation
universelle. Nous croyons donc, être agréables à nos lecteurs
en analysant, dans ses parties essentielles, un mémoire de
M. Salvatore Lo Bianco, traduit par M. Félix Bernard, sur les
méthodes de conservation des animaux marins employées à
(1) Les Tétranyques, do mémo que les Tarsonemus (ou Der.-
droptus), que Ton trouve si souvent dans les érinéums pro¬
duits par la piqûre des Phytoptes, sontdo véritables parasites
qui ne se font pas faute de dévorer ces derniers.
148
LE NATURALISTE
cette station zoologique. Nous ajouterons que ce travail a été
publié dans le Bulletin scientifique de la France et de la Bel¬
gique, dirigé par M. Alfred Giard, auquel nous l’empruntons.
Disons tout d’abord que les animaux fixés avec un liquide quel¬
conque se conservent dans l’alcool généralement à 70°.
Radiolaires. — Les Thalassicola se fixent à l’acide chro-
Fig. 1. — • Radiolaire, Thalassicola.
mique à 1/2 % et sont transportés, après une heure environ,
dans l’alcool à 70°. Les Aulacanthidæ et les Acanthometræ
sont mis directement dans l’alcool à 20°, puis à 50°. Les Sphœ-
rozoum et Collozoum se fixent dans l’alcool à 35 % iodé de
15 à 60 minutes, puis passent dans l’alcool à 35° pendant^cleux
heures, puis dans l’alcool à 50° pendant douze heures, et enfin
dans l’alcool à 70° qu'on renouvelle vingt-quatre heures après.
Porifera. — Pour les Eponges, il suffit d’immerger directe¬
ment dans l’alcool à 70° en le renouvelant. Pour éviter la con¬
traction chez les Halisarcidæ on peut les fixer dans le sublimé
concentré pendant 15 minutes. Si on veut conserver pendant
plusieurs jours la couleur rouge de quelques éponges ( Sube -
rites, Axinella) il suffit de les mettre dans l’alcool à 40° sans
le changer.
Autliozoa. — La première chose à faire quand on a pêché
un Anthozoaire, est de le mettre dans un récipient avec de
l’eau de mer fraîche pour laisser à l’animal le temps de s’é¬
tendre. Les Cornularia, Clavularia, Rhizoxenia, Sympodium
sont tués avec le sublimé concentré chaud. Les grands Alcyo-
num peuvent être tués en les immergeant rapidement dans
l’acide chromo-acétique (acide acétique concentré 100"; acide
chromique à 1 %, 10"), puis on les transporte graduellement
dans les alcools à divers degrés. Pennatula phosphorea et
Kophobelemnon sont saisis par la base nue-et plongés rapide¬
ment dans le mélange chromo-acétique indiqué plus haut ; au
bout de quelques secondes on les met dans de l’alcool à 50°,
et, avec une seringue à injection fine on injecte de l'alcool à
i11" par . . -"Il pratiqué à l’extrémité de !;i base, puis on
transporte dans l’alcool à 70°. Pour Pennatula rubra, Pteroi-
des spinulosus, Verelillum, Funiculina , on pratique de mémo
sans opérer l’injection. Le corail rouge (C. rubrum ) est tué
par le sublimé concentré bouillant (moitié du volume de l’eau
de mer) et est transporté dans l’alcool faible : la couleur se
conserve ainsi parfaitement. Les Antipathes se fixent avec
le sublimé concentré. — Les Acliniaires présentent d’assez
grandes difficultés. L ’Anemonia sulcata est tuée par le mélange
chromo-picriquc (acide chromique à 1 % et liquide de Ivleinen-
6
8
Fig. 6. Anthozoa, Pennatula. — Fig. 7. Anthozoa, Actimia. —
Fig. 8. Anthozoa, Cerianthus. — Fig. 9. Anthozoa, Dendro-
pliyllia.
berg (1) en parties égales) en volume égal à l’eau qui s’y trouve ;
au bout de 3 à 10 minutes on transporte dans l’acide chromi¬
que à 1/2 %, puis une demi-heure après dans l’alcool faible.
Les liliactis, Sagarlia Dghrnii, Paranthus, Corynactis, Aipta-
sia sont tuées avec le sublimé concentré bouillant ; avant de
les mettre dans l’alcool, on les laisse durcir pendant quelques
minutes dans l’acide chromique à 1/2 %. Quand Eliactis
bcllis, Bunodes gemmaceus et rigidus sont bien étendus, on
enlève les 2/3 dé l’eau de mer, qu’on remplace par de l’hydrate
de chloral à 2 00/00; au bout de deux minutes on enlève un. peu
du liquide, en laissant comme d’ordinaire, juste cc qu’il faut
pour couvrir les animaux et on les tue au sublimé concentré
froid. Adamsia Rondeletii et palliata se narcotise avec la fumée
de tabac, puis est tuée par le mélange chromo-acétique, durcie
par l’acide chromique à 1/2 % et ensuite par l’alcool. Cladactis,
(I ) Solution, aqueuse concentrée d’acide picrique 100", acide
sulfurique concentré 2"; on filtre et on ajoute 3 fois le même
volume d’eau.
LE NATURALISTE
Cereaclis et Bunodeopsis strumosa sont tuées par le mélange
chromo-acétique, durcies par l'acide chromiquc à 1 % et plon¬
gées dans l’alcool. Les grands Cerianthus se fixent à l’acide
acétique concentre et se transportent dans l’alcool faible. Acti¬
nia equina et Cari se traitent par le mélange bouillant de su¬
blimé et d’acide acétique, suivi d’acide chromique à l/d %
pour durcir. Edwardsia s’anesthésie lentement en versant peu
à peu de l’alcool à 70° dans l’eau de mer, on la tue ensuite
avec le sublimé concentré chaud. Pour les Polythaa, on peut
essayer le sublimé concentré chaud. Les larves d’Actinies se
tuent avec le sublimé concentré ou avec le mélange chromo-
acctique. — Madreporaria : As froides cahjcularis est tué par une
solution bouillante de sublimé et d’acide acétique en volume
égal à l’eau- de mer; on transporte ensuite dans l’alcool à 3ü°
et on injecte les polypes, on porte finalement dans l’alcool à
70°. Caryophyllia , Dendrophyllia, Cladocora se fixent au su¬
blimé concentré bouillant.
P. G.
NOTE SUR LA CLASSIFICATION DES BASIDIOMYCÈTES
0 Champignons )
(Suite.)
Le premier ordre comprend, comme on le sait, deux
sous-ordres :
a. Hyménomycètes. Champignons dans lesquels l’hymé-
niumest extérieur;
b. Gastéromycètes. Champignons dont l’hyménium est
entouré d’une enveloppe complètement close.
Enfin les Hyménomycètes comprennent six familles :
Agaricinées, Polyporées, Hydnées, Clavariées, Théléphorées,
Exobasidiées.
Les Gastéromycètes "en comptent quatre : Phalloïdées,
Nidulariées, Lycoperdées, Hypogastrées.
Entrer dans 1 'exposé des caractères qui distinguent
ces familles nous entraînerait trop loin. Le lecteur un
peu familier avec l’étude des Champignons suppléera
facilement à ce que nous omettons.
Le deuxième ordre, celui des Dacrymycétacées com¬
prendra un seul sous-ordre auquel on peut donner le
nom de dacrymycétinées. Mais, dans ce sous-ordre, on
peut distinguer deux familles : en premier lieu la fa¬
mille des Calocérées ayant pour type le genre Calocera
qui, parla forme extérieure des fructifications, corres¬
pond dans les Hyménomycètes à la famille des Clava¬
riées (fig. 3); en second lieu la famille des Dacrymycétées
dont le genre Dacrymyces est le type et qui, par ses ca¬
ractères extérieurs, la consistance gélatineuse de la
fructification, se rapproche de la famille des Trémellées
que nous verrons plus loin.
Le troisième ordre, celui des Tulasnellacées sera formé
d'un sous-ordre unique, appelons-le tulasnellinées pour
donner, autant que possible, une même terminologie aux
noms qui désignent des divisions du même degré. Et ce
sous-ordre ne comprendra qu’une famille, celle des
Tulasnellées ne possédant elle-même qu’un seul genre, le
genre Tulasnella .
Ce dernier genre, ce dernier ordre si l’on veut, offre un
intérêt particulier. En effet nous avons dit que le baside
présente un étranglement à l’endroit où. s’individualisent
lesquatre stérigmates épais que nous avons décrits; cha¬
cun d’eux présente lui-même un petit prolongement grêle
à l’extrémité duquel naît la spore. Ne peut-on pas dire
que c’est là une baside, indivise, il est vrai, mais cepen¬
dant, partiellement et incomplètement divisée? Ne peut-
on pas dire que ces quatre parties épaisses et isolées
appartiennent en réalité à la baside elle-même dont le
cloisonnement commence à son sommet et ne dépasse
pas le milieu? Les véritables stérigmates ne seraient-ils
pas seulement les quatre pédicelles courts et grêles qui
supportent les spores ?
En interprétant les choses de cette façon, on voit que
le genre Tulasnella , l’ordre des Tulasnellacées, est extrê¬
mement intéressant parce qu’il sert de transition entre
les Basidiomycètes où la baside est véritablement et
complètement indivise, et les Basidiomycètes dont la
baside est nettement cloisonnée.
Etudions maintenant celte seconde sous-classe des
Basidiomycètes, formée des espèces à basides cloison¬
nées.
Notre étude va nous présenter un fuit bien remar¬
quable : malgré le nombre relativement faible des espèces
qui constituent cette sous-classe, nous allons y rencon¬
trer presque la même variété de types que la première
sous-classe qui, cependant, contient de dix à quinze fois
plus d’espèces.
Il semblerait que, issues d’un type unique, ces deux
séries de formes ont précisément acquis comme pre¬
mier caractère différentiel une baside indivise dans un
cas, cloisonnée dans l’autre, et qu'une fois ce caractère
fixé par hérédité, des causes identiques ont produit des
différences secondaires identiques, de telle sorte que des
familles de la deuxième sous-classe ressemblent à cer¬
taines familles de la première.
L’étude détaillée qui suit précisera davantage la pen¬
sée que nous venons d’émettre.
Dans cette seconde sous-classe des Basidiomycètes, la
baside se présente sous deux formes extrêmement diffé¬
rentes.
Chez les Tremellées (fig. 4), cet organe est en massue et
cloisonné longitudinalement. Deux cloisons en croix pas¬
sant par l’axe de la baside divisent cette baside (6a) en
quatre cellules dont chacune donne naissance à un long
stèrigmate ( St ) qui porte une spore (sp) à son extrémité. La
130
LE NATURALISTE
plupart des espèces présentant ce caractère sont molles,
leur surface externe se couvre d’une matière mucilagi-
Fig. 4. — Basides et spores de Trémelle, états successifs de
leur développement, ba, baside; st, stérigmate; sp, spore ;
a, baside vue d’en haut, phases de sa division; b et c, baside
vue de côté ; d et e, stérigmate isolé, sans spore en d, portant
une spore en e (d’après M. Brefeld).
neuse, et les deux longs stérigmates ne forment leur
spore qu’après avoir traversé cette couche de mucilage.
Fig. 5. — Basides et spores d 'Auriculaire, états successifs do
leur développement. ba, baside ; st, stérigmate ; sp, spore ;
a, baside non encore divisée ; b, baside cloisonnée transver¬
salement puis formant ses stérigmates; c, stérigmates isolés,
d’abord sans spore, puis avec une spore à leur sommet (d’a¬
près M. Brefeld).
filament assez grêle, cylindrique [ba), et trois cloisons la
divisent transversalement en quatre cellules; chacune
donne naissance à une spore [sp) qui, suivant les cas, est
sans pédicelle ou portée sur un stérigmate (st) .
Ces deux formes de basides sont assez différentes l’une
de l’autre pour que l’on soit en droit de considérer les
Tremelles et les Auriculaires comme types de groupes
dont la valeur est égale à celle des groupes que nous
avons appelés plus haut Dacrymycétacées et Tulasnel-
lacées, c’est-à-dire, comme type? de deux ordres bien
distincts auxquels nous donnons les noms de tremella-
cées et de aüriculariacées.
(A suivre.) L. Dufour.
LIVRES NOUVEAUX
La Pêche et les Poissons des eaux douces, description des pois¬
sons, engins de pèche, lignes, amorces, esches, appâts, pêche
à la ligne, pèches diverses, nasses, filets, ëtc., par Arnould
Locard (1).
Il ne suffit pas de jeter dans l’eau une nasse, un épervier,
une ligne quelconque, pour en retirer du poisson. Il faut savoir
à quelle sorte de poissons on peut avoir affaire : er, cela ne
s’obtient qu’après une étude suivie dos caractères propres à
chacune des nombreuses espèces qui composent notre faune
ichtyologiquc. Il importe ensuite d’en bien. connaître les mœurs,
les habitudes, le genre de vie pour arriver à se rendre un
compte exact de la nature des milieux où l’on aura la chance
de les rencontrer. Tel est le but de la première partie de cet
fl) 1 vol. in-16 de 350 p., avec ISO fig.'dans le texte, cart.
prix 4 francs, franco 4fr. 40. (En vente chez J.-B. Baillière,
éditeur, 19, rue Hautefeuille, et auxtburèaux du Journal, 46,
rue du Bac.)
ouvrage où sont décrites toutes les espèces de poissons qui
vivent dans nos eaux douces, fleuves ou rivières, ruisseaux,
lacs ou étangs.
Dans la deuxième partie, on passe en revue la ligne et ses
nombreux accessoires, qu’elle soit fixe ou mobile, entre les
mains du pécheur ou posée au bord de l’eau; on fait connaître
la longue série des diverses amorces ou appâts, susceptibles
d’attirer le poisson ; enfin on décrit tous les genres de pèche,
non seulement avec toutes sortes de lignes, mais encore avec
d’autres engins, tels que filets, nasses, tridents; etc.
La Plume des Oiseaux, histoire naturelle et industrie, par La-
croix-Danliakd (1).
Histoire naturelle. — Chasse et domestication. — Usages
guerriers. — Jouets. — Parure et habillement. — Usages do¬
mestiques. — La plume à écrire.
Le nombre des oiseaux dont les plumes ou le duvet sont uti¬
lisés est considérable, il n’est pas si modeste volatile qui ne
trouvé aujourd’hui son emploi dans l’industrie du plumas-
sier. Aussi l’auteur s’est-il attaché seulement aux principaux
types de la faune ornithologique. De ces derniers il a esquissé à
grands traits la physionomie, les mœurs, l’habitat, le mode de
propagation et d’élevage ainsi que les moyens de capture et de
destruction. Il a cherché à donner à chacun de nos oiseaux la
place qu’il méritait en raison de son importance commerciale
et industrielle, c’est pourquoi un assez long article a été con¬
sacré à l’Autruche.
Quant au plan général il est bien simple et découle, pour
ainsi dire, de la nature des choses ; il comporte, après un
aperçu sur quelques-uns des oiseaux producteurs de plumes
utiles, la préparation et la mise en œuvre de leurs dépouilles,
leurs différentes applications, les procédés qui servent à en
assurer la préservation et la [conservation, la nomenclature des
principaux marchés, l’état des prix de revient, enfin la si¬
tuation du commerce d’importation et d’exportation qui se
rattache à ces différents produits.
BIBLIOGRAPHIE
BOTANIQUE
*236. Lacroix, A. Sur la transformation des fcldspaths en
dipyre.
Bull. Soc. Franç. de Minéral. 1801, pp. 16-30.
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terrain dits rideaux.
Bull. Soc. Géol. de France, 1891, pp. 1-7.
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Island of Jersey.
Quart. Journ. Geol. Soc. 1891, pp. 35-36.
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Bull. Soc. Géol. de France, 1891, pp. 140-141.
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Bull. Soc. Géol. de France, 1891, pp. 15-19.
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Quart. Journ. Geol. Soc. 1891, p. 37-40.
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saurian Romains. PI. Y.
Quart. Journ. Geol. Soc. 1891, pp. 41-44.
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Americ. Journ. ofSri. 1891, pp. 81-82.
214. Marten, J. On some Water-worn and Pobble-worn
Stones taken from the Apron of the Holt-Fleet Weir on
the River Severn.
Quart. Journ. Geol. Soc. 1891, pp. 63-69.
<(1) 1 vol in-16 de 350 p. avec 10 lig. dans le texte, cart.,
prix 4 fr.; franco 4 fr. 40. (En vente chez J.-B. Baillière,
éditeur, et aux bureaux du Journal.)
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, HUE CASSETTE, 17.
13e ANNÉE
2e Série - N" 10-4
JUILLET 1891
L’EXPLORATION EN ASIE CENTRALE
DE MM. BO.NVALOT ET LE PRINCE HENRI D'ORLÉANS
Les collections recueillies par MM. Bonvalot et le prince
Henri d’Orléans, durant leur long et pénible voyage à
travers l’Asie centrale, ont été libérale ment offertes au
Muséum d’histoire naturelle où elles occupent provisoire¬
ment deux salles latérales dans les nouvelles galeries.
Elles se composent de spécimens d’histoire naturelle, tous
cueillitàbras ouverts. La carte ci-dessous, qui nous a été
obligeamment prêtée par la Société de géographie de Paris,
montre la marche de l’exploration.. Pour aller de Kouldja
au pied du grand massif thibétain, qui est limité au nord
par la haute chaîne de l’Altyn-tagh, on s’élève progressi¬
vement dans une région montagneuse, tantôt aride, tantôt
boisée, puis l’on redescend dans la haute steppe qui
forme au fiord du Thibet une vaste plaine, dont le centre
est parcouru par le Tarim, grand fleuve sans embou¬
chure, dont les eaux sont peu à peu absorbées par le
Voyage
DE LA SIBÉRIE AU TONKIN
àlravers le Gobi etle Thibet
etlePc.eHenri d’Orléans.
1889 -1890
admirablement' conservés et pour la plupart nouveaux,
de matériaux ethnographiques très nombreux et parfois
fort riches, enfin de nombreuses photographies fort inté¬
ressantes à consulter. Je laisse la partie ethnographique
à un autre collaborateur du Naturaliste pour m’occuper
uniquement des collections d’histoire naturelle (1).
Avant de commencer leur étude, il ne sera pas inutile
de jeter un coup d'œil rapide sur les grandes étapes par¬
courues successivement par les intrépides voyageurs de¬
puis Kouldja, à la frontière septentrionale de la Chine,
où ils virent les derniers Européens, jusqu’à Ta-lsien-lou,
dans le Se-tchuen chinois, où ils rencontrèrent, après
dix mois de voyage, une mission française qui les ac-
(1) Le classement des collections a cté fait par MM. Milnc-
Ëdwards et Oustalet pour la zoologie, Bureau et Franc'nct
pour la botanique, Stanislas Meunier pour la minéralogie. Les
Mammifères et les Oiseaux ont été très habilement montés par
MM. Mm, min, Terrior et Lie:, ird, du M t
LE NATURALISTE, 40, rue du Bac, Paris.
sable; c’est la région du Lob-Nor. Vient ensuite le haut
plateau thibétain, que les voyageurs franchirent du nord
au sud depuis l’Altyn-tagh jusqu’au Tengri-Nor ; son alti¬
tude moyenne varie de 4,000 à 3,000 mètres, mais elle
diminue dans le Tengri-Nor, région thibétaine située à
quelque distance de Lhassa, la cité religieuse <lu Thibet.
Du Tengri-Nor à Ta-tsien-lou, on coupe de nombreuses
chaînes parallèles, dirigées du nord au sud ; dans cette
succession de vallées et de montagnes, l’altitude varie
beaucoup; on descend jusqu’à 1,000 mètres à Batang,
ville située sur la frontière chinoise, pour remonter jus¬
qu’à 4,700 mètres, au voisinage de Lytang et rester à des
hauteurs encore considérables jusqu’à Ta-tsien-lou.
La faune du Lob-N'or étant une faune de déserts et de
steppes, les Mammifères et les Oiseaux y présentent en
général une couleur claire ou grisâtre qui rappelle plus
ou moins la teinte générale de la région. Chez certains
animaux, ce phénomène de mimétisme devient très
J52
LE NATURALISTE
frappant : la Pie-grèche du Lob-Nor ( Lanius leucoptems),
par exemple, a une couleur cendrée très claire et ne
présente qu’un petit nombre de taches noires sur le dos
et sur la queue; l’Engoulevent qui l’accompagne ( Capri -
mulgus arenicolor ) est encore moins orné, et, comme son
nom l’indique, prend la couleur du sable qu’il habite.
D'ailleurs, des formes particulières aux steppes des di¬
verses parties du monde se retrouvent ici avec des es¬
pèces spéciales ; c’est le cas, notamment, des Otocorys ou
Alouettes huppées qui habitent les déserts des deux
mondes ; c’est le cas aussi pour les Moineaux de steppes
et notamment pour le Passer Ammodendri qui se rap¬
proche étonnamment du P. simplex africain, mais qui a
cependant le plumage sensiblement plus clair. D’autres
formes, au contraire, sont tout à fait caractéristiques des
plateaux asiatiques ; tels sont, par exemple, les Podoces,
portes du Thibet, le pays d’origine des faisans, aussi
trouvons-nous déjà deux représentants intéressants de
ce groupe : le Faisan de Mongolie ( Phasianus Mongolicus )
et le Faisan de Tarira ( Phasianus Tarimensis), plus parti¬
culier aux steppes salées du Lob-Nor. Ces faisans, avec
les Carpodaccus et les Ruticilla, sont à peu près les seuls
oiseaux de la région dont le plumage ait des couleurs
agréables ; le Carpodaccus à manteau rouge (C. rhodo-
chlamys), notamment, se fait remarquer par la belle
teinte vieux rose de sa livrée.
Aux espèces précédentes, ajoutons encore VÀigle
fauve et YÉpervier de nos pays, le Guêpier ordinaire dont
les vives couleurs se sont conservées, une Buse pattue
(Butco hemilasius) très voisine de la nôtre, une Perdrix
peu différente de notre perdrix grise, un Étourneau noir
plus voisin de notre Étourneau que des Podoceps, plu-
Antilope d’Hodgson Le cheval du Lou-Nor Chevreuil pygargue.
ou Orongo. ou Kiang' ( Equus Kiang). ( Capreolüs pygargus.)
D’après les exemplaires recueillis par MM. Bon valût et le prince Henri d’Orléans (Exposition du Muséum).
sturnidés à couleur claire, dont nous trouvons ici deux
espèces remarquables, le P. Hendersoni et le P.Biddulphi.
Si au lieu de nous restreindre au Lob-Nor proprement
dit, nous étudions en général les collections diverses
recueillies de Kouldja au pied septentrional du plateau
thibétain, nous trouvons parmi les Oiseaux beaucoup
d’autres espèces à signaler.
Voici le curieux Syrrliapte paradoxal ( Syrrhaptes para-
doxus), moitié gallinacc, moitié pigeon ; les déserts asia¬
tiques sont sa patrie, mais il vient émigrer parfois
jusque dans nos contrées ; voici la Chouette funèbre
(Surnia funerea ) qui remonte jusqu’en Sibérie, les Caipo-
daccus passereaux dont certains représentants s’observent
sur la côte occidentale de l’Amérique du Nord jusqu’en
Californie, les Ruticilla ou rouge-queues de l'Asie cen¬
trale, enfin le Pic à ailes blanches ( Picus leucopterus )
assez voisin de notre Pic indigène, mais à teintes vives
moins prononcées et moins étendues. Nous sommes aux
sieurs Mésanges, d’assez nombreux Palmipèdes, pour la
plupart encore en peau (Mouettes, Canards, Cygnes,
Oies), et enfin quelques Échassiers, entre autres le Plu¬
vier doré et le Héron blanc (Ardeaalba), plus connu sous
le nom bien mérité d’aigrette blanche.
Les mammifères brillent au premier rang dans la
splendide collection qui nous occupe, et parmi eux on
remarque surtout les deux kiangs [Equus Kiang Cray) ou
chevaux du Lob-Nor, inconnus jusqu’ici dans nos Mu¬
sées. Le kiang est un très bel animal qui tient surtout
de l’hémione, dont il garde la physionomie et les traits
principaux. Mais il a le sabot plus arrondi et par consé¬
quent plus semblable à celui du cheval ; son pelage est
touffu, serré, ondulé, un peu laineux comme il convient à
un animal qui habite des régions froides et élevées. Le
kiang a sur le cou une courte crinière noire, et une raie
de même couleur qui se prolonge sur la ligne médiane du
dos ; sa queue ressemble à celle de l’âne. Il a d’ailleurs
LE NATURALISTE
133
deux callosités noirâtres sur la face interne des pattes an- i
térieures, au niveau du tibia. Les deux spécimens de kiang j
compris dans la collection sont de toute beauté, et pren¬
dront certainement place parmi les types les plus par¬
faits des galeries du Muséum.
Dans la même vitrine que le kiang se trouve un
beau représentant de chevreuil pygargue ( Capreolus
pygargus), espèce asiatique plus grande que notre che¬
vreuil indigène. Il a le poil lisse et court, assez foncé;
aussi bien n’habite-t-il pas le Lob-Nor proprement dit,
mais cette région montagneuse dont j’ai parlé plus haut j
et qui s’étend de Kouldja à Korla. C’est là que vit égale- I
ment une variété de l’Ours syriaque (Ursus syriacus), ca¬
ractérisée par son mufle étroit et long et par sa vilaine
teinte d’un noir grisâtre uniforme. Le P. Dedékens, com¬
pagnon de route des voyageurs, rencontra de beaucoup
trop près un individu de cette espèce pendant une dès
chasses delà caravane; en philosophe qu’il était, le brave
missionnaire laissa de côté son fusil chargé de petit
plomb et se contenta de mettre en fuite le gibier fâcheux,
en faisant au plus vite flamber quelques broussailles.
Les autres carnassiers des mêmes parages sont repré¬
sentés dans la collection par un renard et par un chat.
Le renard a reçu à juste titre le nom de flavescens, car il
a le dos d’un jaune très clair et le reste du corps presque
blanc; ses poils sont remarquablement longs. Le chat
( Félix Shawiana ) est un peu plus grand que notre espèce
domestique; il possède une assez jolie robe claire, mou¬
chetée de taches sombres régulièrement disposées.
Les Rongeurs du Lob-Nor se font tous remarquer par
leur teinte légèrement grisâtre et par leur très petite
taille; ils sont représentés dans la collection par une
nouvelle espèce de Gerbille (Gerbillus psammophilus) , par
deux Hamsters ( Cricetus furunculus et C. arenarius), à
peine plus gros que notre Musaraigne, enlin par un Rat
particulier (Xesokia Sculhgi) assez voisin du Rat européen,
mais qui en diffère par la queue beaucoup plus courte
et par la longueur plus faible du museau.
Citons encore pour terminer de nombreuses peaux
d’une gazelle ( Gazella subgutturosa ) et une boîte remplie de
poil de Chameau sauvage. La gazelle dont il est question ici
se rapproche beaucoup de la Gazella gutturosa qui habite
l’Asie centrale, la Mongolie et même une partie de la Sibé¬
rie. Quant au chameau du Lob-Nor, on pourrait peut-être
le considérer comme le type sauvage du chameau do¬
mestique de l’Asie; dans tous les cas, nos voyageurs ne
l’ont pas rencontré et les poils qu’ils exposent proviennent
des peaux rapportées de la chasse par les indigènes.
Un mot encore sur VOvisPoli le plus beau représentant,
à coup sûr, de la race ovine. Cette espèce habite le Tur-
kestan et c’est de là que le Muséum a reçu dernièrement
le splendide individu gracieusement offert par M. de Bre-
teuil, mais il se répand aussi dans le Thibet proprement dit
et sur les hauts plateaux situés un peu au nord de Korla.
« D’immenses cornes d’Ocis Poli, écrit le prince, se pro¬
filent parfois comme des tire-bouchons géants. Nous
approchons pour ne trouver, hélas! que des squelettes.
Notre caravane effraie ces animaux qui se cachent dans
la montagne. » Une photographie représente le crâne
encorné d’un spécimen de cette epèce; et on lit au-des¬
sous que les cornes mesurent 1 m. 23 en suivant la
volute et 1 m. 10 d’un bout à l’autre.
Avant de s’engager dans les contreforts de l’Altyn-
Tagh, la caravane avait congédié ses serviteurs russes et
renvoyé par eux ses premières collections en Europe;
elle gagna lentement ensuite les hauts plateaux du Thibet.
Au lieu de chercher un passage vers l’est, comme l’a¬
vaient essayé en vain le Russe Prjévalsky et l’Anglais
Carev, elle se dirigea vers le sud, et, ouvrant une voie
absolument nouvelle, gagna ensuite Ta-tsien-lou en al¬
lant de l’est à l’ouest à partir du Tengri-Nor. Les Mam¬
mifères et les Oiseaux recueillis pendant cette partie du
voyage diffèrent à tous égards de ceux des steppes pré¬
cédemment traversées. C’est une faune de hautes mon¬
tagnes, caractérisée par la grande taille et la force de
beaucoup de ses représentants, par les ornements et la
beauté de presque tous. C’est au voisinage des neiges
thibétaines qu’on trouve le magnifique Oiseau bleu ( Gran -
dala eœlicolor ), qui a emprunté au ciel sa couleur
azurée; il vit sur les hauts plateaux en compagnie du
Faisan d’Amherst sauvage (Thaumalea Amherstise), le plus
beau de tous les faisans, celui que les Chinois élèvent à
l’état domestique et expédient en Europe pour faire l’or¬
nement de nos volièrek. C’est là aussi qu’on trouve les
ravissants Carpodaccus, les lthagines aux plumes délicate¬
ment colorées de vert et de rouge, enfin et surtout un
charmant soui-manga, le Sectarinia Dabryi, le seul oiseau-
mouche qui pénètre à ces hauteurs.
La faune ornithologique du Thibet proprement dit est
singulièrement plus riche et plus variée que celle du
Lob-Nor. On n’j rencontre plus l’Aigle fauve, mais beau¬
coup d’autres grands Rapaces. Le Cvpaète ordinaire (Gy-
paetus barbatus) est représenté dans la collection par trois
beaux spécimens, à côté de lui se trouve un grand exem¬
plaire du Vautour de l’Himalaya [Gyps Himalayensis) ,
et un autre du Faucon sacré (Hierofalco sucer). Ce dernier
oiseau se rencontre, peu abondamment il est vrai, dans
toute l’Asie centrale, tandis que le Vautour reste confiné
sur les hauteurs de l’Himalaya et du Thibet.
Les Passereaux renferment un certain nombre de
formes déjà signalées dans la région précédente : les
Podoces, les Rutieilla et les Carpodaccus. Mais ces formes
sont représentées par des espèces particulières, ordi¬
nairement plus nombreuses et toujours plus richement
colorées. Les Carpodaccus, entre autres, revêtent les
livrées les plus charmantes; l’un d’entre eux, nommé à
juste titre C. pulcheirimus, a la tête, la gorge et le ventre
couverts de petites plumes qui sont blanches dans la
partie centrale et largement marginées de rouge tendre;
ces plumes se redressent un peu sur la tête et font au
coquet animal une parure d’une délicatesse extrême.
D’autres Passereaux se trouvent encore dans la collec¬
tion, à côté des Oiseaux bleus et du Soui-manga dont
I j'ai parlé plus haut; je citerai notamment le Merle de
Kessler ( Merula Kesslcri), trouvé par Prjévalski et propre
à la région thibétaine ; il a la taille de notre merle indi¬
gène, et le plumage mêlé de noir et de gris ; il est
accompagné de merles bleus asiatiques, d’un traquet et
d’une mésange aux leinfes métalliques, le Leptopeeyle
Sophie? , qui s’étend depuis le Thibet jusqu’au Turkestan.
Les Phasianidés abondent sur les hauts plateaux du
Thibet et sont représentés dans la collection par les
six genres suivants : Tétraogalle, Tétraopliasis, Faisan,
Tragopan, Ithagyne et Crossoptilon. Le Tétraogalle du
Thibet (Tetraogallus tibetanus) a l’allure du coq de bruyère,
mais son plumage rappelle un peu celui des faisans, en¬
core qu’il présente des lignes sombres longitudinales.
Le Tétraopliasis de Desgodins (T. Oesgodinsi) garde un
peu l’allure du Tétraogalle, dont il diffère d’ailleurs
par ses traits principaux. Le Tragopan de Temminck
154
LE NATURALISTE
( Ceriornis Temmenckü) rappelle les précédents par sa
taille, mais est moins agréablement orné. Les Crossop-
tilons sont des Phasianidésde grande taille, dont la queue
arrondie est marginée de noir; on en connaît trois es¬
pèces : l’une blanche, l’une brune et l’autre bleuâtre; la
blanche et la bleue ont seules été rapportées par les
explorateurs français, mais elles sont représentées par
de nombreux et beaux spécimens. Les Crossoptilons sont
des oiseaux thibétains comme le Tétraophasis signalé
plus haut et aussi comme le Faièan d’Amherst; les Té-
traogalles se trouvent dans toutes les montagnes de
l’Asie, le Tragopan de Temmnick dans l’Himalaya et le
Thibet, enfin l’ithagyne de Geoffroy se répand du Thibet
jusque dans le sud-ouest de la Chine. La Perdrix de
Hodgson ( Perdix Hodgsoniæ) caractérise aussi la région
qui nous occupe.
tient beaucoup du Bison et notamment du Bison amé¬
ricain, dont plusieurs beaux individus vivants se voient
actuellement à la Ménagerie du Muséum ; il a comme lui
le cou puissant et court, une saillie dorsale, provoquée
par le grand développement des apophyses épineuses
au niveau des épaules, des cornes recourbées en crois¬
sant vers l’intérieur et des poils groupés en forme de
manchettes aux membres antérieurs. Mais il a le tronc
beaucoup plus fort, les muscles plus courts, la tête plus
large, le poil plus long, plus laineux et plus serré. 11 se
distingue surtout du Bison par la hauteur du train posté¬
rieur qui est relativement plus haut et par les longs poils
un peu crépus, et longs de 40 centimètres, qui garnissent
toute sa face ventrale et l’extrémité de la queue. Cet
animal est d’une puissance extrême et peut devenir un
adversaire dangereux quand on le poursuit ; mais sa
Le Yack sauvage [Poepliagus gpùmicus).
D'y près l’exemplaire rapporté par MM. Bonvalot et !<■ prince Henri d’Orléans (Exposition du Muséum;.
Avec les espèces précédentes, la faune ornithologiquu
thibétaine n’est pas encore épuisée. Elle renferme un
Perroquet ( Palæornis dérbyanus), un seul, d’ailleurs fort
agréablement orné de vert, de rouge et de bleu ; un
Echassier ( Ibidorhynchus Struthersii ) à bec recourbé et
assez voisin du Courlis ; enfin un Pic, dont les analogies
avec notre espèce indigène sont très grandes. A cette
iste il faut ajouter la Poule d’eau et le Cormoran ordi¬
naire qui, avec le Gypaète, constituent un groupe de
formes communes à l’Asie et à l’Europe.
C’est parmi les Mammifères recueillis au Thibet que se
trouve le spécimen incontestablement le plus riche de la
collection, celui' qui attire immédiatement les yeux du
visiteur, tant par sa beauté que par son état de conser¬
vation tout à fait remarquable ; je veux parler du grand
Yack sauvage (Poephagus grumicus) introduit pour la
première fois au Muséum. Qui n’a vu que les Yacks do¬
mestiques importés en Europe, ne saurait se faire une
idée de la taille et de la puissance du Yack sauvage! il
chair et surtout son poil, qui est très estimé dans le
pays, le font rechercher par les chasseurs. D’après
M. A. Milne-Èdwards, qui m’a conté lui-même cette his¬
toire, il s’en est fallu de bien peu que la peau du Yack
aujourd’hui monté restât entre les mains des indigènes,
ou au moins éprouvât de sérieuses avaries. Sur le pas¬
sage de la caravane, elle excitait les convoitises des Thi¬
bétains, et c’est à qui userait de ruses pour l’alléger de
quelques poignées de poils. A So, le fidèle Rachmed
trouva un jour le chef de la tribu en train de se livrer a
cette peu délicate opération. Rachmed invite le Thibétain
â être plus discret, celui-ci fait la sourde oreille et se
met en demeure de continuer, quand il est assailli par
une grêle de coups. Aux cris du chéf la population ac¬
court, les sabres sont dégainés et la caravane se trouve
menacée de toutes parts. M. Bonvalot, en celte occur¬
rence, sauva ses compagnons de route du plus grand
péril; plein de sang-froid, il s’avança sur la foule,
revolver au poing, tira quelques coups en l’air et mit en
LE NATURALISTE
135
fuite les mutins. Tout finit pour le mieux, la peau du
Yack fut laissée intacte, mais le chef thibétain en fut
pour la correction un peu violente que lui avait adminis¬
trée Rachmed.
Les Yacks sauvages habitent les hauts plateaux duThi-
bet et passent pour peu abordables. « Ils sont générale¬
ment par petites troupes, dit le prince, établis dans un
herbage qui leur permet de vivre. Lorsqu’on les approche,
ils s’enfuient au galop en agitant en l'air comme un pa¬
nache leur longue queue chevelue. Parfois on en ren¬
contre d’isolés : ce sont alors des taureaux solitaires que
leur âge avancé a fait exclure de tout troupeau et qui s’en
consolent en broutant philosophiquement... Sur les pla¬
teaux, ajoute le narrateur, lés Y'acks étaient pour nous
une providence. C’étaient, en effet, leurs excréments qui
nous servaient d'unique combustible. <■ Les Yacks domes¬
tiques sont très répandus dans toute la région et ser-
ventaux mêmes usages que nos animaux de trait et de
somme; on les charge ordinairement de bàt comme les
iVnes, ainsi qu’on en peut juger par les photographies j
des vacks employés par la caravane.
Sur les mêmes plateaux élevés vit également 1 ’Orongo
ou Antilope à mufle noir (Pantholope Hodgsoni), C’est un
bel animal, aux formes robustes, au pelage serré et lai¬
neux; le spécimen monté de la collection est un mâle de
belle taille; il a le mufle très épais, les cornes longues et
cannelées à la base, les poils d’un gris clair prononcé. Les
femelles sont représentées par plusieurs spécimens en
peau, de tailles très diverses. Un grand mouton sauvage,
l’Om's nahoor.de l’Himalaya. se trouve aussi dans le Thibel;
il est représenté dans la collection par quelques peaux
non montées.
Les Rongeurs paraissent tenir une place importante
dans la faune thibétaine. l'n des plus admirés est l’Écureuil
à ventre rouge (Sciurus erythrogaster) ; il a la taille de
notre Écureuil, mais il s’en distingue par sa gentille livrée
grise sur laquelle se détachent des raies noires agréable¬
ment disposées. Un peu plus loin on voit un écureuil
volant, particulier à la région, et récemment dénommé,
non sans raison, Pteromys alborufm ; ce grand rongeur,
qui mesure de la têteau bout de la queue près de un mè¬
tre, a un effet un pelage remarquablement orné de blanc
et de roux vif ; la tête est blanche, mais la membrane ali-
forme qui s’étend sur les côtés du corps est, comme la
queue, d’un roux vif prononcé. Une Marmotte jusqu’ici
inconnue ( Arctomys robustus) et trois nouvelles espèces
de Lagomys complètent la collection des rongeurs. Les La-
gomys méritent une mention spéciale; ce sont des Ron¬
geurs duplicidèiités, commele Lapin et les Lièvres, mais
à oreilles courtes, à queue nulle et propres au continent
asiatique ; ils sont d’ailleurs loin d’être localisés dans le
Thibet et fournissent même un certain nombre de formes
à la Sibérie. Mais les espèces thibétaines paraissent se
distinguer par leur taille très réduite; le plus grand de
tous est le Lagomys Bonvalo.ti qui n’atteint pas, tant s’en
faut, la taille de notre Rat ordinaire.
La collection des Carnassiers ne présente pas moins de
variété que celle des Rongeurs. A côté d’un Blaireau
d’espèce nouvelle (Aides obscunis), nous voyons le Chat
manul, le Renard thibétain et les peaux d'un Lynx qui
ne diffère probablement pas de l’espèce commune. Le
Chat manul ( Fdis manul) se distingue do l’espèce du Lob-
nor par son pelage uniformément gris et par ses oreilles
très courtes ; le Renard thibétain (Vulpes fer il a lus) a lui
aussi une physionomie particulière: les poils sont courts,
la robe est prçsque. rousse sur le dos, elle est d’un gris
foncé sur les flancs et devient blanche sous le ventre ; la
tète est dépritoée et le mufle grêle. Mais le plus beau de
tous lés carnassiers de la collection est bien certainement
l'ours à collier (Ursus collam), celui probablement que
les Thibétains désignent sous le nom caractéristique
d' Ours-cheval, à cause de sa grande taillé. Le spécimen
monté que nous avons sous les ÿéux n’a -évidemment pas
atteint ses dimensions normales et, à ce point de vue,
tient le milieu entre l’ours syriaque dont j’ai parlé tout
à riieureetl’oui sbrundenos montagnes. Mais comme il est
bien conservé et bien monté ! comme sa longue fourrure est
fine etdoüce ! il n’est pas plus beau certainement quand
il se promène à pas lourds dans les montagnes du Thibet
et de l’Himalaya ! La tête est épaisse, le mufle court et
l’aspect moins bestial que, .dans l’ours syriaque ; les poils
sont noirs et mouchetés de blanc, sauf ceux de la région
postérieure du cou qui forment un collier blanc ouvert
du côté dorsal.
J’aurai terminé l’étude des collections zoologiques
exposées en signalant une énorme défense de Mammouth
rapportée des bords de l’Irtych en Sibérie, quelques pa¬
pillons du groupe des Parnassiens, enfin des coquilles
d’eau douce de l’Yun-nam et notamment les curieuses Pu-
ludines à coquille allongée et à tours disposés en gradins
qui sont caractéristiques de cette région du globe.
Les voyageurs ayant quitté Kouldjale 12 septembre 1889
arrivèrent dans le Tengri-nor vers les premiers jours d’a¬
vril, ils avaient donc traversé la steppe et les hauts pla¬
teaux à une époque où la végétation est complètement
suspendue parles froids de l’hiver. C’est au Tengri-nor
qu’il commencèrent à récolter quelques plantes et ils
continuèrent dorénavant jusqu’à leur arrivée à Ta-tsien-
lou. Entre ces deux points extrêmes, comme je l’ai dit
plus haut, le terrain devient très accidenté, coupé qu’il
est par de nombreuses chaînes parallèles: « En deux
moisj’ai compté, dit le prince, près de 50 cols. Nous en
avons bientôt assez. Nous rencontrons partout les mêmes
paysages ; c’est toujours la même succession dans la
végétation : en bas, les conifères, puis les rhododen¬
drons atteignant de 3 à 4 mètres : plus haut les brous¬
sailles naines, l’herbe rare, faisant place enfin aux ro¬
chers et àlaneige. » Mais à mesure que les voyageurs appro¬
chent deBatanget surtout de Ly tan g, « la saison avance,
les fleurs sont plus nombreuses, les collines deviennent
un vrai parterre, et nous sommes heureux d'y retrouver
nombre de plantes cultivées dans nos jardins ; les Lilas,
les Jasmins, les Pivoines, les Tulipes, les Anémones, les
Cypripedium, etc. » C’est la flore des environs de Ta-
tsien-lou. Elle prend très vite un caractère tropical dès
qu’on a dépassé Lytang, cette partie de la Chine étant
protégée contre les vents froids de l’ouest par les contre¬
forts du massif thibétain.
Dans leur étude prélimnaire sur les plantes recueil¬
lies pendant l’expédition, MM. Bureau et Franchet
donnent une idée générale de la flore dans le massif
montagneux compris entre le Tengri-nor et Lytang.
« Elle est caractérisée, disent-ils, par la forme rabou¬
grie des arbrisseaux et par la stature presque naine des
herbes... C’est bien une végétation de hauts sommets, où
la sécheresse et le régime des vents violents régnent en
maîtres. Les Papavéracées, représentées surtout parles
Meconopsis, s’y montrent trapues, sans que le raccour¬
cissement des tiges soit le moins du monde en relation
avec une diminution de la (leur, toujours très grande;
LE NATURALISTE
lo6
la plupart des Corydallis n’y dépassent pas 4 à 7 centi¬
mètres. Les Crucifères, telles que P air y a ciliaris, offrent
au plus haut degré ce caractère de réduction de la tige,
de sorte que, dans cette espèce, les lleurs assez grandes
d’ailleurs, sont, pour ainsi dire, seules apparentes sur le
sol ; la môme observation s’applique au Silene cæspitosa,
qui n’est guère comparable qu’aux formes les plus ré¬
duites de Silene acaulis de nos hautes montagnes. Les
arbrisseaux se comportent de la même façon; le chèvre¬
feuille du Thibet est absolument nain, comme plusieurs
de ses congénères de l’Himalaya; toute la plante ne
constitue qu’un petit buisson, haut de quelques déci-
mètx-es, à rameaux enchevêtrés. Mais c’est surtout Ghez
les Rhododendrons et les Priinula que vient s’affirmer ce
caractère de nanisme qui, habituel pour toutes les
plantes dans la région polaire, ne se manifeste que
beaucoup plus rarement chez des espèces de même
genre croissant à des altitudes similaires dans l’Himalaya
ou dans l’Yun-narn. Tous les Rhododendrons et les Pri-
mula rencontrés entre Lhassa et Lytang peuvent être
rangés parmi les plus petites espèces du genre auquel
ils appartiennent. » Tous ces caractères apparaissent
très nettement dès qu’on jette un coup d’œil dans la
vitrine où sont exposés les spécimens les plus caracté¬
ristiques de l’herbier.
Entre la flore du Thibet et celle de Ta-tsien-lou, on
peut compter environ deux tiers d’espèces communes;
d’ailleurs, dans les deux' zones, comme dans .l’Hima¬
laya, cinq genres prédominent visiblement parmi les
monopétales ; ce sont les Séneçons, les Rhododendrons , les
Primevères, les Gentianes et les Pédiculaires ; ces genres
sont représentés par des espèces presque toutes autoch¬
tones; c’est le cas, notamment pour les Rhododendrons
dont les espèces locales atteignent au moins le total de
95 0/0. Quelques espèces, toutefois, ont une distribution
géographique beaucoup plus étendue : le Cypripedium
guttatum, par exemple, se retrouve en Sibérie et jus¬
qu’aux environs de Moscou, et nous voyons dans l’herbier
du prince un magnifique spécimen de Laurier de Saint-
Antoine ’( Epilohiwn angustifolium), qui ne le cède en rien
à ceux qu’on peut recueillir chez nous, dans les forêts
des environs de Paris.
Les Bignoniacées vivaces et herbacées, du genre
asiatique Incarvillea, peuvent être considérées comme
atteignant leur distribution maximum dans la région
thibétaine; le nombre de leurs espèces s'est trouvé porté
de trois à huit, à la suite de l’expédition qui nous occupe.
Ce sont des plantes à courte hampe, avec une couronne
de feuilles à la base et une ou plusieurs grandes fleurs
purpurines ou grenat à l’extrémité. Elles rivalisent d’é¬
clat avec le Meconopsis principis dont le court pédicelle
se termine par une corolle violette, et avec le Meconopsis
integri folia, qui diffère du. précédent par sa grande fleur
jaune, large au moins de 10 à 12 centimètres.
Les Orchidées de la collection sont représentées par
quelques espèces de la plus grande beauté ; je signalerai
notamment le Cypripedium luteum qui, par ses fleurs
jaunes, rappelle le Cypripedium des environs de Mexico;
le Cypripedium macranthum, do'nt les tiges se terminent
par deux ou trois grandes fleurs d ’un pourpre brun foncé,
enfin VHàbenaria Suzannæ, belle Orchidée à fleur ver¬
dâtre, qu’on avait autrefois importée à Londres, de l’Hi¬
malaya. Les Liliacées rivalisent d’éclat avec les Orchi¬
dées les plus belles; je vois dans la collection une magni¬
fique Fritillaire IF. lophopliora ) recueillie sur les gazons
secs, entre Batang et Ta-tsien-lou; elle a, comme il con¬
vient, une tige courte, mais cette tige ne porte qu’une
seule fleur jaune à son extrémité. Voici des Lis qui at¬
tirent encore plus l’attention : le Lilium Thompsoni, dont
la grande lige porte de longues grappes de fleurs roses;
I le L. Duchartrei, à pétales bruns et blancs tachetés de
pourpre, puis un peu plus loin une variété remarquable
du L. tenuifolium de Sibérie, caractérisée par ses pétales
ponctués de noir.
Entre la faune du Thibet et celle de l’Himalaya les
espèces communes sont nombreuses et les caractères
généraux très sensiblement les mêmes, quelles que soient
d’ailleurs les différences spécifiques. MM. Franchet et Bu¬
reau, comme nous l’avons vu il y a un instant, arrivent
au même résultat pour les plantes et constatent que deux
tiers des espèces sont communes à l’Himalaya et au Thibet.
Ces deux grandes zones montagneuses asiatiques dont
l'une paraît être la suite de l’autre, présentent par consé¬
quent des analogies importantes dans le faune et dans la
flore : c’est le lieu maintenant d’examiner si ces analogies
se continuent jusque dans la constitution géologique du
sol. D’après les travaux de M. Stoliczka on sait que les
hauts sommets de l’Himalayasont occupés par une bande
sédimentaire dans laquelle sont représentés- les divers
étages depuis le silurien jusqu’au crétacé; plus bas on
rencontre les roches primitives ou éruptives, jusqu’aux
niveaux inférieurs où commencent les sédiments subhi-
malayens. La collection minéralogique rapportée par les
explorateurs, quoique peu étendue, renfermé néanmoins
des éléments qui permettent de supposer au Thibet une
constitution géologique peu différente de celle d’Hi¬
malaya. Les roches primitives sont représentées par un
petit nombre d’échantillons et notamment des micaschistes
grenatifères et par des schistes; par contre les roches
éruptives sont nombreuses, elles appartiennent pour la
plupart au type granitoïde basique ( syénite , diorite, gra¬
nité amphibolifère, eupholide ), mais on trouve cependant
quelques roches granitiques acides, ( granité , granulite) et
même un certain nombre de roches appartenant au type
porphynque ( porphyre quartzifère, porphyrite micacée).
Ces divers éléments correspondent probablement à ceux
qu’on observe entre les hauts sommets himalayens et
les couches sédimentaires subhimalayennes.
Les roches sédimentaires ne sont pas abondantes dans
la collection ; elles se composent de grès, de poudingues
et de calcaires dont très peu sont fossilifères. Parmi ces
LE NATURALISTE
157
derniers nous observons toutefois un calcaire à entro-
ques, un calcaire foncé avec les empreintes d’une petite
huître liasique, enfin un calcaire noirâtre, bitumineux,
probablement dévonien, à coup sùrpàlœozoïque et renfer¬
mant une Rhy nchonelle qui présente des analogies étroites
avec la Rhynchonellasubivilsoni. Ainsi, malgré l’insuffisance
des matériaux, on voit que les terrains sédimentaires
comprennent à la fois des dépôts primaireset secon¬
daires, et, qu’à ce point de vue, ils présentent des analo¬
gies évidentes avec ceux des hauts sommets himalayens.
Voilà ce qui est actuellement exposé dans les galeries
du Muséum d’Histoire naturelle. Mais nos voyageurs ne
se sont pas contentés de recueillir ces collections ma¬
gnifiques, ils ont donné aux missionnaires et à certains
correspondants de la région des indications précises
sur la manière de préparer les animaux et les plantes
et de les faire ensuite parvenir en Europe. Un de ces en¬
vois est arrivé tout récemment et je dois à la complaisance
de M. A. Milne-Edwards, de posséder quelques rensei¬
gnements sur les richesses zbologiqués qu’il rèhfc'nue.
Il y a trois peaux d’un Cerf assez voisin du cerf d’Aris¬
tote, mais plus petit toutefois, plus foncé de poil et à
queue complètement noire; plusieurs magnifiques Anti¬
lopes du groupe des Nemorhedus, c’est-à-dire des Antilopes
chèvres ; un Lyn.v inconnu, à longue queue et un peu moins
grand que le Lynx m fus, enfin un petit Renard à bande
dorsale rousse, voisin du Vulpes fatuellus de l’Inde, mais
plus petit et inconnu jusqu’ici de tous les naturalistes. A
signaler aussi un Singe du groupe des macaques rhésus,
mais à long pelage et probablement de même espèce
que celui rapporté vivant par le prince Henri et actuel¬
lement renfermé dans la grande rotonde des Eléphants
au Muséum.
Cet envoi, qui vient des environs de Ta-lsien-lou, ren¬
ferme aussi de nombreuses plantes sur lesquelles
M. Franchet vient de faire une très intéressante com¬
munication : après avoir constaté les grandes analogies
qui existent, même au point de vue spécifique, entre les
plantes de Ta-tsien-lou el celles de ['Himalaya, M. Fran¬
chet fait observer que la flore himalayenne « s’étendd’une
part dans tout l’Ouest de la province de Yun-nam et
d’autre part qu’elle occupe la partie occidentale et cen¬
trale du Se-tcliuen ; il est même probable, ajoute-t-il,
que ses avant-postes sont beaucoup au Nord-Est, au delà
de Pékin, peut-être sur la montagne. d’Ipéhoachan. » Au
point de vue de la faune et de la llore, en un mot, et
probablement aussi au point de vue géologique, l’Hima-
laya se prolonge à l’est par le Thibet et sans doute
aussi, comme on vient de le voir, par la province chinoise
voisine du Yun-nam et du Se-tchuen (1).
E.-L. Bouvier.
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
COMMUNICATIONS CONTENUES DANS LE lCr FASCICULE, T. XIII
2» Série
M. Ducharlrc, dans une Note sur les ovaires infères et plus
particulièrement sur celui des Pomacées, passe en revue les
diverses théories qu’ont proposées les auteurs pour expliquer la
nature de l’ovaire infère. Parmi ces théories, il adopte « relie
selon laquelle un ovaire infère ne diffère des autres qu’en ce
qu’il est enfermé dans une cupule avec laquelle il est continu
(1) T„us mes remerciements à MM. A. Milnc Edwards, Ous-
ta.lt I , Bureau et Franehet qui m’ont communiqué, avec la plus
grande obligeance, une partie des éléments nécessaires à la ré¬
daction de cette étude.
:e externe, qui peut parfois se prolor
du niveau de 1
: la sommité ovarienne, et qui, dans tous
les eas, produit à son bord supérieur, le calice, la corolle et
fandroeéc ». M. Duchartrc trouve cette lliéorie confirmée par
l’organogénie, l’anatomie et surtout parles faits tératologiques.
Il rappelle qu’il a déjà cité le ras d’une poire dans laquelle le
pistil avait avorté. Il ajoute que l'avortement des organes re¬
producteurs peut aller encore plus loin, ainsi que l’ont cons¬
taté MM. Naudin, Clos, Masters, dans les « fruits sans fleurs »
de M. Carrière, sortes de poires qui ne présentent ni loges, ni
pépins. Un tel avortement est plus rare dans les Pomacées;
toutefois il est réalisé constamment dans un arbre venu en Vir¬
ginie il y a environ vingt ans à la suite d’un semis fait avec des
pépins de pommes normales.
M. G. Camus expose les résultats de ses recherches sur le
le genre Ophrys dans les environs de Paris, qui enrichissent la
Flore parisienne de plusieurs variétés et do plusieurs hybrides.
Citons: Ophrys opifera var. intermedia G. Cam. et. var.
viridiflora G. Cam. Etréchy. Ophrys arachniles var. virido-
flora G. Cam. Champagne (Seine-ct-Oise). Ophrys Albertiana
G. Cam. (O. api/era + O. arachniles ) Champagne (S. et O.).
Ophrys Luizeti G. Cam. [O.' api fera var. viridiflora+Q.pseudo
spéculum) Etréchy. Ophrys Ascherspni de Naut. (O. oranifera
var. a/rata + arachniles ) Champagne. Ophrys pulchra G. Cam.
O. arachniles -)- pseudb spéculum?) Champagne.
La maladie déjà étudiée en Allemagne sous le nom de Pour¬
riture du cœur de la Betterave a été suivie cette année par
M. Ed. Prillieux aux environs de Montdoubleau (Loir-et-Cher).
Cette maladie consiste en ce que les jeunes feuilles du i
la Betterave
u
gnon décrit par Fuckel sous le nom de .
faciens. Vers la fin d’août, M. Prillieux vit apparaître la mala¬
die dans un champ de Betteraves de fort belle apparence
jusqu’alors. C’est sur le pétiole des grandes feuilles que se
montré tout d’abord uue grande tache blanchâtre. Cette tache
est due à une altération des tissus causée par le mycélium d’un
champignon parasite rapporté par l’auteur au genre Phyllo-
sticta. L’altération gagne, par les faisceaux, le cœur de la Bet¬
terave et fait périr les feuilles naissantes. Alors se produit le
noircissement de ces jeunes :
des fructifications attribuée:
mais que M. Prillieux rapporte de préférence
Pleospora lierbarum. En outre, d’après cet autei
serait due non pas à ce dernier parasite, ainsi qu’on le croyait
mais au Phyllosticta dos taches des pétioles qu’il
Ph. tabifica. Lors de l’arrachage, pour 177 Betteraves :
il en trouva 332 atteintes au coeur, mais végétant
32 mortes. Pour remédier à ce mal M. Prillieux
couper les grandes feuilles qui possèdent des tac!
sur leur pétiole dès qu’on les verra s’abaisser vers le sol et ne
point se relever pendant la nuit. Sur des feuilles de Betterave
tuées par la maladie, l’auteur aidé du Dr Delacroix a trouvé
des périthèces d’un Sphœrella nouveau, le Sph. tabifica.
M. IL Devaux à la suite de recherches faites sur les tuber¬
cules, signale l’hypertrophie des lenticelles chez la Pomme de
terre et quelques autres plantes. Si l’on plonge complètement
sous l’eau un tubercule de pomme de terre il ne tarde pas à
être asphyxié ; mais si on ne l’enfonce que partiellement dans
l’eau, il peut continuer à vivre et alors les lenticelles de la por¬
tion submergée prennent un grand développement. Le tissu
particulier qui les constitue dans ce cas est rapproché par l’au¬
teur de YAerenchyme de M. Schenk. Cette hypertrophie des
lenticelles a été observée aussi sur des liges de peuplier et
sur la tigelle du noyer.
En faisant développer dans l’eau des racines du Solium
perenne M. Devaux a fait des remarques intéressantes sur la
croissance des poils radicaux. 11 a constaté que ces organes
présentent un maximum de développement qui correspond pré¬
cisément au minimum de croissance de la racine. Par suite,
ces poils radicaux figurent exactement par leurs longueurs les
ordonnées de la courbe indiquant les retards de croissance de
la racine, sous l’influence de la lumière.
M. G. Camus décrit un hybride nouveau : Orchis Arbosii
u i/,,,',., j il, inconiala provenant do environs i !
(Puy-de-Dôme).
Contribution à l’histoire naturelle de la Truffe. Dans cette
note M. A. Chatin indiquo quatre espèces de Truffes qui sont
parfois associées à la Truffe de Périgord ( Tuber inelanospo -
rum . La Trull'.- .b- Bom-.-o-m-i lismp.-iL'iie, dite Truffe de
Dijon [Tuber uncinalum) dont la chair d'un gris brun n’arrive
lesquelles on trouve
esmium putrefaciens
férence à celles du
naladie
158
LE NATURALISTE
jamais au noir, même par la cuisson, accompagne la Truffe do
Périgord dans le Sud-Ouest, le Centre et l’Est de la Franco et
croit à son exclusion dans l’Est et le Nord-Est. La Truffe
blanche d’hiver {Tu ber hiemalbum) dont l’écorce ou péridium
est caractérisé : 1° par la dépression accentuée de ses verrues ;
2° par sa grande fragilité qui la fait se détacher par plaques
au moindre frottement. La Rougeote ou Truffe fourmi ( Tube r
brumale ) de teinte cuivrée avant sa maturité, assez répandue
aux environs de Verdun, est d’après l'auteur la meilleure Truffe
après celle de Périgord. Enfin la Truffe de Corps regardée par
l’auteur comme une espèce distincte de la. Truffe de Périgord
et désignée par lui sous le nom de Tuber montanum en rai¬
son de sa station montagnarde aux confins de l’Isère.
Étudiant ensuite les Terfas ou Truffes d’Afrique et d'Arabie ,
M. Chatin pense que le Terfas des Arabes est le tubercule que
Pline a désigné sous le nom de Mizy. Mais tandis que ce
Terfas (Terfezia Leonis de Tulasne) est considéré comme repré¬
sentant une seule espèce, M. Chatin estime qu’il y a lieu de
distinguer au moins quatre Terfas : 1? le Terfezia Leonis de
Tulasne, 2° le Terfezia Boudieri, 3° le Terfezia Boudieri var.
arabica , 4* le Tirmania africana. Ces Terfas ont pour végé¬
taux nourriciers d’humbles plantes comme 1 ’Helianthemum
tuberaria et divers Cistus. Ils se recommandent par une sa¬
veur agréable et une odeur douce que l’auteur compare à colle
d’un de nos meilleurs champignons, le Mousseron. Un faux
Terfas récolté aux environs do Blidah par M. Trabut reçoit de
M, Chatin le nom d ’Hymenogaster Trabuti.
Chauveaud.
LA VIE AU SEIN DES MERS
par L. Dollo.
Le livre (1) de M. Dollo renferme une mine de faits in¬
téressants qui ne sont pas encore de connaissance cou-
Eft'et de l’expansion des gaz do l’organisme sur l'écailluro et la
vessie natatoire d’un poisson ( Neoscopelus ) ramené d’une
profondeur de 1,500 mètres.
(1) 1 vol. de plus de 300 pages, avec 47 figures dans le texte,
prix broché 3.50, franco 3.90 (chez J -B. Baillière et fils, édi¬
teurs, et aux bureaux du journal),
rante, bien qu’il ait dù se borner et restreindre la tâche
considérable que lui imposait le titre choisi pour son
ouvrage. 11 lui aurait fallu en effet « traiter non seule¬
ment des animaux, mais encore des végétaux; faire
connaître les différents types qui habitent, les uns les
rivages, d’autres le large à la surface, d’autres enfin les
abîmes de l’Océan. Et cela sans se limiter à l’époque
actuelle, qui ne représente qu’un instantdansl’existence
de notre globe, niais en se transportant tour à tour,
pour autant que le permettrait l’état présent de la
science, aux nombreuses périodes géologiques ».
Les chapitres sur la Faune littorale et la Faune péla¬
gique sont peut-être un peu courts, mais on trouve une
Chatiliodus, poisson abyssal remarquable par ses longues dents
grêles dirigées en arrière.
compensation dans le résumé des recherches person¬
nelles de l’auteur sur le Pachyrhynque, les Carcharodons
du musée de Bruxelles et le Hainosaure.
Les conditions d’existence dans les abysses, la faune
abyssale, ses caractères et son origine sont traités avec
plus d’enthousiasme, car il est certain qu’un naturaliste
ne peut rester froid en face des résultats remarquables
dus pendant ces dernières années aux explorations des
grands fonds. M. Dollo nous montre « que tous les êtres
abyssaux sont analogues aux autres organismes connus
et alliés à nos animaux littoraux : ils en diffèrent pas cer¬
taines modifications que l’on doit considérer comme adap¬
tatives, puisqu’on les retrouve identiques chez beaucoup
d’organismes de groupes différents, marquant ainsi sur
la faune abyssale entière, l’empreinte profonde des con¬
ditions d’existences dans lesquelles elle vit.
Il y a là pour la théorie de la variabilité des espèces,
une éclatante confirmation, car si les espèces étaient
fixes, celles qui auraient été placées dès leur origine
dans les conditions aussi opposées que les abysses et la
zone littorale, présenteraient nécessairement entre elles
des différences de structure absolument extraordi¬
naires, et chacune des faunes abyssale et littorale possé¬
derait des groupes d’animaux à elle spéciaux.
11 en résulte que l’on ne peut caractériser la faune
tbîmes par tel ou tel grand groupe déterminé, mais
bien plutôt par les modifications analogues que les ani¬
maux abyssaux de divisions voisines ou éloignées ont
subies sous l’influence du milieu spécial où elles se sont
trouvées placées. »
Bien que l’on n’ait pas découvert, dans les grandes
profondeurs, des animaux à stucture organique nouvelle,
bizarre, s’écartant tout à fait des types connus, ou de
nouvelles formes de symbiose, de parasitisme, les résul-
LE NATURALISTE
139
tais des explorations sous-marines ont une importance
capitale aux yeux des biologistes, car ils ont donné aux
idées évolutionnistes la confirmation ,1a plus complète
qu’elles aient reçue jusqu’à maintenant. Aussi ne peut-on
Irop essayer de répandre et de vulgariser des idées aussi
fortement appuyées sur des faits scientifiques indiscu¬
tables. Nous ajouterons que cet excellent ouvrage de
vulgarisation est orné de 47 figures : nous en reprodui¬
sons deux ci-dessus .
Ménégaux.
DIAGNOSE D’UN LÉPIDOPTÈRE NOUVEAU
Kur jglottis Davidiaims, n. sp.
O” 88 O 105 millimètres. Cette espèce est
voisine de l’Euryglottis Aper Bdv ; mais elle s’e
sa taille plus petite, en ce que les cinq taches jaune orangé de
l’abdomen sont remplacées par de simples petites touffes de
poils jaunes, à peine- marquées parfois, eolin en ce la
double ligne extrabasilaire des supérieures est presque droite
(avec une ou deux légères inflexions centrales), tandis que' dans
•P Aper cette double ligne a une forme de < prononcée.
Quatre O* et une $ bien pareils. L’un des <? et la Ç
pris ensemble le 19 novembre 1889.
J’ai également reçu de Loja trois Euryglottis' Aper Bdv.
absolument conformes à la ligure qu'en a donnée Herrich-
Schaeffer et en outre deux grands individus O* de. la taille
d’Aper et de ns lesquels les taches jaune orangé de l’abdomen
sont blancKcsi Dans. ces deux individus les supérieures sont à
visibles et l’extrabasilairc disparait
point
peine vi:
Je crois
Je crois pourtant devoir les rapporter a FJ
au Davidianus, d’abord à cause de leur taille,
je remarque que le point cellulaire est le même dans ces deux
individus que dans l’Aper, c’est-à-dire un peu en forme de
croissant, tandis qu’il est plus gros et plus triangulaire dans
Davidianus.
P. Doonin.
NOTE SUR LA CLASSIFICATION DES BASLDIOMTCÈTES
0 Champignons )
(Suite et fin.)
Dans l’ordre des Tremellacées, on ne peut distinguer
qu’un sous-ordre : appelons-le sous-ordre des Tremel-
linées; mais on y rencontre plusieurs groupes méritant
d’être élevés au rang de familles.
Il est une espèce dont la place a souvent varié dans la
classification. C’est le Tremellodoh gelatinomm. C’est une
masse molle, gélatineuse, ressemblant, sous ce rapport,
beaucoup aux Tremelles, mais qui, comme un Hyène,
présente des aiguillons tournés vers le sol, et ce sont ces
aiguillons qui portent les basides.
On a fait de cette espèce tantôt une Hydnée, tantôt
une Tremellinée. Seule, l’étude de la baside pouvait
mettre d’accord les classificateurs. Or, le Tremellodon
présente une vraie baside de Tx’émelle, une baside cloi¬
sonnée longitudinalement. Cette espèce est donc une
véritable Trémellinée; mais la forme particulière des
organes qui portent les basides, la présence de ces ai¬
guillons, exigent que l’on fasse de cette forme unique une
famille spéciale, la famille des Tremcllodonées, qui, dans
le groupe que nous étudions, correspondra exactement
à la famille des Hydnées dans la première sous-classe.
Si l’on ne veut pas créer une famille pour cette espèce,
si l’on veut la réunir dans la même famille que les Seba-
cina et les Tremella que nous verrons plus loin, il n’y a
pas de raison pour considérer comme distinctes les fa¬
milles des Hydnées, des Clavariées et des Théléphorées.
Le genre Sebacina que nous trouvons ensuite, est,
comme aspect extérieur et mode de vie, très différent
du précédent. Il se présente sous forme d’une croûte
mince et coriace sur le sol ou sur les branches d’arbres.
11 rappelle donc, comme genre, les Corticium chez les
Ilyménomycètes, et il peut être pris comme type d’une
seconde famille de Tréijiellinées, la famille de s Seban-
nc es qui correspond à la famille des Théléphorées.
Enfin le genre Tremella sera le type d’une troisième
famille, la famille des Trémellées. La forme irrégulière¬
ment globuleuse ou plissée des fructifications, la con¬
sistance mucilagineusede leur couche périphérique per¬
mettent de considérer ces formes comme assez distinctes
des Sebacina pour qu’on ait le droit d’en constituer une
famille autonome. Cette famille comprend un petit
nombre de genres : Tremella, Exidia, etc.
L’ordre des Auriculariacées présente deux sous-ordres
très distincts.
Dans l’un, les basides et les spores se forment à la pé¬
riphérie de la fructification; elles sont donc complète¬
ment externes. Dans l’autre, elles prennent naissance à
l’intérieur d’une cavité close de toutes parts. Qui ne
reconnaît ici un des caractères essentiels employés dans
la première sous-classe pour établir la division capitale
en HyménomycètesetGastéromycètes? Ici le nombre des
espèces est beaucoup moindre, la distinction des deux
groupes n’est pas moins profonde.
Nous aurons donc le sous-ordre des Aumcularini-.es
dont le type est le genre Auricularia et le sous-ordre des
Ecchyninées qui a pour type le genre Ecchyna.
Maintenant, dans ce premier sous-ordre des Auricula-
rinées on peut distinguer deux familles. La première
sera celle des Auriculariées dont le genre le plus impor¬
tant est le genre Auricularia. Par l’aspect extérieur, le
caractère gélatineux de la couche périphérique de ses
fructifications, cette famille rappelle tout à fait celle des
Trémellées. . ;
La seconde est celle des Hélicobasidiées, représentée
par le seul genre Helicobasidium (fig. 0). La forme et
l’habitat de ce genre rappellent encore les Corticium; il
forme une croûte mince, étalée sur les tiges ouïes feuilles
de diverses plantes herbacées.. Mais sa baside a une
forme bien spéciale. Outre qu’elle possède le caractère
Fig. G. — Basides et spores à’ Helicobasidium, baside, ba, s’en¬
roulant en spirale, puis émettant des stérigmates, st, qui por¬
tent les spores, sp, à leur extrémité (d’après M. Patouil-
lard).
essentiel d’étre grêle, allongée et divisée longitudina¬
lement en quatre cellules, elle présente cette particula¬
rité qu’elle est contournée en spirale, d’où le nom du
genre. Ce fait joint à la différence d’aspect extérieur
nous autorise à considérer ce genre comme devant cons¬
tituer une famille spéciale.
Enfin, le seul genre Ecchyna mérite à lui seul de for¬
mer un sous-ordre correspondant au sous-ordre tout
LE NATURALISTE
160
entier des Gastéromycètes. VEcchyna faginea (flg. 7, E.)
qui pousse sur les troncs d’arbres, en automne, est cons¬
titué par un pied surmonté d’une tête arrondie et anfrac¬
tueuse. C’est à l'intérieür de cette tête que sur chacune
des cellules de la baside (6a) naît une spore sessile (sp). Le
tout à la maturité forme une masse pulvérulente. D’après
cela, c’est à la famille des Lycoperdées que ressemble
Fig. 7. — Comparaison de l’Ecchyna (E) avec le Tulostoma (T).
— a, aspect extérieur de Tulostoma; a’, aspect extérieur
d’Ecchyna. — 6, baside non cloisonnée de Tulostoma portant
latéralement des spores sessiles , d’après M, Schrùtcr).— b1 ba¬
side cloisonnée d'Ecchyna portant latéralement des spores
sessiles (d’après M. Brefeld).
le plus la famille des Ecchynées ; et même en poussant
la comparaison plus loin nous dirons que le genre
Ecchyna ressemble surtout au genre Tulostoma (flg. 7, T).
Chez tous deux, la fructification présente la même
forme : tête sporifère portée sur un pédicelle. Il y a
même plus, car dans les Tulostoma, la baside (6a) est indi¬
vise, il est vrai, mais les spores (sp) ne se forment pas à
l’extrémité de cette baside sur des stérigmates : elles
sont sessiles et se constituent latéralement. Le carac¬
tère du cloisonnement seul sépare donc la baside du
Tulostoma de la baside de VEcchyna.
Le tableau suivant résume les faits que nous avons
essayé de mettre en lumière.
CLASSE DES BASIDIOMYCÈTES
Basidiomycètesl0' H
proprement J
il. Agaricinéos
"r’olyporées
iydnées
Clavariées
(7. Théléphoréos
flialloïdées
Nidulariécs
Lycoperdées
"ypogastrées
b. Gastéromycètes
B . Dacrvmy cétacées j a. D acrymycétinées | g Dacrymycét6os
C. Tulasnellacées. \b.
Auriculariacét-s
\“ AU
b. liccln uinées..
(1. Trcmello.donécs
i l. Auriculariéos
12. Hèlicobasidiées
U. Ecchynées
Nous nous trouvons à établir un plus grand nombre
de familles qu’on n’en fait habituellement, surtout chez
les Basidiomycètes àbasides cloisonnées, que l’on réunit,
en y ajoutant même souvent un certain nombre d’espèces
à basides indivises, en une seule famille, celle des Tré-
mellinéeS. Il nous semble qu’il n’y a pas d’inconvénient
à augmenter le nombre des groupes d’un certain degré
quand ces groupes présentent des caractères suffisam¬
ment distincts. On fait mieux sentir de la sorte les liai¬
sons multiples et les différences variées qui existent
entre les divers êtres que l’on étudie.
Dans la Nouvelle Flore des Champignons, qui vient de
paraître (I), les divers groupes ne sont pas tout à
fait constitués de la même manière que dans le tableau
ci-dessus. Cela vient de ce que, préoccupés de se servir
surtout des caractères extérieurs pour arriver à la déter -
mination des espèces, les auteurs ont dû rapprocher
certaines formes que les études microscopiques éloignent
davantage. C’est ainsi que les Dacrymycétées ont été
places près des Trémellacées dont elles partagent l’as¬
pect- extérieur et la consistance gélatineuse. Le travail
de-la détermination doit être simplifié autant que pos¬
sible, et pour arriver à nommer une espèce il est préfé¬
rable de n’avoir à faire usage que de caractères faciles à
constater. C’est de cette idée que se sont inspirés les
auteurs de la Nouvelle Flore. Plus tard seulement, quand
on a déjà acquis des connaissances assez étendues, l'on
est amené àreconnaître ce qu’ont d’incomplet les notions
fondées sur des caractères purement extérieurs, et à
faire des études plus approfondies. Ces dernières, dans
le cas actuel, amènent à grouper les diverses formes 'de
la grande classe des Basidiomycètes comme nous l’avons
fait dans le présent article.
L. Düfoüh.
SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE
SÉANCE DU 19 JANVIER 1891
M. Depéret annonce, par l’intermédiaire de M. A. Gaudry,
la découverte de diverses pièces du squelette d’un grand Edenté
dans les fentes de la Grive Saint-Alban (Isère). Cet Edenté est
très voisin du Macrotherium do Sansan. M. Depéret a extrait,
de la même fento, une tète presque entière de Chalicotherium.
Cette découverte vient à l’appui de l’opinion de M. Filhol sur
l’identité des genres Chalicotherium et Macrotherium.
M. Vélain signale la découverte faite par M. Rabot de sables
diamantifères dans la l.aponic russe. 11 a reconnu, dans ces
sables, la présence des dix-huit espéoes minérales suivantes dis¬
tribuées par ordre de fréquence : grenat, zircon, amphiboles
bruifo et verte, glaucophanc, disthène, pÿroxène, quartz,
corindon, rutile, magnétite, ilménite, staurotide, andalousite,
tourmaline, sphène, épidote, oligoclase, diamant. Ces éléments
proviennent des granulites et des gneiss granulitiques de la
vallée du Pasvig, rivière qui, dans son cours inférieur, dessine
la limite entre la Norwègc et la Russie.
M. Munier-Chalmas fait une communication relative au Céno¬
manien, au Turonien, au Sénonien et au Danion du Bellunais,
de l’Alpogo, du Frioul et do l’Istrie; il passe en revuo les
faciès qui correspondent à ces étages dans différentes régions.
11 insiste sur la séparation qui existe entre les terrains crétacés
et sur les différents horizons de l’Eocène de la partie est du ver-,
sant sud des Alpes orientales. Il décrit le caractère des diverses
faunes en faisant des remarques sur les modifications à intro¬
duire dans lo genre Orbitoides et sur les espèces nouvelles du
Viccntin qu’il doit décrire.
(1) Nouvelle Flore des Champignons, par MM. Costantin et
Dufour, 1 vol. de poche de 300 pages avec 3842 figures, prix
broché H fr. 50, relié li francs (en vente aux bureaux du Journal).
LE NATURALISTE
161
Af. le Mesle, chargé de mission en Tunisie, écrit à la Société
qu’il vient de découvrir des gisements riches et étendus de
Ptérocérie auprès de Tataouine, dernier poste militaire fran¬
çais vers la frontière tripolitainc. Tout le massif de Tlalet ap-
M. de Grossouvre adresse une note sur le callovien de l’ouest de
la France et sa faune. L’auteur revient sur la discordance qu’il
a signalée dans l’Ouest de la France entre le Callovien et le
Bathonien; contrairement à l'opinion de M. Choff'at, il croit
que la lacune signalée existe aussi bien dans le Jura que dans
le Poitou. Dans le Callovien du Poitou, on trouve un certain
nombre do fossiles du Callovien alpin. Ce fait se reproduit en
Portugal.
Af. de Grossouvre appelle l’attention sur los conclusions slra-
tigraphiques d’un mémoire de M. de Saporta qui a placé la base
de la formation de Fuveau dans le Campanien et non dans le
Danien, les grés à végétaux du Beausset devant être descendus
dans le Sénonien inférieur. Ces conclusions sont conformes à
celles queM. de Grossouvre a formulées précédemment dans son
travail sur la craie de Touraine.
Af. Reusch, par l’intermédiaire de M. Michel Lévy, adresse
SÉANCE DU 2 FÉVRIER
M. Hovelacque décrit un appareil photographique permettant
d’obtenir des agrandissements et des réductions de divers
échantillons d’histoire naturelle et montre des épreuves à la
Société.
M. Stuart-Menteath affirme do nouveau, par l’organe de
M. de Lapparent, l'âge dévonien du calcaire de Latxia, identi¬
que, suivant lui, à la « dalle » de la Pen'a Blanca. 11 rappelle
qu’il a signalé, depuis dix ans, des calcaires coralligènes, pro-
MM. Ch. Janet et Guénot font une communication sur quel¬
ques particularités de structure de diverses espèces d'Echinides.
giqu
pores génitaux multiples se rencontrent
ursins actuels et fossiles. Mais ce sont des faits tératolo-
s; il ne faut pas y voir un retour atavique à un stade
frai, mais simplement une anomalie de développement.
M. Van den Broeck fait une communication au sujet des
recherches du colonel Goulier, sur les oscillations du sol de la
France. M. de Lapparent pense que les résultats fournis par 1rs
différents nivellements sont encore trop discutés pour qu’il soit
possible de s’appuyer sur eux pour admettre des oscillations
certaines à la surface de notre sol.
M. GE/ilert persiste à croire, contrairement à l’opinion de
M. Lebesconte, que le poudingue d’Oigny et le calcaire de
Sillé-lc-Guillaumc sont les équivalents des conglomérats pour¬
prés et des marbres de' Clécy, ainsi que de ceux de la vallée de
la Laize.
M. de Lapparent fait connaître une théorie à laquelle il a été
conduit par l’examen des faits, pour expliquer les formations do
l’argile à silex. Cette formation remonterait à une époque où la
surface de la craie normande était recouverte par une nappe
de formations éocènes. Elle doit être attribuée à des sources
carboniques ou mofettes tendant à se faire jour par
de la craie. Ces.sources ont corrodé la craie en faisai
sivement effondrer l’argile et les sables éocènes dans los cavités
ainsi produites.
M. üouvillé _
ces de Rudistes : le Sauvagesia Sharpei et le BiradioliU
M. Kilian présente à la Société le résumé des résultats aux¬
quels l’ont conduit ses dernières courses géologiques dans les
Alpes. L’auteur rapporte au Trias, au Lias et au Jurassique su¬
périeur le vaste ensemble désigné par Lory sous le nom de
Calcaire du Briançonnais et placé par lui dans le Lias. Il indi-
MM. Œhlertet Liétard pensent que l’âge du calcaire de Goten
(Basses-Pyrénées) ne peut être considéré comme definitivement
fixé, les genres Amplexus et Zaphrentis n’étant pas <
tiques du carbonifère, mais existant déjà an Dévo
auteurs sont portés à croire que le calcaire er. qu
plutôt dévonien.
M. de Lapparent rappelle que dans la dernière séance
M. Stuart Menteath a affirmé l’âge dévonien du calcaire de
Latxia, identique, selon lui, à la dalle de Pena Blanca.
.V. Bergeron rapporte aujourd’hui au Dévonien des calcaires
cristallins de la Montagne-Noire qu'il avait classés dans le
Cambrien. Cette nouvelle opinion a déjà été exprimée parM.de
Rouville. L’auteur ajoute que la dalle des Pyrénées présente les
mêmes variétés que cos calcaires dévoniens de la Montagne-
origines de la chasse ,
L’Élan, l’Ane et le. Lapin
Mortillet offre à
de la pêche et de la
i de ce rongeur V
ires de la t
grotte de -Reilhac Loti. L'auteur a
•ante, des renseignements sur les ca-
M. Sennes pense que
runs et Gère-Belestcn (Basses-Pyrénées)
régulière et représente tout le Dévonien. Il donne le détail de
ces assises et des fossiles qu’on y rencontre.
dépôts quater
donné, dans la séance suivante, (
ractères ostéologiques qui permettent de distinguer sûrement le
Levas cuniculus' du Lepus timidus. D’ailleurs, Schmerling,
Marcel de Serres, Falconer, Prestwich, Pictct, Gcrvais, etc., ont
cité le lapin dans plusieurs gisements quaternaires.
SÉANCE DU 2 MARS 1891.
M. de Lapparent fai
ients de Gourbesvillc (Manche). Cette 1<
une plage de la mer pliocène sur laquelle les vagues éta¬
laient le produit du remaniement d’un ancien falun contem¬
porain de ceux de l’Anjou et de la Rance. Ainsi s’explique la
présence, au milieu du cailloutis, de dèlmsi’Halitherium et do
Dinothérium.
M. Dolffus présente quelques observations à la suite do la
communication de M. de Lapparent. En 1819, il avait recueilli
dans ce même gisement beaucoup de fossiles marins caractéri¬
sant le pliocène inférieur.
M. Met, -lès décrit quelques espèces du Crétacé et du Tertiaire
des provinces de Valence et d’Alicante (Espagne). A propos des
Ammonites décrites dans cotte note, il appelle l’attention sui¬
tes procédés photographiques qu’il a employés pour figurer les
cloisons de Céphalopodes.
Af. Lé veillé adresse de Pondichéry quelques
sur les grès du détroit de Palk, résultant de fc
dages entrepris dans l’ile de Pambcn et près de Calcutta.
Af. P h. Thomas envoie une note intéressante sur les gise¬
ments de phosphate de chaux qu’il a découverts en 1885 et 1S86,
dans les hauts plateaux de la Tunisie. La richesse de c.es gise¬
ments, appartenant au Suessonien intérieur diminue a mesure
que la formation perd son caractère littoral et revêt le tacics
nummulitique, c’est-à-dire en allant du sud vers le nord.
M. Thomas donne des détails sur la richesse et la facilité d’ex¬
ploitation des gisements du Sud-Ouest; los gites du Nord-Est
et du Nord-Ouest paraissent rire moins riches. I..- gisements
crétacés no paraissent pas susceptibles d’une exploitation rému¬
nératrice. . ,
Af. Bigot ne partage pas les idées émises par M. Lebesconte
sur la géologie des environs de Sillé; par contre, il partage les
idées exprimées par M. (Ehlcrtdans Tune des dernières séances.
A/, liiltcr signale la découverte qui vient d’étro faite a
Cardesse, au nord d’Oléron, dans le crétacé, d’une mâchoire par¬
faitement conservée d’un Saurien qu'il rapporte au Mosasaure
de Maastricht. . . ,
M. Aubert adresse à la Société une note sur la géologie de
Af. de Lapparent signale, parmi les nouveaux débris i
du cailloutis pliocène de Goubersville, la présence de mi
de Maslodon angustidens et de Paléothérium magnum. Des
dépôts de l’ùgo des gypses parisiens ont donc existe dans le
golfe de ValogJies. . , „ .
Af. J aime Alme.ro communique à la Société une note de Af. de
Saporta relative au culm des environs de Barcelone.
\l. Welsch adresse une note sur le Miot ène des environs de
T, mci, département d’Orau 'Algérie . Les 1er.., in- tertiaires
des environs du Tiarct, à la limite de l’At .
uts plate
près l’ancien Miocène i
162
LE NATURALISTE
[Langhien et Helvétien ), avec peut-être une partie du Tor Ionien.
A propos de l’intéressant mémoire de M. Collot sur le ter¬
rain crétacé de la basse Provence, M. Kilian présente une pe¬
tite rectification à la carte qui accompagne ce travail.
N...
LE QUETZAL
( Pharomacrus resplendens )
La République du Guatemala par sa position ■ géogra¬
phique entre le Mexique, le Honduras et le Salvador
‘possède un climat très varié; aussi sa richesse en pro¬
plus remarquable de tous est, sans contredit, celui que
les indigènes nomment le Quetzal.
Cet oiseau appartient à la famille des Trogonidês et a
été désigné successivement sous les noms de Pharomacre
mocinno, Calure paradis, Trogon resplendissant.
Le mâle possède une livrée dont l’éclat a été com¬
paré à celui du plumage du paon : sa tête et sa gorge
ont une teinte d’un bronze doré, tandis qu’un vert doré
très l«i liant couvre le cou, la poitrine, le dos, le man¬
teau, les couvertures alaires et caudales. Mais cette
splendide livrée est encore rehaussée par la nature du
plumage qui est velouté et par les barbes décomposées
qui en forment la bordure. Les grandes couvertures de
la queue mesurent environ 0 m. 85; les deux plumes
ductions animales et végétales est-elle extraordinaire.
Sa faune, tout en possédant des animaux communs avec
les contrées voisines du continent américain, a un cachet
particulier, et on y trouve certaines espèces que l’on
chercherait vainement dans les autres parties du Nou¬
veau-Monde. L’ornithologiste peut s’y procure;' une
grande variété d’oiseaux aux brillantes couleurs, mais le
du milieu sont allongées en larges filets frangés sur les
bords; le ventre et les couvertures inférieures sont colo¬
rés d’un rouge carmin vif. Les plumes soyeuses qui re¬
couvrent la tête lui donnent l’apparence d’un cimier
touffu. Si la beauté de cet oiseau le fait rechercher des
ornithologistes, ses dépouilles ne sont pas moins es¬
timées comme parure.
LE NATURALISTE
Le Quetzal habite les montagnes boisées du Guatemala,
ou le trouvé également au Mexique ; mais sa capture est
difficile, car il vit cantonné dans les régions très élevées
et souvent inaccessibles.
On doit à Salvin et à Delattre d’intéressants détails
sur les mœurs de ce magnifique oiseau :
« Le Quetzal, dit Salvin. vit à une altitude moyenne
de 2,000 mètres. Dans cette zone on le rencontre dans
toutes les forêts d’arbres élevés. Il se tient de préfé¬
rence sur les branches du deuxième tiers de l’arbre et
il demeure dans une immobilité presque complète ; c’est
tout au plus s’il tourne lentement la tête d'un Côté à
l’autre, s’il relève et abaisse doucement et alternative¬
ment sa longue queue. Mais a-t-il aperçu un fruit mûr,
il s’envole, demeure quelque temps comme suspendu en
l’air à côté du fruit, cueille une baie et revient à sa pre¬
mière place. 11 exécute ce mouvement avec une grâce
indescriptible. Souvent j’ai entendu des personnes s’é¬
crier avec extase à la vue de Colibris empaillés : « Quel
superbe spectacle doivent offrir ces> petits oiseaux quand
ils volent. » C’est là une erreur : à vingt mètres on ne
distingue plus les couleurs des colibris. Il en est autre¬
ment duQuetzal; sa beauté reste la même, quelle que soit
sa position. Aucun oiseau du Nouveau-Monde ne l’égale,
aucun de l’Ancien ne le surpasse. Telles furent mes im¬
pressions lorsque j’en vis un pour la première fois. »
On croit généralement que le nid du Quetzal a deux
ouvertures, ce qui permetà l’oiseau d’entrer et de sortir
sans endommager les longues plumes de sa queue. Les
indigènes, qui lui font une chasse continuelle ont trouvé
un procédé aussi simple que barbare pour se procurer
ses dépouilles : ils montent avec précaution sur l’arbre
ou repose le nid et lorsque le mâle couve ils arrachent
brusquement les longues plumes qui font saillie à l’ex¬
térieur du nid et que le malheureux Quelzal abandonne
en s’envolant.
La réputation du Quetzal est antérieure à la conquête
du Nouveau-Monde : les Indiens recherchaient déjà ses
dépouilles qu’ils envoyaient en tribut à Montézuma. Les
Espagnols, au moment de la conquête, furent également
frappés de sa beauté et lui donnèrent le nom de Pito
real (Oiseau royal). Cette réputation s’est conservée jus¬
qu’à nos jours et depuis 1879 le Gouvernement du Gua-
mala a fait figurer le Quetzal sur ses timbres-poste
comme représentant un des types les plus remarquables
des productions du Mys ; nous figurons ci-contre un
timbre-poste du Guatemala, dont M. Maury nous a prête*
le cliché.
Albert Ghanokr./
QUESTION IIE NOMENCLATURE BOTANIQUE,
BUDA VEL TISSA
Dans son ouvrage Familles des plantes publié en 1779,
page 507, Adanson instituait les genres Tissa et liuda, — celui-ci
étant placé le second et trois lignes au-dessous du premier, —
pour deux Alsinécs qui devaient rentrer plus tard dans le genre
SpergulariaP ers . = Lepigonum Fries. Presque tous les Aoristes
modernes ont adopté l'un ou l’autre de ces derniers noms et
les citent au moins dans la synonymie, passant entièrement sous
fut repris en 1827 par Du
l’on voit, page 110, Buda : B. et
vait sans doute réunir les deux genres et s
noms déjà existants pour éviter d’on faire
avait-il le choix, et la loi de priorité ne l’obligeait-elle pas à
la préférence à Tissa, nommé avant Buda dans le texte
original? Tel est le sujet du débat qui s’est élevé entre M. Brit-
ton, botaniste des Etats-Unis, partisan de Tissa, et M. Britten,
l’honorable éditeur du Journal of'Batany de Londres, tenant
pour Buda (1). Faisons brièvement connaître les arguments in¬
voqués de part et d’autre dans la discussion.
D’après M. Britton, le principal obstacle à la fixité de la no¬
menclature, désirée partons les naturalistes-, est dans la liberté
laissée à chacun de choisir le nom qui lui convient parmi les
le moyen le plus "efficace pour arriver le plus tôt possible à un
accord parfait sous ce rapport est d’imposer l'obligation de
donner la préférence invariablement au nom le plus ancien, en
un mot d’observer scrupuleusement la loi de priorité. Or Tissa
étant placé avant Buda, et par suite le premier nommé, doit
être adopté comme plus ancien.
M. Britten est aussi partisan que M. Britton de l’application
rigoureuse de la loi do priorité et do la substitution d’un des
vocables créés par Adanson à Spergularia et Lepigonum, mais
il se prononce en faveur de Buda. Il s’appuie sur l’article 55 des
Lois de nomenclature adoptées au congrès botanique de 1867,
article ainsi conçu : « Dans le cas do réunion de deux ou plu-
« sieurs groupes de même nature, le nom le plus ancien sub¬
siste. Si 1rs deux noms sont de même date, l’auteur choisit. »
Or l’ouvrage d’Adapsoti où sont institués Tissa et Buda es t
de 1773, date unique et commune à toutes ses parties, publiées
en mémo temps. Dumortier était donc libre de préférer Buda
à Tissa, et le choix qu'il a fait en 1827 doit être maintenu au¬
jourd’hui en vertu de la loi de priorité. M. Britten fait mali-
propos, que l’application des prin
conduirait, dans des cas analogues
cipcs admis par M. Brit
à des résultats, imprévus. Par exemple, le genre Amygdalus est
au n° 319 dansie Généra de Linné et le genre Prunus au n°320.
Or Bentham et Hookcr, ainsi que d’autres botanistes, réu¬
nissent le premier do ces genres au second; ils auraient dû
procéder en sens contraire d’après les Brittonian principles et
remplacer Prunus Padus, P. virginiana par Amygdalus Padus
A. virginiana, etc., changement qu’il y aurait peu d’espoir de
faire adopter.
A cet argument qui l’a piqué au vif, M. Britt
il est vrai un peu à côté de la question, qu’il n’était]
qui croiraient se distinguer en appelant « une plume une pêche et
une pèche une plume » et qu’à scs yeux Amygdalus et Prunus
sont deux genres distincts.
Comme le montre le petit incident que nous venons do rap¬
porter, la loi do priorité, préconisée comme devant aplanir
toutes les difficultés de la nomenclature, n’a pas toujours cette
vertu. Son utilité est incontestable lorsqu’on pourrait hésiter
entre divers synonymes so partageant à peu prés également
les suffrages des auteurs. Ainsi un Alyssum nouveau pour la
flore française, découvert dans le département du Lot, a clé
appelé petrœum per Arduini (1761), gemonense par Linné ,1767),
edentulump&v Waldstcin et Kitaibel en 1809; ce dernier nom,
adopté dans le Flora Orienlalis de Boissicr, avait le mérite do
rappeler un caractère spécifique important, et gemonense indi¬
quait la localité classique de l’espèce ; cependant nous préfé¬
râmes à l’un et l’autre pelrœum comme plus ancien (2) .
Pour en revenir à Buda et Tissa, nous croyons qu’il ne sera
pas facile, malgré les efforts de MM. Britton et Britten, de faire
revivre l’un ou l’autre de ces deux noms également tombés en
désuétude. Nous ne voyons pas d’ailleurs où est l’avantSgc à
n’admettre à cet égard aucune prescription et à exhumer de la
poussière du passé de vieux vocables entièrement oubliés, au
détriment de ceux qu'on trouve dans toutes les Flores, que tous
les botanistes connaissent et qu’un emploi séculaire a consa¬
crés. En matière d’usage et de
litre » —Beatipossidentes, — et à
Tissa? l’avenir répondra peut-être : Son Buda nec Tissa :
Ernest Malinvaud.
i l) On trouvera les articles do MM. Britton et Britten relatifs
au débat ci-dessus dans le Bolanical Gazette et le Journal of
Botany de 1890.
(2) Voyez Le Naturaliste du 15 octobre 1S89.
LE NATURALISTE
164
COÎÏSERYATION DES AÏIMADX MARIAS
(Suite.)
Hydromodus:»*. — Quelques Campanidandæ comme
Aglaophenia, Plumularia, Sei tularia seront mises directement
dans l’alcool. Tous les Hydvoïdes se tuent avec lo sublimé con-
10 H
Fig. 10. Hydromcdusæ, Campanularia. — Fig. 11. Hydromc-
dusæ, Sertularia.
Fig. 13. — Méduse de Podocoryne.
contré chaud, puis transportés dans l’eau douce, pure pour être
lavés, et ensuite dans l’alcool faible. Pour les colonies de Tubu-
laria et do Pennaria, on peut tuer avec le mélange do sublimé
et d’acide chromique ; au bout de quelques minutes, on passe à
l’alcool. — Méduses de Tubularidæ ; Les petites formes d ’Eleu-
theria, Cladonema, Podocoryne , etc., sont tuées par lo mélange
de sublimé et d’acide acétique en grande quantité. Lizzia Kœl-
lilceri et Oceania pileata sont fixées par l’acide acétique con¬
centré, et, aussitôt après, immergées dans un mélange d’alcool
et d’acide chromique; on met ensuite dans l’alcool à. 33°, qu’on
porte peu à pou à 70°. — Méduses de Campanularidæ : Eucope,
Gastroblasta et Obelia se fixent par le mélange de sulfate de
cuivre et de sublimé (sulfate de cuivre à 10 % : 100"; sublimé
en solution saturée : 100'c) ; on lave ensuite à l’eau douce. Mi-
trocoma et QEquorea sont tuées par l’acide acétique et immé¬
diatement après transportés dans le mélange chromo-osmique
14
15
Fig. 14. Hydromedusæ, Branche d ’Obelia. — Fig. [15, Méduse
d ’Obelia.
(acide chromique il 1 %, 100"; acide osmique à 1 % 2«) pen¬
dant 15 ii 30 minutes. Tima flavilabris est tuée par l’acide
chromique à 5 % ; au bout do 5 minutes on le place dans le
mélange chromo-osmique, on lave et on transporte progressi¬
vement dans l’alcool .Olindias Müllerii se fixe à l’acide acétique,
puis ensuite à l’acide chromique à 1 %. — Les Trachymedusæ
se fixent avec le mélange chromo-osmique pendant 5 à 20 minu¬
tes, puis on lave à l’eau douce et on passe graduellement dans
l’alcool.
16 18
Fig. 16. Acalcphæ, Charybdea. — Fig. 17. Acalophæ, Epliyra. —
Fig. 18. Acalephæ, Rhizostoma.
LE NATURALISTE
163
Acalcphæ. — Les Charybdea sont Usés par le mélange
chromo-acétique et traités ensuite par l’acide chromique à
1/2 0 0 ; on transporte ensuite dans l’alcool. Les Nausethoe,
Ephyra de Pelagia , Rhizqstoma, sont tuées en ajoutant à l'eau
de mer 3 0/0 d’une solution d’acide osmique à 1 0 0, on lave à
l’eau douce et on met dans l’alcool à 33° et progressivement
à 10°. Pelagia noctiluca est laissée pendant une heure dans le
liquide chromo-osmique, puis on lave à l’eau douce et on passe
progressivement dans l’alcool à 70°. Cotylorhiza tuberculata
est fixée à l’acide osmique comme pour les Rhizostomes, puis
on substitue du bichromate de potasse à 3 0/0 qui est renouvelé
au bout de deux jours; l’animal reste dans ce liquide pendant
une semaine, puis l’alcool à 35 0/0 est substitué au bichromate.
Les larves d’acaléphes se tuent par le sublimé chaud.
Siphonophora .’ — Athorhyliiu ivsacni a rtc tuée avec un
mélange de sulfate de enivre et de sublimé. Les genres l'/iyso-
phora, Agalma, Halistemma , Forskalia sont tués avec un mé¬
lange de sulfate de cuivre et de sublimé, puis transportés dans
l’alcool à 33° et à 70°, ou transportés [Forskalia) dans le liquide
de Flcmming(ac. chromique à 1 û 0 : 25ce ; ac. osmique à 1 0/0 :
Fig. ifl. — Siphonophora, Physophora.
tOcc ; ac. acétiquo glacial : 5cc ; eau distillée : (i()cc), lavé et
porté progressivement dans l’alcool à 70°. Hhizophysa esttuécau
sublimé chaud. P hy sali a Caravelle, est tuée parle mélange de su¬
blimé et d’acide acétique, et portée ensuite dans l’acide chromique
à 1 /2 0/0 puis dans l’alcool à 50° et 70°. Les H ippgpodius, Galeo-
laria, Abyla sont tués par le mélange de sulfate de cuivre et do
sublimé et transportés dans l’alcool faible. Les Praya se fixent
de même, mais sont durcis par le mélange de bichromate de
potasse et d’acide osmique où ils doivent rester un ou deux
jours. Diphies : sublimé chaud pour tuer. Velella se tue par le
Fig. 20. Siphonophora, Velella. — Fig. 21. Ctenophora, Cydippe.
mélange cliroino-picrique et portée dans l’alcool faible.
I - Ctenophora sont tué - ; ■ ■ :■ 1 ■ ■ 1 1 f- 1 . > : > ■ ■ b-, mo — mique,
où on laisse de 15 à (il) inimités : mi passe ensuite graduellement
dans l’alcool à 70°.
(.1 suivre .) P. G.
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G . Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — ÎMPR. V. L
CASSETTE, 17.
13» ANNÉE
2e SÉRIE — IV lOSÎ
1I> JUIDüLET 1891
L’ESTIV ATIOiN
Dans une série d’articles précédemment parus dans le
Naturaliste (1), j’ai étudié l’action exercée par le froid
sur divers animaux qui, pendant la saison hivernale,
s’enfouissent dans des abris variés, s’engourdissent et
vivent sur leurs réserves, en attendant le retour d’une
température moins rigoureuse : c’est ce qu’on appelle
l’hibernation.
L’estivation, nom d’ailleurs assez mal choisi comme
nous le verrons tout à l’heure, est le phénomène exacte¬
ment inverse; il est d’ailleurs beaucoup plus rare que
le premier et ne se présente guère, pour les Vertébrés,
que chez quelques habitants terrestres des régions tro¬
picales. Dans ces régions, le froid n’est pas à craindre :
la seule saison pendant laquelle l’alimentation des ani-
habitent les mares ou les ruisseaux desséchés pendant
l’été.
Le Tanrec ( Centetes selosus) est un Insectivore très
voisin des Hérissons et particulier à l'ile de Madagascar;
il se distingue des précédents surtout par le petit
nombre des piquants, moins longs et plus mous, mêlés
à beaucoup de poils soyeux; aucune des espèces con¬
nues ne peut se rouler en boule. Le Tanrec habite en
général le bord de l’eau, qu’il parait affectionner beau¬
coup, soit sur le rivage de la mer, soit au voisinage des
rivières et des marais; pendant la saison des pluies,
vers le mois de décembre, il mène une vie active : il
reste caché pendant la journée, mais la nuit il sort à la
recherche de sa proie et dévore avidement des Insectes,
vers, escargots et lézards; c’est pendant celte saison, de
décembre à juin, qu’il accumule les matières de réserve,
la graisse notamment, qui lui seront nécessaires pour
I.c TANREC de Madagascar [Centetes selosus).
maux est rendue difficile, c’est la saison sèche ; en effet,
les cours d’eau sont alors taris presque tous, la flore
disparaît en grande partie; aussi, pendant cette période,
quelques espèces s’enfouissent en terre et s'engour¬
dissent, absolument comme les Marmottes et les Ecu¬
reuils pendant l’hiver de nos régions : c’est ce qu’on
appelle l’estivation: ce phénomène, d’ailleurs assez rare,
est surtout bien marqué chez un Mammifère du groupe
des Insectivores, le Tanrec, et chez les Vertébrés infé¬
rieurs du groupe des Dipnoides. Ce mot d’estivation,
qu’on oppose trop directement à l’hibernation, me
parait assez mal choisi, car ce n’est pas, en réalité, l'élé¬
vation de température qui est en cause, mais bien la
sécheresse concomitante; cela est si vrai, que, dans nos
régions tempérées, les phénomènes d'estivation sont
bien marqués chez les Invertébrés d’eau douce qui
(1) Voir le Naturaliste, nos du 1er cl du Ci janvier, du 1er et
du 15 février, et du 15 avril 1891.
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
sa période d’estivation. Quand la sécheresse va com¬
mencer, le Tanrec se creuse un terrier peu profond et y
dort pendant près de six mois, de juin à novembre ; ce
sommeil estival est absolument comparable, au point de
vue physiologique, au sommeil hibernal de la Mar¬
motte.
Il n’j a guère que le Tanrec parmi les Mammifères qui
présente une sensibilité aussi grande à la sécheresse et
à la chaleur; en général, il est vrai, les animaux des
régions tropicales, les Lions notamment, ne sortent
guère dans le jour et attendent plus volontiers le cré¬
puscule ou la nuit; cependant il en est d’autres, comme
la Gerboise d’Égypte (Haltomys Æi/ypliacus ), qui ne pa¬
raissent aucunement craindre les rayons du soleil
d’Afrique et se montrent en plein midi, alors que le sdl
est pour ainsi dire chauffé à blanc.
Le groupe des Dipnoides, intermédiaire entre les Ba¬
traciens et les Poissons, ne comprend actuellement que
trois espèces vivantes : le Lepidosirai paradoxa, dans les
LE NATURALISTE
1G8
(1) Voir notamment Wiedersheim, Zur Biologie von Prolop-
terus, Anatomischer Ânzeiger, 1887, p. 707 ; travail analyse par
.1 u 1 i n dans Bull. Scient • France et Belgique, 1888. — Le Natu¬
raliste, n° 39 du 15 octobre 1888.
Fig. 3. — Lo Protoptère ( Proïoplerus annectcns).
affluents de l’Amazone; le Protopterus annectens, de la
Gambie et du Sénégal (Nil-Blanc, Niger); elle Ceratodus
Forsteri, de l’Australie (rivières Mary et Burnett du
Queensland). On sait que ces animaux, dont la structure
anatomique se rapproche beaucoup de celle des Pois-
Fig. d. — La GERBOISE d'Égypte ( Ilaltomys Ægyptiacus).
sons, présentent un appareil branchial bien développé,
leur permettant de respirer dans l’eau, et un appa¬
reil pulmonaire (transformation de la vessie natatoire),
qui les rend capables d’absorber l’oxygène de l’air : cette
conformation, analogue à celle des Axolotl, est en rap¬
port avec leurs conditions d’existence; pendant la saison
pluvieuse, ils vivent à la façon des Poissons et respirent
dans l’eau au moyen de leur appareil branchial ; pen¬
dant la saison sèche, lorsque les marais sont desséchés,
ils se retirent dans la vase à une plus ou moins grande
profondeur, entourés d’une sorte de cocon muqueux
résistant : l’appareil pulmonaire entre alors en fonction.
Le Protopterus annectens a été étudié avec quelque soin
durant sa période d’estivation (1) ; ce sont surtout ces
observations que je vais résumer.
Pendant toute la saison sèche, qui dure environ neuf
{nois de l’année, le Protoptère est enfoncé dans la vase
desséchée, à environ cinquante centimètres de profon¬
deur; il est entouré d’une sorte de Jcocon qui l’enferme
hermétiquement (Grayfet Bartlett, Kraus, |Wiedersheim,
N. Parker). La motte de terre où il se trouve est tra-
verséeg par un canal en [trou de souris, à paroij lisse
revêtue jf’d’une couche de substance mucilagineuse
durcie; ce canal aboutit à une
région du cocon, plus mince que
le reste et facilement perméable,
qui correspond à la tète de l’ani¬
mal. Bien que la respiration doive
être extrêmement ralentie durant
cette période, oh voit que cette
disposition assure le renouvelle¬
ment de l’air à l’intérieur du co¬
con.
Quand on enlève avec soin, à
sec, les fragments de vase durcie,
on met alors à nu le cocon mu¬
queux, de forme ovoïde et de cou¬
leur brun-marron, à l’intérieur
duquel le Protoptère est replié
sur lui-même, comme le montre
notre figure 4. Si on détache en¬
suite le cocon, l’animal apparaît;
toute la surface du corps est re¬
vêtue d’une couche très mince de
vernis, formé par du mucus coa¬
gulé. Le cocon est destiné très
probablement à protéger l’animal
contre l’action mécanique de la
vase qui se contracte en séchant,
et le vernis à empêcher la dessic¬
cation elle-même.
Le Protoptère estployéendeux:
la queue, très élargie et d’une
coloration rouge très intense, re¬
couvre toute la partie antérieure
du corps, à l’exception des na¬
rines et de la bouche ; les mem¬
bres sont appliqués contre le
tronc et plus ou moins abrités
sous cette large queue, qui forme
comme une sorte de voile mem-
| braneux, soudé par la couche de vernis à la tête et au
tronc de l’animal.
LE NATURALISTE
10!)
Le Protoptère en léthargie présente un certain nombre
■de particularités intéressantes; pendant cette période,
il n’a pas moins de deux appareils respiratoires : d’abord
la vessie natatoire transformée en poumon et ensuite
sa large queue membraneuse, parcourue par un réseau
extrêmement serré de capillaires sanguins; l’air qui
it de la nageoire caudale.
pénètre par le trou de souris et la paroi amincie du
cocon dans l’intérieur de ce dernier se trouve en partie
absorbé par le poumon, en partie par le voile caudal si
riche en capillaires sanguins.
D'après Parker, les muscles latéraux de la queue
s’atrophient, au point que les fibres musculaires sont
réduites au périmysium ; la substance contractile dégé¬
nère et est absorbée par les amibocytes de l’animal (glo¬
bules blancs jouant le rôle de phagocytes), probable- I
ment à titre de matières nutritives.
Il est facile, d’après ces renseignements, de s’ima¬
giner la succession des phénomènes qui doivent se
passer lors de la dessiccation des cours d’eau où vit le
Protoptère; il s’enfonce dans la vase, en enduisant la
paroi du canal qu’il y creuse en passant d’une couche
de mucus, qui empêche ce canal de se fermer plus tard
(c’est le canal en trou de souris dont nous avons parlé
plus haut). Il se blottit dans la vase et enduit sa retraite
d’une couche de mucus (qui constitue le cocon); enfin, il
se replie sur lui-même et une mince couche de ce même
mucus colle comme un vernis la queue de l’animal sur
la partie antérieure du corps; c’est à ce moment que la
queue et le poumon commencent à fonctionner comme
organes de respiration aérienne.
Lorsque la saison pluvieuse revient, les marais se |
remplissent d'eau, et le Protoptère reprend alors très
rapidement sa vie active. La vase se ramollit; le cocon
et le vernis qui enveloppent l’animal se dissolvent dans
l’eau, ce qui dure environ une heure ; la queue se dé¬
colle du tronc et le Protoptère se met alors à nager. Peu
de temps après, au mois d'aoùt, il s’accouple et pond
des œufs en chapelet au fond de l’eau, comme la plupart
de nos Amphibiens.
On voit que le Protoptère et les autres Dipnoïdes, pour
assurer la conservation de l’espèce, s’astreignent à
passer dans le sommeil estival les trois quarts de leur
vie (neuf mois sur douze), ne menant une vie libre et
active que pendant un quart à peine; c’est bien proba¬
blement à cette particularité biologique qu’est due la
persistance extraordinaire de ces espèces, assez mal
armées dans la lutte pour l’existence; en effet, on a
trouvé dans le dévonien d’Amérique et. le trias des dents
de Ceratodus absolument identiques aux dents des Cera-
todus actuels; ces Dipnoïdes paraissent s’être conservés
sans aucune modification depuis ces époques géolo¬
giques si reculées jusqu’à nos jours; c’est un exemple
analogue à celui fourni par la Lingule, dont les espèces
cambriennes se distinguent à peine des formes ré¬
centes.
L. Cukxot.
LES MÉTHODES DE LA MINÉRALOGIE SYNTHETIQUE
En comparant dans leurs traiLs généraux et dans leurs
détails les synthèses minéralogiques jusqu’ici réalisées,
on reconnaît que le nombre des espèces reproduites arti¬
ficiellement est extrêmement considérable et que les re¬
productions concernent les catégories les plus diverses de
minéraux. S’il y a encore, et en grandnombre, des lacu¬
nes dàhsia longue série de nôs conquêtes, il faut noter
en compensation le fait très fréquent de succès multiples
à l’égard d’une même espèce. Parmi ceux-ci beaucoup
procurent le résultat recherché, dans des conditions que
la nature ne semble pas avoir réalisées et si la géogé¬
nie n’y trouve pas de profit direct, nous savons que la
minéralogie en retire des bénéfices considérables en
même temps que la chimie.
Malgré leur extrême diversité, les méthodes de syn¬
thèse obéissent à des lois qui peuvent facilement ressor¬
tir de la classification qu’il convient d’établir parmi elles.
Aussi parait-il intéressant de donner à cette classifica¬
tion une forme très concise de nature à faciliter les
comparaisons et qui fasse même espérer de mettre le
doigt sur des directions de recherches qui n'auraient pas
suffisamment fixé l’attention.
Pour approcher du but dont il s’agit nous pouvons
représenter le corps minéral dont on cherche à réaliser
la synthèse par un signe conventionnel qui ayant le
faciès algébrique sera commode pour le raisonnement. En
somme, c’est bien RÉ ou l’inconnue du problème.
Toutefois ce n’est pas para; que nous le figurerons. 11
peut, suivant les cas, être simple ou composé et nous
exprimerons cette condition par un signe à la fois unique
et dédoublable, par exemple par la lettre composée .E,
dans laquelle les deux éléments constituants pourront à
volonté être supposés identiques entre eux ou différents.
Ceci posé, voyons les conditions principales dans les¬
quelles JE peut être obtenu.
1° L’espèce minérale étant aussi bien définie par sa
forme cristalline que par sa composition chimique, on
pourra avoir simplement à transformer le corps Æ amor¬
phe en subslance cristallisée. Les méthodes propres à
fournir ce résultat méritent d’être désignées sous le nom
de simple cristallisation. Parfois un minéralisateur inter¬
viendra efficacement, mais il ne subsistera pas dans le
produit obtenu.
i° Dans bien des circonstances, le corps à produire est
engagé dans unecombinaison plus ou moins complexe Æü
qui pourra être défaite en ces éléments. Aussi, sous 1 ac¬
tion de la chaleur seule, la pyrite de fer FeS- (ou Fe7S11)
deviendra de la pyrrhotene Fe7S8 avec élimination de
0 équivalents de soufre. De même, sous l’influence du
courant électrique, l’or quittera le chlore du chlorure
d’or et apparaîtra avec tous ses caractères minéralo¬
giques.
LE NATURALISTE
170
Nous pouvons symboliser ce groupe de réactions par
cette équation :
ÆB = Æ + B
Æ pouvant être simple (or) ou composé (pyrrhotine)
et B représentant le chlore ou l’excès de soufre éliminés,
c’est la méthode qu’on peut appeler de simple décompo¬
sition.
3° Pour les minéraux composés, ils peuvent résulter,
par une circonstance inverse de la précédente, de la com¬
binaison pure et simple de leurs éléments. Ainsi nous
faisons fondre de la silice (A) avec de la magnésie (E)
et nous obtenons immédiatement le péridot ou le
pyroxène (Æ) : •
A + E = Æ.
C’est le type des méthodes de conjugaison.
Remarquons que les cas 2° et 3° ont ceci de commun
qu’ils sont relatifs à des réactions binaires et à ce titre ils
font ensemble un seul et même tout. C’est un point utile
à noter pour bien comprendre la caractéristique essen¬
tielle du groupe auquel nous arrivons.
4° On peut donner à celui-ci le nom de méthode de pré¬
cipitation ; il comprend toutes les réactions ternaires et
concerne, seins qu’il soit utile de les séparer strictement,
deux cas qui correspondent (avec une circonstance nou¬
velle) aux 2° et 3° indiqués tout à l’heure.
Tantôt il s’agira à l’aide d’un réactif C d’extraire Æ (sim¬
ple ou composé)d’une combinaison ÆB où il est engagé;
tantôt de le former par l’union de A et de E dont l’un
des deux sera préalablement combiné avec un autre
corps B.
Dans un cas nous aurons les trois corps Æ, B et C à
considérer; dans l’autre cas les trois corps A,E et B. Des
exemples ici sont utiles :
a. Faisons dissoudre du gypse (CaO, S03,2H0) dans l’a¬
cide sulfurique chaud (SO/j H) : il se déposera par le re¬
froidissement de l’anhydrite (Ca0,S03) et le liquide
sera constitué par de l’acide sulfurique hydraté (SO’'H,
2HO). Æ représentant l’anhydrite, B l’eau et C l’acide
sulfurique, nous avons ;
ÆB + C = Æ + BC
"gypse acide anhydrito hydrate d'acide
Chauffons de l’oxyde de plomb 2(PbO) dans une bras-
que de charbon (G), nous aurons du plomb Pb et il se dé¬
gagera de l’acide carbonique (CO(I) 2) :
ÆB + C = Æ + BC
C’est, comme on voit, la reproduction, sauf la compli¬
cation introduite par l’état de combinaison antérieure
de Æ, du cas décrit plus haut sous le n° 2.
6. Inversement faisons fondre du silicate de soude (AB)
et projetons dans le liquide de la chaux caustique (E)
nous produirons la wollastonite ou silicate de chaux (Æ)
avec élimination de soude (B) :
AB 4- E = Æ + B
C’est, sauf la complication ternaire, la reproduction de
3° précédemment décrit.
5° Il est enfin une autre condition fréquemment réa¬
lisée : c’est celle où les éléments du corps désiré se trou¬
vent distribués entre deux composés différents capables
de réagir l’un sur l’autre. Le sulfate de soude, par exem¬
ple, et le nitrate de baryte contiennent chacun undes élé¬
ments du sulfate de baryte. Leur mélange développe entre
quatre termes, deux acides et deux bases, une double dé¬
composition :
AB 4- EC = Æ + BC
Les cinq cas qui viennent d’être passés en revue :
Simple cristallisation,
Simple décomposition,
Conjugaison,
Précipitation,
Double décomposition,
se présentent indifféremment dans les trois domaines
parallèles de la voie sèche, de la voix mixte et de la voie
humide et caractérisent un nombre considérable de mé¬
thodes distinctes.
Stanislas Meunier (1).
LA GHAYOTE
(Sechium edule Swartz)
Cette Cucurbitacée, que l’on trouve cultivée dans la
plupart des pays chauds, est originaire du Mexique. Elle
porte les noms de Chayote, Christophine et Chouchoute,
dans les colonies françaises; de Chuchu, au Brésil; de
Vegetable pear, dans les colonies anglaises ; enfin de
Pipinella et Chayota dans les colonies espagnoles.
La racine en est vivace, grosse, charnue; les tiges,
ligneuses à la base, sont grimpantes et peuvent atteindre
jusqu’à 12 mètres de longueur; elles portent des feuilles
alternes, à cinq lobes. Les fleurs sont petites et de cou¬
leur verdâtre ; les mâles réunis en grappes axillaires, les
femelles solitaires ou géminées aux aisselles des feuilles
sur les rameaux de l’année. Le fruit est une grosse baie,
parcourue de sillons longitudinaux, mammelonnée, ru¬
gueuse, en forme de poire, de 10 à 15 centimètres de
longueur, ne renfermant qu’une seule graine à gros em¬
bryon charnu, dépourvue d’albumen.
11 en existe deux variétés, l’une à fruit d’un vert pâle,
l’autre à fruit plus gros, de couleur blanc crème.
Ce fruit constitue la partie recherchée dans la plante ;
c’est un légume sain, très agréable, de saveur peu pro¬
noncée. Dans les Antilles on le soumet à diverses prépa¬
rations culinaires. Macfacdyen et Lunan disent qu’on en
fait d’excellentes tartes en l’additionnant de jus de ci¬
tron et de sucre. Ces auteurs ajoutent que la racine
bouillie ou rôtie est saine et très agréable au goût. A la
Réunion et à Maurice, on fait avec le fruit des conserves
préparées au naturel.
A Madère, la Chayote est un légume favori très estimé.
Selon Lowe, la variété à gros fruit, de couleur blanche,
quoique ayant meilleure apparence, serait considérée
comme étant de moins bonne qualité que la variété
verte.
Cultivée à bonne exposition abritée, dans le Midi de
la France, la plante prend un grand développement et
fructifie assez abondamment; aussi se répand-t-elle
chaque jour davantage dans la région méditerranéenne.
Depuis plusieurs années, on s’attache à répandre l’u¬
sage de ce légume, et, tous les hivers, nous le voyons
figurer à Paris dans les boutiques de quelques mar¬
chands de produits alimentaires exotiques.
(I) Ce sujet reçoit tous les développements qu’il comporte
dans un volume que vont mettre en vento MM. Baudry cl Cie,
sous ce Litre : Les Méthodes de synthèse en minéralogie, Cours
professé au Muséum, par M. Stanislas Meunier.
LE NATURALISTE
171
Ce serait certainement une excellente
ressource pour nos tables pendant la mau¬
vaise saison et l’on ne saurait vraiment
trop encourager sa propagation. Mais,
pour que ce fruit entre dans la consom¬
mation d’une manière courante, il fau¬
drait que des cultivateurs intelligents en
entreprissent la culture, sur une large
échelle, en Algérie. La plante est déjà cul¬
tivée depuis longtemps dans notre colonie
africaine; mais, jusqu’à ce jour, elle n’est
pour ainsi dire pas sortie des jardins
d’amateurs. Dans cette région, la produc¬
tion est considérable : on cite des pieds
sur lesquels on a récolté jusqu’à 200 fruits.
La Chayotese conservebien et supporte
parfaitement les longs voyages ; convena¬
blement emballée dans de la paille, elle
pourrait nous arriver à Paris pendant une
bonne partie de l’hiver, en exceptant na¬
turellement les périodes de grands froids.
Ce serait un excellent objet de commerce
qui trouverait de faciles débouchés.
Préparé comme le Cardon, ce fruit con¬
stitue un excellent mets ; d’après M. Hé-
diard, on peut encore le manger garni de
farce, au gratin, à la sauce blanche, au
jus de viande, enfin en salade.
Vendue à un prix abordable, la Chayote
ne tarderait pas à prendre une place im¬
portante parmi nos trop rares légumes
d’hiver.
Pour multiplier la plante, on choisit
des fruits bien mûrs que l’on conserve
entiers exposés à l’air et sur des planches,
mais à l’abri de l’humidité et de la gelée
pendant la durée de l’hiver. Presque tou¬
jours, ces fruits s’entr’ouvrent et com¬
mencent à germer malgré les conditions
défavorables dans lesquelles ils se trou¬
vent pour cela ; il ne faut pas s’en inquié¬
ter et attendre la fin des grands froids
pour les planter tels quels en évitant de
briser les jeunes pousses.
On peut faire grimper les tiges sur des
LA CHAYOTE (Sechium edxde ).
A, rameau. B, fleur femelle. C, fleur mâle. D, Fruit.
treillages, sur des murs ou sur des ton¬
nelles, mais on peut aussi les laisser s’étendre sur le
sol comme celles des Courges et des Potirons.
de faire paître leurs troupeaux. Ils sont sales et négli¬
gents dans leurs habits. Us vivent de laitage et de cé-
D. Bots.
LES RACES DE L INDE
LES TODAS (Suite).
A la célébration d’un mariage parmi de riches Bada-
gas, tribu dont nous parlerons dans un prochain article,
les Todas reçoivent chacun un présent do un quart de
roupie à une demi-roupie (1).
C’est qu’en effet les Todas, nommés aussi Todars ou
Todavas, sont considérés par les autres tribus comme les
rois ou les propriétaires de la montagne. Ils ne cultivent
pas la terre et n’ont d’autre occupation que d’élever et
réales.
Les villages des Todas s’appellent « mands » ou
« molts ». Nous en donnons ci-après la reproduction
d’après photographie.
En voici la description : Chaque mand comprend ordi¬
nairement environ cinq bâtiments ou cases. Trois d’entre
elles servent d’habitation, une de laiterie et une autre
d’abri pour les vaches durant la nuit. Ces cases offrent
une construction spéciale. Elles sont de forme ovale et
façonnées en pente. Elles ont ordinairement 3 mètres de
haut, 5m40 de long et 2m70 de large. La porte a 0"’80 de
haut et 0m4:> de large. Elle se ferme au moyen d’une
solide planche en bois de 0m10 à 0mUi d’épaisseur qui se
trouve en dedans de la case ou baraque, et glisse entre
deux solides pieux. 11 n’y a aucune autre ouverture. Les
maisons ont un aspect propre et agréable. Elles sont
bâties en bambous unis ensemble et solidement liés et
(1) C’est-à-dire 0 fr. 50 à 1 franc.
■172
LE NATURALISTE
attachés avec du rotin. Chaque maison a enfin ses murs
en bois solide : les côtés, sous la toiture en pente, sont
couverts par de la terre gâchée qui s’appuie sur le sol.
L’intérieur de la case a environ de 2m50 à 4m50 carrés.
Sur l’un des côtés est une plate-forme élevée ou « pial »,
formée de terre glaise, d’environ 0m60 de haut, couverte
avec des peaux de daims ou de buffles, quelquefois avec
une natte. C’est le lit habituel du Toda. De l’autre côté
est un foyer et une légère élévation sur laquelle les
ustensiles de cuisine sont placés. La laiterie, qui est, en
même temps, le temple du village, est un peu plus vaste
et contient deux appartements séparés par une cloison.
L’un d’eux sert de lieu de dépôt pour, le laitage.
En 1867, le nombre des mands était de 106 avec une
population de 704 habitants. En 1871, le nombre total
des Todas était retombé à 693 comprenant 403 hommes
les Todas avec leur famille s’assemblent à la maison
mortuaire, et si, comme le cas s’est présenté la dernière
fois, il y a trois morts, ils se divisent en trois groupes.
On conduit ce même jour, dans un parc, le nombre de
buffles qui doivent être sacrifiés. Ils étaient la dernière
fois au nombre de huit, dont deux pour chacun des
morts dont on faisait mémoire. Quand les buffles sont
enfermés dans le parc, les jeunes gens quittent leurs
vêtements et se précipitent sur les animaux. Ils se sus¬
pendent à leur cou et à leurs cornes pendant qu’on
attache une cloche au cou de chacun.
Les cérémonies du second jour sont plus importantes.
Tout d’abord, les cendres sont portées hors de la maison,
recouvertes de toile neuve et placées dans un mur en
pierre. Les Todas se tiennent autour. Ils commencent
par réciter quelques sentences, puis chacun place sa
LES RACES DE L’INDE. — Village de Todas, reproduction directe d’àprès une photographie.
et 288 femmes et en 1881 à 673 (1) dont 382 hommes et
293 femmes.
Voici pour terminer notre élude sur les Todas un
aperçu de leurs cérémonies funéraires. Ces cérémonies
auxquelles ils donnent le nom de Kédu ou « funérailles
sèches » ont eu lieu à Ootacamund les 24 et 23 du mois
de janvier dernier. Pour augmenter la solennité de ces
rites funèbres qui sont pour eux de véritables fêtes, ils
célèbrent ensemble deux ou trois funérailles. En effet,
après que le corps d’un Toda a été brûlé (c’est ce qu’ils
appellent les funérailles fraîches), on conserve les
cendres dans la maison du défunt jusqu’à ce qu’on
célèbre les funérailles sèches.
Le gouvernement anglais a restreint le nombre des
buffles mis à mort en cette occasion et même avant de
tuer ces animaux ils doivent demander la permission au
collecteur du district. Les Ivoters ou Kotas, autre tribu
dont nous nous occuperons bientôt, sont présents à ces
sortes de cérémonies en qualité de musiciens et ils ont
droit aux cadavres de tous les bufflès.
Les cérémonies durent trois jours. Le premier jour,
(1) Cette diminution de la race est due, on le sait, à la pra¬
tique de la polyandrie, qui, ces dernières années, comme nous
l’avons dit jadis dans cette Revue (1889, p. 244), est devenue
beaucoup moins générale parmi eux, certains Todas étant très
fiers de n’avoir qu’une seule épouse.
main sur les restes et s’incline jusqu’à ce que son front
touche la toile qui enveloppe les cendres. On porte alors
les cendres jusqu’au trou qui a été creusé à l’entrée du
parc et chacun des parents jette trois poignées de terre
dessus et ensuite dans le parc où se trouve le bétail. Le
sacrificateur s’avance ensuite avec des guirlandes de lianes
qu’il lance aux buffles. C’est le signal du coup de grâce.
Les buffles, effrayés, qui ont été affolés par le traitement
auquel, durant les heures précédentes, les ont soumis les
jeunes gens, en les excitant de toutes manières, se pré¬
cipitent avec fureur vers lui et quelquefois franchissent
le mur du' parc et prennent la fuite. Mais bientôt ils sont
pris, ramenés vers le parc et massacrés. La scène qui suit
est réellement cruelle. Un buffle est assailli, et avec les
Todas suspendus à son cou et à ses cornes, on l’entraîne
au temple où le premier prêtre lui assène un puissant
coup de hache entre les deux cornes, ce qui l’étourdit
sans le tuer. On pratique ensuite une large blessure
dans l’avant de la jambe de l’animal, et le second prêtre
plonge quelques lambeaux d’écorce dans la plaie. 11
donne ainsi du sang aux parents des défunts qui vont le
répandre sur les cendres en murmurant quelques paroles
dont le sens est celui-ci : « Puisse l’âme abandonner ces
cendres. »
Hector Léveillé.
LE NATURALISTE
173
Note à propos de l’article :
Histoire des Acariens des Végétaux
J’avais d’abord eu l’intention de répondre à M. Trouessart;
mais, d’après le ton qu'il a donné à sa note, je serais forcé de
devenir rapidement discourtois.
S’il avait lu mon article avec attention, il aurait vu que
« certains naturalistes français (et je le maintiens) soutiennent
encore l’opinion de Donnadieu ». Je n’ai pas dit qu’il fit partie
de ceux-là. pour le moment , ni moi non plus : ce n’est donc pas
une opinion personnelle que j’émets ni un retour en arriére.
En outre, si M. Trouessart avait bonne mémoire, il se souvien¬
drait que, lui-même, depuis longtemps acarologiste distingué,
il a reproduit, vers 1886, dans l’article Acarien de la Grande
Encyclopédie « l’erreur étonnante et presque incompréhensible
commise par Donnadieü en 1875 », alors que plusieurs tra¬
vaux allemands publiés quelques années auparavant contredi¬
saient l'opinion de Donnadieu. Etant donnée la logique de sa
note, je suis forcé do croire qu’il n’en connaissait ni le con¬
tenu, ni mémo l'existence»
11 est regrettable' que >1. Trouessart, se fasse le champion
d’une banalité du vieux temps, en reprochant aux naturalistes
français de ne pas connaître les travaux étrangers. S’il lisait
les mémoires originaux publiés actuellement en France, il
verrait qu’on a depuis longtemps fait justice de cette légende,
qui n’est plus guère répandue à l'étranger que grâce à quelques
A. Ménégaux.
Nous considérons donc cette polémique comme terminée.
CONSERVATION DES ANIMAUX MARINS
(Suite.)
Ecliinodcrnin — - Anlnlou rusacea s’immerge directement
dans l’alcool à 70°; A. phalanginus est tuée dans l’alcool à 90°.
Les formes larvaires s’anesthésient par l'hydrat,e de chloral à
1 00/00 ; les stades plus avancés se tuent au sublimé concen¬
Fig. 22. Echinoderma, Asterias. — Fig. 23. Echinoderma,
Brisinga. — Fig. 24. Echinoderma, Ophiotrix .
tré. — Asteroidea : les SteUerides sont tues dans l’alcool de
20 à 30 0/0 ; Luidia est fixée avec le mélange chromo-acétique,
puis mis dans l’alcool faible. Les Brisihga sont portés rapide¬
ment dans l’alcool absolu. Les Ophiurides meurent dans l’eau
douce; Ophiomyxa pentagona qui a lo corps mou, est durci à
l’acide chromique à 4/2 0/0 ; Ophiopsila annulosa sera tuée di¬
rectement dans l’alcool absolu. — Echino'idea : pour préparer
les oursins avee les pieds ambulacraircs étalés, on verse dans
l’eau de mer le mélange chromo-acétique ; puis on transporte
dans l'alcool ; si on veut conserver l’animal pour l’anatomie, on
pratiquera sur le test, deux petits trous opposés pour que le
liquide puisse pénétrer dans l’intérieur. Si on veut conserver
les oursins à sec, on les laissera quelques jours dans l’alcool
à 70° et on fera sécher à l’air ou au soleil.
Holotliurioidea. — Les Holothurie et Stichopus sont plon¬
ges par leur partie antérieure dans l’acide acétique concentré,
pendant qu’une autre personne injecte do l’alcool à 90° par l’ou¬
verture anale de l’animal ; dès que l’holothurie est mort, on
l’immerge dans l’alcool à 70°. Les Thyone, Thyonidium, Phyllo-
Fig. 25. — Holotliurioidea, Holothuria.
Synapta.
phorus sont saisis par le cou et on immerge tout le corps dans
l’acide acétique ; aussitôt après on transporte dans l’alcool faible.
Pour Ci/ri/'naria Planci, l’injection d’alcool se fait par la bouche.
Les Synapta se fixent par immersion dans un tube avec de
l’eau de mer et de l’éther en parues égales ; on lave à l’eau
douce et on porte progressivement dans l’alcool ; 1 ’Auriculûria
se fixe par le mélange de sulfate de cuivre et do sublimé.
Enteropncusta. — Les Balanoglossus sc fixent par l’acidc
Fig. 28. — Enteropncusta, Balanoglossus.
174
LE NATURALISTE
chromique à 1/2 0/0; la Tornaria se tue par le mélange de
sulfate de cuivre et de sublimé.
Vernies. — Les Ceslodes sont fixés par le sublimé concen¬
tré froid ; les Trématodes par le sublimé concentré chaud. — Les
Rhadocœla et Dendrocœla, étendus dans un peu d’eau, sont
tués par le sublimé concentré bouillant, et versés immédiate¬
ment dans l’eau douce pour refroidir le liquide et les animaux ;
on transporte ensuite dans l’eau douce puis dans l’alcool. Les
larves de Mueller se tuent aussi par le sublimé froid ou chaud.
Les Nemertini sont d’abord anesthésiés dans une solution
d’hydrate de chloral dans l’eau de mer à 1 00/00 où ils restent
de 6 à 12 heures; après quoi on durcit dans l’alcool. La forme
29 30 31
Fig. 29. Yermes, Bonellia. — Fig. 30. Vermes, Pontobdella. —
Fig. 31. Vermes, Branchellion.
Pilidium peut se tuer avec le sublimé concentré. — Les Néma¬
todes libres et parasites sont toujours tués par le sublimé con¬
centré ou la liqueur de Kleinenberg. — Les Chœtognatha se
fixent par le mélange de sulfate de cuivre et do sublimé. — Ge-
phyrea : Les Sipunculus sont tués par l’acide chromique à
1/2 0/0; les Phascolosoma réussissent bien dans l’eau de mer
alcoolisée ; Phoronis reste 2 heures dans l’eau de mer alcoolisée
et est tué ensuite par le sublimé concentré bouillant. Les
grandes Bonellia , après avoir bien étendu leur trompe, sont
rapidement plongées dans le liquide de Kleinenberg, on laisse
une heure et on passe dans l'alcool. — Hirudineï: les Pontobdella
et les Branchellion se tuent dans l’alcool chromique (alcool à
70°, acide chromique à 1 0/0 en parties égales) à 1/2 0/0. — Pour
Fig. 32. Vermes, Serpula. — Fig. 33. Vermes, Aphrodita.
les Chœlopodes, on mélange à l’eau de mer S 0/0 d’alcool absolu
et on immerge les bêtes à tuer de 2 à 12 heures, suivant les
espèces; le durcissement se fait dans l’alcool à 70°; on con¬
serve définitivement dans l’alcool à 90°. Les genres Polymnia
et Lanice sont tués par le mélange de sublimé et d’acide chro¬
mique. Le Siphonostomum diplochaitos se tue dans une solu¬
tion d’hydrate de chloral à S 0/0, en durcissant ensuite par
l’acide chromique à 1 0/0. Les Hermionidæ s’immergent direc¬
tement dans l’alcool à 70°. Les Chœlopteridse, Sternaspidse,
Spirographis, Protula se tuent dans l’acide chromique à 1 0/0.
Avec le sublimé concentré froid, on tue les Amphictenidæ,
Hermellidæ, Serpulidæ, Aphroditidæ, quelques Polynoinæ,
Eunicidæ. Les Alciopidæ se fixent bien par le mélange de sul¬
fate de cuivre et de sublimé.
(A suivre.) P. G.
THÈSES
DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS
Développement des téguments de la graine,
par M. Marcel Brandza.
On se figure souvent, bien à tort, qu’il n’y a plus aucun point
à éclaircir dans l’étude de la grosse anatomie chez les Phané¬
rogames. Le travail de M. Marcel Brandza sur le développe¬
ment des téguments de la graine (1) prouverait aisément le
contraire aux plus incrédules.
On sait que l’enveloppe de l’ovule mûr est souvent formée
do deux couches superposées : le tégument externe ou primine,
qui renferme fréquemment un prolongement ou des ramifica-
I lions du faisceau libéro-ligneux funiculaire; et le tégument
j interne on second! ne, presque toujours-dépourvu de faisceaux.
1 Ces deux téguments, à la suite de la fécondation, persistent-
ils pour fournir, par une évolution progressive, les téguments
île la graine? Sinon, quelles sont les parties qui se résorbent
| et disparaissent? N’y a-t-il pas, dans l’ovule, d’autres éléments
que les téguments qui puissent concourir à la formation des
téguments de la graine ?
| Pour répondre avec certitude à ces questions, il fallait suivre
I pas à pas, et dans un grand nombre de types empruntés à
chaque famille, la transformation de l’ovule en graine; travail
long et minutieux qu’aucun botaniste n’avait entrepris jusqu’à
ce jour.
Est-ce à dire cependant que la question soit demeurée sans
réponse?
Se ralliant à une idée exprimée incidemment, en 1872, par
M. Le Monnier dans un travail dont l’objet principal était l’é¬
tude de la nervation de la graine, les auteurs admettaient cou¬
ramment que, dans l'immense majorité des cas, le tégument
externe et vasculaire de l’ovule persisterait seul, tandis que le
tégument interne serait résorbé ou digéré par l’embryon ou
l’albumen en voie de développement. On citait, comme une
exception uniqpe à cotte règle générale, le cas des Euphorbia-
cées,. où les deux téguments, vasculaires l’un et l’autre, per¬
sistent incontestablement.
A défaut d’observations directes, cette conclusion, d’une sim¬
plicité séduisante, s'appuyait sur un raisonnement spécieux,
a Quelles que soient». dilM. Le Monnier, nies modifications dues
« au développement secondaire de l’ovule, il est certain que les
« faisceaux, depuis leur première apparition jusqu’à la matu-
« ritë, représentent un plan fixe. On peut distinguer, dans les
« membranes de l’ovule, et dans celles de la graine, une zone
« interne et une zone externe par rapport à ces faisceaux, et
a l’on est sûr que la totalité de la zone externe de la graine
« provient, quelle que soit sa complication, de la zone externe
« dé l’ovule ; de même pour les portions internes. » Comme
d’autre part la primine est presque toujours le seul tégument
vasculaire, « nous devons», poursuit l’auteur, « considérer comme
« provenant de la primine toute la portion du spermoderme
« extérieure au plan vasculaire. Les couches situées en dedans
« do ce plan seront seules à pouvoir provenir do la secondine;
« il est bien entendu qu’elles n’en proviendront pas nécessai-
« rement, car dans la primine il y a quelques couches do cel-
« Iules entre les faisceaux et l’épiderme interne... Sauf le cas
« des Euphorbiacées, qui doit être complètement mis à part,
« je n’ai point rencontré de graines où la présence de la sccom-
« dinc fût évidente à la maturité. »
A ces considérations on pouvait objecter d’abord qu’il existe
fréquemment dans la graine mûre, entre le plan vasculaire et
; l’albumen ou l’embryon, un nombre suffisant d’assises cellu-
’ laires pour autoriser l’hypothèse d’une persistance de la secon¬
dine ; puis que la grande majorité des ovules orthotropes et
' campvlotropes, étant dépourvus do faisceaux, échappent au
raisonnement précédent.
La difficulté restait donc réellement entière et méritait qu’on
(1) Marcel Brandza, Développement des téguments de la
graine. (Revue générale de botanique, dirigée par M. Gaston
Bonnier, 1891.)
LE NATURALISTE
1 abordât de front. C’est ce qu’a fait M.
cès qui l’a amplement dédommagé de ce que l’exécution de sem¬
blables recherches peut avoir de fastidieux.
M. Brandza divise son sujet en deux parties : 1° étude des
graines provenant d’ovules à deux téguments; 2° étude des
graines provenant d’ovules à un seul tégument.
Parmi les graines provenant d’ovules à deux téguments, l’au¬
teur n’a pas tardé à reconnaître que la résorption du tégument
interne, considérée avant lui comme un fait
au contraire une exception assez rare. 11 l’a
coup de Liliacées à deux téguments ( Alliai
eus, etc.), chez les Amaryllidées, chez les Renonculacécs à deux
téguments (Cl emalis, Delphinium, Aconitum, etc. , et chez
toutes les Légumineuses. La résorption du tégument interne est
souvent accompagnée do celle des assises profondes du légu-
Par contre, la persistance du tégument interne, tenue na¬
guère -pour exceptionnelle, s’est manifestée comme
Chez les Papavéracéos, les Crucifères, certaines Liliacées, etc.,
Fig. A. - :
.oppement nos tegui
de Viola Iricolor.
les téguments de la graine
1, coupe des téguments de l’ovule; 3, coupe des téguments de
la graine mûre; 2, coupe faite à un état intermédiaire.
E, tégument externe ; I, tégument interne ; cl, assise protectrice.
rsislo sans fournir à la graine mure d’assise
Souvent, au contraire, la
i une assise protectrice, dont les mem-
ligniflées, et qui mériterait le nom de
testa. C’est ce qu’on peut observer chez les Violariées, les
Résédacécs et, en général, chez beaucoup de Dialypétales supé-
rovariées. On voit que dans ce cas) — contrairement à une afîir-
auteurs qui avaient
n voit que <
mation trop générale d’u
ment étudié la constitution des tégumen
mures — l’assise protectrice est située au-dessous du plan vas¬
culaire, contenu dans la priminc.
Dans certaines familles (Géraniées, (Enothérées, Lythrariées,
par exemple), les téguments de la graine mûre contiennent
deux assises protectrices superposées : la première fournie par
la priminc, la seconde par la secondine. Chez les (Enothérées
et les Lythrariées, on peut remarquer de. plus que les assises
externes du nucclle persistent au-dessous de la secondine et
Chez les :
U à la formation des téguments de la graine.
Magnoliacécs, la secondine tout entière se tram
luche protectrice, doublée intérieurement par
derme persistant du nucclle.
Dans la plupart des graines provenant
tégument, le tégument de la graine est exel
le tégument de l’ovule, qui persiste entièrement. C’est ce qu'on
peut vérifier chez la plupart des Gamopétales et des Apétales.
Il peut se faire, dans cette transformation, que certaines assises
du tégument de l’o
La famille dans laquelle le développement des téguments de
la graine présente les plus curieux caractères est, sans contre-
Fig. II. — Développement des légi
de Linum usilalissi,
îri
2
I, coupe transversale de l’ovule; 3, coupe des téguments de la
graine mûre; 2, coupe faite à un état intermédiaire.
E, tégument; f, faisceau; N, uucelle ; C, assise la p
sac embryonnaire.
dit, celle des Linacées. Ici, avec le tégument unique de l’ovule,
on voit persister les deux assises
lesquelles toutes les assi
niées, sont résorbées à la maturité ; c’ci
qui se dift'érencie en assise protectrice.
En résumé, il résulte des recherches que M. Brandza a pour¬
suivies avec tant do patience et de sagacité, que chez les plantes
dont l’ovule a deux téguments, l’origine des enveloppes de la
graine n’est pas telle qu'on l’a décrite généralement jusqu’ici.
Dans la plupart des cas le tégument interne de l’ovule per¬
siste; souvent il peut constituer la partie lignifiée de l’enveloppe
séminale ; parfois le nucclle lui-méme contribue à la formation
de la graine ; c’est seulement dans quelques
celui-ci dérive exclusivement de la partie exté¬
rieure du tégument externe de l’ovule. La règle d’hier devient
l’exception d’aujourd’hui, et réciproquement.
Chez les plantes dont l’ovule n’a qu’un tégument, l’enveloppe
séminale provient soit de l’unique tégument, soit de ce tégu¬
ment et du nucclle, qui peut môme fournir par son épiderme
la partie lignifiée de l’enveloppe.
En commençant scs recherches sur les téguments do la graine,
M. Brandza n’imaginait sans doute pas qu’un sujet en appa¬
rence bien usé pût lui fournir des résultats aussi neufs. A tous
ceux (et ils sont légion) qui débutent dans la carrière scienti¬
fique avec cette idée très far
« tout est fait », cet exemple pourra servir de leçon.
D.
LE PARASITISME CHEZ LES ANIMAI \
ET CHEZ LES PLANTES
(Suite.)
Étudions, pour exemple, l’embryogénie la plus com¬
plète, celle d’un Trématode (flg. 1 à i : d’un Distomum. 11
nous offrira le cas général d'une larve aquatique libre
au début, nageant au moyen de nombreux cils vibratiles
à la rencontre d’un hôte, un mollusque le plus souvent.
Cette larve est désignée sous le nom de Rédie si elle
a un tube digestif, ou de Sporocyste si elle n’en a pas.
176
LE NATURALISTE
Sporocyste ou Rédie renferme un grand nombre de
cellules embryonnaires rassemblées en plusieurs amas.
Dès que la larve a pénétré dans le corps d’un hôte, ces
cellules embryonnaires s’organisent en de nouvelles
larves d’une structure différente, munies de tube diges¬
tif, système nerveux, appareil excréteur, organe des
sens et d’une queue : ce sont les Cercaires; ils quittent
le premier hôte et nagent jusqu’au moment où ils ren-
Fig. 1. Embryon de Distomum. — Fig. 2. Sporocytes prove¬
nant d’un embryon de Distomum, avec des Cercaires. —
Fig. 3. Rédie de Distomum. — Fig. 4. — Cercaire libre.
contrent un hôte de deuxième ordre dans lequel ces
larves s’enkystent. Ainsi recouverts d’une épaisse cuti¬
cule les Cercaires persistent, attendant que leur hôte
soit dévoré par un animal quelconque. Ici le hasard
joue un grand rôle, car si cet hôte de troisième ordre
n’appartient pas à l’espèce voulue, les Cercaires meurent ;
si au contraire le hasard les a bien servi, ie suc gas¬
trique dissolvant la cuticule sans toucher au parasite
celui-ci peut terminer son évolution.
Nous venons de décrire le cas le plus compliqué. D’or¬
dinaire il n’y a qu’un seul hôte intermédiaire, mais il
peut y avoir d’autres particularités. Ainsi chez le Tamia
Echinococcus parasite du chien, la larve Cysticerque
ne donne pas qu’un seul adulte : du fond de son invagi¬
nation naissent plusieurs têtes qui seront autant d’Echi-
nocoques (1).
5 6 7
ig.o. Échinocoque avec des tètes on voie de développement.—
Fig. C. Tètes d’Échinocoquc : A, invaginée; B, dévaginée.
— Fig. 7. Taenia echinococcus.
(1) L’hôte intermédiaire appartient souvent à une classe inat¬
tendue, ainsi c’est le Moustique qui transmet à l'homme, par
ses piqûres, la Filaria sanguinis hominis (Nématode).
Comme exception, citons la larve de Trichine qui n’est
jamais libre. Elle évolue d’abord dans le corps de la
mère, passe de là dans le tissu conjonctif ou muscu¬
laire de l’hôte et s’enkyste, attendant que la chair qui
la renferme soit ingérée par l’animal nécessaire à sa
complète évolution.
Mais ce qui distingue le Trématode de tous les autres
parasites et en fait en quelque sorte un cas exceptionnel,
c’est sa multiplication par Cercaires. On pourrait, semble-
t-il, assimiler ces Cercaires aux spores des Cryptogames.
Si nous étudions d’ailleurs l’évolution d’une Urédinée,
nous retrouverons en même temps qu’un hôte intermé¬
diaire ces alternances de phases libresetparasitaires avec
multiplication larvaire. Comment procède en effet VÆ-
cidium Berberidis (Puccinie du gramen)?
Parasite des Graminées, son thalle produit par place des
amas de spores qui, mises ën liberté, retombent sur la
même plante ou sur une plante voisine et multiplient
le cryptogame durant tout l’été, c’est la rouille orangée.
Dès l’automne naissent des spores allongées divisées
en deux par une cloison transversale et percées au som¬
met, ces spores constituent la rouille noire et passent
l’hiver en cet état.
Puis arrive le printemps, ces spores s’allongent, s’ef¬
filent et donnent de légères sporidies destinées à être
dispersées par le vent. Si par hasard l’une d’elle tombe
sur une jeune feuille d’épine vinette ( Berberis vulgàris),
elle germe émettant un tube grêle qui s’enfonce et
s’étale dans le parenchyme. Ce thalle nouveau donnera
deux sortes de productions.
Tout d’abord, sur la face supérieure du limbe, les fila¬
ments du thalle se rapprochent, se ramassent sous forme
de bouteilles intérieurement tapissées de poils serrés.
Ces bouteilles se font jour à l’air libre et les poils inté¬
rieurs s’étalent au dehors en pinceau. Bientôt, vers le
fond de l’organe se constituent de nombreux chapelets de
spores, spores qui germeront dans la terre humide et
donneront des spores secondaires devant servir à la
reproduction du parasite sur le Berberis.
Plus tard, sur la face inférieure du même limbe et par
un procédé identique, se forment des cupules au fond
desquelles se produisent les spores, destinées, celles-ci,
à assurer la reproduction sur le blé nouvellement germé.
Puis le cycle recommence.
Il n’y a évidemment pas entre le Distome et l’QEcidie
identité parfaite; l’évolution du cryptogame est plus
complexe; le Cercaire ne se reproduit pas sur son hôte,
l’adulte non plus, mais il y a, semble-t-il, analogie réelle
entre la sporifleation de la Puccinie et la formation des
Cercaires du Distome.
Cette reproduction asexuée nous amène à parler d’un
genre curieux de parasitisme qui nous est offert par
certains Nématodes, entre autres un Anguillulidé, le
Rhabdonema nigrovenosum du poumon de la grenouille.
Le phénomène est ici plus remarquable : les larves
nées dans l’organe attaqué remontent le long des
bronches, tombent dans le tube digestif, d’où elles sont
expulsées au dehors avec les excréments.
Libres sur un sol forcément humide, ces embryons ou
Rhabditis acquièrent les organes sexuels, puis se fé¬
condent entre eux. Il en résulte une deuxième géné¬
ration larvaire dépourvue de sexualité, qui devra péné¬
trer, pour devenir adulte, dans l’appareil respiratoire
d’un amphibien.
LE NATURALISTE
177
Tout se passe donc ici par voie de fécondation ; rien
de semblable, de près ou de loin, ne se rencontre chez,
les végétaux.
Étienne Raiiaud.
(A suivre.)
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 22 juin
-.1/. A. Trëcul fait à l’Académie !
! qui, vus
le Bulletin. Elle traite de la formation des feuilles des Æscu-
lus et des Pavia et do l’ordre d’apparition do leurs premiers
vaisseaux. — M. Louis Roule adresse, par l’intermédiaire de
M. Milne-Edwards, une note sur le développement des feuil¬
lets blastodermiques chez les Crustacés Isopodes {PofceUio
scabet •). Dans une précédente note l’auteur avait montré déjà
l’origine du blastoderme des embryons de Porcellio. — M. Du-
chartre présente une note de M. Henri Jumelle sur le dégage¬
ment d’oxygène par les plantes, aux basses températures.
Dans les régions polaires ou à de hautes altitudes, certains vé¬
gétaux résistent à de très basses températures. Là où régnent
des froids persistants de — 50°, on rencontre encore une grande
quantité de cryptogames et même quelques conifères , tels
quoie Pin et le Genévrier. Les plantes soumises à ces froids
intenses, sont, en général, à l’état de vie latente, ne respirant,
ni n’assimilant plus. Au-dessous de zéro la plupart des crypto¬
games se dessèchent, ce qui sullit pour arrêter les échanges
portent, au point
mêmes conditions
de parer
iitions de température les cryptogames ou les
conifères non desséchés. Ces recherches ont été faites au
laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau dirigé par
H. Gaston Bonnier. 11 résulte de ces études que : chez les
plantes capables de résister, humides, aux froids intenses, la
décomposition de l’acide carbonique peut persister à de très
basses températures, alors que la respiration est depuis long¬
temps supprimée. Des conifères tels que l’Epicea et le Gené¬
vrier, uu Lichen, 1 ’Enervia prunastri, ont assimilé, à la lu¬
mière de carbone de l’air dans une atmosphère où la tempéra¬
ture s’est abaissée jusqu’à — 33» et — 40». — MM. J. Kunckel
d’Herculais et Ch. Langlois font, par l’intermédiaire de M. Du-
une communication sur les champignons parasites des
;. Depuis plusieurs années, M. J. Kunckel a été i
voyé en mission en Algérie pour étudier les
aux ravages des criquets ; il s’est attaché
Stauronotus maroccanus n’étaient pas atteints par une affec-
tion cryptogamique capable de déterminer la mort et suscep¬
tible d’étre développée artificiellement. Une affection crypto¬
gamique a bien été constatée, mais il semble qu’il faut consi¬
dérer cotte affection comme superficielle. Les auteurs de la
note concluent donc qu’on se trouve en présence d’une affec¬
tion parasitaire bénigne, n’attaquant que des individus parvenus
au terme de leur évolution et qui parait no se transmettre que
très difficilement aux insectes. Il semble à MM. J. Kunckel et
Ch. Langlois qu’il n’est pas possible de fonder des espérances
sur un mode de destruction reposant sur le développement ar¬
tificiel des Champignons parasites observés sur les Criquets
pèlerins. Nous ajouterons que ce Champignon, qui d’après les
auteurs doit être le Polyrhizium Leptophyei, peut certainement
ne. pas avoir d’influence nocive sur les criquets en question,
mais il est fort possible, sinon probable, qu’un autre cryptogame
ayant une action plus active, c'est-à-dire éminemment nuisible
sera trouvé. Nous mentionnerons à ce sujet que M. Charles
Brongniart, par un télégramme adressé de Mustapha, le
19 juin dernier, annonçait qu’il avait obtenu de bonnes cul¬
tures des Rotrytis des Acridiens. — M. Fouqué présente au
nom de M. A. Lacroix une note sur les granités prétendus post-
secondaires de l’Ariègc. Quelques géologues admettent une
venue granitique postérieure au terrain jurassique. L’étude
des points considérés a conduit l’auteur de la note à des con¬
clusions différentes,1 établissant l'antériorité du granité aux dé-
pùts jurassiques. — M. J. Roussel adresse à l’Académie, par
l’intermédiaire de M. Fouqué, une communication sur l’âge
d’un granité porphyroïde des Pyrénées-Orientales. L’auteur
apporte un certain nombre d’observations à l’appui de la thèse
de Dufrenoy qui avait signalé à Saint-Martin (Pyrénées-Orien¬
tales) un granité qui envoie des filons dans le -
fère de l’infracrétacé, et qu’il considère comme très récent. Le
granité porphyroïde de la partie nord-ouest des Pyrénées-
Orientales s’est injecté sous forme de filon, dans les calcaires
et les marnes de l’infracrétacé ; il est placé mhi- le quartzite
ferrugineux de l’étage cénomanien. 11 semble donc qu’il ait
fait irruption au commencement de la période <
des plus grands cataclysn
M. Charles Henry entretient l’A
expérimentales sur l’entrainement musculaire. — M. Etienne
Rollet fait présenter par M. Vorneuil, une note sur les mala-
grands singes. Scs recherches ont porté sur
Gorilles, Orangs et il en résulte qu’il y a une
grande analogie, sinon complète,
des hommes et des grands anthropomorphes.
Séance du 29 juin 1891
Algérie sont toujours la grande question du jour ;
un moyen pratique de s’en débarrasser : M. Kunckel d’Hercu¬
lais, envoyé en mission à ce sujet en Algérie, étudie sérieuse¬
ment cette invasion, le palliatif n’est malheureusement pas
encore trouvé ! il/. Charles Brongniart, notre collaborateur,
ainsi que nous l’annonçons ci-dessus dans la dernière séance
de l’Académie, est bien proche de trouver un remède à cette
affection, si nous pouvons parler ainsi. 11 a pu reconnaître une
épidémie considérable de criquets causés par un Botrylis, que
M. Tràbut a nommé B. acridiorum : beaucoup de' mâles et de
femelles étaient morts, et, chose importante à considérer, la
plupart des femelles mouraient sans avoir pu pondre. M. Bron¬
gniart, en collaboration avec M. Marchand, a essayé des cul¬
tures de ce Rotrytis : les essais ont pleinement réussi. —
.11. Dareste fait une communication sur l’embryologie de ht
poule, traitant de la formation du mésentère et do la gouttière
intestinale de l'embryon. - - M. Chauveau présente une note de
M. Joannes Clialin sur l’aiguillon de l 'Heterodera schachlii. Ce
effet, est armé d’un aiguillon ou stylet qui, par
son mode de fonctionnement,
offre un intérêt spécial. Cet organe se montre dissemblable dans
les doux sexes. — M. A. Giard , après avoir énuméré les trois
groupes connus de champignons entomophytes, c’est-à-dire les
Laboulbeniacées, les Enthomophtborées, les Hypocréacées,
place un quatrième groupe, les Cladosporées, désignées ento¬
mophytes. — M. Pierre Lesage adresse par l’intermédiaire de
M. Duchartre une communication apportant des contributions
à l’élude de la différenciation de l’endoderme. — M. Aime'
Girard présente, par l’intermédiaire de M. Shlcesing, le résultat
de ses études sur la destruction du Peronospora Schachlii delà
betterave à l’aide des composés cuivriques (3 % de sulfate de
cuivre et 3 % de chaux). — L’exercice musculaire d’après une
communication .de M. Ckibret, agit sur l’excrétion do l’urée
selon l’état d’entrainement du sujet. Avec un entrainement suf¬
fisant, l’exercice musculaire détermine une augmentation de
l’urée. Au contraire, il y a diminution lorsque l’entrainement
que l’exercice augmente de façon à provoquer
LIVRE NOUVEAU
Les Plantes d’appartement et les Plantes de fenêtres, par
D. Bots, aide-naturaliste de la Chaire de culture au
Muséum d’histoire naturelle.
La modicité du prix de ce petit livre, la forme élé¬
gante sous laquelle il se présente, les nombreuses figures
qui en accompagnent le texte font, de ce nouveau
volume de la Bibliothèque des connaissances utiles, un
guide pratique à la portée de tous ceux qui aiment à
cultiver des plantes dans leurs salons ou sur leurs
fenêtres, mais présentant néanmoins l’exactitude scien¬
tifique qui est trop souvent sacrifiée dans les ouvrages
de ce genre.
Tout d’abord, l’auteur nous initie aux phénomènes de
la vie des plantes, tels qu’ils s’accomplissent normale¬
ment, afin de montrer combien est préjudiciable à leur
santé le milieu dans lequel elles se trouvent placées,
lorsque nous les associons à notre vie, dans les apparte¬
ments, où la lumière fait défaut, où l’air est peu abondant
178
LE NATURALISTE
et vicié, où la poussière entrave les fonctions respira¬
toires, etc. Connaissant ce qui est nécessaire à l’entre¬
tien de la vie, le lecteur peut alors s’efforcer de réa¬
liser, autant que possible, les conditions les meilleures
pour en prolonger la durée.
L’arrosage est une question dont dépend en grande
partie la santé des plantes. Il y a, à ce sujet, une foule
de considérations qui montrent combien il est néces¬
saire d’apporter de soins dans la pratique de cette opé¬
ration. Il en est de même du rempotage, qu’il faut savoir
Chamœrops Forlunei , palmier originaire de la Chine.
faire à temps et seulement lorsque la nécessité en est
démontrée par des signes que l’auteur fait connaître.
L’étude des divers modes de multiplication : semis,
marcottage, bouturage; celle de l’éducation des plantes :
repiquage, pincements, taille font aussi l’objet de plu¬
sieurs chapitres. .
Enfin, cette première partie du livre se termine par
Anthurium schei'zerianum, plante originaire du Guatemala,
des conseils sur l’achat des plantes dans les marchés.
La seconde partie est une énumération, par ordre
alphabétique, des plantes que l’on peut cultiver sur
les fenêtres et sur les balcons et dont les plus répan¬
dues sont rendues facilement reconnaissables, grâce aux
figures qui en accompagnent les descriptions, suivies de
notices sur l’emploi, la culture, le mode de multiplica¬
tion. Chaque espèce est désignée par son nom scienti¬
fique et par ses noms vulgaires. L’auteur a, en outre, in-
Cypripedium insigne, orchidée des montagnes du Sylhet (Inde),
diqué, pour chaque genre, la famille à laquelle il appar¬
tient.
Des listes permettent enfin de faire un choix parmi
les espèces grimpantes
celles qui sont propres
à la garniture des vases
suspendus, soit parmi
lesplantes qui peuvent
vivre à l’ombre, lors¬
qu’on possède des fe¬
nêtres à l’orientation
du nord.
La troisième partie
du livre est consacrée
aux plantes d’apparte¬
ment: description, em¬
plois, culture, arrange¬
ment dans les jardi¬
nières et dans les ca¬
che-pots, etc. Un cha¬
pitre traite des aqua¬
riums ; un autre de la
conservation des fleurs
coupées et de leur ai - Iso[epis ,g^cillS) originaire de l’Indo.
rangement dans les
bouquets, de manière à obtenir une association harmo¬
nieuse des formes et des couleurs.
L’ouvrage est terminé par un glossaire qui permet de
trouver la signification des mots techniques employés
dans certains cas. 169 figures ornent cet ouvrage; nous
en reproduisons quelques-unes ci-dessus.
En un mot, M. Bois a cherché à réunir dans ce petit
livre tout ce qui peut intéresser les amateurs d’horticul¬
ture, si nombreux, qui ont pour jardin une fenêtre ou
une terrasse, pour serre, un salon (1).
1 vol. in— 16, cartonné de 338 pages, avec 169 figures inter¬
calées dans le texte. Prix 4 fr., franco 4 l'r. 40, chez J.-B. Bail¬
lière, éditeurs, et aux bureaux du journal.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
136 ANNÉE
2e SÉRIE — .V '■ 1 06
AOUT 1891
LA HUPPE DANS LES LÉGENDES ARABES
formes plus sveltes et élancées ; son plumage est coloré
île roux, de blanc et de noir, et l'on voit sur sa tête une
La mythologie a toujours joué un certain rôle dans
l’histoire des animaux. Nous en trouvons un exemple
intéressant dans un article du Zoologischer Garten,
longue huppe arquée, que l'Oiseau relève ou abaisse à
volonté ; elle est composée de. deux rangs de plumes al¬
longées, d’un roux vif, avec des bords noirs un peu variés
de blanc. Voici donc l’histoire que les Arabes contentau
sujet de ce gracieux volatile.
Autrefois le roi Salomon, fils de David, devenu
tout-puissant à la suite d’une victoire mystérieuse,
régnait sur les génies comme sur l’humanité en¬
tière. Lorsque leroi voulait voyager, il utilisait, pa¬
raît-il, un tapis carré qui s’étendait autant qu’il était
besoin pour contenir soit une troupe avec tentes et
bagages, soit le roi
lui seul avec ses mi¬
nistres. Quatre gé-
LA HUPPE.
An. XXX, cahier 6, pour 1889, qu’a publié M. l’aulLever-
kühn, et que je résume ici.
Une croyance répandue chez les Arabes leur fait ad-
metti’e que chaque genre animal possède une espèce
dominante qui régit les autres. Les Crocodiles ont ainsi
leur roi résidant avec sa cour près de Siout, dans le delta
du Nil, tandis que le roi des Puces trône dans les jar¬
dins, aux environs du lac de Tibériade. Parmi les Oi¬
seaux, nous savons que la Huppe ( Upupa epops L.) est
commune en Egypte. Cette espèce européenne est d’ail¬
leurs assez connue pour que je me dispense de la
décrire en détail ; de la taille du Merle, elle a des
LE NATURALISTE, 16, rue du Bac, Paris.
nie
saient le tapis et,
suivant les ordres du roi,
ils se mettaient en route.
Un jour, comme Salomon
était assis sur son trône
d’ivoire et qu’il voyageait
de cette façon dans les
airs, emporté très haut au-
dessus des peuples de la
terre, les rayons brûlants
du soleil dardaient sur sa
tète et sur sa nuque sans
qu’il pût s’en préserver.
Vint à passer un vol de
Vautours. Le roi apostro-
hales Oiseaux pour qu’ils
volassent près de lui et
l’ombrageassent de letirs
ailes; mais ils s’y refu¬
sèrent, alléguant qu’ils
suivaient une route diffé¬
rente. Alors le roi maudit
ces Rapaces et les con¬
damna à perdre les plu¬
mes qui garantissaient
u’alors leur cou de
l’ardeur du soleil et des
rigueurs de l’hiver. Il y
ajouta qu’à l’avenir, ils
ne prendraient plus qu’une
nourriture souillée, et la
condamnation s’accomplit
ju après, une compagnie
de Huppes apparut à l’ho¬
rizon, et, appelée, elle vint
en rangs serrés ombrager
la tète royale pendant le reste du trajet. De retour à son
palais, Salomon fit mander le roi des Huppes et lui laissa
le choix de la récompense qui lui était due, à lui et à sa
nation. Le roi des Huppes, par courtoisie envers son
épouse, laissa choisir la reine. Celle-ci réclama pour les
Huppes une couronne d’or qui témoignerait de leur supé¬
riorité sur tous les autres Oiseaux. Le roi Salomon, tout
en blâmant la reine de son ambition, lui accorda la ré¬
compense désirée.
A cette époque, comme un oiseleur se servait d’un
miroir en guise de piège, une Huppe qui vint y admirer
sa beauté fut prise. Grand fut l'étonnement de l’oiseleur
LE NATURALISTE
quand il vit la tète de l’Oiseau surmontée d’une couronne
d’or; il tordit bien vite le cou à sa captive et il porta la
couronne chez un orfèvre. Le large prix qu’il en reçut
l’encouragea. Pour peu qu’une Huppe se montrât, elle
était aussitôt prise et tuée. Alors le pauvre roi des Huppes
vint porter ses doléances au roi Salomon. Le fils de Da¬
vid reprocha à l’Oiseau sa folie, « mais maintenant, lui
dit-il, en souvenir du service que vous m’avez rendu,
votre couronne d’or sera changée en une couronne de
plumes, afin que vous puissiez vivre sur la terre sans
être persécutés». Lorsque les piégeurs se furent aper¬
çus de la métamorphose, ils cessèrent de poursuivre la
gent des Huppes.
Ici finit l’histoire du roi de ces Oiseaux. L’Arabe
nomme la Huppe Abu-hud-hud, et notre auteur fait
remarquer avec intérêt que les habitants du départe¬
ment du Doubs la désignent sous le nom de .serviteur au
roi.
Pour compléter l’historique de la Huppe, j’ajouterai
que cet Oiseau a toujours été chez les Anciens l’objet
d’idées superstitieuses. On prétendait qu’il reconnaît les
herbes salutaires en maintes maladies ; on mangeait
même dans cette intention certaines parties de son corps.
Chez les Égyptiens, on tirait des allures et du cri de cet
Oiseau des présages favorables aux récoltes. De nos
jours encore, l’apparition des Huppes annonce un évé¬
nement d’importance dans la fertile contrée du Nil, la
retraite des eaux du grand fleuve.
F.
Deux Parnassius nouveaux de l’Asie centrale
les noms de Staudingeri, Trau-
lardinal. Nons n’insisterons pas ici
dont le foi
iu s Delphius. Evers. Variété Infumata Staudinger
(inlitteris).
assius Delphius se
me quand on ne le
dance déplus9 en plus marquée à rapporter à celte ancienne
espèce, comme de simples modifications locales ou géogra¬
phiques, toutes les races particulières qui ont été découvertes
sur les Alpes de l’Asie centrale pendant cès_ dix dernières an¬
nées et qui
siens, N
cette vue qui
ment est subordonné, on somme, a
tour attribue à l’idée de l’espèce. Nous avons expose ailleurs
(dans la préface de notre monographie des Parnassiens Pa-
léarctiqucs) l’opinion que nous professons à cet egard; nous
préférons consacrer l’espace qui nous est gracieusement ré¬
servé dans cette revue à l’étude d’une nouvelle forme spécifique
ou non de l’ancien Delphius, laquelle a été recueillie
ment dans le Turkestan et que M. Staudinger
pandre dans les collections sous le nom d'Inû
nier venu dans le groupe spécial que
terme de Cincti, se distingue au premier abord de tous ses aî¬
nés par sa couleur jaune ocracée, un peu terne, ou plutôt nébu¬
leuse, plus vive cependant que celle de Cardinal qui est le plus
chaudement coloré des Parnassius, si l’on en excepte le male
typique d’Eversmanni. Ses dessins sont moins opaques, plus
diaphanes que ceux dos autres espèces voisines, notamment les
bandes marginales qui possèdent un ton enfumé tout à fait par¬
ticulier. Sous le rapport de leur disposition, ils rappellent
de bien près ceux de Trausicns avec lequel Infumata pourrait
Cependant lesditos marginales
être confondu à première
qui encadrent les quatre ;
plus translucides et surtout beaucoup plus étroites que celles de
cette dernière espèce. Elles n’offrent guère plus d’ampleur aux
premières ailes que les bandes similaires de Staudingeri ou de
N aman garnis. L’anlémarginale des secondes ailes, toujours bien
indiquée chez Trausiens par une suite.de taches irrégulières,
est réduite, chez la variété qui nous occupe, à l’état de vestige ;
et les deux macules rondes qui la limitent vers l’angle anal sont
fort restreintes, surtout celle qui avoisine le bord, laquelle [ne
consiste plus qu’en un petit point. Il y a lieu d’ajouter que le
lœvis basilaire, quoique peu chargé, couvre tout l’emplacement
do la cellule; et que l’une des deux taches discoïdales des pre¬
mières ailes, la plus proche de la base, au lieu d’étre ronde ou
rectangulaire, ainsi qu’on le remarque invariablement chez tous
les Parnassiens, est au contraire sur l’exemplaire mâle que
nous avons sous les yeux, divisée en deux petites
gales, bien espacées, dont l’une s’appuie contre la
costale, et l’autre contre la médiane. Il est à présumer que les
macules dont il s'agit doivent parfois disparaître complètement
chez certains individus variables, ce qui arrive peut-être aussi
pour celles de
Le dessous d’Infumata reproduit i
■ ; il n’existe de ce côté aucune trace des
rouges qu’on remarque chez d’autres Cincti tels que
Cardinal, Namang:
nouveauté qui nous occupe peut i
modification géographique de Traus
de cette dernière forme par son coloris ocracé, par la teinte
nébuleuse de scs dessins et par la réduction de ses marginales;
elle est bien tranchée du Delphius proprement dit; et elle s’é¬
carte de tous les autres Cincti par la marginale des secondes
ailes laquelle, pour être relativement étroite, n’entoure pas
moins le bord externe de ces organes d’une manière continue
de la côte à l’angle anal. On sait en effet que chez Staudingeri
Namanganus et Cardinal ladite marginale n’est que faible¬
ment indiquée; qu’elle expire .chez ces trois formes vers le mi¬
lieu de la marge, circonstance qui établit, selon nous, une dé-
«- le papillon qu
Linné. Variété Ochracea Stgr
parfois Staudingeri. En
Parmi toutes les variétés de Mncmosyne que nous
sons il n’en est pas une qui, en changeant d’aspect, ait perdu
la couleur blanche si constante des ailes. M. Staudinger vient
de nous envoyer sous le. nom d’Ochracea une paire d’un Par¬
nassien originaire du Turkestan où il a été découvert, croyons-
à l’ancien type linnéen, mais dont la teinte est d’un
ocracé assez pâle, il est vrai, quoique pourtant très
accusé. A part cette différence remarquable do couleur,
autre particularité n’est digne d’être relevée chez cette c
t que, par l’ampleur et par la
doit être rangée dans la race
disposition de ses dessins, i
persane appelée Nubilosus, plutôt que dans celle de la vraie
Mnemosyne typique. En effet, le sommet de l’aile supérieure de
cette dernière est ordinairement occupé par une large tache
obscure diaphane d’un ton uniforme; tandis que chez Ochra-
cca de mémo que chez Nubilosus, cette même tache est divisée
parallèlement au bord externe par une rangée de macules
claires qui représentent un reste de la couleur du fond qui sé¬
pare les deux bandes marginale et antémarginalo. La vestiture
du corps du papillon dont il s’agit de grise qu’elle est i
ment est en outre devenue roussâtre, d’une i
celle de l’espèce précédente. Ces deux singuliers :
n’ayant encore été publiés nulle part, nous avons cru être
agréable aux lecteurs du Naturaliste qui s’occupent de Lépi¬
doptères on leur en offrant une courte description.
L. Austaut.
LE PUITS ARTÉSIEN
DE SPRINFIELD (DAKOTA DU SUD)
( États-Unis )
Nous donnons, d’après Scientific american, la note et
le dessin qui suivent sur le puits artésien de Sprinüeld
(Dakota du Sud). La figure ci-contre montre le puits tel
qu’il apparaît en activité. La pression de l'eau est d’en¬
viron 10 kilos par centimètre carré. A i moyen de becs
sur le puits de forage, on obtient un fort jet d’eau de
4 mètres de hauteur avec 20 centimètres de diamètre.
LE NATURALISTE
181
de 6 mètres et demi de haut avec 15 centimètres de dia¬
mètre, de 15 mètres de haut avec 10 centimètres de dia¬
mètre, de 22 mètres de haut avec 5 centimètres.
Une correspondant du Rural New- Yorker mentionne
un autre puits situé près d’Aberdeen (Dakota du Sud). 11
a près de 330 mètres de profondeur, le puits de forage
a lo centimètres de diamètre, et la pression est d’en¬
viron 25 kilogs par centimètre carré. Le propriétaire de
Le Puits artésien de Sprinfleld (Dakota du Sud) États- Unis.
ce puits pense, par ce moyen, irriguer une ferme de
400 hectares environ.
La production d’eau est constante et abondante, et si
la moitié seulement des espérances que l’on fonde sur
le résultat se réalise, une ère nouvelle se lèvera pour le
Dakota.
Déjà, un certain nombre de fermes, nivelées et bien
situées, sont arrosées au moyen de puits artésiens et
donnent d’excellents résultats.
Bien entendu, toutes les exploitations ne peuvent être
irriguées. Le terrain doit être à peu près plan avec une
légère inclinaison, et la source placée à la plus grande
élévation si l’on veut obtenirles meilleurs résultats. 11 y a,
en effet, beaucoup de terres qui pourraient être rendues
très productives, avec de l’eau en abondance.
CAUSERIE BOTANIQUE
LES LETTRES DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Lorsque reviennent les beaux jours avec les fleurs
nouvelles et les excursions botaniques prochaines, j'aime
à relire les Lettres de Jean-Jacques Rousseau sur la Bota¬
nique. Je trouve dans cette correspondance intime avec
Mme Delessert, l’introduction la plus agréable à la science
des plantes, et j’y puise les préceptes tracés de main de
maître pour l’enseignement que je dois donner à mes
'•lèves. En effet, si . . S a posé cette science mu- ses
véritables bases, en établissant la nomenclature binaire et
en dressant l'inventaire des végétaux connus, groupés
dans son système sexuel, Rousseau, qui suivit pas à pas
cette rénovation de la botanique et qui mourut la même
année que Linné, a donné à la méthode d’enseignement
sa forme véritable, et, à ce point de vue, il mérite une
place à part à côté du grand botaniste. Il m’a semblé
utile d’intéresser nos jeunes naturalistes à un ouvrage
qui m’a toujours captivé et que j’aime tant à relire.
Comment Rousseau entend-il la dissection et la des¬
cription d’une plante? Je lui emprunte sa lettre II sur la
Giroflée; et. pour répondre au vœu de l’auteur qui ajou¬
tait : « Cette description, difficile à entendre sans figure,
vous deviendra plus claire, j’ose l’espérer, quand vous la
suivrez avec quelque attention, ayant l’objet sous les
yeux », je joins les croquis que je trace d’après nature,
en suivant les indications du texte :
« Prenez donc une giroflée simple et procédez à l’ana¬
lyse de la fleur. Vous y trouverez d’abord une partie
extérieure, savoir le calice. Ce calice est de quatre
pièces..., qui, pour l’ordinaire, sont inégales de deux en
Giroflée simple. Giroflée montrant les
étamines.
deux, c’est-à-dire deux folioles opposées l’une à l’autre,
égales entre elles, plus petites; et les deux autres, aussi
égales entre elles et opposées, plus grandes, et surtout
par le bas où leur arrondissement fait en dehors une
bosse assez sensible.
« Dans ce calice, vous trouverez une corolle composée
de quatre pétales, dont je laisse à part la couleur, parce
qu’elle ne fait point de caractère. Chacun de ces pétales
est attaché au réceptacle ou fond du calice par une
partie étroite et pâle, qu’on appelle l 'onglet, et déborde
le calice par une partie plus large et plus colorée, qu’on
appelle la lame.
« Au centre de la corolle, est un pistil allongé, cylin¬
drique ou à peu près, terminé par un style très court,
lequel est terminé lui-même par un stigmate oblong,
182
LE NATURALISTE
bifide, c’est-à-dire partagé en deux parties qui se réflé¬
chissent de part et d’autre.
« Si vous examinez avec soin la position respective du
calice et de la corolle, vous verrez que chaque pétale, au
lieu de correspondre exactement à chaque foliole du
calice, est posé, au contraire, entre les deux, de sorte
qu’il répond à l’ouverture qui les sépare, et cette posi¬
tion alternative a lieu dans toutes les espèces de fleurs
qui ont un nombre égal de pétales à la corolle et de
folioles au calice.
« 11 nous reste à parler des étamines. Vous les trou¬
verez dans la giroflée au nombre de six... Vous en verrez
deux, en opposition l’une de l’autre, sensiblement plus
courtes que les quatre autres qui les séparent, et qui en
sont aussi séparées de deux en deux...
« Pour achever l’histoire de notre giroflée, il ne faut
pas. l'abandonner après avoir analysé sa fleur, mais il
faut attendre que la corolle se flétrisse et tombe, ce
qu’elle fait assez promptement, et remarquer alors ce
que devient le pistil, composé, comme nous l’avons dit
ci-devant, de l’ovaire, du style ët du stigmate. L’ovaire
s’allonge beaucoup et s’élargit un peu, à mesure que le
fruit mûrit; quand il est mûr, cet ovaire ou fruit devient
une espèce de gousse plate appelée silique.
« Cette silique est composée de deux valvules posées
l’une sur l’autre, et séparées par une cloison fort mince
appelée médiastin.
« Quand la semence est tout à fait mûre, les valvules
s’ouvrent de bas en haut pour lui donner passage, et
restent attachées au stigmate par leur partie supé¬
rieure.
« Alors on voit des graines plates et circulaires, posées
sur les deux faces du médiastin ; et si l’on regarde avec
soin comment elles y tiennent, on trouve que c’est par
un court pédicule qui attache chaque graine alternative¬
ment à droite et à gauche aux sutures du médiastin,
c’est-à-dire à ses deux bords, par lesquels il était
comme cousu avec les valvules avant leur séparation...
« Je crains fort, chère cousine, de vous avoir un peu
fatiguée par cette longue description, mais elle était
nécessaire pour vous donner le caractère essentiel de la
nombreuse famille des crucifères ou fleurs en croix...
« Le grand nombre d’espèces qui composent la famille
des crucifères a déterminé les botanistes à la diviser en
deux sections qui, quant à la fleur, sont parfaitement
semblables, mais diffèrent sensiblement quant au
fruit.
« La première section comprend les crucifères à si¬
lique, comme la giroflée... La seconde section comprend
les crucifères à silicule, c’est-à-dire dont la silique en
diminutif est extrêmement courte, presque aussi large
que longue, et autrement divisée... »
11 m’a semblé utile de reproduire cette description si
nette, si parfaite, d’un type décrit par Rousseau, et j’au¬
rais pu choisir avec le même avantage l’analyse du lis,
du pois, de l'ortie blanche, du muflier, pris comme
types des ïiliacées, des papilionacées, des labiées et des
personnées, ou l’étude si complète des ombeüifères et des
composées. C’était une méthode nouvelle qui reçut en
Angleterre le meilleur accueil, et Martyn, professeur de
botanique à l’Université de Cambridge, donna, dans
vingt-quatre lettres familières, la suite de celles de
Rousseau. Ces lettres furent traduites en français par
de la Montagne et sont reproduites dans les tomes V et
VI des œuvres de Rousseau, dans l’édition de Poinçot.
Ces descriptions portaient en germe la méthode qui
devait assurer aux Leçons sur les familles naturelles de
Payer et, plus tard, à l’Histoire des plantes de Bâillon la
place à part qui leur est assignée parmi les œuvres
botaniques de notre époque. Les données générales,
vagues, mal fixées, lorsqu’on cherche à étudier d’un
coup l’ensemble d’une famille, prennent, par l’étude
successive des types, une précision indiscutable qui se
grave facilement dans la mémoire.
Aussi, est-ce la seule marche à suivre, si l’on veut
bien apprendre les caractères des familles des plantes
et en saisir les affinités. Au retour de chaque excursion,
il faut prendre une à une chaque plante récoltée, l’ana¬
lyser en détail dans toutes ses parties et, pour fixer le
souvenir, tracer sur le papier le croquis des caractères
observés. En histoire naturelle, on ne sait bien que les
choses que l’on peut reproduire sur le cahier ou sur le
tableau noir et, pour ce faire, il n’est point utile d’être
un artiste dessinateur ; il faut de la bonne volonté, et le
crayon, d’abord incertain, s’habitue peu à peu à devenir
habile. Quand on a ainsi beaucoup analysé, beaucoup
dessiné, on voit les types observés se relier les uns aux
autres et l’on acquiert cette faculté de saisir, même de
loin, les airs de parenté qui caractérisent les familles;
on est en bonne voie pour devenir botaniste. Et avec
cette méthode, il n’est pas nécessaire de se 'surcharger
la mémoire de noms, et c’est la bonne et saine mé¬
thode.
« Je comprends qu’on est fâché de prendre tant de
peine sans apprendre les noms des plantes qu’on exa¬
mine. Mais je vous avoue de bonne foi qu’il n’est pas
entré dans mon plan de vous éviter ce petit chagrin. On
prétend que la botanique n’est, qu’une science de mots,
qui n’exerce que la mémoire et n’apprend qu’à nommer
des plantes : pour moi, je ne connais point d’étude .rai¬
sonnable qui ne soit qu’une science de mots; et auquel
des deux, je vous prie, accorderai -je le nom de bota¬
niste, de celui qui sait cracher un nom ou une phrase à
l’aspect d’une plante, sans rien connaître à sa structure,
ou de celui qui, connaissant très bien cette structure,
ignore néanmoins le nom très arbitraire qu’on donne à
celte plante en tel ou tel pays? Si nous ne donnons à
vos enfants qu’une occupation amusante, nous manquons
la meilleure moitié de notre but, qui est, en les amu¬
sant, d’exercer leur intelligence et de les accoutumer à
l’attention. Avant de leur apprendre à nommer ce qu’ils
voient, commençons par leur apprendre à le voir. Cette
science, oubliée dans toutes les éducations, doit faire la
plus importante partie de la leur. Je ne le redirai jamais
assez; apprenez-leur à ne jamais se payer de mots, et à
croire ne rien savoir de ce qui n’est entré dans leur
mémoire. »
L’herbier est un complément nécessaire. Rousseau
consacre sa lettre VIII à tous les détails de l’installation
de l’herbier : provision du papier, moment à choisir
pour la récolte des plantes, arrangement et dessèche¬
ment des échantillons ; mais la transcription de cès con¬
seils m’entraînerait au delà des limites que je me suis
assignées.
L’herbier bien compris, classé méthodiquement, forme
LE NATURALISTE
183
avec le cahier de croquis l’aide-mémoire qui, au moment
voulu, permet de revoir vite et bien les observations
faites pendant de longues années. Et puis, ces étiquettes
couvertes de dates, de noms des lieux choisis pour les
excursions favorites, ne rappellent-elles pas, pendant
toute la vie, ces jours d’insouciante gaieté où, libres
encore des préoccupations de la lutte pour l’existence,
nous allions, tous amis, cueillir les fleurs fraîchement
écloses ?
Dr Paul Girod.
COQUILLES NOUVELLES
Martesia roseotineta
Testa Pholas-Incci similis scd comcntricc striata et rubro
marginata.
Dimensions : long. 45 millim., diam. 26 millim.
Coquille oblongue ovoïde à test assez solide, sur chaque
valve se trouvent trois zones transversales bien marquées; l’an¬
térieure, blanche avec une bande longitudinale rose au milieu,
est très finement striée du côté des crochets, et lisse sur la
partie opposée : cette partie lisse est formée d’une pièce acces¬
soire soudée au bord concave des valves : la zone médiane,
plus étroite vers le sommet, oblique et un peu déprimée, est
recouverte d’un épiderme jaunâtre formé de fines lamelles
longitudinales : la zone postérieure anguleuse en avant, ar¬
rondie et frangée sur le bord libre est couverte d’un épiderme
constitué par des lamelles concentriques et imbriquées, ayant
comme aspect les barbes d’une plume; les sommets sont recou¬
verts par quatre pièces accessoires très longues, surtout les
postérieures; les antérieures sont soudées par leur extrémité
antérieure aux pièces accessoires de la face antéro-inférieure. A
l’extrémité postérieure existe une ouverture oblongue en forme
de boutonnière, bordée de chaque côté par deux ou trois col¬
lerettes membraneuses. A l’intérieur, les valves sont ornées, à
peu de distance du bord dont il suit les contours, d’un liséré
rouge ; une crête assez saillante, partant du sommet pour
se diriger obliquement en bas et en arrière, divise ieur'cavité
en deux parties. Le cuilleron, assez court et en forme de
côte, après s’étre dirigé en avant, se courbe brusquement pour
prendre une direction opposée.
Hab. Aden, dans les madrépores.
Solen digital!*
Testa cylindrica, latérale depressa, albo-rosea, extremitate
anticà oblique truncata, posticà subrotundata, margina cardi-
nali et vcntrali parallelis; epitesta luteo-olivacea, marginibus
late excedens. Intus albida aut leviter violaceo-tincta, cardo
utriusque valva unidentatus.
Dimensions : long. 95 à 75 millim.; larg. 20 à 17 millim.;
épais. 12 à 10 millim.
Coquille cylindriquo latéralement déprimée, à bords paral¬
lèles ; son extrême antérieure obliquement tronquée est
épaissie en dedans par un bourrelet assez saillant et terminée
en dehors par un bord tranchant sur lequel se prolonge l’épi-
test qui est déprimé, en dehors, par un petit sillon marginal.
L’extrémité postérieure, arrondie comme l’extrémité d’un ongle,
est mince et tranchante; à la surface, d’un blanc jaunâtre légè¬
rement teinté de rose, on aperçoit dos stries irrégulières et peu
saillantes, qui prennant naissance sur le bord antérieur, sui¬
vent dans leur contour les bords inférieur et postérieur. Un
épitest mince, brillant et d’un jaune vert olive, s'étale comme
un vernis sur les deux valves, dont il dépasse les bords de plu¬
sieurs millimètres. A l’intérieur, la valve est blanche ou d’un
blanc violacé, sur lequel les impressions musculaires et pal-
léalcs d’une teinte plus claire se dessinent nettement. La
charnière est formée d’une seule dent sur chaque valve, dont
la surface de contact, assez étendue et plane, est perpendicu¬
laire au bord de la coquille; en dehors, elle est soutenue par
une petite tige beaucoup plus forte et plus saillante sur ht
valve gauche (c’est-à-dire la valve qui couvro le côté gauche
de l’animal.)
Hab. Aden.
Dr Jousseaume.
L’Ethnographie à l’Exposition de IHKI. Bonvalot et le
prince Henri d’Orléans.
Les objets ethnographiques et les photographies de
divers types de l’Asie forment certainement le clou de
l’exposition si brillamment organisée au Muséum par
notre vaillant explorateur Bonvalot et son jeune compa¬
gnon de voyage le prince Henri d’Orléans. Les visiteurs
qui ne cessent d’affluer à l’exposition, prolongée jusqu’au
31 août, s’arrêtent volontiers devant les mannequins ornés
de costumes bizarres, devant la vitrine des bijoux,
devant les objets de culte bouddhiste, etc. Mais pour
bien faire valoir tout l’intérêt que présente cette section
de l'exposition, renfermant des objets que l’on voit en
grande partie pour la première fois en France, il n’est
peut-être pas inulile de donner une idée des peuplades
que les voyageurs ont rencontrées et dont ils ont rap¬
porté les photographies et les objets ethnographiques.
Avant d’arriver sur le plateau du Thibet MM. Bonvalot
et le prince d’Orléans ont passé à travers le Turkestan
oriental à la lisière du désert de grand Gobi ou Chamo (1).
La population de cette région se compose de quelques
centaines de familles « Tarantchi », agriculteurs de race
turque, mahométans pour la plupart et de Karakourtchins
qui habitent autour de l’extrémité sud-ouest du lac Lob-
Nor, connu sous le nom de Kara-Bouran (Tempête-Noire).
N’ayant pas à leur disposition de végétation arborescente
à cent kilomètres à la ronde, ces peuplades sont obligées
de bâtir leurs huttes en roseaux et de se servir souvent,
en guise de canots, des radeaux construits en tiges de la
même plante; les photographies de l’exposition nous
I donnent une idée de ces habitations et de ces embarca¬
tions étranges, en même temps qu’elles nous présentent
le type des indigènes de cette région, type qui rappelle
celui des Kirghiz. Comme objets ethnographiques venant
du côté de Lob-Nor nous n’avons remarqué qu’une
longue robe en laine de chameau et des sandales en
peau d’àne sauvage.
Après la traversée des monts Altyn-Tagh, surle plateau
de Zaïsan, nos voyageurs n’ont pu faire rencontre que
de quelques groupes de nomades Mongols, les Sok-pa
comme les appellent les Thibétains. Plus heureux que
le voyageur russe Prjevalski, ils n’ont point rencontré
ensuite sur le plateau de Thibet des hordes de pillards
Golikon Kolo, population du Thibet oriental apparentée
probablement aux Loi os et aux Mosso de l’Indo-Cliine;
ces Golik s’aventurent souvent jusqu’au voisinage des
passes des monts Tangla que traversent les caravanes
des pèlerins mongols allant à Lhassa, ville sacrée
des Bouddhistes-Lamaïtes. Ce n’est qu’au sud de la
chaîne de Tangla, que commencent les campements des
Thibétains nomades sur lesquels nous allons nous arrêter
un peu plus longuement, car la plupart des objets de la
collection ethnographique se rapportent aux Thibétains
nomades ou sédentaires. Nous ne mentionnons que pour
mémoire quelques objets recueillis sur la route ultérieure
à travers la province chinoise de Yun-nan et le Tonkin:
vêtements des Lolos, armes tonkinoises, etc.
L’on connaît d’après les descriptions sommaires des
voyageurs que les Thibétains appartiennent à la race
mongole, mais jusqu’à présent les anthropologistes
n’avaient presque pas d’éléments pour étudier cette po¬
pulation; c’est à peine si l’on connaît quelques crânes
184
LE NATURALISTE
thibétains et l’on ne possède des mesures et des observa¬
tions anthropologiques que sur les habitants du « petit
Thibet », Ladakis et Tchatnpa, soumis au Maharadja du
Cachemire et dont le pays est accessible aux voyageurs
européens. A défaut d’observations on se contente de
photographies, mais là encore, pénurie extrême de do¬
cuments. Quelques photographes hardis ont déjà braqué
leur objectif sur les Lepcha, Thibétains méridionaux du
Sikkim (Indes Britanniques) et même sur les indigènes du
Nepaul et du Boutan ; le voyageur russe Verechtchgahin
a bien peint plusieurs portraits superbes des mêmes Bou-
tans ; mais en ce qui concerne les Thibétains du Nord, on
et les Mosso du Tibet oriental et de l’Indo-Chine de l’avis
de Prjewalski et de Fr. Garnier.
Les photographies de la collection nous donnent aussi
une idée des habitations des Thibétains montagnards de
l’Est — pauvres huttes en pierres ou en bois, blotties
entre les rochers, — en même temps qu’elles nous mon¬
trent les tentes noires des nomades du Thibet septen¬
trional.
Mais la partie la plus riche de la collection est celle
qui se rapporte au costume. Un des mannequins estaffub lé
d'un « complet » thibétain qui se compose des pièces
suivantes : l°Une robe (Kiouba) longue et large, en laine,
D
Fig. i. — Objets ethnographiques du Thibet. A, Briquet. B, Sonnette. C, Sceptre des Lamas. D, Chalumeau en
en était réduit jusqu’à présent aux dessins faits par la
main inexpérimentée d’un dessinateur d’occasion, M. Ro-
borovski, compagnon de route du général Prjévalski. C’est
donc pour lapremière fois que l’on pouvait voir en Europe
les photographies des Thibétains du Nord, et la collection
de MM. Bonvalot et le prince d’Orléans est suffisante
pour donner une idée générale du type de cette popu¬
lation. Ce sont certes des Mongols, mais des Mongols se
rapprochant plus des Toungour que des Kalmouks. Tout
en ayant les cheveux droits, lisses, rugueux, les pom¬
mettes saillantes, les yeux bridés, obliques, à paupière
supérieure retournée vers le globe oculaire (caractères
communs à tous les Mongols), les Thibétains du Nord
ont la joue plus allongée, le nez plus grossier, les lèvres
plus lippues, la bouche plus largement fendue, le teint
plus foncé que les Mongols proprement dits IKalmouks
et Khalkha); par tous ces caractères ils rappellent plutôt
les Toungour. Plusieurs physionomies dénotent un mé¬
lange de sang aryen et font penser aux Tsiganes
auxquels d’ailleurs ressemblent aussi les Kolos ou Lolos
doublée de fourrure et ceinte de façon à former une
partie bouffante au-dessus de la taille et descendant
jusqu’aux genoux ; ordinairement on ne passe pas le bras
droit dans la manche de cet habit, et même en hiver, le
bras reste nu (car les Thibétains ignorent l’existence
des chemises ou d’autre linge sous le vêtement). 2° Des
jarretières ou mieux des genouillères ( Lhamdjim ). 3° Des
bottes en feutre ou en laine à semelle de cuir. 4° Un
grand sabre droit (Tsoussa) porté en travers sur le ventre
sous la ceinture, et un fusil à mèche (Meda) avec sa
fourche d’appuie et son fourreau en peau de marmotte.
Enfin, 5° divers objets attachés à la ceinture : poire à
poudre ( Dzekhou ), sac à balles ( Donkhou ), sac à mèches
(Mekenhou), auxquels il faut joindre un couteau, un bri¬
quet (flg. d, à gauche) et un sac pour les menus objets.
Le mannequin ne porte point de chapeau et cela répond
à un état de chose réel, car souventles Thibétains pauvres
s’en passent ou enveloppent leur tête d’un mouchoir;
cependant ils ont des loques et des chapeaux garnis de
fourrures et souvent très artistement ornés. La façon de
LE NATURALISTE
183
porter la robe formant un vaste sac au-dessus de la cein¬
ture est très pratique, étant donnés le climat froid du
pays, et les mœurs nomades. Le jour, la partie bouffante
de la robe sert de poche où l’on conserve la jatte, le mou¬
choir, le sac à tabac, les provisions de bouche, le moulin à
prières, bref, tous les objets indispensables; en mêm^
temps la robe se trouve relevée jusqu'aux genoux et ne
gène point pendant la marche. Arrive la nuit, et pour se
coucher, on n’a qu’à dégraffer la ceinture et laisser des¬
cendre la robe jusqu’aux talons pour la transformer en
une couverture. L'habillement qne nous venons de dé¬
crire est celui d’un homme du peuple. Les Thibétains
riches, marchands, fonctionnaires, etc., s’habillent des
robes et tuniques de soie bleue, verte ou noire (le rouge
et le jaune étant réservés aux prêtres et aux hauts
fonctionnaires), ornées de broderies et se coiffent de
chapeaux ronds garnis de franges en effilé de soie
rouge, etc. Mais ce sont les bottes qui indiquent sur¬
tout les distinctions sociales : Jes botte; brunes sont
réservées aux petits mandarins, les bottes rouges ou
violettes au bas peuple; les bottes couleur arc-en-ciel
aux « Kalouns » ou fonctionnaires élevés, etc. Le costume
de femmes riches diffère peu de celui des hommes. On
en voit un spécimen dans la collection à côté d’une cein¬
ture de jeune fille en cuir garnie de pierres blanches
(ou de coquilles?) polies et qui se met, paraît-il, à même
le corps, sous les habits.
(A suivre .)
J. Deniker.
CONSERVATION DES ANIMAUX MARINS
(Suite.)
40 41
Fig. 40. Pantopoda, Pygnogonum. — Fig. 4L Pantopoda,
Nymphon gracile.
Crnstacea. — Les Cladoceres marins sont tués parle su¬
blimé concentré, ou par quelques gouttes d’acide osmique à
1 0/0 dans l’eau de mer où ils se trouvent. — Les Ostracodes sont
mis directement dans l’alcool à 70”. — Les Copépodes libres sont
tués dans une solution de sublimé concentré dans l’eau de mer;
les parasites sont tués de même, ou plongés directement dans
l’alcool faible. — Parmi les Cirrhip'edes, les Le pas, Concho-
deima, etc., sont tués dans l’alcool à 30°; les ISalanus, etc.,
sont tués dans l’alcool à 70°; les Sacculina, Peltogaster, etc.,
sont laissés pendant la minutes dans un mélange d’alcool à
90» et de sublimé concentré à parties égales, puis passés dans
l’alcoul à 70°. — Los Amphipodes se préparent dans l’alcool à 70°;
les formes transparentes sont tuées dans le sublimé concentré.
— Les Isopodes sont tués directement dans l’alcool à 70°, excepté
les Bopyridæ et les Entoniscidss qui sont tuées dans le mélange
d'alcool à 90» et de sublimé concentré à parties égales. - Les
Cumacea, Slomapoda sont tués directement dans l’alcool, les
larves transparentes de Slomapodes sont tuées dans le sublimé
concentré. Les Schizopoda dans l’alcool directement. — Deca-
poda : faire mourir dans l’eau douce et transporter dans l’alcool ;
Mollusca. — Pour préparer les Lamellibranches avec les
valves ouvertes, on narcotise dans l’eau de
on laisse de 6 à 12 he
Les Lima seront tuées par l’acide chromique à 1/4 0/0. — Les
Dentalium s’anesthésient par l’hydrate de chloral au 2/ 1000e,
en laissant 12 à 24 'heures ou plus : on passe ensuite dans l’al¬
cool à 70». — Gastropoda Prosobranchia: Les Placophores, Pa-
tellidsr, Fissurellidæ, Haliotidæ se préparent étendus avec de
l’eau de mer alcoolisée. Sa t ica Josephinia est fixée par l’addi¬
tion graduelle à l’eau de mer do l'alcool
à 70°; puis on tue en versant rapide¬
ment de l'acide acétique concentré et
on transportant ensuite rapidement dans
l’alcool faible.D 'autres espèces après im¬
mersion dans l’eau douce et l’eau de
mer en parties égales, sont fixées par
l’acide acétique. — Heteropoda : Les
Allantidæ s’anesthésient par l’eau alcoo¬
lisée en y restant de 6 à 12
là on met dans l’alcool,
sont tuées par immersion dans le !
Les Jhtllidæ s’anesthésient dans le mé¬
lange d’eau douce et d’eau de mer; on
tue ensuite dans l’acide acétique con¬
centré et on transporte dans l’alcool.
Gastropteron Meckelii se fixe dans la
liqueur de Klcincnbcrg. Doriditim et
' ' " dans l’eau
ito dans l’a¬
cide acétique, puis transportés en alcool.
Philine est tué en versant brusquement de l'acide acétique con¬
centré. Pleurophyllidia : on anesthésie par l’eau de mer alcoo¬
lisée et on tue après par l’acide acétique concentré. Aplysia
limacina et Punctata sont fixées dans l’acide chromique à 1 0/0
et laissées de la à 60 minutes. Aplysia depilans est laissée
186
LE NATURALISTE
12 heures dans l’hydratc de chloral à 1/1000' et fixé comme les
espèces précédentes. Pleurobranchea Meckeiii, acide chro-
Pig. 43. — Mollusca, Aphysia depilans.
inique à, 10/0. Pleurobranchus Meckeiii et Testudinariiis sont
tués dans l’acide chromique à 5 0/0 et transportés ensuite dans
l’acide chromique à 1 0/0. Umbrella : on tue lentement dans
Fig. 44. Mollusca, Pleurobranchus. — Fig. 43. Mollusca, Do-
riS' _ Fig. 46. Mollusca, lda.Ua.
l’eau de mer alcoolisée et on passe dans l’alcool faible. Les
Elvsiidæ et Æolidiidæ sont tuées par l’acide acétique concentre,
Phylirrhoe bucephalum est fixé dans le mélange chromo-osmi-
nuc Doris, Chromodoris, etc. : on anesthésie en ajoutant peu
à peu de l’alcool à 70° à l’eau, puis on tue avec du sublime
concentré bouillant. Triopa, ldalia, Polyccra, sont fixes avec
Fig. 47. Mollusca, Tritonia. — Fig. 48. Mollusca, Thetliys.
Fig. 49. Mollusca, Loligo.
l’acidc acétique concentré. Tritonia : on immerge les gros dans
l’eau douce on mettant quelques gouttes d’acide acétique, on
durcit dans l’acide chromique à 1/2 0/0. Tethys : on verse dans
l’eau de mer de l’acide acétique concentré en quantité égale à
celle de l’eau : on enlève le liquide et on lui substitue de l’a¬
cide chromique à 1 0/0 et on met ensuite dans l’alcool faible.
— Pteropoda : les Uyaleidæ sont fixés parle sublimé concentré:
deux minutes après on lave.
Creseis acicula se prépare avec l’eau de mer alcoolisée. Les
Gymnosomes sont mis pendant 6 à 12 heures dans l’hydratc
de chloral à 1 /1000e, puis tués par l’acide acétique. — Cephalo-
poda: les préparations réussissent bien quand les animaux sont
plongés vivants dans des liquides, ceux qui sont déjà morts
sont laissés une heure dans l’eau de mer, et, ensuite, il sera bon
de fixer dans l’acide chromique à 1 0/0 pendant 15 à 60 mi¬
nutes. Les formes transparentes, telles Loligopsis, Verania sont
immergées dans le liquide de Kleinenbcrg, et une heure après
transportés dans l’alcool faible.
[A suivre .) P. G.
LES PREMIERS ÉTATS
de la SPILODES ÆRUGINALIS , HB
Lépidoptères de la famille des Botydes
La Spilodes æruginalis est sans contredit une de nos plus
belles botydes. Ses taches et ses bandes d’un brun
verdâtre qui ornent le fond blanc de ses ailes, la carac¬
térisent suffisamment et lui donnent un relief tout spé¬
cial dans la série de ses congénères aux couleurs un
peu trop monotones.
Si nous pouvons la compter parmi les espèces fran-
ç aises, — sa découverte en France est, en effet, assez
récente, — nous le devons au père de M. G. Dupuy,
entomologiste fort zélé, d’Angoulême, qui la captura le
premier en 1868 sur certains coteaux des environs d'An-
goulême.
Comme ce papillon n’a été trouvé que sur les coteaux
où poussent de nombreux plants d ’Artemisia camphorata,
et comme on le fait toujours partir des touffes de cette
plante, on a toujours pensé que la chenille devait se
nourrir de cette Artemisia, et cependant, malgré -des
recherches très fréquentes et très minutieuses, la che¬
nille restait introuvable.
En juin 1889, M. G. Dupuy, sur mes indications, par¬
vint à obtenir des pontes de Y Æruginalis qu’il s’empressa
de m’envoyer avec plusieurs plants d ’Artemisia cam¬
phorata.
L’éducation de cette chenille fut rapide, et grâce à
l’obligeance de M. Dupuy qui renouvela à plusieurs
reprises ma provision de plants <ï Artemisia, elle fut ter¬
minée dans la première quinzaine de juillet.
Œuf. — L’ Æruginalis pond ses œufs par petits amas
ou mieux par petites plaques composées d’un nombre
variable d’œufs, généralement six à huit, empiétant les
uns sur les autres, la partie antérieure de l’un couvrant
la partie postérieure de l’autre ; on peut dire d’eux qu’ils
sont imbriqués, au sens botanique du mot. L’œuf est très
aplati, à peine renflé au centre; son élévation n’atteint
certainement pas un dixième de millimètre ; dans le sens
horizontal, il est elliptique un peu allongé : sa surface
est comme chiffonnée longitudinalement, sa couleur est
jaune verdâtre.
Un ou deux jours avant l’éclosion, le côté antérieur
devient noir : c’est la tête de la chenille qui apparaît à
travers la coquille.
Chenille. — A voir des œufs si aplatis, on se demande
comment une chenille peut se former et tenir sous leur
coquille ; il est vrai que sur les derniers jours ces œufs
semblent s’exhausser au centre, mais si peu, si peu !
Huit à dix jours après la ponte, selon la température,
la petite chenille sort de l’œuf. Elle est vive, allongée,
de grosseur presque égale, un peu aplatie en dessous.
— Tête forte, très aplatie en avant, d’un beau noir bril¬
lant ; écusson du premier segment brun très foncé. Le
corps est d’un blanc sale légèrement teinté de verdâtre,
les points verruqueux noirs surmontés d’un poil brun ;
LE NATURALISTE
187
les pattes écailleuses et membraneuses de même couleur
que le corps.
Placée sur les pousses (VArtemisia camphorata, elle
s’entoure immédiatement de quelques fils de soie clair¬
semés et mange avidement. Elle devient alors plus
verte, ses points noirs s’accentuent, et l'on peut déjà
distinguer la vasculaire qui apparaît plus foncée.
La première mue s’effectue quatre jours après la nais¬
sance de la chenille et opère de notables changements
dans l’état de celle-ci. La tête n’est plus noire, mais d’un
roux plus ou moins foncé et ornée en son milieu, près de
la suture des deux lobes, de deux gros points noirs, les
ocelles sont noirs. Quant au corps, il présente tous les
caractères, lignes, points, etc., que possédera la chenille
une fois adulte, à un plus grand développement.
Tout en grandissant, la chenille d 'Æruginalis ne cesse
de s’entourer de fils soyeux, d’en accroître le nombre et
la longueur; elle finit par se confectionner une sorte de
galerie soyeuse à tissu très lâche dans laquelle elle cir¬
cule très librement, très à l’aise, et qui la conduit aux
sommités des pousses (VArtemisia, dont elle se montre très
friande.
Un plaisir pour elle, c’est de se mouvoir en plein
soleil : sous l’influence de ses chauds rayons, elle va,
vient, se remue, s’agite, semble heureuse de vivre et
mange et dévore sa plante avec une satisfaction non
déguisée.
Ce goût du mouvement, cet amour du déplacement ne
lui font pas cependant oublier ses habitudes de pru¬
dence; aussi ne fait-elle jamais un pas hors de sa retraite
sans avoir tendu au préalable quelques-uns de ces fils
de soie qui, elle en est persuadée, lui constituent un sûr
abri. Tout le ‘plant d 'Artemisia ne tarde pas à en être
couvert et quand les chenilles en ont mangé les feuilles
et qu’il n’en reste plus que les tiges dénudées, il offre
absolument le même aspect que présente une branche de
fusain dévastée par une famille d 'Hyponomeuta cagna-
gellus, tant il est chargé de tissus soyeux... et d’excré¬
ments
11 n’eût vraiment pas été d’un bon observateur de lais¬
ser sans solution une question qui devait tout naturelle¬
ment se présenter à l’esprit: 1 'Æruginalis vit-elle exclu¬
sivement de VArtemisia camphorata ? Ne mangerait-elle
pas d’autres plantes, d’autres Artemisia, au moins?
Ayant sous la main les Artemisia campestris et vulgaris,
je pouvais tenter l’expérience. J’offris donc à mes che¬
nilles de jeunes pousses de ces deux Artemisia. Elles
goûtèrent bien aux feuilles les plus tendres, elles en
mangèrent un peu, mais comme en rechignant et du
bout des mandibules; finalement, elle les délaissèrent
tout à fait, ne les trouvant pas à leur convenance.
De mue en mue — elle en subit cinq dans le cours de
son existence, — la chenille d 'Æruginalis arrive enfin
à toute sa taille, à son complet développement. Elle
mesure alors 32 millimètres environ ; sou corps a la
forme commune aux chenilles de Botydes, très légère¬
ment atténué aux extrémités; sa couleur est d’un vert
assez gai un peu jaunâtre, rappelant le ton de la plante
nourricière. Sur le dos se trouvent quatre lignes blan¬
châtres continues, encadrant les trapézoïdaux, et sur les
côtés une large bande stigmatale de même couleur sur
lesquelles s’appuient les points verruqueux supraslig-
mataux ; il faut encore mentionner une bande ventrale
également blanchâtre et bien continue. Les points verru¬
queux sont d’un beau noir brillant : les plus forts sont
les latéraux des trois premiers segments ; les plus petits
sont les deuxièmes trapézoïdaux de chaque segment;
leur poil est blond. Stigmates à péritrême noir.
La tète est cordiforme, d’un blanc jaunâtre et couverte
de mouchetures rousses avec quelques points noirs dont
les plus gros sont ceux signalés plus haut et se trouvent
en avant. Organes buccaux roux, filière blanchâtre à
pointe ferrugineuse.
Ecusson du premier segment bordé latéralement de
brun noir et chargé de points noirs de diverses gros¬
seurs. Clapet blanchâtre pointillé de noir.
Pattes écailleuses de la couleur du fond avec quelques
taches et cercles noirs, ergots roux ; pattes membra¬
neuses concolores et de la forme commune aux chenilles
de Botydes, c’est-à-dire, comme les appelaient les ento¬
mologistes du siècle dernier, à. jambes de bois.
Vingt-cinq à trente jours après son éclosion de l’œuf,
la chenille de l’ Æruginalis est prêle à se transformer. Sa
couleur perd alors de sa vivacité ; elle devient jaunâtre,
pâle. Elle ne mange plus, et ne tarde pas à quitter son
habitation tendue de fils de soie pour gagner le sol,
où presque à la surface elle se construit une coque spa-
tieuse dans laquelle elle s’étend et se repose dans une
immobilité volontaire et passe ainsi l’été, l’automne
et l’hiver et attend la venue du printemps pour se
transformer en chrysalide.
Chrysalide. — La coque mesure environ 18mm de long sur
7 à 8 de large : elle est cylindrique et arrondie aux extré¬
mités. La soie dont elle est formée est d’une finesse
extrême, le tissu en est très serré et très résistant ;
l’intérieur est lisse et luisant, l’extérieur est grippant et
chargé de grains de terre retenus' solidement à l’enve¬
loppe. La soie est de couleur jaune clair, parfois brune
à l’extrémité par laquelle doit sortir le papillon.
La chrysalide, qui mesure 9 millimètresde Iongueursur
2 à 3 de largeur, est donc relativement courte et presque
cylindrique. La partie antérieure est un peu proémi¬
nente; le thorax est robuste ; les segments abdominaux
sont libres ; l’extrémité anale est large, aplatie, arron¬
die en éventail, d’où partent huit à dix petites soies
raides.
Comme couleur, elle est d’un jaune de miel, plus foncé
sur toute la partie thoracique, aux incisions, aux ptéro-
thèques et à l’anus, mais plus clair et presque blanchâ¬
tre à l’abdomen.
L’extrémité de l’enveloppe des pattes (2e et 3e paires),
libre et détachée de l’abdomen, dépasse les ptéro-
thèques.
Les stigmates sont jaunes de miel, la dernière paire
est plus saillante.
C’est à l’obligeance de M. Delamain, de Jarnac (Cha¬
rente), que je dois de pouvoir décrire la chrysalide de la
Spilodes æruginalis. M. IL Delamain, ayant de son côté
fait l’éducation de cette chenille en 1889, en a surveillé
attentivement le moment de la transformation et ce n’est
qu’au commencement de juin 1890 qu’il a obtenu la pre¬
mière chrysalide et a eu la bonté de me l’envoyer.
Mais si l’on veut bien remarquer que d’habitude c’est
au commencement de juin qu’apparaît le papillon, si
l’on veut se souvenir en outre que le printemps de
1890 s’est signalé tout particulièrement par ses intempé¬
ries et son manque de chaleur, on admettra que le mois
de juin ne peut être l’époque normale de la clirysalida-
tion de la Spilodes æruginalis. Il faut la placer à une date
antérieure, et je crois être dans le vrai en indiquant
188
LE NATURALISTE
comme moyenne la période de temps qui s’écoule du
20 avril au 20 mai.
Le papillon éclôt une vingtaine de jours après.
Dans un prochain article, je donnerai la description de
la Spilodes vertical is L. = einctalü Tr.
P. Chhktien.
LA NOUVELLE FLORE DES CHAMPIGNONS ”
MM. J. Costantin et L. Dufour viennent de publier une
Nouvelle Flore des Champignons pour la détermination facile
de toutes les espèces de France et de la plupart des espèces
européennes, avec 3842 figures.
Le grand succès mérité, obtenu par la nouvelle flore de
MM. Bonnier et de Layens, ont engagé les auteurs à employer
une méthode analogue d’exposition ; ils y ont pleinement réussi.
Comme dans l’ouvrage de MM. Bonnier et de Layens les mots
techniques sont bannis autant que possible; des caractères
facilement appréciables à l’œil nu servent aux déterminations.
Nous figurons ci-contre deux pages de l’ouvrage, qui donne¬
ront une idée de l’exposition de ces tableaux synoptiques.
En parcourant, disent les auteurs dans leur préface, les di¬
verses flores publiées depuis 60 ans, on pourrait croire que les
Champignons ne font pas partie du règne végétal. Le moment
est venu de réhabiliter les plantes dédaignées ; les progrès de
nos connaissances permettent aujourd’hui de mettre à la portée
de tons une science attrayante, qui n’a été jusqu’à, ce jour que
l'apanage de quelques privilégiés. Parmi les causes qui ont
* Pied lisse
gn
dations.
olorant m bleu. -> 1338. B. badius.
site sur les Seleroderma.
icd granulé , jaunâtre, blai
ou jaune abricot pâle, 3-6
non < lettes laiteuses. _Q .
parasite. I § Pied lisse; chapeau jaune
l nus, var. jnitis Kr.
/ A Esf
J A Espèce
-> 1339 B parasiticus.
Dchàtre à la base ; chapeau brun (B-îJÎ-©)
c. ; pores jaunâtres couvert de goutte-
fauve ou abricot. 1345. B. bovi-
1350. B. granulatus L.
B. granulé ; e-a. C. >î<
66. FISTULINA Bull. FISTULINE. — Planche 47, p. 156. — Champignons charnus, à pied latéral ou nul, à tubes
normalement séparés les uns des autres; poussant sur les arbres.
Chapeau épais, rouge (R) ou roux, foncé, généralement fixé par le côté ; chair rougeâtre, aigrelette, succulente ; 1351. F. hepatica Huds.
pores ronds, blanc, crème puis rosés. _Q_ [Langue de bœuf, Foie de bœuf.] (Troncs d'arbres) F. foie ; e-a. C. >J<
67. POROTHELIUM Fr. POROTHÈLE. — Planche 47, p. 15G. — Champignons étalés en croûte mince, présentant des
papilles indépendantes les unes des autres, s’ouvrant au fommet et s* allongeant m tubes.
O Pores ayant la forme d’une urne ; croûte blanche ou jaune crème, frangée au bord dans la forme type, 1352. P. fimbriatum Pers.
non frangée dans la var. Friesii Mont.; pores groupés par places, blancs, bordés d'un liséré incarnat . P. frangé ; p. R.
(Troncs d’arbres.)
G Pores ayant la forme d’une coupe; croule blanche à bord découpé; pores blancs . 1353*. P. Vaillantii Fr.
\ sur les arbres P e-a R
68. MERXJLIUS Pers. MÉRULE. — Planche 47, p. 156. — Champignons mous, sans pied , à hyménium présentant des
plis sinueux réunis en un réseau peu élevé ; poussant sur le bois.
1354. M tremellosusSchrad.
M. tremblotant ; a. AC.
1355. M. papyrinus B.
M. papier ; a. AC.
1356*. M. niveus Fr.
M. blanc dr neige ;a. AR.
1357*. M. aureus Fr.
M. doré ; e. R.
1358. M. himantioides Fr
M. en courroie; a. R.
1359. M. molluscusFr.
— M. mou;*. AR.
□ Un ch
peau
séparé d
^ O Espèce gélatineuse, à contours irréguliers; hyn
j O Espèce ( ( Chapeau finement velouté , blanchâtre
( latine use. ( ( Chapeau glabi'e, blanc de neige; hym
/ S Croûte jaune d'or , à bordure blanche .
(B), lilas pâle au bord ; plis ro
orangés. . . .
f Croûte d’un blanc hyalin ; plis glauque verdâtre,
on frangée au bord. ( Voyez la suite de l'analyse , |
= Croûte ] / Croû
frangée <
au bord, 1 f Croûte blanchâtre ; plis incarnats
(1) Nouvelle Flore des Chammgnons, pour la détermination
facile de toutes les especes de France et de la plupart des es¬
pèces européennes avec 3842 figures, par MM. J. Costantin et
L. Dufour. Prix relié toile anglaise, 6 francs, franco 6 fr. 40
(aux bureaux du journal).
empêché la vulgarisation de l’étude des Champignons, on peut
signaler, en effet, le manque absolu d’ouvrages pratiques, à la
portée de tous.
MM. Costantin et Dufour ont essayé de modifier cet état de
choses et on peut dire que le résultat obtenu est analogue au
I, E NATURALISTE
18‘J
succès de la nouvelle flore de MM. Bonnier et de Lâyens.
L’emploi du microscope dans l’étude des Champignons n’est
doute, par exemple, pour
■ les spores afin de voir si elles sont anguleuses, ar¬
rondies, etc. Les auteurs disent à ce sujet qu’il n'est pas neces¬
saire d’avoir un instrument très coûteux pour ces études élé¬
mentaires et que la maison Deyrolle (Paris, 46, rue du Bac),
fournit à très bon compte un microscope pourvu de deux objec¬
tifs qui permet de faire toutes les observations nécessaires.
Nous savons, en effet, que la maison Deyrolle a construit dans
ce but un microscope moyen qu’elle donne pour 30 francs et
qui comporte deux objectifs et un oculaire ; ce microscope est
droit, il a 23 centimètres de haut, et possède une vis micromé¬
trique.
La Nouvelle Flore des Champignons est divis . . plusieurs
parties dont nous énoncerons les principales : Premières notions
sur les Champignons, usage des tableaux illustrés, clé des fa¬
milles, clé des genres,, tableaux illustrés servant à
tous terminerons en disant, qu’à l’aide de cet
de vulgarisation, éminemment scientifique, tout le
monde est à même de déterminer, sans difficulté aucune, toutes
les espèces de champignons de France, chose à peu près im¬
possible jusqu’à ce jour à ceux qui ne se spécialisaient pas
; ces études.
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du G juillet. — MM. Pomel et Ficheur adressent
note sur les formations éocènes de l’Algérie. Les fc
de l’éocône moyen s’étendent sur une zone étroite voisine du
littoral et ne dépassent pas la chaîne du Tell; elles se laissent
diviser en trois étages et renferment Nummillites lævigala et
.V . perforai u :. L’éocénc inférieur forme lias assises caractérisées
par Ninnm. planulata, No,, nu. biarritzensis et Numm. gize-
hensis. On le rencontre sur le Haut Tell et les Hauts Plateaux
de Constantine et il redescend au sud vers le Sahara. —
M. Victor Willem adresse une note sur la structure des Ocelles
de la Lithobie. Deux auteurs, Graber et Grenadier, se sont déjà
occupés de ce sujet, mais leurs descriptions diffèrent tellement,
qu’ils semblent avoir étudié des animaux différcnts.M. Willem,
en pratiquant des coupes a reconnu que la structure des Ocelles
répond dans ses grandes lignes à la description de Gronacher.
Chaque Ocelle a la forme d’un cylindre allongé, limité exté¬
rieurement par la cornée, et enveloppée par une membrane
conjonctive que traverse le nerf optique. Dans la cavité îles
Ocelles on trouve d’abord les Haarzelien de Grenadier, formant
par leur ensemble un manchon creux qui sépare la cornée de
la rétine, et se terminant. par des cils du côté interne. Le fond
du cylindre est occupé par une vingtaine de cellules rétiniennes
constituées par un segment basal renfermant le noyau et le
pigment, et en communication avec une fibre nerveuse, et par
un segment terminal, le bâtonnet de Grenacher, strié transver¬
salement. — M. (le Lacaze'-Duthiers transmet une note de M. A.
Malaquin sur l’étude comparée du développement, et de la
morphologie des parapodes chez les Syllidicns. Le parapode
cirre ventral et d’une rame dorsale postérieure avec un cirre
dorsal. Ce maximum de complication se rencontre chez certains
Syllidicns au moment do la reproduction. Syllidés et Exo-
gonés formes sexuées. 11 se fait ensuite une rétrogradation
dans Tordre suivant : 1° Disparition de la rame dorsale (Syl-
lydés et Exogonés (souches). 2° Disparition du cirre ventral
(Antolytés souches). 3° Disparition du cirre dorsal (genre Pro-
cerastca). 4° Réduction de la rame ■
Dans la formation par '
l’apparition des diverses parties du parapode suit Tordre in¬
verse de la rétrogradation. La rame ventrale apparaît d'abord,
puis le cirre dorsal, ensuite le cirre ventral et enfin la rame
bulbe sétigére.
Séance du 13 juillet. — .IL de Lacaze-Dulhiet s
note do M. Louis Bouton sur la forme larvaire du
L’examen de ces larves recueillies au terre-plein de Suez
firme les données fournies par l’étude du développement de
Fissurelle. Le tortillon est rudimentaire, très i
partie inférieure; l’échancrure est très
' i la coquille qui n’est que très partiellement
rapproché de la
à la portion an-
lucC
par le manteau.— .V.
1-eils circulatoire et respiratoire de quelque Arthropodes. Àm-
phipodes : Los :irléiv< l.i i '-r;. |.-> émanant du m-iir existent dans
tout le groupe Arachnides. Chez le Scorpion, les vaisseaux dé¬
crits par New port et Blanchard doivent conserver .elle quali¬
fication, et ne sont nullement des lacunes comme on Ta pré¬
tendu depuis. L’auteur signale aussi un certain nombre d’anas¬
tomoses transverses encore non décrites. Chez les Aranéides,
il n’existe pas 'd’enveloppe chitineuse autour du poumon.—
M. Duchartre présente une note de M. Paul Parmentiei -
Euclea des Ebénacées. L’auteur fait l’historique du genre
; observations le conduisent à faire dériver toutes
; d'un même type nodal représenté par l’Euclea race-
dont la majeure partie des caractères morphologiques et
niques sont autant d’affinités pour chacune des formes
descendent. Les diverses espèces d’Euclea émanant du
acemosa se groupent en quatre séries. — M. Il,
note de M. Maurice Bovelacque sur la
du système libéro-ligneux primaire et la dispositi
foliaires dans les rameaux de Lépidodendron
L’auteur met d’abord en relief les caractères delai.,
ligneuse comprenant un bois primaire central et une
libérienne, sans insister sur les tissus secondaires.
te les rapports des traces foliaires avec le système libéro-
A. E.
CHRONIOUE
Le callovien de Toul à Neufchâtcan. — Sous ce titre
M. Wohlgemuth, professeur à Nancy, signale aux collection¬
neurs, aux kilomètres 91 et 80 du chemin do fer qui réunit ces
deux villes, des montagnes de déblais qui sont très fossilifères
et proviennent des zones à Am. Macrocephalus et Anccps.
Il rappelle dans cette note que la nature des couches infé¬
rieures atteintes par les érosions pléistocèncs provoqué la
forme du relief actuel. Ce sujet, ébauché par beaucoup, n’a
jamais fait l’objet d’un travail d'ensemble. Il cite autour de la
vallée du Vair des failles d’effondrement, bien nettes, et
donne, mais sans orienter ses coupes, le dessin do l’une d’elles.
Ce défaut d’orientation fait perdre presque tout l’intérêt ulté¬
rieur de ces coupes. Tard y.
Missions scientifiques. — M. Boule, notre distingué collabo¬
rateur, est chargé d’une mission à l’effet de représenter le mi¬
nistère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts à la cin¬
quième session du congrès international de géologie qui se
tient à Washington au i
— M. Lacroix, docteur
de Fx-ance, est chargée d’u
point de vue géologique,
(Prusse rhénane).
La maladie îles greffes-boutures. — M. Viala, prof.
l’Institut agronomique, vient de signaler à l’attention des viti¬
culteurs, une affection qui parait causer des dégâts sérieux dans
le Sud-Ouest et dans le Midi de la France, sur I
turcs. On a l’habitude do stratifier dans le sable, en
le moment de les employer, les greffes-boutures î
ès sciences, préparateur au Collège
d’une mission à l’effet d’explorer, au
la région de l’Eifcl et du lac Laach
fem
préparées c
languettes i
,e pleine ou en fente anglaise. Au niveau de;
des fentes se développent des nodules noms, d
lonnés.Dans ces conditions la soudure ne se produit pas
greffes-boutures sont inutilisables et se de;
mis en culture, ont donné les différents états du Peziza Fucke-
liana, champignon qui se développe assez fréquemment dans
iprès M. Viala, la
frais qui n’ont pas
été récemment aérés. Le seul remède est de brasser le sable
de le dessécher complètement par exposition
. — Nous avons à
célébrités en histoire naturelle : P. J. Krulizlci, botaniste,
du musée botanique do Tuniversité de Saint-Pé-
, J. Maximowiez, bien connu par ses travaux sur
la flore de l’Asie centrale, décédé à Saint-Pétersbourg à Tige
de G4 ans; Felipe Poey, qui s’est distingué par scs études sur
la faune de Cuba, mort à 92 ans: Dr Alex. Winchell, profes¬
seur de géologie à l’université de Michigan. Prof. Joseph
Leidy, mort à Philadelphie; Professeur John Leconte, le co-
LE NATURALISTE
190
léoptéristc bien connu: Dr Richard Schomburgk, directeur du
jardin botanique d’Adélaïde (Australie).
Terrain houillerdu Nivernais.— Dans une étude d’ensemble
du terrain carbonifère, du terrain houiller et des autres étages
géologique dont les assises environnent la ville de Moulins,
M Lefort montre que l’on aurait pu deviner l’origine fluviale
(dépôts d’estuaire) de la houille dans les divers bassins de
Sert, le Moutet, Bourbon l’Archambault, la Machine. Il omet
toutefois de dire que sa théorie demande, pour être exacte, un
bassin houiller, entre la Machine et Saint-Honorc-les Bains,
indépendant du bassin de la Machine. Ces conclusions confir¬
ment celles de M. Fayol sur le mode d’enfouissement des com¬
bustibles minéraux et leur charriage par les eaux, avant l’en¬
fouissement dans les limons sableux ou argileux transportes
par les mêmes courants. Cette théorie permet d’expliquer tous
es gîtes houiUers, marins ou lacustres. Tardy.
Exposition Bonvalot et Henri d’Orléans. — Nous sommes
heureux d’annoncer aux lecteurs du Naturaliste que l’exposition
Bonvalot et Henri d’Orléans, dont le compte rendu a été com¬
mencé dans le dernier numéro du journal, restera ouverte
jusqu’au 1er septembre prochain.
Nous profitons de cette occasion pour combler une lacune
que nous avions laissée à notre insu, dans le compte rendu en
question. A la liste dés préparateurs du Muséum qui ont très
habilement monté les animaux de la collection, il faut ajouter
M Richard auquel on doit plusieurs montages très réussis
(Gazella subguttûrosa, Aretomys robustus), notamment celui
de l’ours à collier que nous avous signalé tout spécialement aux
visiteurs de cette belle exposition. E. L. B.
Excursion géologique. — M. Stanislas Meunier, docteur ês
sciences, aide-naturaliste au Muséum, fera du 4 au 11 août
prochain une excursion géologique publique aux environs de
Nancy et dans les Vosges. On visitera successivement les en¬
virons de Lunéville, Plombières et la vallée des Roches, Remi-
remont, la Bresse et le Haut du Roc, le lac des Corbeaux, les
tourbes de Lispach, les lacs de Longemer, de Retourncmir, de
Gerardmer et le Hohneck.
Le rendez-vous est à la gare de l’Est le 4 août ou 1 on
prendra à 1 heures du matin le train pour Nancy.
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Pcdicularis goniantha. — P. Princeps. — Phteiros-
permum tenuisectum. — Incarvillea Principis. — Inc.
lutea. — Inc. grandiflora. — Inc. Delavayi. — Inc. Bon-
valoti.
Journ. de Bot. 1891, pp. 128-130, 136-142.
G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13“ ANNÉE
2® SÉKIE — N‘ 107
13 AOUT 1891
L’Ethnographie à l’Exposition de 11. Bonvalot et le
prince Henri d’Orléans.
[Suite et fin.)
11 y a peu d’objets à l'exposition se rapportant à
l'aliraentalion, car cette dernière n’est pas bien va¬
riée, et les ustensiles de ménage sont peu nombreux.
En effet, la base de la nourriture est la chair de mouton
ou de yack que l’on mange crue ou à peine cuite ; on y
ajoute parfois un plat de farine ou de lait caillé et des¬
séché délayé avec un peu d’eau bouillie; ou bien une
infusion de thé en brique dont on peut voir le spécimen
à l’exposi¬
tion. Une des
photogra -
phies de la
collecti o n •
nous repré¬
sente la cui¬
sine locale :
un Thibétain
au milieu du
désert cou¬
ché sur le sol
devant un
faible feu ali
menté par
les excré -
ments dessé-
chésde yacks
(seul com
bustible de
ce pays pri¬
vé de bois) en
train de ver¬
ser d’un sac
un peu de fa
rinedansune
petite tasse
métallique
soigneuse¬
ment posée
sur les bou-
Fig. 2. — Un Obo, ;
rien qu’en regardant l’image, du goût de ce plat primitif.
Nous ne nous arrêterons pas sur quelques autres
objets; les armes, dont on remarque surtout un très bel
arc. dit arc composé ou asiatique dans le genre de ceux
qu’emploient les archers mongols, les lances, les sabres
ornés d’argent et de corail, etc. Les bijoux fort nombreux
sont pour la plupart en argent et en corail, jade ou tur¬
quoise. Les boucles d’oreilles pour homme ( Amd-jo ), les
diadèmes (Padjvon), les fermoirs qui se portent sur le
tablier ( Ngou-tigra ) etc., viennent la plupart du Thibet
méridional et dénotent dans le travail l’influence hindoue.
Parmi les bagues, la plus intéressante est celle qu’on
appelle le 6eeo; elle est haute de 3 centimètres et se
porte au pouce comme ornement; jadis elle avait son
utilité en protégeant le pouce au moment de tirer la
corde de l'arc; les archers mongols s’en servent encore
couramment aujourd’hui.
Passons maintenant à la religion des-Thibétains et aux
objets du culte exposés. On sait que les Thibétains, pri¬
mitivement fétichistes, ont été convertis au bouddhisme,
■vers le vu® siècle de l’ère vulgaire, par les moines venus
du Boutan et du Nepaul. La religion que prêchaient ces
moines n’était point le bouddhisme primitif de Sakya
Mouni, mais une modification de cette doctrine issue
de la division de l’église primitive et connue sous le
nom de bouddhisme septentrional, doctrine du « grand
véhicule de la Loi » (Maha-yana), par opposition au boud¬
dhisme méridional (ou du « petit véhicule ») qui florissait
à Ceylan, et, plus tard, au Siam. Cette religion se trans¬
forma en ce qu’on appelle aujourd’hui le bouddhisme
lamdile, caractérisé surtout par une puissante organi-
satiou du
clergé et par
une régie -
mentation
compliquée;
du culte exté¬
rieur. Le la¬
maïsme a ré¬
duit toutes
les grandes
idées du
bouddhisme
antique en
quelques for¬
mules, creu
ses répétées
sans cesse
pendant la
prière. Il faut
dire que le
fétic Ii i sme
primitif des
Thibétains,
la religion de
Bo-pa, s’est
conservé
presque dans
toute sa force
chez le peu¬
ple et que le
bouddhisme
lui-même a
consacré
mainte pra¬
tique chamaniste, en la faisant entrer dans le nouveau
culte. Ainsi, la coutume d’ériger des amas de pierres,
des Obo (fig. 2), sur les sommets et les cols des montagnes,
n’est qu’un reste de l’ancien culte des hauts lieux qui
s'accommode très bien avec le bouddhisme ; seulement
comme on peut le voir sur la réduction d’un de ces Obo
à l’exposition, on a soin d’y ajouter quelques lambeaux
d’étoffe portant des prières imprimées en « saints » ca¬
ractères et de graver sur une des pierres, la formule
sacrée de tous les bouddhistes Ommani-padmè-houm,
dont la signification exacte n’est pas moins obscure
pour les savants européens que pour les théologiens
bouddhistes. Une autre survivance des croyances cha¬
manistes mélangée aux débris du culte civaïte de l’Inde
est représentée à l’exposition par les « images à invo¬
cations » qui servent aux lamas dans leurs opérations
magiques.
vénérées par les bouddhistes lamaïtcs.
i.E NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
LE NATURALISTE
192
L’exposition de MM. Borivalot et le prince d’Orléans
ne pouvait donner qu’une faible idée de la variété et du
grand nombre d’objets se rapportant au culte extérieur
bouddhiste lamaïte, tel qu’il se pratique dans les tem¬
ples de lhassa et dans les grands couvents et dont plu¬
sieurs attributs rappellent le culte catholique, comme l’a
déjà fait remarquer le père Hue. Les voyageurs ne rap¬
portèrent naturellement que quelques objets qu’ils ont pu
se procurer un peu au hasard. Mentionnons tout d’abord
le moulin à prière ( Manc-Korlo ) (1) que doit posséder tout
bon lamaïte; c’est un petit cylindre orné extérieure¬
ment d’inscriptions et renfermant intérieurement des
prières écrites sur des bandes de papier; l’on peut tourner
ce cylindre sur un pivot tenu à la main; une petite boule
en métal est attachée par une chaînette au cylindre afin
d’en faciliter la rotation. Autant de fois on a tourné le Mané-
Korlo, autant de fois on a dit la prière; c’est commode
et expéditif. Après le moulin, voici l’habillement rouge
d’un lama de la secte « des bonnets rouges » ou Pembo,
qui s’est formée vers le xve siècle et dont les adeptes,
nombreux dans la province de Kham, tournent le Manè-
Korlo de droite à gauche, tandis que les « bonnets jaunes »
lamaïtes orthodoxes, le tournent de gauche à droite. La
coiffure de ce même lama en forme de casque des
anciens grenadiers prussiens se met aussi bien pendant
l’office que dans l’intérieur du couvent, mais pas pour
sortir dehors.
Fig- 3-
■ Trompette en
chez les bouddhistes lamaï
(1) Vovez à ce propos notre travail sur les ICalmouks,
le Bulletin de la Soc. d' Anthropologie, 1883, p. 7G8.
Quant aux images des dieux et des « esprits » bouddhistes,
il n’y en a que quelques spécimens des plus primitifs (sur
folio et dans une autre vitrine). Les instruments de mu¬
sique qui jouent un rôle si important dans le culte la¬
maïte et dont on compte 24 variétés sont représentés
par sept ou huit pièces : d’abord la sonnette ( Tchribon
en thibétain, Khanta en sanscrit) que le lama principal
lient pendant l’office dans sa main gauche (fig. 1, der¬
nier numéro, au centre), tandis que dans la main droite
il a une espèce de sceptre (Doguw ou Da-dja en thibétain,
Vadjra en sanscrit) qui sert à éloigner les mauvais es¬
prits et dont on peut voir un beau spécimen à l’exposi¬
tion (fig. t à droite); puis un petit tambour Ngeou ou
Nga ( Bheri en sanscrit), un chalumeau en tibia humain
(fig. 1 en bas), (Koudou), une trompette (fig. 3) en co¬
quille de Triton ou de Buccin avec une embouchure de
métal ( Tsang-Kio-Pomba ), une longue trompette, de
cuivre (Radou), trois séries de cymbales, etc. Mention¬
nons enfin comme objets de cplte, les coupes à offrande
de différentes formes, les chapelets à 109 grains, les
reliquaires, les paquets de bougies et baguettes odorifé-
rentes qu’on brûle devant les autels, le vase contenant
l’eau lustrale, etc. Malgré leur petit nombre, ces objets
forment une collection précieuse, car jusqu’à présent on
ne trouvait, même dans les musées spéciaux, que très
peu d’objets de culte venant du Thibet.
J. Deniker.
NOTE SUR LA FAUNE ORTHOPTÉROLOGIQUE DE L’ILE D’YÉSO (JAPON).
à Yéso, dont les belles
fait connaître la végétation de cette
i ortkop -
cours de ses explorations botaniques; bien
ibreuses et ne comprenant qu'une douzaine
les captures de M. Faurio offrent un réel intérêt,
ment parce que sur un aussi petit nombre d’individus
itiennent quatre types nouveaux, mais encore
pas aine
affinités do
très méridionales. Les matériaux dont je dispose ne me
maintenant, d’une façon
faune orthoptérologique d’Yeso; on
peut cependant conclure, d’après les observations de
M. Faurio, que cette faune est très pauvre. Placée à la pointe
l’ile d’Yéso est couverte de montagnes
les influences climatériques de la Sibérie, dont elle
n’est pas très éloignée, s’y font vivement sentir; aussi le froid
y est-il excessif et les neiges persistantes; ces conditions sont
peu favorables au développement des orthoptères, lesquels se
montrent d’autant plus nombreux en espèces et variés de
que la région est plus chaude.
Les insectes
quatre :
Locustaires et des Gi-illonicns ;
1 ’Anisolabis marilima Bonn.,
méditerranéen et sur le littoral Japonais, et par le For/icula
Japonica Bonn., qui parait' spécial à l’empire du Japon; dans
la seconde famille on remarque deux Pezzotettix nouveaux
(/’. Fauriei Bol. et P. Mikado Bol.), 1 ’Oxya chinenssis Tliunb.,
commun aux deux empires Chinois et Japonais, le Pachytylus
cinerascens Fabr., répandu dans une grando partie de l’ancien
monde et jusqu’en Polynésie, et enfin le Pachytylus miyra-
tovioides Reich., dont les migrations embrassent l’Abyssinie,
l’Inde, les Philippines ri l'Australie; cette dernière espece
n’est pas permanente à Yéso ; elle n’y apparaît qu’à certaines
années, en troupes nombreuses qui constituent des invasions
à celles du Criquet pèlerin dans le Nord-Afrique
ï insectes que j’ai reçus de M. Faurie se répartissent
les quatre familles des Forficulàires, des Acridiens, des
s ; la première est t
LE NATURALISTE
les Platycleis Bonneli Bol. et Declicus Japonicus Bol.; un
type commun à l’Europe, au Turkestan, à la Sibérie et à la
région de l’Amour : le Phaneroplera falcata Scop. et enfin le
Dieslrammena marmorata Haan, dont l’habilat est restreint
au Japon.
Quant aux Grillonicns, je n’en connais jusqu'à présent que
deux espèces à Ycso : le Grillus milratus Borm. qui se retrouve
à Java à Malacca et dans les îles de la Sonde et le Grillolalpa
africana P. B., dont l’aire de dispersion comprend une partie
<le l’Afrique, Madagascar, l'Inde, la Chine, Java, Sumatra et
le Japon.
Dr Bonnet.
Recherche et Préparation des Reptiles
(Suite.)
Préparation des Reptiles. — La préparation
des Reptiles, de même que la chasse de ces animaux,
diffère selon l’ordre auquel ils appartiennent.
Préparation des Tortues. — Les Tortues ont le corps
proLégé par une cuirasse écailleuse dont la partie supé¬
rieure porte le nom de carapace et la partie inférieure
celle do plastron-, avant de préparer ces animaux il faut
s'assurer si la carapace est intimement unie au plastron
et ne forme qu’un seul corps avec lui ou si elle y est sim¬
plement réunie par un cartilage ; dans le premier cas on
sépare ces deux pièces au moyen d’une scie très fine, en
ayant soin de ne pas entamer les bords de ces parties;
dans le second cas on les sépare avec le scalpel. Les
extrémités de l’animal restent adhérentes à la carapace.
Lorsque le plastron est enlevé, on place la Tortue
sur le dos et on enlève facilement les intestins et les
viscères. On détache les pattes, le cou et la tête, en
coupant leurs articulations près de la carapace, mais en
ayant soin de ne pas couper la peau. On dépouille les
jambes de derrière que l’on refoule dederrièreen dedans
pour en détacher la peau. Il n’est pas nécessaire de lais¬
ser une partie des os et on détache tout ce que l’on peut
enlever sans léser la peau. On passe ensuite à la queue
que l’on dépouille avec précaution ; si on craignait de la
casser, on la fendrait par-dessous, on l’écorcherait en
rejetant la peau sur les côtés puis on la passerait au
préservatif ; il suffirait de la recoudre ensuite et de
la bourrer.
On dépouille les jambes de devant de la même manière
que les autres, puis le cou et la tête ; le crâne doit être
vidé parle trou occipital sans l’agrandir; les yeux enle¬
vés sont remplacés par de l’étoupe hachée placée dans les
orbites. Lorsque la tête est nettoyée de toutes ses chairs,
on passe sur les os et sur tout l’intérieur de la peau
une couche épaisse de préservatif ; puis on bourre
toutes les parties avec de l'étoupe hachée. On peut alors
placer les fils de fer. Une carcasse entière n'est pas né¬
cessaire, parce que l’animal étant toujours porté sur le
plastron et jamais sur ses pattes il suffit de faire dessé¬
cher celles-ci dans une bonne attitude pour qu’elles se
conservent toujours ; mais il n’en est pas de même de
la tête ; on y passe toujours un fil de fer pour pouvoir
la maintenir dans une direction quelconque. Le cou des
Tortues, lorsqu’il n’est pas très tendu, offre des plis de
la peau qui doivent être conservés. Si le préparateur ne
se sentait pas assez habile pour cela, il représenterait
l’animal le cou tendu, mais cette attitude est toujours
disgracieuse (Boitard).
Pour placer les fils de fer on doit les disposer comme
pour les petits Mammifères ; on passe successivement ces
fils dans les pattes, la queue et le cou; on les réunit soli¬
dement ensemble et on achève de bourrer.
line reste plus qu’à replacer le plastron que l’on unit
à lacarapace avec de la colle forte, ou, mieux encore, en
perçant les bords du plastron et de la carapace des trous
correspondants par lesquels on passe des fils de fer que
l’on tord ensuite au moyen d’une pince. On donne à la
tête et aux jambes une attitude naturelle; on colle les
yeux artificiels dans les orbites avec un peu de
somme; on fixe le sujet sur un socle en bois et on le
laisse sécher. Avant de le placer dans la collection on
peut passer sur toutes les parties une couche de vernis
à l’alcool.
Les individus très jeunes se conservent dans l’al¬
cool. Les œufs qui ont une coque calcaire doivent être
préparés comme ceux d’Oiseaux.
Conservation (les Reptiles par voie lin
ml de. — Il est d’usage de n’empailler que !• -
d’une grande taille ; les autres sont conservés en alcool.
Pour les Reptiles écailleux, dit Lataste, j’emploie de
l'alcool à 80-90 degrés centigrades. Autant que possible
je plonge l’animal vivant dans la liqueur afin qu’il s’en
imbibe mieux. S'il est trouvé ou m'est apporté déjà mort
j'ai soin de lui ouvrir proprement le ventre sur une cer¬
taine longueur afin que l’alcool puisse assez vite impré¬
gner ses chairs. Sans cette précaution la corruption étant
très rapide chez ces animaux et l’endosmose très difficile
et très lente à travers leur peau chitineuse, les intestins
se pourriraient, l’épiderme se soulèverait par place et
l’objet serait complètement détérioré. Pour les Reptiles
nas, comme pour les ccailleiur, il faut prendre des vases
assez grands, afin que l’eau contenue dans le corps de
l’animal n’affaiblisse pas sensiblement la liqueur, et
avoir soin, au premier signe de fermentation, de renou¬
veler le liquide ou, du moins, de filtrer l’ancien et d’aug¬
menter son degré en ajoutant de l’alcool.
Quelques personnes conservent les Serpents dans des
tubes. Si le tube est fermé à la lampe, l’évaporation est
impossible, mais il faut briser le tube quand on veut
prendre l’animal eu main pour l’étude et des bouchons
de liège seront bien vite altérés par le contact direct de
l’alcool. Il faut d'ailleurs observer que l’on ne peut met¬
tre en tube que des objets déjà complètement saturés
d’alcool, sans quoi la très petite quantité de liquide que
peut contenir le tube serait vite modifiée et perdrait ses
propriétés.
11 est préférable de placer ces animaux dans des lia-
LE NATURALISTE
104
cons, comme nous l’avons indiqué pour les Batraciens,
et d’employer les memes procédés pour la fermeture des
flacons.
A. (ÎRANGER.
A propos d’une monstruosité du Polyporus squamosus
Le Polyporus squamosus est un beau champignon qui
n’est pas très rare dans nos environs sur les troncs ca¬
riés de différents arbres : le noyer, le tilleul, le peuplier
sont ses supports habituels. Il est formé d’un chapeau
large, orbiculaire ouréniforme, blanc -jaunâtre, élégam¬
ment maculé de squames brunes ou noires; son stipeest
épais, obèse, plus ou moins excentrique et noirâtre' dans
sa partie inférieure. L’hyménium est blanc-crème, sa
surface qui est d’abord simplement ponctuée, se montre
bientôt creusée de pores amples, anguleux et lacérés, en¬
tièrement recouverts par les organes sporifères.
Deux énormes spécimens de cette plante, récoltés sur
une souche de peuplier près de Boissy-Saint-Léger, pré¬
sentaient un processus supplémentaire bien remar¬
quable. Du centre de chacune des alvéoles liyméniennes
s’élevait une pointe rigide dont la hauteur atteignait
exactement celle des parois de ces alvéoles, en sorte que
la face inférieure du chapeau offrait à la fois les carac¬
tères d’un polypore et ceux d’un hydne. Les basides
étaient également distribuées sur les cloisons des al¬
véoles et sur les pointes, aucune modification ne se re¬
marquait dans la forme des spores ou dans leur abon¬
dance.
Un examen attentif d’un certain nombre de ces aiguil¬
lons accidentels- permettait de se rendre compte de leur
mode de formation.
On sait que dans le Polyporus squamosus, comme dans
un grand nombre d’hyménomycètes tubulifères ou la-
mellés, la surface des tubes ou des lames présente sou¬
vent des lignes saillantes ou des veines en relief qui
partent du chapeau et aboutissent à la tranche en dimi¬
nuant peu à peu d’épaisseur. Ces lignes sont recouvertes
par l’hyménium comme les parties planes, et leur tissu
n’est que la continuation de celui de la trame.
Dans le cas de la monstruosité qui nous occupe, on
pouvait voir que certaines alvéoles, principalement celles
placées près du pourtour du chapeau, avaient une de ces
lignes saillantes beaucoup plus développée qu’à l’ordi¬
naire; souvent cette ligne se prolongeait jusqu’au centre
de l’alvéole et avait alors l’aspect d’une lame insérée
sur la paroi. Parfois cette lame s’échancrait à son som¬
met dans la partie touchant la cloison alvéolaire : pre¬
mier indice de l’isolement d’une pointe libre ; ailleurs
l’échancrure atteignait les 3/4 delà longueur de la lame,
enfin celle-ci n’était plus réunie à la paroi que par une
faible saillie du fond du tube, saillie qui elle-même
manque dans la majorité des cas.
Ainsi donc la portion hydnique de notre champignon
est originairement une simple dépendance de la paroi
des alvéoles.
Bien qu’on ne doive accorder qu’une confiance très li¬
mitée aux indications tirées des accidents tératologiques,
le cas actuel nous semble expliquer parfaitement la cons¬
titution d’un genre fort peu connu et paradoxal ; le genre
Theleporus de Fries.
Dans les Fungi Natalenses, page 18 (1848), Fries donne
la diagnose suivante de son genre Theleporus : « Hymé¬
nium membranaceum, in superficie celluloso-porosutn. Pori
contigui, regulares, a>quales,in cenlro papillam cylindricam
poros œquanlem gerentes. Sporophora tetraspora. »
Or cette diagnose s’applique très exactement à nos
spécimens monstrueux de Polyporus squamosus.
Le Muséum possède une frustule de l’échantillon ori¬
ginal récolté par Walberg à Natal : le Theleporus cretaceus :
l’exiguïté de ce fragment ne permet pas de suivre la for¬
mation des pointes, mais sa similitude de forme avec la
monstruosité décrite plus haut autorise à croire à une
similitude d’origine.
La plante de Walberg, qui ne paraît pas avoir été re¬
trouvée, est un véritable Poria et le genre Theleporus éta¬
bli vraisemblablement sur une déformation doit être
supprimé.
N. Patouillabu.
SILEX ECLATES PAR LA GELÉE
Les premières pierres taillées par les hommes pri •
mitifs ont d’abord été contestées et regardées comme
des accidents naturels, malgré les traces évidentes d’un
travail demandant l’intervention, d’un être intelligent .
Aujourd’hui, non seulement l’origine de ces outils des
premiers représentants de l’humanité sur la terre est
loin d’être contestée; mais encore, certaines personnes
sont peut-être entraînées trop loin et croient pouvoir
regarder comme instruments préhistoriques des silex
ou fragments de roches diverses qui n’ont que des
formes plus ou moins approchées des beaux types que
l’on admire dans les musées.
M. Adrien Thieullen, membre distingué de la Société
d’anthropologie, à qui on doit la découverte et l’étude
d’une très belle sépulture près de Crécy-en-Brie, consi¬
dère les plus beaux instruments en roches taillées et
polies comme- des outils de luxe ayant appartenu à des
privilégiés de l’àge de pierre. Pour M. A. Thieullen,
tout fragment pointu a dû être employé comme poinçon,
et toute pierre plate à arêtes un peu tranchantes a dû
servir de hache ou de couteau; surtout s’il existe sur les
bords des apparences de retouches.
Il est évident que certains spécimens très remar
quables, soit par la perfection de la taille, soit par la
nature de la roche, quelquefois inconnue dans le pays
d’où ils proviennent, ne devaient pas servir ; ils ont été
donnés, échangés ou plutôt pris à la suite de combats.
Mais cela n’est pas une raison pour considérer tous les
outils bien travaillés comme des objets de parade.
La perfection de l’outillage a suivi, depuis l’apparition
de l’homme, une progression toujours croissante, et à
toutes les époques, un ouvrier ayant employé un outil
perfectionné a dû, non seulement renoncer à l’usage
d’instruments grossiers, mais encore éviter de les uti¬
liser. Plus un artisan est habile, plus il emploie des
outils choisis et bien appropriés à l’usage auquel il les
destine. On peut cependant, faute de mieux, avoir pris le
premier caillou venu pour en faire un outil ; cela s’est
fait à toutes les époques et encore actuellement, on est
souvent bien heureux de rencontrer et de pouvoir uti-
LE NATURALISTE
User momentanément un de ces instruments d’un autre
âge, mais cela est et a toujours été tout à fait accidentel.
Quant aux silex présentant des cassures en biseau, que
l'on trouve si fréquemment dans l’argile à silex, ils
doivent cette forme coupante à la nature compacte et
homogène de la roche.
Dans le pays de Bray, on voit, sur les flancs de la
lèvre méridionale, une épaisse couche d’argile sableuse
à silex, très remaniée, provenant de la démolition lente
et de la dénudation atmosphérique des puissantes for¬
mations crétacées supérieures qui constituaient les
crêtes de la région. Parmi les éléments qui ont le mieux
résisté aux agents destructeurs, il faut naturellement
citer les silex qui sont descendus progressivement en
formant une bande de plus en plus épaisse, qui a fini
par venir reposer à la base de toutes les couches dé¬
truites après avoir parcouru lentement un chemin ver¬
tical considérable. Mais, si lent qu’ait été cet effondre¬
ment, il ne s’est pas fait sans que les silex se soient
brisés, par suite du frottement qu’ils ont subi les uns
contre les autres.
A la Chapelle-aux-Pots, près de la route de Beauvais
miner l’idée de courants locaux superficiels résultant
du ruissellement des eaux sauvages, plus ou moins
abondantes à la surface des terrains partiellement per¬
méables.
J’aurai bientôt à revenir sur ces phénomènes super¬
ficiels locaux qui donnent l’explication de bien des stra¬
tifications entrecroisées sur des plateaux élevés, sans
qu’il y ait à faire intervenir l’hypothèse de cours d’eau
importants.
Pour la plupart des silex dont il est question ici, les
éclats et les fausses retouches des arêtes ont pour cause
principale la gelée, dont l’action s’est fait sentir d'autant
plus profondément que la couche de cacholong était
plus épaisse ; en effet, les parties hydratées sont, comme
on sait, très poreuses, puisque certains silex, entière¬
ment transformés en cacholong, ont Une densité appa¬
rente plus faible que l’eau. Quand cette couche constitue
seulement une patine plus ou moins épaisse, comme
cela est le cas le plus ordinaire, l’eau ne peut pas péné¬
trer profondément; l’action de la gelée est alors loca¬
lisée à la surface; il se produit sur les arêtes de petites
fractures dentelées, et sur les parties planes, on voit se
à Gournay, on voit, au-dessus d’une exploitation d’ar¬
giles panachées pour poteries, une assez belle coupe
dans les sables verts du gault; ces sables, primitivement
verts par suite de la grande quantité de grains de glau¬
conie qu’ils contenaient, ont été fortement oxydés et
présentent, de nombreuses marbrures rouges d’oxyde de
fer sur un fond jaune. La partie supérieure de la car¬
rière est fort intéressante à étudier au point de vue des
silex brisés ; ceux-ci y sont localisés dans une zone
de 0m,90 à 1 mètre, formée de lits entrecroisés alterna¬
tivement argileux et sableux. Le tout est recouvert par
une couche uniforme de 0m,T6 de terre de bruyère.
Les silex sont [brisés, mais non roulés; presque tous
présentent sur les arêtes de petits éclats semblables
à ceux qui résultent de la retouche des outils de l’àge de
la pierre taillée; ils sont fortement palinés sur toutes les
faces. L’absence de surfaces frottées et d’angles arrondis
démontre d’une façon évidente qu’il n’y a pas eu char¬
riage violent, mais simplement affaissement progressif.
Je dis charriage violent, parce que je ne veux pas éli-
détacher des esquilles ; quelquefois, les petites cupules
coniques ainsi formées sont tellement nombreuses, que
toute la surface paraît grêlée.
Parmi les silex que j’ai examinés dans la carrière, de
la Chapelle-aux-Pots, j’en ai vu un qui m’a paru parti¬
culièrement curieux : c'est celui qui a été dessiné ici
d’après nature. Il résulte justement de l’action de la
gelée sur un bloc primitivement beaucoup plus volumi¬
neux. Quand on le regarde du côté de la face extérieure
(fig. t), il ressemble tout à fait à une hache taillée; les
retouches latérales sont nombreuses sur tout le pour¬
tour; il faut retourner l’échantillon pour être convaincu
de l’origine parfaitement accidentelle de cette pierre; en
effet, de ce côté (fig. 2), on voit le moule interne d’un
inocéramus de la craie, dont la charnière fait une légère
saillie à l’extérieur. Ce fossile a d’ailleurs joué un rôle
important dans la fracture des silex; le test calcaire qui
se trouvait emprisonné dans la masse siliceuse a fini
par disparaître par dissolution lente ; l’eau a rempli la
cavité peu épaisse ainsi formée, puis la gelée survenant.
Fig. I . — Silex éclate ayant la forme d’une hache taillée.
Grandeur naturelle (d’après nature).
LE NATURALISTE
le bloc a éclaté sous l’effort de ce coin puissant.
Les deux faces du silex sont recouvertes de cacholong,
mais l’épaisseur de cette couche est naturellement beau¬
coup plus épaisse du côté extérieur, qui a été exposé
depuis plus longtemps à l’action des agents de déshy¬
dratation. Les cupules coniques dont il a été question
plus haut sont visibles sur la figure 1.
Les fossiles emprisonnés dans les silex de la craie sont
assez fréquents, mais ils sont particulièrement abon¬
dants dans le pays de Bray. J’ai vu récemment un bloc
éclaté, dont un seul fragment de quatre ou cinq déci¬
mètres cubes, contenait une dizaine d’empreintes de
miçràster. Ces fossiles, ou plus exactement ces moules de
fossiles étaient malheureusement en trop mauvais état
pour être rapportés, mais le fait m’a semblé bon à.
signaler, d’autant plus que, dans la craie, les gisements
riches sont très rares.
Henri Boursaült.
CONSERVATION DES ANIMAUX MARINS
(Suite et fin.)
Br. ><>/,« a. — Les Pedieellina, Loxosoma sont laissés uni
heure dans l’hydrate de chloral à 1/10MP, tués ensuite par h
sublimé concentré et laves après. Quelques Bug nia sont tué:
par le sublimé chaud. Fluslra, Cellepora, Crisia, etc., sont fixé:
en ajoutant lentement de l’alcool à 10° à la surface
Fig. 50. Bryozoa. Pedieellina. — Fig. 51. Bryozoa. Fluslra.
Fig. 52. — Bryozoa. Crisia.
Brackiopoda. Ou anesthésie avccl’eau de mer alcolisce et
on transporte dans l’alcool.
Tnnicata. — Les Appendicularia sont fixés en laissant 5 mi¬
nutes dans le mélange chromo-osmique. — Ascidiæ simplices :
pour fixer Clavellina et Perophora, on immerge dans l’hydrate
de chloral à 1/1000% puis on tue avec le mélange chromo-acé¬
tique et on transporte dans l’acide chromiquo à 10/0; une
demi-heure après on passe dans l’alcool à 35° puis à 70». Asci-
dia ( Phallusia ) : on laisse 3 à 6 heures dans l’hydrate de chlo¬
ral à 1/1000% et on durcit à l’acide cliromique à 1 0/0 en lais¬
sant une demi-heure. Ciona intestinalis est tuée lentement par
quelques gouttes du mélange chromo-acétique dans l’eau de
mer, on transporte dans l'acide chromique à 1 0/0 et on porte
ensuite dans l’alcool faible. Molgula, Polycarpa, Rhopalea,
Chevreidius restent 12 heures dans l’hydrate de chloral à 1 /1000e,
puis par le mélange chromo-acétique, durcis ensuite par l’acide
chromique à 1 0/(1. Cynthia et Styela sont anesthésiées dans
l’hydrate de chloral à 2/1 000e en 24 heures, puis traités comme
précédemment. — Ascidiæ compositæ : les formes gélatineuses
doivent être laissés 2 heures dans l’hydrate de chloral à 1/1000%
et on tue par le sublimé concentré chaud, puis on passe immé-
Fig. 53. Tunicata. Phallusia. — Fig. 34. Tunicata. Salpa.
Fig. 55. — 'Tunicata. Pyrosoma.
diatement dans l’acide chromique à 1/2 0/0. Les Pyrosoma
sont plongés dans l’alcool chlorhydrique (alcool à 50 0/0, 100 ce;
ac. chlorhydrique conc. 5cc.) ; un quart d’heure après ou trans¬
porte dans l’alcool à 60° et successivement dans des alcools plus
loris. Salpidiæ : les espèces à corps dur s’immergent dans un
mélange d’eau douce (lOOce) et d’acide acétique concentré (10cc)
où on les laisse 15 minutes ; on lave dans l’eau douce, on passe
ensuite graduellement dans l’alcool. Les formes semi-dures se
fixent par le mélange chromo-acétique, puis on passe directe¬
ment dans l’alcool faible. Les formes molles s’immergent dans
le mélange chromo-osmique pendant 15 à 60 minutes, on lave à
l’eau et on passe dans l’alcool faible. Les Doliolidæ sont tuées
par un mélange do sulfate de cuivre et de sublimé ; après
2 minutes on lave à l’eau douce et graduellement on les trans¬
porte dans l’alcool à 70°.
Poissons. — \ 1 Amphioxu s est tué dans l’eau de mer
alcoolisé à 10 0/0, on transporte ensuite dans l’alcool à 50°
qu’on porte peu après à 70". Les Cyclostomes, Sélaeaciens, Ca¬
ndides, sont plongés directement dans l’alcool pour les petits
Poissons. Amphii
exemplaires; pour les grands, on doit faire au ventre une inci¬
sion. Les Téléostéens se préparent de même, mais il est néces¬
saire d’injecter les grosses especes. Les poissons à peau argen¬
tée se fixent dans le sublimé concentré en quelques minutes.
En général, les poissons devront, autant que possible, être plon¬
gés vivants, car c’est seulement ainsi qu’ils conservent bien la
forme du corps et les nageoires bien étendues.
ENTOMOLOGIE APPLIQUEE » L'AGRICULTURE
MŒURS ET METAMORPHOSES DE L’ERASTRIA
SC1TULA, Rambur. (Lépidoptère nocturne).
L’insecte, dont nous allons décrire la vie évolutive, est un
Lépidoptère nocturne du groupo des Noctuelles (Érastrides),
LE NATURALISTE
1'
dont les première et deuxième phases se passent sous le cou¬
vert d’une coque que la chenille traîne après elle durant son
existence, et qui lui sert plus tard, lorsqu’cst venu le moment
de sa deuxième transformation, à mettre à couvert la chrysa¬
lide.
Coque : longueur, 7 millimètres, largeur 4mm 1/2.
Formée des débris des dépouilles du Lccanium olcæ, juxta¬
posées les unes contre les autres et maintenues par une légère
membrane grise paraissant en partie formée d’un réseau soyeux
de fils entrelacés, la coque à la forme d’un bateau renversé ;
l’intérieur en est lisse.
Pareille aux sauvages qui ornent leur corps des peaux des
oiseaux qu’ils viennent d’abattre, la chenille dont nous allons
donner la description prend, pour orner sa carapace, les coques
vides des coccus dont elle s’est repue.
Chenille Longueur 6 millimètres, largeur 4 millimètres.
Corps charnu, épais, cylindrique, rougeâtre, atténué à sa
partie antérieure, fortement renflé à l’extrémité opposée, avec
poils bruns clairsemés.
Tête lisse, écailleuse, en partie enchâssée dans le premier seg¬
ment thoracique, noire luisante, avec quelques longs poils
épars sur la surface, légèrement excavée au milieu de sa région
postérieure où elle reçoit une pièce membraneuse pâle formant
corps avec le premier anneau thoracique; épistôme transverse,
tcstacé pâle; labre gris pâle, pubescent, en demi ovale; mandi¬
bules cornées, ferrugineuses, à extrémité noire, quadridentées,
creuses vues de profil ; mâchoires peu apparentes formées d’un
lobe, cilié intérieurement; palpes maxillaires de trois articles
testacés, annelés de brun à l’extrémité, les deux premiers gros,
coniques, le troisième grêle â extrémité obtuse; menton gris
pâle trapézoïdal, pubescent, fortement charnu et comme bour¬
souflé, ceint dans scs lignes d’un trait brun; languette triangu¬
laire, encadrée de deux petits palpes dont la direction est inté¬
rieure : entre les palpes labiaux et les palpes maxillaires sont
deux petits filets noirs â extrémité très déliée; antennes de deux
articles émergeant d’un tubercule â base testacée; premier arti¬
cle conique, gris clair à extrémité noire, deuxième cylindrique,
noir, â extrémité brune ; ocelles bruns, cornés, au nombre de
quatre, disposés en demi-cercle en arrière des antennes.
Segments thoraciques charnus et rougeâtres, lisses et luisants,
un peu pubescents de gris ; premier segment enchâssant une
partie de la région postérieure de la tête qu'il dépasse en lar¬
geur, un peu plus rougeâtre que les deux segments suivants,
portant en son milieu deux plaques écailleuses noires séparées
par un trait rougeâtre ; les deuxième et troisième segments, un
peu plus gros que le premier, sont incisés transversalement; une
incision en demi- cercle, au milieu de chaque anneau, et des
rides latérales, formant dans leurs intervalles de légères bour¬
souflures.
Segments abdominaux. Les cinq premiers participent de la
forme et de la couleur des deux derniers segments thoraciques,
tout en augmentant de volume : les quatre suivants diminuent
au contraire de volume, se terminent circulaircmcnt en forme
de couronne dont le sommet affleure la région dorsale; le der¬
nier anneau testacé pâle porte une double couronne de crochets
bruns au centre desquels est l’anus : le rôle de ces crochets est
de maintenir la chenille dans sa coque.
Dessous déprimé jusqu’au huitième segment, avec de fortes
incisions et de fortes rides formant boursouflure dans l’inter¬
valle; â partir du neuvième, les anneaux se relèvent pour se ter¬
miner en diminuant au douzième et dernier â la couronne de
crochets signalée ; les deux derniers sont pubescents, le pénul¬
tième porte deux impressions en forme de fossettes.
Pattes thoraciques grises et membraneuses en dessous, noires
et écailleuses en dessus, naissant d’une pièce cardinale mame¬
lonnée; de trois articles, les deux premiers coniques avec quel¬
ques petits poils gris clair, le troisième brun clair terminé par
un onglet acéré.
Pattes membraneuses au nombre de deux paires placées aux
huitième et neuvième segments, formées de deux pièces, la pre¬
mière en forme de tubercule avec quelques cils bruns sur les
côtés, la deuxième en forme d’éventail, surmontée d’une cou¬
ronne de crochets très rapproches.
Stigmates ovales, gris, à péritrème roux.
C’est en juin, sur les oliviers des environs de Ria (Pyrénées-
Orientales), alors que le Lccanium olcæ a acquis son plus grand
développement, que se montre la chenille du Thalpocares sci-
tula ; jusqu’à cette époque, coccus et chenille à peu près sem¬
blables en taille, en forme et en couleur, se confondaient sur les
feuilles et sur les brindilles des oliviers ; dès le mois de juillet la .
coque de la chenille est le double de celle du Lecanium, cl |
quoiqu’elles soient encore toutes deux ressemblantes, un peu
d’attention permet de les distinguer l'une de l’autre ; à partir de
la fin de juillet, il ne saurait y avoir de méprise, la carapace
de la chenille dépasse de six à huit fois de volume celle du
coccus. Au reste, un trait différentiel les distingue toutes deux
à tout âge, la première se meurt, progresse, le deuxième reste
toujours immobile.
La marche de la chenille est vive; durant son trajet, elle
tend des fils qui lui servent à se maintenir suspendue lors¬
qu’elle tombe de l’arbre. C’est par une des extrémités qu’elle
entame les téguments de sa victime immobile et incapable de
se défendre; de scs mandibules, elle attaque la couche der¬
mique, la perfore et plonge dans le corps qui lui sert de nour¬
riture ; dès qu'une coque est vidée, elle se met à la recherche
d’une autre, la vide encore, cette activité se continuant tant
que le rameau nourricier renferme des moyens d’existence; puis
elle gagne un autre rameau le débarrasse à son tour de ses
parasites, passant ainsi d’un rameau à un autre tant que dure
sa vie larvaire, de telle sorte qu’il suffit de quelques chenilles
pour dépouiller de la vermine qui la tue une grande branche
d’olivier.
Fin juillet, arrivée au terme de sa première évolution, la che¬
nille quitte le rameau, descend le long des branches, et si, dans
son parcours sur le tronc, elle trouve un dessous d’écorce, un
interstice, un creux susceptible de la mettre à l’abri de l’eau et
du soleil, elle s’arrête à cet endroit : la place choisie est débar¬
rassée de ses parties saillantes et raboteuses, elle est tapissée
d’une couche de fils de soie qui fixent en même temps les parois
intérieures de la coque contre le plan de position ; ainsi abritée,
elle se prépare à subir sa transformation en chrysalide ; si le
tronc de l’olivier ne lui offre pas un gîte assuré, elle descend
au pied de l’arbre, et là, au ras du sol, contre une pierre, sous
une motte de terre, elle s’installe en utilisant et en employant
les mêmes moyens.
L’état transitoire par lequel la chenille passe pour arriver à
sa morphose dure quatre à cinq jours, au bout desquels appa¬
raît la chrysalide.
Chrysalide. Longueur G millimètres, largeur 3mm 1 '2 à 4 mil¬
limètres.
Corps cylindrique, brun rougeâtre, plus pâle au fourreau des
ailes et aux derniers segments, atténué à l’extrémité posté¬
rieure laquelle se termine par une demi-couronne de six soies
rougeâtres, à bout en forme de patte; contre la base de la
demi-couronne est une rangée de fortes spinules noirâtres; une
autre rangée de quatre autres spinules de même couleur dont
les deux médianes sont plus courtes fait suite; d’autres spinules
noires, courtes, éparses, ornent la région dorsale des trois der¬
niers arceaux ; l’anus, dont la fente est longitudinale, est sis entre
deux petits bourrelets de couleur un peu plus accentuée que
celle du fond; les antenucs glissent entre les bords des ailes
supérieures et la deuxième paire de pattes; les stigmates sont
roux à péritrème brun : le reste du corps n’olîre aucune autre
particularité digne de remarque. La demi-couronne de crochets
vers laquelle sont re’oulécs les peaux chiffonnées de la chenille,
sert à la chrysalide â se fixer contre la coque.
C’est dans le courant du mois d’août qu’a lieu l’éclosion de la
chrysalide; presque aussitôt après suit l’accouplement.
Adulte. Trouvé pour la première fois dans les Pyrénées-
Orientales, où il n’est pas rare, en particulier dans les olivettes
des environs de Ria; il a été décrit et figuré par Rambur (An.
.S oc. ent.fr., 1834), puis par Duponchel (suppl. vol. 3, pl. 47
f. 4), et en dernier lieu par Berce ( Lépidopl . de France, 1870,
P Les premiers états ont été décrits et figurés par Millièrc
Soc. franç. d'Enl. 1884, p. 1, pl. 1, s- f- 1-4), mais un peu suc¬
cinctement.
Étant donnée la conformation particulière de la chenille, nous
avons cru devoir nous étendre un peu plus longuement; de
plus, décrire la chrysalide, ajouter, enfin, aux observations
connues, quelques traits de mœurs complémentaires.
D’après Millièrc, la chenille vivrait aux dépens des Coccides,
qui sont particuliers aux figuiers, aux pêchers, aux lauriers-
roses. Cet auteur a été induit en erreur lorsqu’il dit (loc. cil.) :
Cette chenille exerce ses ravages parmi les Cossus, Hyménop-
lèves y elc. »
C’est un hémiptère, homoptère du groupe des Coccides, le
Lccanium oleœ, Bernard, qui forme exclusivement la base de
la nourriture de la chenille de l’E. Scitula, hémiptère qui vit
aussi bien sur l’olivier que sur l’oranger, sur le figuier ou sur
le laurier-rose.
Aux environs de Ria, localité où U nous a été donné de taire
LE NATURALISTE
id des services inappré¬
ciables en débarrassant les rameaux des oliviers des innom¬
brables Lecanium qui infestent l’arbre, l'affaiblissent au point
d’en épuiser la sève, et le rendent par suite improductif.
En débarrassant l’arbre des générations de parasites sans
cesse renaissantes, un double effet se produit: la Morfée (fuma-
gine), autre maladie qui n’envahit les oliviers que s’ils sont
déjà atteints par le Lecanium et qui achève de les ruiner, dis¬
parait à son tour.
Nous avons donc dans la chenille de l'Erastria scitula un
auxiliaire des plus précieux.
Capitaine Xamiïeu.
LE ROLE DU FOIE CHEZ LES ANCIENS- - ALLÉGORIE D’ARISTÉE
La découverte de la fonction glycogénique du foie est une
des plus belles conquêtes de la physiologie. Elle a aidé à se
rendre compte d’un grand nombre de maladies dont elle a in¬
diqué par suite le traitement rationnel ; elle a conduit à la dé¬
monstration de l’influence capitale des
sset:
5 (Diabète expérimental, polyurie, etc.),
iter une fois do plus l’identité des
fonctions chez les êtres vivants, les animaux comme les plantes
pouvant produire de la matière sucrée. Cette
française est due à l’illustre Claude Bernard
pourra jamais là lui contester.
Toutefois, il m’a paru intéressant de rechercher si notre
grand physiologiste n’avait pas eu de précurseurs; si avant
lui, la fonction glycogénique était demeurée complètement
inconnue et quelles idées on se
du foie dans l’économie.
Le foie occupe un tel volume dans le corps que les anciens lui
attribuaient un rôle capital ; pour eux, en effet, l’importance des
organes était proportionnelle à leur grosseur. L’école romaine
le considérait comme un des quatre domiciles de la vie. ■( Cor,
cerebrum, pulmones, jecur; hæc pnim sunt domicilia vit». »
(Cic., Nat. Deorum, i, 35.)
Remarquons en passant que les langues saxonnes reflètent
toutes la même idée. En allemand, le mot foie se traduit par
le ber et provient du radical leb, leben, vivre ; de même que le
mot anglais correspondant hiver provient de Live, vie.
MM. Chauveau et Kauffmann, dans une note à l’Institut (1S86),
ont démontré que la cause primordiale de la vigueur muscu¬
laire provenait du sucre formé dans le foie. Plus le muscle
produit de l’énergie, plus il consomme de la matière sucrée.
Dans les langues saxonnes, le mot vigoureux s’exprime par les
termes lebhast et lively dans lesquels on retrouve intacts les
radicaux qui expriment simultanément la vie et le foie.
Pour tous les anciens, sans exception, c’était du foie que
provenaient les excitations physiques les plus violentes, il
était le siège des passions et l’origine de toute vigueur.
Ferventes diffîcili bile tumet jecur.
(Hor., Od., i, 13.)
De quelle colère brûle ton foie desséché, dit Juvénal: Quanta
siceum jecur ardcat ira! ( Juv ., i, 45.) C’était principalement
l’amour qui résidait dans ce viscère et l’importance de l’organe
correspondait bien à l’importance de cette passion qui domine et
dirige le plus souvent toutes les autres. « Cogit amare jecur »,
c’est le foie qui excite à l’amour, disait-on. « Si torrerc jecur
quæris idoneum », répétait Horace, et il ajoutait ce vers qui
peint bien les mœurs d’alors :
Non ancilla tuum jecur ulceret ulla puerve.
(Hor. Epit., i, 18, 72 )
Qui ne se rappelle encore cette phrase si curieuse d’Ana¬
créon : L’amour tendit son arc et me frappa au milieu du foie.
Ce qu’il y a d’intéressant à remarquer, c’<
s plus
unsi que, dans le Midi, quand
la troisième fois, on dit que scs
mortes parce qu’il avait le foie
Abio lé fédgé tro caoùt!
En définitive, maintenant que nous connaissons le vrai rôle
du foie dans l’économie et l’importance de cet organe dans la
énergio, ne pourrions-nous pas dire
■ Cogit amare jecur 1» En plaçant le siège
Le foie étant
remarquable ■
l’examiner afin d’en tirer des présages. En sanscrit le mot Hari
signifie couleur verte, et les Romains nommèrent Harispex,
Aruspices les individus chargés de prédire l’avenir par l’ins¬
pection du foie et de la partie de l’intestin grêle où se déverse
la bile et qui est ordinairement colorée en vert-jaunâtre.
L’étymologie du mot foie lui-même révèle un fait des plus
que sous le nom de jecur; mais, lorsque enrichis par leurs
conquêtes ils dépensèrent des sommes folles pour leurs habita¬
tions, vêtements, plaisirs, les raffinements culinaires ne connu-
de l’époque, un certain
possédait plus qu’un million
dont tout le monde connaît les exploits
a laissé un traité intitulé : De re culi-
naria. Il nous apprend entre autres choses combien le foie
était, un aliment recherché. Afin que ce mets fut plus sucré et
jue les Romains avaient constaté
fait très important de la physiologie du foie : l’ac-
du sucre dans cet org;
cet usage dans une de ses satires :
Pinguibus et ficis pastum jecur anseris a)
Dans les menus, on annonçait les foies d’o
avec des figues par le terme \ jecur ficatum, et comme cela se
produit presque infailliblement, le nom scientifique disparut
devant le qualificatif, et le mot ficatum (sous-entendu jecur )
désigna le foie considéré comme aliment. Par suite d’une
transformation successive dans les langues d’origine latine, le
nom ficatum devient fegato (italien) et iligado (espagnol) ; et
defegato dérivèrent les termes fedgato , fëdg'e, foie.
Si nous passons du domaine de la linguistique dans celui de
la Mythologie, noui
dignes d’attention.
On ne doit plus considérer, en effet, la mythologie i
simple tissu de fables ou comme la somme des rêveries plus ou
moins poétiques et fantastiques créées par l’imagination des
peuples primitifs. Les faits scientifiques observés étaient trans-
en générations dans les
générations dans les castes religieuses,
dépositaires jalouses de leur savoir. On les cachait au peuple
afin de pouvoir le dominer plus facilement. Du reste, fort sou¬
vent, le vulgaire n’aurait pas été à même de comprendre, et les
quelques faits qu’on voulait bien lui présenter lui étaient tou¬
jours cachés sous des allégories plus ou moins brillantes. Les
poètes s’en emparaient volontiers et les répandaient dans les
masses; aussi les nommait-on quelquefois vates, parce qu’ils
parlaient la même langue dont se servaient les devins et les
prêtres des dieux, très souvent leurs maîtres et leurs initia-
C’est Virgile qui nous apprendra par qui fut d
même peut-être bien avant l’apparition de l’hom
terre, la fonction glycogénique du foie. Avec
pourrons répéter alors : « Je sais, je sens que toute parole de
Virgile, de ce grand poète sacré, a une valeur très grave, une
autorité que j’appellerai augurale et pontificale. »
livre des Géorgiques que nous avons tous
de l’école, nous trouvons l’histoire d’A-
très bon, courageux. 11 était fils de la
nymphe Cyrène et d’Apollon, dieu de la médecine et des arts,
père d’Esculape et type parfait de la beauté toujours jeune.
Apollon confia aux muses l’éducation d’Aristéc qui fut instruit
par elles dans l’art de la médecine et de la divination. Aristée
représente donc la personnification primitive des sciences na¬
turelles et médicales, sciences qui permettent souvent de pré¬
voir la marfche future des maladies et des
passer ainsi pour devin c
seigna aux hommes la culture de l’olivier et l’élevage des
abeilles. C’est encore une allégorie charmante pour exprimer
que les résultats do l’étude des sciences naturelles sont aussi
bienfaisants que l’huile et aussi doux que le miel.
Par ses études, Aristée fut amené à supprimer en partie,
dans la nature, l’intervention immédiate des divinités et il se
trouva ainsi en désaccord
Une allégorie nouvelle noi
Eurydice personnifie le révélateur des mystères sacrés et le c
lateur religieux. Aristée s’occupant un peu trop
usa involontairement sa mort. C’est l’effet na
merveilleux et :
iturels et chaque page de la physiqti
LE NATURALISTE
que les plus puissants efforts pour sortir de la
ne et des erreurs sont méconnus et trop souvent accueillis
i jour ou l’autre la lumière reparaît plus belle et plus vive
elle sur les ruines des idées
En attendant, Aristée pleure, c’est dans l’ordre de la nature;
int abattre. Il invoque sa mère, c’est-à-
du passé et l’expérience acquise. Mon
lils, dit Cyrènc, va trouver le vieux Protée, il
toutes les façons a
illusions et de t’effrayer, il
manières, en eau, en leu, et
Yariæ illudent specics atque ora ferarum,
Fiet enîm subito sus horridus, atraque tigris,
Squamosus draco et fulva cervicc lteena .
Mais ne crains . . - : -le le plus tn plu» fart, il te dira
Sed quanto ille maris formas se vertet in
Tanto, nate, ma
Tu triompheras de tes
faiteur de l’humanité. Qu'était-ce que Prêtée? La plus belle de
toutes les personnifications de la nature, se transformant de
toutes les manières, se retrouvant toutefois identique, soit dans
l’eau, le feu, la terre, les monstres mêmes. La nature à qui on
doit toujours s’adresser en dernier ressort et qui ne livre ses
secrets qu’au savant que les difficultés n’intimident point et
qui sait resserrer de plus en plus les expériences jusqu’à l’ac¬
quisition de la vérité. Diderot a développé la
du vieux Protée sous 'une forme moins énergiqi
duisante. a La nature, dit-il, est une femme qui aime à se tra¬
vestir et dont les différents déguisements laissant échapper
tantôt une partie, tantôt une autre, donne quelque espérance à
ceux qui la suivent avec assiduité de connaître un jour toute
Qu’apprit Aristée dans l’étude de la nature, dans ce livre
toujours ouvert?
La saison était très rigoureuse,
fleurs pour butiner et elles mour;
Amissis, ut fama, apibus
Aristée choisit huit jeunes
qu’il signale et c’est une
lait et de l’explication que
du
gorie d’ Aristée
On récolte les essaims en les attirant avec
ces régions où le Nil couvre la terre de ses
miel que
servir à l’histoire des Insectes » (1734-1742), raconte une his¬
toire analogue : Lorsque le temps est mauvais, on voit, dit-il,
d’un sirop
: que l’on place près de leurs ruches ; quelquc-
ans les boucheries du village, sur les foies des
des veaux, et quand elles rentrent à
animaux, mais là où ils
lion, c’est lorsqu’ils croyaient que les 1
de la substance même du foie. Virgile peut-être n’t
point ces idées de génération spontanée et a-t-il voulu simple¬
ment indiquer que le savant est maître de la nature cl qu’il sait
tirer la vie de la morl
je propose de l’allé-
la ruche, elles ont toutes une petite goutte :
En résumé, et pour conclure, la découverte de la fonction
glycogénique du foie, attribuée à Claude Bernard, est d’origine
bien plus ancienne; on doit la faire remonter non seulement
aux Egyptiens, mais aux époques géologiques où, pour la pre¬
mière fois, des hyménoptères ou des diptères, amateurs de
liquides sucrés, se trouvèrent en présence de viscères de mam-
M. Giard, dans un article intitulé : La fonction glycogénique
du foie découverte par les guêpes (Bull. sc. du Mord, 1875) fit
ressortir cette observation de Réaumur qui « eût pu mettre sur
la trace de la belle découverte de la glycogénie. Malheureuse¬
ment l’esprit des entomologistes est
compter les poils de la patte d’un i
LE PARASITISME CHEZ LES ANIMAI \
ET CHEZ LES PLANTES
Suite et fin.)
2. . — Nous avons étudié précédemment les divers gen¬
res d'endoparasitisme. Si nous passons maintenant
à l’ectoparasitisme, nous trouverons d’abord avec le
premier une différence essentielle :
Tandis que l’endoparasite, logé dans un organe ou un
tissu, se laisse vivre, se faisant gorger par un hôte
complaisant malgré lui, l'ectoparasite est un être actif ;
il n’attend pas que les aliments viennent d’eux-mêmes à
sa portée, mais fixé sur son hôte, il va au-devant d’eux.
C’est pour cela que les Copépodes établissent une
transition ; ils possèdent un siphon, preuve certaine qu’ils
mettent à profit cet adage : << Aide-toi, le ciel t'aidera.
Si nous les avons rangés dans le groupe précédent, c est
que d 'ordinaire, ils sont parasites internes et offrent des
adaptations concordantes.
De plus, ce sont des Arthropodes, et l'ectoparasite, le
plus souvent, appartient à une classe relativement
élevée des Crustacés Amphipodes et Décapodes, des
Arachnides acariens, et la puce, un insecte; du côté des
plantes, le Gui ( Viscum album) (fig.) de nos ancêtres gau¬
lois.
Sur eux aussi, le parasitisme a eu une influence modi¬
ficatrice, les antennes des Crustacés, en particulier,
s’atrophient ou se replient en zig-zag, tandis que les
péreiopodes (1) se transforment en crochets.
Le végétal conserve sa chlorophylle, mais pousse ses
racines dans le tissu de l'arbre qui le porte.
Somme toute, ils n’offrent rien d’attrayant, et nous
n’insisterons pas à leur sujet (2).
Parasitisme indirect
Plus intéressants que les ectoparasites, plus intéres¬
sants peut-être que les endoparasites, mais d’un intérêt
ont autre sont les parasites indirects.
200
LE NATURALISTE
Ici, l’adulte est libre, il folâtre joyeusement dans l’air
quand le soleil darde ses plus brûlants rayons, mais il
fait de ses fils des parasites involontaires. Il a ses rai¬
sons pour cela.
Comme d’autres assurément, il pourrait accumuler
autour de la ponte des provisions succulentes ; il veut
pour ses larves des plats toujours très frais, un légume
sur pied, une chair palpitante.
sont surtout des Hyménoptères (I), les uns s’attaquent
aux plantes, les autres aux animaux.
Tout le monde connaît les galles du chêne et autres
arbres, produites par des Tenthrédinidés ou des Cyni-
pidés,en particulier, cette
excroissance chevelue, le
bédégar, qui a pour au¬
teur le Rhodites rosæ .
Le procédé mis en usage
est fort simple : le mo¬
ment de leur ponte cor¬
respond à l’époque du
bourgeon, ils piquent ce
dernier, et en même temps
qu’ils y déposent leurs
œufs, déversent dans le
tissu parenchymateux un
liquide âcre. L’acide dé¬
termine un afflux de’ suc
végétal gonflant l'œuf et
amenant fortement au
contact les écailles épais¬
sies du bourgeon qui de¬
vient un corps charnu, la
galle (2).
La manière d’opérer est donc fort primitive ; il n’en
est plus de même chez les Hyménoptères qui s’adressent
aux animaux, et l’on dirait vraiment que ces curieuses
bestioles ont passé leur vie dans l’étude difficile de
l’anatomie.
Les uns, des Cynipidés plongent leurs œufs dans
la cavité viscérale d’une chenille, mais sans la tuer
pour cela; bien plus, la larve qui naîtra dévorera
prudemment son hôte, se gardant de toucher aux or¬
ganes délicats. Elle permet ainsi à son garde-manger
ambulant d’arriver à la phase chrysalide. Mais alors le
Cynipide a atteint son état parfait, il brise la paroi de
sa prison et s’échappe à l’air libre, laissant derrière lui
un cadavre.
auffés, les Bembex, agissent plus merveilleu¬
sement encore; ils construi¬
sent un nid et l’approvision¬
nent. M. J.- H. Fabre a raconté
d'une façon trop remarquable
les faits et gestes de ces in¬
sectes pour oser, après lui, ébau.
cher un tableau. Nous avons
tous admiré par sa plume cette
intuition, cette science hérédi¬
taire qui guide l’animal ; nous
sommes restés muets d’étonne¬
ment au récit de ces luttes pen¬
dant lesquelles l’habile Hymé -
noptère, enlaçant étroitement
son antagoniste, le frappe à plu¬
sieurs reprises et le paralyse du
coup, enfonçant son dard empoisonné dans les gan¬
glions nerveux de sa chaîne ventrale ; tous, nous nous
sommes extasiés devant l'extrême précision de certaines
La plante n’offre rien de semblable. A-t-elle besoin
d’ailleurs de se préoccuper des graines qu’elle porte?
Aussi les parasites indirects appartiennent-ils exclusi¬
vement au règne animal, à la classe des insectes; ce
(t) Nous laissons de côté les (Kstres cl, autres Diptères,
satellites insignifiants du parasitisme indirect, qui déposent
leurs œufs sous la peau do certains Mammifères.
(2) Certains auteurs prétendent que la présence seule de
l’œuf suffit pour déterminer l’afflux de sève.
LE NATURALISTE
“201
espèces, poignardant la victime trois fois et non plus,
chaque coup paraissant porter sûrement où l'insecte le
veut.
Puis, la larve à son tour, pareille à celle du Cynipide,
dévore lentement sa proie, évitant d'entamer les centres
de la vie pour garder fraîche jusqu’au bout la chair que
lui laisse la mère.
Y a-t-il science'? y a-t-il instinct? Ce n’est pas le mo¬
ment de discuter la chose. Constatons seulement ce
merveilleux phénomène et laissons de côté — bien qu’à
regret — ces brillants anatomistes.
L’homme, comme on pourrait le croire, n’a pas
inventé le commensalisme; il a tout uniment copié
l’animal — tant il est vrai que le singe nous est proche
parent!
Le commensal a bien toujours pour but de vivre aux
dépens d’autrui, mais il ne se nourrit pas du corps do¬
sa victime, il s’assied à la table de 1 hôte et dévore vive¬
ment les vivres que ce dernier réservait pour lui-même.
C’est, en particulier, le cas du Pinnatherus pisum.
Crustacé Décapode Brachyure qui, vivant entre les
valves des Moules, détourne à son profit les proies
diverses attirées par le mollusque.
Tel est le commensal direct, d'autres agissent pour
leurs larves.
Certains Hyménoptères Chrysididés déposent leurs
œufs dans le nid du voisin — un Fouisseur d’ordinaire
— qui nourrira l’intrus avec ses propres rejetons. Le
Coucou d’Europe (Cuculus eurupæus) ne procède pas
autrement. De même fait le Malathrus, oiseau d’Aus¬
tralie ; mais, chose digne de remarque, ce dernier
ébauche parfois un nid, jamais il ne l'achève, il est vrai.
Il y aurait là pour le philosophe sujet à dissertation.
Gardons-nous d’aborder ce sujet dangereux.
Mutualisme
Nous voici presque au terme de notre course rapide
dans le monde des parasites; c’est ici la dernière étape,
nous pouvons stationner sans craindre les malfaiteurs.
En réalité, avons-nous bien là des parasites au vrai
sens du mot? Vivent-ils réellement aux dépens du pro¬
chain? Ce n’est pas sans quelque hésitat.iôn que je
répondrai oui.
Allant au fond des choses, pesant le pour et le contre,
l’Algue et le Champignon, la Fourmi et le Puceron sont
bien en réalité parasites deux à deux, parasites mutuels.
C’est là l’histoire de l’aveugle et du paralytique, l’un
marchant, l’autre guidant, ils peuvent aller au bout du
monde ; seulement, les avantages sont inégaux.
Voici le Champignon, il n’a pas de chlorophylle, voici
l'Algue, elle combine difficilement les albuminoïdes;
l’un et l’autre vont s’unir et s'enlr’aider. L’Algue, grâce à
la chlorophylle, va procurerai! champignon les hydrates
de carbone au moyen desquels ce dernier créera les
matières albuminoïdes pour l’usage de l’association
qu’on nomme lichen.
Quel est des deux le plus favorisé?
La balance tend à pencher vers le Champignon, sans
que l’abri qu’il procure à l’Algue contre les intempéries
funestes puissent niveler complètement les plateaux.
De même, le Puceron, véritable bétail, aide à l'ali¬
mentation de la Fourmi. Celle-ci, en retour, logeant l’hé-
miptère, veille à ce qu'il lui soit servi copieuse pitance.
L’analogie est presque parfaite, une seule différence
peut être mentionnée : l’avantage est assurément plus
sérieux pour la Fourmi que pour le Champignon.
Parcourant ainsi ce monde grouillant, nous voici à 1a
conclusion. Nous avons suivi dans cette étude la série
descendante; le commencement n’aurait-il pas dù se
trouver à la fin ?
Peut-être oui.
Certains penseront que la bête cunimè la plante n’en
est arrivée au parasitisme complet, absolu, qu’après de
longs tâtonnements, de longues hésitations.
Qui sait si, poussé dès l'abord dans l'éternel combat
où chacun lutte pour la vie, celui que nous voyons
endoparasite aujourd’hui ne fut pas alors timide mutua¬
liste? puis, par le droit du plus fort, devenu com¬
mensal ou ectoparasite — de l’un à l’autre il n’y a pas
loin — ne serait-il pas maintenant l’être apathique,
dégradé, attendant, pores ouverts, l’arrivée du repas?
La question est, pour l’instant, difficile à résoudre.
Aussi, préférant le certain à l’incertain, avons-nous
mieux aimé montrer dès l’abord ceux d’entre les êtres
qui méritaient le mieux l'épithète de parasite. Qu’ils
aient été mutualistes ou commensaux, peu nons im¬
porte; pourquoi tenterions-nous d’éclairer ces ténèbres ?
nous pourrions nous brûler sans y voir pour cela.
Etienne Rabaud.
DESCRIPTION DE MOLLUSQUES NOUVEAUX
Kdwardsi
Tcsla oblonga, gibbosa, roslrata, subtortuosa, nitenle alba ;
extremitas postica, contracta, utriusque valvæ bicarinata.
Dimensions : long. 16 millim.; larg. 6 millim.; épais. 3,5 millim.
Coquille oblongue, arrondie en avant, finissant en bec de
flûte en arriére et à test mince, fragile, opaque et de couleur
blanche. La valve gauche (j’appelle ainsi la valve qui se trouve
à la gauche de l’animal placé dans sa position normale, la tète en
avant et le sommet en haut) est grande relativement à l’autre,
qui semble lui servir de couvercle ; sa face externe, très con¬
vexe et si finement striée qu’elle parait lisse, s’allonge en forme
de rostre assez saillant en arriére. Sur cette partie s’élèvent
divisées par un sillon deux fortes carènes, qui partent de l’ex¬
trémité. Pour se diriger vers le sommet où elles se terminent en
s’unissant. A la face interne, profondément excavée, ces deux
carènes sont remplacées par deux sillons ; en face le sommet
se trouve la charnière, formée d’une dent unique ; la valve
droite, légèrement concave en dehors et convexe en dedans,
présente, comme la précédente, deux carènes sur sa face ex¬
terne et trois, au contraire, à la face interne sur laquelle
s’élève, près du crochet, une petite dent saillante dirigée en
bas et en dehors.
miration pour les savants travaux de l’infatigable membre de
l’Institut et de l’Académie de médecine, M. le professeur Milne-
Edvards ont présidé à la dédicace de cette espèce.
des valves. Les stries rayonnantes, fines, assez régulièrement
disposées, n’occupent que b. moitié postérieure des valves,
alors que les stries concentriques, étendues d’une extrémité a
l’autre, et très fines a la partie postérieure ou elles forment
avec les stries rayonnantes un réticulé à peine visible, se réu-
LE NATURALISTE -
202
nisscnt en avant pour former des boursouflures ou des ondes
saillantes; en arrière, sur le canal qui est en général très
court, les stries concentriques se courbent brusquement pour
se diriger de bas en haut. A intérieur des valves se présentent
près du bord les impressions palléales qui, à la naissance du
canal, remontent vers les cuillerons en décrivant une légère
courbe. Entre cette courbe et son extrémité, le canal est plaqué
d’une épaisse couche d’enduit blanchâtre; la charnière est
formée d’un large cuilleron pour chaque valve; le cuiileron
de la valve gauche, obliquement dirigé en dehors, est doublé
d’une -petite dent saillante. Sur la valve droite, au contraire,
le cuilleron dirigé vers l’intérieur do la coquille est simple.
Le crochet, sur cette valve, est presque toujours usé et perforé
par le frottement, alors qu'il reste intact sur la valve
opposée.
Hah. Aden. Cette espèce, avec un certain nombre d’autres
appartenant à des genres de la faune sénégalienne, ne me
laisse, aucun doute sur la présence, à une époque reculée, de
l’existence d’un bras de mer faisant communiquer l’océan Atlan¬
tique avec l’océan Indien à travers le désert de Sahara ; l’atter¬
rissement de cette partie de l’Afrique n’a été que la conséquence
des bouleversements volcaniques qui se sont produits sur toute
l’étendue de la mer Rouge, c’est à eux que l’on doit ce golfe
immense de l’océan Indien et -les chaînes de montagne^ qui
l’ont enserré dans ses limites actuelles.
Ods. — C’est la première espèce du genre Tugonia observée
dans l’océan Indien. Le Tugqnia divaricata de Reevc, trouvé à
Coylan, appartenant à un autre groupe auquel j’ai donné, dans
mon manuscrit sur les coquilles de la mer Rouge, le nom géné-
ri que de Turjonella.
Dr Jousse aume.
La Flore de l’Inde dans ses rapports avec la Flore
de France
(Suite.)
FUMAHIACÉES
Ilypecoum procumlens L. — Cette espèce croit dans le Midi
de la France et en Corse. On la. rencontre ici dans les parties
les plus arides du Panjab, à Peshawer, à Mooltan et dans le
Sait Range. .
Distribution générale : Asie occidentale, Région méditer¬
ranéenne.
Le o-enre CorydaMs n’offre point d’espèces communes. Les
espèces qui le représentent dans l’Inde habitent le Thibet et
T Himalaya.
Fumaria parviflora Lamarck. — Cette espèce que Hooker
regarde comme la même espèce que le Fumaria VaitlantU de
Loisel, habite les plaines de l’Indus et du Gange, les parties
basses de l’Himalaya elles Nilgiris. Je l’ai observée dans ces
deux dernières localités. C’est une plante qui envahit les cul¬
tures. Cette mauvaise herbe se trouve au Maroc, à Tripoli et
généralement dans les champs des régions tempérées de Tan-
cien Continont.
CRUCIFÈRES
Les geni*cs Malthiola et Cheirantlius n’offrent point d’es¬
pèces communes. Les diverses espèces de ces deux genres sont
cantonnées dans le Thibet.
NasLurthnn officinale R. Brown. — Plante parisienne, com¬
mune en France dans les ruisseaux. Dans l’Inde on la ren¬
contre dans le Rohilcund, dans le Panjab et à peu près dans
toutes les stations montagneuses, par exemple aux Nilgiris,
aux Shivaro hills ; mais dans ces dernières cette espèce paraît
avoir été introduite.
Distribution générale : Afghanistan, Asie tempérée, Europe.
Nasturtium palustre D. G. — C'est le Boripa nasturtioides de
Spach. Cette espèce parisienne habite en France les lieux
humides. Elle est abondante dans l’Himalaya tempéré, où elle
s’élève jusqu’à 3.000 mètres. On la trouve aussi dans le nord-
ouest de l’Inde. Elle est rare dans le Bengale et dans
l’Assam.
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du 20 juillet. — Mémoire de M Emile Blanchard,
concernant les preuves de communications terrestres entre
l’Europe et l’Amérique pendant l’âge moderne de la Terre.
Ces deux continents devaient autrefois se relier par .l’Ecosse,
les îles Feroë, l’Islande, le Groenland, les nombreuses îles du
détroit do Davis et le Labrador. Ce qui le démontre, c’est la
quantité et la qualité des végétaux et des animaux habitant à
la fois l’Europe et l’Amérique. Parmi les végétaux communs à
ces' deux pays, l’auteur cite des Anémones-, Crucifères, Vio¬
lettes, Stellaires, Astragales, Saxifrages, Rhododendron, Prime¬
vères, Liliacées, Orchidées, Aunes, Saules, Genévriers, If, etc. .
Parmi les Insectes, des centaines sont passées en Amérique
par les régions arctiques de l’Europe, entre autres des Cara-
bides qui ne se disséminent cependant qu’avec une extrême
lenteur, et un grandnombre de Lépidoptères. Parmi les Mam¬
mifères, on trouve comme représentant communs aux deux
continents, la Marte, la Fouine, l’Hermine, le Lemming, le
Lièvre variable, le Castor et le Renne. Enfin, comme Poissons
d’eau douce ne descendant jamais jusqu’à la mer nous trouvons
en Amérique aussi bien qu’en Europe, la Perche, le Chabot et le
Brochet. — M. Marey présente une note de M. Charpentier sur
les oscillations rétiniennes. Si on fait donner k raison d’un tour
en deux secondes un disque noir sur lequel on a fixé un sec¬
teur blanc plus ou moins large, et qu’on tienne l’œil fixé au
contre du disque, on observe que le côté du secteur blanc qui
pénétre le premier sur le fond noir est bordé par une bande
noire séparée du fond par une bande blanche semblable. L’é¬
tendue angulaire de ces deux bandes augmente proportion¬
nellement avec la vitesse L’auteur cite d’autres expériences et
interprète les effets produits sur l’appareil visuel comme le ré¬
sultat d’une oscillation rétinienne née sous l’influence du début
de l’excitation lumineuse. — M. Chauveau présente une note de
M. Ch Contejean sur l’innervation de l’Estomac chez les Batra¬
ciens. Innervation motrice. C’est le pneumogastrique qui pré¬
side aux* mouvements de l’estomac. Son action motrice porte
sur le cardia, le pylore et les fibres longitudinales. Ce nerf a de
plus une action inhibitrice sur les contractions réflexes de l’es¬
tomac. Les fibres circulaires sont sous la dépendance du sym¬
pathique et plus particulièrement du plexus cœliaque. Inner¬
vation vaso-motrice. Le pneumogastrique fournit des filets va
so-dilatatcurs, tandis que le sympathique agit comme vaso-
constricteur. Innervation sécrétoire. Le centre du réflexe pré¬
sidant à la sécrétion des glandes gastriques se trouve dans les
plexus nerveux intrastomacaux . Le pneumogastrique et le
lympathique n’exercent ici qu’une influence régulatrice. —
M. Milne-Edwards présente une note de M. Louis Moule sur le
développement du Mésoderme des Crustacés et sur celui de scs
organes dérivés. Ce Mésoderme est produit par la presque to¬
talité du blastoderme, ses éléments évoluent suivant le procédé
mésenchymateux ; le Cœlome est représente par l’ensemble de
l'appareil circulatoire et des cavités périviscérales, mais on no
constate pas do métamérisation comme chez les Annélides et les
Vertébrés. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note de Af. A la-
taquin, sur l’homologie des appendices pédieux et Céphaliques
chez les Annélides. L’auteur établit d’abord que le segment cé¬
phalique peut porter des antennes ayant la forme de rames séti-
gères ; puis par des exemples nombreux tirés de la morphologie
comparée, du développement et des connexions des appendices
céphaliques et pédieux, il démontre qu’une rame sétigère peut
se transformer eu un cirre sensitif. — M. Duchartre présente
une note de MM. P rit Heur el Delacroix, sur la Muscârdine du
Ver blanc. Les auteurs distinguent par des caractères bien tran¬
chés deux espèces de Botrytis ; le B. Tenclla, et le B. Bassiana
le premier qui est la Muscârdine du Ver blanc, le second celle
ver à soie ; mais ils peuvent néanmoins attaquer les mêmes
Insectes. Pour répandre la Muscârdine des Vers blancs dans
h-s champs, il faut avoir recours à des Vers blancs préalable¬
ment infectés. Ces vers meurent au bout de 10 à Ici jours et le
Botrytis se développe en rayonnant autour de chaque vor enva¬
hissant une masse de terre de 8 à 10 centimète? de diamètre.
A. E. Malabo,
Le Gérant: Emile DEYROLLE.
TARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13° ANNÉE
Série — IV 108
SEPTEMBRE 1891
LE BALÆNICEPS Rex.
De tous les Echassiers qui habitent le vaste continent
africain, le plus singulier est sans contreditle Balæniceps,
Whale-headed Stork des Anglais, c’est-à-dire la Cigogne à
tête de Ba¬
leine. Sa dé¬
couverte est
relativement
récente, et
c’est au com¬
mencement
de 18b l que
Gould le pre¬
mier en don-
nala descrip¬
tion. Aujour¬
d’hui, il est.
encore d’une
rareté extrê¬
me; le Mu¬
séum de Pa¬
ris en pos¬
sède trois
exemplaires
et en France
la ville de
Boulogne -
sur - Mer en
compte un
dans son Mu¬
sée. Ces oi¬
seaux exci -
tent toujours
la curiosité
du public
par leur as-
pectétrange.
« A première
vue, dit W. F.
Parker dans
ses notes sur
l'Ostéologie
du Balæni¬
ceps, cet oi¬
seau rappel¬
le leSq,vacou,
le Héron et le
Marabout .
D’autres pi
seaux se pré¬
sentent aus¬
si à l’esprit :
ce sont le Pé¬
lican, le Toucan, les Calaos et les Podarges. » La forme
bizarre du bec explique en effet cette comparaison avec
des oiseaux appartenant à des groupes si divers, et le
Balæniceps mériterait aussi bien que le Savacou le nom
de Boat-bill ou bec en bateau, car. son bec rappelle
aussi bien les petites barques de pêche que l’on voit re
tirées à sec la quille en l’air sur nos plages.
Ce bec mesure 0 ni. 23 cent, de longueur, et à sa base
Om. 10 cent de hauteur et 0 m.085 de largeur. La man¬
dibule supérieure, fortement bombée, présente sur la
ligne médiane, une arête légèrement surélevée, qui, as¬
sez large à son origine, va en se rétrécissant, et en se dé¬
primant sensiblement jusque vers la moitié de sa lon¬
gueur pour se relever ensuite en approchant de l’extré¬
mité antérieure, où elle se termine par un crochet puis¬
sant, qui paraît surajouté comme chez les Albatros. Sur
tout sou
pourtour ,
jusqu’à la
naissance du
crochet, cet¬
te mandibu
le présente
une forte
convexité,
qui forme
comme un
bourrelet au-
dessus de
son tran¬
chant dirigé
un peu vers
l’intérieur.
La mandibu-
leinférieure,
robuste, é-
chancréeàsa
pointe pour
cliet, présen¬
te un tran¬
chant des
plus acérés
qui consti¬
tue avec n
lui de la man¬
dibule supé¬
rieure une
paire de ci:
sailles re¬
doutables .
La couleur
du bec est
d’un jaune
pâle passant
leur de corne
supérieure,
et parsemée
sur toute ^sa
surface de ta¬
ches d’un
brun sombre.
Les narines
i sont à peine visibles, et placées dans une fente étroite à
la base du bec, contre l’arête. La langue est très petite et
| tout à fait hors de proportion avec la vaste capacité
I buccale ; c’est, là un caractère qui pourrait, rapprocher
le Balæniceps du Pélican. La tête robuste, le cou et la
gorge sont garnis déplumés d’un gris d'ardoise plus ou
moins foncé tirant sur le vert, et ne présentent pas l’as-
j pect repoussant des peaux nues du Marabout. Comme
chez ce dernier, la peau de la gorge est susceptible de
se dilater en une poche volumineuse. Sur l’occiput les
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
204
LE NATURALISTE
plumes s’allongent et forment une petite crête. Le corps
est puissant, couvert sur le dos de plumes gris d'ardoise
bordées de gris cendré. Sur la poitrine, elles sont lan¬
céolées et marquées d’une strie médiane sombre. Enfin
les parties inférieurës, abdomen, flancs et cuisses sont
gris pâle, les rémiges et les rectrices noires. Suivant
Verreaux, les plumes du dessous de la queue seraient
molles et décomposées, mais, elles ne rappellent que de
loin les plumes duveteuses si recherchées du Marabout.
Les ailes bien développées indiquent un oiseau de haut
vol, cependant, de tous les os des membres aussi bien
antérieurs que postérieurs, l’humérus seul est pneuma-
tisé. Les pattes vigoureuses se terminent par quatre
doigts excessivement longs, dépourvus de la membrane
interdigitàle qu’on voit chez la plupart des ciconiidés.
Les ongles sont puissants, à peine courbés, et celui du
doigt médian n’est pas pectiné comme chez les Hérons.
On ne rencontre le Balæniceps que dans l’eau ou près
de l’eau, mais il préfère les marais aux rivières. Aussi
n’est-il abondant sur les bancs du Nil que pendant la
saison brûlante qui précède les pluies et quand tout
l’intérieur est desséché. Pendant le reste de l’année, il
habite les étangs et les marécages naturels, où les eaux
peu profondes recouvrent de vastes étendues, et pré¬
sentent de nombreux îlots, d’un abord plus facile que les
bancs du Nil qui toujours s’inclinent d’une façon plus ou
moins abrupte dans une eau profonde. Dans ces parages,
on les rencontre par paires ou par troupes de cent et plus,
cherchant leur nourriture avec une patience à toute
épreuve, ouhien immobiles sur une patte, le cou rentré, la
tête sur les épaules. Vient-on aies déranger, ils s’envolent
en rasant la surface de l’eau pour s’arrêter à quelque dis¬
tance. Mais lorsqu’un coup de feu vient à les effrayer,
ils s’élèvent à une grande hauteur, volent .en cercle et
planent quelque temps, puis vont s’abattre sur les arbres
les plus élevés où ils demeurent jusqu’à ce que les im¬
portuns se soient éloignés.
Les tortues d’eau des plaines marécageuses, les pois¬
sons, et à leur défaut les grenouilles et les lézards,
forment la base de leur nourriture. D’après Pétherick,
ils ne dédaigneraient pas les animaux morts, dont ils
éventrent les carcasses avec leur, puissant crochet. Ils
passent la nuit à terre sur des arbres ou des rochers
élevés. Pour ce qui est de la nidification et de la ponte,
les opinions sont des plus contradictoires. D’après Ver¬
reaux, le Balæniceps construit son nid sur de grands
arbres avec de la terre, et des débris de végétaux, ro¬
seaux, graminées. — C’est plutôt une aire qui peut at¬
teindre 12 pieds de circonférence et rappelle celle des
grands Rapaces. La femelle y pond deux œufs sem¬
blables à ceux des Marabouts. Il est assez difficile de
concilier cette opinion avec celle de Pétherick, qui s’ex¬
prime ainsi qu’il suit. « Les Balæniceps pondent en juil¬
let et août, et choisissent pour cela les roseaux ou les
herbes hautes qui bordent l’eau, ou quelque îlot sec et
un peu élevé. Ils creusent un trou en terre, et la femelle
y dépose ses œufs. J'ai trouvé jusqu’à 12 œufs dans le
même nid. »
Le Balæniceps est encore si peu connu, que ces contra-
dictionsn’ont rien qui doive nous surprendre. Les auteurs
ne s’accordent pas davantage au sujet des affinités de cet
oiseau étrange. Gould prétend que c’est avec le Pélican
qu’il présente les affinités les plus étroites, et ce serait le
type échassier des Pélicanidés. Pour Yerreaux, son plus
proche parent serait le Marabout dont il a les allures, et
il représenterait dans ce groupe ce que représente le Sa-
vacou d’Amérique dans le genre Héron. Pour Ch. Bona¬
parte, il est intermédiaire entre le Pélican et le Savacou.
Si nous écoutions Reinhurdt, il faudrait placer le Balæni¬
ceps, non pas à côté du Savacou, mais à côté du genre
africain Scopus ou Ombrette. Le Savacou, dit-il, n’est
qu’un Héron affublé d’un bec singulier qui a une faible
analogie avec celui du Balæniceps, et non une véritable
ressemblance ; les narines diffèrent de forme et de po¬
sition chez ces deux ciseaux et chez le Savacou il existe
sous la mandibule inférieure une poche dilatable qu’on ne
trouve pas chez le Balæniceps. Renflez au contraire le bec
de l’Ombrette et vous aurez le bec du Balæniceps. Même
position des narines, une arête supérieure, un crochet.
L’examen ostéologique conduit Parker à rapprocher le
Balæniceps du Savacou et la classification actuelle s’est
rangée à cet avis. Lafamilledes Ardéidés se trouve donc
subdivisée en cinq sous-familles, dont les trois dernières
ne comprennent chacune qu’un seul genre.
: Ardeinés (Hérons proprement dits).
I Botaurinés. Butors.
Ardéidés.... ' Scopinés. Ombrette.
! Cancrominés. Savacou.
\ Balænicepinés. Balæniceps .
Tous les Balæniceps qu’on a reçus jusqu’à ce jour, soit
à l’état de dépouilles, soit vivants, provenaient de la ré¬
gion du Nil Blanc. Mais en 1882 M. H. Johnston, voya¬
geant dans le Congo, affirme avoir rencontré le Balæni-
.ceps sur la rivière de Cunene entre Benguela et Angola,
où il serait même très commun. Cette régiona cependant
été visitée scrupuleusement par un célèbre explorateur
portugais d’Anchieta, qui s’occupait de rassembler des
collections pour le Musée de Lisbonne. Les assertions de
M. Johnston sont pourtant très explicites.
« J’ai, dit-il, aperçu distinctement sur l’herbe courte,
éparpillée entre les mares, et sur les bancs de sable, au
milieu des crocodiles endormis, des Pélicans, des Mara¬
bouts, des Grues couronnées, des Balæniceps et des Oies à
ailes éperonnées ou oies de Gambie. » Ses assertions ont
été confirmées par d’autres voyageurs dignes de foi ;
malheureusement il manque la meilleure de toutes les
confirmations, c’est-à-dire une dépouille de ces magni¬
fiques échassiers. On ne peut donc que prendre note de
l’avis de M. Johnston, et espérer que quelque voyageur
enrichira un jour nos musées de Balæniceps de ces ré¬
gions. La présence du Balæniceps dans le Sud-Ouest de
l’Afrique n’est, après tout, pas impossible. Un singe, le
Colobe guéréza y a été trouvé, il n’y a pas bien long¬
temps, lors de l’expédition de M. de Brazza au Congo ; on
croyait cependant cette espèce localisée dans l’Abyssi¬
nie et les pays circonvoisins. Une question se pose éga¬
lement; le Balæniceps aperçu par M. Johnston est-il le
même que celui du Nil Blanc? Ne serait-ce pas un nou¬
veau type qui viendrait accroître cette famille qui ne
comprend encore qu’un genre et qu’une espèce, le Balæ¬
niceps rex, et faire cesser toute contestation sur ses affi¬
nités ?
E. DE POUSARGUES.
LA FAUNE TERTIAIRE DE LA PATAGONIE
Xouvelles decouvertes de MM. Ameqhino.
Une lettre de M. Fl. Amcghino, en date du 5 mai 1891, nous
donne de nouveaux renseignements sur les decouvertes faites
par son frère Carlos Amoghino dans les couches éocènes de
LE NATURALISTE
20S
la Patagonie Australe (Rio Gallegos), et dont les résultats
peuvent se résumer de la façon suivante :
1° Pour la première fois les Lémuriens ( Prosimiæ ) sont si¬
gnalés dans l’éocène inférieur de Patagonie.
2° La découverte de nouveaux échantillons en bon état de
Microbiotheridæ vient confirmer l’opinion émise par M. Ame-
ghino dans son dernier travail sur les Plagiaulacidæ. Les
Microbiotheridæ ont des incisives multiples (quatre de chaque
côté), et semblent représenter, par conséquent, le type ances¬
tral des Plagiaulacidæ et de tous les Marsupiaux Diproto-
dontes.
3° Le même gisement fournit tout un groupe nouveau de
Plagiaulacidæ à dents molaires multituberculées, mais ayant
la même formule dentaire que les genres déjà connus. La der¬
nière molaire est cependant tout à fait rudimentaire. Ces types
nouveaux forment le passage des Plagiaulacidés de Patagonie
précédemment décrits aux Plagiaulacidés d’Europe et de l’A¬
mérique du Nord.
Dr E. Trouessart.
Des différentes Galles 'produites par les Acariens
SUR LES VÉGÉTAUX
La morphologie de ces galles ne fournit pas un bon
caractère de classement, car on trouve une foule de dé¬
formations faisant le passage les unes aux autres, en
sorte que les noms employés ne correspondent pas à
quelque chose de nettement défini. La division proposée
par Thomas est plus heureuse : il appelle Plcurocécidies,
les galles formées sur les organes latéraux, les feuilles,
par exemple, et Acrocécidies celles qui affectent les
pointes axillaires.
Dans les pleurocécidies, le corps de l’Acare peut res¬
ter en dehors de l’Epiderme ou bien il pénètre dans l’in¬
térieur du tissu foliaire. Dans le premier cas, la Cécidie
est formée uniquement par l’épiderme, c’est la forme
érineum. Dans le deuxième tout le tissu delà feuille inter¬
vient dans la production de la galle et il se produit un
enroulement marginal et des plis foliaires, ainsi que des
boursouflures situées aux angles des nervures et qui se
forment en rayonnant à partir d’un point central.
C’est à côté qu’il faut placer les galles glandulaires
des feuilles de Populus tremula , les galles corniculées du
Tilleul, les galles sphériques perliformes de l’Acer, qui
toutes ont une position indéterminée.
Quand l’Acarien habite dans le parenchyme, il y a pro¬
duction de pustules foliaires, comme sur le poirier.
Les Acrocécidies sont surtout représentées parles bour¬
geons laineux du Serpollet, etc., par les déformations
particulières des bourgeons qui peuvent figurer des balais
magiques.
Les productions pathologiques les plus fréquentes et
les plus importantes produites par les Acariens peuvent
se ramener à cinq types principaux :
1) Le feutrage de poils anormaux produits par l’épi¬
derme des feuilles et auquel on attribuait jadis une ori¬
gine fungique. Ce sont les Erineums.
2) Les pustules des arbres portant des fruits à noyau
(Poirier) ; il y a agrandissement des lacunes intercellu¬
laires pour donner asile aux Acares et à leurs œufs.
3) Les galles en clou (Tilleul), formé par l’hypertro¬
phie du parenchyme, ce sont des organes creux tapissés
à l’intérieur par des poils.
4) Le plissement des feuilles et leur enroulement
partant des bords.
o) Les déformations des bourgeonsproduitespar la pré¬
sence de ces animaux entre les jeunes feuilles.
1) Dans le premier groupe, les formations les mieux
étudiées sont celles qui se trouvent sur les feuilles de la
Vigne et qui offrent l’aspect d’une boursouflure formant
une saillie du côté de la face supérieure et correspondant
à une dépression dans la face inférieure. Ces galloïdes
sont garnis de poils dans leur partie concave. La couleur
de ces poils est variable avec leur ôge. D’abord blan¬
châtres, puis blancs au début, ils deviennent de plus en
plus bruns à mesure qu’ils vieillissent. Une coupe de la
feuille à cet endroit (fig. 3, Naturaliste, du lo mai) fait
voir que ces poils sont dus à l’hypertrophie de cellules
épidermiques démesurément allongées. Souvent renflés
et quelquefois ramifiés, ils présentent parfois des cloi¬
sons transversales. Ils s’intriquent les uns avec les
autres et forment ce feutrage si connu. Les cellules
sous-jacentes sont gorgées d’amidon, dans les premières
phases de la croissance, ce qui est un indice d’un tra¬
vail cellulaire important, nécessaire à la production des
poils et à la prolifération des cellules du parenchyme
toujours plus ou moins épaissi.
Ces végétations curieuses forment des plaques souvent
très larges, envahissent la face inférieure des feuilles, le
pétiole, les vrilles, les grappes et même les feuilles à peine
sorties des bourgeons. On comprend que les fonctions des
feuilles ainsi modifiées anatomiquement ne puissent s’ef¬
fectuer dans des conditions normales et qu’il en résulte
nécessairement une diminution de la récolte.
Le mal que provoque le Phytoptes par ses piqûres
répétées des cellules épidermiques est surtout dangereux
lorsqu’il est concomitant avec une autre maladie, ou
une autre cause d’affaiblissement. J’ajouterai que tous
les cépages ne sont pas atteints 'au même titre : mais très
peu restent complètement indemnes.
Fig. 1. — Feuille de vigne contaminée (face super.).
i Vérinose se distingue facilement du Mildcw par ses
I boursouflures (fig. I). Les fructifications du Peronospora
LE NATURALISTE
206
vitüola ont un aspect laiteux, elles ressemblent à une
moisissure très blanche qui s’enlève avec l’ongle de sorte
qu’on a pu les comparer à des efflorescences salines.
La forme Erineum se rencontre dans une multitude
de plantes dont les plus communes sont les suivantes :
L’Erable champêtre qui outre les poils de la face infé-
des feuilles (E. purpurascens Grâtn.) porte encore, ainsi
que le Marronnier ( Ph . hippocastani Focken), des touffes
de poils aux angles des nervures ( Phyllerium axillare
Optiz) ; l’Aune glutineux (E. alneum , Ph. brevitarsus,
Focken) et les autres espèces; le bouleau blanc (E. 6e-
tilunum ) ; le Charme faux-bouleau ; le Hêtrè des bois
(E. fagineum Pers. et E. nenisequum Kzc.) ; le Noyer
royal ; lePoirier commun (E.pyrinum Pers., qui ne pro¬
duit, pas de boursouflures à la face supérieure, ce qui
distingue ces formations des taches dues à l'Exoascus) ;
le Pommier ( E . Mali Kalt) ; le Peuplier tremble ( E . popu-
linum Pers.); le Chêne, attaqué en outre par un grand
nombre deCynipides; le Groseillier à grappes que j’ai vu
attaqué à côté d’une Vigne atteinte d’Erinose ; la Ronce
et ses différentes espèces (E. Rubi ) ; le Saule, le Sorbier
(E. Sorbi Kzc.) ; le Tilleul à grandes fleurs, la plante la
plus riche en acarocécidie ; la Viorne lantane; le Poten-
tille, la Benoîte, etc.
2) Les feuilles plissées, enroulées partiellement sous
l’influence de l’excitation produite par la piqûre des
Acares,se rencontrent souvent dans les plantes suivantes;
le Charme, la Clématite, les Aubépines ( E . oxyacanthæ
Pers. et pyracanthæ D. C.) ; le Fusain d’Europe, le Hêtre
des bois ( Crepidoptes involventes Am. et uncinantes Am.);
les différentes espèces de Lonicera, le Tremble, le Rho¬
dodendron dont l'enroulement marginal se fait en cylin¬
dre ; la Pervenche, le Saule, dont la déformation se fait
suivant les espèces vers le haut ou vers le bas et s’ac¬
compagne parfois de boursouflures charnues ; le Sureau,
les différentes espèces de Tilleul, mais l’enroulement dif¬
fère de celui produit par les Cécidomyes; la Luzerne, l’Es-
parcette, la Coronille, la Violette, etc.
3) Dans ce troisième groupe, les galles du Poirier seules
ont été bien étudiées. Les feuilles portent des excrois¬
sances colorées, plus ou moins fusionnées et qui leur
donnent un aspect boursouflé (fig. 3, Naturaliste du
Ier mars); les mamelons d’abord rouge carmin devien¬
nent jaunes, puis plus tard ils sont bruns et noirs," net¬
tement délimités. On peut trouver ces formations sur
toute la surface de la feuille.
La première pustule apparaît d’abord en relief à la face
inférieure ; puis elle s’affaisse et bientôt s’accuse supé¬
rieurement quand la structure normale de la feuille
commence à se modifier. L’épaisseur peut être double de
celle de la feuille (fig. 1).
Dans tous les cas, on trouve à la face inférieure une
ouverture dans -l’épiderme. Cet orifice, situé au fond
d’une légère dépression, a ^ ou g de mm. Les bords jau¬
nissent, se dessèchent ; la mortification et la coloration
des cellules progressent du centre vers la périphérie.
En outre, le parenchyme qui était compact se modifie
par prolifération et allongement des cellules en sorte
qu’il y a un agrandissement considérable de lacunes
interstitielles. Ce processus aboutit en repoussant l’épi¬
derme, à la formation d’une pustule visible d’abord à la
face inférieure de la feuille.
On n’a pu voir si l’animal pique une cellule épidermique
ou pique entre deux cellules adjacentes. Les premières
ouvertures apparues semblent formées par séparation des
cellules épidermiques grossies et non blessées. Il est cer¬
tain quela piqûredans laparoi de séparation de deux cel¬
lules modifie les conditions devie de l’épiderme dontles
cellules, subissantunetension par suite dudéveloppement
des cellules mésophylliennes, s’écartent pour agrandir
l’orifice, il y a aussi formation d’un orifice, par la piqûre
d’une cellule, car le contenu étant altéré, les parois de
la cellule ne peuvent plus suivre l’accroissement du mé-
sophylle comme cela arrive pour les cellules intactes,
et la cellule lésée meurt petit à petit. L’ouverture ne
peut donc que s’accroître.
La multiplication cellulaire se fait dans la direction
de la moindre résistance, c’est-à-dire dans la direction
de la piqûre ; l’épiderme y est soulevé en sorte que la
galle semble fuir du côté opposé à l’endroit de la bles¬
sure, car les parois des cellules en contact avec l’air se
durcissent et se cuticularisent tout d’abord du côté de
l’ouverture. Alors la turgescence croissante par l’afflux
de sève ne peut distendre que les parois non durcies qui
sont du côté de la face supérieure. 11 s’ensuit un bom¬
bement de la surface supérieure.
Lorsque la galle qui se produit est au voisinage du
bord, la résistance n’est pas la même dans tous les
sens ; elle est moins forte du côté du bord de la feuille, en
sorte qu’il se produit en outre un enroulement vers le
bas de ce bord foliaire.
En mai, ces galles renferment dans leurs espaces aéri-
fères des corps grisâtres ovales ayant ordinairement de
42 [J. à 55 p- de long et de 37 à 45 |a de large. Leur contenu
est gris clair, régulier, avec des gouttelettes de graisse.
Ces corpuscules sont les œufs du Phytoptus piri Pag.
qui produit lamaladie des poiriers, car on a trouvé à côté
les jeunes animaux encore munis de l’enveloppe de
l’œuf.
Sorauer qui les a observés affirme qu’ils sont très ré¬
fringents, non colorés en brun et pas encore annelés,
mais que pour le reste ils sont identiques à des animaux
plus âgés. Il admet même que le jeune Phytopte subit
dans l’intérieur du parenchyme foliaire plusieurs mues
en grossissant avant d’acquérir sa maturité sexuelle.
L’hibernation se fait dans les bourgeons des branches
d’un an (avec un Acarien à 8 pattes Typhlodromus , Scheu-
ten). Les piqûres sont dues 'aux Acariens hibernants, et
les œufs n’y sont déposés que lorsque les ouvertures se
sont agrandies.
Cette forme de galle ne se retrouve guère que dans les
plantes voisines du Poirier; dans le Cotonéaster vulgaire
qui présente en outre des excroissances corticales
formées par un tissu spongieux lâche dans lequel vivent
les Acares ; le Cognassier du Japon ; le Noyer dont les
pustules parenchymateuses noircissent; le Pommier
(Typhlodromus Mali Am.) ; les Sorbiers ; l’Orme champê¬
tre où les pustules se rencontrent sur les feuilles, les pé¬
tioles et les jeunes branches, sur la Centaurée Scabieuse.
4) Les galles en clou du Tilleul possèdent une ouver¬
ture à la face inférieure de la feuille (fig. 2 et 3) ; tout le
parenchyme de la feuille prend part à la formation de
cet organe creux tapissé à l’extérieur par l’épiderme su¬
périeur et à l’intérieur par l’épiderme inférieur qui y
produit de nombreux poils entre lesquels s’abritent les
parasites (Ph. tiliæ Nal.).
Des formations semblables se rencontrent assez fré¬
quemment sur les feuilles de l’Erable, de l’Aune (Cephalo-
neonpustulatum Br.), du Frêne, du Prunier domestique, du
Prunier putiet. du Saule, de l’Orme, et sur les branches
LE NATURALISTE
207
de certaines conifères, par exemple du Pin sylvestre,
où ces galles atteignant la grosseur d’un pois, d’un hari-
Fig. 2. Galles en clou (lu Tilleul. — Fig. 3. Coupe d’une
galle du Tilleul.
cot, sont formées par le parenchyme cortical et sont divi¬
sées en un certain nombre de compartiments plus ou
moins fusionnés dans lesquels se tiennent les Acares
(V. Sorduer).
S) Les piqûres de ces animaux peuvent amener en
outre la déformation des bourgeons. Vivant entre les
feuilles du bourgeon, ils y amènent un tel grossissement
que l’organe devient un amas de feuilles en forme de
roses. Le type de cette forme se trouve dans le Noisetier
(Ph. avellanæ, Ph. vermiformis, Nal.) et dans le Saule
pleureur.
Les bourgeons du Noisetier sous l’influence des Acares
peuvent devenir presque sphériques et acquérir un dia¬
mètre d’environ 1 centimètre ( Calycophthora Avellanæ
Am.). L’axe très raccourci est devenu charnu ainsi
que les jeunes feuilles qui composent le bourgeon. Le
grossissement commence au printemps, au moment où
les Acares quittent leurs anciens abris, et les écailles
deviennent toutes verruqueuses par hypertrophie du
mésophylle. Les animaux se tiennent dans les dépressions,
l’attaque se borne quelquefois aux écailles extérieures,
en sorte que le bourgeon peut encore s’allonger de quel¬
ques centimètres mais jamais plus.
Dans le Bouleau blanc cette déformation des bour¬
geons amène la formation d’un faisceau de branches
comparable à un balai des sorcières (Ormerod).
Dans le Buis les bourgeons axillaires déformés sont en
outre poilus.
Dans le Cyprès, ils sont très rares.
Le Frêne élevé produit de nombreuses galles; mais les
plus visibles consistent dans la déformation des inflores¬
cences. Le pédoncule floral porte d’abord une masse glo¬
buleuse verte qui devient brune en août et qui morpholo¬
giquement possède assez de ressemblance avec l’inflo¬
rescence du chou-fleur. La surface est couverte de poils
courts. Le nombre de ces déformations est variable avec
les années et diminue si les gelées d’hiver ont été fortes.
J'ai rencontré plusieurs fois sur le Frêne des houppes
foliaires particulières, situées à l’extrémité des branches;
je pense qu’elles provenaient du développement des
feuilles sur le pédoncule raccourci ainsi attaqué par les
Acares.
On a trouvé sur le Tremble une maladie des bour¬
geons qu’on attribuait au Calycophthora popu.li Am.
D’autres individus portent des galles corticales dues à
des Acares, d’autresdes houppes foliaires dans lesquelle
les entre-nœuds sont très raccourcis, les nœuds très
rapprochés portent chacun trois feuilles formées par
dédoublement du parenchyme.
Des formations identiques à celles du Noisetier se ren¬
contrent encore dans le Ribes alpinumL. etle R.nigrumL.
Les balais magiques du Saule sont souvent dus au Phy-
toptes. Ils sont produits soit par des chatons feuilles,
soit par des bourgeons infestés, dont la maladie consiste
en la production d’un nombre exagéré de rameaux très
rapprochés, car la branche-mère, devenue charnue, ne
s’allonge plus. Ces formations diffèrent pourtant notam¬
ment de celles dues à l'Exoascus . Les axes étant moins dé¬
veloppés il en résulte un glomérule de feuilles plus fourni.
Lorsque les chatons seuls sont attaqués, les carpelles
sont gros et foliiformes. Le Lilas peut présenter les
mêmes phénomènes.
Le Brome, laFestuque, les Aspérules, certains Gaillets,
la Caméline, la Centaurée, la Crépide, le Serpollet (Ph.
Thomasi Nal., Ph. thyrhi Nal.) peuvent présenter des
déformations analogues des bourgeons, mais dans la
Véronique petit-chène, c’est un Diptère gallicole, la
Cecidomya ver nonicæ Bremi, qui produit les houppes
foliaires laineuses.
Je ne ferai que citer d’autres Acariens qui, tout en n'é¬
tant pas gallicoles, peuvent être si préjudiciables. Ainsi le
Tetranychus humuli Fleisch. — T. telarius L. qui est très
répandu et produit tant de dégâts dans les houblon-
nières ; le Tetranychus taxi, le Tyroglyphus echinopus qui
attaque le cœur des oignous de Jacinthe et le Dendrop-
tus Krameri Kühn, dans les fleurs des différentes espèces
d’Agrostis.
Il ne fautpas exagérer l’importance des torts des Phytop-
tes. Ils ne sont réellement dangereux que pour les plan¬
tes très jeunes, alors que la plante a besoin du dévelop¬
pement de toute la feuille. En incinérant au printemps
les premières feuilles atteintes ou en sacrifiant les bour¬
geons on arrête facilement le mal.
Menegaux.
DIAGNOSES DE MOLLUSQUES NOUVEAUX
Lutraria Tiirncri
Testa hians, oblongo-ovalis, in medio ventricosa concen-
trice rugoso-striata, alba; cpitesta ingrescente viridis; cxtre-
m'tas anlica, rotundata sensim decrcsccns, tertiam longitu-
dinis partem æquans.
Dimensions : long. 10 cent.; larg. 5 cent.; épais. 3,3 cent.
Cette taille peut varier d’un centimètre en moins ou en plus
sur des exemplaires également adultes.
Coquille épaisse, oblonguc, à extrémités arrondies et bail¬
lantes. L’antérieure, qui diminue de largeur en s’éloignant des
crochets, atteint à peine le tiers de la longueur totale de la
coquille ; la postérieure, courbée et déjetée du côté des cro
chcts, décroît à peine et finit par un bord arrondi, légère¬
ment tronqué sur les sujets adultes. La face externe, tour¬
mentée, rugueuse et sillonnée do fortes stries concentriques
et de plis ondulés plus forts et plus marqués sur l’extrémité
postérieure, est recouverte cl’un épitést d’un noir légèrement
verdâtre, beaucoup plus épais à l’extrémité que sur la partie
postérieure où il est moins adhérent et se détache par places,
sous l’influence de la chaleur. Le bord inférieur est très long
et falciforme, le supéro-postéricur légèrement concave et le
supéro-inférieur presque droit ou à peine convexe; les crochets
peu saillants et en contact, se courbent en dedans. L’intérieur,
d’un blanc de porcelaine, sur lequel se dessinent nettement
les impressions musculaires et palléales, présente dans sa partie
inférieure do larges rugosités, rayonnantes, très irrégulières et
à peine saillantes. La charnière est formée d’une large fossette
LE NATURALISTE
-208
ligamentaire, assez profonde et de forme triangulaire, sur le
bord antérieur de laquelle s'élève en face le crochet de chaque
valve, une dent très saillante, droite, et bifide sur la valve
gauche.
Hab. Golfe d’Adcn. — J’ai dédié cette nouvelle espèce a
M. Turner, directeur de la Périm cold Company , qui, pendant
mon séjour à Périm, a facilité mes recherches. Puisse ce faible
témoignage de ma reconnaissance trouver chez lui l’écho de la
sympathie qu’il a su m’inspirer.
Siinetliiia SinieUioii
Testa orbiculari ovalis, crassa, lævigala, albida, siepe livido
purpurca irregulariter lincata. latcralibus æqualibus brevibus
prolongata: intus alba aut violaceo maculata; margo tenuis-
sime crenulatus.
Dimensions : larg. 20 à 15 millim. ; haut. 16 à 12 millimj
épais. 8 à 6 millim.
On a donné le nom de Sunetta, et Meroë, h des coquilles
donaciformes, c’est-à-dire courtes et tronquées à l’une des extré¬
mités, et beaucoup plus longues que larges, il en est d’autres,
tels que les S. vaginalis et menstruûlis, dont les extrémités
sont à peu près égales et dont la longueur dépasse peu la lar¬
geur. C'est à ce groupe, que j'ai désigné sous le nom de Sunet-
tina, qu’appartient l’espèce que je décris.
Coquille d’un ovale court, épaisse et solide, à bord inférieur
décrivant une courbe arrondie et à sommet un peu saillant d’où
partent en ligne presque droite les deux bords supérieurs. Sa
couleur blanche ou d'un blanc jaunâtre est souvent tachetée
par des lignes d’un brun violet, disséminées en forme de zig-zags,
irrégulières et souvent interrompues. Chez presque tous les in¬
dividus adultes, il existe sur le milieu de chaque valve une zone
concentrique, de teinte plus foncée et terne, qui semble indi¬
quer une interruption dans le développement normal de la
coquille. La fossette ligamentaire qui occupe toute l’étendue
du bord postérieur est étroite et très profonde. A l’intérieur
des valves, les impressions ligamentaires et palléalcs sont peu
marquées, cette dernière est éloignée du bord inférieur, ce bord
très épais est crénelé intérieurement de petites dents très fines
et régulièrement disposées. La coloration interne est également
variable, tantôt blanche ou d’un blanc jaunâtre uniforme,
tantôt maculée d’une large teinte d’un violet plus ou moins
foncé qui s’étend quelquefois, sur toute la face interne, le bord
reste blanc.
Hab. Aden. Quoique assez abondante, on ne trouve que très
rarement des individus atteignant les dimensions que je viens
d’indiquer.
Dr JoUSSEAUME.
NOTE
SUR QUELQUES OPHIDIENS OE L’AMÉRIQUE INTERTROPICALE
APPARTENANT AU GENRE TRETANORIIINUS
(Suite)
2. — Tretanorhinus variabilis, Var.adnexus (1) Jan.
Caractères. — Tête assez allongée et à contour supérieur
faiblement arqué. Museau étroit. Rostrale plus large que haute
et â cinq pans. Une frênaie (2). Doux préoculaires. Internasales
petites et subtriangulaires. Deux préfrontales beaucoup plus
grandes. Frontale à six pans. Pariétales longues et relative¬
ment largos en avant. Huit supéro-labialos ; la quatrième
forme le contour inférieur de l’œil. Six temporales ; la première
seule est en contact avec les deux postoculaires. Dix inféro-la-
biales ; les six premières sont en rappoi't, avec les inter-sous-
maxillaires. Quatre paires de squames gulaires, suivies par cent
cinquante-deux à cent cinquante-trois gaslrostèges. Queue ayant
environ le quart de la longueur totale, garnie en dessous par
soixante-neuf à soixante-dix plaques doubles. Ecailles disposées
vers le milieu du tronc en dix-neuf séries longitudinales ; celles
de la nuque et celles des deux rangées inférieures du corps ne
portent pas de carène; celles des autres régions en portent une,
d’abord peu élevée, puis progressivement saillante jusqu’à l’ox-
(1) Tretanorhinus variabilis D uméril et Bibron, Loc. cit 1854
p. 351. — Id. Var. adnexus Jan, Elenco sist. dcgli ofidi 1863,
p. 76.
(2) Sur l’individu du Mexique, on compte deux frênaies du côté
gauche et une seule du côté droit.
trémité de la queue. Voici le nombre de dents donné par les Au¬
teurs de l’ Erpétologie générale : maxillaires Palatines 15.
Ptérygoïdiennes 32.
Longueur de l’individu provenant du Mexique. ... 0m 670
Longueur, du bout de la queue à l’anus . 0“ 495
Longueur de la queue . . 0m 175
Voici le mode de coloration, d’après les auteurs de l 'Erpétologie
générale : « Le troisième individu, non moins âgé que le se¬
cond, est en dessus d'un brun olivâtre ; dos taches noirâtres, de
moyenne grandeur, de figure irrégulière et se tenant entre elles,
constituent une sorte de chaîne sur la ligne moyenne du dos;
d’autres, plus petites, forment, au milieu de chaque côté du
corps, une raie qui, partant de l’œil, va se perdre sur la queue.
Les régions inférieures et les lèvres sont jaunes. On aperçoit
quelques légers nuages bruns sur les gastrostèges, les urostèges
on offrent de plus épais et plus séparés entre eux. Les écailles
de la série longitudinale qui bordent les lames protectrices du
ventre ont un encadrement brunâtre. »
Le Muséum possède deux individus identiques de cette va¬
riété : l’un vu par les auteurs de l 'Erpétologie générale et dont
la tète osseuse a été enlevée pour l’étude, provient du Mexique;
l’autre, originaire de Cuba (1), a été donné depuis par M.Poey.
Cette variété diffère peu du Tret. variabilis, représenté au
Muséum par les deux individus précédents, cependant on peut
la distinguer par les particularités suivantes : 1° Tète légè¬
rement arquée au lieu d’étre concave; 2° Pariétales plus larges ;
3° Lamelles inter-sous-maxillaires relativement plus longues ;
4° Quatre paires de squames gulaires au lieu de cinq. Ecailles
des deux séries inférieures du tronc lisses. 5° Coloration tout à
fait différente.
(A suivre .) Bocourt.
GRANIT NODULEUX
En Vendée le granit recouvre une grande surface; la
vallée de la Sèvre y trace un sillon sud-est nord-ouest qui
marque la direction des reliefs les plus accusés consis¬
tant en collines et en plateaux. Les collines se profilent
à l’horizon par des lignes soutenues sur lesquelles les
sommets qui ne dépassent pas trois cents mètres d’alti¬
tude déterminent cependant des saillies sensibles. Les
roches éruptives ou stratifiées partagent la direction
marquée : par les sommets granitiques, par les por¬
phyres, par les dépôts houillers et graphiques de Chan-
tonnay à Vouvant et à Faymoreau.
En plusieurs points, les granits, les gneiss et les mica¬
schistes sont traversés par des porphyres quatzifères et des
amphibolites qui peuvent compléter la série de roches
que l’on rencontre avec les mêmes caractères dans le
centre de la France.
Une autre particularité très curieuse des mêmes gra¬
nits est de renfermer des noyaux dont je dois un beau
spécimen à l’extrême obligeance de M. le Dr Miquen. Il
a été recueilli en plein granit à la carrière de Riaillié,
commune de Saint-Hilaire-de-Lonlay, à cinq cents mètres
au nord de Montaigu (Vendée). La trouvaille de sem¬
blables noyaux est des plus rares ; d’après M. le Dr Mi¬
quen, elle n’a pas été faite plus de cinq ou six fois de¬
puis vingt ans ; mon aimable correspondant en conserve
un échantillon d’un quart plus petit que celui qu’il a
bien voulu m’offrir.
Ce dernier présente, comme le montre la figure jointe
à cet article, la forme d’un ellipsoïde aplati, sensible¬
ment régulier, dont les trois axes mesurent respective¬
ment douze, huit et sept centimètres. Ce très bel échan¬
tillon esta l’extérieur fort brillant à causede l’abondance
(1) Sur l’individu provenant de Cuba, la lèvre du côté gauche
est garnie de neuf supéro-labialcs, la cinquième étant divisée
anormalement.
LE NATURALISTE
200
<ics lames de mica noir qui l’enveloppent complètement ; I noyaux granitiques, j’ajouterai que j’ai cherché en vain
mais le mica n’est en proportion exceptionnelle que tout I dans celui-ci le calcite dont M. de Kroustchoff a indiqué
Noyau ellipsoïdal de'granit recueilli dans la carrière de Riaillié, prés Montaigu (Vendée). Grandeur naturelle, échantillon
du Muséum.
à fait à la périphérie. Un trait de scie au travers du mo¬
dèle montre qu’à l’intérieur de celui-ci les paillettes sont
en quantité tout à fai t normale et n’observent aucune orien¬
tation spéciale. Il s’agit donc, non pas, comme on pour¬
rait le croire, d’une masse sphéroïdale constituée par
des feuillets concentriques comparables aux tuniques
d’un organe, mais d’un noyau de granit à structure or- |
dinaire enveloppé d’une sorte de gaine micacée qui le j
sépare de la roche granitique dans laquelle il est em¬
pâté. L’examen microscopique d’une lame mince montre
comment les faisceaux de lames de mica enveloppent
les éléments de la région superficielle : on y voit aussi j
que ce mica, très brun comme la biotite, passe çà et là j
d'une façon insensible au mica blanc ; il est 1res actif
sur la lumière polarisée et se colore très vivement. Les i
paillettes micacées sont habituellement tordues et bri¬
sées par les autres minéraux qui. attestant leur
ancienneté relative, sont venus se monter sur elles.
Le quartz est remarquable par le très grand nombre de !
ses inclusions, les unes entièrement solides, les autres i
contenant un noyau liquide ou gazeux. Dans la première
catégorie sont de véritables cristaux, tantôt circulaires' à
la façon du rutile, tantôt ayant la forme du quartz lui-
même. Il faut rapprocher de ce dernier des inclusions
de la forme d’une section suivant l’axe du prisme bi py¬
ramide, mais dont la substance consiste en granulations
opaques.
Le feldspath comprend de l’orthore, du microiline et
du plagioclase en lamelles hémitropes. Dans le microi¬
line, parfois à texture quadrillée très nette, on retrouve, |
outre des paillettes micacées et une matière nébuleuse I
blanchâtre, de longues aiguilles cristallines analogues à I
celles déjà mentionnées dans le quartz.
Sans oser risquer une hypothèse quant ;YTorigine des
l’existence dans ses modèles analogues signalés aux en¬
virons de Vermont, aux États-Unis, par Hithchock et que
nulle part les acides n’y ont provoqué d’effervescence
sensible. Stanislas Meunier.
La Flore de l’Inde dans ses rapports avec la Flore
de France
(Suite.)
CRUCIFÈRES
Distribution générale : Un grand nombre de régions tem¬
pérées.
Barbarea vulgaris R. Brown. — Espèce de la flore pari¬
sienne, affectionne les lieux humides. Habite aux Indes la
région subalpine de l'Himalaya tempéré et le Thibct occi¬
dental de 1.800 à 3.000 mètres.
Cette espèce compte aux Rides deux variétés :
B. vutg. lauri'-a D. C. habite le Cachemir et le Thibet occi¬
dental, 1.800 à 3.000 mètres.
B. vitlff. sicula Sp. habile le Thibet occidental, l’Himalaya
t . péré et les Nilgiris, 1.800 à 5.000 mètres.
Distribution générale : Europe, Asie occidentale, Sud de
l’Afrique, Australie.
Turritis glabre. L. — C’est VArabis glabra de Crantz. Cette
espèce, qui appartient .i la flore d ■ Paris, habite en France les
bois découverts. On la rencontre dans l’Himalaya occidental
du Cumaon au Cachemir île 1.800 à 3.000 mètres.
Distribution générale : Europe tempérée, Asie tempérée,
Nord de l’Amérique, Alpes australiennes.
Arabis auriculata D. C. — Cette espèce croit en France dans
les départements du Midi et habite les coteaux calcaires. Aux
Indes, on la trouve au Cachemir de 1.500 à 1.KU0 mètres.
Distribution générale : Afghanistan, Asie occidentale, Ré¬
gion méditerranéenne.
Arabis alpina L. — Plante des hautes montagnes de la
France. Se rencontre au mont Cenis en particulier. Habite
l’Himalaya occidental de 1.500 à 3.500 mètres.
210
LE NATURALISTE
Distribution générale : Régions alpines et arctiques de l’Eu¬
rope, Asie. Nord de l'Amérique, Abyssinie.
Cardamine hirsuta L. — Espèce parisienne qui affectionne
les lieux humides. Elle habite toutes les régions tempérées de
l’Inde. Durant la saison froide elle croît dans le Bengale.
Distribution : Aire extrêmement étendue.
Cardamine impatiens L. — Espèce parisienne. Habite l’Hi-
malaya tempéré du Sikkim, au Cachemir, de 1.500 à 3.600 m.
Distribution : Afghanistan, Europe et Asie tempérées.
Cardamine pratensis L. — Espèce de la flore de Paris qui
se plaît d ms les lieux humides. On la trouve à Hassora dans
le Thibct occidental.
Distribution : Nord et ouest de l'Asie, Europe, Abyssinie,
nord de l’Amérique.
Farsetia. ■ — Ce genre, qui n’offre point d'espèce commune,
est répandu dans le Panjab,
Alyssun minimum Willd. — C’est le Clypeola Jonthlaspi de
Linné. Il habite le midi de la France. Il croit au Cachemir à
une altitude qui varie dé 1.200 à 1.800 mètres.
Distribution : Afghanistan, Asie occidentale, sud de l’Eu¬
rope.
Draba incana L. — Plante des Pyrénées et du Dauphiné.
Oette espèce habite la région alpine de l’Himalaya, du Sikkim
au Thibct occidental, 3.000 à 4.100 mètres.
Distribution : Régions arctiques et alpines de l’Europe, de
l’Asie, de l'Amérique.
Draba helvetica Schleich. Draba fladnitzensis Wulf. — Es¬
pèce des Alpes et des Pyrénées qui habite l’Himalaya occi¬
dental, dans le Cumaon, le Kunawar et le Thibet, 3.900 à
4.500 mètres.
Cette espèce offre deux variétés : Dr. homolricha et hete-
rotricha.
Distribution : Régions alpines et arctiques de l’Europe, de
l’Asie, de l’Amérique.
Draba muralis L. — Espèce 'parisienne, plante des murs et
des champs. Elle habite aussi la Corse. Aux Indes on la ren¬
contre dans le Cachemir à 1.700 mètres.
Distribution : Asie Mineure, nord de l’Afrique, Europe.
Erophila vulgaris D. C. — Cette espèce, que Ton trouve
dans la région parisienne, se rencontre partout en France. Aux
Indes on la trouve dans le Cachemir de 1.500 à 1.800 mètres.
Distribution : Afghanistan, Asie occidentale, Europe.
Cochlearia. — Ce genre est réparti dans THimalava, au
Sikkim.
Malcolmia africana R. Br. — Plante du Midi de la France
qui croit dans les plaines, les lieux incultes et déserts du
Panjab, du Cachemir, du Thibet occidental et s’élève jusqu’à
3.900 mètres.
Distribution : Asie occidentale ét région méditerranéenne.
On la trouve en Judée.
Sisymbrium Thalianum Gay. — C’est VArabis Thaliana de
Linné. Espèce parisienne qui aime les terrains sablonneux.
Elle habite l’Himalaya tempéré du Bhoutan au Cachemir et
dans le Thibet occidental de 1.500 à 3.000 mètres. Elle croit
aussi dans le Panjab.
Distribution : Europe et Asie tempérées, Abyssinie.
Sisymbrium Sophia L. — Espece parisienne habitant les
bords des chemins. Se trouve dans le Panjab, dans le Sait
Range et près de Peshawer, dans l’Himalaya tempéré du Cu¬
maon au Cachemir de 1.500 à 2.100 mètres et dans le Thibet
occidental, 2.700 à 4.200 mètres.
Distribution : Asie occidentale, Europe, nord de l’Afrique,
nord et sud de l’Amérique.
Sisymbrium Columnæ Jacq. — Habite les lieux incultes du
midi de la France. Se rencontre dans THimalava occidental
du Cumaon au Cachemir et s’élève jusqu’à 3.000 mètres : dans
le Thibet occidental, 2.700 à 4 200 mètres.
Distribution : Europe centrale.
Sisymbrium Paunonicum Jacq. — Cette espèce croît dans les
Vosges. On la trouve à Hanora dans le Thibet occidental,
2.400 mètres.
Sisymbrium Irio L. — Espèce qui pousse dans les moissons
et le long des murs. Récoltée au mont Cenis. Sc rencontre
dans le nord do l’Inde du Rajputana au Panjab.
Distribution : Afghanistan et à l’occident jusqu’aux îles Ca¬
naries. Maroc.
Sisymbrium Alliaria Scop. - - Espèce parisienne que Ton
trouve aussi en Corse. Plante des haies et des bords des
routes. Habite l’Himalaya occidental du Cumaon au Cachemir,
1.800 à 3.900 mètres.
Distribution : Europe occidentale.
Erysimum hieracii folium L. — Plante de l’Himalaya central
et occidental, 1.800 à 3.900 mètres.
Distribution : Sibérie, Caucase, nord de l’Europe.
Brassica nigra Koch. — Espèce parisienne. Champs et dé¬
combres. Elle est cultivée dans diverses parties de l’Inde et du
Thibet.
Brassica campestris L. Brassica rapa L. Brassica napus L.
— Ces trois espèces, que Hooker réunit en une seule, sont cul¬
tivées dans l’Inde.
Sinapis alba L. — Espèce des champs signalée en Corse à
Ajaccio et cultivée à Ferozepore dans le Panjab. C’est le
Brassica alba de Hook. et Th.
Distribution : De la Syrie jusque dans l’Europe méridio¬
nale.
Diplotaxis. — Ce genre n’offre qu’une espèce qui habite
Kalcbag dans le Sait Range (Panjab).
Eruca saliva Lam. — Espèce parisienne qui croit sur les
décombres et dans les moissons. Elle habite les lieux cultivés
du nord et du centre do l’Inde, THimalaya occidental jusqu’à
3.000 mètres et la vallée supérieure du Gange.
Distribution : A l’occident jusqu’aux Canaries.
Moricandia arvensis D. C. — Espèce propre à Marseille, où
elle est rare et quelquefois cultivée. Se trouve en Corse.
Distribution : Perse, Arabie, région méditerranéenne.
Capsella Bursa-pastoris Mœnch. — Espèce parisienne qui se
plaît dans les lieux cultivés. On la trouve dans tous les lieux
cultivés de l'Inde tempérée, notamment aux Nilgiris et aux
Shivaro-hills.
Distribution : Mauvaise herbe des cultures. Judée, Tripoli,
Maroc.
Capsella elliptica C. A.W. — C’est VHutchinsia procumbens de
Desvaux. Croit en France dans les lieux humides et surtout
dans le Midi. On la rencontre au Thibet occidental. 4.200 m.
Distribution : Sud de l'Europe et Nord de l’Afrique, Aus¬
tralie et Chili, où elle a peut-être été introduite.
Lepidium sativum L. — Espèce parisienne qui n’a été ren¬
contrée dans l’Inde et le Thibet occidental qu’à l’état cultivé.
Distribution : Europe occidentale, Tripoli.
Lepidium draba L. — C’est le Cardaria draba de Desv.
Espèce parisienne des champs. C’est une plante qui croît dans
le Panjab et est une mauvaise herbe des cultures.
Distribution : Europe et Asie occidentale.
Lepidium ruderale L. — Espèce parisienne qui se plaît dans
les lieux stériles. Croit dans la région tempérée du Thibet occi¬
dental, 2.100 à 3.900 mètres.
Distribution : Asie occidentale, Europe.
Thlaspi arvense L. — Espèce parisienne. Plante des mois¬
sons. Mauvaise herbe des champs que Ton rencontre dans
i’Himalaya tempéré et subalpin jusqu’à une altitude de
4.200 mètres.
Distribution : Europe, Asie; toujours dans les lieux cultivés.
Thlaspi alpestre L. — Plante des hautes montagnes do
France. Habite la région tempérée et subalpine de THimalaya,
le Thibet occidental ; on la trouve du Sikkim au Cachemir,
2.100 à 3.600 mètres. Dans le Sikkim, elle habite seulement les
chaînes centrales les plus arides.
Distribution : Région alpine des Alpes en Europe, régions
alpines de l’Asie, région alpine des Andes (Amérique).
Iberidella. — Ce genre est distribué dans THimalaya de
3.600 à 4.800 mètres.
Isatis tinctoria L. — Espèce parisienne des lieux pierreux et
des vieux murs. Croit aussi en Corse. Lieux cultivés. Thibet
occidental.
Distribution : A l’occident, en Europe et jusqu’aux îles
Canaries.
Neslia paniculata Desv. — Espèce parisienne qui affectionne
les moissons et les terrains calcaires. Se trouve dans la région
liivnalayenne du Panjab de Hazara à Béas, Cachemir, 4.500 à
1.800 mètres.
Distribution : Dans les champs : Perse, Asie occidentale,
Judée, Europe tempérée.
Crambe. — Genre réparti dans le Thibet et THimalaya occi¬
dentaux, 3.000 à 4.200 mètres.
Raphanus sativus L. - Espèce cultivée, qui croit dans THi¬
malaya jusqu’au-dessus de 4.800 mètres d’altitude.
Distribution : Cultivée dans les zones chaudes et tempérées.
Raphanus raphanistrum L. — Raphanistrum arvense de Mer.
Rattachée par Hooker à l’espèce précédente.
Même station et même distribution que le Raphanus sa¬
tivus I..
LE NATURALISTE
21
CAPPARIDÉES
Capparis spinosa L. — France : Midi, rochers.
Inde : Vallées chaudes de l’Himalaya occidental en se din-
seant vers le Népal. Thibet occidental jusqu’à 3.900 mètres.
Sindh, Panjab, . 'i de la Péninsule dans les monts Maha-
bleshwar.
Distribution : Afghanistan, Asie occidentale, Europe, nord
(le l’Afrique, Australie, iles Sandwich, Judée.
Var. galeata maritime. Du Sindh à l’Arabie et a 1 Afrique
oriental.
Var. vulgaris. Forme commune de l’Inde et de l’Orient.
Var. leucophvlla, confirmé dans l’Inde, dans les basses val¬
lées de l’IIimalaya et en Perse.
Réséda L. — Pas
Panjab. Sindh.
(A suivre.)
des deux flores.
Hector Léveii.i.é.
DESCRIPTION D’EN PAPILLON NOEYEAE
Hcratcra Faluella, n. sp.
31 millimètres. Dessus des supérieures d’un blanc laiteux
brillant avec un ou deux petits points noirs à la base de l’aile,
quelques petites taches le long de la côte, l’orbiculaire, cerclée
partiellement, se détachant bien sur le fond blanc, enfin une,
large bande médiane vert olive, coupée en deux dans son mi¬
lieu où le blanc du fond do l’aile est tacheté de jaune ter-
Dans la partie !
meure de la bande la réniforme, noire, se
de fines lignes bleuâtres l’entourent en
partie. Le dessin de l’aile sc complète par une ombre subter¬
minale partielle, une ligne terminale grise, puis une série de
traits internervuraux vert olive; ces derniers dessins s’arrêtent
tous avant l’apex qui reste blanc pur. Franges rousses, blanches
à l'apex.
Dessin
point cellulaire central et bordé d'une double ligne
seconde, plus large, en forme de traits). Cette double ligne est
plus ou moins accentuée et disparait i
l’un de mes
rant les individus,
jardin du
marqué d’un
îe noirâtre (la
qués et disparaissent plus ou moins sui
Quatre ÿ dont deux prises dans le
Loja les 29 mars et 7 avril 1890, ’
le 24 avril de la même année.
LES MOUILLES
Parmi les champignons qui sont utilisés pour l'alimen¬
tation, il n’en est bien certainement pas un seul qui
puisse lutter avec les Morilles. Le Mousseron, l’Oronge
elle-même ne possèdent point ce goût incomparable, ce
fumet délicieux qui font de la Morille le roi des Cham¬
pignons. On pourra me faire une objection, me dire que
la Truffe revendique pour elle cette royauté : il ne faut
pas oublier que la Truffe est avant, tout un condiment
destiné à communiquer aux mets une saveur spéciale et
non un aliment dans le véritable sens du mot.
Ce n’est pas d'hier que la Morille est recherchée ;
Charles de l’Écluse au xvie siècle en célèbre la grande
valeur et en décrit déjà un certain nombre de formes.
Krombholz, Persoon en ont examiné les nombreuses
variétés et leur ont imposé des dénominations particu¬
lières. Dillenius en 1719 avait donné à la Morille son
nom générique de Morchella de l’allemand Morchell.
Antérieurement on se contentait d’en faire un Boletus ou
un Phallus.
Fig.
Morchella csculenta,
ar. vulgaris.
Où devons-nous placer la Morille ; et dans quel grou¬
pe de Champi -
gnon ? — Si nous
pratiquons une
tranche fine à
travers une espèce
quelconque de
Morchella, nous
sommes de suite
frappés par cette
circonstance que
les spores (orga¬
nes de reproduc¬
tion) sont renfer¬
mées dans destin
ques ou asques.
n ■■ |i|i\\>| La Morille est donc
gptj •' ! | j-j un Ascomycète,
I l , mais celan’est pas
i|: ! suffisant. Il est
' ' facile de voir que
ces asques sont
superficiels, pla¬
cés à la surface
d'un réceptacle
qui est arrondi ou
plus ou moins co¬
nique, rugueux, sinueux, ou creusé d’alvéoles généràle-
menlirrégulières. Les asques se trouvant à la surfaced’un
réceptacle ondisque, on peutdire quelaMorille estun cham¬
pignon de l’ordre des Discomycètes. Si nous ajoutons à
ce que nous savons déjà de l’aspect extérieur du cham¬
pignon qu’il est creux intérieurement, que le réceptacle
fait suite directement à un pied plus ou moins long, que
les asques renferment (sauf de très rares exceptions)
8 spores simples, transparentes (sous le microscope) et.
ovales, [nous aurons le signalement complet du genre
Morchella. Pourquoi a-t-on voulu rejeter il y a quelques
années ce nom de Morchella qui date de plus d’un siècle
déjà pour lui substituer celui deMorilla? Nous ne pouvons
l’expliquer que par une haute fantaisie ou par ce besoin
inné chez de trop nombreux naturalistes de changer a
tort et à travers, pour le seul plaisir de changer. Un
mycologue connu, coutumier du fait, interrogé derniè¬
rement par un de nos amis, sur cette manie de change¬
ment, ne trouvait que cette réponse stupéfiante. « Eli !
ma foi, ça fait un synonyme de plus. » Après celle-là, il
ne reste plus qu’à tirer l’échelle !
Quoi qu’il en soit, le genre Morchella est représent'-
par 24 espèces dans le Sylloge .le M. Saccardo. Mais
quelques-unes d’entre elles sont fortement douteuses,
tandis que d’autres déjà signalées par les anciens, par
Krombholz entre autres, ont été omises et devront re¬
prendre dans la systématique le rang qui leur est dù. On
rencontre les Morilles dans le monde entier; dans toute
l’Europe, dans l’Amérique du Nord, aux Falklands, en
Asie, à Java, au Kashmir, aux Indes orientales, en Afrique.
àTénériffe, en Australie. Ceux qui voient partoutdans la
nature le doigt de Dieu, ne sauraient trop remercier la
divine Providence de la bonté avec laquelle elle a jeté en
pâture à l'homme, sous toutes les latitudes et sous tous les
climats, ce délicieux champignon qui vaut bien la manne
du désert! De ces nombreuses espèces, quelques-unes seu¬
lement sont l’objet des recherches des amateurs et d’un
d’une certaine importance. Au premier prin-
212
LE NATURALISTE
temps les bois des environs de Paris sont visités dans leurs
recoins les plus écartés par des bandes de chercheurs
qui en sont fréquemment pour leur peine. C’est que les
Morilles sont par nature capricieuses et n’apparaissent
pas tous les ans avec la même profusion. L’année 1891 a
été tout particulièrement favorable ; on les a vues appa¬
raître dans des contrées où elles étaient d’habitude dis¬
séminées avec une remarquable parcimonie.
Une même espèce varie à l’infini, tantôt pâle ou brune,
arrondie ou conique. Elles peuvent rester fort petites ou
bien acquérir d’énormes dimensions. C’est ainsi qu’un
jardinier des environs de Verrières-le-Buisson m’en a
apporté il y a quelques jours un exemplaire pesant
1050 grammes. Il paraît même que cet échantillon n’était
pas unique et que le propriétaire d’un parc boisé où ce
spécimen s’étaitdéveloppé, en avait fait jeter aufumierune
quantité capable de remplir un tombereau. 11 n’avait osé
consommer des champignons de cette dimension, habitué
qu’il était à ne manger que des Morilles de petite taille.
Le gourmet préférera toujours ces dernières, les formes
monstrueuses ayant une chair consistante, élastique et
sans parfum.
Afin de permettre de reconnaître facilement les diverses
espèces de Morilles, je reproduis le tableau suivant em¬
prunté à M. Gillet ( Discomycètes de France) :
1. Réceptacle (chapeau) plus ou moins profondément
excavé en aréoles rhomboïdes ou polymorphes.
A. Pédicule (pied) plus court que le réceptacle: M. escu-
lenta.
15. Pédicule 3-4 fois plus long que le réceptacle: M. cras-
sipes.
2. Alvéoles du réceptacle formées de côtes longitudi¬
nales réunies par des rides transversales.
A. Pied gros 3-4 fois plus long que le réceptacle :
M. data.
B. Pied plus court.
a. Réceptacle cylindrique ou subcylindrique : M. deli-
ciosa.
b. Réceptacle conique : M. conica.
Aux environs de Paris, c’est principalement le M. escu-
lenta qu’on récolte sous ses diverses formes, blanche,
fauve ou noirâtre, à chapeau arrondi ou cylindrique. De
ces formes quelques-unes doivent très probablement
être séparées à titre d’espèces, entre autres le M. rotunda
Pers. à alvéoles se rétrécissant en entonnoir, et le M. ri-
gida Kromb. à fond des alvéoles plat. Cette dernière
plante a été recueillie cette année dans les Alpes-Mari¬
times et aux environs de Troyes. Je dois ces renseigne¬
ments à l’obligeance de M. Boudier, le savant mycologue
do Montmorency, qui prépare une Monographie des
Morilles où la science du botaniste, l’habileté et l’exacti¬
tude du dessinateur pourront aller de pair.
Le Morchella deliciosa n’a été qu’à peine rencontré
dans la région parisienne ; quant au M. conica on le re¬
cueille de-ci de-là assez fréquemment. Il parait recher¬
cher la tannée des serres.
On a longtemps placé, parmi les Morilles, quelques
champignons qui en diffèrent véritablement, même par
leurs caractères extérieurs. Les Morchella rimosipes,semili-
bera par exemple, se distinguent des morilles proprement
dites par la manière toute spéciale dont le pédicule se
continue avec le réceptacle. Dans ces dernières espèces
le réceptacle n’est pas uni intimement au pied, mais il
est libre dans une partie de sa largeur. Ce caractère im¬
portant adonné lieu à la création par LévéiMé du genre
Mitrophora. Quelques espèces de ce genre se trouvent
aux environs de Paris et pourront être facilement recon¬
nues au moyen du tableau suivant :
1, Pied long, plus ou moins ridé longitudinalement :
M. rimosipes.
LE NATURALISTE
2. Pied lisse.
A. Pied squamuleux-écailleux; 12 à 14 centimètres :
M. gigas.
B. Pied glabre ou poussiéreux.
a. Chapeau conique : M. semilibera.
b. Chapeau ovale : M. patula.
En réunissant les caractères de ces deux genres on
arrivera facilement à constituer une famille desMorchel-
lées, caractérisée d’après M. Boudierparun « hyménium
alvéolé, à côtes stériles sur la tranche ». Cette famille
réunie à celle des Helvellées dont nous aurons occasion
de parler plus tard, formera la tribu des Mitrées dans
laquelle les réceptacles sont disposés en massue ou en
chapeau et toujours pédicules.
Toutes les Morilles sont comestibles; les accidents
signalés en Allemagne, il y a quelques années, doivent
être attribués probablement à la consommation de
quelque espèce de la famille des Helvellées. Il n’est pas
étonnant que la perfection et la valeur vénale de la
Morille aient fait naître des tentatives de culture. Cordier
dit qu’un cultivateur était arrivé à produire des Morilles
en semant des fragments de ce champignon sur une I
couche préparée en vue de la culture de l’agaric. La
couche ne doitpas être profonde (15 centimètres au plus)
et disposée de telle sorte que l’eau ne puisse y séjourner :
l'air et la lumière doivent être distribués avec mesure. Je
ne crois pas que ces expériences aient été reprises.
Le mycélium serait utilisable. 11 y aurait la matière a
recherches et à expériences d’un véritable intérêt scien¬
tifique et culinaire. On a remarqué en effet que la Morille
persistait au môme lieu pendant de longues années con¬
sécutives.
Tout récemment, un amateur de Falaise a prétendu
être arrivé à cultiver la Morille : je ne sais malheureuse¬
ment pas ce qu’il faut en croire. M. le baron d’Yvoire a
de son côté fait connaître un procédé simple et facile
(sur le papier) de récolter des morilles dans son jardin.
L’honorable expérimentateur parait tellement sùr du
succès qu’il n’hésite pas à dire que le terrain de culture
ne doit pas être « éloigné d’une grande ville afin de
pouvoir vendre les morilles dans toute leur fraîcheur.
On pourrait, il est vrai, faire des conserves de morilles en
boîte, avec la certitude d’en trouver promptement un
facile débit. » Le procédé sùr et facile de M. le Baron
consiste à préparer un carreau d’artichaut et à y jeter
çà et là quelques morilles fraîches ou sèches pour la
semence. Mais ce n’est pas tout : à l’automne, au moment
de donner une couverture aux artichauts, on doit ré¬
pandre sur le carreau du marc de pommes sur une hau¬
teur de 1 centimètre. 11 parait que le marc de poires ne
produit que des Pézizes. Cette préférence exclusive de la
Morille me rappelle la boutade d’un médecin qui pendant
une épidémie cholérique avait soigné deux de ses clients
avec des haricots. L’un, menuisier de son état, était mort,
l’autre, un maçon, se portait comme un charme. Interrogé
surles effets si opposésduféculentetharmonieuxlégume,
l’Esculape, sans être embarrassé une minute, avait ré¬
pondu : « Haricot bon pour les menuisiers, mauvais pour
les maçons. » On pourrait peut-être trouver une cause
du même genre à la préférence de la Morille pour la
pomme, et cet amour de la pomme est tel qu’il a donné
lieu au fait suivant que je n’invente pas, mais dont je ne
saurais garantir l’authenticité. Le propriétaire d’un parc
voisin du castel de M. le baron d’Yvoire avait offert à une
compagnie de pompiers des rafraîchissements accompa¬
gnés de pommes. Les pompiers avaient rejeté (comment
et par où!) les débris de pommes qu’ils avaient mangés.
Au printemps suivant la place de chaque pompier était
restée marquée par des Morilles disposées en un rang très
régulier.
Fermons la parenthèse et recouvrons le marc d’un lil
de feuilles. Vers le 1er avril, il faudra en enlever une
portion; c’est là, paraît-il, la partie difficile de l’opération
de laquelle dépend le succès. Vers le 15 avril paraîtront
les premières Morilles et la cueillette pourra commencer
et se continuer jusque vers le 15 mai.
Le procédé que je viens de signaler aux lecteurs du
Naturaliste est comme le sabre de M. Joseph Prudhomme,
il est à deux fins : il peut servir à donner des Morilles et,
ce qui ne surprendra personne, une quantité considé¬
rable de sauvageons qu’on pourra utiliser en pépinières.
Essayez, chers lecteurs, et quand vous aurez mangé
des Morilles de vos cultures, vous aurez la bonté de me
le faire dire ! P. Hariot.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 27 juillet. — Note de M. Émile Blanchard sur les
preuves de communications terrestres entre l’Asie et l’Amé¬
rique pendant l’âge moderne de la Terre. Comme dans sa der¬
nière note sur les communications qui ont dû exister entre
l’Europe et l’Amérique, le savant professeur du Muséum insiste
sur les représentants végétaux et animaux communs aux deux
continents. Pour les végétaux : Ce sont des Anémones, des Re¬
noncules, le Tulipier, découvert récemment en Chine, des Vio¬
lettes, un Erable, des Rosacées, quelques Saxifrages diverses,
Ombelliféres, etc... Pour le monde animal, ce sont des Carabes
qui n’ont cependant que leurs pattes comme moyen de locomo¬
tion, des papillons appartenant à différentes familles, qu’on re¬
trouve depuis l’Europe, la Sibérie et le Kamtschalka jusqu’en
Californie. Parmi les Vertébrés, le Souslik de Sibérie se re¬
trouve dans la presqu’île d’Alaska, ainsi que la Zibeline et le
Glouton. Comme on le voit, des végétaux et des animaux se
sont répandus dans les régions arctiques européennes, asia¬
tiques et américaines accomplissant le périple entier à l’époque
de la continuité des terres. — Note de M. Albert Gaudry sur
l’Ichthyosaure de Sainte-Colombe (Yonne), offert au Muséum
par MM. Millot, et trouvé dans les exploitations des ciments de
Vassy. L’examen ostéologique amène M. Gaudry à. nommer pro.
visoirement ce fossile Ichthyosaurus Burgundiæ ; cette détermi¬
nation ne saurait être définitive qu’après une comparaison faite
avec les nombreuses pièces du British Muséum et du YVurtem-
berg. — Note de M. .1. F. Marion. Sur les travaux de zoologie
appliquée, effectués à la station maritime d’Endoume durant
Tannée 1890. Ces travaux comprennent des relevés statistiques
et des remarques sur le régime biologique et la reproduction
des espèces de poissons comestibles des côtes de Provence. Le
professeur de la Faculté de Marseille signale aux pouvoirs pu¬
blics l’appauvrissement des fonds en espèces sédentaires, sur¬
tout pour ce qui concerne le Maquereau, l’Anchois, et princi¬
palement la Sardine, dont les jeunes alevins sont péchés en
nombre considérable par des matelots d’origine génoise à l’aide
d’engins dont il serait bon de réglementer l’usage. — M. A.
Milne-Edwards présente une note de M. .V. Gré liant sur un
nouvel appareil, le myographe dynamométrique, lequel a permis
à l’auteur collaborant avec M. Ch. Quinquand de mesurer la
puissance musculaire chez des animaux soumis à un certain
nombre d’intoxications par l’oxygène comprimé, l’alcoolisme
aigu et le curare. — M. Marey présente une note de .1/. Aug.
Charpentier sur la relation entre les oscillations rétiniennes ei
certains phénomènes entoptiques. Cette note complémentaire
des précédentes du même auteur sur le même sujet explique
comment les surfaces blanches soumises à un mouvement de
rotation déterminé colorent uniformément en violet pourpre.
Cette coloration serait la vision entoptique du pourpre rétinien.
— M. Bouchard présente une note de M. G. Colin dont diverses
LE NATURALISTE
214
expériences prouvent, contrairement à l’idée admise dans ces
derniers temps, que la chèvre n’est pas réfractaire a la tuber¬
culose. — M. Chauveau présente une note de M. Lortet sur les
microbes pathogènes des vases de la mer Morte. On sait que
les eaux de ce lac ne renferment aucun organisme vivant, vé¬
gétal ou animal. Mais les vases du fond diluées convenable¬
ment et ensemencées dans des milieux nutritifs ont produit
deux micro-organismes très reconnaissables, celui de la gan¬
grène gazeuse et' celui' du tétanos, qui avaient résisté au con¬
tact de ces énormes masses d’eau chargées cependant de sels
nocifs en quantité* considérable. — M. de Lacàzé-Diithiers pré¬
sente une note de M. P. Marchai sur l’appareil excréteur des
Caridies et la sécrétion rénale des Crustacés. L’auteur signale
les variations qui se présentent dans les diverses parties de cet
appareil chez la Nika edulis, Alpheus ruber, Candina. Desma-
restii. — M.' de laeaze-Dulhiérs présente une note de M. b.
Saint-Remy sur le système nerveux des Monocotylides. Les
observations de l'auteur ont porté sur deux types : Pseudo-
cotyle squatlnœ.. et Microbothrium apiculatum ; elles montrent
que ce système nerveux est construit sur le même plan que
celui des Tristomides avec une complication plus grande bien
qu’inattendue. — M: Duchartre présente une note de
1/1/ Kilnckel d’Herculais et Frédéric Saliba sur le Rhizœcus
faicifer (Künck.) Cette cochenille hypogée fut découverte en
1878 par M. Kiinckel dans les serres du Muséum. Sa présence
plusieurs fois signalée depuis dans diverses localités vient
d’ètre de nouveau constatée par M. Saliba en Algérie où elle
cause le dépérissement du cep dans certains vignobles. Cette
découverte soulève plusieurs questions : 1° Celle de connaître
la. plante type sur laquelle se développait originairement
cette cochenille avant ses diverses adaptations et ses migra¬
tions; 2° cette cochenille est-ello le parasite de la vigne
signalé depuis l’antiquité par Strabon. Les auteurs optent pour
l’affirmative. — M. Duchartre présente une note de M. Gêneau
de Lamarlière sur l’assimilation spécifique dans les Ombelli-
feres. Des expériences de l’auteur, il résulte que des plantes
de la même famille et même appartenant à des espèces très
voisines peuvent ne pas absorber l’acide carbonique de l’at-
mosphère avec la même intensité pour une même surface.
Ainsi les Ombeliifères k feuilles très découpées assimilent plus
que les Ombeliifères à feuilles entières ou peu découpées, ce
qui s’explique par la disposition en plusieurs assises du tissu
palissadique chez les premières. — M. Duchartre présente une
note de M. G. Poiraull sur les tubes criblés des Filicmées et
des Equisétinées. Dans ces familles, on trouve les deux types
de tubes des Phanérogames, soit à cloisons terminales à un
seul crible, soit à cloisons obliques portant un nombre plus ou
moins grand de cribles. Contrairement à l’assertion de M. de
Janezewski, on trouve un cal dans toutes les Fougères et les
Equisétacées. Les Ophioglossées font seules exception.
Séance du 3 août. — M. de Lacaze-Duthiers présente une
note de M. Yves Delage sur le développement des Eponges. Il
résulte des recherches de l’auteur que l’ectoderme se forme aux
dépens de cellules primitivement intérieures. Quant aux cel¬
lules ciliées, elles passent à l’intérieur, sont capturées par des
cellules amœboïdes mésodermiques et sont libérées ensuite
pour former les corbeilles et les canaux. — M. Giard adresse
une note sur l’Isaria densa, parasite du Ver blanc, en réponse
à la dernière communication de MM. Prillieux et Delacroix, et
résume une série de questions qu’il avait résolues dans des
publications antérieures. Il revendique la priorité et accepte la
responsabilité de tout ce qu’il a dit relativement à la destruc¬
tion du Ver blanc par l’Isaria. — M. Blanchard présente une
note de M. Le Moult sur le parasite du hanneton. Il rend
compte des succès qu’il obtient pour la production artificielle
de. la semence de la Muscardine. D’après l’auteur, il se déve¬
lopperait deux appareils fructifères bien différents, quoique
produisant des spores identiques. — M. Chauveau présente une
note de M. Ch. Cornevin sur l’action de poisons, sur la germi¬
nation des graines des végétaux dont ils proviennent; tantôt
elle entrave la germination, par exemple la nicotine, tantôt elle
la favorise, exemple l’opium. — M. Chauveau présente une note
de M. Lober l sur la résistance du virus rabique à l’action du
froid prolongé. Un lapin ayant succombé à la rage fut soumis
pendant 10 mois à une température variant entre — 10 et — 20°.
Après ce temps, l’auteur put avec le bulbe de cet animal ino¬
culer avec succès d’autres lapins.
A. E. Malard.
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X Journ. of Bot. 1S91, pp. 97-106.
G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS, — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13” ANNÉE
2° Série — l O
SEPTEMBRE 1891
LES TIMBRES-POSTE ZOOLOGIQUES
On sait combien le goût de collections des timbres- i
poste a pris d’extension depuis une trentaine d’années, j
Si la timbromanie est une passion peu dangereuse pour
les gens qui en sont épris, il faut reconnaître qu’elle est
instructive pour les enfants auxquels elle apprend l’his¬
toire et la géographie : les timbres-poste, en effet, leur
enseignent, par les effigies qu’ils représentent, la suc¬
cession des règnes dans l’histoire contemporaine et, par J
les divers timbres en usage dans les colonies, on peut
facilement apprendre à quelle puissance ces colonies
appartiennent. Mais certains timbres-poste peuvent
encore fournir des notions de zoologie : Ce sont ceux
qui représentent des animaux spéciaux à certaines con¬
trées. Nous avons fait, à ce sujet, quelques recherches J
que nous résumons dans cette notice.
Nous ne parlerons pas des timbres sur lesquels sont
figurés des animaux qui ne sont que les armes d’un paÿs :
tels que ceux du Mexique émis en 1864 et représentant
un aigle dévorant un serpent sur un nopal.
Le Canada a eu, le premier, l’idée de figurer sur ses |
Fig. I. — Timbre du Canada représentant un castor i,l .
timbres le Castor, dont la peau constitue pour ce pays
une branche importante de commerce. C’est en 1861 que
fut émis un timbre de la valeur de 3 pence représentant
un Castor (fig. 1.)
En 1854 une colonie anglaise, l’australie occidentale,
adopta comme type de sa première émission de timbres-
poste le Cygne noir ( Chenopsis atralus ). On sait que cet
Fig. 2. — Cygne noir d Australie Chenopsis airains .
oiseau, commun sur tous les lacs et rivières d’Océanie,
était si abondant dans cette partie de l’Australie que les
Anglais nommèrent cette colonie Black s wan Hiver
(Rivière des Cygnes noirs). Malheureusement on fail
à ces oiseaux une guerre sans pitié : « on enlève leurs
œufs, on les poursuit pendant la mue, époque à laquelle
(1) Les clichés de timbres-poste, que nous figurons ci-
contre, nous ont été obligeamment prêtés par M. Arthur
Maury, le négociant en timbres-poste bien connu des collec¬
tionneurs.
LE XATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
ils sont incapables de voler, on les tue pour le plaisir
de les tuer. Gould raconte que les canots d’un baleinier
remontèrent un fleuve et revinrent remplis jusqu’au
bord des cadavres de Cygnes noirs. L’arrivée des Euro-
Fig. 3. — Timbre d'Australie occidentale avec le Cygne noir.
péens a été la perte de ces oiseaux; partout où fisse
sont établis, ceux-ci ont dû disparaître. Aujourd’hui déjà
les Cygnes noirs sont complètement détruits dans des
endroits où on les trouvait autrefois par milliers et nous
ne pouvons espérer malheureusement de voir la fin de
cette destruction. » (Brehm.) Depuis 1854, tous les dif¬
férents timbres-poste de l’Australie Occidentale repré¬
sentent le Cygne noir (fig. 2, 3).
Une autre colonie anglaise , celle de Terre-Neuve
(Neiofoundland), suivit en 1866 l’exemple des deux précé¬
dentes en émettant ; 1° un timbre de la valeur de 2 cents
Fig. 1. — Timbre de Terre-Neuve, montrant une morue.
Fig. 5. — Timbre de Terre-Neuve avec un phoque.
représentant la Morue (fig. 4), dont la pêche constitue
une source de richesse pour ce pays ; 2° un timbre de
Fig. 6. — Tête du chien do Terre-Neuve représentée sur le
timbre-poste de Terre-Neuve.
5 cents figurant un Phoque (fig. 5), ce malheureux car¬
nassier, objet d’une chasse sans merci qui amènera
dans ces contrées sa disparition, comme celle du Cygne
LE NATURALISTE
216
noir en Australie; 3° en 1887 un timbre de 1/2 cent re¬
présentant le Chien de Terre-Neuve (fig. G. 7).
Fig. 7. — Timbre de Terre-Neuve.
En 1866,1e gouvernement du Pérou créait des tim¬
bres figurant le Lama ( Lama Peruviana) (fig. 6) ; c’était
un hommage bien mérité rendu à ce Ruminant/si pré¬
cieux à plus d’un titre. Le Lama était la seule bête
employée par les habitants de Pérou lors de la dé¬
couverte de l’Amérique et cet ani¬
mal n’y existait déjà plus à l’état
sauvage; de Humboldt pense que
ceux qu’on rencontre à l’état de li¬
berté dansles gorges des Cordillières
ne sont que des descendants d’in¬
dividus soumis. Les timbres-poste
de 1866 lurent remplacés en 1874
par un timbre-taxe plus élégant, sur
lequel figure également ' le Lama
(fig. 8, 9).
La République de Guatemala adopta en 1879 des tim¬
bres représentant le Quelzal ou Trogon resplendissant
Phavomacrus resplendens. Nous avons publié une note
relative à cet oiseau dans le Naturaliste (n° 104, 1er juil¬
let 1891).
En 1883 la colonie anglaise dei Vân-diemen ou. Tas¬
manie émettait des timbres fiscaux, employés également
pour la poste, et qui représentaient YOrnithorhynquc
paradoxal (fig. 10). Cet animal si bizarre ne se rencontre,
en effet, que dans cette contrée et restera un des types
les plus curieux à étudier pour le naturaliste. Jules
Fig. 9. — Timbre
du Pérou repré¬
sentant le Lama.
Yerreaux, qui a observé ce Monotrème en Tasmanie, a
dit à son sujet : « Son organisation
extérieure le rapprocherait en quel¬
que sorte delà Taupe parle corps,
du Castor par la queue et du Ca¬
nard parle bec; par son organi¬
sation intérieure, il ressemble à
certains reptiles et paraîtrait for¬
mer un chaînon entre les Mammi¬
fères et les Sauriens. »
Enfin une autre colonie anglaise
d’Australie, la Nouvelle-Galles du
Sud, a imité l’exemple de la Tasmanie et, pour célébrer
en 1888 le centenaire de sa fondation, a émis les trois
timbres suivants :
l°Un timbre de 2 pence (flg. U; 12) représentant l’Emou,
cet oiseau gigantesque qui remplace l’Autruche en Aus¬
tralie, et qui, sans cesse persécuté par les Européens,
disparaîtra dans un avenir prochain de cette colonie où
il n’en restera d’autre souvenir que son image sur un
timbre-poste !
2° Un timbre de 8 pence (fig. 13, 14) montrant 1a. Lyre
Fig. 13. — L’oiseau Lyre.
Fig. 10. — Timbre de
Tasmanie , mon¬
trant l’Ornitho-
rhynque.
LE NATURALISTE
217
(Menura lyra), encore un oiseau qui devient très rare et
qui sera prochainement éteint, vu la chasse dont il est
toujours l’objet.
3° Un timbre d’un shilling (flg. 13), représentant le
Kanguroo géant ( Macropus giganteus), qui habite, avec
l’Emou, les plaines de la Nouvelle-Galles du Sud; la chair
de ces animaux, qui est excellente, et leur peau qui
Fig. 12, 14, 13. — Timbres de la Nouvelle-Galles du Sud re¬
présentant l’Emou, la Lyre, le Kanguroo géant.
fournit une fourrure recherchée les exposent à une guerre
continuelle : les habitants les chassent avec fureur et
dressent des chiens pour les combattre, et bientôt peut-
être ces malheureux Mammifères subiront le sort de
l’Emou, du Cygne noir et de la Lyre.
Albert Changer.
SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
SECTION DES SCIENCES NATURELLES
BULLETIN DU DEUXIÈME TRIMESTRE
Zoologie. — M. Joannes Ghatin étudie le Fonctionnement
de l’aiguillon dans l’Heterodera Schachlii, anguillule parasite
de la Betterave. Chez la femelle, l’aiguillon se réduit beaucoup
et ne sert qu’à ponctionner la plante; il est puissant, au con¬
traire, chez le mâle, où il sert en outre à perforer les tissus de
la plante et à creuser un chemin à leur intérieur. — M. Ciiatin
décrit en outre l' Appareil buccal des Phryganes ; il montre
qu’il présente des affinités avec celui des Lépidoptères, et qu’au
lieu d’étre rudimentaire, il présente toutes scs parties nor¬
males, à l’exception des mandibules. — M. Gaubert présente
des observations sur la structure des glandes venimeuses des
Aranéides, et établit notamment que leurs fibres musculaires
sont séparées de la couche conjonctive portant les cellules
glandulaires par une couche de tissu conjonctif. — M. Pizon
expose le résultat de scs observations Sur la blastogén'ese chez
les Botryllidés, Il confirme la blastogénèse continue que
M. Jourdain avait observée et il trouve que trois générations
sont ordinairement représentées dans Je cormier, mais que par¬
fois on en observe quatre, la plus ancienne étant en dégénéres¬
cence, la plus jeune ofiï-ant u,u seul diverticule ectodermique.
Les individus en dégénérescence servent à l’accroissement de la
tunique commune, mais une partie considérable de leur masse,
passant par les tubes ectodermiquos qui la mettent encore en
relation avec la génération suivante, est absorbée par celle-ci,
et par suite aussi, par celles qui en dérivent et qui peuvent
s'élever à deux. Avant la ponte, les individus adultes sont her¬
maphrodites; ils restent mâles après la ponte, puis ils de¬
viennent neutres ; leur évolution est dès lors terminée et ils
Botryllidés,
a lion des colonies
> qu’on ne l’a indiqué jusqu’à
dév données*
dc\ oioppees,
ment dW bourgeon sous forme d’un diverticule endoder¬
mique. Dans certains cas, les larves de cetto espèce ne sortent
pas du cloaque, mais y bourgeonnent, et les individus ainsi
formés s’ajoutent à ceux du système auquel appartient la
larve. — MM. A. Milne-Edwards et E.-L. Bouvier font une
étude des Paguriens du genre Canceltus. Us établissent que ces
Crustacés présentent le même mode d’adaptation que le Pylo-
cheles, en ce sens qu’ils se logent dans la cavité des pierres et
qu’ils en ferment l’entrée avec leurs pinces, dont la forme est
singulière ment modifiée, mais ils insistent sur ce fait qu’il
en réalité aucune affinité directe entre les deux genres :
les Pylocheles peuvent être considérés comme des macroures,
voisins des Thalamicidés, qui ont acquis des caractères pagu¬
riens en s'adaptant à vivre dans les pierres creuses; les Can-
cellus, au contraire, sont des Paguriens (voisins des Clit/ana-
riées ) qui ont abandonné les coquilles pour prendre le genre
de vie, et par conséquent la forme extérieure des Pylocheles.
nvulsifs. Le retour à la vie prul
110 heures après la submersion, mais alors il
être permanent quand la sub¬
duré S0 à fiO heures. — M. Contejean décrit l 'épi¬
thélium du poumon du Colimaçon, et dit qu’en hiver, cet épi¬
thélium se compose de cellules plates à noyau central et ne
entient pas de cellules vibratilcs. — Dans une autre communi-
ation, le même aut eur s’occupe du temps nécessaire pour faire
ne grenouille salée. Si l’on saigne une grenouille à blanc et
: on chasse le sang par une injection intravcinçugi;, d’eau
salée à 7.3 /Ô00, on trouve toujours Quelques globules conge¬
lé liquide qui s’échappe d’une artère sectionnée. Le
calcul montre d’ailleurs qu’il faut un temps infini pour enlever
, le sang suivant, cette méthode. M. Contejean signale en
outre la tétradactylie dans les membres postérieurs du cobaye
et indique une méthode pour doser les peptones au moyen
d’une solution au'IOO0 de permanganate de potasse. — MM. Phi-
salix et Contejean étudient la physiologie des glandes à
venin de la Salamandre terrestre; la sécrétion de ces glandes
est duc à l’influence du système nerveux. Les centres présidant
à leur fonctionnement se trouvent dans les lobes optiques, le
bulbe et Taxe près de la moelle.
Botanique. — M. Ciiauveàud signale l’absence de plan de
symétrie chez les Asclépiadées . Chez les plantes de cette fa-
mille, l’embryon, complètement développé, parait présenter un
plan de symétrie perpendiculaire à celui de la graine. Cet as¬
pect n’est en réalité qu’une apparence, au moins dans certaines
espèces'. En effet, chez celles-ci, l’embryon est disposé au début
de telle sorte que le plan de ses cotylédons coïncide avec le
plan de symétrie de l’ovaire, mais, à mesure que les cotylédons
s’allongent, ils subissent un mouvement de torsion qui a pour
effet do placer leur nouveau plan à 43° du précèdent. Ils s élar¬
gissent alors, et comme ils étaient restés étroits et accoles l’un
à l’autre dans leur portion tordue, cette dernière parait être la
continuation de Taxe, et l’embryon semble avoir alors un plan
de symétrie dont, en réalité, il est complètement dépourvu.
Géologie. — Dans une intéressante conférence, M. Boule
entretient la Société des méthodes et des procédés en usage
dans les recherches pétrographiques ; il montre quels sont les
résultats déjà obtenus en présentant et analysant divers tra¬
vaux de MM. Fouquê, Michel Lévy et Lacroix, Roscmbuch,
Bertrand.
L. B.
LE CRIQUET PÈLERIN
Acridiurn peregrinum 01 iv.
Ses métamorphoses. Son parasite cryptogame
J’ai eu l’occasion d’observer cet été. en Algérie, des
quantités prodigieuses de criquets pèlerins qui passaient
sans discontinuer au-dessus de Mustapha et d’Alger.
On était assailli lorsqu’on, sortait dans les rues. J’ai
donc pu voir facilement l’attitude de ces acridiens
pendant le vol.
Lorsqu’ils veulent s’envoler, ils se donnent un violent
élan à l’aide de leurs pattes de la troisième paire qu’ils
détendent comme un ressort et qui restent pendantes
durant quelques instants. Si l’insecte veut continuer son
vol et monter davantage, il replie les jambes sur les
cuisses de la troisième paire de façon à ce qu’elles soient
parallèles à l’abdomen. Les pal tes des deuxième ettroi-
218
LE NATURALISTE
sième paires se relèvent et s-'appliquemt contre le tho- ,
rax, la jambe repliée contre la cuisse. Les antennes
sont dirigées en avant. Si l’insecte veut se poser, il
laisse pendre toutes ses pattes et relève ses ailes, se
laissant alors soutenir dans l’air à la façon d’un para¬
chute. M. Poujade, qui a étudié l’attitude de divers
insectes pendant le vol, a représenté une Locuste verte,
au vol, ayant les pattes pendantes. Peut-être cet insecte
replie-t-il ses pattes comme le font les cifquets pèlerins
quand il veut se soutenir quelque temps dans l’air.
J'ai observé l’accouplement et la ponte des criquets
pèlerins. Pour les criquets d’un même vol l’accouple¬
ment a lieu pendant plus de huit jours consécutifs, c’est-
à-dire que tous ne s’accouplent pas le même jour. Il en
résulte que les éclosions se font dans le même rapport.
Ils ne s’envolent pas lorsqu’on s’approche, ils sautillent
et même la plupart du temps, le mâle reste cramponné
sur sa femelle. Si on les observe sans les effrayer, on
voit que, pendant l’accouplement, le mâle redresse par
moment ses pattes de la troisième paire et frémit vérita¬
blement de jouissance. La femelle agite aussi ses pattes
postérieures, tandis que le mâle lui chàtouille en quel¬
que sorte les côtés du thorax avec ses deux paires de
pattes antérieures. Il en est de même pendant la ponte,
le mâle reste sur sa femelle et ses pattes de la troisième
paire sont encore agitées fiévreusement, il semble vou¬
loir l’aider à accoucher. La femelle enfonce alors son
abdomen dans le sol, même dans les terrains les plus
durs, j’en ai vu sur les routes battues ; souvent elle fait
des trous qu’elle abandonne sans avoir pondu, semblant
ainsi vouloir se rendre compte de la nature du sol.
L’abdomen s’enfonce à une profondeur qui varie entre
o centimètres et 8 centimètres. Jamais je n’ai rencontré
de femelle ayant enfoncé son abdomen à une plus grande
profondeur, bien qu’on ait dit souvent le contraire. La
femelle dépose au fond du trou une sorte de bave qui se
solidifie, bave légère, blanchâtre, ressemblant à du blanc
d’œuf battu. Elle dépose ses œufs et les recouvre encore
de cette substance spumeuse. Les pontes ne sont pas
isolées ; en général les criquets se réunissent en certains
points qui peuvent avoir ime superficie de plusieurs
mètres carrés ; là ils sont entassés, serrés les uns contre
les autres ; il y en a même souvent trois ou quatre les uns
sur les autres.
Ces grandes plaques de pontes ne sont pas distantes
les unes des autres x et lorsqu’on les voit de loin on
croirait qu’elles ne forment qu’une seule et immense
plaque jaune.
J’ai observé en diverses localités, notamment à Pales¬
tre, où l’administrateur adjoint, M. Vecchi, s’est mis gra¬
cieusement à ma disposition, puis à Bordj Bouira où le
maire, M. Paoli, m’a accompagné avec une grande com¬
plaisance pendant une journée entière, j’ai observé,
dis-je, une moyenne de 35 pontes par décimètre carré,
contenant chacune de 80 à 90 œufs, c’est-à-dire plus de
3,000 œufs par décimètre carré ; on peut, juger ■ de ce
qu’il peut y avoir d’œufs dans des lieux où les pontés
recouvrent une superlicie de plusieurs centaines de
mètres carrés ; trente millions d’œufs dans cent mètres
carrés !
Après la ponte, les insectes restent en général anéan¬
tis et meurent. M. Durand a constaté qu’un dixième
seulement des femelles meurent après la ponte ; les
survivants, dit-il, mâles et femelles prennent leur vol
vers le nord et disparaissent. II en est ainsi lorsque tout
se passe naturellement, mais il y a des cas où ces acri¬
diens meurent sans pouvoir pondre, c’est lorsqu’ils sont
atteints d’une maladie cryptogamique; nous en parlerons
plus loin.
Le sol où ont eu lieu les pontes est facile à reconnaî¬
tre, même de loin ; il est craquelé, éclaté, effrité ; en
outre, les trous de pontes sont surmontés de ces bou¬
chons spumeux dont il a été question plus haut.
J’ai recueilli des mottes de terre contenant des œufs,
il m’a été possible d’assister à l’éclosion, et ayant rap¬
porté en France près de cent individus récemment éclos,
j’ai pu suivre leurs métamorphoses jusqu’à l’état adulte,
en les nourrissant avec des salades, des feuilles de
choux, etc.
Les œufs, cylindriques, sont longs de sept à dix milli¬
mètres au moment de laponte, sur un à deux millimètres
de diamètre. Ils sont disposés un peu obliquement dans
le trou de ponte. Leur couleur est d'un gris brunâtre et
leur surface est recouverte de petits linéaments blan¬
châtres qui ne sont autre chose que des dépôts de la
substance spumeuse sécrétée par la femelle.
J’ai suivi, dans leur développement, des criquets pèle¬
rins qui se sont abattus le 15 mai 1891 à Birmandreis,
dans un champ planté en choux-fleurs dépendant de la’
propriété de M. Bigle. Ils dévorèrent tout immédiate¬
ment, à tel point qu'il ne restait que les tiges de ces
plantes. Le lendemain, 16 mai, l’accouplement com¬
mença, et le 17 mai eurent lieu les premières pontes.
On laboura une partie du champ pour empêcher les
éclosions, mais on réserva des champs d’expérience en¬
tourés de lames de zinc de 1 mètre de hauteur que
M. Henri Paul, préfet d’Alger, mit gracieusement à ma
disposition, pour mes essais sur les cryptogames para¬
sites.
Le 3 juin, c’est-à-dire au bout de 19 jours, eurent lieu
les premières éclosions, qui se succédèrent sans inter¬
ruption pendant dix jours; mais dans les lieux labourés,
les éclosions n’eurent pas lieu, ou furent retardées
de deux ou trois jours, là où les mottes de teTre
n’avaient pas été suffisamment divisées. J’avais fait tas¬
ser le sol en certains points, espérant empêcher les éclo¬
sions, mais cela ne fit que les retarder d’une huitaine de
jours. Sous des cloches en toile métallique de
25 centimètres de diamètre, placées sur des lieux de
pontes, sortirent des centaines de diptères, déjà signalés
par M.Künckel, comme vivant à l’état larvaire aux dépens
des œufs des criquets (Sarcophaga clathrata). Au moment
de l’éclosion si l’on examine les œufs, on constate qu’ils
semblent plus gros qu’ils n’étaient au' moment de la
ponte; ils ont de 10 à 12 millimètres de long sur 3 milli¬
mètres de diamètre. On voit déjà deux points noirs qui
indiquent l’emplacement des yeux.
A un moment donné, la membrane de l’œuf s’ouvre à
l’extrémité supérieure et l’on voit apparaître, non pas la
tête, mais la partie antérieure et dorsale du prothorax.
La jeune larve, après des efforts répétés, sort sa tête,
puis ses pattes antérieures, l’abdomen, les autres pattes
auxquelles reste souvent accrochée une membrane pel-
lucide. En effet la larve vient de sortir de l'œuf et d’opé¬
rer la première mue. M. Künckel a signalé ce dernier faii
en avril dernier à une séance de la Société d’agriculture
d’Alger, et à la suite de sa communication, j’ai fait
observer que déjà en 1881 j’avais appelé l’attention sur
un fait de même ordre. Ayant rapporté d’Alger en
avril 1881 des oothèques de mantes, j’avais assisté à leur
LE NATURALISTE
-219
éclosion, et j’avais remarqué que la première mue s’opé¬
rait immédiatement au moment de l’éclosion. (Voir C. H.
Acad. Sc. et Ann. Soc. Entom. Fr.) Voilà donc la pre¬
mière mue qui vient de se produire ; le jeune Acridien est
à son second état; le premier état n’a duré que quelques
instants pendant le temps qu’il a mis à sortir de l’œuf et
à opérer la première mue. L’éclosion se fait générale¬
ment pendant là nuit ou aux premières lueurs du soleil.
Le jeune criquet est de couleur vert d’eau ; il brunit
petit à petit et devient noir au bout de douze heures en¬
viron.
Six jours après il change de peau pour la seconde fois.
Celte seconde mue est celle quia été regardée en géné¬
ral comme la première parce qu’on négligeait de comp¬
ter celle qui se fait au sortir de l’œuf. De noir qu’il était,
le jeune criquet devient noir avec des bandes blanches
sur les anneaux thoraciques, des points blancs sur le
dessus de l’abdomen et une ligne rosée sur Içs côtés de
l’abdomen où s’ouvrent les stigmates.
C’est généralement au bout de six à huit jours que la
troisième mue s’opérera. La teinte générale est la même,
mais le rose s'accentue; la tête devient brune de noire
qu'elle était. Huit jours s’écoulent, la quatrième mue se
produit, le criquet long déjà de 35 millimètres change
tout à fait de couleur, les taches sont les mêmes mais au
blanc et au rose fait place une couleur jaune citron; la
ligne des stigmates est marquée de blanc. Enfin l’in¬
secte a les premiers rudiments des ailes. Il est extrême¬
ment actif et dévore tout ce qu’il trouve. Il lui faut une
dizaine de jours pour arriver à opérer la cinquième
mue; l’insecte a une longueur de 40 millimètres; les
teintes jaunes deviennent plus vives ou bien font place à
des tons rougeâtres. Le prothorax offre un pointillé
jaune fort remarquable, l’insecte mange beaucoup et son
abdomen s’allonge notablement. Quinze ou vingt jours
après, la sixième mue a lieu; l’insecte s’accroche par les
pattes, la tète en bas et quitte sa dépouille, il est adulte.
De ses moignons d’ailes longs de 10 à. 12 millimètres
sortent des ailes plissées d’abord, mais qui sont bientôt
longues de 50 millimètres.
Les criquets qui se sont abattus sur les environs d’Al¬
ger cet été étaient, les mâles, d’un jaune brillant uni¬
forme avec des taches brunâtres sur les ailes, les fe¬
melles moins jaunes, plus brunâtres, quelquefois
grisâtres même, avec le dessous de l’abdomen et du tho¬
rax d'une teinte plombée.
Mais les criquets auxquels ils ont donné naissancè,
ceux que j’ai suivis dans leurs métamorphoses sont
d’une tout autre couleur. Ils ne sont pas jaunes, mais
roses, bleutés et noirs. Seul le prothorax offre quelques
points jaunes.
J’ai reçu tout récemment d'Alger plusieurs exemplaires
de criquets adultes, de la même génération, et qui ont
les mêmes couleurs que les miens.
Dans l’ouvrage de Brehm sur les Insectes, M. Küuckel
cite une note de M. Ilauvel (1878) sur les Acridiens, qui
signale cette teinte rose violacée, sans toutefois y atta¬
cher d’importance.
La tête en avant, les antennes, les yeux, sont bruns;
la tète est grise sur les côtés ; le prothorax est noir sur
les côtés, rougeâtre ou noirâtre au-dessus, parsemé de
points blancs ou jaunes. Le mésothorax et le métathorax
sont brunâtres, l’abdomen est gris rosé avec des bandes
brunes. Les pattes sont d’un rose vif, les ailes sont roses,
bleutées, marquées de taches de pigment noir.
M. J. Kiinckel d’Hercuiais a signalé, le 2 février der¬
nier, à l’Académie, des Criquets pèlerins qu’il avait
reçus de l’Extrême-Sud de l'Algérie et chez lesquels les
colorations jaunes étaient également remplacées par
« de belles nuances rouge carminé très foncé, passant au
rose sur les ailes inférieures et les pattes ». Ces indi¬
vidus étaient donc plus foncés que ceux que j’ai élevés.
« A quoi tient cette différence de coloration des pig¬
ments? dit M. Kiinckel; les générations qui se déve¬
loppent dans les régions septentrionales, par rapport à
l’habitat normal, y perdent-elles leur teinte primitive? »
Les criquets jaunes produisent-ils des criquets roses, et
réciproquement? Il semblerait plutôt que les criquets
changent de couleur pendant la durée de leur existence;
le pigment jaune envahirait peu à peu toutes les parties
du corps, de sorte que les criquets jaunes seraient ceux
qui ont voyagé, les criquets roses, ceux qui viennent de
muer, Il y aurait là. ce me semble, une constatation
intéressante, qui aurait une portée pratique, car les cri¬
quets roses étant ceux qui viennent de muer, là où l’on
en trouverait, on serait bien près de leur point d’ori¬
gine, et ce serait là qu’il faudrait les combattre princi¬
palement.
Or, quels sont les moyens de les combattre ?
Tous sont ruineux.
Lorsque les criquets arrivent, les propriétaires des
champs sur lesquels ils veulent descendre allument
des feux, espérant que la fumée écartera ces ravageurs;
il n’en est rien. On fait du bruit en tapant sur des
casseroles ou autres ustensiles ; cela les chasse évi¬
demment, mais de cette façon, on se contente de les
faire passer chez le voisin. Le mieux est de les laisser
pondre et de détruire les œufs en labourant après la
ponte. Mais, pour que ce moyen puisse réussir, il faut
consciencieusement émietter les mottes de terre, sinon
l'éclosion est simplement un peu retardée,. Encore ne
peut-on labourer partout. Tasser la terre est un moyen
nuisible aux culturesdans la plupart des cas; d’ailleurs,
nos essais ont montré que cela ne faisait que retarder
l’éclosion de huit jours.
Le moyen le plus sûr jusqu’ici est celui qui consiste
à arrêter les jeunes criquets dans leur marche, au moyen
des appareils cypriotes, c’est-à-dire de bandes de toile
bordées en haut par de la toile cirée, et maintenues par
des piquets. On dirige alors les criquets de façon à ce
qu’ils tombent dans des fpsses profondes creusées régu¬
lièrement et bordées de lames de zinc pour les empêcher
de remonter. I.orque les fosses sont pleines, on les
comble en les désinfectant, ou bien on porte leur con¬
tenu dans une grande fosse commune.
Mais ces fosses provisoires ne sont pas commodes, et
M. Rolland, administrateur-adjoint de la commujie d’Ain-
Bessem, m’a montré, lorsque j’ai visité ses chantiers,
l’appareil qu’il a imaginé pour remplacer les petites
fosses; c’est ce qu’il appelle des fosses mobiles, sortes
d’entonnoirs en toile qui font corps avec l'appareil en
toile (appareil cypriote). Lorsque ces grandes poches
sont remplies de criquets, qui y sont tombés, on les
vide par le fond dans des sacs dont on va déverser le
contenu dans de grandes fosses communes. On écono¬
mise ainsi de la peine eL du temps.
M. Holland mérite donc tous les éloges, et nous
souhaitons que M. le ministre de l’agriculture lui sache
gré du dévouement qu’il a montré pendant cette cam¬
pagne contre les criquets, sous les ordres de M. l’adrni-
LE NATURALISTE
nistrateur Michaud. Je suis heureux de témoigner à ces
zélés fonctionnaires toute ma reconnaissance | pour la
façon dont ils m’ont reçu ce printemps.
Quelquefois, au lieu de l’appareil en toile, on emploie
des lames de zinc que l’on fixe au moyen de pieux spé¬
ciaux en fer. On peut, par ce moyen, diriger les tout
jeunes criquets vers les fosses; mais le zinc a l’incon¬
vénient de s’oxyder, et les criquets peuvent grimper sur
les parois.
Charles Broncniaut.
(A suivre.)
un certain nombre de faits qui montrent que les plantes para¬
sites telles que le Gui, la Cuscute, le *
produits qui n’existent
C’est une preuve
mt une nourriture déjà élaborée et spéciale,
en outre à une élaboration nouvelle et complémentaire
part certains principes déjà existants et
i d’autre part des :
que si ces plantes parasites
LE RAPHIA RUFFIA Mart.
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
M. Godfrin estime que l 'Urocystis primulicolà Magnus est
plus répandue qu’on ne le croit généralement, parce qu’elle
propos
a 1 intérieur de l’ovaire des Primula et que ses spor
ées par le calice persistant. Des renseignements sur
la distribution géographique de 1 ’Urocystisviolæ de Waldh. sont
fournis par M. E. Roze. — M. A. Dangeard signale une Ustila-
ginée vivant sur les Glaucium du Jardin Botanique de Caen. II
désigne cette espèce qui lui semble nouvelle sous le nom d’En-
tyloma Glaucii. — Le Silene nemoralis AValdst. et Ivit.. une plante
d'Allemagne, d’Autriche-Hongrie et de Serbie a été trouvée
pour la première fois en France par M. l'abbé H. Coste. C’est
dans l’Aveyron, sur les rochers de Lar/ar aux environs de
Tournemire que cette espèce a été observée. — M. G. Rouy
décrit une espèce nouvelle pour la Flore Espagnole. L’asperula
bœtica qu’il place dans la section j'richogaliopsis Lange. A
de la publication des Planta’ Europeæ le même auteur
n certain nombre d’additions et de rectifications se
rapportant principalement à la distribution géographique des
plantes. — M. G. Camus a trouvé à Ivry près des fortifications
le Cirsmm pulchrum, forme nouvelle qui lui parait être un hv-
bride de Circium lanceolatum + Cirsium arvense Dans une se¬
conde note, M. (i. Camus étudie le G. Cirsium dans les limites
de lu flore des environs de Paris. Il signale plusieurs hybrides
nouveaux ce qui porte à huit espèces et à huit hybrides le
nombre des formes constituant le G. Cirsium dans les environs
de Pans. L’auteur ajoute un tableau qui permet la détermina¬
tion de ces plantes. — M. A. Chatin communique une notice
sur J. Clarion qui fut professeur de Botanique à l'Ecole de
Pharmacie de Paris de 1819 à 1844. - A propos de la chute
de neige du 19 janvier 1891, qui a recouvert le sol d’Alger
pendant 3 jours, M. J. A. Baitandier signale dans une lettre
à M. Malinvaud que si les plantes exotiques ou sahariennes cul¬
tivées ont été atteintes par le froid, les plantes vraiment indi-
. . 1 . pas souffert. — M. J. Vallet signale tu persistant e
de la vie chez un sapin après la rupture de" la lige près du sol.
L’arbre cité est dans les gorges de la Dioraz près de Servez
(Haute-Sav.oie). Depuis sa rupture il a produit 8G couches de
tronc a donc nu vivre pendant SC ans et vit encore
- Dans une classification
Pli. Van Tieghem rectilic
proposées par les auteurs précédents qui
s'appuyaient exclusivement sur la morphologie. On doit dis¬
tinguer deux groupes chez ces plantes. Dans les unes le bois
secondaire est normal (Mélastomccs), dans les autres il ren¬
ferme des ilôts de liber disposés en autant de cercles concen¬
triques (pie la tige compte d’années de végétation (Méniécy-
lées). La tribu des Mélastomées se subdivise ensuite en quatre
sous-tribus : la première (Dermomyelodesmes) caractérisée
par la présence .le faisceaux übéro-ligneux surnuméraires dans
la -moelle et dans l’écorce;
me pu vivre pe
seule feuille.
itomique des Mélastomacées, M
classifications
trième (Adesme) en est complètement dépourvue. La tribu dos
Méncc.ylées se subdivise à son tour eu deux sous-tribus suivant
le parenchyme de la feuille possède des scléritos (Ptcr-
. On a donc ainsi
est dépourvue (Mouririées).
Pour la répartition des gen
l’auteur tient
ît de la forme de la graine, de la posi-
aminaux, de la nature du fruit cl, do l’ha-
Dans une contri-
biologie tles plantes parasites, M. A. Chatin cite
Ce magnifique Palmier s’élève à la hauteur de vingt
mètres; son stipe est cylindrique, blanc, lisse et épais,
et se termine par un superbe bouquet de feuilles, à pin-
nules linéaires. Le bois intérieur du stipe est très estimé
et est employé dans les constructions, pour la charpente
et Kébénisterie, il sert aussi à ctonfectionner des boîtes
et des caisses.
Le tissu cellulaire que renferme le tronc donne du
sagou de bonne qualité; le bourgeon de jeunes feuilles
se mange cru ou cuit, c’est un excellent Chou palmiste ; on
obtient aussi par incision un très bon vin de palme; les
feuilles sont employées à divers usages domestiques, les
pétioles servent pour établir des clôtures et des palis¬
sades.
Depuis un grand nombre d’annéès, il est importé en
Europe sous le nom de fibres du 'Japon, des ligatures
jaunâtres destinées à remplacer le jonc et l’osier pour
attacher les plantes. Pendant longtemps, les botanistes
ignorèrent le nom de l’arbre qui donnait ces fibres et les
importateurs prenaient soin du reste d’en cacher l’origine
et le pays producteur; mais depuis quelques années, on
sait que ces fibres ne viennent pas du Japon et qu’elles
sont fournies par le Raphia ruffia ; cette découverte est
due aux études micrographiques faites dans ce but. Ces
fibres, ou plutôt ces pellicules minces et résistantes, sont
extraites de la partie extérieure des folioles des feuilles
incomplètement développées.
Voici le procédé employé pour recueillir les fibres-
liens : on coupe les folioles qui se trouvent alors pliées
en deux longitudinalement et appliquées le long du
rachis. On casse l’extrémité du limbe, et en tirant, on
détache la pellicule qui deviendrait la face inférieure
d’une foliole entièrement développée. Ces fibres sont très
longues, très' légères, d’une Solidité "et d’une souplesse
remarquables, elles peuvent aussi se diviser en fils très
tenus sans rien perdre de toutes ces qualités; c'est à la
fois le meilleur et le moins coûteux de tous les liens
employés en horticulture, mais il ale défaut de se pour¬
rir assez vite; pour remédier à cet inconvénient, il suffit
de le faire tremper pendant quarante-huit heures dans
une solution de 100 grammes de sulfate de cuivre (cou¬
perose bleue) par hectolitre d’eau et de le sécher ensuite
à l’air.
Les fleuristes en font également une certaine consom¬
mation. En 1886, Madagascar en a expédié 450 tonnes
qui ont été vendues en Europe au prix de 85 à 90 cen¬
times le kilogramme.
A Madagascar, les indigènes fabriquent avec les fibres
du Raphia ruffia des étoffes plus ou moins fines dont ils
se vêtissent; ils nomment ce tissu Rabanne; les por¬
teurs de bagages ne se mettent jamais en route sans être
munis d’une chemise faite de rabanne un peu forte, int-
LE NATURALISTE
-2-21
perméable à la pluie; on s’en sert également pour pré¬
server de l’humidité les colis que l’on monte de la côte à
la capitale.
Voici, d'après le R. W. Ellis, quelques détails intéres¬
sants sur la toile de Rofia ou Roflla. Les filaments qui la
composent n’ont pas plus de trois à quatre pieds de
long, mais dans le tissage les ouvriers indigènes ont
soin de nouer les fils les uns aux autres, et les étoffes
mesurent généralement 4
yards de long sur I m.
de large.
Ce tissu est grossier,
dur au toucher, mais il est
très serré et d’un excel¬
lent usage ; sa couleur est
d’un jaune nankin. Il est
bordé de deux ou trois
rayures bleues nuance ob¬
tenue au moyen d’une
préparation d’indigo, pro¬
duit du pays. La toile de
Rofflaest employée à toutes
espèces d’usage à. Madagas¬
car et constitue presque
exclusivement le vête¬
ment de la classe pauvre.
Les fils de cette toile sont
plats et détors ; les mé¬
tiers à tisser sont extrê¬
mement simples et la fa¬
brication est lente et la¬
borieuse. Les fils sont
teints avant d’ôtre tissés,
jamais l’étoffe n’est im¬
primée après le tissage.
Les dessins sont faits avec
beaucoup d’exactitude et
de goût ; les couleurs sont
généralement très vives
et beaucoup plus variées
qu’on ne pourrait le croi¬
re; la fabrication de cette
toile est réservée aux es¬
claves.
Dans quelques localités,
et surtout à Sainte-Marie,
les femmes industrieuses
savent fabriquer une ra¬
banne très fine dite Tinom
bazaha (toile des blancs)
et connue dans le commer¬
ce sous le nom de Pagne
de Madagascar-, elles con¬
fectionnent aussi des cha¬
peaux qui imitent assez
bien ceux de Panama.
Outre la rabanne com¬
posée entièrement de fi¬
bres du raphia, on trouve
la rabanne dite « de soie»,
dont la trame est en raphia et la chaîne en soie. Très
souple et fine, aux reflets soyeux, d’une couleur jaune
pâle, elle peut être employée à tendre des appart ements.
Son prix est assez élevé. Une pièce mesurant 6 mètres de
long sur 50 centimètres de large vaut environ 4 francs. |
La première catégorie de rabanne se vend moins cher.
La rabanne blanche, forte, dont se servent les porteurs,
ne vaut pas plus de 20 centimes la pièce de 2 m. 50 sur
90 cent, de large. Elle est employée principalement à la
Réunion et à Saint-Maurice pour l’exportation du café.
Celle de couleur, plus fine, propre à faire des rideaux,
des tentures, est achetée ordinairement au prix de
80 centimes la pièce de 2 mètres sur t m. 40 de large.
LE RAPHIA RUFFIA
En 1885, il a été expédié de Tamatave pour la France
el l’Angleterre pour une somme de s. 581 francs de ra-
bannes ordinaires. Les Malgaches en font aussi des
nattes, des sacs, des cordages et autres objets divers.
Ce tissu a trouvé une application toute récente en
LE NATURALISTE
222
Europe; nos tapissiers s’en servent pour garnir les dos¬
siers des fauteuils rustiques en osier; l'effet produit par
cette ornementation ne manque pas d’une certaine ori¬
ginalité due surtout aux couleurs particulières dont les
rabannes sont rayées.
On voyait, à l’Exposition universelle de Paris en 1889,
de nombreuses fibres dé celle Lépidocarynée, teintes en
différentes couleurs dans le pavillon de Madagascar. Le
Raphia Ruffia croît spontanément sur la côte Est de
Madagascar, principalement à Vatamandrey, Vahanoro,
Sambava et Anlalaha, ainsi que sur la côte Ouest. On le
rencontre aussi dans le haut Sénégal; on en voit des
fruits à l’Exposition permanente des Colonies, qui onL
été rapportés de cette région, il y a quelques années.
En 1878, j’ai vu à Rio-de-Janeiro, dans le parc de l’an¬
cienne résidence impériale de Saint-Christophle, plu¬
sieurs exemplaires de ce magnifique Palmier; ils étaient
chargés de fruits. Ce végétal a été introduit dans plu¬
sieurs .région? chaudes du, globe, où il développe un
luxe inouï de végétation et produit une abondante quan¬
tité de fruits qui amènent parla suite la mort de ce
Palmier.
Cette Lépidocarynée porte les synonymes latins sui¬
vants : Metroxylon Ruffia Spreng. — Raphia lyciosa vel
polymita Comm. — Raphia peduneulata Pal. Beauv. - —
Sagus farinefera Goertni — S. peduneulata Lam. —
S. Ruffia Jacq. — A. Madagascar ce palmier se nomme,
dans le pays, Rofia ou Roflia.
Henri Joret.
DIAGNOSES DE MOLLUSQUES NOUVEAU
Savigii jarea Savigujrarea. — Testa curva, cuneiformis,
venlricosa, medio coarotala, lalere antico parva, attenuata,
rotundata, postice expansa et longissima, margine ventrali
curvata, vix hiante, alba radiatim striata; epitesta fusca, antice
laminæ postice acuminato squamosæ induta ; area ligamenti
angusta, cardo lateralibus dentatus, medium bore lævigatus ;
color internus lacteus, postice late rufus. Dimensions : long. 70
à 50 millim. ; larg. 34 à 28 millim. ; épaiss. 27 à 24 millim.
Par sa forme anormale et la disposition des dents de sa
charnière, ccttc espèce ne pouvant se rapporter à aucun groupe
connu, j’ai dû lui assigner un nom générique nouveau.
Coquille cunéiforme fortement arquée en forme de croissant,
légèrement ventrue et très atténuée à son extrémité antérieure,
alors que la postérieure est relativement très largo et presque
trois fois plus longue. La face externe de la coquille blanche
et finement striée est recouverte d’un épitest d’un brun noi¬
râtre, hispidc en arrière et' lamelleux en avant; beaucoup de
coquilles sont érodées dans une étendue plus ou moins grande.
L’intérieur des valves, d’un blanc mat dans sa moitié anté¬
rieure, est d’un violet foncé en arrière ; toute la surface est
prise entre le bord et l’impression palléale est brillante comme
de l’émail. Des stries irrégulières et effacées, qui semblent
partir du sommet, s’étendent jusqu’au bord inférieur de la
coquille. La charnière légèrement sinueuse, étroite au milieu et
large aux extrémités, mesure à peu près la moitié de la lon¬
gueur totale de la coquille ; son extrémité postérieure, plus large
que l’antérieure, porte quatre ou cinq dents obliquement diri¬
gées de haut en bas et d’arrière en avant, alors qu’à l’extrémité
antérieure les dents sont un peu plus nombreuses et plus
courtes, une lamelle assez étroite et très longue relie en r.nmnlé-
ies valves, large et épais, remplit jusqu’au
fossetto ligamentaire. En faco des sommets
et divisés par une dépression existe, sur la
lu bord inférieur, un léger cntrcbâillc-
à travers lequel passe le bissus. Ce bisstis a la forme
; longue lamelle d’un carné noirâtre, dont l'extrémité
e finit en pointe, alors que colle qui adhère au corps
t plus large, arrondie et laciniée sur les bords.
Hab. Aden.
Itlodinla Siraliensis. — Testa eiongata-rhumboides fcrc
cylindrica, tenuis, nitens, lineis concentricis irregulariter ius-
tructa, latere antico brevis, rotundata, postico elongata oblique
truncata, colora postice ferruginea antice olivacea, zona alba
oblique divisa. Dimensions : long. 40 millim.; larg. 15 millim.;
épais. 12 millim.
Coquille dont
Coquille dont la forme rappelle l'espèce figurée par Recve
sous le nom de M. Rhomboidea, mais plus petite, à test plus
mince et moins dilatée à son extrémité postérieure, ce qui lui
avant qu’en arriére, où elle fo
couleur, d’un vert olive en avant,
en arrière. Ces deux zones sont séparées par une bandi
châtre qui, du sommet, se dirige obliquement en bas et en ar¬
riére; scs deux bords, dont l’inférieur est plus long que le
L’extrémité antérieure (
t presque parallèles,
arrondie alors que b
large' est obliquement tronquéé'dc haut en bas fet d’avant en ar¬
riére. L’intérieur des valves, d’un blanc légèrement nacré et
: valves, d’u
postérieur,
ondes et des stries. Le ligament très long, étroit,
Une seule valve ayant atteint un âge très avancé,
rÆ- de longueur sur 22 millimètres de largeur ;
c’est, je crois, la limite extrême à laquelle peut arriver la taille
de cette coquille. Hab. Aden.
DE LA PRÉSENCE D’CEUFS ÉTRANGERS
DANS LE NID DES OISEAUX
Nous savons tous que le Coucou pond régulièrement
dans le nid des autres Oiseaux, et qu’il leur abandonne
les soins de Te'closion et de l’alimentation de son jeune.
Dès le siècle dernier, un naturaliste, Lottinger, dans un
livre devenu rare Discours apologétique ou mémoire sur
le Coucou (1773), révéla cette curieuse particularité.
Un ouvrage nouveau de M. Paul Leverkühn, intitulé :
Des œufs étrangers dans le nid, rappelle les célèbres expé¬
riences de Lottinger et les données d’autres ornitholo¬
gistes ; mais il est surtout riche d’observations récentes.
11 énumère un g'rand nombre de cas où l’Oiseau a reçu
dans son nid des œufs, soit de son espèce, soit d’une
espèce différente, voire même d’un genre différent, in¬
troduits par un Oiseau ou même, par l'Homme. Je eilerai
quelques exemples :
L’auteur a trouvé sur I’ile de Sylt des couvées doubles
de Goélands ( Larus argentatus, L. cahus;) deux femelles
de la même espèce avaient pondu dans chacun des nids.
Ces faits se présentent souvent chez les Oiseaux qui vivent
en colonies ( Sterna , Uria, Somateria ). Généralement les
Gallinacés couvent plus volontiers les œufs appartenant
à des groupes très divers. Grimm a vu, en Galicie. une
Poule faire éclore un œuf de Crécerelle (F. tinnunculus) ;
mais elle manifesta une surprise indescriptible au point
de menacer le jeune Oiseau. Le contraire s’observe
encore. On radonte que Wilhelmi possédait une Ruse
( Buteo vulgaris) en captivité, et qu’il lui confia successi¬
vement cinq œufs de Poule. Le Rapace les couva et
prodigua ses soins aux poussins. En liberté, les expé¬
riences d’intrusion d’œufs étrangers sont nombreuses.
Dans un nid de Bergeronnette ( Motac . alba ) qui contenait
trois œufs récemment pondus, Link introduisit deux
LE NATURALISTE
œufs du Rouge-queue ( Rutic . tithys). L’un d’eux fut aus¬
sitôt éloigné , après quoi la Bergeronnette pondit un
autre œuf, et les cinq jeunes furent élevés ensemble.
Des tableaux nous renseignent en détail sur le résultat
de ces faits, et l’on y distingue des cas où ces œufs ont
été adoptés ou rejetés. Rarement cette intrusion a décidé
les Oiseaux à abandonner leur nid. Grâce aux documents
très nombreux qu’il nous présente, l’auteur intéressera
à son ouvrage ceux qui s’occupent de la biologie des
Oiseaux.
F. HE SCHAECK.
DIAGNOSE D’UN LÉPIDOPTÈRE NOUVEAU
Sabolodes Proximata, n. sp. — Taille et port de Rusti-
cata Mssn (Stiibel, pl. 8, fie. 1, page 133), dont cette espèce
est extrêmement voisine. Elle s’en distingue fort
d’ailleurs par la direction de- la ligne transversale d
des ailes; dans Rusticata, cette ligne s’arrondit
avant d’atteindre la côte des quatre ailes, tandis que, dans
Proximata, la ligne s’infléchit extérieurement avant d’atteindre
la côte des inférieures et reste droite sans aucune inflexion
aux supérieures. Sauf cette différence il serait malaisé de dis¬
tinguer ces deux espèces l’une de l’autre; toutes deux, elles
varient quelque peu quant à la taille, certains individus sont
plus colorés et ont les dessins mieux marqués que d’autres.
Dans mes spécimens de Rusticata, un exemplaire a trois points
peu avant l’apex des supérieures tant
s nombreux exemplaires que j’ai sous les yeux
peu avant l’apex, un seul point noir, en général
le dessus que sur le dessous de ces ailes.
Trente-quatre exemplaires provenant de Loja et environs,
alors que de la même localité je n’ai reçu que quatre exem- '
plaircs de Rusticata.
SOCIÉTÉ Z00L0GIQUE DE FRANCE
Séance du 14 avril 1891. — Dans sa note sur la Diminu¬
tion des Oiseaux par la destruction de leurs nids, M. Xaviep.
Raspail relève les observations qu’il a faites, d’avril et juil¬
let 1890, dans une propriété de troi
déjà se reproduire un assez grand nombre d’o
trente-sept nids qu’il a surveillés avec la plus minutieuse
attention, huit seulement ont réussi, vingt^neuf ont été dé¬
truits, dont quatorze par le chat domestique, et cependant
tous les efforts de l’e
Séance du 28 avril. — M. Eue.. Simon donne une liste des
Arachnides recueillis par M. Cli. Rabot dans la Sibérie occi¬
dentale, en 1890.- sauf trois espèces ( Phalangium Nordens-
kioldi L. Koch, Tilanœca sibirica L. Koch, Tetragnatha groen-
lundica Thorell), ces Arachnides appartiennent tous à la faune
de l’Europe centrale. M. Simon donne, en outre, les D
par M.
quelques Arachnides du Costa-Rica, communiquées
A. Gelas [de Genève). Les espèces
de cinq ; une appartient au genre h
îe autre au genre Peucetia (P. quad
ceps), une autre au genre Peucetia (P. quadrilinealu)
autres à
Cupiennius C. Getasi, oculalus, celerrimus . - MM. Jules de
OuERNEf ét Jules Richard signalent les Entromostracés, Roli-
fères et Protozoaires provenant des récoltes de M. E. Uelloc
dans les étangs de Cazau et de Rourtius (Gironde). Les espèces
observées sont presque toutes différentes de celles recueillies
précédemment par M. Adrien Dollfas dans l’étang do Cazan
et décrites par M. Moniez. Ce fait s’explique en partie par
l’écart des dates (avril, septembre) auxquelles les recherches
suffisance de ces recherches. — Les Scalpellvm sont des Cir-
rhipèdes thoraciques à pédoncules, qui diffèrent des Anatifes
par leur pédoncule court et écailleux. Dans sa b
d’une nouvelle espèce de Scalpellum du Japon, M. 1’. I-'i
I [ 1 1 : 1 II 1 1 ■ • 1 . ■ n X- . quarante-trois d'entre elles aval
durant l’expédition du Challenger, de 1811 à
profondeur. L’espèce nouvelle, décrite par M.
tarife,
nombre de cin-
d’entre elles ayant été recueillies
?.200 mètres de
Fischer S. cal-
ferum ), fut draguée à une faible profondeur à Enoshima ;
elle est remarquable par l’épaisseur des pièces rostro-latérales
et carino-latérales, ainsi que par la saillie très prononcée et
la forme recourbée en ergot des pièces carino latérales. — La
note de M. Raphaël Blanchard sur les migrations du Taenia
gracilis (Krabbe) est relative à un parasite qui fut décrit som¬
mairement par M. T. Scott, dans un travail récent sur les
Ostracodes. Ce parasite, qui fut découvert par Scott dans le
Caudona rostrata, était resté méconnu jusqu’ici; M. R. Blan¬
chard le considère comme un Cysticercoïdo du Tænia gracilis,
et l’assimile. complètement au Cysticercoïdo de la même espèce
que O. von Leristow trouva dans l’intestin de la Perche.
du 12 mai 1891. — M. Émile Topsent donne une
Spongiaires des côtes océaniques de Fr
mens que lui ont communiqué de :
Tandis que la liste publiée en 1883, par M
la plupart ]
M. Topsent en signale quarante
ulcment (Esperella lingua, Axinella disto
et Chondrosia uniformis semblent n’avoir pas encore été vues
dans la Manche. — Dans une Note relative à un travail de
M. de Kerhervé sur les Mania. M. H. Viai.i.anes observe que les
trois parties signalées dans le cerveau des Monia par M. de
Arthropodes
venus classiques de protocérébron ,
tritocérébron. — Complétant sa note du mois
M. Certes fait re-
deutocérébron <
marquer qu’il n'a pu
du marché de Paris, avant la fin d’avril. Il donne, en outre, un
dessin de la baguette cristalline de la Palourde avec Trgp. Bal-
bianii in situ. — M. A. Milne-Edvards décrit trois Pagurides
nouveaux des Açores (campagne de l’Hirondelle), dont deux
Sympagurus (S. nudus, S. gracilipes) et un Eupagurus(E. ruti-
cheles).
Séance du 26 mai. — M. J. Richard donne la liste des Ento-
mos tracés du lac Ralaton, d’après les spécimens recueillis par
M. le comte de Lamotte, dans une pèche pélagique faite h-
22 septembre 1890. La liste comprend treize Copépodes et dix-
huit Cladocères, en tout vingt-neuf espèces réparties en treize
genres. — M. Héron-Royer, à propos du Triton Blasiusi , pense
que cet L'rodèle est réellement un hybride fécond. — M. Xa¬
vier Raspail communique scs observations sur l’augmentation
de la ponte par l'enlèvement de leurs œufs chez deux Picidés.
<, En captivité, dit-il, l’enlèvement successif des œul's et, par
suite, l’impossibilité de couver, amènent certains Oiseaux, sur¬
tout les Gallinacés, à pondre un nombre d’œufs relativement
considérable par rapport à ceux qu’ils produisent lorsqu’ils
vivent à l’état libre. -> Des observations de cette nature ont été
faites sur les Cailles, qui peuvent pondre ainsi jusqu’à soixante
œufs, sur la Starue grise, le Faisan à collier et sur deux
espèces de Manchots. Quant à nos Oiseaux indigènes ordi¬
naires, ils ne paraissent pas se plier à cette règle. — Conti¬
nuant ses recherches sur les Mammifères et. Oiseaux d'Europe
présentant des anomalies ou des variétés de coloration, M. Ch.
van Ixempen signale un certain nombre de monstres qu’il a
recueillis dans sa collection : veaux à deux têtes, bœuf a tète
do chien, chat à huit pattes, lapin à un œil, poule à trois
juin. — M. A. R.uli.iet développe ses
tions sur le Développement expérimental du Cg
tenuicollis chez le Chevreau. Un Tænia marginata, recueilli
dans l’intestin d'un Chien, a été pris par un Chevreau qui a
succombé au bout de neuf jours, grâce aux nombreuses lésions
du foie et du poumon produites par les Cysticerqucs du Ténia.
— M. A. Railliet étudie, en outre, la durée de la vie des Cé-
nures chez le Cénure serial , parasite des Léporides. D’apres
l’auteur, ce Cénure peut vivre au moins
causer la mort de son hôte. — Enfin, MM. A.
Le cf.t signalent, la présence du Sarcoptes minor
Naturaliste du 1” juin (21, n» 102,
LE NATURALISTE
22 i
c/irz le Rat il' eau, où il 11’avait pas encore été observé jusqu’ici.
— M. \V. Stiles résume scs recherches sur la dent des em¬
bryons d? Ascaris, et conclut que les trois lèvres de VAscaris
peuvent se développer chez l'embryon et que probablement ce
sont elles que les auteurs ont décrites comme une dent perfo¬
rante. — Dans une note préliminaire sur quelques parasites ,
le même observateur relève des observations sur le Coccidium
bigeminum Stiles. parasite de l’intestin du Chien, sur la Filaire
de l’Epinoche et sur le Meruics crana , des larves de Chiro-
nomus. — M. R. Blanchard signale un nouveau cas (le second!
de Ténia, nain (Hymenolopis nana ) en Amérique, et, donne une
description de l’animal. — M. H. Viallanes décrit la structure
de la lance ganglionnaire située en avant des yeux des Crus¬
tacés décapodes. Après avoir critiqué les généralisations
hâtives qu’on a proposées ici pour la structure intime des
centres nerveux, il décrit les cléments de la lance et notam¬
ment dos neurommatidies, grosses masses protoplasmiques à
structure a réolaire. qui correspondent chacune à une omma-
tidée de l’œil composé et qui sont traversées purement et sim¬
plement par les faisceaux des sept cylindres-axes issus de cette
dernière; quant aux cellules ganglionnaires de la lance, elles
sont unipolaires, constituent plusieurs rangées et leur prolon¬
gement -se rend au plexus nerveux qui entoure les neuromma¬
tidies. D’après M. Viallanes, l’excitation lumineuse d’une omma-
tidie se transmet au cerveau par les sept cylindres-axes et qui
pourront donner une idée de la forme ; mais l’influx nerveux
agirait aussi par induction sur les neurommatidies et indirec¬
tement par celles-ci sur le plexus; du plexus les courants ner¬
veux gagneraient des centres plus profonds et produiraient des
sensations spéciales susceptibles d’avertir l’animal des déplace¬
ments du corps lumineux. — M. E. Topsent donne une note
sur les Pycnogonides provenant des campagnes du yacht /'Hi¬
rondelle. Les individus recueillis sont seulement au nombre
de dix et appartiennent à cinq espèces différentes.
Séance du 23 juin. — Dans une Note sur le genre Svnagris,
M. H.-E. Sauvage se base sur la disposition et la structure
des écailles pour justifier les opérations des poissons du genre
Dente. r et ceux du genre Synagris; M. Sauvage étudie, en
outre, les Chromidés des eaux douces de Madagascar. Les
Chromidés sont à peu près les seuls poissons d'eau douce de
Madagascar, où ils remplacent d’une manière absolue les
Cyprius et les Characères, qui sont pourtant bien représentés
en Afrique ; bien plus, à l’exception du genre Paretroplus , dont i
les écailles sont cycloïdes comme celles de tous les Chromidés
africains, tous les Chromidés de Madagascar ont les écailles
sténoïdes comme ceux do l’Amérique du Sud. « De l’étude de
la faune herpétologique et de la faune iclithyologique des eaux
douces de Madagascar, dit M. Sauvage, il ressort que cette
île, l’Afrique australe et l’Amérique du Sud ont dû, à l’époque
prétertiaire, faire partie d’un ensemble de terre ayant eu une
laune de même origine et de même caractère... La rupture
entre Madagascar et l’Afrique australe a dû se produire avant
le commencement de l’époque miocène, car on ne trouve ni
Cyprius, ni Characères à Madagascar. » — M. Em. Moreau dé¬
crit le Syngnathus microchirus, espèce nouvelle trouvée par
M. R. Blanchard, dans l’étang d’eau douce de Pinette, près
Bastia. Cette petite et très curieuse espèce ne mesure pas plus
de huit centimètres de longueur. — M. E. Simon donne la
description de deux espèces nouvelles d' Arachnides recueillies
dans le Sahara par le Dv R. Blanchard. L’une de ces espèces
est le Cercidia décora des environs de Biskra, l’autre la Ga-
leodes Blanchard), des bords du chott Mèlrir.
E.-L. Bouvier
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 10 août. — Note de MM. Fouqué el M. Lévy sur
la reproduction artificielle d’un trachyte micacé, obtenue en
faisant agir l’eau sous pression au rouge vif, sur un verre
provenant de la fusion du granité de Vire. — Note de M. de
Lacaze- Dut hiers, sur des expériences d’ostréiculture au labora¬
toire de Roscoff. La plupart du temps, les huîtres élevées
dans des espaces clos et non soumis aux courants de la mer
restent infécondes; cependant, des huîtres, élevées depuis trois
ans dans le vivier du laboratoire, ont donné cette année du
naissain viable; toutefois les huîtres fécondes étaient en mino¬
rité. — M. de Lacaze-I)ul hiers présente une Note de M. F. Gui-
tel sur les mœurs du Gobius minutus. Quand vient l’époque de
la reproduction, le mâle s’introduit sous une valve de Cardium
ou de Tapes, en débarrasse la concavité à coups de nageoires
et en produisant des courants, recouvre la Coquille de sable
pour la cacher aux yeux de ses ennemis, puis sur les flancs du
petit monticule ainsi formé, ménage un trou et un couloir,
dont les parois sont formées de sable agglutiné par du mucus,
et. qui conduit jusque sous la coquille. La femelle s’introduit
alors dans ce nid et dépose ses œufs qui se collent à la face
interne de la coquille. Le mâle les féconde et veille sur les
œufs jusqu’à l’éclosion des jeunes.
Séance du 17 août. — M. A. Schneider adresse une note sur
le système artériel des Isopodes. Des injections du Porcellion
et de la Lygie ont montré des particularités de vascularisation,
dont la découverte contribue à rapprocher les Isopodes des
Amphipodes. — M. Milne-Edwards présente une note de
M. Moynier de Villepoix sur l’accroissement de la Coquille
chez l’Helix aspersa. Les éléments producteurs du test sont
d’avant en arrière. lü La gouttière palléale quL donne nais¬
sance à l’épiderme avec les poches glandulaires, qui produisent
les globules auxquels il faut attribuer les sculptures de la Co¬
quille. 2° La bandelette ou glande palléale qui sécrète le cal¬
caire. 3° L'épithélium palléal qui fournit le pigment, et com¬
plète la calcification par le dépôt de couches organo-calcaircs
homologues des couches de nacre. Quand l’animal a atteint sa
taille définitive, la bandelette et les glandes à globules dispa¬
raissent. L’épithélium palléal demeure actif, pour l’épaississe¬
ment interne du test.
Séance du 24 août. — M. Bouchard présente une note de
M. E. Werlheimer sur le rejet par le foie de la bile introduite
dans le sang. Après avoir lavé la vésicule cystique d’un chien
i à jeun pour la débarrasser do la bile qu’elle renferme, on
injecte dans la veine fémorale de la bile de mouton, différente
de celle du chien à l’examen spectroscopique. Quinze minutes
après l’injection, la bile sécrétée par le chien présente le
spectre de celle du mouton. La cellule hépatique a donc la
propriété de s'emparer des pigments biliaires circulant dans
le sang, pour les rejeter au dehors. Cette propriété, n’est pas
sans importance, car on sait que ces pigments représentent
l’élément le plus toxique de la bile.
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Entwicklung bei den Acarien.
Archiv. für Naturgesch. 1891, pp. 1-14.
411. V. Koch, G. Klcinere Mittheilungen iiber Anthozoen.
Fig.
Morphol. Jahrb. 17. 1891, pp. 334-336.
118. Lang, A. Zum Verstândnis der Organisation von C'e-
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449. Leydig, F. Zuden Begattungszeichen der Insekten. Fig.
Arbeit. Zool. Zoot. Inst. Wursburg. 1891, pp. 37-56.
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Tænia longicollis Rud. Ein. Beitrag zur Ivenntnis der
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Jenaische Zeitsch. 1891, pp. 565-576.
15*2. Lydekker, R. On British Fossil Birds.
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153. Marchai, P. Note préliminaire sur l’appareil excréteur
des pagurides et des palinuridcs.
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chiles.
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155. Newton Bullen. Reply to the Rev. Canon Norman’s
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with Remarks on No. 10 Rule of the « Stricklandian
Ann. Mag. Nat. Hist. 1. 1891, pp. 522-526.
156. Ortmann, A. Die Decapoden-Krebse des Strassburger
Muséums. PI. XLV11.
Zool. Jahrbücher (System.). 1891, pp. 693-750.
157. Oustalet.E. Notice sur la collection d’oiseaux recueillie
par M. Dybowski dans le Sahara.
Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 39-64.
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Bull. Soc. Philom. 1891, pp. 16-20.
461. Plate, Ludwig-H. S tudieu iiber opisthopncumono
Lungenschneckcn. PI. XXXII-XXXV.
Zool. Jahrbücher (Anal.). 1891, pp. 505-630.
468. Poeoek, R. -J. On Pherusa fucicota, Leach and the
Law of Priority. PI. XIV-XV.
Ann. Mag. Nat. Hist. 1. 1891, pp. 530-534.
463. Poppe, S.-A. Beitràge zur Fauna der Insel Spiekc-
rooge.
Abh. naturw. Ver. Bremen. 1891, pp. 59-64.
464. Poppe, S.-A. Beitrag zur Ivenntnis der Gattung Cly-
temnestra, Dana.
Abh. naturw. Ver. Bremen. 1891, pp. 131-142.
165. Preyer, W. On Anabiosis.
Ann. Mag. Nat. Hist. 1. 1891, pp. 503-507.
466. Prouho, Henri. Étude sur le Loxosoma annelidicola.
Arch. de Zool. Expérim. 1891, pp. 91-116.
161. Raspail, Xavier. Sur l’augmentation de la ponte par
l’enlèvement de leurs œufs chez deux Picidés.
Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 139-143.
168. Richard, J. Sur les entomostracés du lac Balaton.
Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 135-137.
169. Sala, L. Zur feineren Anatomie des grosen Seepferde-
fuses. PI. III-V.
Zeitsch. fur Wissensch . Zool. 1891, pp. 18-45.
410. Salvadori, T. .Descriptions of two New species of Par-
rots ol the Genus Platycercus. PI. XII.
PI. XanthOgenys. — PI. Trythropeplus.
Proc. Zool. Soc. London. 1891, pp. 129-131.
111. Salvin, Oshert. Note on the Collared Petrel ( Œstre -
lata lorquata) recently reported to. hâve been killed on
the Wclsh Coast. PI. IX.
Ibis. 1891, pp. 411-414.
118. Sehafer, J. -B. On the Minute Structure of the Musclo-
Columns or Sarcostyles which form the Wing-Muscles
of Insects. PI. 1V-V.
Proc. Roy. Soc. London. 49. 1891, pp. 280-286.
413. Schuberg, Dr. -A. Ueber sogenannte a überzàhligê
Phalangen » bei Amphibien.
Arbeit. Zool. Zool. Inst. Wurzburg. 1891, pp. 119-125.
114. Schuberg, Dr.-A. Ueber den Bau und die Funktion
dcr Haftapparate des Laubfrosches. PI. V- VI.
Arbeit. Zool. Zoot. Inst. Wurzburg. 1891, pp. 57-118.
115. Schuberg, Dr -A. Das neue zoologisch-zootomische
Institut der Künigl. Julius-Maximilians-Universitât zu
Würzburg. PI. I-Ill.
Arbeit. Zool. Zoot. Inst. Würzburg. 1891, pp. 1-12.
416. Sehwink. Untersuehungen über die Entwicklung des
Endothels und dcr Blutkôrperchen der Amphibien.
PI. XYII-XIX.
Morphol. Jahrb. 17. 1891, pp. 288-333.
111. Selater, P. -L. Remarks on Macgregor’s Paradise-bird.
Cnemophilus maegregori. PI. X.
Ibis. 1891, pp. 414-415.
418. Selater. On a second collection of Birds from the Pro¬
vince of Tarapaca, Northern Chili. PI. XIII.
Phrygilits coracinus.
Proc. Soc. 1891,pp. 131.-138.
419. Selater. Exhibition of, and Remarks upon, specimens
of the three species of Purple Waterliens. (Porphirio
poliocephatus. — P. cœruleus and P. smaragdonolus.
Proc. Zool. Soc. London. 1891, p. 47.
180. Seebohm, Henry. On a collection of Birds from
Westerd Szcchuen.
Ibis. 1891, pp. 370-381.
181. Sharpe, Bowdler. Diagnoses ol new Species of Birds -
from Central East Africa.
Ibis. 1891, pp. 443-445.
188. Semper, C. Beobachtungen ans dcnAquarien des neuen
zoologischen Instituts. PI. IV.
Arbeit. Zool. Zool. Inst. Würzburg. 1891, pp. 1 3—36.
183. Sibree, J. On the Birds of Madagascar, and their Con¬
nection with Native Folk-lore, l’roverbs, and Supersti¬
tions.
Ilris. 1891, pp. 416-443.
18 4. Stebbing, Thomas-R.-R. On the Genus Urothoc
and a new Genus Urothoides. PI. I-IV.
Transad. Zool. Soc. London. 13. 1891, pp. 1-42.
185. Simon, Eug. Liste des arachnides recueillies par
M. Rabot dans la Sibérie occidentale, en 1890.
Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 107-109.
G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — IMPK. P. I.EVÉ, RUE CASSETTE, 17.
Ci6 ANNÉE
2° SÉRIE — X” B B O
1" OCTOBRE 1891
COLLECTIONS ETHNOGRAPHIQUES
RAPPORTÉES DE MÉLANÉSIE
par LE D' François
Dans la première quinzaine du mois de juillet a eu
lieu au Muséum de Paris (au laboratoire d’anthropo¬
logie) l’exposition, fort intéressante, des collections
ethnographiques rapportées de Mélanésie par M. Pli.
François, docteur ès sciences naturelles et maître de
conférences à la faculté de Rennes, qui a passé trois
ans en Australie et en Mélanésie chargé d’une mission
scientifique du ministère de l’instruction publique.
Malheureusement, cette belle exposition n’a pas duré
assez longtemps (du 2 au 18 juillet seulement) pour que
tous ceux qui s’intéressent aux questions ethnogra-
et les îles Viti ou Fidji. 11 se compose de deux groupes
d’iles. Le groupe septentrional comprend, en allant du
N. -O. au S.-E., les îles Espiritu Santo, Aurora, Aoba
ou île des Léprexuv, Mallicolo, Pantecote, Ambn/m, Api
et Faté, Vatse ou île Sandwich, et plusieurs petites îles
et îlots qui les entourent ; le groupe méridional est
formé de trois grandes îles qui sont (en allant toujours
du N. -O. au S.-E.) : Erromanga , Tanna et Anatom ,
quelques îlots et rochers.
D’après la convention du 22 octobre 1887 conclue
entre la France et l’Angleterre, les Nouvelles Hébrides
sont sous le contrôle d’une commission navale mixte,
composée d’officiers de marine anglais et français et
chargée de maintenir l’ordre et de protéger les per¬
sonnes des sujets français et britanniques. Cependant,
il faut noter que presque la totalité du territoire des¬
îles est la propriété de la Société française des Nouvcllcs-
Fig. I. — MÉLANÉSIENS et POLYNÉSIENS.
phiques l’aient pu examiner à leur aise et apprécier à
sa juste valeur. Cette exposition mérite une mention
spéciale parce que M. François, au contraire de beau¬
coup d’autres collectionneurs, n’a pas ramassé le plus
possible d’objets quelconques, mais s’est attaché à
réunir pour chaque île de la région qu’il a visitée, des
objets typiques, et leurs variantes, tous de provenance
exactement connue et pour la plupart échangés aux
indigènes eux-mêmes. De cette façon il a réussi à cons¬
tituer une collection authentique aussi complète qu’ins¬
tructive, qui donne une juste idée de la vie mate¬
rielle des populations mélanésiennes. Le gros de cette
collection se rapporte aux Nouvelles-Hébrides; aussi
ne nous occuperons-nous ici, que de ces dernières îles
en mentionnant incidemment des objets provenant des
îles Salomon, Gilbert, Loyalty et d’autres parties de la
Mélanésie.
L’archipel des Nouvelles-Hébrides est situé, comme on
le sait, à l’est de l’Australie, entre la Nouvelle-Calédonie
I.E NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
Hébrides, qui exploite les richesses du pays depuis dix
ans environ.
Les Néo-llébridais (fig. î). appartiennent à la race Méla¬
nésienne, caractérisée principalement par les cheveux très
frisés, presque crépus, par la couleur foncée d’un gris
noirâtre de la peau, par la forme allongée du crâne (doli-
chocéphalie), par le nez très large vers le bas, un peu
aplati, et dont la pointe est très épaisse et grossière. Les
Néo-llébridais purs présentent tous ces caractères plus
ou moins accusés. Ils sont en général d’une taille au-
dessous de la moyenne, bien proportionnés et bien
musclés. Leur système pileux est en général bien déve¬
loppé. Les personnages que l’on voit sur notre figure 2
(reproduction comme la première d’une photographie de
M. François) sont des représentants de. ce type pur. Mais
dans beaucoup d’iles, surtout à Aoba, à Tanna, à Espi¬
ritu Santo le type primitif est modifié par les mélanges
avec les Polynésiens. Parmi les indigènes de ces îles on
trouve, à côté des Mélanésiens typiques, des individus
LE NATURALISTE
228
de très grande taille, aux cheveux moins crépus, dont
la peau a un teint plus clair, dont les traits, plus fins,
le nez plus allonge' et plus mince. (Voy. fig. 1, les deux
individus debout à droite, derrière l’individu assis ; ce
dernier a le type mélanésien comme les quatre autres
à gauche.) L’influence du type polynésien (haute taille,
teint jaune-brunâtre, face allongée, nez droit, étroit, etc.),
st aussi probable que
Mélanésiens métissés est
est manifeste dans ces ca
la forme crânienne f de c<
plus arrondie, mais oirn’a
pas de données précises à
ce sujet. Fait à noter, les
cas d’albinisme ne sont
pas rares parmi les Néo-
Iiébridais et l’on pouvait
voir à l’exposition de M.
François la photographie
d’un de ces albinos, «qui
présentait toute les parti¬
cularités de la race méla¬
nésienne sauf la couleur
foncée de la peau.
Le caractère moral du
Nêo-Hébridais varie sui¬
vant les îles ou, pour
mieux dire, suivant les
conditions dans lesquelles
ils se trouvent vis-à-vis
des blancs. Les indigè¬
nes de certaines îles (Es-
piritu Santo, Tanna), ont
une mauvaise réputation
de gens sournois, querel¬
leurs, prêts àtuerun hom¬
me dans l’embuscade mê¬
me sans aucun prétexte-,
tandis que les habitants
des îles Anatom, Ambryin,
Aoba sont relativement
doux et pacifiques. Tout
dépend dans ces cas, ce
nous semble, des rapports
qu’ont eus les blancs avec
ces indigènes. Souvent
peut-être lamauvaise con¬
duite desindigènes n’était
qu’une réponse à un trai¬
tement un peu dur infligé
par certains blancs qui
venaient faire la traite dans ces parages. C'est ici que sc
place la question de l’anthropophagie. L'accusation de
cannibalisme a été portée sur tant de peuples divers,
elle a été si souvent reconnue fausse pour la plupart
d'entre eux, qu’il faut être très circonspect chaque fois
qu’on parle de cette coutume. N’a-t-on pas répété à
satiété dans mille articles et livres divers, et cela sous le
couvert de l’autorité de Darwin et de Fitz-Roy que les
Fuégiens mangent les vieilles femmes de leur tribu? El
cependant ni- le missionnaire Bridges qui a vécu trente
ans parmi ces sauvages, ni le D1' Hyades qui les a observés
pendant plus d’un an, ni d’autres voyageurs modernes,
n’ont jamais vu ni entendu parler d’un seul exemple
d’anthropoj Dhagie parmi ces sauvages déshérités (11.
Les faits de ce genre n’excluent cependant pas la pos¬
sibilité de l’existence du cannibalisme chez certaines
peuplades; ils montrent seulement que cette coutume
est beaucoup moins répandue qu’on ne le pense en
général. Quant aux Néo-Hébridais, les affirmations des
voyageurs sérieux et dignes de foi avec lesquels nons
avons pu causer ou dont nous avons lu les récits, nous
autorisent à dire que c’est une de ces rares populations
qui pratiquent régulièrementl’anthropophagie. D’ailleurs
Fig. 2. — NÉO-HÉBRIDAIS PURS
les faits positifs ne manquent pas, et souvent l'inter¬
vention de nos marins, l’envoi des troupes, sont motivés
précisément par le meurtre et... comment dirait-on?... la
consommation des Européens, ou des gens à leurservice.
En fs;?, un Malais fui mangé dans l’île Faté; en 1876
les indigènes dévoraient l’équipage d’un navire anglais ;
en 1S78, un Français, habitant Mallicolo, fut tué et ses
quatre membres servirent de repas aux indigènes. En
1887, un colon français d’Aurora surprit les indigènes
mangeant deux de ses ouvriers, Polynésiens d’origine;
M. François visita une des îles, précisément étant à
bord du navire de guerre français, qui s’y est rendu
pour châtier les indigènes reconnus coupables d’avoir
Ethnographie par Hyades et Dcnikcr, Pans, 1891, in-4°
p. 257.
I ; Voyez Mission du Cup Horn , t. VU Anthropologie et
LE NATURALISTE
22*1
miingt) un Suédois, etc. Ordinairement le repas canni-
lialique est précédé de danses guerrières et de chants, ce
<|ui indique que la coutume en question est liée à des
idées superstitieuses.
La langue des Néo-Hébridais paraît être un idiome
agglutinant de la famille des langues mélanésiennes;
elle comporte plusieurs dialectes qui parfois sont si
differents I un de l’autre que les indigènes de deux îles
voisines ne se comprennent pas entre eux. Souvent
même on parle plusieurs dialectes distincts dans la
même île ne comptant que quelques centaines d’habi¬
tants. Les marins et les colons se font comprendre des
indigènes en parlant un certain jargon composé de
mots anglais et français corrompus et connu dans toute la
Melanésie sous le nom de Bichlamar (nom espagnol de
l'holothurie).
J. Denise».
(.1 suivre).
La Flore de l’Inde dans ses rapports avec la Flore
de France
(Sut le.)
Viola biflora L. — France ; Alpes, Pyrénées.
Inde : Himalaya tempéré du Cachemir au Sikkim. 1 800 à
O.ltOO mètres.
Distribution : Asie septentrionale, Caucase, Europe.
Viola odorata L. — France : Espèce parisienne. Haies, bois
Indes : Cachemir, 1.300 à t.800 mètres.
Distribution : Europe, nord de l'Afrique, nord et ouest de
l’Asie.
Viola sylvatica Fries. — France : Appartient à la flore de
Paris. Haies, bois.
Inde ; Cachemir et Kistlnvar, 1.200 à 2.400 mètres.
Distribution : Nord .le l’Asie et à l’ouest jusqu’à l’océan
Atlantique.
PO LT G AXÉES
Polygala L. — Pas d’espèce commune. Himalaya, Nilgiris,
Ceylan, Travancores, Carnatic.
KRANIvÉNIACÉES
Frankenia pulverulenta L. — France : Midi, Corse.
Inde : Plaines du Panjab et du Simili.
Distribution : Est et sud de l'Europe, Sénégal, sud de
l’Afrique, Tripoli, Maroc.
CARYOPHYIXÉES
Dianthus caryophyllus L. — Franco : Se trouve dans la
flore parisienne. Ouest. Vieux murs.
Inde : Attock (Panjab), Balli, 2.100 à 2.400 mètres.
Distribution ; Europe centrale et occidentale.
Dianthus deltoïdes L. — France ; Espèce parisienne. Lieux
secs, sablonneux.
Inde : Thibet occidental.
Distribution : Europe occidentale.
Gysophila L. — Pas d’espèce commune. Panjab, Thibet,
Himalaya, 900 à .'1.900 mètres.
L. — France : Espèce parisienne. Mois-
Inde : Champs de blé dans l’Inde et le Thibet.
Distribution ; Mauvaise herbe des cultures, très répandue.
Tripoli, Maroc.
Silene inflata D. C. - Franco : Espèce parisienne. Moissons
et lieux incultes.
Inde : Himalaya tempéré du Népal à l’Indus, 1.300 à
•1.600 mètres.
Distribution : Asie tempérée, Europe, nord de l’Afrique.
Silene conoidea L. — France : Midi.
2.400 mètres: de i’Oude au Panjab dans les plaines; Thibet
occidental, 2.400 à 3.300 mètres.
Distribution : A l’ouest jusqu'à l'océan Atlantique, Judée.
Silene gallica L. — France : Espèce parisisicnne. Moissons
Inde : Garhival, Carnatic. Mauvaise herbe introduite.
Distribution : Mauvaise herbe des cultures.
Cucubalus bacciferus L. — France : Espèce parisienne. Buis¬
sons, lieux ombragés.
Inde : Himalaya tempéré, du Cachemir, 1.500 à 2.400 mètres,
au Sikkim, 2.4011 à 3.600 mètres, monts Khasias, Boga, Pani,
1.500 mètres.
Distribution : Europe méridionale et occidentale, Sibérie
occidentale.
I.ychnis coronaria Lam. — France : Pyrénées.
Vallées du Cachemir, abondant dans les bosquets et les
champs.
Distribution : Asie occidentale, sud de l’Europe.
Ilotosteum umbellalum L. — France : Espèce parisienne.
Vieux murs, champs.
Inde : Cachemir.
Distribution : Asie Occidentale, nord de l’Afrique, Europe.
Cerastïum trigynum Villars. Stellaria ceruslioides L. —
Franco : Alpes, Pyrénées.
Inde : Région alpine de l’Himalaya occidental , 3.300 à
5.100, Kulu au Cachemir, Thibet occidental.
Distribution : Afghanistan, Sibérie, Asie occidentale, Ré¬
gions arctiques, Alpes d’Europe. C’est une forme intermé¬
diaire entre les genres Cerastïum et Stellaria.
Cerastium vulgatum L. — France : Espèce parisienne. Bords
des chemins.
Inde : Régions tempérées et subalpines de l’Inde et de
Ceylan, monte jusqu’à 4.500 mètres dans Sikkim cl Thibet
occidental.
Distribution : Europe tempérée, nord de l’Europe, nord de
la zone tempérée en Asie; introduit dans plusieurs contrées.
Malachimn qquaticum Fries. — France : Espèce parisienne.
Fossés, ruisseaux.
Inde : Himalaya tempéré, Népal à Marri, 1.200 à 2.400 m.
Distribution : nord et ouest de l'Asie, Nord de l’Afrique,
Europe.
Stellaria media L. — France : Espèce parisienne. Terres
cultivées.
Inde : Par tout le Panjab et les régions tempérées de l’Inde.
Nilgiris, Sliivaro-hills, s’élève dans l’Himalaya jusqu’à
3.600 mètres et dans le Thibet occidental jusqu'à 4.300 mètres.
Ceylan : NeWera-Ellia.
Distribution : Toutes les régions arctiques et tempérées du
Nord, Maroc.
Stellaria graminea L. — France : Espèce parisienne. Prés
humides.
Inde : Thibet occidental, 3.300 à 4.500 mètres.
Distribution : De l’Afghanistan à l’Europe occidentale.
Stellaria glauca Withering. — France : Espèce parisienne.
Est-Centre.
Inde : Himalaya tempéré occidental, Thibet occidental.
Vallée de l’indus. '
Distribution : Sibérie, Asie occidentale, Europe et Groen-
Stellaria aquatica D. C. Stellaria uliginosa Murr. — France :
Espèce parisienne. Lieux humides. Corse.
Inde : Région tempérée et alpine de l'Himulaya, dans les
lieux humides de 1.200 à 3.000 mètres. Commune au Sikkim,
4.800 mètres; monts Khasias, 1.500 à 1 800 mètres ; Nilgiris,
1.500 à 2.400 mètres.
Distribution : Régions tempérées de l’hémisphère nord.
Arenaria serpyllifolia L. — France : Espèce parisienne
Vieux murs, lieux sablonneux, arides.
Inde : Himalaya tempéré et subtropical, du Népal au Ca¬
chemir; Rohilcund et Panjab, 300 à 3.300 métros; Thibet occi¬
dental, 3.300 à 3.900 mètres.
Dislrilmli . \
Sagina procumbens L. - ■ France : Espèce parisienne. Lieux
humides.
Inde : Région alpine et tempérée de l’Himalaya, Thibet occi¬
dental, 2.100 à 3 200 mètres, s’élève jusqu’à 4.800 mètres dans
le Sikkim.
Distribution : Zone tempérée des deux hémisphères.
Spergula arvensis L. — France : Espèce parisienne. Mois-
à I’Indus, 300 à
LE NATURALISTE
230
Inde : Champs cultivés dans les diverses régions fraîches de
l'Inde.
Distribution : Tout l’hémisphère nord.
Spergula penlandvci L. — Comme la précédente.
Spergularia rubra Pers. — France : Espèce parisienne. Ter¬
rains sablonneux.
Inde : Plaines du Panjab.
Distribution : Nord et ouest de l’Asie, Europe.
Polycarpon L. — Pas d’espèce commune. Toutes les parties
les plus chaudes de l’Inde. Champs et terres incultes. '
POHTULACÉES
Portulac'a oleracea L. — France : Espèce parisienne. Vignes,
jardins, décombres.
Inde : Par toute l’Inde, monte dans l’Himalava jusqu’à
Distribution : Tous les climats chauds
{A suivre.)
Hector 'Lèveillé.
Les Insectes tertiaires de l’Amérique du Nord
D’après les travaux de M. Scudder
Fig. 1. — Prodryas j/crsejdi one, papillon fossile de Florissant
(de la famille des Nymphalidæ ), de grandeur naturelle A et
grossi B ; C, antenne fortement grossie.
à l’époque tertiaire, trouvés jusqu’à ce jour dans l’Amérique
du Nord. C’est en quelque sorte le développement de l’impor¬
tant travail d’ensemble que M. Scudder a publié récemment
(l i Tertiary Insects of North America (Vol. XIII of U. S. Geo-
logical Survey of lhe Terrilories , F.-V. Hayden, Geologist in
charge), Washington, 1890.
en rédigeant le chapitre des Arthropodes dans le Traité de
Paléontologie de Zittel. Toutefois, ce travail, pour être com¬
plet, devra être suivi d’un ou de plusieurs autres volumes, car
l’auteur nous prévient dès le début que les espèces provenant
du riche gisement de Florissant et appartenant aux ordres
supérieurs des Insectes (Coléoptères, Diptères, Lépidoptères,
Hyménoptères) ne sont pas compris dans le présent volume.
Quoi qu’il en soit, 612 espèces d’Arthropodes sont décrites ici
et en grande partie figurées. Ce nombre se répartit comme il
suit entre les différents ordres : 1 Myriapode, 34 Arachnides,
06 Névroptères, 30 Orthoptères, 266 Hémiptères (y compris les
types de Florissant), puis 112 Coléoptères, 79 Diptères, 1 Lépi¬
doptère et 23 Hyménoptères, provenant des autres gisements.
Il ne faut pas s’attendre à trouver dans ce volume la des¬
cription de quelque forme étrange et de grande taille, analogue
à celles que Brongniart, en France, Scudder lui-même en
Amérique, ont montré avoir vécu à l’époque secondaire. Comme
nous l’avons fait remarquer ailleurs (1), et à l’opposé de ce qui
s'observe pour les classes les plus élevées du règne animal (les
Mammifères, par exemple), la faune entomologique du début de
l'époque tertiaire avait déjà, à peu de chose près, le faciès et
la distribution géographique qu'elle affecte aujourd’hui. Ce fait
est surtout frappant quand on étudie les Coléoptères, type rela
tivement récent et qui possède à l’époque actuelle des repré¬
sentants de grande taille ( Dynastes , Goliathus, Acrocimis, Tita-
ntts, etc.), confinés dans la zone intcrtropicale. Jusqu’à ce jour.
Fig. 2. — Prolibythea vagabimda, papillon de Florissant (fa¬
mille des Libytheinæ) ; de grand, nat. A; ailes grossies B ;
tète fortement grossie C.
aucun type do Coléoptères gigantesques n’a encore clé trouvé,
pas plus en Europe que dans l’Amérique du Nord, dans les
couches tertiaires qui renferment tant de Vertébrés d’une taille
colossale.
L’intérêt principal du livre 'le M. Scudder est dans la com¬
paraison qu’il établit entre les insectes tertiaires de l’Amérique
du Nord et ceux décrits des gisements contemporains en Eu-
(1) E. Troukssart, La Géographie zoologique, 18UU, p. 217
et 313.
LE NATURALISTE
rope. Si l’on met à pai't les nombreux insectes trouvés dans
l’ambre, on voit que l'Amérique du Nord est actuellement plus
riche que l’Europe en formes tertiaires. Le seul gisement de
Florissant, en une seule saison de recherches, a fourni déjà
plus d’échantillons qu’Hecr n’en a trouvé en trois ans à
(Eningen, en Bavière. Dans l'introduction do ce volume, l’au¬
teur nous donne des détails sur cette localité de Florissant,
devenue si rapidement célèbre par scs fossiles, et nous fait un
tableau de sa faune encore incomplètement connue.
Le lac tertiaire de Florissant occupe une vallée étroite au milieu
des montagnes, à l’extrémité sud de Front-Rangé dans le Colo¬
rado, non loin du Pic de Pike. Le fond du lac où se sont dé¬
posés tant de débris do plantes et d’insectes, est formé do cen¬
dres et de laves volcaniques ayant plus de 1S mètres d’épais¬
seur. L’époque de ces dépôts doit prendre place entre la fin
du Crétacé et le commencement de l’époque éocèno. D’après la
flore, si bien étudiée par Lesquereux, le climat devait être
celui des Etats-Unis du Sud, des bords septentrionaux du golfe
du Mexique, notamment de la Géorgie. La végétation,
basse, est celle d’une vallée de montagne : un s<
(Sabal), s’y montre au milieu de nombreux Conifères. L’eau du
lac devait incontestablement être douce, d'après l'examen des
plantes aquatiques, des larves de Libellules, des Coléoptères
aquatiques et des poissons qu’on y trouve.
Les Coléoptères de Florissant appartiennent, pour les deux
cinquièmes, aux Ryncliophorcs. Les Carabiques ont 25 espèces
bien conservées, tandis que les Hydrocanthares sont plus
rares (6 csp.) qu’on ne devait s’y attendre d’après la nature du
les Diptères dominent. Sous ce rapport, Florissant se rap¬
proche davantage de Radoboj en Croatie.
Un bon tiers des empreintes de Florissant se rapporte à des
Diptères. — Les Hyménoptères
leur coloration primitive et méin
ils étaient parés pendant la vie.
Les Lépidoptères sont rares comme partout. Sur huit es-
pèces, dont sept ont été décrites ailleurs par l’auteur (1), et qui
sont toutes des genres éteints, sept sont des Nymphalidæ,
une appartient aux Pieridæ. Tous 1rs Nwnphalidés sont du
groupe des Vanesses, à l’exception de deux espèces appar¬
tenant à la sous-famille, rare aujourd’hui, des lÀhystheinæ :
l'une d’elles forme le genre nouveau Barbarotheca. Les papil¬
lons de nuit sont mal caractérisés, et l’on a trouvé une seule
chenille.
Nous arrivons aux ordres dont les formes do Florissant sont
décrites dans le présent volume. Laissant de côté les Myria¬
podes et les Arachnides qui présentent peu d’intérêt, nous
voyons que les Névroptères sont moins bien représentés qu’en
Europe, surtout en Odonates (Libellules). Un Thysanourc
remarquable (Plànoeephalu. »), type du
lostoma, 6 espèces de Termites a
éteints, des Ephémères, (
d’une espèce de Sialidm (i Corydalites ), enfin, des Trichoptères
de la famille des Hydropsychidæ , caractérisés d’après la dé¬
pouille de l’insecte parfait et d’après les cases où vivaient les
larves (. Indusia ). représentent cet ordre.
Les Orthoptères sont peu nombreux, comme dans les gise¬
ments contemporains d'Europe. Les Forficules seuls sont abon¬
dants. Les Mantidæ Tettigidæ Dect'rcidæ, Oryllidæ, représentés
en Europe, font défaut ; un seul Phasmidc, 6 Acridiens, 5 Lo-
custiens et :l Grillons sont décrits. Les Blattes, si abondantes à
l’époque secondaire, n'ont plus que 4 genres.
Les Hémiptères sont, de tous les ordres, celui qui est le
mieux représenté à Florissant, et la description de ces types
nombreux occupe plus du tiers du volume. Les Homoptères ont
ries types de toutes les familles, à l’exception des Stridulantia
(Cigales), soit 33 genres et 120 espèces, plus du double de ce
que l’on connaît en Europe. Sur ce chiffre, il y a peu de Coc-
cidæ et de Psyllidæ, mais les Aphididæ, Fulgoridæ, Jassidæ et
Cercopidæ sont très variés. Le sous-ordre des Hétcroptèrcs
n’est, pas moins remarquable : il compte ici 80 genres et loi es¬
pèces (contre 77 g. et 201 esp. en Europe) ; mais si l’on exclut
les types de l’ambre, la supériorité absolue reste à l’Amérique
(l’Europe se trouvant réduite à 58 g. et 162 esp ). Les Lygæidæ
les Pentatomidæ ont un nombre à peu prés égal de genres et
d'espèces.
Ainsi que nous l’avons dit en commençant, les Coléoptères,
Diptères, Lépidoptères et Hyménoptères décrits dans ce
volume n’appartiennent pas à Florissant, mais à d'autres
gisements Nord- Américains plus anciennement connus, tels que
ceux do White-River (Colorado), de Green-River (Wyoming),
do Scarboro (Ontario), de Quesnel (Colombie anglaise), etc.
L’intérêt qui s’attache à cette étude nous fait dési
que l'auteur la complète dans un second volume dont il
la prochaine publication.
D'- E. Trouessart.
DIAGNOSES DE MOLLUSQUES NOUVEAUX
— Testa
raliter costata, albo-flavida; anfr. 13 leviter convcxi, primi
slriis duabus prominentibus carinati, ultimus 1/3, longitudi¬
nale tequans, striis fortis octo cinctus; sutura vix distincta ;
apertura ovato-oblonga, antice lato conaliculata. Columclla
incrassata, subarcuata ; labro acuto, crenulato, sinu lato ; ca-
nali brevissimo. Dimensions : long. 26 millim. ; diam. 9 millim.
Coquille fusiforme à spire allongée, cerclée à la surface de
côtes saillantes. Ces côtes, au nombre de deux sur le premier
tour, augmentent sur les tours suivants par l’addition de côtes
intermédiaires, et sur le dernier, on en compte de huit à dix.
Deux d’entre elles, placées près de la suture, sont séparées
de la partie antérieure par un large sillon qui correspond à
l’échancrure du bord externe de l’ouverture. Dans ce sillon se
trouvent deux côtes intermédiaires ; sur des individus très âgés,
LE NATURALISTE
232
les côtes antérieures forment près de l’ouverture des crûtes
saillantes; la couleur générale de la coquille est blanc jau¬
nâtre. La spire est formée de treize tours à peine convexes,
déprimée au milieu par un large sillon. Le dernier, qui égalé a
peu prés le tiers de la longueur totale de la coquille est
étranglé en avant par un canal court, large et profond. L’ou¬
verture étroite, anguleuse en arrière et découpée par le canal
en avant, a la forme d’un ovale allongé. Son bord externe,
découpé dans son quart postérieur par une large échancrure,
se prolonge dans sa partie antérieure en décrivant une courbe
très convexe, arrondie et crénelée. Le bord columcllairc, très
épais, présente une saillie médiane sur laquelle on aperçoit une
dent que l’on, peut apercevi
Hab. la mer et le golfe d’Adcn.
acuminato-tui
Costis 7 oppo-
interruptis. Anfr. 11 vix con-
ti, sutura distincta separati;
ovalo-oblonga, margine columellaris elongata, incur-
vata, incrassata, labio simplice,
viusculo externe spiraliter tenuissime costato. E
longue et turriculée, blanc jaunâtre ou jaune
ornée de sept côtes longitudinales très saillantes et
de très fines stries circulaires ; la spire est formée de onze tours
convexes, séparés par une dépression large et profonde au
fond de laquelle on aperçoit la suture ; les deux premiers, lisses
et brillants, forment un petit sommet tronqué à la pointe. Les
tours suivants sont ornés de stries circulaires et de gros plis
qui forment, par leur réunion, des côtes longitudinales inter-
par la dépression suturale. Ces plis, au nombre de
■ les premiers tours, sont assez souvent de huit sur
dernier, celui-ci finit en s’amincissant par
;ourt et échancré à la base. Beaucoup plus développé
jurs précédents, il mesure à peu près le tiers de la
totale de la coquille. Ses côtes saillantes et
taille,
concave en arrière où il finit, par un tubercule saillant, est
presque rectiligne en avant où il se dresse pour former le
bord gauche du canal; le bord externe convexe, mince et
tranchant et doublé en dehors d’une forte varice, est échancré
par le sinus large et profond en arrière, et en avant par
sinus plus petit et moins profond. C<
varie entre 15 et 25 millimètres de
en général de 20. Hab. golfe d’Aden.
En dédiant cette espece à M. Ceccl
à Aden, je suis heureux de lui témoigner toute ma
pathie et ma reconnaissance pour tout le zèle, et le dé
ment qu’il a mis pour faciliter mes
LE CRIQUET PÈLERIN
Acridium peregrinum Oliv.
Ses métamorphoses. Son parasite cryptogame
( Suite et fin.)
Au commencement de juin, j’ai eu la bonne fortune
de découvrir un parasite cryptogame sur les criquets
pèlerins qui nous envahissaient.
Depuis 1878, je m’occupais de cette question des para¬
sites microscopiques capables de tuer les insectes nui¬
sibles, et j’ai publié à ce sujet diverses notes, soit en
collaboration avec mon beau-frère, M. Cornu, professeur
au Muséum, soit seul.
Mais j’avais vainement essayé de reproduire dans des
milieux de culture des champignons du groupe des Ento-
mophthora.
Le 11 mai dernier, M. le Moult faisait connaître un
parasite cryptogame, le Botrylis tenella (1) qu’il avait
recueilli dans le département de l’Orne et qui amenait
la mort des vers blancs. MM. l'rillieux et Delacroix mon¬
trèrent que ce champignon pouvait être cultivé dans des
bouillons ou autres milieux de culture.
Aussitôt après la note de M. Le Moult, je me mis eu
campagne pour essayer de trouver, sur les Sauterelles
qui nous envahissaient, un parasite analogue à celui des
vers blancs. Je l’ai trouvé aussi bien dans les endroits les
plus secs que dans les lieux les plus humides. A Bordj
Bouira, à Paleslro, à La Reghaïa, à l’Arba. et aux envi¬
rons d’Alger, de grands vols de Criquets pèlerins s’abat¬
taient et pondaient. Après les pontes, quelques individus
reprenaient leur vol, tandis qu’il en restait un grand
nombre sur le sol. Ceux-ci devenaient languissants et
mouraient, quelques-uns après avoir pondu; d’autres,
en plus grand nombre, avant d'avoir, opéré la ponte.
Dans les premiers jours de juin, je recevais de
M. Delacroix, puis de M. Le Moult, des vers blancs tués
par le Botrytis tenella et des cultures de ce champignon
sur divers milieux solides dans des tubes, enfin des vers
blancs tués par le Botrylis bassania de M. Lambert, de
la Station séricicole de Montpellier.
Les Criquets pèlerins que j’avais trouvés morts ou
mourants sur les lieux de pontes portaient tous les traces
d’un champignon parasite. Les anneaux de l’abdomen
n’étaient pas distendus, comme cela se présente poul¬
ies Criquets tués parles Entomophthora. On remarquait
sur les côtés de l’abdomen, aux points de réunion des
arceaux dorsaux et ventraux, de petites boursouflures
brunâtres et d’un aspect gras, puis entre les anneaux et
à la base des pattes de la troisième paire, là où les tégu¬
ments sont plus minces, moins chitineux, on voyait un
revêtement blanchâtre.
Ces Sauterelles mouraient sur le sol, ou cramponnées
aux arbustes , aux lierbes. Dans le premier cas, leurs
pattes conservaient la position qu’elles avaient avant de
mourir; dans le second cas, elles repliaient leurs pattes
contre le sternum, comme cela a lieu pour les Criquets
entomophthorés.
Examiné au microscope, le champignon, qui envahit
principalement les organes respiratoires, se présente
sous forme de mycélium court et trapu, peu abondant,
accompagné d’un grand nombre de spores. Celles-ci
sont de deux sortes : celles qui proviennent des pubes¬
cences blanchâtres sont arrondies, ou ovoïdes ou plus
allongées et alors offrent souvent une cloison qui amène
un étranglement; leur contenu offre des granulations
assez réfringentes.
J’annonçai ma découverte à l’Académie le 8 juin et
dans la séance du 15 juin M. Trabut. donna à ce champi¬
gnon le nom de Botrylis acridiorum.
Après avoir entrepris, dès le 9 juin (le jour qui a suivi
la découverte du champignon), des cultures dans le
laboratoire de la station agronomique que M. Henri
Paul, préfet d’Alger, avait mis à ma disposition, je pou¬
vais déjà annoncer à l’Académie le 22 juin, que j’avais
obtenu, avec le concours de M. Jules Marchand, attaché
au laboratoire de la station agronomique, de bonnes cul¬
tures du champignon des criquets pèlerins.
Tandis que je publiaisces résultats positifs, MM. Kiinc-
I M. Giard pense que ce Botrylis tenella Socc n’est autre
chose que V harki densa Link, mais cela n’est qu’une question
secondaire qui n’enlève pas la valeur de la découverte.
LE NATURALISTE
233
kel d’Herculais et Langlois adressaient, dans la même
séance , c’est-à-dire quinze jours après la découverte du
champignon, une Note où ils indiquaient que des expé¬
riences analogues les avaient conduits à des résultats né¬
gatifs. Bien qu’il soit question, sans aucun doute, dans
cette Note, du même cryptogame, les auteurs parlent du
Polyrhizium Leptophyei (Giard) et disent qu’ils avaient
cru, au premier examen, être en présence d’un Empusa,
(forme du genre Entomophthora) , « mais alors d’une es¬
pèce spéciale ». Les spores des Entomophthorées sont
cependant très différentes de celles qu’on peut observer
sur les criquets. Depuis, M. Giard a désigné ce parasite
sous le nom de Lachnidium Acridiorum. Les cultures que
j’ai entreprises montreront si ce champignon est un
Botrytis, un Isaria ou tout autre champignon.
La question de détermination, tout en ayant son inté¬
rêt, reste un peu secondaire dans le cas présent. Ce qui
•est important, c’est : 1° d’avoir trouvé un champignon
parasite capable de tuer les criquets; 2° d’avoir pu re¬
produire, dans des milieux artificiels stérilisés, ce
champignon parasite ; 3° d’obtenir la mort des criquets
en les contaminant directement avec les spores de ce
•cryptogame.
M. Künckel s’est attaché à montrer que l’épidémie
était bénigne et ne tuait qu’un petit nombre d’acridiens.
Cependant, partout où j’ai été, je l’ai constatée, aussi
bien dans les endroits les plus secs que dans les lieux hu¬
mides (et ces derniers ne sont pas nombreux en été en
Algérie).
11 est évident que, normalement, les acridiens ne
meurent pas tous de cette maladie, car, s’il en était
ainsi, nous n’aurions pas à nous occuper de leurs ra¬
vages et à dépenser tant de millions pour leur destruc¬
tion. Le problème consiste précisément à généraliser
une maladie qui ne se trouve habituellement qu’à l’étal
sporadique. Néanmoins, dans la nature, on observe par¬
fois de véritables épidémies qui déterminent la mort des
criquets adultes sur des espaces considérables. A l’Arba,
j’ai eu l’occasion d’étudier une de ces épidémies. Un vé¬
ritable foyer d’infection occupait une superficie de plus
d’un hectare, et là, les acridiens attaqués par le champi¬
gnon étaient morts ou sur le point de mourir, la plupart
des femelles sans avoir pu opérer la ponte.
D’autres naturalistes ont obtenu, au moyen de cham¬
pignons du même groupe, des résultats satisfaisants.
M. Krassilstchick a pu contaminer, sur une grande sur¬
face, des charançons qui attaquaient des champs de
betteraves en Russie ; une usine fut même créée pour
produire des spores ( Isaria destructor).
M. Le Moult, tout dernièrement, et MM. Prillieux et
Delacroix, ont montré que l’on pouvait propager aisé¬
ment par des cultures un champignon du même genre que
le nôtre, qui détermine la mort des vers blancs et d’autres
insectes du même groupe (.Isaria densa — Botrytis tenella ).
La muscardine ( Botrytis bassiana ) a causé de grands
dommages dans les magnaneries et l’on a été obligé de
lutter contre le champignon, qui alors détruisait des
insectes utiles. Chacun connaît les mémorables travaux
de M. Pasteur sur ce sujet.
Ce dernier exemple vient montrer que la possibilité
de la destruction des insectes nuisibles et par consé¬
quent des criquets, par le moyen des cryptogames ento-
mophytes, est un point acquis en principe, et nos expé¬
riences montrent d’une façon précise quelle est la voie
à suivre à cet égard.
Si l’on considère spécialement la lutte contre les cri¬
quets qui ravagent constamment l’Algérie, nous estimons
que ce n’est pas sur le littoral seulement qu’il faut pro¬
céder à leur destruction. C’est dans le sud de l’Algérie
qu’il faut aller les chercher, les étudier et les arrêter.
C’est même la première chose qu’on aurait dù faire.
Lorsque l’on connaîtra leur point d’origine, alors seu¬
lement les efforts pourront porter leurs fruits.
Il est donc à souhaiter que l’on organise, à la fin de
cette année ou au commencement de l’année prochaine,
une expédition de naturalistes qui iront dans le sud de
l’Algérie étudier les lieux d’origine des criquets. On
pourra alors lutter méthodiquement et d’une façon plus
décisive contre ces ravageurs de notre colonie.
Charles Brongniart,
du Muséum d'histoire naturelle.
LA MUSIQUE DE LA NATURE
OISEAUX CHANTEURS
Sur plus de dix mille espèces d’oiseaux il ne s’en
trouve pas une seule qui ne possède une voix, mais il
n’en est pas moins vrai qu’il n’en est que doO environ
qui méritent le nom d 'oiseaux chanteurs, dans l’accep¬
tion véritable du mot, en d’autres termes, qui sont ca¬
pables de rendre des sons caressant notre oreille et nous
paraissant agréables, harmonieux. Brehm (1), dans son
livre sur les oiseaux chanteurs, n’en compte guère que
140 espèces. D’autre part, Cari Russ (2) dans le « Règne
des Emplumés » montre que les oiseaux qui chantent
n’occupent qu’une place restreinte parmi tous les oiseaux
existant en ce sens que le nombre de ceux-là est de
1,3 0/0, ce qui tendrait à démontrer d'ailleurs que les
oiseaux, en tant que chanteurs esthétiques, sont relati¬
vement très peu nombreux, presque rares.
Maintenant que nous connaissons le nombre total des
espèces d’oiseaux en général et celui des chanteurs en
particulier, la question qui se pose est celle de savoir
quel est le point du globe terrestre où il existe le plus
d’oiseaux chanteurs.
Il est à remarquer que les zones tempérées sont de
beaucoup plus riches en oiseaux qui nous occupent que
les tropiques et les régions polaires. C’est qu’en effet
tandis qu’en Afrique et Amérique tropicales le nombre
des oiseaux qui rendent des sons musicaux n’atteint
guère que des dixièmes pour cent, dans le climat tem¬
péré, au contraire, sur dix espèces d’oiseaux il y en a
une de chanteurs. C’est ainsi que Lequë en énumérant
les oiseaux de notre pays désigne le nombre total des
espèces par le chiffre 287 et celui des oiseaux chanteurs
par 30, de sorte que le nombre de ces derniers en France
est de 10,3 0/0. D’un autre côté, d’après les indications
données par M. Zograpli, il est à constater qu’en Russie
et plus particulièrement dans la zone moyenne les oi¬
seaux artistes se trouvent dans un nombre qui se rap¬
proche sensiblement de celui de la France.
D’une manière générale, presque tous les oiseaux
jouissant d’une voix musicale, harmonieuse, appartien¬
nent à l’ordre des passereaux, notamment au sous-ordre
(1) Aristotelcs. Historiée animalium, liber IV, 9. Avium gémis
vocale est. Potissimumque loquuntur cæ quibus aut inediocris
linguæ latitudo aut ipsa lingua tenuis est.
(2) Cari Russ. Vie gefiederte XVelt. Dresdcn und Leipzig,
1887-88.
LE NATURALISTE
234
des Oscines que l’on nomme oiseaux chantears pour les
distinguer des Clamatores ou oiseaux criards. Ceux-ci.
en raison du moindre développement de leur appareil
vocal, rendent des sons, des cris uniques, incohérents,
saccadés. Pour ce qui concerne les oiseaux ne faisant
par partie du groupe des Passereaux et qui n’en sont
pas moins capables de chanter plus ou moins agréable¬
ment, il convient de mentionner quelques Échassiers,
notamment plusieurs représentants de la famille des bé¬
casses (Scolopacides). Ces derniers rendent un siffle¬
ment qui rappelle sensiblement celui de la flûte piccola.
L’Agamy de Guinée que nos savants français ont baptisé,
à juste titre, du nom d’oiseau-trompette ( Psophia crépi¬
tons) donne des sons hauts et traînants dans le genre de
ceux que produit le trombone de basse; lui aussi doit
être rangé parmi les oiseaux chanteurs. Il est toutefois
à relater que dans les deux derniers cas, bien que les
sons se prêtent aisément à être saisis par notre oreille
et à la notation ou reproduction musicale, ils n’en de¬
meurent pas moins uniques, saccadés, en un mot, sont
loin d’être une de ces mélodies de longue durée aussi
délicieuses que variées que nous fournit de temps à
autre le rossignol ou l’alouette.
Ainsi que nous l’avons insinué plus haut, la faculté
des oiseaux chanteurs de varier leur voix et de fredonner
des airs plus ou moins musicaux est étroitement liée à la
constitution de leur appareil vocal. Cette dernière con¬
sidération a échappe aux anciens naturalistes pour avoir
admis à tort, avec Aristote, le père des sciences natu¬
relles, que la voix des oiseaux relevait directement de
la forme, de la longueur et de l’épaisseur de leur langue.
On comprendra facilement l'erreur des partisans d’Aris¬
tote lorsqu’on aura tenu compte de ce fait que les oi¬
seaux produisent leurs sons non pas dans cette partie
de la trachée qui, chez l’homme et les mammifères,
porte le nom de larynx, mais au niveau du point ou
celle-là se divise en deux branches (bronches) s’enga¬
geant réciproquement dans les poumons droit et gauche.
C’est ce point de la trachée qui joue un rôle capital en
l’espèce. Il ne serait peut-être pas inutile à l’effet de
mieux comprendre le mécanisme de la production des
sons chez les oiseaux, de dire un mot' sur ce que l’on
appelle larynx inférieur.
On sait que chez les animaux en question il existe
deux larynx dont l’un porte le nom de supérieur et
l’autre inférieur. Le premier, tout à fait rudimentaire, est
situé comme de coutume derrière la langue sur le plan¬
cher de la cavité buccale ; il est homologue aux larynx
des autres vertébrés sans toutefois être capable de pro¬
duire dessons et ne sert, somme toute, qu’à livrer passage
à l’air nécessaire à la respiration. En ce qui concerne le
larynx inférieur ou syrinx on lui reconnaît le rôle d’ap¬
pareil vocal et il doit être considéré comme une acqui¬
sition secondaire particulière aux oiseaux. Il est généra¬
lement situé au point de jonction de la trachée avec les
bronches, comme on peut le voir sur la figure ci-dessous,
rarement à l’extrémité postérieure de la trachée ou sur
les bronches mêmes. Dans le premier cas, qui est le plus
fréquent, c’est-à-dire lorsque le larynx est broncho-tra¬
chéen, l’union des anneaux supérieurs des bronches
avec la trachée est mobile et il existe un système de
muscles très compliqué, qui détermine la tension ou le
relâchement de membranes vibrantes (membranes tym-
paniformes internes et externes). Un point qui est aussi
à relever, c’est que l’extrémité inferieure de la trachée
présente une modification toute spéciale ; elle constitue
ce qu’on appelle le tambour. Celui-ci est très développé
chez les oiseaux aquatiques, par exemple les canards
mâles, et présente des dilatations asymétriques fonction¬
nant comme appareil résonnateur et que l’on désigne
sous le nom de tympan ou de labyrinthe. En outre, l’ori¬
fice inférieur du tambour qui conduit dans les bronches
est divisé dans l’immense majorité des cas par une lan¬
guette osseuse qui présente à ses deux extrémités anté¬
rieure et postérieure deux appendices recourbés vers le
bas et constitue de la sorte un double cadre sur lequel se
trouve tendu de chaque côté un repli de la membrane
tympaniforme interne (membrane vibrante interne).
Chez les oiseaux chanteurs il s’ajoute encore au-dessus
de la languette un pli semi-lunaire qui n’est autre chose
qu’un prolongement de la membrane vibrante. Pour
compléter la description de 'l’appareil vocal, disons que,
dans de nombreux cas, il se développe aussi sur le côté
interne du tambour, entre les deux derniers anneaux
trachéens le plus souvent, ou entre les deux premiers
demi-anneaux bronchiques, ce qui est rare, un autre
repli membraneux qui est connu sous le nom de mem¬
brane tympaniforme externe (membrane vibrante ex¬
terne).
Voyons maintenant, cela étant établi, quels sont les
éléments de l’appareil vocal que les oiseaux mettent en
jeu à l’effet de produire des sons, ceux-ci étant des mé¬
lodies ou bien des cris aigus, saccadés.
La majorité des physiologistes s'accordent à recon¬
naître que la voix des oiseaux est produite principalement
par les membranes résonnantes internes qui vacillent
en même temps que le pli semi-lunaire, grâce à l’ai r
expiré, et en partie par les vibrations des bords des
membranes tympaniformes externes. La participation à
la vibration de tel système de membranes ou de tel
autre, la résonance du son dans la trachée, dans les os
du creux et de la poitrine (chez la grue et le cygne),
Fig. 1. — Larynx inférieur ou Syrinx de Xenorhynclius sene-
yalemis (d’après G. von Hayek).
LE NATURALISTE
235
voilà de nombreuses causes ayant pour résultat la variété
«le timbres et de nuances que nous admirons dans le
chant des oiseaux.
Depuis une haute antiquité, à commencer par le nègre
fétichiste jusqu’aux artistes les plus éminents du monde
moderne, Ton s’inclinait devant l'art de ces petites créa¬
tures et on leur rendait hommage. Que de merveil¬
leuses œuvres d’art, dans le sens rigoureux du mot, a
inspirées ce délicieux concert de la nature ! Rappelons-
nous les cris sauvages de nuit entrecoupés par des lamen¬
tations des esprits de forêts ou de déserts dans les
« Troyens » de Berlioz, notamment le passage où Énée
et üidon courant cherchent à se mettre à l’abri des élé-
ments irrités. Rappelons-nous aussi le fameux Adagio
dans la sixième symphonie pastorale de Beethoven, avec
le coucou, le rossignol et la caille. Et le « Saint-Fran¬
çois » de Lizt, qui comprend si bien le langage des
•oiseaux ou le « Vogel als Prophet » (oiseau en tant que
prophète) de Schumann, de leur côté, ne sont pas dénués
d’intérêt non plus. Ce sont là des œuvres où les auteurs
se sont évertués à imiter non pas le chant de tel oiseau
ou de tel autre, mais la musique de la nature dans son
•ensemble. A côté de ces œuvres d’art il en est d’autres
où l’artiste imite d’une manière plus ou moins exacte,
d’autres fois avec quelques menus détails, le chant de
plusieurs oiseaux. C’est encore le rossignol qui a eu sous
ce rapport le plus de chances; ses trilles sont imitées
par Beethoven, comme nous l’avons mentionné plus haut,
dans sa symphonie pastorale, de même que dans le
« Méphisto-Walzer » de Lizt. D’après M. Zograph, le cla¬
quement du rossignol est très bien saisi dans la fameuse
romance de Davidoff « Et la nuit, et la lune, et
l’amour ».
Il en résulte donc qu’on ne manque pas de reproduc¬
tions musicales de différents chants d’oiseaux, mais il
est à constater qu’en raison de l’impossibilité de repro¬
duire exactement le timbre et certaines nuances, la
plupart de ces notations laissent à désirer.
Fig. 2. — Le chant de l’alouette, d’après Lequë.
Le plus heureux à c» point de vue se trouve être
« Lequë », et c’est pourquoi nous croyons à propos de
donner la musicue de 'alouette et du loriot, d’après
ce savant auteur.
(Les doubles lignes, séparant différents motifs de
chant de l’alouette et du loriot , indiquent que ces
mélodies sont chantées par les oiseaux en question, à
divers moments et en différentes circonstances.)
Que les oiseaux rendent des sons et des cris divers
suivant les circonstances où ils se trouvent, cela est
connu dès le début de l’existence de l’homme. Tout le
monde connaît que n’importe quel oiseau lorsqu’il pré¬
vient ses camarades du danger commun qu’ils courent,
crie d’une voix tout à fait différente de celle dont il les
convoque à partager sa proie abondante. Sa voix prend
un tout autre timbre lorsqu’il se met à tranquilliser la
femelle qui protège à son tour les petits en les recou¬
vrant de ses ailes. Prenons, par exemple, la grive. Comme
le pense M. Zograph, celle-ci dispose de sept ou huit
voix. C’est ainsi qne le mâle de la grive réserve son ail¬
le plus agréable pour le moment où il est en train de
faire son nid en compagnie de sa femelle. Dès que
celle-ci s’est installée dans le nid Ton remarque un chan-
Fig. 3. — Le chant du loriot, d’après Lequë.
gefnent de timbre dans les voix du couple, en ce sens
qu’elles deviennent à la fois plus rudes, plus aiguës, plus
saccadées. Quelque temps après avoir mis au monde les
petits, la femelle s’amuse à gazouiller un air doux, pro¬
tecteur, en donnant à sa progéniture certaines instruc¬
tions en ce qui touche l’art du vol, la façon dont il faut
chercher une bonne nourriture et un abri commode, etc.
Si, par malheur, un chasseur apparaît soudainement, la
femelle se met immédiatement à sonner l’alarme d’un
claquement caractéristique, afin de prévenir ses petits
du danger menaçant ; au cas où l’un des jeunes s’oublie
et ne fait pas autrement attention aux signaux de la
mère, celle-ci commence à craquer d’une voix haute et
non moins caractéristique. Enfin, la grive blessée rend
des sons et des cris hauts et glapissants, quelquefois
plaintifs, surtout lorsque l’oiseau est poursuivi par le
chasseur. Ce sont là des variations du chant des oiseaux
que les amateurs appellent la langue des oiseaux. Cette
particularité était déjà connue d’Aristote qui, dans son
Historia animalium, fait mention de plusieurs cas de la
vie des oiseaux où ils chantent et crient très fortement
et énergiquement (1).
Pour ce qui est des amateurs du chant des oiseaux, cer¬
tains d’entre eux, afin de provoquer des mélodies de
(1) Liber IV, cap. ix. Quædem quoque inter pugnandum voeem
edunt ut coturnix; alùc, cum pugnam incunt, provocantes
(ut perdrix ) : nonnullæ ctiam victoriam canunl, ut gallus.
Maris femimeque cantus in quibusdam idem est, ut lucineæ ;
sillet tamen femina. quam diu incubât pullosque cducat. Sunt
in quibus potius canal mas, quam femina, ut in gcncre galli-
nacco cl coturnicum : feminæ cnim non canunl.
236
LE NATURALISTE
plus on plus musicales et harmonieuses, s’évertuent à
varier de diverses façons les conditions d’existence de
leurs petites idoles. C’est ainsi que d’aucuns et principa¬
lement ceux qui cherchent à obtenir le chant du rossi¬
gnol font des crépuscules artificiels dans la cage du petit
chanteur, ce qui simule une lumière précédant le soleil
levant. Les amateurs du Harz, d’après M. Lenz de
Schnepf entai, distinguent pour les serins dix-neuf
manières de chanter dont chacune porte un nom spécial.
Le chant le plus recherché en Thuringe s’appelle
Schmalkader Doppelschlag (le double coup de Schmal-
kader); en outre, il est des airs de serins qui portent
respectivement les noms de Scharfer Weingesang (le
chant aigu de vin), de Reiter (écuyer), etc. M. Lenz, dont
l’autorité en cette matière ne saurait être contestée, pré¬
tend avoir constaté, à plusieurs reprises, que les oiseaux
d’une contrée déterminée sont capables d’apprendre les
airs d’autres oiseaux de passage, si bien qu’il n’est pas
rare de voir les oiseaux dont il s’agit oublier le chant
qui leur est propre et chanter sur celui de leurs voisins
passagers. Voici un fait qui semblerait corroborer la
manière de voir de M. Lenz : En 1832, les serins du Harz
ont reçu la visite des oiseaux de Thuringe dont le chant,
très réputé d’ailleurs, est connu sous le nom de « Thu-
ringer Weida ». Au bout d’un certain temps relativement
très court, on n’entendait guère le chant caractéristique
des sei'ins du Harz. C’est que ces derniers ont commencé
par imiter certaines notes de leurs hôtes et ont fini par
adopter tout à fait l’air de « Thuringer Weida » et oublier
le leur.
Ou sait que la faculté des oiseaux de s’approprier le
langage de leurs confrères s’explique par ce fait que cer¬
taines espèces jouissent de la propriété d’imiter des sons
musicaux, des cris et des chants d’autres espèces d’oi¬
seaux ou animaux, voire môme le langage de rkomme,
comme nous l’avons fait remarquer dans notre première
étude sur la musique de la nature (1). Nous n’avons pas
l’intention de conter certaines histoires et anecdotes sur
les perroquets et les étourneaux parlant; nous nous bor¬
nerons seulement à faire observer que le nombre des
oiseaux capables d’imiter des sons musicaux et le lan¬
gage n’est pas si considérable qu’on le croit d’ordinaire,
A part la fameuse grive persifleuse ( Mimis polyglottus )
habitant la moitié méridionale des États-Unis et le
Mexique, qui se distingue, elle, par ses facultés d’imita-
lionles plus prononcées, et l’oiseau flûte d’Australie
( Gymnorhina tibicen), qui est à même d’apprendre à imi¬
ter non seulement des sons uniques, des cris, mais aussi
des chansons tout entières en leurs menus détails,
M. Lequë ne compte guère que sept oiseaux bons imita¬
teurs, en ce qui concerne la France.
A en croire plusieurs amateurs, très réputés du reste,
il y aurait moyen de développer considérablement les
facultés musicales et artistiques des oiseaux : l’on n’au¬
rait. qu’à élever ceux-ci en compagnie de bons chanteurs
pour arriver à transformer de fond en comble leur chant
ordinaire. C’est ainsi que le fameux menuisier de Paris
M. Chrétien est parvenu à modifier considérablement la
voix des alouettes qu’il élevait à partir de 1832. Au bout
de vingt-six ans, car c'est en 1878 qu’ont, été publiées les
observations de Chrétien, il apu constater que chaque nou¬
velle génération de ses alouetl esavait acquis une nuance
particulière dans son chant, et cela crescendo d’une géné¬
ration à l’autre, si bien que la voix des dernières alouet¬
tes, en tant que mélodie et timbre, ne rappelait en rien
celle de leurs ancêtres.
J. Gutman.
LA TISCHERIA COMPLANELLA, Hubn.
Microh’pidoptèrc , section des Tinéinêes.
Le chêne, ce roi des forêts,, comme on se plaît à l’ap¬
peler, nourrit une multitude d’insectes de toutes sortes,
soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de ses organes. Parmi
ces hôtes intéressés, il en est un dont la petitesse n’attire¬
rait guère nos regards, s’il ne décelait sa présence à l’état
de chenille, par les taches dont il souille les feuilles du
géant majestueux. C’est l’infime petit papillon qui a reçu
le nom de Tischeria complanella Hubn.
En parcourant aux mois de septembre et d’octobre les
bois où le chêne croît abondamment, on sera certaine¬
ment frappé de s’apercevoir qu’un grand nombre de
feuilles ont leur surface maculées de taches blanchâtres
ou de couleur feuille morte. Ces taches sont déterminées
par la disparition de la substance verte ou parenchyme
de la feuille, dont l’épiderme est conservé sur les deux
faces. La même feuille porte souvent plusieurs de ces
taches, vers le centre desquelles se trouve une plus pe¬
tite tache ronde très nettement accusée, plus blanche que
le reste de la surface jaunie. En regardant par transpa¬
rence une feuille ainsi souillée, c’est-à-dire en l’exposant
entre l'œil et un endroit du ciel bien éclairé, on aper¬
cevra, ordinairement dans la petite tache ronde, une
toute petite chenille courbée en cercle : c’est la chenille
de la Tischeria complanella (Hubn.), qui vit en mineuse
dans l’intérieur de la feuille, qui l’a réduite à cet état
misérable et l’a fait se dessécher ainsi, longtemps avant
l’époque où les feuilles jaunissent.
Ouvrons la mine creusée par la petite chenille et exa¬
minons avec soin l’auteur du dégât que nous mettons
ainsi en lumière. C’est un petit ver jaune clair de a à
6 millimètres de longueur, dont les segments sont très
nettement séparés par un étranglement. La tête est
brune et triangulaire : elle s’enchàsse en quelque sorte
dans le premier segment très large, coupé carrément en
avant, dans lequel elle peut s’enfoncer presque entière¬
ment : les autres segments vont ensuite en décroissant
du troisième au dernier dont l’extrémité est ordinaire¬
ment brune : ce dernier segment est bien plus étroit que
les autres. La tête affecte quelquefois l’apparence cordi-
forme : les mandibules sont fortes, assez saillantes et
très distinctes : le milieu du premier segment est brun
clair : le Canal alimentaire se détache en brun sur les
derniers segments. La chenille est apode, un peu apla¬
tie, composée de douze segments non compris la tête: le
dessous est semblable au-dessus : les deux derniers seg¬
ments se distinguent peu l’un de l’autre : lu troisième
est le plus large de tous.
Cette chenille vit ainsi dans la feuille ; on la trouve
très fréquemment à l’automne dans sa mine où elle
passe l’hiver, que la feuille reste attachée à l'arbre ou
qu’elle soit emportée par le vent d’automne. Quelque¬
fois on voit sur la même feuille plusieurs mines ayant
toutes leur cellule blanche et ronde ; d’autres fois on
voit une seule mine occupant la plus grande partie
de la feuille, mais avec deux, trois, quelquefois
quatre cellules, dans chacune desquelles une chenille.
(1) Voir le Naturaliste du 1" janvier.
LE NATURALISTE
237
Ces cellules n’existent pas toujours au commencement
de la vie de la chenille ; au mois d’août on voit souvent
la mine occupée par la chenille sans qu’il ait de cel¬
lule ronde. Pendant le mois d’octobre la chenille a at¬
teint tout son développement et elle se tient immobile
dans la mine : mais au mois d’août on peut la voir man¬
ger, en regardant la feuille par transparence. Lorsque
les feuilles jaunissent et tombent, la mine est moins vi¬
sible, mais la tache blanche ronde est toujours bien dis¬
tincte. Dans certains bois un très grand nombre de
feuilles sont habitées par les Tischerias ; dans d’autres au
contraire, on en trouve très peu. La chenille passe l’hiver
dans sa cellule ronde où elle demeure engourdie, ne
faisant de mouvement que si on la touche, et courbée en
cercle. On peut ramasser des feuilles tombées où la che¬
nille se conserve tout aussi bien que dans celles qui
persistent et demeurent attachées à l’arbre. Ce n’est que
pendant le mois de mai que la chenille se métamorphose
en chrysalide. Pourtant on trouve encore des chenilles
non chrysalidées et vivantes, à la fin de juin, dans les
feuilles recueillies en novembre ; mais probablement,
ce sont des chenilles peu vigoureuses, qui n’ont pu su¬
bir la métamorphose et qui finissent par mourir sans se
chrysalider.
Lanymphose dure environ quinze jours etl’insecte éclôt
dans le milieudejuin, laissant l’enveloppe de la chrysalide
engagée dans l’épiderme qui constitue la cellule ronde.
Cette chrysalide est d’un brun fauve et longue d’environ
trois millimètres à quatre. Quelques chenilles plus pré-
Fig. 1. Feuille de chêne minée par la chenille de Tischcria
complanclla. — Fig. 2. Chenille de Tischeria complanella
très grossie. — Fig. 3. Tischeria complanclla (très grossie).
coces se chrysalident dès le mois d’avril, mais généralement
pour celles-là la nymphose dure un peu plus longtemps.
11 y a du reste bien certainement deux générations par
an de ce petit papillon. J’a. en effet recueilli dès les pre¬
miers jours d’août des feuilles minées renfermant dans
leur cellule ronde des chrysalides, qui quelques jours
après m’ont donné le papillon. Dans le mois de juillet
même j’ai pris des papillons, mais il n’est pas certain,
que ce ne fussent pas des insectes de l’année précédente
éclos un peu tard au mois de juin. Quoi qu’il en soit, la
génération qui éclôt en juillet ou août, paraît être bien
moins abondante que celle qui passe l’hiver à l’état de
chenille et qui n’éclôt qu’au printemps. Au mois d’août,
on aperçoit peu de feuilles minées par les Tischeria. bien
que beaucoup de feuilles de chêne soient alors minées
par des chenilles de Lithocollet is, de Gracilaires et
d’autres espèces mineuses. On trouve du reste pendant
les mois de juin, juillet, août, un grand nombre de
feuilles minées qui sont déjà abandonnées par les hôtes
qui les ont habitées. Mais c'est au mois d’août seulement
qu’on commence à trouver dans les mines faites par les
Tischeria complanclla, des chrysalides vides, le papillon
étant éclos. Puis peu de temps après on voit de nouvelles
mines qui se forment et dans lesquelles on peut obser¬
ver les chenilles pendant les mois de septembre, oc¬
tobre et novembre. Ces chenilles ont quelquefois au¬
tour d’elles de petits grains noirs, qui ne sont autres que
leurs excréments et qui serviront avec quelques fils de
soie à confectionner le petit cocon léger qui enveloppe¬
ra la chrysalide.
Le papillon a de huit à neuf millimètres d'envergure.
Les palpes sont grêles et très petites ; la trompe est
longue et très élargie à la base : la face est nue ainsi que
le front, mais la tête porte des poils ou écailles : les an¬
tennes sont assez longues et annelées. La tète, le corse¬
let et les ailes supérieures, sont d’un jaune d’ocre doré
uni, sans taches ni dessins, seulement un peu plus clair
au bord interne des ailes. La frange très longue est de la
| même couleur, un peu grisâtre : le dessous des ailes su¬
périeures est d’un gris noirâtre, passant au jaune vers le
bord externe : les secondes ailes très étroites cultri-
l'ormes, à frange très longue, sont d’un gris noirâtre en
dessus et en dessous : l’abdomen est de la couleur des
ailes inférieures : les pattes sont à. peu près de la cou¬
leur des ailes : les tibias postérieurs portent de longs
poils argentés.
Bien qu’enfermées dans leur mine, les chenilles de
Tischeria ne sont pas à l'abri de leurs ennemis; elles sont
souvent dévorées par des parasites qui vivent dans leur
intérieur et de leur substance, sans cependant arrêter
leur développement. On trouve souvent, à côté de la
Tischeria en chrysalide, la nymphe d’un très petit h y-
ménoptère Chalcidite, qui donne un très petit insecte à
quatre ailes hyalines sans nervures, les ailes supérieures
munies seulement d’un très court rameau partant de la
côte. Ce parasite est d’un vert doré brillant et métal¬
lique ; la tête noire, les antennes noires aussi, coudées et
composées d’articles assez gros ; les pattes noires à ge¬
noux et quelques autres parties blanchâtres. Lorsqu’on
trouve dans la mine la chrysalide de ce parasite à côté
de celle de la Tischeria, il est inutile d’attendre l’éclosion
de celle-ci, sa substance a été dévorée par la larve du
Chalcidite.
La Tischeria est encore souvent victime d’un autre pa¬
rasite, un Braconide, dont on trouve aussi le cocon desoie
238
LE NATURALISTE
blanche dans la mine, où la larve a dévoré la chenille de
laTischeria,
La chenille de' Tischeria complanella paraît vivre aussi
dans la feuille du charme.
E. Pissot,
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 31 août 1891. — M. Ad. Chalin présente à l’Aca¬
démie le dernier fascicule de la partie de son Anatomie com¬
parée des végétaux, partie relative aux Phanérogames para¬
sites. Il en prend occasion pour indiquer quelques-uns des
résultats de ses recherches. Dés 1840, dans sa Thèse inaugu¬
rale à l’École de pharmacie, il faisait déjà ressortir l’utilité de
l'application de l’Anatomie végétale à la diagnose des familles,
des genres et des espèces. L’auteur le prouve en empruntant
des citations à son dernier travail sur les Parasitos„ll passe
en revue un certain nombre de familles, qu’il serait trop long
d’énumérer et dans lesquelles on a pu établir des divisions
bien fondées sur des caractères anatomiques intéressant les
différents tissus. L’auteur termine en faisant remarquer les
immenses services qu’a rendus l’étude de l’anatomie des végé¬
taux appliquée à la classification et qu’elle est appelée à rendre
encore malgré l’opinion émise autrefois par les maîtres do la
science, qui, après les tentatives infructueuses de Mirbel,
déclaraient qu’ori ne pouvait pas suivre les zoologistes dans
cette voie.
Séance du 7 septembre. — Note de M. A. Chauveau sur la
fusion des sensations chromatiques perçues isolément par
chacun des deux, yeux. Cette fusion répond à un fait réel
comme l’avaient pensé Foucault et Régnault. L’auteur décrit
longuement les expériences qu’il a faites avec un appareil sté¬
réoscopique, en prenant toutes les précautions nécessaires
pour empêcher l’antagonisme des champs visuels qui fait pré¬
dominer alternativement la sensation de l’un des deux yeux.
C’est pour n’avoir pas tenu compte de cet antagonisme que
Helmholtz concluait que la fusion des couleurs n’était qu’une
apparence, un acte de jugement se produisant à un moment
donné de la lutte des deux champs visuels. — M. Duchartre
présente une note de M. Pierre Lesage sur la quantité d’a¬
midon contenue dans les tubercules du radis. Le radis pris au
moment où on le consomme d’ordinaire contient peu ou point
d’amidon. Il en est tout autrement lorsque la plante est sou¬
mise à des arrosages salés ; l’amidon so développe alors dans
le tubercule et le maximum se rencontre dans les cultures
aiTOsées avec de l’eau contenant 5 grammes pour 1000 de chlo¬
rure de sodium. Les radis arrosés à 20 grammes pour 1000
étaient tués par le sel.
A. E. Malard.
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G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYR0LLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13" ANNÉE
2* Série — RI* 1 1 l
13 OCTOBRE 1891
COLONIES HIBERNANTES DE CHAUVES-SOURIS
Chacun sait que l’on trouve quelquefois des Chauves-
Souris hivernant en colonies plus ou moins nombreuses
dans des grottes, des carrières souterraines, des souter¬
rains, etc., fait observé chez différentes espèces de ces
animaux si curieux. Mais c’est particulièrement dans les
légions méridionales de la France, pour ne parler que
de ce pays, qu’on voit de telles colonies, parfois compo¬
sées de plusieurs milliers d individus dormant les uns
plus ou moins près des autres.
Dans la Normandie, où j’habite, je n’ai observé l’hiver¬
nage des Chauves-Souris en colonie, malgré denombreuses
recherches chiropte'rologiques, que dans deux carrières
souterraines calcaires, situées dans le département de
l’Eure : à Pont-Audemer, et à Saint-Samson-de-la-Rocque,
commune si¬
tuée dans les
environs de
cette ville. En
oùtre, ces co¬
lonies n’é¬
taient com¬
posées que
d’une seule
espèce : le
Rhinolophe
grand-fer- à -
cheval ( Rhi-,
nolophui-fer-
rum-equinum
Schreb.), qui
est, avec le
Vespérien
pipistrelle
( Vesperugo
pipistrellus
Schreb.) ,
plus com
mun des Chi- Colonie de chauves-souris (Rhinolophe gr.
roptères uor-
mands ; et le
nombre des individus formant chacune de ces
ne dépassait point 180.
Comme simple curiosité d’Histoire naturelle, j’ai eu,
cette année, la fantaisie de photographier quelques-unes
de ces colonies. Cela peut-être a déjà été fait, mais, à
ma connaissance, on n’a pas encore publié une telle pho¬
tographie.
Si, dans certaines conditions, photographier une colo¬
nie de Chauves-Souris plongées dans le sommeil hibernal
ne jprésente pas de difficulté, je puis dire qu’il n’en a pas
été de même pour moi. Il m’a fallu gravir, avec d’en¬
combrants appareils, une côte très rapide, puis les in¬
troduire un à un dans la carrière souterraine, en ram¬
pant et à reculons, pendant une petite distance, avant
d’arriver dans les différentes chambres. Quant à la mise
au point, — rendue fort difficile par suite de la presque
impossibilité d’approcher une lumière tout près de ces
animaux, qui alors se réveillent et ne tardent pas à s’en¬
voler, — et aux autres manipulations, je puis affirmer
qu’elles ne s’effectuent pas avec la même aisance que dans
un atelier de photographe. J’ajouterai que les colonies en
question étaient, sauf celle représentée par la figure,
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
sur un fond quelque peu sombre, parsemé de silex noirs,
de telle sorte que les Chauves-Souris ne s’y détachaient
pas d’une façon nette.
La ligure 1, obtenue directement sur une de mes pho¬
tographies, représente une colonie du Rhinolophe grand-
fer-à-cheval composée d’environ 80 individus. J’ai pho¬
tographié, le 12 mars 1891, cette colonie, qui passait
la saison froide suspendue au plafond d’une chambre
basse, dans une carrière souterraine calcaire, à Saint-
Samson-de-la-Rocque (Eure) ; j’ai pris mes photographies
avec un objectif grand angulaire de Steinheil, et par un
éclair magnésique puissant, produit avec de la poudre
de magnésium pure brûlant subitement dans la flamme
d’une lampe à alcool spéciale.
Pour ainsi dire le seul intérêt de la ligure 1 réside dans
son originalité. Je voudrais qu’elle engageât plusieurs
personnes compétentes, placées dans des conditions bien
que celles où
je me suis
trouvé, à
prendre des
photogra -
pliies de ces
animaux bi¬
zarres, dor¬
mant en co¬
lonies. Il y a
là un intéres¬
sant sujetd’é-
tudes photo¬
graphiques.
J’ai cons¬
taté que le
Rhinolophe
grand-fer- à -
cheval hiver¬
ne parfois ,
dans une mê¬
me carrière
carrière calcaire, souterraine ,
à l’état isolé
et à l’état co.
lonial; les colonies étant composées de mâles et de
femelles. Pourquoi? Est-ce parce que tel et tel endroits
leur plaisent d’une façon toute particulière, bien que
ces endroits ne m’aient paru offrir absolument rien de
spécial ; mais alors pourquoi ne s’y réunissent-ils pas
tous?Est-ce uniquement une question de caractère, les
uns étant très sociables et les autres aimant la soli¬
tude ? Est-ce le résultat de disputes ? Je ne sais.
Au cours de la saison froide, les Rhinolophes grand-
fer-à-cheval dormant en colonie se réveillent à certains
moments, — il en est de même, évidemment, des indi¬
vidus isolés, — et se transportent dans un autre endroit
de la carrière souterraine ; mais j’ignore si tous les in¬
dividus, isolés et groupés, se déplacent, et si la colonie,
reformée sur un autre point, se compose de la totalité
des individus qui la formaient précédemment ou même
d’un nombre plus élevé. Je suis porté à croire, sans
toutefois le prétendre, que les colonies reformées sont
moins nombreuses en individus qu’elles ne l’étaient au¬
paravant.
Mon excellent ami M. A. Duquesne, savant botaniste
à Pont-Audemer (Eure), a bien voulu m’accompagner
LE NATURALISTE
240
dans cette fatigante excursion, "en m’aidant avec une
grande obligeance. Qu’il reçoive, à cet égard, mes très
vifs remerciements.
Henri Cadeau de Kf.r ville.
LA DESTRUCTION DU YER BLANC
Quand le Hanneton n'est, pas victime des espiègleries des
écoliers, et que la main de l’homme n’entrave pas l’œuvre de
la nature, il ne meurt pas sans laisser derrière lui une nom¬
breuse postérité ; il s’accouple, et la femelle dépose dans la
terre le fruit de ses courtes amours.
Ce sont les futurs vers blancs que les agriculteurs appellent
tantôt turcs, tantôt mans, meunier, etc... Les ravages qu’ils
causent en France s’élèvent annuellement à près de trois cents
millions de francs. Ce n’est pas, comme on voit, une bagatelle.
Les vers blancs s’attaquent aux racines des arbres fruitiers,
des salades, des fraisiers, et font leur régal des pommes de
terre et des betteraves. Les prairies auxquelles ils s’attaquent
ont bientôt fait de perdre leurs vertes couleurs, et les jardins
qu’ils visitent prennent un aspect désolé. Pendant deux ans,
ils exercent leur dévastation; constamment en mouvement,
remontant à la surface du sol, et s'enfonçant de nouveau dans
la terre, suivant les saisons. Puis, leur dernière course ache ¬
vée, le ver se change eu nymphe, pour se transformer enfin en
Hanneton.
Jusqu’à présent, c’est seulement dans cè dernier état qu’il
était possible de l’atteindre et de lui faire la guerre. Des syn¬
dicats, dits de hannetonnage s’étaient formés, et de véritables
battues étaient organisées. On secouait les arbres sur lesquels
ils se réfugient, et les hannetons, en tombant, étaient ramassés
à pleines poignées. Mais, hélas ! ils ne mouraient pas tous,, et
il suffisait qu’un petit nombre survécût pour qu’une génération
nouvelle naquît, prête à venger, sur les cultures inolïensives,
ses ancêtres massacrés.
Le hannetonnage, tout#en ayant du bon, n’était donc qu un
palliatif. 11 atténuait le mal sans le guérir.
Nos savants viennent de trouver un véritable remède.
Un jour de l’an dernier, le président du syndicat du hanne¬
tonnage de Goiron (Mayenne), trouve dans un champ un ver
malade. Il se rappelle qu’un chimiste lui avait dit que les vers
blancs pouvaient bien souffrir d’une maladie, et que si 1 on
arrivait à découvrir des vers malades, les procédés scienti¬
fiques enseignés par Pasteur permettraient sans doute d’utiliser
cette maladie pour en répandre les germes dans les champs
infestés et contaminer les vers blancs.
M. Le Moult s’en alla donc porter ses vers atteints do ma¬
ladie aux mycologues de Paris. M. Giard, de l’Ecole Normale,
MM. Prillicux et Delacroix, de l’Institut agronomique, les exa¬
minèrent, les retournèrent en tous sens, et, finalement, décla¬
rèrent que la maladie était un champignon parasite, qu’ils
baptisèrent Botrytis tenella.
Ainsi muni d’un état civil, le champignon parasite ne devait
pas rester longtemps sans rencontrer des âmes charitables
pour s’intéresser à son sort.
Au lendemain des communications faites a l’Académie des .
sciences par les savants, MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des
Ecoles, entreprirent dans leur usine la culture en grande .sur¬
face du précieux parasite, et ils sont arrivés aujourd’hui a
fournir aux agriculteurs les spores qui tuent le ver blanc, sous
une formé pratique et' d’un usage facile.
Ces spores sont renfermées dans des tubes en verre (1).
Voici la façon de procéder :
1° Prendre une centaine de vers blancs ri 1rs mettre dans
un plat r II terre ou en l'aimer, d’assez grande dimension ; le
fond du plat doit être tapissé d’une couche de terre ou de
sable d’environ un centimètre d’épaisseur et légèrement hu¬
mide ; l’enterrer dans un endroit frais à l’ombre.
2° Pulvériser très finement, entre les doigts, le contenu du
tube, et le répandre sur les vers blancs contenus dans le plat.
Les fragments qui ne s'écraseraient pas sous le doigt, seront
mélangés avec un peu de terre humide, et seront répandus sur
les vers. Chaque ver doit être touché, par la poudre.
3° Recouvrir le. plat avec des planches sur lesquelles on
étend des linges humides, ou mieux de la mousse mouillée.
(1) Chaque tube coûte' G francs, en vente aux bureaux du
journal.
4° Au hout do six heures, les vers sont atteints de la ma¬
ladie. On les prend un à un et on les disperse dans différentes
parties du champ, à environ 20 centimètres dans le sol, en
évitant de les endommager. On les enfonce légèrement en les
recouvrant de terre. Choisir de préférence lès endroits les
plus attaqués par les vers blancs pour y placer les vers blancs
malades.
Il est bon de conserver quelques-uns des vers qui se sont
trouvés dans le plat; dans ce but, les placer dans un pot à
fleurs avec de la terre humide. Les vers doivent, au bout de
quinze jours, être morts, gonflés et d’une nuance rose clair.
On voit que c’est assez simple, et qu’il n’est pas nécessaire
d’ètre un grand clerc pour débarrasser les champs et les jar¬
dins des terribles ravageurs qui sont les vers blancs. Un peu
de soin, d’application, de persévérance, il n’en faut pas plus
pour utiliser une des plus belles conquêtes de la science, que
des industriels bien outillés ont su mettre à la portée de tous.
Tous ces efforts, si heureusement combinés, sont une nou¬
velle manifestation de ce que peut Taire l’industrie mise au
service de la science, et sont bien faits pour provoquer l’admi-
Car tout cela est vraiment admirable.
La découverte elle-même, et la rapidité avec laquelle elle a
été mise au point, et les expériences faites d’après des mé¬
thodes si rigoureuses, qu’elles ne laissent aucune place à l’in¬
certitude ou au doute, voilà une belle page à ajouter à l’histoire
de cette fin de siècle !
UTILISATION DE L’ALFA
Dans deux articles précédents nous avons exposé les
caractères botaniques de l’Alfa et les diverses phases de
son exploitation. Il nous reste aujourd’hui à étudier la
structure des feuilles, les caractères morphologiques des
fibres et les usages auxquels elles sont propres.
La feuille sèche d’Alfa telle que le commerce nous la
Fig. 1 . — Coupe d’une feuille d’Alfa.
livre est à peu près cylindrique, par rapprochement des
deux bords, de telle façon qu’une section transversale
de cette feuille présente le contour reproduit par la
figure 1. On voit que la face inférieure ne présente au¬
cune saillie tandis qu’à la face supérieure se dessinent
très nettement 7 nervures principales séparées par des
sillons profonds. L’épiderme de la face inférieure est
lisse et dépourvu de stomates ; celui de la face supé¬
rieure est au contraire hérissé de poils et présente des
stomates sur les côtés des nervures, dans les points où
le tissu fibreux fait défaut sous l'épiderme. Dans
chaque nervure principale on rencontre un gros fais¬
ceau libéro-ligneux avec généralement quatre plus petits.
Ces faisceaux sont englobés dans un tissu fibreux qui
réunit celui de la face supérieure à celui de la face infé¬
rieure. La feuille possède ainsi pne charpente fibreusq
LE NATURALISTE
241
très développée; mais, comme l’a montré M. Trabut, cette
charpente s’arrête au niveau de l’insertion du limbe sur
Fin-, 2. — Partie de la section transversale d’une feuille d’Alfa.
la gaine, ce qui permet la désarticulation des feuilles en
ce point.
L'épiderme est formé de cellules allongées alternant
avec des cellules plus courtes. Les cellules allongées
dessinent des rectangles dont le côté le plus long est
parallèle à l’axe de la feuille. Ces cellules sont d’ailleurs
reconnaissables à leur membrane très inégalement
épaissie et non pas plissée comme on le dit à
tort. Ce caractère ne manque pas d’une certaine im¬
portance car on retrouve un grand nombre de ces
cellules épidermiques avec des fibres dans les pâtes à
papier, ce qui permet d’y reconnaître la présence de
l’Alfa; elles ont en moyenne une longueur de 70 n,
et environ il à 12s*, de largeur. Avec ces cellules on
retrouve aussi parfois des poils de la face supérieure ;
ils sont lignifiés comme l’épiderme et présentent géné¬
ralement une extrémité un peu recourbée.
Le tissu fibreux de la feuille d’Alfa comprend deux
sortes de fibres : les unes situées directement sous l’é¬
piderme sont complètement lignifiées ; les autres situées
plus profondément f f sont presque complètement, cel¬
lulosiques ; mais la substance qui les réunit est ligni¬
fiée de telle façon que si on traite une section transver¬
sale par le chlorure de zinc iodé ou le chlorure de calcium
iodé on distingue nettejnent un réseau jaune (lignifié)
englobant les fibres cellulosiques. Il y a d’ailleurs tous
les passages entre les fibres lignifiées et les fibres cel¬
lulosiques.
Au point de vue de la forme les fibres d’Alfa repré¬
sentent assez bien des fuseaux à pointes plus ou moins
émoussées ; les extrémités ramifiées m’ont paru très
rares. Sur 10 mesures les longueurs des fibres isolées
ont été 1 ,680 h-, i ,380 f-, 920 n, 756 |r, 1,860 l,320n,
1,560iil, 1,800 [i, 2,040 |i, 1,440 (i. La moyenne de ces
nombres est de 1,485 (i, c’est-à-dire environ lmm. 5,
Ces fibres ont une section polygonale et le plus grand
diamètre, au milieu de la longueur, est d’environ 10
à 13 [i. Leur membrane est très épaisse et assez souvent
le canal intérieur est à peine visible.
Comme on le voit par les chiffres cités plus haut, la
faible longueur des fibres d’Alfa ne permet pas de les
employer pour le tissage à l’état isolé ; ce qu on utilise
ce sont des faisceaux de fibres et non des fibres bien
séparées.
Les industries qui emploient l’Alfa peuvent l’utiliser
à l’état naturel pour la sparterie, les nattes, la vannerie,
les chaussures, etc., ou bien à la suite d’un rouissage in¬
complet les tissus non fibreux sont désorganisés tandis
que les fibres incomplètement séparées forment des
faisceaux qui seront utilisés pour faire des cordes, des
tapis, des tentures et des étoffes ; malheureusement ces
tissus sont incapables de résister aux lessives alcalines
qui dissocieraient complètement les fibres. Enfin pour la
fabrication des pâtes à papier les fibres sont complète¬
ment dissociées par des agents tels que la soude après un
traitement mécanique préalable.
C’est incontestablement la papeterie qui utilise la
plus grande quantité d’Alfa. Ce textile donne en effet un
papier souple, soyeux, léger, faisant matelas sous les ca¬
ractères d’imprimerie, .ce qui est une qualité fort re¬
cherchée et n’ayant ni la sécheresse ni la sonorité désa¬
gréable du papier de paille. C’est à l'emploi de la pâte
d’alfa qu’est due la supériorité reconnue des papiers
d’impression anglais. 11 en entre une grande quantité
dans l’excellent papier du Times.
Malheureusement l’industrie française ne peut guère
recourir à l’utilisation de ce succédané du chiffon, car la
soude et le chlorure de chaux nécessaires au traitement
de l’Alfa pour la préparation de la pâte à papier sont à
un prix trop élevé. Malgré ces conditions défavorables il
existe dans notre pays quelques établissements où l’on
prépare des pâtes d'Alfa pour des papiers de luxe. En
Angleterre le prix de revient de cette pâte est notable¬
ment inférieur à celui de la pâte de chiffons, aussi pres¬
que tout l’Alfa d’Algérie est-il transporté dans ce pays.
C’est ainsi que pour l’année 1887 sur 83,000 tonnes ex¬
portées d’Algérie, 75, 000 étaient destinées à l’Angleterre,
2,600 à la France, 3,300 à l'Espagne, 800 au Portugal et
1,300 à la Belgique.
L’étendue de l’article que nous avons consacré à l’Alfa
serait évidemment exagérée si nous avions eu seulement
pour but de prouver que cette matière première ne
peut être utilisée chez nous. Ce que nous avons voulu
montrer, c’est que l’Algérie renferme une mine d’Alfa,
que des milliers d’hectares sont menacés d’une non-
exploitation parce que l’Angleterre est à peu près
l’unique pays d’exportation, et que les indigènes ne ver¬
ront malheureusement pas accroître une source de
revenus qui n’était pas négligeable. Par contre les in¬
dustriels français fabriquent du papier avec les pâtes de
bois, souvent de provenance étrangère — la Suède et
surtout la Norwège nous en expédient des quantités con¬
sidérables — alors que l’Alfa de notre colonie devrait
venir tout naturellement à leurs usines. Et tout ceci pour
une seule raison : parce que les produits chimiques né¬
cessaires, soude et chlorure de chaux, sont à un prix
trop élevé. C’est encore un des mille exemples des in¬
convénients que présentent les tarifs protecteurs mal
étudiés: en protégeant une industrie on en détruit une
autre.
Henri Lecomte.
242
LE NATURALISTE
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Pliægoptera Minerva, n. sp. 65 millimètres. Très voisin
de Phægoptera Mansueta Edwards (Biol. Centr. Ann. pl. 10,
fig. 1)., mais de taille plus petite. Les supérieures, semi-
transparentes, d’un gris terreux, ont les nervures bien indi¬
quées et de teinte plus foncée; leur base est ornée de trois
petites touffes de poils, les deux supérieures. de teinte orange,
l’inférieure blanche; un peu plus loin, Taile est traversée par
une première bande irrégulière, puis immédiatement par une
seconde plus large, toutes deux s’arrêtant à la sous-médiane;
puis vient une troisième bande plus pâle, suivie d’une qua¬
trième mieux marquée', lesquelles atteignent le bord interne.
Toutes ces lignes sont plus fortement indiquées à la côte.
Enfin, une large bande arrêtée à l’intérieur par une ligne dé
zigzags plus foncés, longe le bord terminal. Franges noirâtres,
coupées de jaunâtre à l’extrémité de chaque nervure, dessous
comme le dessus, mais plus pâle. Inférieures transparentes,
finement bordées de brun sur la moitié apicale et ayant une
frange jaunâtre. Palpes, tète et collier noir et orange; ce der¬
nier, marqué en outre de deux points blancs. Ptérygodes orange
bordés de noir et entourés de poils blancs; thorax brun clair.
Abdomen jaune rougeâtre en dessus, bordé de chaque côté
de cinq taches, en formes de coin, blanches, cerclées de noir ;
blanc laiteux en dessous, où. il est, en outre marqué de deux
séries de taches jaunes entourées de noir. Une Ç très fraîche,
provenant des environs de Loja, 1891).
Pluegoptera Ergana, n. sp. o ’ 3a à 39 millimètres, Ç 60
à 64. Les supérieures, transparentes au milieu, n’ont aucun
dessin et sont simplement recouvertes de fines écailles jaune
dore, plus densess sur les bords et garnissant bien la moitié
extérieure de Taile. (Il est probable qu’au moment de l’éclosion,
les écailles recouvrent également la partie centrale, mais en dis¬
paraissent au moindre mouvement des ailes.) Inférieures trans¬
parentes, également un peu plus opaques à leurs extrémités.
Nervures jaunes aux quatre ailes. Franges concolores. Antennes
jaunes, plus fortement pcctinées chez le a”. Cuisses de la pre¬
mière paire et dessus du corps d’une belle teinte rouge rosé ;
palpes rouge et jaune ; front, collier et ptérygodes jaunes semés
de quelques poils rouges ; pattes et dessous de l’abdomen jaunes. .
Derniers anneaux de l’abdomen marqués sur les côtés de touffes
de poils, jaunes, notamment dans la Ç j où ces touffes sont en
outre finement bordées de noir. Deux ’çf et trois 2 des envi¬
rons de Loja, 1S90.
Phægoptera Medica, n. sp. 66 millimètres. Dessus des
supérieures brun foncé; avec quelque attention, on distingue
en teinte sombre une tache discoïdalc, et en dehors de la
cellule, une bande transversale, toutes deux fondues dans la
teinte générale de l’aile; puis aussi quelques traces de traits
ochres sur les nervures. Dessous des supérieures de teinte uni¬
forme et mate. Inférieures semi-transparentes au milieu, grises,
plus sombres sur les bords. Franges concolores. Palpes, tète et
antennes brunes. Collier, dessous du thorax et dessus du corps
rouge rosé et garnis de poils couleur brique. Ptérygodes recou¬
verts de longs poils jaunes ochracés. Pattes et dessous de
l’abdomen noirs. Derniers anneaux de l'abdomen noirs en des¬
sus et frangés transversalement de poils rouges. Une P des
environs do Loja. Cette espèce a quelque analogie avec Lopho-
campa Erebella Mssn et se place à côté de Phænoptera ochra-
ceator Wlk.
Hjalnrga IVoguei, n. sp. 69 millimètres. Ailes blanchâtres,
transparentes; les supérieures complètement entourées d’une
bordure jaune ochre lisérée de noir. La bande jaune trans¬
versale de VHyalurga Fenestra Linn. est remplacée dans
cette espèce par quelques atomes noirâtres faisant ligne, mais
ne s’apercevant que sous un certain jour. Inférieures bordées
il.' jaune ..dire liséré de noir le long du bord terminal ; la
bande, très mince à l’apex, s’élargissant vers l’angle anal. Bord
interne et côte bien garnis de poils et d’écailles d’un beau
blanc mat. Palpes droits dépassant la tété, noirs dessus, blancs
dessous, sauf le dernier article qui est tout noir ; _tète garnie
de poils blancs et noirs; collier noir bordé de blanc; ptérygodes
jaune ocre entourés de poils bruns ou noirs ; dessus du thorax
blanc pur, garni de chaque côté de poils bruns; dessus de l’ab¬
domen brun ; dessous blanc avec une raie centrale noire. Des¬
sous du thorax blanc pur. Pattes noires on dessus, blanches en
dessous. Une Ç des environs de Loja, 1889.
P. Doonin.
Recherche et Préparation des Reptiles
(Suite.)
Empaillage des Reptiles. — Les Sauriens sont
faciles à empailler, mais la peau doit être tenue cons¬
tamment humide pendant l’opération ; on les dépouille
à peu près comme les mammifères, on pratique une fente
longitudinale sous le ventre et on la prolonge jusqu’à
l’extrémité de la queue en ayant bien soin de ne pas faire
tomber les écailles de la peau. Si néanmoins il y en a
quelques-unes qui se détachent, on les recueille et on
les recolle après l’empaillage. La peau de la tête ne doit
pas être retournée, on défonce la voûte du palais pour
extraire la cervelle et les yeux; par une incision sous la
mâchoire on arrache la langue, etc... ; on passe sur tout
l’intérieur du corps une couche de préservatif; on disp ose
les fils de fer comme pour les Batraciens ürodèles ; puis on
bourre le sujet et on recoud l’incision ventrale ; on place
les yeux artificiels et on fixe l’animal sur un socle en
bois, après lui avoir donne' une attitude naturelle. On le
laisse sécher, puis on le vernit à l’alcool.
Certaines espèces, comme les Iguanes, ont une crête
membraneuse sur la tête ou le dos; on comprime cette
crête entre deux petites plaques de liège ou de carton
que l’on maintient jusqu’à dessiccation complète; on
écarte au moyen d’e'pingles les doigts des pattes, comme
on le fait pour les Oiseaux aquatiques.
Les serpents demandent beaucoup de précautions
pour être préparés. Quand on manie le corps d’un ser-
pent venimeux, on doit éviter d’être blessé par une de
ses dents. Dans ce cas on fera bien d’arracher provisoi¬
rement les crochets; avec une pince on saisit les vési¬
cules qui renferment le venin et on les coupe le plus près
possible de la mâchoire. Lorsque l’animal sera préparé
et desséché, on pourra figurer ces vésicules avec de la cire
et y implanter les crochets, après les avoir plongés dans
l’alcali volatil.
Il arrive fréquemment que les Serpents capturés ont
avalé, grâce à l’élasticité de leurs mâchoires, un animal
volumineux qui forme un bourrelet dans l’intérieur du
corps. Dans ce cas on saisit le serpent par la queue et on
le tient suspendu la tête en bas; avec la main gauche on
presse au-dessus de la grosseur et on la fait descendre
lentement vers la gueule où elle s’arrête le plus souvent ;
alors on place le serpent sur une table, on lui distend
avec force les attaches des mâchoires et à l’aide d’un
•crochet introduit dans la gorge on retire l’objet qui aurait
gêné pendant l’opération de l’empaillage.
On peut empailler les serpents par deux procédés :
« On étend l’individu sur une table, le ventre en haut
et la tête en avant, puis appuyant de la main gauche sur
le cou du reptile afin de l’assujettir en position, on pra¬
tique, avec un scalpel, une incision longitudinale sur la
peau du ventre. On donne à cette incision assez d’étendue
pour que le dépouillement s’exécute sans peine. Ensuite
on dégage le corps de chaque cêté, en appuyant vers le
dos. Arrivé à l’anus, on dépouille la queue et, lorsque
cette opération est terminée, on dépouille le cou et la
peau adhérente au bout du crâne. On coupe la tête à son
articulation avec la colonne vertébrale ; on enlève les
parties charnues qui recouvrent les mâchoires et les os
'du crâne. On arrache ensuite les yeux et le cerveau ; on
met de l’étoupe hachée et du préservatif partout à l’inté¬
rieur et on retourne la tête de la même manière que
LE NATURALISTE
24.3
pour les autres reptiles ; ensuite on retourne la peau du
corps. On introduit par le sommet du crâne ou par la
gueule du serpent un fil de fer un peu plus long que le
corps et on le pousse jusqu’à l’extrémité de la queue. On
bourre ensuite le corps avec de l’étoupe ou bien de la
sciure de bois et on fait les coutures de la peau en ayant
bien soin de ne pas perdre les écailles, qui se détachent
assez facilement. On finit de bourrer la gueule et on
place les yeux. » (Capus.)
Le second procédé consiste à écorcher les serpents par
la gueule ; oh ouvre fortement les mâchoires en profitant
de leur extrême facilité de dilatation, qu’on favorise en¬
core en coupant les muscles qui les réunissent; on pra¬
tique à la base du crâne une incision circulaire qui per¬
met de détacher le cou à sa naissance. Lorsque le tronc
est bien détaché, on renverse la mâchoire inférieure
d’un côté et le crâne de l’autre et on saisit avec des
pinces le tronçon qui se présente à l’ouverture; on le tire
à soi et on l'écorche en renversant la peau jusqu’à ce
qu’on parvienne aux dernières vertèbres qu’il est pru¬
dent de ne pas chercher à dépouiller. Le corps étant
complètement dépouillé, on s’occupe de la tête : par un
trou pratiqué à la partie inférieure du crâne, on extrait
la cervelle et les yeux, en ayant soin de ménager les
plaques caractéristiques qui couvrent la tête et qu’on
pourrait endommager en essayant de retourner la peau.
On enduit tout l’intérieur de la peau d'une couche de
préservatif; puis on prend un fil de fer d’une longueur
proportionnée à celle du Reptile, on l’entoure d’étoupe
et on le place dans la peau, qu’on fait remonter par des¬
sus jusqu’à ce qu’elle ait recouvré sa forme primitive;
ce fil de fer doit atteindre jusqu’à l’extrémité de la
queue sans la dépasser. On referme les mâchoires et on
les maintient en place au moyen d’une ligature, on pose
les yeux artificiels et on donne au sujet une attitude
naturelle. On peut le monter sur des tiges de cuivre, le
représenter enroulé. Dans ces deux cas, on le place sur
un socle en bois. Pour les grandes espèces, il faut cher¬
cher surtout à leur donner une attitude qui n’exige pas
une place trop grande dans la collection.
Lorsque le serpent est en position, on le lave avec
soin, puis on l’éponge en passant à plusieurs reprises
un linge bien sec sur ses écailles; on passe ensuite sur
tout le corps une bonne couche d’essence de térében¬
thine qui a l’avantage de hâter la dessiccation, tout en
ravivant les couleurs ternies des écailles. Il ne reste plus
qu’à le vernir à l’alcool et à le placer dans la collection.
« Les yeux des Serpents sont recouverts, comme tout
le reste du corps, d’un épiderme écailleux qui tombe et
se renouvelle chaque année; c’est cette écaille qui, en
ternissant un peu l’œil de ces animaux, leur donne ce
regard terne et sinistre si effrayant. On peut remplacer
cette écaille par une goutte de vieux vernis un peu épais
et mêlé à une parcelle de vermillon. C’est surtout dans
les Serpents à crochets que cette méthode produit un
effet que l’on ne soupçonnerait pas avant de l’avoir em¬
ployée. » (Boitard.)
Collection de Reptiles. — Cette collection se
compose de deux parties : les sujets empaillés et ceux
conservés en alcool ; le tout peut être placé dans des
vitrines: les flacons doivent être fréquemment visités
pour réparer les pertes produites par l’évaporation de
l’alcool. Il est prudent de tenir les Reptiles à l’abri de la
lumière qui détériore leurs couleurs.
Pour la classification, on peut consulter l’ouvrage de
Duméril et Bibron : Erpétologie générale ou histoire natu¬
relle complète des Reptiles et celui de l 'Histoire naturelle
de la France que nous avons rédigé sur les Reptiles et Ba¬
traciens (2 francs aux bureaux du journal).
Emballage et expédition. — On doit suivre
pour l’expédition de ces animaux les indications que
nous avons données pour les Batraciens. Si les Reptiles
sont vivants, il faut les placer dans une caisse en bois
remplie de foin, pour éviter le ballottement; les pores
du bois et les joints de la caisse laisseront filtrer assez
d’air, pour que ces animaux puissent y vivre longtemps.
Mais on ne saurait prendre trop de précautions pour les
Reptiles venimeux, et nous engageons à ne jamais expé¬
dier ces animaux vivants.
Les Tortues ne réclament aucun soin particulier,
même pour un voyage d’environ quinze jours.
Albert Changer.
COLLECTIONS ETHNOGRAPHIQUES
RAPPORTÉES DE MÉLANÉSIE
par le Dr François
(Suite)
L’habillement des indigènes des Nouvelles-Hébrides
est tout à fait rudimentaire; il se réduit ordinairement,
pour les deux sexes, à une ceinture. Les hommes de
Mallicolo portent une large ceinture en écorce rigide,
serrée autour du ventre à l’aide d’une corde en fibres
végétales ; en outre ils entortillent leur membre viril
dans une bande d’étoffe dont les bouts sont ramenés
sous la ceinture de façon à soulever les organes génitaux
(voir fig. 1, précédent numéro). Dans I’ile Espiritu Santo
la ceinture est moins large et un court tablier d’étoffe
y est suspendu par devant (voir fig. 1, précédent numéro;.
Dans la même île on porte aussi un autre costume, assez
bizarre : un grand ovoïde en bois qui se met transversa¬
lement sur les lombes et des deux bouts duquel partent
des fils de perles qui couvrent le bas-ventre. Comme
ornement, il faut citer tout d’abord les bracelets en fibres
végétales autour des bras et des jambes, utilisés aujour¬
d’hui pour porter la pipe(iig. 2, précédent numéro), puis
des colliers en coquillages, en prothorax de certains
grands insectes ( Scarabæus ?) (fig. 2, pi. II), etc. et des
pendeloques en dent recourbée de cochon (fig. 2, précé¬
dent numéro). On fait exprès dévier, par une sorte de
massage, les canines des cochons qui ont une tendance
à sortir en dehors de la bouche ; ne s’usant plus contre
les dents supérieures, ces canines continuent de croître,
se recourbent et leur extrémité rentre souvent dans la
mâchoire, au voisinage de l’alvéole de la dent, formant
ainsi un cercle complet. Dans cet état, la dent est portée
comme bracelet. Notons encore comme ornement com¬
mun aux deux sexes les peignes garnis de plumes,
(fig. 5 et 6, pl. II) ou de dessins tressés en paille de dif¬
férente couleur. La forme allongée de ces peignes dit-
fère de celle qui est la plus commune dans les îles Sa¬
lomon (pl. II, fig. 4). Certains bracelets que l’on ren¬
contre surtout dans l’ile Falé sont en étoffe et portent des
broderies en zigzag (fig. I, précédent numéro); les petites
pièces de coquille de différente couleur qui servaient jadis
àfaire cesdessins sont aujourd’hui remplacées par la ver¬
roterie multicolore importée de l’Europe. Les armes prin-
pi. I. — ), Mannequin funéraire de Malicolo. — 2,
Malicolo. — 7, Sagaie à quatre dents. — 8, Mr —
12, Massue de l’ile Mêle (près de Faté). 1
nette de l'ile Espiritu Sauto.
Lances do Malicolo. - 4, Lance d’Espiritu Santo. - 5, 6 Lances de
de Malicolo. - 9, Massue de Faté. - 10, U, Massues de Mahcolo -
13, Marteau pour assommer les porcs dans les cérémonies (Malicolo). — 1 1: Henni-
LE NATURALISTE
245
cipales sont la massue etla lance ou sagaie, employée plus
communément que l’arc et la flèche. Les formes des mas¬
sues varient à l’infini, mais dans chaque île ontrouvedeux
ou trois types qui lui sont particuliers. Nous reproduisons
sur la planche I les formes typiques de l'ile Faté (fig. 9),
de l’ilot Mêlé (près de Faté, fig. 10) et les deux formes les
plus communes de l’ile Mallicolo : la massue plate comme
à imiter les tatouages et porté dans une case spéciale
appelée case des chefs. Ce mannequin peut avoir une, deux,
trois têtes si le chef a perdu un ou deux fils ; il peut aussi
porter des sculptures grossières de 2, 4 ou 6 têtes sur des
espèces de bâtons perchés sur ses épaules. Détail à noter :
les mains du mannequin en question sont simulées par
des mâchoires de cochons. Toutes les cérémonies reli¬
une rame (fig. 11) et la
massue à quatre crêtes,
en hallebarde (fig. 12.),
ainsi que la petite massue
de commandement (fig. 8)
Les sagaies offrent des
formes presque aussi va¬
riées que les massues : la
plupart ont leur extré¬
mité barbelée en os hu¬
main (fig. 3 à 5, pi. I),
mais il y en a aussi à
pointe unie (fig. 6.) ou à
quatre dents (fig. 2 et 7
de la même planche). Ce
qui varie le plus, c’est l’or¬
nementation de la partie
comprise entre la hampe
et la pointe : tantôt c’est
un dessin tressé en paille
(fig. 2, pl. I), tantôt une
tête sculptée, avec des or¬
nements à jour (fig. 3 et
7), tantôt des touffes de
plumes (fig. b), etc. Les ha¬
ches et herminettes(f. 14)
sont emplo yées plutôt
comme outils que comme
armes; cependant on s’en
sert, ainsi que de certains
marteaux (pl. I, fig^ 13)
pour assommer les co¬
chons dans les cérémonies
ayant un caractère mys¬
tique ou religieux. Nous
employons exprès ces ter¬
mes, car la plus grande
partie des croyances reli¬
gieuses des Néo-Hébri-
dais révèlent un caractère
mystérieux et sont basées
sur une sorte de crainte
indigènes ont peur des
ténèbres, de la nuit; ils
ne sortent jamais le soir.
Outre cette crainte de l’in
connu, leurs idées religieu¬
ses se bornent à la croyance
Planche II. — Ornements et parures des Mélanésiens. — I. Masque de Mallicolo. — i. Collier
'■Il prothorax d’insectes de Sanu-Cni/.. — :i. Ki l'urine modelée sur un . . (Mallieol,. . —
4. Peigne de Malaïta (iles Salomon). — ü à 7. Peignes de Faté et de Mallicolo. — 8. Ornement
de poitrine en Tridachue (Santa-Cruz).- 9. Bracelet en dent de cochon Nouvelles-Hébrides).
aux esprits bons ou malfaisants, à l’honneur desquels on
élève des temples et l’on sacrifie les cochons. Il doit exis¬
ter chez ces insulaires également quelques croyances dans
la vie de l’autre monde, comme le montre lacoutume sui¬
vante: à la mort d’un chef on l’enterre ;mais au bout d’un
certain temps on retire son squelette : la tête est détachée
pour être placée sur un mannequin fait de paille et de
lianes (fig. 1, pl. I); le tout est enduit de terre glaise,
peint avec des couleurs noire, rouge et bleue, cherchant
gieuses sont accompagnées de festins où l’on mange beau¬
coup et pendant lesquelles on exécute des danses spé¬
ciales; les danseurs principaux portent différents orne¬
ments : des faux seins en noix de cocûl, des éventails en
écorce, des têtes modelées sur coco et fixées au bout d’un
bâton (fig. 3, pl. II) et surtout des masques plus ou moins
extraordinaires (pl. II fig. 1).
Les missionnaires protestants etcatholiquesn’ont réussi
jusqu’à présent à convertir que fort peu d’indigènes.
LE NATURALISTE
246
Outre la chasse et la pêche, l’agriculture est une des i
ressources principales des Néo-Hébridais. Ils cultivent
l’igname, la patate, le taro et la banane. On fait une
récolte par an. La façon de cultiver est tout à fait primi¬
tive : l’indigène se borne à déblayer le terrain, à enlever
les mauvaises herbes, puis, au moyen d’un pieu, il creuse j
un trou profond de 30 centimètres dans lequel il met
l’exlrémité d’une igname de la récolte précédente, extré-
ils les cuisent en les mettant entre des pierres rougies
au feu. Pour se procurer le feu ils frottent un morceau de
bois dur sur un morceau de bois tendre, jusqu’à ce que ce
dernier s’enflamme. Il va de soi que partout où les Euro¬
péens ont passé, l’usage des allumettes s’est bien vite
répandu parmi les indigènes.
La boisson ordinaire est l’eau fraîche ou l’eau de la
noix de coco. Comme boisson fermentée, il faut noter
PI. III. — Instruments. — I, 2, 3, couteaux en bois; 4, plat en bois: 5 à 8, poteries ; 9, cuiller en noix de coco,
le tout de Espiritu Santo.
mité qui a germé et a quelques racines; la banane et la
patate se plantent par boutures. Ce sont généralement
les femmes qui sont chargées des travaux de la terre,
tandis que les hommes vont à la chasse et à la pêche.
La base de la nourriture est l’igname; les bananes, les
patates, les mollusques, les poissons ne viennent qu’en
seconde ligne. Les jours des Sin-Sin ou fêtes à l’occasion
de la récolte, de la semaille, etc., on tue des porcs et
des volailles. Les ignames, râpées sur des espèces de
claies garnies d’épines ou sur des râpes que les indi¬
gènes fabriquent aujourd’hui avec des boîtes à sardines,
sont transformées en une sorte de pâte. On étale ensuite
cette pâte sur des plats en bois tpi. III, fig. 4) avec des cou¬
teaux de bois qui, s’ils n’étaient pas si grands, ressemble¬
raient à s’y méprendre à nos coupe-papiers (pi. III, üg. 1,
2 et 3). On se sert aussi parfois de cuillers en noix de coco
(pl. III, fig. 9). Sauf les indigènes du nord-oues de l’île
Espiritu Santo, qui fabriquent des poteries de différents
modèles fort élégantes (pl. III, fig. a à 8), les Néo-Hébri¬
dais, comme la plupart des Océaniens non civilisés, ne
se servent point de vaisselle pour préparer leurs aliments :
le cava ou kaiva (d’importation polynésienne) ou le jus
d'une pipéracée que l’on fait fermenter en y crachant ;
la salive agit probablement dans ce cas par sa ptyaline.
La préparation du cava est réservée aux femmes. Au con¬
tact des blancs plusieurs indigènes ont appris à boire
l’eau-de-vie et souvent ils deviennent alcooliques. Fem¬
mes et hommes sont très friands de tabac.
Les Néo-Hébridais vivent par villages formés de 10 à
200 cases; les cases, en bambou et roseaux, sont couvertes
d’un toit en herbes sèches mêlées de feuilles de cocotier
et de pandanus tressées. Comme chez tous les Mélanésiens,
dans chaque village il y aune espèce de temple « la case
du chef » dont il a élé fait mention plus haut, à propos
du mannequin funéraire, et une case destinée a 1 habita¬
tion de jeunes gens célibataires de la tribu. A l’intérieur
des cases se trouvent d’immenses sculptures représentant
des têtes humaines qui servent de fétiches.
En fait d’art on cultive le dessin et la sculpture comme
on a déjà pu s’en apercevoir à propos des ornementations
des armes et des objets usuels. Les principaux instru¬
ments de musique sont : la flûte de Pan, la trompe en
LE NATURALISTE
coquille, la flûte en bambou et les énormes tambours
formés de troncs d’arbres creux réunis en grande quantité
sur les places réservées aux fêtes et aux danses publiques.
l/état social est le même que dans le reste des tribus
mélanésiennes : la polygamie ; la condition misérable
de la femme ; le pouvoir très étendu d’un chef, basé sur
quelques usages séculaires comme le tabou ; les guerres
ou plutôt les embuscades continuelles d’une tribu contre
l’autre ; l'esclavage qui s’ensuit, etc.
J. Deniker.
UN ENKYSTEMENT IICOOT
DUDISTOIUM LANCEOLATUM MEHL.
jusque prés de la ventouse médiane. Los parois du canal sont
contractiles et les dilatations vermiculaires se suivent du bord
supérieur vers le foramen. On dirait qu’on est en face d’une
vésicule contractile d’un Radiolaire quelconque, seulement
allongée.
Perpendiculairement au canal décrit, et sur deux rangées
parallèles, abouchent de petits canaux ciliés. Le courant des
cils vibratiles est dirigé vers le canal central.
Je n’ai pas pu observer autre chose de loin- organisation el
après les détails bien intéressants, surtout sur leur appareil
excréteur que je viens d’indiquer, .il nous reste à chercher la
solution de cet enkystement. Et pour être suivi, il me semble
utile de rappeler en peu de mots l’évolution connue des vers
i,o foie de i
mouto
Roumanie) est presque
jour:
bourré de Dislomes et des deux espèces, hepatici
lanceolatum.
Le 29 mars dernier, vérifiant dans mon laboratoire de
l’Université les préparations du système nerveux de l’Ano-
donta, faites parles étudiants de ladite école, je fus frappé de
l’aspect lactescent et grumeleux de la base du pied et de la pé¬
riphérie dés glandes reproductrices, d’un des exemplaires dis¬
séqués .
Sous le microscope, chaque grain pris, de l’endroit indiqué,
sc présentait comme un kyste rempli de fines granula¬
tions graisseuses, entourant un certain nombre de vers, impos¬
sibles à reconnaître. On voyait tout au plus deux gros sacs à
rayures, s’emboîtant et dans un espace très limité, plus obscur,
on apercevait les vers qui remuaient, sans pouvoir les distinguer.
En exerçant une toute petite pression sur la lamelle couvre-
objet, et, à plusieurs reprises, crevant un certain nombre de
kystes, je me suis convaincu qu’ils renfermaient sans excep¬
tion, pour cinq vers distomes, deux, rarement trois, bien déve¬
loppés et trois, dans un état d’atrophie graduelle.
Les gros vers portaient appendu à leur extrémité cau¬
dale un des sacs à rayures qu’on apercevait à travers la
membrane du kyste et dont ils se débarrassaient assez rapide¬
ment pour s’élancer dans l’eau. Les atrophiés avaient aussi
d’attaché un tout petit sac et leur ventouse médiane était
assez proéminente, comme pêdonculée. Ceux-ci, une fois hors
du kyste, restaient sur place, si ce n’est le plus gros d’entre eux,
qui essayait en quelque sorte de sc distendre, car tous sont
courbés sous l’enveloppe commune.
Les gros vers ont tous les caractères du D. lanceolatum ,
excepté la taille et l'organisation complète des glandes repro¬
ductrices.
U ouverture buccale fendue transversalement au milieu de la
ventouse du bout allongé du corps ventouse buccale), a sa lèvre
inférieure très mobile, et suivant qu’elle s’éloigne ou s’approche
de la lèvre supérieure, l’ouverture gagne ou perd en largeur.
Quand les lèvres se rapprochent, on aperçoit des rayures sur
l’inférieure dues à son plissement.
Au pharynx, suit un oesophage assez long, puis l'intestin sous
forme do cæcums, descendant jusqu’à l’extrémité caudale, plus
renflée que le bout opposé. Pendant les contractions du corps,
les cæcums intestinaux prennent des plissements tels, qu’ils ne
laissent aucun doute sur leur isolement au milieu des autres vis¬
cères. Le tube digestif a, non seulement des parois propres,
mais il est libre, au moins dans sa plus grando partie, do toute
adhérence avec les parois de la chambre viscérale. Les cæcums
intestinaux ne portent aucune ramification.
La ventouse médiane, trois fois plus volumineuse que la buc¬
cale a les bords internes de la cupule garnis d’une membrane
assez mobile, qui lui donne l’apparence d’une perforation. Si
jamais les dénominations de distome et de trématode données
à ces vers ont leur justification, c’est bien le cas avec ces spé¬
cimens. Cette ventouse est plus rapprochée de l’extrémité
caudale, à l’opposé de ce qu’on observe chez les lanceolatum
adultes.
Au bout caudal on aperçoit fort bien le foramen caudale ,
large et béant, par lequel le Distomc était attaché au sac duquel
il vient se débarrasser. La délivrance des vers a lieu sans déchi¬
rement par une simple dilatation du foramen caudale, lâchant
une papille par laquelle le sac était appendu au corps de l’ani-
A l’intérieur d’un œuf se forme une larve ciliée— protc
— semblable à un infusoire et reconnaissable à la croi
qu’elle porte sur une des faces.
Au foramen suit un canal qui parce
ûlieu du corps,
A l’intérieur du proloscolex et par voie agame. naissent un
certain nombre de petits — deutoscolex — lesquels, une fois
hors du corps de leur mère et, soit sous la forme de Sporo-
cystes (sans tube digestif), soit sous celle de Redi (à cæcum in¬
testinal), pénétrent dans l’organe respiratoire d’un Mollusque
quelconque. , .
A l’intérieur des (leutoscoléaTél toujours par voie agame s or¬
ganisent lies larves — cekcair.es — à queue ayant presque la
forme des tréinatudes adultes. Grâce à un aiguillon porte sur
l’extrémité libre, chaque cercaire pénètre cl s’enkyste dans les
tissus d’un animal ou végétal, destinés à être mangés par un
autre animal à l’intérieur desquels les cercaires prendront les
caractères définitifs des adultes. Pendant l’enkystement, les
cercaires perdent l’aiguillon et la queue dont ils sont porteurs.
Si nous nous demandons à quel état évolutif se trouvent les
kystes décrits, je
que i
,‘st à- celui de deutoscoi.kx
■ers de l’intérieur représentent autant de cercaires, nés par voie
a"ame à l’intérieur des sporocystes réduits à dés sacs a parois
minces et remplis de granulations graisseuses. Ils diffèrent des
cercaires classiques, si je puis m'exprimer ainsi, par 1 absence
de l’aiguillon frontal et l’aspect de leur appendice caudal.
Vu le nombre incalculable des kystes, il faut supposer qu’une
foule de Sporocystes ont pénétre probablement à l’intérieur des
corps Bajanie.ns de l’Anodonte parles orificesdont ils sont por¬
teurs et de là, dans le système lacunaire de la base du pied et
de la masse viscérale ct'que là, perdant les caractères des spo¬
rocystes ont pris ceux des kystes décrits à cinq vers chacun.
iportante à plusieurs points do
1° Par la singularité du choix du Mollusque, vu que les larves
du lanceolatum infestent les Gastéropodes (. Planorbis ) et non
les Lamellibranches. ...
2“ Par l’aspect particulier des spécimens trouvés qui n ont
„uère les caractères des cercaires connus, et comme chez nous
mange beaucoup les An
si ja
seul
détruit par la cuisson, il est capable d’in-
istcr le mangeur.
Dire qui ces spéciim ns représentent des i en aires enkystes
; Ii’esl pas possible, vu qu’à leur intérieur il y a jusqu’à cinq vers
queue, à moins de prouver que les vrais cercaires peuvent a
leur
mdr
rer par vote ;
à leur
sième génération à queue, a laquelle on devrait donner une
nouvelle dénomination.
3" Que l’animal, au point du détachement du soi-disant appen¬
dice caudal porte le foramen caudale qui reste fort longtemps
assez béant et fort contractile, fait non encore relaté.
4° Que le canal d’écoulement central se dilate et se resserre
régulièrement de la ventouse médiane, vers le foramen, et qu’il
reçoit quatre canaux ciliés (1).
(1) On a tort de considérer les organes segmentaires comme
des tubes se terminant par de petits entonnons ciliés et s’ouvrant
dans les lacunes du corps. Ces tubes sc terminent par des ren¬
flements creux et ciliés à l’intérieur et plongent dans le liquide
qui remplit les lacunes du corps, et quand il y a des entonnoirs,
ceux-là appartiennent aux organes de la reproduction. En com¬
primant ces renflements (glomcrules), on aperçoit le mouve¬
ment des cils et on a l’apparence d’une ouverture — la flamme
vibratile — des naturalistes. Et d’ailleurs, à quoi serviraient ces
ouvertures?
Je ne saurais trop m’élever contre ces assertions sur la
™^phologie et la fonction des organe* segmentaires. Que dire
encore de la série des noms sous laquelle ils sont décrits']
248
LE NATURALISTE
6° Que les cæcums intestinaux ont des parois propres et sont
suspendus dans la chambre viscérale.
Et pour terminer, est-il bien sûr que la queue des cercaires,
sert à la natation?
Il est plus prudent de demander des recherches minutieuses
sur le mode de l’organisation des cercaires à l’intérieur des
sporocystes, ce que nous n’avons pas. Ce n’est que de la sorte
que nous comprendrons la présence de ees sacs qui se détachent
comme un bouton de sa boutonnière.
Dr Léon C. Cosmovici,
DIAGNOSES D’ESPÈCES KOWELLES 011 PEE COMEES
POUR LA FLORE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE (1)
Coincya Genus Rouy (Cruciferæ).
Calyx erectus, bisaccatus. Petala 4, hypogyna, integra,
longe et anguste unguieulata, venosa, obtusa. Tori glan-
dulæ 4, 3 latérales angulatæ supra basin breviorum sta-
minum, 2 infra longiorum staminum paria. Stamina 6,
libéra, hypogyna, tetradynima ; filamentis flliformibus
edentulis. Stigma capitatum, vix emarginatum. Siliqua
biarticulata, articulis haud secedentibus, articula infe-
riore breve (3-4 millim. longo), dehiscenti, bivalvi, mem-
branaceo, obiongo, plus minusve compresso, mono-vel
dispermo, rarius aspermo, valvis 3-5- nervis, semine pen-
dulo, articulo superiore indehiscenti mesocarpio spongioso,
elliptico, longe rostrato, non elongato (15-18 millim cum
rostro), biloculari (septo tandem evanido), 2-4 -spermo,
facie utraque longitudinaliter lœviterque 7-9 -nervis, semi-
nibus erectis. Semina omnia ovata subcompressa, alveo-
lata, non marginata. Embryonis cotylcdones longitudina¬
liter conduplicatæ radiculam in sinu foventes.
Coincya r-upestris Rouy — Raphanus rupestns Porta
et Rigo Iter secundum Hispanicum, ann. 1890, n° 494. —
Planta perennis ; radix crassiuscula, ramosa. Caules fo-
liis radicalibus duplo vel subtriplo longiores, 6-8 decim.
longi, erecti, ramos floriferos multos patulos elongatos
emittentes. Folia radicalia lyrato-pinnatipartita, petio-
lata, adpresse tomentosa, utrinque segmentis 3-5 sæpis-
sime oppositis, grosse et obtuse dentatis sublobatisve,
lateralibus ovatis, remotis, terminali maximo, elliptico
vel obiongo,; folia caulina 6-8, late viridia, brevius petio-
lata, inferiora pinnatipartita, pubescentia, segmentis
ovatis dentatis; superiora oblonga basi pinnatipartita
segmentis 2 lanceolatis acutis subintegris. Racemi ebrac-
teati, jam sub anthesi laxiusculi: fructiferi elongati, as-
cendentes vel patuli, in paniculam grandem ambitu ova-
tam dispositi ; pedicelli filiformes floribus breviores,
erecti, mox patuli. Sepala erecta, lutescentia, tarde deci-
dua, lateralia basi gibbosa. Petala lutea, violaceo-venosa
calyce duplo longiora; unguis tenuis limbo obovato in-
tegro sepalisque longior. Siliquæ 18-22 millim. longæ,
3-5 millim. latæ, articulo inferiore dehiscenti. valvis
3-5-nervis, articulo superiore biloculari, utraque facie
7-9-nervis, indehiscenti, longe rostrato. Semina ovata,
nigrescent.ia.
Hab. ESPAGNE : prov. d’ALBACETE : Alcaraz, fentes des
rochers de la Sierra de la Mula. — (de Coincy, 28 mai 1890,
exempl. florifères; Porta et Rigo, juillet 1890, exempl. fruc¬
tifères.)
Le genre Coincya appartient, par la position des coty-
\1) Voir le Naturaliste des 1er décembre 1883 (Echium Davæi ,
Centaurea Herminii), 1er février 1884 ( Picridium Gaditanum var.
Lusitanicum, Aconitum Lusitanicum, Armeria Berlengensis ),
15 novembre 1884 ( Evax Cavanillesiï), 15 octobre 1887 ( Senecio
Gibraltaricus), 15 novembre 1887 ( Mercurialis Reverchoni,
Stachys Lusitanica var. interrupta, Rhamnus Frangula var.
longifolia).
lédons, à l’ordre des Orthoplocées, et à la tribu des
Raphanées parles siliques biarticulées. Très différent des
Raphanus, surtout par l’article inférieur déhiscent, éga¬
lant environ la longueur du bec et la moitié de la lon¬
gueur de l’article supérieur ovale absolument dépourvu
d’étranglements entre les graines, ce genre doit être
placé à côté de l 'Hemicrambe, dont il rappelle quelque
peu le faciès, mais dont il est absolument distinct par
plusieurs caractères.
Santolina Benthamiana Rouy (Jord et Fourr.
Icônes, tab. CCXXIX-310, = S. pectinata Benth. Cat. pl.
119, pro parte, non Lag.). — Dans le Bulletin de la So¬
ciété botanique de France (XXXVIII, p. 263) j’ai nommé
récemment Santolina Benthamiana, le S. pectinata Benth.
non Lag. (1), bien que MM. Jordan et Fourreau aient déjà
employé ce même nom. Mais ils l’ont appliqué exclusi¬
vement à la plante de Prats-de-Mollo, en lui attribuant
comme synonyme S. pectinata Benth. pro parte, non Lag.
Cependant le S. pectinata Benth. est en réalité très va¬
riable dans son ensemble, et la plante de Prats-de-Mollo
n’est qu’une des formes de ce type spécifique qui se
rencontre à segments des feuilles ± écartés, ± allongés,
± larges, ± lobés ou entiers, ± épais, ± obtus ou acu-
tiuscules, ± velus ou glabrescents, et à capitules ± gros,
à écailles de l’involucre ± scarieuses aux bords. Il en
résulte qu’en appliquant au S. pectinata Benth. (non Lag.)
le nom trop précis de S. Benthamiana Jord et Fouit.,
sans réserve aucune, ou ne saurait dénommer l’en¬
semble des formes qui constituent la plante dont il s’agit.
Je n’ai pas cru devoir toutefois donner un nom nou¬
veau à ce Santolina et je lui ai laissé le nom spécifique
imposé par Jordan et Fourreau à l’une de ses formes
mais en étendant ce nom au S. pectinata Benth. tout
entier, tel qu’il doit être compris. On pourra donc, à
l’avenir, écrire : S. Benthamiana (Jord et Fourr., sensu
stricto ), =. S. pectinata Benth pro parte, non Lag., ou
plus simplement S. Benthamiana Rouy, en appliquant le
nom de var. Ruscinonensis {— S. Benthamiana Jord. et
Fourr.) à la plante de Prats-de-Mollo ( Reliquiæ Mailleanæ,
n° 1277 !), à feuilles allongées, cendrées, à rachis très
étroit, à segments étroitement linéaires ou sétacés, iné¬
gaux, acutiuscules, écartés, à calathides petites, à
écailles internes scarieuses aux bords.
Le S. Benthamiana ( sensu lato ) est assez répandu en
Catalogne : à Besora, à Saint-Aniol, au mont Seny, au
mont Serrât ; et en Aragon ; à Torla, Jaca, Aranda del
Conde, etc. — En France, on le rencontre aussi près de
Mont-Louis (Pyrénées Orientales) (2) et à Gèdre (Hautes-
Pyrénées) (3).
M. Willkomm a jadis indiqué aussi le S. Benthamiana en
Corse, d’après Sieber, mais je n’ai aucune donnée nou¬
velle à ce sujet, et la plante n’est signalée récemment en
Corse ni dans le Catalogue de M. Marcilly ni dans le Com-
pendio fl. Italiana de MM. Cesati,Passerini et Gibelli.
(A suivre.) C. Rouy.
(1) Le S. pectinata Lag. 1816 (S. pectinata Benth. var. hetero-
phylla D C.) est la var. hcterophylla Willk. du S. rosmarini-
folia L.
(2) Plante trapue, à feuilles glabrescentes, courtes, denses, à
segments rapprochés, courts, obtus, relativement larges; capi¬
tules de grosseur moyenne. — Var. subalpina Rouy.
(3) Taille élevée; feuilles canescentes, assez courtes, réguliè¬
rement pectinécs, à rachis large, à lobes courts, entiers, li¬
néaires, non subulés ; capitules relativement gros, à peu près
doubles de ceux de la plante de Prats-de-Mollo. — Var. Vyre-
na'ica Rouy.
LE NATURALISTE
Description de la Chenille de Spilodes verticalis, L.
Papillon de la famille' des Bolydes.
Dans un précédent article, j’ai décrit la chenille d'une inté¬
ressante espèce de Botyde, la Spilodes æruginalis Hb., dent
on ne connaissait pas les premiers états ; aujourd’hui, je vais
en décrire une autre du même genre Spilodes qui n’était guère
mieux connue.
Autant la Spilodes æruginalis se trouve localisée, cantonnée
sur quelques points de notre territoire, autant la Spilodes ver¬
ticalis est répandue, habitant les plaines comme les montagnes I
et se rencontrant aussi bien sur les coteaux secs et arides que I
dans les prairies humides.
C’est là le résultat d’une cause bien simple : l 'Æruginalis ne j
s’accommode volontiers pour sa nourriture que d’une sorte de
végétal lui-même fort localisé, VArlemisia camphorala : il est j
donc tout naturel qu’on ne voie point le papillon où ne pousse
pas cette plante. Par contre, la Verticalis étant polyphage,
n'est point arretée par la crainte de ne pouvoir se nourrir
ailleurs qu’aux endroits où végéterait une plante unique, déter¬
minée; elle se dissémine, se répand au loin, sure de ne pas
mourir d’inanition et d’avoir une abondante- nourriture toujours
à sa portée.
J’ai élevé plusieurs fois la chenille de Spilodes verticalis et
chaque fois sur des végétaux différents, ce qui semblait ne la
chagriner en rien. Et quand j’aurai cité les noms des plantes, —
telles que Medicago saliva, Urlicadioica, Rumen acelosa, Cen-
taureu nigra, — que je lui ai servies, on pourra être persuadé
que la chenille de Spilodes verticalis n’est pas difficile sur ce
chapitre.
Une autre différence considérable qu’il faut noter également
entre les chenilles de ces deux Spilodes réside dans la confec¬
tion de leur habitation.
J'ai dit que la Spilodes æruginalis était extrêmement lileuse,
qu’elle se construisait des sortes de galeries tubulaires, 1 i -■
desquelles elle se retirait pour digérer, se reposer, muer, etc. :
moins travailleuse que sa congénère, la Spilodes verticalis pré¬
fère confectionner sa demeure à l’aide des diverses parties du
végétal dont elle se nourrit : elle emploie à la vérité ses res¬
sources elle met en œuvre ses instruments naturels, sa filière,
mais c’est pour approcher, relier, attacher les unes aux autres,
les ti"ès, les feuilles de la plante nourricière; les feuilles de
Rumex, celles de Centaurea nigra surtout, elle les enroule en un
large et spacieux cornet au milieu duquel elle se retire et
qu'elle dévore peu à peu à son extrémité supérieure. Sa vora¬
cité m’a semblé un peu inférieure à celle de VÆruginalis. Si
cette dernière se hâte tant de manger, ne serait-ce point qu’elle
devine d’instinct que les ardeurs du soleil, que la sécheresse,
suite nécessaire, vont durcir les rameaux de Y Artemisia camjiho-
rata et les rendre réfractaires à ses mandibules délicates et
immangeables?
La Vert irai iv, vivant de plantes herliaeees, de plante. I,.
n'a pas à redouter un semblable désagrément, qu’offre tout sous-
frutescent en été.
Ces quelques détails comparatifs donnés, passons à la des¬
cription de la Verticalis.
CEcf. — La Spilodes verticalis Ç pond scs œufs en petites
plaques comme le fait VÆruginalis ; ils sont imbriqués égale¬
ment, se recouvrant presque à moitié les uns les autres. Tout
autant aplatis, ils sont moins elliptiques, plus arrondis que
ceux à’ Æruginalis ; en outre, la surface de l’œuf de Verticalis
est régulièrement couverte de petites dépressions polygo¬
nales dont les bords en saillie ont un relief relativement fort.
Couleur d’un jaune très pâle, blanchâtre mémo et reluisant.
Chenille. — Ordinairement éclose dans la première quin¬
zaine d’août, la chenille arrive à toute sa grosseur dans le cou¬
rant de septembre. Elle est moins allongée que VÆruginalis ,
et un peu obèse. Elle est d’un vert gai, un peu jaunâtre, sur¬
tout aux incisions des segments.
Comme lignes longitudinales, elle ne possède que la dorsale et
les stigmatales toutes jaunâtres, la dorsale est géminée.
Les points verruqueux sont tous très gros et luisants. En
eénéral, ils sont noirs, et dans ce cas, les trapézoïdaux forment
tache pleine, à part ceux des derniers segments qui sont évidés
ainsi que les verruqueux latéraux. Quelquefois, tous les verru¬
queux sont pâles, n’ayant de noir que le point central où prend
naissance-le poil qui les surmonte, et dans ce cas encore les
trapézoïdaux des derniers segments- soni-ccrctés de noir.
Tête cordiforme, de couleur ocracée, avec des marbrures et
des points d’un brun roux. Ecusson du premier segment bordé
latéralement d’un fin liséré noir et chargé de quelques taches
brunes sur le dessus. Stigmates très petits et bruns. Pattes
écailleuses et membraneuses de couleur claire avec points noirs
luisants ; ergots et crochets de la couronne, roux. Clapet clair
avec maculatures brunes en bandes latérales.
Comme VÆruginalis, la chenille de Verticalis passe l'hiver
dans un cocon formé de soie et de terre et ne se chrysalide
qu’au printemps.
Plusieurs entomologistes pensent que la Spilodes verticalis
a deux générations par an : c'est un détail que je n’ai pu vérifier,
toutes les Verticalis que j'ai capturées, l’ayant été en juillet ;
mais peut-être est-ce exact pour le Midi.
Voici maintenant, aussi brièvement que possible, ce qui a été
dit par différents auteurs sur cette chenille de Spilodes verti¬
calis : Schrank parait être le premier qui en ait parlé. Après
avoir décrit Fauna boica, II, n° 1117) le papillon sous le nom
de Pyralis limbalis Hb., il dit de la chenille : « Wohnort : auf
Spartium scoparium... Raupenzeit : Junius. — Anm. : Ich
kenne nur die Raupe. » — J’en doute; Schrank a dù confondre
deux espèces.
Après Schrank, nous voyons Trcitschke, VII, 97, qui impose,
on ne sait trop pourquoi, à la Verticalis L. le nom de Cinctalis ,
nous répéter ce qu’a dit Schrank en faisant remarquer que l’on
trouve le papillon dans beaucoup d’endroits où ne pousse pas
le genêt.
Après Trcitschke, Duponchel nous réédite le renseignement
de Schrank.
Après Duponchel, GuenécfS'pecies, 386, et dans son Catalogue
d’Eure-et-Loir), ne nous en apprend pas davantage.
Après Guenée, Berce, en 1878, nous cite encore Schrank et
fait absolument la même remarque que Treitschke.
Après Berce, Rouast '1834), au genêt de Schrank ajoute les
«urticacées ».
Cependant, en 1868, von Nolcken, dans sa Lepidopterolo-
gische Fauna von Estland, Livland and Kurland, dit avoir
trouvé la chenille de Spilodes verticalis dans des feuilles enrou¬
lées de Cirsium arvense. 11 regrette d’avoir négligé d’en prendre
une description exacte et détaillée, et de s’èlre borné à noter
ce qui suit : « Cette chenille qui mesurait un peu plus de 3/4
i (le pouce, était d'un vert clair et avait sur chaque segment, par
côté, trois taches noires; les deux supérieures étaient rondes
comme de gros points, l’autre était circulaire avec un vide au
I milieu. La tête était d'un brunâtre très clair et tacheté de plus
| sombre. »
Cette note est, en effet, insuffisante; malgré cela. M. Hoffmann,
die Kleinschmetterlingsraupen, Ist.'i n’a pas craint de l’écour-
i ter encore : Hellgrün, dit-il, mil drei scliwarzen IVarzen, mif
jedem Segmente. Kopf, etc. Mais, ayant omis le an der Seite, de
V,„, Nnlrkon. à l'insuffisance de sa note Hoffmann ajoute l'inexac¬
titude : car ces trois taches noires sur chaque segment consti¬
tuent un caractère qu’aucune chenille do Botyde ne présentera
jamais. .
I Mentionnons encore pour mémoire :
Stainton, .1 manuale ofBritish Butterflies,\<. 133 : Carva on
brun,,,. VI juin .
Merrin, Lepidopterist’s Calendar : Larva on broom (gcnél,
and clower ? (trèfle).
C’est peu de chose, comme Ton voit, et la belle chenille de
la Spilodes verticalis méritait mieux.
Depuis longtemps elle attendait qu’on s’occupât d’elle. C’est
fait maintenant. P- Chrétien.
—
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 14 septembre 1891.- Noti de M I. <
l'histoire botanique de la Truffe Kammé de Damas {Tarfezia
Claveryi). Ces tubercules, assez volumineux, atteignent un
poids moyen de 73 grammes. Le périderme est mince, d’une
couleur blanche teintée de jaune brun. La chair en est ferme
et homogène ; les thèques sont nombreuses, ovoïdes, â pédicule
court ounul; les spores, au nombre de huit dans chaque thèque,
sont presque incolores, arrondies, réticulées, mais les alvéoles
présentent une grande variabilité de grandeur. Tous ces carac¬
tères différencient nettement ce Tarfezia de ceux déjà connus, et
autorisent la création d’une nouvelle ospéce q.ue l’auteur nomïne
Tarfezia Claveryi. Cette espèce, qu’on rencontre aux onvirons de
230
LE NATURALISTE
Damas, se retrouve dans le désert de l’Algérie, au sud de Biskra.
— M. Berthelot présente une note de M. A. Rommier sur la
levure de vin. Le bouquet d’un vin dépend de la levure qui le
fait fermenter, et on peut communiquer le bouquet d’un vin de
qualité à un vin commun en changeant, sa levure. C’est ainsi
qu’un viticulteur, M. Hençi de Meynot, a pu communiquer le
bouquet du Saint-Emilion à des vins de la Dordogne, ordinai¬
rement sans caractères, et cela, en amorçant ses cuvées avec
du moût de Saint-Emilion. — M. de Lacaze-Duthiers présente
une note de .1/. Maupas sur la déterminisme de la sexualité
chez l 'Hydatina senta. Chez l’Hydatine, certaines mères pondent
exclusivement des œufs femelles, tandis que d’autres pondent
exclusivement des œufs mâles; cette prédestination . sexuelle
s’établit dès l'origine de chaque œuf femelle quand il se diffé¬
rencie et commence à s'accroître dans 1 ovaire maternel. Ce
moment passé, aucune influence ne peut modifier l’état sexuel
revêtu par l'œuf. Mais, au début de l'ovogenèse, ; l’œuf est
encore neutre, et si l’on abaisse la température, les œufs qui
vont se former revêtent l’état de pondeuses d’œufs femelles ;
si on l’élève, on obtient des pondeuses d'œufs mâles.
Séance du 21 septembre. — M. A. Chauveau communique
une note sur les sensations chromatiques excitées dans l'un
des deux yeux par la lumière colorée qui éclaire la rétine de
l’autre œil. L'auteur expose longuement les diverses expé¬
riences qui l’amènent à conclure que -l’excitation d’une rétine
par de la lumière colorée influence non seulement les centres
percepteurs qui correspondent à cette rétine, mais aussi ceux du
côté opposé; ces, derniers sont alors rendus aptes à distinguer
dans le blanc la couleur excitatrice, et la rétine excitée ne voit
dans le blanc que la couleur complémentaire de la couleur exci¬
tatrice. — M. E. Blanchard présente une note de M. Ch.
Brongniart sur les métamorphoses des Criquets pèlerins. Une
première mue a lieu en même temps que l’éclosion, et le Criquet,
alors vert d’eau, brunit peu à peu et devient noir au bout de douze
heures. Six jours après a lieu une deuxième mue. Les anneaux
thoraciques ont alors des bandes blanches, et la ligne des stig¬
mates sur les côtés de l’abdomen est rosée, le fond restant
noir. Six ou huit jours après vient la troisième mue; et après
une huitaine, la quatrième mue, la ligne des stigmates se
marque de blanc, et on aperçoit les premiers rudiments des
ailes. Une cinquième mue arrive dix-sept jours après, l’ab¬
domen s’allonge, le prothorax est pointillé de jaune. Enfin,
une sixième mue s'opère; l’insecte est alors adulte. Dans cet
état, les Criquets changent de couleur, un pigment jaune en¬
vahit les téguments, et la chitine s’épaissit, comme l’ont
montré les Criquets qui se sont abattus récemment sur l’Al¬
gérie. Dans les deux numéros du Naturaliste, notre collabora¬
teur, M. Ch. Brongniart, a consacré un article sur cette note. —
M. Duchartre présente une note de M. Lucien Daniel sur la
greffe des parties souterraines des plantes. Ces recherches
montrent qu’on peut obtenir des greffons sur racines chez
des plantes voisines, que la grelfe peut réussir d’une plante
sur une autre de famille différente, et qu’il n’est pas besoin
pour cela .que les assises génératrices soient en contact. Tou¬
tefois, il y a insuccès quand les membranes du greffon font
obstacle au passage de certaines substances nutritives, l’Inu-
line, par exemple. _ A.-E. Malard.
LIVRES NOUVEAUX
Les Méthodes de synthèse en minéralogie, par M. Sta¬
nislas Meunier. — Sous ce titre, la librairie polytechnique
Baudry et Cie met en vente aujourd’hui les leçons professées
cette année dans la chaire de géologie du Muséum par notre
collaborateur M. Stanislas Meunier (1). La synthèse minéra¬
logique a déjà été traitée dans plusieurs ouvrages, mais celui
que nous annonçons se distingue par un plan absolument dif¬
férent. Ce n’est plus une série de notices relatives aux espèces
minérales pour chacune desquelles sont exposés les procédés
de reproduction; c’est un tableau des méthodes, avec l’indi¬
cation des résultats que chacune d’elles a procurés. Il se dé¬
gage de cette distribution des matières une philosophie inter¬
dite à l'autre et qui se signale par sa très haute portée. D'ail¬
leurs, une table alphabétique rédigée avec le plus grand soin
permet de retrouver immédiatement tous les faits concernant
tel ou tel minéral en particulier. Les leçons publiques du Mu¬
séum ont retenu un public nombreux et fidèle ; on peut croire
que le volume aura le même succès.
(1) Un volume grand in-8° de 360 pages; prix : 12 l’r. 50;
en vente aux bureaux du journal.
Les Coquilles marines des côtes de France. Description des
familles, genres et espèces, par Arnould Locard (1). — Jus¬
qu’à ce jour, il n’a été publié sur la faune malacologique ma¬
rine française que des catalogues généraux ou locaux et des
monographies partielles : mais il n’existe que peu d’ouvrages dans
lesquels on puisse trouver la description de toutes les espèces de
coquilles, telles qu'on les rencontre sur nos côtes, sauf la faune
des mollusques de France de A. Granger, faisant partie de
l’histoire naturelle de la France. Nous présenterons, dans ce nou¬
veau volume, chaque espèce classée dans son ordre zoologiquc et
suivie de ses caractères descriptifs, de façon à permettre d’en
faire rapidement et avec certitude la détermination, sans avoir
besoin de recourir à d’autres ouvrages, parfois très rares, tou¬
jours fort dispendieux. Etant admis que toutes les espèces,
dans un genre donné, peuvent se grouper, suivant leurs affi¬
nités réciproques, autour d’un certain nombre de types prin¬
cipaux, nous avons donné une exacte figuration et une des¬
cription un peu plus détaillée de tous ces types ou têtes de
groupes, de façon à n’avoir plus à différencier les formes voi¬
sines que par leurs caractères les plus essentiels. Cette mé¬
thode, simple et pratique, facilitera, croyons-nous, beaucoup
les recherches. Nous espérons ainsi pouvoir arriver à ce résul¬
tat : Etant donnée une coquille quelconque appartenant à une
faune marine actuelle, et sans autres études préalables, pou¬
voir la déterminer rapidement et la classer facilement, avec
toute la certitude possible.
Marchands de cheval et Marchands de chevaux (2), par
A. Pierre, vétérinaire en premier, ancien professeur à l’ccole
de cavalerie de Saumur. — L’auteur n’a pas l’intention de
faire ici une monographie complète de l’extérieur du cheval,
le but qu’il se propose est beaucoup plus simple ; accompagner
l’acheteur chez les marchands dont il a cherché à étudier de
près et de loin les faits et gestes ; le mettre en présence de
l’animal en vente ; lui indiquer la façon de l’examiner rapide¬
ment sous toutes les faces sans se laisser éblouir par la mise
en scène ; lui apprendre à saisir vite les grandes lignes, dé¬
couvrir les défectuosités, synthétiser tous les détails et for¬
muler une appréciation exacte pouvant parfois faire aboutir
à la solution du problème suivant: Trouver pour cent écus le
cheval de trois mille francs. Pour arriver au résultat que
M. Pierre souhaite, il divise son programme en chapitres com¬
prenant : la préparation à la vente ; les marchands et établis¬
sements de vente de Paris ; les foires en province ; l’examen à
l’écurie: l’examen d’ensemble et de détail, etc., etc. Un cha¬
pitre spécial est consacré à la question : Législation.
L’Amateur d’Oiseaux de volière, espèces indigènes et exo¬
tiques, caractères, mœurs et habitudes, reproduction en cage
et en volière, nourriture, chasse, captivité, maladies (3), par
Henri Moreau. — Depuis quelques années, le goût de
l’élevage des oiseaux en cage ou en volière s’est étendu à
toutes les classes de la société. Il suffit, pour s’en convaincre,
de consulter les statistiques des expéditions d’oiseaux exotiques
importés par les principaux ports de France, d’Angleterre et
d’Allemagne. Malheureusement amateurs, éleveurs et marchands
n’ont le plus souvent que des données vagues sur les carac¬
tères, les mœurs, les habitudes et les besoins des oiseaux.
M. Henri Moreau a voulu combler cette lacune, et il y a plei¬
nement réussi. Son livre est celui d’un amateur doublé d’un
savant, et la lecture en est rendue particulièrement attachante
par la clarté, Tordre, la concision et la sobriété du style qu’il
s’est attaché à observer. 11 contient la description de trois
cents espèces d’oiseaux indigènes ou exotiquos. Cette œuvre
de vulgarisation, simple sans banalité, savante sans préten¬
tion, est indispensable aux marchands et importateurs, aux
éleveurs qui veulent se créer par le peuplement de leurs vo¬
lières une source de profits et surtout aux amateurs auxquels
il évitera bien des tâtonnements et peut-être bien des décep¬
tions.
(f) Un vol. grand in-8° avec 348 lig. dessinées d’après nature
et intercalées dans le texte. Prix : 18 fr. Chez J.-B. Baillière,
éditeur, et aux bureaux du journal.
(2) Un volume in-8°, illustré de 70 dessins, par A. Barthé¬
lemy, aide-vétérinaire. Prix : 6 fr. Chez J.-B. Baillière, et aux
bureaux du journal.
(3) Un volume in-16 de 432 pages, avec 51 figures. Prix : 5 fr.
Citez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13e ANNÉE
Série — IV» 1
l'r NOVEMBRE 1891
LA RESSEMBLANCE PROTECTRICE
CHEZ LES LÉPIDOPTÈRES EUROPÉENS (1)
L’entomologiste voyageur qu’attire à Java la faune
remarquablement riche de cette île a l’occasion d’ob¬
server le curieux phénomène suivant : un magnifique
Lépidoptère diurne rappelant nos Apatura ou Mars chan¬
geants d’Europe, le Kallima paralekta Horsfield, vole en
étalant aux regards la face supérieure de ses ailes d’un
bleu profond ou d’un brun foncé traversée par une large
bande orangée ou blanche ; puis disparaît tout à coup,
comme par magie, au voisinage d’un arbrisseau des¬
séché.
Inutile de chercher l’Insecte à moins que l’on ne con¬
naisse d’avance le procédé dont il fait usage; et cepen¬
dant il estlà,àquel-
ques pas, complè¬
tement dissimulé,
grâce à la ressent- -
blance protectrice.
Tandis que la face
supérieure des ailes
est parée des belles
couleurs que je dé¬
crivais plus haut, la
face inférieure de
ces organes du vol
est, au contraire,
grise ou brune, par¬
courue par une li¬
gne médiane prin¬
cipale et des lignes
transyerses secon¬
daires; le tout co¬
piant fidèlement
une feuille sèche
grise ou brune avec
ses nervures.
Suivant les obser¬
vations de A. B.
Wallace (2), l’Insec¬
te ne se pose ja
mais sur des végé¬
taux verts, toujours
sur des végétaux
secs. Il relève alors F‘g- 1- — Kallima paralekta sur une
ses ailes en les ap¬
pliquant l’une contre l’autre, comme le font la plupart
des Rhopalocères et se transforme instantanément (3) en
feuille morte.
Tout concourt ici à l’imitation : de petites queues que
présentent les ailes postérieures simulent le pétiole de
la feuille ; et une tache vitrée, sans écailles, placée vers
le milieu des ailes supérieures, représente, avec fidélité,
tige sèche de caféier. (D’après nature.)
i Voyez mon irliclo La ress m blance protech
mimétisme chez les Iraignées (Le Naturaliste, H® année,
2e série, n°s 63, 64 et 63, octobre-novembre 1869) et L. Cuenot
Sur les moyens de défense des Arthropodes (même recueil,
12e année, nos 71 et 12, février-mars 1890).
(2) Wallace. La Sélection naturelle , traduction de de Can-
dolle, pages 38 -60. Paris 1872.
(3) J. B. Skertchly (Ann. and May. of natural History, sep¬
tembre 1889, pp. 209 et suiv.), insiste sur la rapidité avec
laquelle les Kallima prennent leur attitude do feuille sèche.
LE NATURALISTE, 46, rue du Bae, Paris.
un trou rongé dans la feuille par une larve quelconque.
La figure 1 que j’ai dessinée d’après un Kallima posé
sur une branche sèche de Caféier peut donner une idée
de l’étonnante ressemblance que l’insecte présente
avec une feuille desséchée ; mais, comme pour les figures
suivantes qui accompagnent cet article, il y manque les
détails de coloration qui ajoutent beaucoup à l’illusion.
D’autres Rhopalocères exotiques tels que : l’Anœa
Pliantes et le Siderone clara de l'Amérique du Sud imitent
de la même manière des feuilles entièrement ou par¬
tiellement sèches.
Ces faits sont assurément bien curieux; cependant on
aurait tort de croire que, pour les observer, il faille
exécuter un long voyage et s’exposer au climat souvent
meurtrier des régions tropicales. Le vrai naturaliste,
non l’amateur qui ne connaît que les insectes séchés
alignés sur des é-
pingles, mais le vé¬
ritable amant de la
nature parcourant
les plaines et les
bois en utilisant de
bons yeux et une
intelligence exer¬
cée, peut, chez nous
et presque en toute
saison, rencontrer
des centaines de
cas de ressemblan¬
ce protectrice, aussi
complets , aussi
merveilleux.
L’article actuel a
pour objet la dé¬
monstration de cet¬
te thèse. Je puise¬
rai dans l’ensemble
des documents que
je réunis depuis des
années, limitant
toutefois mon sujet
aux Lépidoptères ,
afin de ne pas las¬
ser la patience du
lecteur.
Commençons par
ceux de nos Papil¬
lons qui, à l’exem¬
ple des Kallima javanais, profitent de la couleur et des
dessins de la face inférieure de leurs ailes pour se
rendre à peu près invisibles à l’état de repos.
L’Aurore mâle, Anthocharis cardamines, a les ailes
de la première paire parées, au-dessus, d’une belle
plaque orangée; mais le dessous des ailes de deuxième
paire, seul exposé quand l’insecte cesse de voler, est
maculé de taches vertes très découpées; de sorte que
durant les instants d’immobilité, ce joli animal prend
tout à coup l’aspect du menu feuillage des Achillées, des
Ombellifères et des Cardamines des prairies (ligure 2).
L’Aurore femelle et le PierisDaplidice, plus méridional
offrent des taches verdâtres analogues sur la face infé¬
rieure des secondes ailes et le même procédé de dissi¬
mulation.
Chez le Citron, Gonepteryx Rliamni, le mâle est jaune.
LE NATURALISTE
la femelle verdâtre; cependant, dans les deux sexes, la
face inférieure des ailes reproduit admirablement, par
Fig. 2. — Anlhocharis Vtirdamines »a repos, dissimulé dans le
feuillage de l’Achillée. (D’après nature.)
sa teinte générale, par ses nervures et même par quelques
petites taches, une feuille plus ou moins jaunie.
Si vous ne pourchassez pas l’animal, comme le font
les enfants et les chasseurs novices, mais si vous le
suivez des yeux jusqu’à ce qu’il se pose, au repos, les
ailes fermées , vous le trouverez neuf fois sur dix sur ou
plus souvent sous des feuilles de trèfle, de fève, etc.,
déjà jaunes et qu’il choisit de préférence à d’autres
(figure 3).
Fig. 3 — (lonepteryx Rhamni sur des feuilles jaunies de Gly¬
cine. (D'après nature.)
Notre Thécla de la Ronce, Thecla Rubi, brun au-dessus,
d’un beau vert en dessous, devient brusquement introu¬
vable dès qu’il se pose sur une feuille vivante.
Lacordaire, auquel peu de phénomènes échappaient,
cite, dans son Introduction à l'entomologie (1 ), les Vanesses
et les Satyres pour la faculté qu’ils présentent d’imiter
en se posant des feuilles séchées. Je ne puis que con¬
firmer ses dires : nos Vanesses, surtout Vanessa C. album,
V. polychloros et V. Urticæ, ornées de couleurs assez
vives au-dessus, sont, en dessous d’une couleur brune
ordinairement foncée. A l’état de repos total (f) les ailes
complètement relevées et appliquées les unes contre les
| autres, elles ne se distinguent plus des feuilles brunies
de dimensions analogues encore attachées aux rameaux ou
pendant entre les plantes aux toiles d’araignées. Il faut
le coup d’œil exercé du chasseur pour les découvrir.
Le Paon de jour, Vanessa Io, malgré la coloration
presque noire de sa face inférieure, se dissimule fort
bien par le même moyen. Dès que le ciel est assombri
par des nuages, il se place, en posture de feuille morte,
sous un rameau feuillu retombant. Si vous le prenez
délicatement à la main et si vous le faites voler, vous le
voyez, confiant dans sou travestissement, se remettre,
I quelques mètres plus loin, dans une position et une
situation identiques.
j Nos Satyres ( Satyms Semele, Pararge Mura, P. Megœra.
| P.Ægeria, Epinephele-Janira, etc.), se cachent d une façon
semblable. Ed. B. Poultonattribue à ce moyen de dissi¬
mulation fort répandu le fait de la disparition presque
complète des Rhopalocères lorsque le temps est couvert.
Passons aux Lépidoptères nocturnes; ici les exemples
de ressemblance protectrice abondent; on n’a que l’em¬
barras du choix.
La Venilla macularia, cette Phalène jaune maculée de
noir, si commune dans les taillis, copie exactement la
couleur et les taches des feuilles de Bouleau et de Peu¬
plier tombées ou séchées sur l’arbre et pointillées de
taches noires ou brunes. La ressemblance est si parfaite,
j que l’insecte, immobile, doit presque toujours passer
inaperçu (figure 4).
Fig. 4. — Venilla macularia sur uni1 feuille de Bouleau macu¬
lée de taches foncées. (D’après nature.)
Plusieurs Phalènes toutes blanches imitent les larges
(1) J’insiste sur l’expression de repos total. En effet, lorsque
ces Insectes ne $e posent que momentanément sur une fleur ou
sur la partie humide d’un tronc, d’arbre, les ailes restent ouver¬
tes et l’illusion n’existe pas. Ed. B. Poulton (The Colories of
Animais, p. 54) emploie le termo de repos complet torpide.
J Suites à Ruffon , t. II, p. -469.
LE NATURALISTE
253
gouttes déterminées sur les feuilles par les excréments
des oiseaux. Mieux que cela encore, de petits papillons
dont les ailes supérieures blanches sont marquées à la
base d’une tache foncée et dont les organes du vol sont
en quelque sorte roulés autour du corps à l’état de
repos, constituant ainsi un cylindre étroit noirâtre à une
de ses extrémités, d’un blanc de craie à l’autre, copient
si bien la lîente des passereaux, que l’illusion est com¬
plète et que des personnes peu familiarisées avec ces
phénomènes sont stupéfaites lorsqu’en le touchant on
fait s’envoler l’objet sur la nature duquel elles s’étaient
totalement méprises. Tels sont : Cille spinula, Perl-
thinci pruniana, etc. (figure 3).
Fig. 5. — Penthina pruniana un peu grossie. (D’après nature.)
Un certain nombre de nos Nyctéolides ou Bombyciens
tortriciformes , Hylophila prasinana , Halias quercana
Earias chlorana, une Noctuelle, Luperina virens, quelques
Phalènes, Geometra papilionaria, Phalœna thymiaria, une
tordeuse, Tortrix viridana se confondent avec les feuilles
sur lesquelles elles sont appliquées, par suite de leur
coloration d’un beau vert.
Les Noctuéliens suivants : Bryophila muralis, Motna
Orion, Agrolis prœcox , Dischenia aprilina, exposent aux
regards des ailes supérieures vertes parcourues par des
dessins noirs et imitent certains Lichens. Les Lichens
gris sont copiés par Acronycta leporim, A. psi, A. Mega-
cephala, Hadena Brassicæ, Calocala nupta, etc., dont les
ailes antérieures, seules visibles, sont couvertes de
dessins indécis gris sur gris ou noir sur gris.
L’imitation est fort bonne, mais les contours trop
nets des Noctuelles en question rendent un cadre ou un
fond de Lichens véritables indispensables. Une Phalène
très commune, Halia ( Fidonia ) Wavaria, mieux travestie,
se passe de cet entourage : blanchâtre, saupoudrée de
gris, les ailes antérieures marquées de trois taches fon¬
cées, elle se pose sur les murs, les rochers, les écorces
nues et représente fidèlement une petite plaque de
Lichen avec ses découpures caractéristiques.
Innombrables sont les Lépidoptères nocturnes d’un
brun plus ou moins grisâtre qui, posés dans diverses
attitudes spéciales, simulent de petits éclats de bois, des
feuilles desséchées soit étalées, soit roulées et ces
myriades de brindilles tombées sur les mousses ou
salissant les toiles des Epe'ires.
Tout le monde connaît les Bombyciens vulgairement
appelés feuilles-mortes : Lasiocampa quercifolia, qui a
absolument la coloration des feuilles sèches du Chêne
L. populifolia copiant les feuilles de Hêtre ou de Charme,
L. Pruni qui ressemble surtout aux feuilles de Charme
rougies avant la chute, L. ilicifolia ayant effectivement
la couleur des feuilles sèches du Houx, etc., etc.
Je rappellerai encore Gonoptera libalrix, Noctuélien
imitant une feuille tombée, demi rongée et couverte de
cryptogames (1), Clostera curtula ressemblant à une
vieille feuille de Charme roulée, Philodontis palpina
rappelant une feuille roulée plus pâle, Lithosia griseola
(figure 6) qui, posée au pied d’un arbre, simule une
Fig. 6. — Lithosia griseola imitant une Samare de Frêne.
(D’après nature.)
samare de Frêne un peu décolorée par les pluies d’hiver,
enfin beaucoup de Tortrix et autres Micro-lépidoptères
que l’on confond avec des brins de graminées ou des
aiguilles de Sapin.
La ressemblance protectrice ne suppose pas toujours
l’état de repos, les Pterophores, Pteropliorus pentadac-
Fig. 7. — Pteropliorus monodaclylus imitant au vol une akène
de Composée. (D’aprcs nature.)
Chez l’animal vivant le battement des ailes rend celles-ci
confuses et augmente l’illusion.
(1) Cité par Ed. B. Poulton ( The Colotirs of Animais, p. 35).
J’ai vérifié le fait. G. libalrix passant l’hiver en vie est proba¬
blement très protégée par sa ressemblance avec des débris
végétaux partiellement décomposés.
LE’ NATURALISTE
254
li/las, Pt. monodactylus, etc., au vol assez paresseux,
exécutant surtout de courtes excursions de haut en bas
et de bas en haut, ressemblent pendant leur locomotion
aérienne à des Akènes de Composées emportées par le
vent (1} (figure 7). „
Ces exemples, glanés çà et là, suffisent, et si l’on prend
la peine de faire le relevé des chenilles et des chrysalides
que cachent aux yeux de leurs ennemis la couleur, la
forme, l’aspect du fourreau, on arrive à cette conclusion
qu’il n’y a peut-être pas un seul de nos Lépidoptères
qui, au moins sous l’un de ces trois états successifs,
n’ait recours à une ressemblance protectrice plus ou
moins complète.
Ne franchissons donc pas les mers pour- aller étudier
aux Indes néerlandaises ou au Brésil un des phénomènes
les plus intéressants qu’offre à notre admiration la gent
animéé; restons chez nous, car les faits de ressemblance
protectrice -présentés par nos insectes indigènes sont si
nombreux, qu’une partie seulement de ces faits est
connue et qu’il reste beaucoup de petites découvertes à
effectuer.il est évident que ce n’est pas en regardant
des collections, où les animaux piqués dans des boîtes
au-dessus de papier blanc sont totalement privés du
cadre végétal ou minéral indispensable, qu’on peut se
former une opinion à cet égard. C’est dans les jar¬
dins, les prairies, les forêts, en un mot en visistant la
nature chez elle, qu’on a chance de surprendre quel¬
ques-uns de ses secrets.
F. Plateau.
LE FOU DE BASSAN
(Sula Bassana. Brisson.)
Le Fou blanc ou Fou de Bassan passe, chaque année,
sur les côtes de Picardie, en plus ou moins grande quan¬
tité selon l’état de l’atmosphère et l’abondance des pois¬
sons dont il aime à faire sa nourriture : Célans (2),
Maquereaux, Harengs, qui se rapprochent des terres, en
automne, par les vents d’amont.
C’est ordinairement vers le milieu et la fin de sep¬
tembre que les Fous apparaissent dans nos parages. Ils
y prolongent leur séjour pendant tout le mois d’octobre
et même les premiers jours de novembre, si les vents
sont favorables et y retiennent les bancs de poissons.
Par les vents de terre, en effet, le poisson atterrit, et
s’éloigne par les vents du large. Les oiseaux-pêcheurs
suivent le mouvement de cette proie essentiellement
inconstante et mobile. Aussi, par les vents d’amont les
rencontre-t-on près des côtes et par eaux d’aval en haute
mer.
Lorsque les colonnes serrées des voyageurs de l’onde
entrent dans la baie de la Somme, Fous et Cats-marins
remontent à leur suite. On en voit s’engager de la sorte
jusqu’au fond de cette échancrure profonde. Le Fou, du
reste, oiseau pe'lagien, s’aventure parfois dans l’intérieur
des terres où il est presque toujours victime de ce chan¬
gement insolite de milieu.
S’il n’y a pas d’années, je crois, où noûs ne voyons au
moins quelques-uns de ces oiseaux, il en est qui sont
privilégiées, et, toujours, comme je l’ai dit, ce sont les
(1) J. li. Taylor. Mimicry in the Plume Mollis (Nature analaise,
vol. XXVI, n° G72, p. 477., Sept. 14, 1882).
(2) Clupea Pllchardus, Bl.
années où. à pareille époque, les bandes de certaines
espèces de Poissons longent nos côtes.
Je trouve, par exemple, dans mon carnet de chasse
pour l’année 1886, que vers la fin de septembre eut lieu
un passage Considérable de Fous de Bassan. Ces oiseaux
arrivèrent en même temps qu’un grand nombre de Cats-
marins et de Puffins attirés par des bandes de Célans, de
Blanches (1), de Maquereaux qui se rapprochèrent de la
côte à cette époque.
Le 7 octobre, par une bonne brise de sud-est, je me
rendis à la mer avec un de mes amis qui chassait depuis
plus de dix ans dans nos parages. Il m’affirma n’avoir
jamais vu une telle abondance de Fous et de Puffins.
Arrivés dans la baie, à la hauteur du petit port du
Hourdel, nous rencontrâmes une bande d’une vingtaine
de Fous en train de pêcher. Ils se laissèrent approcher
assez facilement. Nous en tuâmes quatre. Plus loin, dans
la passe nord-ouest, nous en abattirnes quatre autres.
J’estime à plus de trois cents le nombre des Fous que
j’observai durant cette marée et en vue seulement des
bancs de Somme. La plupart étaient des jeunes d’un an
ou des sujets n’ayant pas encore revêtu leur plumage
parfait. Nous vîmes cependant quelques adultes et parmi
les douze oiseaux que nous rapportâmes se trouvait un
individu en livrée complète. Ces oiseaux spnt très durs
à abattre lorsque Je plomb ne les frappe pas à la tête
ou ne leur casse pas une aile. Plusieurs, visiblement
touchés, emportaient fort gaillardement, après s’être
secoués un instant, notre plomb n° 4 et même n" 2. En
faisant dégorger les sujets que nous avions tués, 'j’ai
remarqué qu’ils avaient pêché principalement des
Maquereaux de petite taille.
Le 9, je retournai à la mer, par uu vent de nord-ouest,
les Fous se tenaient au large, je n’en rencontrai pas un
seul dans la baie ni au pied des bancs. De violents
coups de vents d’ouest régnèrent du 12 au 20. Le 22 et
le 24 je me rendis de nouveau à la mer, et je m’avançai
bien au delà des passes, je ne vis pas un seul Fou. Les
tempêtes avaient chassé les bandes de poissons au grand
large et avec elles les Fous. Aussi la pêche du Hareng,
dans les parcs de la côte, fut-elle très peu abondante.
Cette présente année 1890 a été pauvre en Fous. Dans
la saison où les Harengs visitent ordinairement nos
côtes, les vents se sont tenus presque constamment dans
la partie de l’ouest, soufflant avec violence, aussi la
pêche à pied de ce poisson a-t-elle été presque nulle.
Tels sont les rapports intimes qui lient les oiseaux-
pêcheurs à leur proie, le mangeur au mangé.
Le Fou, oiseau-pêcheur de premier ordre, pêche au
vol. Il ne poursuit pas sa proie sous Feau comme le
Cormoran, mais se précipite sur elle du haut des airs.
Son vol est très varié, tantôt il donne de vifs et rapides
coups d’ailes, puis se laisse glisser rapidement sur l’air,
tantôt il plane, tourne en cercle et repart subitement.
Quelquefois il descend presque à la surface de l’eau pour
s’élever ensuite à de grandes hauteurs. Sa course dans
le vent a de brusques arrêts suivis d’élans inattendus.
Il parcourt ses lieux de pêche en inspectant le flot d’un
œil toujours vigilant. Dès qu’il découvre un poisson
nageant à sa surface, il tombe sur lui d’une chute fou¬
droyante, la tête la première, les ailes repliées, et
pénètre dans l’eau en la faisant rejaillir violemment
autour de soi.
(1) Harenyula latulus, Val.
LE NATURALISTE
255
Quand il pêche avec ardeur, il est tellement absorbé
par sa quête incessante qu’il semble ne prendre aucun
souci des dangers qui le menacent. J’en ai tué qui pas¬
saient au-dessus de mon bateau de chasse à la hauteur
d’un mât. En pêchant, il fait entendre fréquemment son
cri bref, saccadé et rauque, qui est un mélange du cri de
l’oie et du croassement du corbeau.
C’est un gros mangeur. Lorsqu’il s’est gorgé de nour¬
riture, il se pose sur l’eaupour digérer et quelquefois s’y
endort. Il flotte alors comme une bouée, les bateaux de
pêche lui passent sur le corps et on peut le recueillir
vivant dans l’épuisette, en prenant bien garde toutefois
au bec de l’oiseau éveillé, arme dangereuse dont il se
sert avec habileté et brutalité (1). Un jeune Fou dont
mon plomb était venu interrompre désagréablement la
sieste et à qui j’avais cassé l’aile, faillit un jour me per¬
forer l’avant-bras, protégé heureusement par une épaisse
manche en velours. A peine amené à bord, il se jeta sur
moi à plusieurs reprises. Grâce à la protection de ma
solide veste de chasse, j’en fus quitte pour une légère
meurtrissure. Son émotion lui lit dégorger un énorme
Merlan et un paquet de petites Blanches du volume des
deux poings, ce qui prouve que ce pêcheur insatiable,
tout en affectionnant les belles pièces, ne dédaigne pas
le fretin. Dans la saison du Hareng, il en avale glouton¬
nement une telle quantité qu’il en est tout alourdi et
que, pour s’envoler, il est obligé, comme disent les
marins, de jeter du lest par-dessus bord.
Magaud d’Auiîussox.
LE POURRIDIÉ DE LA VIGNE
Le Pourridié est un nom commun à diverses affections
morbides qui depuis quelques années se sont développées
sur les racines de la vigne. M. Viala, professeur à l’Ins¬
titut national agronomique, a entrepris d’établir la lu¬
mière et de mettre l’ordre dans ce chaos.
Tout d’abord il a dû éliminer un certain nombre de
cryptogames qui n’ont aucune action dans la maladie du
Pourridié, tels que : Psathyrclla ampelina, Vibrissea
hypogæa et Agaricus melleus qui ne se rencontre qu’acci-
dentellement sur la vigne et paraît propre plutôt aux
arbres forestiers. Le Dematophora necatrix IL Hartig a été
seul retenu et c’est son étude, étude intéressante au
premier chef, que présente M. le professeur Viala dans
sa Monographie du Pourridié (2).
Le Pourridié qui cause ses ravages dans toutes les par¬
ties du l’ancien et du nouveau continent, a révélé à
l’observation attentive et prolongée pendant plusieurs
années, des faits qui présentent la plus grande impoi-
tance au point de vue du développement et de la systé¬
matique. Depuis longtemps on le connaissait sous le
nom de blanc des racines. Rob. Hartig lui avait donné le
nom scientifique qu’il porte actuellement, mais il n'en
connaissait que l’état conidien. M. Viala a démontré
(1) Ce bec est. assez remarquable. Il parait formé de trois
pièces. Droit, plus long que la tète, fendu au delà de l'angle
postérieur des yeux, terminé en pointe, légèrement courbé, avec
les bords de la mandibule supérieure dentelés en scie, les den¬
telures tournées en arrière.
- Monographie du Pourridié des vignes et des arbres frui¬
tiers, par Pierre Viala, in-i 124 p. et 8, pi. Montpellier, Ca¬
mille Poulet. Paris, G. Masson. 1891.
d’une part que son cycle végétatif était polymorphe à
l’excès et, de plus, que son développement complet le fai¬
sait rentrer dans un groupe de champignons où on ne se
serait guère attendu à le voir figurer.
Le Pourridié ne comprend, en effet, pas moins de
onze formes mycéliennes et reproductives : tout d’abord
apparaît un mycélium blanc extérieur aux racines
attaquées ^ c’est le blanc des horticulteurs) et floconneux
qui bientôt brunit ses plus gros filaments et se renfle en
poire au niveau des cloisons. Plus tard les petits fila¬
ments blancs se condensent et, parvenus à une certaine
période de leur développement, forment des rhizomor-
phes externes qui rampent à la surface des organes
atteints par la maladie (Jlhizornorpha fragilis v. subter-
ranea). Ces cordons se continuent dans la couche géné¬
ratrice, où ils constituent les rhizomorphes sous-corticaux
( Rhiz . fragilis v. subcorlicalis). A un moment donné l’in¬
vasion se propage sous forme de mycélium interne dans
les tissus parenchymateux détruits et dans les vaisseaux.
Le développement des organes végétatifs s’est donc
déjà présenté sous six formes différentes dont on a pu
facilement suivre le développement. Avec la fructifica¬
tion nous allons assister à une autre série de modifica¬
tions. La fragmentation cellulaire avec condensation du
mycélium blanc et du mycélium brun dont nous avons
parlé plus haut, va donner naissance à des chlamydo-
spores; l’agglomération du mycélium interne en masses
de pseudo-parenchyme produira des sclérotes. Enfin la
forme la plus fréquente de fructification, celle sous
laquelle on l’avait connue exclusivement jusqu’à ces
derniers temps, fait son apparition. Ce sont les conidies,
qui forment une couronne au collet des plantes attaquées.
Les conidiophores s’insèrent sur les sclérotes, sur les
masses mycéliennes brunes ou encore directement sur le
mycélium floconneux. Ils ont l’air de petits bâtons
noirs terminés par un bouton blanc, qui n’est lui-même
que l’assemblage en panache ou en panicule d’un nom-
dre considérable de branches terminales qui portent les
conidies. Ces dernières peuvent être conservées longtemps
dans un milieu sec sans perdre pour cela leurs propriétés
germinatives.
Aux dépens des sclérotes s’organisent les pyenides,
sortes de sacs toujours clos qui renferment des spores
de nature particulière qui portent le nom de stylospores.
Ces spores sont généralement en petit nombre et il n’est
pas rare de rencontrer dans les pyenides quantité de
basides restées à l’état de bourgeons et stériles. C’esl
encore aux dépens des sclérotes et du mycélium flocon¬
neux que se développent, au milieu des conidiophores,
les pèrithèces. Ils forment une couronne de petits corps
arrondis au niveau du sol ou à quelques centimètres au-
dessous. Ils sont durs, cassants et complètement clos.
Leur intérieur renferme des asques filiformes et allon¬
gées, surmontées d’une chambre à air tout à fait carac¬
téristique. Les asques contiennent 8 spores unilocu¬
laires, en navette, amincies, aux deux extrémités. L’auteur
n’a pu arriver à les faire germer, du telle sorte que les
relations entre les diverses formes fructifères ne repo¬
sent pas encore sur des données expérimentales, mais
seulement sur des observations anatomiques des plus
vraisemblables.
La vie du D. necatrix est le plus souvent végétative ,
les organes de fructification n’apparaissent que quand
le champignon vit en saprophyte et dans des conditions
de milieu spéciales. Les conidies ne se développent que
LE NATURALISTE
256
sur des plantes mortes, de 12 à 16 mois seulement après
le dépérissement. Quant aux périthèces, ils demandent
pour se former un laps de temps qui va de deux ans à
deux ans et demi.
De l’ensemble des observations faites sur le dévelop¬
pement du Pourridié,M. Viala apu fixer la place que doit
occuper le Dematophora dans la systématique. Les
pycnides sont closes et non pourvues d’une ostiole comme
dans les Ascomycètes; les stylospores présentent des
rapports avec les spores des Hyménogaslrées. De plus il y
a formation de cavités sporigènes aux dépens des tissus
des sclérotes, chacune restant munie d’une enveloppe
propre. Par l’ensemble de ces caractères : périthèces
clos, peridium et gleba, le Dematophora doit prendre place
dans les Tubéroïdées, entre les Elaphomyces et les Tuber,
où il constitue une petite famille naturelle qui relie les
Pyrénomycètes aux Tubéracées. Le fait est d’autant plus
remarquable que ce sont les seules Tubéroïdées connues
jusqu’à ce jour dont le cycle de développement soit
aussi polymorphe, dont on connaisse les conidies et les
pycnides.
M. Viala a décrit en sus une autre espèce de Demato¬
phora qu’il a décrit sous le nom de D. glomerata : il ne
présente pas le polymorphisme du Pourridié; comme lui il
peut être parasite ou saprophyte. Les ascospores n’en
sont pas encore connues.
Le travail de M. le professeur Viala, dont je n’ai pu
indiquer ici que les grandes lignes, figurera avec hon¬
neur parmi les meilleures monographies qui ont été
consacrées aux maladies de la vigne. Il est rempli de
faits précis et d’observations qui intéressent au même
point le viticulteur et le mycologue. De bonnes planches
viennent à l’appui du texte et permettent de suivre le
développement.
Paul Hariot.
SUR UN REMARQUABLE ECHANTILLON DE FER NATIF
En poursuivant l’exploration d’un placer aurifère
nommé Prikanavkyi, dans le domaine des mines de Be¬
rezowsk, en Oural, on a recueilli plusieurs lopins de fer
métallique d’un aspect très singulier. M. Nicolas Nes-
torowsky a bien voulu en adresser des spécimens à
M. Daubrée, qui les a déposés dans la collection du Mu¬
séum et qui, avec la collaboration du signataire du pré¬
sent article, en firent une étude détaillée (b).
La figure ci-jointe représente, au double de la dimen¬
sion naturelle, un des échantillons dont il s’agit. Il pesait
72 grammes, mais nous l’avons scié, et soumis à l’action
de l’acide chlorhydrique pour en faire ressortir les ca^
ractères singuliers. Ce qui frappe à première vue c’est sa
texture feuilletée et contournée bien différente de toutes
celles des échantillons étudiés jusqu’ici ; il se présente
comme résultant de la réunion d’une série de lames
métalliques courbées ensemble et qui viennent successi¬
vement affleurer parallèle ment sur saface convexe, comme
font les diverses pages sur la tranche d’une brochure
roulée en cylindre. Certains feuillets de fer ont été un peu
retroussés sur leurs bords et il s’est produit ainsi quel¬
ques crêtes admettant entre elles des matières ocracée».
Le métal qui compose ce singulier spécimen est très
(1) Daubuér et Stanislas Meunier ; Comptes rendus (le
l’Académie des sciences, t. CXIII, p. 172-27, juillet 1891.
magnétique, mais il ne manifeste aucune polarité. Sa
densité, prise sur un fragment de 33 gr. 821, a été trou¬
vée égale à 7. 59 à 17°.
Une surface sciée et polie, comme celle qu’on voit au
premier plan de la figure, est brillante et de la teinte or-
Fer natif de Prikanavkyi, près de Berezowsk, Oural : échan-
lillon du Muséum d’histoire naturelle ; double de la grandeur
naturelle.
dinaire du fer. Traitée par un acide, elle s’attaque d’une
façon sensiblement uniforme sans donner de figures
proprement dites comparables à celles des fers météori-
liques. Ce fait, ainsfque l’absence du nickel, porte à con¬
clure que le métal qui nous occupe n’est pas d’origine
extraterrestre.
La solution du métal dans l’acide chlorhydrique s’est
faite sans résidu. La liqueur, qui était fort acide, a été
presque neutralisée par l’ammoniaque, puis soumise à
un courant d’hydrogène sulfuré préalablement lavé. Im¬
médiatement la liqueur s’est troublée et on a vu se dé¬
poser, en très faible quantité, un précipité brunâtre, qui
est devenu plus foncé par sa réunion au fond du vase et
sa séparation d’avec un peu de soufre et quelques flo¬
cons grisâtres indéterminés.
Ce sulfure a élé. extrait par décantation, lavé et ras¬
semblé au fond d’un tube à essai. Séché, il est devenu
parfaitement noir et on l’a dissous dans une petite quan¬
tité d’eau régale. La dissolution évaporée et reprise par
une goutte d’eau, a donné par la solution alcoolique du
chlorhydrate d’ammoniaque un léger trouble jaunâtre
qui s’est déposé en grains cristallins.
L’ensemble de ces réactions devant faire 1 conclure à
la présence du platine, on a procédé à des vérifications.
Tout d’abord on pouvait s’étonner que du platine con¬
tenu dans du fer fût directement soluble dans l’acide
chlorhydrique. Or, des expériences très simples permet¬
tent de reproduire des alliages de fer et de platine
jouissant des mômes propriétés. En effet, quand on a
réalisé, par la réduction simultanée du chlorure de fer et
du chlorure de platine au moyen de l’hydrogène au
rouge, la synthèse du platine ferrifère (1), on trouve, par
suite d’une séparation accidentelle des deux métaux, tels
points du tube où du platine sensiblement pur s’est dé¬
posé et tels autres où des enduits sont de fer à peu près
seul. Eh bien ! la dissolulion dans l’acide de ces enduits
très pauvres en platine et qu’à première vue on pren¬
drait pour du fer pur, a donné un liquide qui, par l’hy¬
drogène sulfuré, précipite du platine avec l’allure géné¬
rale du résultat fourni par l'échantillon de Berezowsk.
Q) Stanislas Meunier, .Comptes rendus t.XC, p. 234,1890.
LE NATURALISTE
257
D’un autre côté, la quantité de matières dont on dispo¬
sait s’opposant à un dosageprécis, ona cherché à avoirau
moins une idée de la proportion de platine contenu dans
le fer natif. Pour cela, 1 centigramme de platine étant
dissous dans l’eau régale, on étend la dissolution avec du
perchlorure de fer jusqu’à ce qu’un volume analogue
à celui du liquide sur lequel on avait opéré donnât par
l’hydrogène sulfuré un trouble de même intensité.
Deux essais faits, l’un sur la limaille, l’autre par im¬
mersion du bloc dans l’acide, n’ont pas donné des résul¬
tats bien concordants; ils montrent pourtant que le pla¬
tine est en proportion très faible, peut-être 0,1 pour 100.
Des expériences de synthèse portent à penser qu’il ne
s’agit sans doute que d’un mélange de platine ferrifère
avec du fer natif et probablement la porportion du pla¬
tine varie d’un pointé l’autre.
A la surface des échantillons de fer de Prikanavkyi on
remarque des grains lilhoïdes qui sont incrustés dans les
portions ocreuses, soit à l’extérieur, soit entre les feuil¬
lets dont le fer est composé. Ces grains examinés au mi¬
croscope appartiennent à des espèces variées. Celles
qu’on a reconnues le plus sûrement sont le quartz, le
mica, le péridot, le pyroxène, la serpentine, des felds-
paths tricliniques, le fer oxydulé et le fer chromé. Ces m i-
néraux, détachés les uns des autres, ne proviennent sans
doute pas tous du même gisement originel. Le granit et
les roches silicatées magnésiennes les ont évidemment
fournis.
L’association des minéraux magnésiensavec le fer natif
platinifère mérite d’être notée, à cause de sa conformité
avec des faitssimilaires déjà constatés. Déjà, en effet, le
platine ferrifère de Nichne Tagilsk s’est montré intime¬
ment uni avec les roches péridotiques et avec le fer
chromé (1). D’autre part, des granules de fer nickelé ter¬
restre, commeon ena rencontré à la Nouvelle-Zélande (2)
(awaruite) et en Piémont (torrent d’Elmo) (3) sont dans
le même cas ; et les uns et les autres paraissent repré¬
senter des échantillons fortuitement parvenus à la sur¬
face du sol, de roches normalement constituées dans les
profondeurs infragranitiques.
L’ensemble maintenant considérable de données rela¬
tives à ces roches profondes, confirme de plus en plus les
aperçus développés antérieurement, d’après lesquels le
milieu où elles ont pris naissance n’était pas saturé d’oxy¬
gène, de sorte que même les métaux oxydables, comme
le fer, le nickel et le chrome, s’y sontconstitués à l’état
métallique, tantôt simples, tantôt alliés entre eux. C’est
plus tard, sous l’influence d’une scorification, liée inti¬
mement sans doute aux phénomènes qui ont converti le
péridot et les pyroxènes en serpentine, que le fer oxydulé
et que le fer chromé se sont constitués.
Une opinion qui peut se présenter à l’esprit serait au
contraire que les granules métalliques des roches à fer
natif ont débuté par l’état oxydé et que des réductions
postérieures les ont convertis en métal libre. Mais cette
manière de voir, qui intéresse à la fois les masses ter¬
restres qui nous occupent et les météorites, ne saurait
résister à l’examen des faits.
lia paru intéressant de voir ce que deviendrait le fer
oxydulé des serpentines soumis à une influence réduc¬
trice semblable à celle qu’on vient de supposer. Dans ce
Mj D.vubrée. Annales des mines. 7e série t. IX, 1870.
f 2) Ulrich. Quarterly Journal of the Geolorjical Society of Lon¬
don, t XLVI p. 6 i 9, 1890.
(3) Alf. Sella. Comptes rendus du 19 janvier 1891.
but, du fer oxydulé parfaitement compact, extrait de la
serpentine de Firmy, a été soumis en fragments de plu¬
sieurs centimètres cubes à l’action, continuée plusieurs
heures, de l’hydrogène pur au rouge. Le résultat a été un
très beau métal prenant bien le poli, ne contenant pas
trace d’oxygène, mais différant de tous les fers natifs par
son état spongieux. Celui-ci est tel, que la densité appa¬
rente de ce métal ne dépasse pas 4.28.
Au contraire, l’expérience montre que c’est dans tous
leurs détails qu’on reproduit le fer oxydulé et le fer
chromé des roches, en soumettant le fernatifà un alliage
convenable de fer et de chrome on à l’action de la va¬
peur d’eau dans un tube de porcelaine chauffé au rouge.
Stanislas Meunier.
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Purins Conrregesi n. sp. — o’ 32 à 39 j*j 44 millimètres.
Dessus des supérieures brun terreux semé d’atomes ochracés.
La base immédiate «le l’aile est jaune, puis viennent successi¬
vement une ligne extrabasilaire de points, puis deux gros et
parfois quelques petits points isolés dans la partie centrale de
l’aile, enfin immédiatement après la cellule une ligne subter¬
minale d’un jaune un peu plus foncé et bordée de chaque côté
par des points de grandeur et de forme diverses. Tous ces
points sont jaunes. Frange couleur du
à l’extrémité des nervures. Dessous de
dessus, mais les teintes sont plus fo;
nets. Dessus et dessous des inférieures jaune paille avec la
frange concolore, garnis de poils rosés le long du bord interne.
Palpes jaunes intérieurement bruns sur les côtés et aux extré¬
mités; tête, collier et ptérygodes jaunes, thorax jaune brun,
dessus de l’abdomen rosé. Pattes rosées par-dessus, jaunes à
l’intérieur; dessous de l'abdomen jaune. Antennes jaunes, plus
fortement pectinées chez le çf. Trois cf cl l A des environs de
Lova, 1890.
quatre ailes gris terreux. Les supérieures ont vers la base dans
le centre des ailes un trait brun fortement marqué, bordé de
blanc en dessus, de deux points blancs en dessous ; de l’extré¬
mité de ce trait part une ligne blanche droite et qui remonte
obliquement jusqu’au dessus delà cellule. Trois rangées succes¬
sives de taches blanches terminent l’aile : la première, qui part
du bord interne vers le milieu de l’aile; s’arrête à mi-chemin, les
deux autres remontent jusqu’à l’apex. Ces dispositions ne sont
bien indiquées que sur l’un de mes deux exemplaires; dans
l’autre, un peu moins frais, les dessins restent confus. Il est à
supposer d’ailleurs que cette espèce comme beaucoup de nos
gris uniformément semé d’atomes noirs. Frange grise et noire.
Dessous des supérieures gris, côte et bord terminal striés de
brun sur fond plus pâle. Antennes pectinées; tète, corps, pattes
gris, semés de poils blancs ou noirs. Deux a* des environs de
Loya, 1887 et 1839.
Langsdorfia nialina n. sp. — 40 et 45 millimètre Ci
espèce qui se place tout à côté de la Langsdorlia Franckii II C.
a le fond des ailes brun avec quelques reflets jaunes. Les supé¬
rieures, arrondies à l’apex, ont la côte coupée de brun foncé;
au centre, vers la base, se voit une large tache également brun
foncé contenant dans sa partie inférieure un petit trait blanc
argenté ; le milieu de l’aile est traversé par une bande de teinte
l’une en forme de coin entre la bande
centrale et le bord terminal ; la seconde, juste avant l’apex, est
unent cerclée de blanc. Dessus des infé-
pâlc. Franges concolorcs. Dessous des
elliptique, isolée ,
et pattes gris brun ; l’un
long que les ail
i étroites, assez pointues à l’apex, presque droi-
de celui-ci à l’angle anal. Aux supérieures,
258
LE NATURALISTE
reliant à la costale au-dessus delà cellule qui est très allongée;
de l’extrémité de la sous-costale partent trois petits rameaux
qui atteignent l’apex; nervules inférieures 1, 2, 3 à peu près
également espacées, la 4e plus écartée. Comme dans l’Euryda
Variolaris Bdv. il est à supposer que la J diffère très sensible¬
ment du çf
Lafayana eupra n. sp. : — 26 millimètres. Ailes transpa¬
rentes avec les nervures fortement indiquées. Les supérieures
sont couvertes d’écailles d’un beau noir à la base, le long du
bord interne et à l’apex, avec, une fine bordure également noire
le long de la côte et du bord terminal. Les inférieures sont
également noires à la côte et le long du bord interne. Franges
noires. Palpes noirs, tète noire garnie d’un plumet de poils
jaunes, collier, ptérygodes et dessus du corps couverts de poils
d’un beau noir profond; dessous du thorax, base des ailes et
anus recouverts de poils rouge orangé vif ; pattes noires, milieu
de l’abdomen en dessous noires comme le dessus mais garni
de chaque côté de quelques poils rouge orangé. Antennes
noires. Un çf des environs de Lova, 1890.
P. Dognin.
SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
SECTION DES SCIENCES NATURELLES
Bulletin du troisième trimestre
Zoologie.— MM. A. Milne-Edwards et E.-L. BouviERprésen-
tent quelques Observations générales sur les Paguriens recueillis
dans la mer des Antilles et dans le golfe du Mexique , par le
Bi.ake et le Hassler, sous la direction de M. Alexandre
Agassiz. Ils signalent notamment une variété très grande dans
les modes d’adaptation des Pagures: tantôt l’animal se loge dans
.une pierre ou dans une éponge dont il ferme la cavité avec scs
pinces ( Pylocheles ), tantôt il habite un morceau de bois per¬
foré dans lequel il pénètre directement et qu’il ferme en arrière
par une sorte de bouclier abdominal ( Xylopagurus ), enfin cer¬
taines espèces rejettent absolument tout abri et prennent la
forme et le genre de vie des crabes ( Ostraconotus ). Partant
de ce principe que l’adaptation pagurienne est d’autant moins
prononcée qu’un plus grand nombre de pattes paires persis¬
tent à l’abdomen, ils tirent, au moins pour la mer des Antilles,
la conclusion suivante qui ne manque pas d’intérêt : la faune
pagurienne des profondeurs est surtout constituée par des
espèces plus ou moins voisines des formes ancestrales; ces
espèces disparaissent progressivement à mesure qu’on se rap¬
proche des côtes, où elles font place à d’autres très éloignées
des formes primitives. — M. Malard, dans deux notes sur les
Aphrodites , observe que VA. ecliidna M. Intosch, n’a rien de
commun avec l’A. echidna Quatrefages et propose pour elle le
nomd’A .Magellanica ; il considère en outre l’A.sm'ceacommeune
variété, propre auxjners fermées, de l’A. aculeatata. — M. Léon
Vaillant présenté quelques Remarques sur les caractères qui
peuvent permettre de distinguer les Sternotliærus nigricans
Lacépède et Sternothæneus castaneus Schweigger ; les obser¬
vations de l’auteur ont [été faites sur des Tortues de la ména¬
gerie des Reptiles au Muséum.
Dans un travail sur l’anatomie des glandes annexes de
l’appareil génital mâle de la Gerboise de Mauritanie. M. E. de
Pousargues signale la présence de glandules dans l’épaisseur
des canaux eflerents, décrit les rapports de ces canaux avec
les vésicules séminales et signale la disposition en couronne
des glandules prostatiques.
M. Contejean étudie l’innervation de la vessie urinaire chez
la Grenouille : dans cet animal, le centre d’innervation se trouve
au niveau de la S” vertèbre comptée à partir de la tète ; les-
filets qui en émanent passent par les nerfs de la queue de
cheval, d’ailleurs le sympathique ne contient pas de filets vé¬
sicaux. Dans une seconde note sur l 'innervation de l’estomac
chez les Batraciens , le même auteur observe que le centre
des réflexes de la sécrétion du suc gastrique se trouve dans les
plexus intrastomacaux. — D’après une note de M. Perrin,
la musculature du pied de l’Axolotl est identique à celle de la
Salamandre , sauf quelques exceptions sans importance qui
tiennent surtout à un nombre différent de phalanges au pre¬
mier et au quatrième doigts. — M. P. Gaubert décrit, sous le
nom de glandes patellaires des Aranéides, des tubes invaginés,
plus ou moins' sinueux, qui sont groupés à l’extrémité de la
patelle ou 4e article des pattes de certaines araignées ( Cyrlau -
chenius ) ; par leur structure ces glandes se rapprochent de
celles qui sécrètent la soie. — M. Malard signale, à l’entrée
des cæcums hépatiques du tube digestif des Aphroditiens,
deux disques fibreux, se fermant en soufflet au moyen de mus¬
cles marginaux; ces disques permettent aux cæcums de ne dé¬
verser leur contenu liquide, qu’au moment le plus favorable
pour la digestion.
M. Pizon étudie le développement du ganglion et dupavillon
vibratile (hypophyse) chez les Tuniciers du groupe des Botrylli-
dés..Ces deux parties se développent indépendamment l’une de
l’autre. La vésicule endodermique primitive du blastozoïte
émet un diverticule qui s’ouvre secondairement à la partie
antérieure du sac branchial; un peu plus tard, ce tube s’obli¬
tère à son point d’origine et il a dès lors la disposition qu’on
lui trouve chez l’adulte. Quant au système nerveux qui cons¬
titue au début un cordon épiblastique allant de l’ouverture
branchiale à l’orifice cloaçal, il se condense sur le diverticule
précédent pour y constituer le- ganglion définitif.
M. Devaux communique le résultat de ses expériences sur
le sens du goût chez les Fourmis. L’auteur a reconnu que les
solutions de saccharine, dont le goût sucré est si accentué
pour l’homme, non seulement n’attirent pas les insectes, mais
semblent au contraire repousser ceux-ci d’une solution conte¬
nant du sucre, lorsqu’on y a ajouté de la saccharine. —
MM. A. Milne-Edwards etE.-L. Bouvier décrivent unpagurien
nouveau, le Paguristes Marocanus qui, contrairement aux
autres crustacés du même groupe, habitait une coquille sénestre.
Les auteurs pensent que ce Pagure s’était probablement four¬
voyé dans la coquille et que leur observation n’infirme en
rien l’hypothèse, admise jusqu’à ce jour, que la disparition des
appendices au côté droit de l’abdomen, dans les Paguriens
typique*, est due à leur habitat normal dans des coquilles
dextres. — Dans une note sur la digestion stomacale dans la
Grenouille rousse, M. Contejean montre que lès glandes de
l’estomac élaborent de la pepsine et que l’acide sécrété par les
parois stomacales est de l’acide chlorhydrique. Dans une se¬
conde communication, il indique un procédé opératoire pour
mettre à nu le nerf pneumogastrique de la Grenouille , et
pour énerver l’estomac de cet animal.
Paléontologie. — M. H. Filhol comble une importante la¬
cune en décrivant la dentition supérieure de l’Anthracotheriiim
minimum d’après des échantillons provenant de la Milloque
(Lot-et-Garonne). Cette dentition peut être formulée ainsi.
Inc. 3 ; Can. 1 ; Prém. 4 ; Mol. 3 ; elle se différéneie d’ailleurs,
par un certain nombre de caractères, de celle des exemplaires
plus réduits provenant des lignites de Rott et de Rochette. —
Le même auteur signale en outre la présence des P alœrinaceus
dans les dépôts de phosphate de chaux du Quercy. Ces
hérissons fossiles n’étaient connus jusqu’ici qu’à Saint Gérand-
le-Puy ; leur présence dans les phosphates montre qu’ils re¬
montent au moins jusqu’au moment de la formation des
gypses de Montmartre et du calcaire de Brie, dans le bassin de
Paris.
Botanique. — Apropos d’une collection déplantés du Thibet
chinois, envoyée au Muséum par M. Soulié, M. Franchet
observe que la flore de la région (Se-tchuen, aux environs
de Ta-tsien-lou) est intimement liée à celle de l’Himalaya :
on retrouve, en effet, les mêmes espèces dans les deux ré¬
gions, ou bien ce sont des formes représentatives qui s’y mon¬
trent; les mêmes genres, tels que Senecio, Pedicularis, Gen-
f.iana, Pumila, etc, y prédominent d’une façon très accentuée.
\j& travail de M. Franchet, qui est précédé de généralités fort
intéressantes, renferme la description de 17 espèces nouvelles»
appartenant surtout aux genres Senecio, Saussurea, Salvia,
Pedicularis, Genliana.
Technique. — M. Chauveau décrit un nouveau procède
pour la préparation des coupes. Ce procédé consiste essentiel¬
lement dans l’emploi d’un petit appareil (le microplyne) en
forme d’entonnoir, muni à sa partie inférieure d’un disque de’
toile de platine. Il supprime le transport des coupes d’un réac¬
tif dans l’autre, car. ce sont les réactifs que l’on fait successi¬
vement passer sur les coupes. — M. Contejean donne con¬
naissance d’un procédé qui permet de préparer en grande
quantité l’hématoxyline nouvelle de M. Ranvier ; il signale
également une modification qu’il a apportée à la méthode de
M. Mathias Duval pour coller les coupes faites en série après
englobage dans la paraffine.
Conférences. — M. Bourgeois fait un rapport sur les ira-
LE NATURALISTE
259
vaux de la Société française de minéralogie pendant les an¬
née 1889 et 1890. Ce rapport, qui est accompagné de nombreuses
•observations techniques, est imprimé au bulletin de la Société.
M. H. Filhol, qui vient de publier un important volume sur
les Mammifères fossiles de Sausan, retrace l’historique des gi¬
sements fossilifères de cette localité et décrit à traits rapides
les principaux Mammifères fossiles, qu’il a mis à découvert
dans ses fouilles.
L. B.
DÉVELOPPEMENT DE L’HYDROPHILE BRON
(Hydrophilus piceus.)
Tous les êtres, dans la nature, ont un cachet spécial, une
beauté particulière, quelque chose enfin qui les rend dignes
d’attention... Il arrive souvent que ce côté saillant, que cette
particularité nous échappe ; cela tient le plus souvent à ce que
nous ne voyons pas ces êtres dans le milieu pour lequel ils ont
été’dréés, auquel ils’bnt été adaptés.
Il en est ainsi pour le grand Hydrophile brun.
Voyez-le sur terre; c’est un' coléoptère massif, de couleur
sombre, incapable de se mouvoir avec aisance.
Voyez-lc dans l’eau qui est son élément réel. Aussitôt le
coup d’œil change. Son dos en carène lui permet de fendre
l’eau rapidement ; Ses pattes, munies de longs poils serrés qui
font l'office de rames, lui rendent la nage très facile. Sa couleur,
il est vrai, reste la même mais, à peine l’insecte est-il plongé
dans l’eau,, que la fine pubescence dont le métasternum est
recouvert, donne à ce dernier l’aspect d’une lame d’argent
parfaitement poli.
Cet effet est dû à dos bulles d’air extrêmement ténues que
l’insecte accumule en dessous de son corps et qui constituent,
dit Brehm « une provision de gaz respirable qui se trouve
« toujours à portée des stigmates pour permettre à l’animal
« de demeurer longtemps sous les eaux ».
Ce n’est pas seulement à l’état parfait que le grand Hydro¬
phile est remarquable. Chacune des phases de. son existence
peut prouver à l’observateur que l’admirable Providence du
Créateur s’étend- à tous les êtres, si petits soient-ils dans l’or¬
dre des choses.
Nous avons vu l’insecte ; examinons comment il naît et com¬
ment il se développe.
La ponte de l’Hydrophile a été étudiée avec le plus grand
soin par Lyonet.
Les œufs, au nombre de 50 environs, sont déposés, la pointe
en haut, dans une coque ovigère tissée par la femelle avec des
fils blanchâtres sécrétés par deux tubercules qu’elle fait saillir
de- son abdomen.
Cette coque ressemble à une boule piriforme dont l’extrémité
supérieure est allongée en pointe et recourbée à angle droit, ce
qui lui permet de rester accrochée aux plantes aquatiques.
Ce n’est pas tout; comme cet esquif peut, d’un moment à
l’autre, , être. Egnversé, la femelle a reçu l’instinct de làisser au-
dessus de ses œufs un espace plein d’air, grâce auquel la coqüc
reprend toujours sa position la pointe en haut si un accident
quelconque vient à la faire chavirer.
Les jeunes larves, une fois écloses, restent 15 jours dans la
coque qui les a vues naître et se nourrissent très probablement
de la dépouille des œufs d’où elles sont sorties car on n’en
retrouve jamais de vestiges dans les coques que l’on recueille.
La Larve. — Longue de 7 à 8 centimètres quand elle est arrivée
à toute sa taille, cette larve est à peu près de la même couleur
qu’une Sangsue dont elle a, d’ailleurs, assez l’apparence.
La tète, bombée en dessous et concave en dessus vers son
milieu, est constamment relevée, ce qui lui donne l’air d’étre
placée à rebours.
Cette disposition bizarre a sa raison d’être car elle permet
à l’insecte de se nourrir plus facilement des coquillages àqua-
tiques dont il fait sa pâture ; en effet, non seulement la larve
peut aisément, et sans sortir de l’eau, saisir ces mollusques en
dessous, mais encore elle brise leur coquille en la pressant en¬
tre sa tète et son dos. '
Je n’insisterai pas sur les caractères de cette larve dont je
donne, en regard, un dessin détaillé et grossi, tiré du Cata¬
logue de Chapuis et Candézc. — La larve de l’Hydrophilc est
cssentiellèment carnassière et, à défaut de coquillages, s’ac¬
commode fort bien de viande crue lorsqu’elle est «n captivité.
Il est d’ailleurs prudent,- lorsqu’on possède ensemble plusieurs
de ces larves, de ne pas oublier leur nourriture; sinon, elles se
dévorent entre elles.
Par contre, l’Hydrophile, à l’état parfaitj n’est pas carnassier.
Certes, s’il est poussé par la faim, il ne craint pas de s’atta¬
quer à de petits animaux aquatiques, mais il se nourrit, le plus
habituellement, de plantes d’eau et no dédaigne même pas, en
captivité, les feuilles de salade. ■
Ce changement dans le régime est, d’ailleurs, en rapport
avec une modification interne; en effet, chez l’Hydrophile à
l’état parfait, l'intestin devient beaucoup plus long que chez la
larve, c’est-à-dire quatre' ou cinq fois aussi long que le corps (1).
Métamorphoses de la Larve
II est assez facile de suivre les métamorphoses de la larve de
1 ’Hydrophilus piceus. Lorsqu’elle, est arrivée à toute sa taille,
ce que l’on reconnaît aisément à ce qu’elle cesse de manger, il
suffit de la placer sur de la terre humide, que l’on choisit de
préférence au bord d’une mare ou d’un ruisseau, afin de se
rapprocher le plus'possible des conditions normales d’existence
de la larve.
Au bout de deux à trois jours, la larve s’enfonce dans la
terre et 's’v construit une logo dans laquelle elle se tient pour
1 1# .
4 5 6
1 Larve de l’Hydrophilus piceus. — 2 Nymphe £ . — 3^ Insecte
parfait £ . — 4 Tète vue en dessus et grossie. — 5 Tète vue
en dessous. ■ — 6 Dernier anneau de l’abdomen grossi.
ainsi dire debout, légèrement recourbée en demi-cercle, les
pattes appuyées contre Tune des parois. Elle garde cette posi¬
tion sans bouger, pendant quinze jours environ; c’est après
cette période que la peau se fend pour laisser passage à la
nymphe; transition remarquable par le bruit sec que fait çètte
dernière en quittant la dépouille larvaire.
La lymphe
Ce qui frappe tout d’abord dans cette nymphe, c’est l’ar¬
mature, en apparence bizarre, en réalité fort utile, dont son
corselet est orné.
Cette armature consiste, en trois saillies lamelliformes re¬
courbées en demi-cercle, qui sont situées de chaque côté du
corselet, à la partie antérieure. Ces trois lames, qui sonf su¬
perposées, vont en s’amincissant et sont légèrement rougeâtres
vers leur extrémité.
(1) C’est Léon Dufour qui a fait ces observations anato¬
miques.
260
LE NATURALISTE
Le corselet présente, de plus, plusieurs petites épines ré¬
parties tout autour d’une façon assez régulière.
Quant au dernier anneau de l’abdomen, il possède deux
prolongements épineux, assez longs, qui, dé même que l’ar--
Iceau auquel ils sont adaptés, sont de couleur rougeâtre.
Disons enfin, pour compléter cette description, que les ar¬
ceaux abdominaux sont tous munis, de chaque côté, de deux
poils spiniformes et qu’ils présentent, sur leur partie dorsale,
à droite et à gauche, une petite épine sur chacun d’entre eux.
Les mouvements de la nymphe, le plus souvent insensibles
et résidant exclusivement dans l’abdomen, sont parfois très
violents et lui permettent de se retourner complètement.
C’est là que devient évidente la remarquable utilité des appen¬
dices du corselet. Si, en effet, on mouille le sol sur lequel la
nymphe se trouve, on la voit se retourner entièrement par un
de ces mouvements brusques que je viens de signaler, de sorte
que son extrémité abdominale repose sur les deux crochets ter¬
minaux, tandis que la partie antérieure du corps s’appuie sur
les armatures du corselet dont les trois lamelles superposées
font exactement l’office de ressorts.
Do la position prise par la nymphe pendant l’expérience ci-
dessus, il résulte que le but des appendices dont son corps est
muni est de l’empèchcr d'étre mouillée en cas d’infiltration du
sol sur lequel elle repose, ce qui doit arriver fréquemment,
étant donné que la larve de l’Hydrophile choisit, pour se trans¬
former, le bord des mares ou des ruisseaux et qu’il pleut sou¬
vent à l’époque, de sa métamorphose, c’est-à-dire généralement
vers la fin de l’été.
Coloration de la Nymphe.
Au sortir de la dépouille larvaire, la nymphe de l’Hydrophile
est, comme celle du Lucanus cervus, entièrement d’un beau
blanc diaphane, sauf l’abdomen, qui est d’un blanc d’ivoire
opaque.
Il n’y a de colorés que les yeux qui sont tant soit peu lavés
de brun et les appendices du corselet et de l’abdomen qui sont
un peu rosés.
Au bout de trois jours, la tête et le corselet jaunissent un
peu ; les lamelles du prothorax, les appendices du dernier
arceau abdominal, l’extrémité des tarses et les mandibules
passent au rose clair.
Le cinquième jour, les mandibules se colorent presque entiè¬
rement en rouge orangé.
Le sixième jour, les mandibules et les éperons dont sont
munies les pattes sont devenus d’un carmin foncé.
Le septième jour, toutes les parties du corps sont d’un brun
rouge très clair, sauf l'abdomen qui est d’un jaune rougeâtre
et la plaque distinctive du mâle à la patte antérieure qui reste
blanche ; les crochets des pattes antérieures sont d’un jaune
rougeâtre ; quant aux tarses , ils commencent à se dessiner net¬
tement au travers de leur enveloppe.
Le huitième jour au matin, le corps est d’un brun rougeâtre
clair, à part les yeux et l’extrémité des mandibules qui ont toute
leur coloration ; les pattes sont un peu plus foncées. Les palpes
maxillaires, ainsi que les arceaux de l’abdomen (moins le der¬
nier), sont les seules parties qui ne présentent pas trace do
coloration.
Le huitième jour, au soir, l’enveloppe nymphale se sèche et
se rétrécit autour des organes colorés, au point que ces or¬
ganes qui paraissaient boursouflés pendant la vie de nymphe,
n’ont plus que le volume qu’ils auront chez l’insecte parfait. —
On commence également à se rendre compte de la formation
des poils dont les tarses sont munis ; ces poils sont encore in¬
colores ; enfin, la nymphe tient son abdomen tendu, de telle
sorte qu’elle est droite, au lieu d’être courbée en arc de cercle
comme elle l’était depuis son éclosion.
Le neuvième jour, au matin, l’insecte a quitté sa dépouille;
les élytres ont pris leur position normale. En un mot, l’insecte
est tout formé; seulement, il est loin d’avoir acquis une entière
coloration; même, les differentes parties du corps sont moins
foncées qu’elles ne paraissaient l’être chez la nymphe.
L’écusson et les pattes sont entièrement d’un brun rougeâtre
clair; le corselet et la tète sont beaucoup plus foncés; les yeux
sont entièrement colorés ; les élytres sont molles et d’un jaune
rougeâtre clair et très transparent, comme vernissé, un peu
plus foncé le long de la suture.
Les pièces de la bouche sont encore blanches, ainsi que les
palpes maxillaires et les antennes, ces deux dernières pièces
étant encore repliées.
L’abdomen est resté d’un beau blanc, sauf la moitié do
l’avant-dernier arceau qui est d’un brun rougeâtre, et le der¬
nier, qui a toute sa coloration.
Les différentes parties du sternum sont à peine nuancées;
elles le sont un pou plus sur les côtés, aux endroits couverts
de pubescence.
Quant à la carène métasternale, elle est encore blanche, saut
la pointe qui fait saillie entre les jambes postérieures.
La dépouille de la nymphe présente ces mêmes filaments
blancs que j’ai signalés chez la dépouille de la nymphe de la
Cétoine dorée (1), et l’insecte, quand on le dérange, rejette
ce même liquide incolore et transparent dont j’ai constaté
l’émission chez la Cétoine.
Le soir du neuvième jour, les élytres sont devenues d’une
belle nuance acajou clair vernissé, et le rebord externe offre
des teintes d’un vert cuivreux. Le métasternum, sauf la carène,
est un peu plus foncé ; la pubescence est bien apparente.
Le dixième jour, au matin, les élytres. encore très molles,
ont pris leur couleur définitive; les arceaux du ventre ont
leurs contours colorés en rouge brun foncé; la saillie métas¬
ternale est en entier de la même couleur.
Le dixième jour, au soir, les élytres ont pris une certaine
élasticité, mais elles sont encore molles. Le dessous du corps
est entièrement rougeâtre.
Le onzième jour, les pattes sont presque entièrement colo¬
rées ; les palpes, les antennes et les pièces buccales ont pris
leur couleur naturelle ; les élytres ne sont plus molles qu’à
l’extrémité. L’abdomen et le métasternum, encore rougeâtres,
ont pris de la consistance; on aperçoit très bien l’ouverture
des trachées sur les bords latéraux de l’abdomen.
Le douzième jour, l’abdomen est devenu acajou foncé et les
élvtrcs ont pris presque toute leur fermeté ; l’insecte reste tou¬
jours sur le dos, mais se débat quand on le touche.
Enfin, le quinzième jour, l’Hydrophile se meut dans le
bocal où je l’ai placé ; toutefois, ses élytres ne sont pas encore
entièrement durcies.
Telles sont, notées au jour le jour, les différentes phases de
coloration de 1 ’Hydrophilus piceus. Sans être aussi brillantes
que celles de la Cétoine dorée, elles ne sont pas moins curieuses
ni moins belles, et les nuances très variées par lesquelles
passe notre insecte procurent à l’observateur plus d’une sur¬
prise agréable.
Lorsqu’il est à l’état libre, l’Hydrophile sort-il de sa retraite
dès le quinzième jour? Je ne le crois pas. Tout au moins ne
va-t-il pas à l’eau, car celui sur lequel j’ai expérimenté, bien
qu’il fût fort grand et bien développé, s’est mal trouvé du
régime aquatique auquel je l’avais soumis. C’est à peine s’il
touchait aux aliments que je lui donnais, et quelques jours
après, il était mort.
J’ai donc tout lieu de croire qu’une quinzaine de jours au
moins est nécessaire à l’Hydrophile, comme d’ailleurs à tous
les grands Coléoptères, pour que ses organes acquièrent la
force dont ils ont besoin.
En effet, pour n’en citer que deux exemples, les Lucanes, que
nous voyons apparaître normalement dès le commencement de
juin, sont éclos depuis le mois d’avril, et VAromia moschala,
qui éclôt vers les premiers jours de juillet, existe depuis le
mois de juin, toute formée dans les branches d’osiers où sa
Louis Planet.
Description de deux espèces nouvelles d’Oiseaux
APPARTENANT AUX FAMILLES DES PARADÏSEIDÆ
ET DES TROGONIDÆ
Il y a peu de temps, M. Mantou, négociant à Paris, a donné
au Muséum d’histoire naturelle la dépouille, préparée à la
mode papou, c’est-à-dire aplatie et privée de ses pattes,
d’un Paradisier qu’il avait trouvé dans un lot d'oiseaux de
parure, et qu’il avait immédiatement jugé différent du Para¬
disier proméfil ( Plilorhis ou Craspedophora magnifica EU.),
(1) Naturaliste n° 60 du 1°'' septembre 1889.
LE NATURALISTE
Cette opinion me parait absolument fondée, et je crois même
pouvoir aller plus loin en rapportant la dépouille que j’ai sous
les yeux à une espèce distincte de celles qui ont été décrites
jusqu'à ce jour dans le genre Ptilorhis. Ces espèces sont au
1° Ptilorhis paradisea (Sw.), du sud-est de l’Australie;
2° Ptilorhis Victoria. (Gould), des îles Barnard, au nord-ouest
3° Ptilorhis Alberti (Ëlliot), du cap York et de quelques loca¬
lités du nord-ouest de l’Australie;
4“ Ptilorhis magnifica (VA, du nord de la Nouvelle-Guinée
et de quelques îles voisines ;
5° Ptilorhis intercedens (Sharpe), du nord-est de la Nouvelle-
pie
de la Nou-
6“ Ptilorhis D
velle-Guinée;
1" Ptilorhis Wilsoni (Ogd.), dont l’habitat précis n’cst pas
encore connu, et qui a été considéré par M. Salvadori comme
étant peut-être identique au Pt. majoré Finsch), ou Pt. magnifica
major (Schleg.J, simple variété locale du Pt. magnifica.
Le Ptilorhis Duyvenbodei, décrit primitivement sous le nom
de Craspedophora Duyvenbodei, pourrait plutôt, suivant M. le
IV A. -15. Meyer, être pris pour type d’un genre nouveau
ryphephorus, à cause de la disposition et de la
nature érectile dos plumes de son camail.
Le Ptilorhis intercedens se rapproche beaucoup du Pt. ma¬
gnifica et doit être placé, avec cette dernière espèce et le
Pt. Alberti dans le sous-genre Craspedophora (Gr .), tandis que
les Pt. paradisea et Victoria- sont de vrais Ptilorhis, chez les¬
quels le plastron métallique de la gorge et de la poitrine esl
toujours beaucoup moins étendu et ne se trouve pas limité infé-
i dans les deux premières espèces, par deux
l’une de couleur pourpre, l’autre d’un
je vais donner une description
Craspedophora par la présence de
se distingue facilement des Craspe¬
dophora magnifica, Alberti et intercedens par l’aspect de son
plastron métallique. Ici, en effet, le menton est revêtu, de
même que les côtés de la tète et le front, de plumes courtes,
veloutées, d’un rouge pourpre foncé, auxquelles succèdent des
plumes un peu élargies en arrière, légèrement soulevées et
complètement différentes par leur aspect des plumes réguliè¬
rement appliquées et disposées en écailles des Craspedophora
magnifica. Ces plumes sont d’un vert métallique, à reflets
bleuâtres quand on les regarde d’avant en arrière, et à reflets
pourprés quand on les regarde latéralement. Les reflets
pourprés s’accusent de plus en plus du côté de la poitrine, où
les plumes prennent un aspect velouté et ressemblent aux
plumes qui couvrent la région dorsale. Vers le bas, le plastron,
qui rappelle un peu celui de certains Manucodes, est limité
comme je l’ai dit plus haut, par une première ceinture d'un
brun pourpré suivie d’une seconde ceinture d’un vert olive.doré,
se fondant en arrière avec la teinte pourprée foncée des flancs
et de l’abdomen, sur le milieu duquel on remarque une ou
tachées do blanc. Les panaches latéraux, formés
le longues plumes décomposées qui portent des flancs,
plus longs et plus fournis que chez les Craspedophora
aires. En outre, de chaque côté de la poitrine, au-dessus
chaque côté de la poitrine,
de la double, ceinture, on voit des rudiments de parements,
consistant en trois ou quatre plumes arrondies, ornées d’un
liséié vert bleuâtre, à reflets métalliques.
Toute la partie antérieure du verlex est couverte de plumes
courtes, veloutées, d’un rouge pourpre foncé, se rattachant à
celles des joues et du menton et ressemblant aux plumes qui
garnissent le front et la région des narines dos Craspedophora
.ifica; elles sont suivies do petites plumes vertes, arrondies
écailles auxquelles succèdent sur la nuque de
plumes veloutées qui, par leur nature et leur mode
ation, établissent la transition vers les plumes du
Les plumes vertes de la région postérieure du ventre
la calotte métallique qui couvre le sommet
Craspedophora ordinaires.
i est d’un noir de velours, à reflets pourprés, très
accusés sous un certain jour, lorsqu’on regarde l’oiseau en
dessus, et d’avant en arrière. Les couvertures supérieures des
ailes sont de la même couleur que le dos, mais les couvertures
supérieures de la queue offrent des reflets pourpics plus ac¬
cusés, et quelques-unes do ces dernières plumes sont morne
d'un beau violet à l’extrémité. Les rectriccs latérales sont d’un
noir pourpré, les rectriccs médianes d’un vert métallique quand
les regarde d’avant en arrière, et d'u
sens inverse.
i s’ob-
Lcs pattes i
blemcnt do couleur noire,
que chez le<
moins élargi et plus fortement caréné à la base, la carène
s'enfonçant dans la masse des plumes frontales.
La longueur totale de l’oiseau est de O™, 310, du bout du bec
à l’extrémité delà queue ; l’aile mesure 0“,192; la queue om,120,
et le bec (culmen) 0m,0G5.
Je proposerai de désigner cette belle espèce de Paradisier
sous le nom de Craspedophora Man ton i.
C’est également dans un lit de dépouilles destinées à la plu-
masserie que. se trouvait un spécimen que le Muséum a acquis,
il y a quelques mois, de M. Dardelin, et qui se rapporte proba¬
blement aussi à une espèce nouvelle. Ce spécimen, d’ailleurs,
est originaire d'un tout autre pays et appartient à un tout
autre groupe que le précédent. C’est un Couroucou, provenant
sans doute de l’intérieur du Vénézuéla et oflrant les caractères
essentiels du sous-genre Calants, sans pouvoir être attribué à
aucune des espèces actuellement connues de ce groupe. Toutes
celles-ci, en effet, le Trogon ou Calurus antisianus d'Orb.
comme le C. auriceps Gould, le C. fulgidus Gould
C. pavoniarus Spix, ont le ventre d’un rouge vif,
Couroucou acquis de M. Dardelin a l’ali
orangé. Et cette teinte qui s’étend j
n’cst pas le résultat d’une préparation post mortem, puisqu’elle
n’est pas absolument uniforme et apparaît graduellement sur
certaines plumes, tandis qu’elle est i
La tète est d’un vert métallique, à reflets dorés
principalement sur l’oeciput et sur la région des oreilles; le
dos, les couvertures alaires et les couvertures caudales, qui
offrent le même développement que chez les autres Calurus,
sont de la même couleur sur la tète, mais avec des reflets rou¬
geâtres moins accusés, et la queue ne présente pas la même
coloration que chez le Calurus antisianus, ses pennes étant
d’un noir uniforme, de même que les rémiges. Le bec, beau¬
coup plus large que dans cette dernière espèce, mais également
dépourvu de dentelures sur le bord de la mandibule supérieure
échancré vers la pointe, est d’un jaune
que les pattes sont d’un brun foncé avec les
ongles noirs. Enfin, les plumes du Iront
do chaque côté,
des sortes de disqu
if, tandis que le
i d’un beau jaune
La longueur totale de l’Oiseau est de (ln’,363 ; la loi
l’aile de 0m,21î> ; celle de la queue de 0m,213; celle du bec
culmen) de 0m,01ü.
Je proposerai pour cette espèce nouvelle le nom de Trogon
(Calurus) llargitti, le dédiant à mon ami et collègue, M. Ed. Ilar
gitt, membre de la Société zoologique de Londres.
E. Ol'STALET.
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du 28 Septembre. Néam.
Séance 'lu 5 Octobre Not< d M. (i Lechartrier sur les
variations de composition des topinambours au point de vue
des matières minérales. Ces variations peuvent être rapportées
à deux influences ; celle des engrais employés et celle des agents
atmosphériques, et la seconde est au moin
micrc ; aussi l’analyse seule d’une plante ne
les défauts ou les qualités de la
égale à la pre-
à!. Chance
-'haitveau présente une note ,1e M M. A. Rode/ et J. Courmoul
sur l’existence simultanée dans les cultures du staphylocoque
pyogène, d’une substance vaccinante et d’une substance prédis¬
posante; la première est précipitable par l’alcool, ,
soluble dans l’alcool. Dans les cultures, les effet:
tance prédisposante marquent ceu
nantc ; il'y adoncinlérét â les isoler.— M. K.
ère, le Splanchnotrophus WUlcmi vit sur un
îoiis coronata, les feint”
tspèce de sac dans les téguments du Mollusque ;
nàles, ils sont internes et libres dans la cavité
le l'hôte.
Une autre espèce est un Lichomolgide
générale de
262
LE NATURALISTE
genre MocLiolicola et habitant la cavité pallêale du Pccten oper-
cularis. Enfin une troisième espèce habite les branchies des
Sabelles, c’est aussi un Lichomolgide du nom de Sabelliphilus
Sarsii. ,
Séance du 12 Octobre. — Note de M. Chauveau sur la
théorie de l’antagonisme dos champs visuels. Cet antagonisme
est une manifestation de l’influence exercée par les excitations
d’une rétine sur les centres optiques on rapport avec l’autre
rétine ; c’est un acte central et non un phénomène périphé¬
rique, l’organe récepteur ne participe pas à son exécution ;
l’acte se passe tout entier dans les organes percepteurs. Cette
assertion est difficile à démontrer, mais les expériences plaident
en sa faveur. — Dans une seconde note, M. Chauveau décrit, avec
détail l’appareil stéréoscopique nécessaire pour l’exécution des
diverses expériences relatives à l’étude du contraste binoculaire
dont les résultats ont fait l’objet de plusieurs communications
antérieures. — Note de M. G. Lecharlrier sur les variations de
composition des topinambours aux diverses époques de leur
végétation. L’auteur insiste principalement sur le rôle des
feuilles dans l’alimentation des tubercules, et il conclut de ses
observations que le dosage comparé de l’acide phosphorique et
delà potasse dans les feuilles prématurément altérées, et dans
les feuilles saines, permet de découvrir les principes qui font
particulièrement défaut au sol. — M. de Lacaze-Huthiers pré¬
sente une note de M. Alph. Labbë sur les Hématozoaires de la
Grenouille. Parmi les parasites intraglobulaires ou Cvtozoaires,
l’autour insiste'sur les Drepanidium, corpuscules vermiformes
pourvus de noyaux et de vacuoles, qui attaquent les hématies,
les leucocytes, et les cellules de la rate et du foie. Ces Drepani¬
dium se conjugucntà la manière des Infusoires. Leur parasitisme
est plutôt une symbiose, mais par la destruction des globules,
les Drepanidium peuvent entraîner l’anémie. Outre ce parasite
l’auteur cite encore les Hémamibcs et un Flagellé, le Polimilus
montrant trois ou quatre flagella et se rattachant à la forme
Trypanosoma.
A.-E. Malard.
ERRATOM
Dans l’article de M. Rouy (Diagnoses d’espèces nouvelles ou
peu connues ), paru dans le numéro du 15 octobre, lire :
Première colonne, en descendant :
Ligne 1, aulieu de COINCYA Genus Rouy : « Genus COIX
CY\ Hong. »
Ligne 4, au lieu de 3 latérales : « 2 latérales ».
Ligne 28, au lieu de late viridia : alœte viridia ».
Deuxième colonne, en descendant:
Ligne 2, au lieu de Raphanées : « Cakilinées ».
Ligne 3, ajouter après Raphanus : « auquel Vont rapporté
MM. ° Porta et Rigo ».
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Trans. Linn. Soc. (Zool.) 5, 1891, pp. 187-212; 245-
263.
G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
CARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13e ANNÉE
28 SÉRIE — ï\'°
la NOVEMBRE 1891
1 13
SUR UNE CRISTALLISATION REMARQUABLE DU GYPSE
Au cours d’une excursion géologique que j’ai faite cet
été avec les auditeurs du Muséum dans les tranchées
du nouveau chemin de fer de Mantes à Argenteuil, aux¬
quelles M. Ramond et M. Dollfus ont consacré des études
si intéressantes je fus prévenu en passant à la station de
Triel qu’on avait récemment trouvé des plantes fossiles
dans la roche.
En réalité il s’agissait du très bel échantillon que
représente la figure ci-jointe et que très aimablement on
s’empressa de me donner pour la collection géologique
du Muséum où il est actuellement déposé.
L’axe de chacun des amas cristallins simulant un ra¬
meau est déterminé par une très fine fissure de la
marne qui paraît avoir déterminé le groupement des
individus gypseux. En divers points cette fissure est in¬
crustée de gypse compacte.
La production d’un semblable accident ne semble pas
très facile à expliquer, au moins à première vue. Il faut
cependant noter que le milieu marneux semble avoir
procuré aux molécules cristallins une facilité spéciale
pour se grouper symétriquement. On sait en effet que
tous les beaux cristaux de chaux sulfatée proviennent,
non point des couches de pierre à plâtre, mais des
assises marneuses imprégnées d’eaux séléniteuses. C’est
ainsi que les belles macles si connues à cause des éclats
Bloc de marne renfermant de petits cristaux de gypse ordonnés suivant une disposition qui rappelle une apparence
végétale. Des couches de l’éocène supérieur des environs de Triel Seine- u-Oise . — Echantillon du Muséum de paris,
1/2 de la dimension naturelle.
C’est un bloc de marne blanchâtre, un peu magné¬
sienne et dans laquelle se sont constitués de très nom¬
breux cristaux de gypse, de très faible dimension, et
ordonnés, comme on le voit, suivant une disposition qui
rappelle en effet à première vue des branchages gracieux
couverts de petites feuilles.
Chacune de ces soi-disant feuilles est un petit cristal
de gypse parfaitement complet rentrant dans la variété
cristallographique que Haüy désignait sous le nom de
trapézienne et où l’on reconnaît, comme très prépondé¬
rantes, les faces g1, m et i. Il faut ajouter que, pour l’or¬
dinaire, les faces m et i sont très sensiblement courtes;
il en résulte que le contour général perdant ses angles
se rapproche d’autant plus de la forme ovale ordinaire
des limbes de feuilles. La dimension des cristaux
d’ailleurs est fort réduite et ne dépasse pas quelques
millimètres.
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
en fer de lance qu’elles donnent par leur clivage, se ren¬
contrent exclusivement dans l’épaisse assise de marne
verdâtre qui règne entre la %base de la haute masse et
le sommet de la seconde masse de pierre à plâtre. C’est
ainsi également que l’argile plastique, à Vaugirard
comme â Auteuil et ailleurs, fournit depuis longtemps
aux collections les élégantes cristallisations de gypse
« en roses » que l’on chercherait en vain dans les couches
entièrement constituées par du sulfate de chaux.
A l’intérieur des « masses » on remarque la même
chose ; et il y a bien longtemps déjà que j’ai signalé à
Annet, près de Thorigny, à Argenteuil, à Soisy et dans
d’autres localités encore, des couches subordonnées à la
seconde masse, relativement riches en éléments mar¬
neux et où le gypse, au lieu d’être simplement saccha-
roïde, prend une texture qu’on peut qualifier de porphy-
roïde. On y remarque en effet, parmi des éléments cris-
26'
LE NATURALISTE
talüns extrêmement fins et mal formés, d’innombrables
petites lentilles gypseuses dont les faces un peu courbes
peuvent être déterminées avec précision.
Du reste l’influence d’un milieu marneux ou argileux
se fait sentir pour d’autres minéraux que le gypse. Le
sel gemme cristallise fréquemment en dehors des len¬
tilles compactes et au sein des argiles encaissantes, et tout
le monde connaît, à la base du terrain de gypse comme
à d’autres niveaux argileux, des empreintes de trémies
provenant d’un minéral soluble qui ne peut être que le
sel gemme et qui témoigne du même fait.
Aussi est-ce ici la place de noter qu’on peut artifi¬
ciellement bénéficier des conditions favorables à la cris¬
tallisation qui appartiennent si nettement aux pâtes ar¬
gileuses. Il y a bien des années que Séguin aîné (1) a
écrit le passage que voici : « Si l’on délaye de l’argile
avec une dissolution de sel, que Ton en fasse un mélange
aussi épais que Ton voudra et qu’on l’abandonne à lui-
même, au bout d’un certain temps et lorsque le mélange
sera durci, on trouvera dans l’intérieur de la masse des
parties de sel cristallisées qui ont déplacé l’argile, tandis
que les parties salines ont traversé la masse déjà à l’état
solide pour venir se réunir sur certains points et y former
des cristaux réguliers. » J’ai de mon côté répété des ex¬
périences analogues en gâchant de l’argile avec la solu¬
tion de gypse dans l’acide chlorhydrique et aussi avec le
mélange des solutions aqueuses du sulfate de soude et
du chlorure de calcium dans des conditions où, sous
l’influence de sursaturation, le sulfate de chaux ne se
dépose pas encore. Dans les deux cas j’ai obtenu des
petits cristaux de gypse parfaitement reconnaissables.
Ces faits, qui dépendent du grand chapitre des mouve¬
ments moléculaires dans les masses solides et auquel
se rattachent par exemple les exemples de constitution
des rognons pyriteux dans la craie, s’appliquent évi¬
demment aussi à la production des cristaux de gypse
dans la marne de Triel. Leur étude réserve sans doute
encore des découvertes intéressantes.
Stanislas Meunier.
ÉLEYAGE DE PYROPÏÏORES
( Coléoptère de la famille des Elatérides.)
M. J. -B. Pichl, de Prague, est arrivé à obtenir sur des
brins de canne à sucre secs et en les nourrissant de raisins, de
ligues et de biscuits sucrés, des sujets de Tyrophorus ( elater )
noctilucus. C’est un coléoptère de 30 à 50 millimètres de long,
remarquable par la lumière intense qu'il dégage de son
thorax et fortement apprécié pour cette qualité par les femmes
du Mexique, qui s’en parent. D’ailleurs, il n’y a pas que les
Indiennes qui sachent s’en servir : les grandes dames de New-
York paient volontiers ces petites bêtes vivantes à raison de
10 à 20 dollars la pièce aux matelots, qui les apportent de
Cienfuegos, de Havana ou de Vera-Cruz, où elles sont l’objet
d’un véritable commerce sous la dénomination de cucuyos. Le
transport des précieux coléoptères à l’état vivant n’est pas
bien difficile. En 1766, un certain nombre de pyrophores
avaient été emportés par hasard à Paris, dans un morceau de
vieux bois, et s’étaient envolés au milieu de la nuit, causant
une vive émotion dans le îaubourg Saint- Antoine ; le fait est
consigné dans les mémoires de l’Académie des sciences do 1766.
Le cycle de développement du pyrophorc dure deux ans. Le
coléoptère adulte vit environ quatre mois. Son activité com¬
mence au coucher du soleil ; et, pendant trois heures de suite,
11 luit avec une intensité telle qu’on peut lire à la lumière qu’il
dégage ; puis il se met à manger, et alors la lumière, qui d’ail-
(1) Corrélation des forces physiques par Grovo, p. 309,
in- 8°, 1856. Paris.
leurs est réglée à volonté par l’animal, devient plus faible.
L’élevage du cucuyo se vulgariserait certainement bien vile
dans le monde des amateurs. La science saura tirer profit éga¬
lement de l’élevage du cucuyo pour approfondir les causes de
cette phosphorescence animale, dont l’étude au laboratoire
n’était pas jusqu’ici précisément commode.
Doit-on conseruer le nom de TIPHOBIA
appliqué à un genre de Mollusque ?
Dans un des derniers numéros du Journal de Con¬
chyliologie, M. Edgar A. Smith, l’auteur du genre Tipho-
bia, remarquable forme de mollusque découverte dans
les eaux du Tanganika, se refuse à reconnaître l’utilité
du changement opéré par moi dans la nomenclature par
l’application du vocable générique Hilacantha à cette
même forme, à cause de l’existence antérieure d’un genre
de Coléoptères désigné par M. Pascoe sous le nom de
Tiphobia. Tout en reconnaissant avec M. Smith que les
étymologies diffèrent, il me paraît bon, dans l’espèce,
de suivre la règle proposée par la Société zoologique de
France, en 1881.
Or, l’assemblée de savants qui se sont réunis à cette
époque a émis l’avis que « lorsque des noms de genre
« ou d’espèce auront en latin une prononciation si peu
« différente qu’il en résulterait une confusion, le premier
« seul devra être conservé ».
En cette circonstance, les vocables Tiphobia e t Typhobia
n’ont pas seulement une prononciation à peu près sem¬
blable, mais encore identique ou peu s’en faut. M. Smith,
dans son article, cite quelques exemples de noms simul¬
tanément employés en zoologie et qui ont une pronon¬
ciation analogue sans que Ton songe à modifier celui qui
a été le plus nouvellement proposé. Je dois dire que,
d’abord, dans les exemples qu’il cite, la différence de
prononciation est plus appréciable et que, d’ailleurs, on
ne peut ériger en principe un fait existant. En d’autres
termes, et si Ton veut suivre rigoureusement le principe
admis plus haut par des hommes d’une haute valeur,
ces noms devront peut-être eux-mêmes être changés si
de leur emploi peut résulter une confusion.
Comme corollaire de ce qui précède, je maintiens la
substitution du vocable Hilacantha à celui de Tiphobia,
E. A. Smith, laissant aux naturalistes, qui ont maintenant
sous les yeux toutes les données de la discùssion, le soin
de décider.
C. F. Ancey.
SCR CI MOLLUSQUE I0CYE1C
CryptBzcca inonodonla, nov. gen. nov. spec.
Pendant l’automne de 1876 un confrère en malacologie
était venu à Bayonne curieux de recueillir, de sa main
et sur les habitats mêmes, les espèces de Mollusques
spéciales à la région.
Nous l’avions conduit à Bramepan et lui ayant dési¬
gné le point précis où dans les mousses il pouvait voir
des Acme Cryptomena en mouvement et en ramasser,
nous étant quelque peu écarté de lui nous aperçûmes
une petite coquille brillante que nous mettions à part
dans un petit tube, la considérant comme un exemplaire
de Z ua lubrica d’une taille inférieure. Ce fut cette parti-
LE NATURALISTE
265
cularité qui nous décida à la garder à part et comme
son espèce n’avait rien que de commun, nous ne par¬
lâmes pas d’une trouvaille, insignifiante pensions-nous.
L’échantillon en question demeura bien au moins trois
semaines sans être regardé, mais aussitôt que nous
l’eûmes examiné à la loupe, il devint évident pour nous
que nous nous étions trompé, ce n’était pas un Zua que
nous avions recueilli. Durant un certain temps ce fut
au genre Azeca qu'il fut attribué. Le test trouvé était vide,
rien de l’animal ne put donc être reconnu. Pendant plus
d'une année des recherches multipliées et actives pour
obtenir de nouveaux sujets furent vaines, il ne fut trouvé
que quelques débris et le spécimen demeura considéré
comme Azeca.
Un jour du mois de juin 1877 près de Cambo, aux
bords d’un petit affluent de la Nive, sur un revers de ter¬
rain tapissé de plantes diverses et surtout de mousses,
quelques individus furent découverts s’agitant presque
sur les racines des dernières. Sur les lieux mêmes, alors
qu’ils étaient bien vivants, nous pûmes observer l’animal
et en écrire immédiatement la description à laquelle nous
n’avons rien eu à changer, mais seulement à y ajouter ce
qui concerne une particularité confirmée par l’anatomie.
Animale supra griseo rubescente, super capite fere nigro , infernê
albesccnte ; tentaculis superioribus validis , apice subinflatis , nigrescen-
tibus , punciulo oculare médiocre; tentaculis inferioribus valdè sepa-
ratis, brevioribus; capite probiscidi forme, supra sulcato; posteriùs
corpore subiter valdè truncato , truncatura subfossulata , glandulas
mucipares includcns , dein cauda satis elongata terminalo; disco
crasso à corpore sulcovalido longitudinale separato; margine elevato,
transversim sulcato, et infernê a sulcis crenulato circumcincto.
Animal d’une extrême agilité, marchant rapidement
et cependant timide ; inquiet au moindre obstacle qu’il
rencontre sur la route qu’il suit, ou s’il pressent un
danger, il relève alors le mufle, l’allonge d’une façon
démesurée, l’agite en tous sens, puis parfois exécute
avec vitesse deux ou trois tours sur lui-même. Il replie
aisément son corps pour se jeter de côté s’il trouve
devant lui quelque déclivité ou toute autre difficulté pou¬
vant gêner sa marche en avant dans la direction qu’il
veut suivre. Le corps est d’un gris roux en dessus s’atté¬
nuant jusqu’à devenir blanchâtre sur les lianes. La
région occipitale au contraire est plus foncée, presque
bleue. Tentacules supérieurs relativement forts, du même
gris que le haut du corps, terminés par une légère
enflure en forme d’olive, nerf tentaculaire très foncé;
bleu noirâtre. Point oculaire médiocre, situé un peu en
arrière et en dedans. Les inférieurs très séparés des
supérieurs, de même nuance que leur nerf tentaculaire.
Le mufle est large, allongé, divisé par un fort sillon qui
suit toute la longueur du cou et se prolonge sur la lèvre
qu’il divise en deux lobes. En arrière le corps est de
même couleur qu’en avant, il se tronque brusquement
et sur le bas de la troncature on distingue une cavité
peu profonde dont l’orifice à peu près rond n’apparaît
bien qu’alors qu’il s’ouvre et se ferme comme soumis à
l’action d’un sphincter. Il est du reste bien indiqué par
la raison que la région qu’il occupe est d’une nuance
plus foncée que les parties environnantes. Au delà de la
troncature se trouve la queue assez longue et terminée
par une pointe émoussée presque arrondie. Tout le corps
repose sur le système locomoteur qui est fort épais
puisque son élévation égale à peu près le tiers de la
hauteur totale, corps et pied compris. La marge qui le
borde est nettement séparée par un sillon bien prononcé.
L’épaisseur considérable de cet organe lui donne sans
doute une grande force, et c’est peut-être à cette cause
qu’est due l’extrême vivacité du Mollusque? Deux faibles
sillons longitudinaux divisent les flancs de l’animal en
trois zones, des rides transverses les réticulent. La marge
qui borde le pied est elle-même divisée par des sillons
transverses assez vivement prononcés, ils festonnent son
bord inférieur et se recourbent en arrière dans les mou¬
vements de translation. Lorsque l’animal est sorti de la
coquille, une portion du manteau recouvre l’épaississe¬
ment ou callosité qui rend le péristome continu, mais il
ne le dépasse pas, nous reviendrons sur cette particula¬
rité, occupons-nous actuellement de la coquille.
Testa minuta , subelliptica, inferne latiore , apice obtura, longitu-
dinaliter minutissime et regulariter striata, translucida, nitida, pal-
tido-fulva; Anfractibus V- VI, lente crescentibus,/ere redis, vix
subconvexis, sutura lineare, haud prof unda junclis ; ultimo anfradu
majusculo, 2/3 testa œquantc; Apertura elongata, subpyriforme, su¬
perné angusta ; margine exteriore curviter extenso et intus leviter
inflexo, paulo incrassato, svbrotundato, bruneo, margine columellare,
inferne in tribus lineis separato , linea inferiore dentem satis
prominentem ferons, linea intermedia columellam sequente et evanes-
cente, linea exteriore incurvata, alterum marginem junclante. sic
peristomate continuo. Long. 0m004, lat. 0m00 1,6.
Nous avions d’abord eu l’idée que la petite coquille
dont il s’agit devait appartenir au genre Azeca et nous
l’avions rangée parmi ceux-ci, nous basant sur sa
forme, sur le développement du dernier tour, sur la
courbure du bord externe de l’ouverture, enfin sur la
dent columellaire qu’elle possède.
Ce qui nous confirmait surtout dans cette opinion,
c’est que nous remarquions sur notre test un caractère
propre au genre Azeca, que cependant nous croyons non
signalé. Il consiste en ce que le péristome, qui est sur¬
tout épaissi au bas de l'ouverture, se trouve toujours
divisé en trois parties pour rejoindre la columelle. La
ligne qui le dessine au dedans fait suite à la dent infé¬
rieure, c’est la première partie. Quant au contour exté¬
rieur, il se bifurque, une étroite saillie se dessine et se
prolonge plus ou moins sur la callosité qui recouvre la
paroi aperturale, elle constitue la seconde partie. La
troisième prend à peu près au même point que la
seconde, elle limite par une saillie nettement établie
l’épaississement calleux et va rejoindre le bord externe.
Revenons à notre coquille. Elle est beaucoup plus
petite que celle des Azeca, sa forme est à peu près ellip¬
tique, élargie par le bas, obtuse au sommet, sa couleur
est d’un jaune fauve assez clair, elle est brillante, très
finement et assez régulièrement striée dans le sens longi¬
tudinal, son test parait mince, il est assez transparent.
La spire est presque droite, les tours qui la composent
sont au nombre de six, croissant lentement jusqu’au
dernier qui est de beaucoup le plus grand. 11 égale à lui
seul les deux tiers de la longueur totale, cette dimen¬
sion et le peu de convexité de chacun des tours de spire
imprime à cette espèce une physionomie assez particu¬
lière, ainsi que cela se remarque sur les Azeca. L’ouverture
est longue, assez resserrée, presque pyriforme; son bord
externe s’épanouit suivant une double courbure, pour
s’infléchir très légèrement vers le dedans, ce qui au pre¬
mier regard semble permettre de croire qu'il existe une
faible callosité ou épaississement plus prononcé sur le
point de l’inflexion. Il est en effet légèrement épaissi
et teinté en brun roux; l'angle sous lequel il s’inserre
sur la paroi aperturale est assez aigu. Le bord columel¬
laire en le prenant du bas, se ramifie, ainsi que nous
LE NATURALISTE
2R0
l’avons indiqué plus haut en le considérant comme le
cas d’un caractèrè générique. La ligne interne qui le
limite au-dedans s’enfonce légèrement et vient former
une dent bien marquée au bas de la columelle, le con¬
tour externe se bifurque, une ligne médiane faiblement
saillante suit à peu près la columelle; tandis qu’une
seconde se courbe gracieusement et vient limiter en
Comme on peut le reconnaître, nous avions quelques
raisons pour ranger notre coquille parmi les Azeca tant
que nous n’eûmes aucun animal l’habitant en notre pos¬
session. Mais aussitôt que nous pûmes en examiner un,
la troncature de la partie postérieure du corps et l’ori¬
fice qu’elle montrait et que nous retrouvions sur tous les
sujets nous ayant indiqué l’existence d’un pore muqueux,
Fig. 1. Mâchoire. Gross. 203 diamètre.
Fig. 2. Forme [générale de la radula. Gross. [16 J diam. Avec
portion dessinée d’une manière complète.
Fig. 3. Même portion gross. 400 fois : à droite et à gauche se
trouvent six rangées de plaques carrées séparées l’une de
l'autre par une ligne plus claire. En dehors de chacune des
dix rangées se trouvent de chaque côté do longues pièces A B
lig. 3 bis, composées de plaques incomplètement formées, les
deux petites pièces supérieures ab, fig. 3 ter, de chaque plaque
représentant des crochets creusés d’un sillon à leur partie
supérieure.
Fig. 4. Coupe longitudinale du pore muqueux: ep. épiderme;
gl. cellules mucipares ; m. couche musculaire ; cc. cavité géné¬
rale, gross. 102.
Fig. 5. Coupe transversale dit même organe, même lettre. —
Gross. 150.
Lettres des lig. 6, 7, 8 et 9. — g. g. Glande hermaphrodite,
o. Bouche, a. Anus. œ. Œsophage, est. Estomac, i. Intestin.
r. Rectum, g. s. Glandes salivaires, p. p. Cavité pallèale.
ph. Pharynx, o. c. Tentacules supérieurs, g. n. Ganglions
susœsophagiens.^. i. Ganglions sousœsophagiens. 1. 2. 3. Gan¬
glions de la chaire inférieure, c. Cœur. b. g. Organe de Bojanus.
m. y. Pore muqueux, ot. Otocystes.
Fig. 6 et 7. Gross. 25. Animal entier avec ses principaux
organes, supposé vu par transparence. Fig.6.Face inférieure.
Fig. 7. Face supérieure. Ces deux figures permettent do suivre
la disposition générale des organes ot le parcours de l’intestin.
Ce dernier s’élève jusqu’à l’estomac, puis revient sur lui-
même et finit par venir déboucher dans la cavité palléalc
après avoir traversé l’organe de Bojanus. La figure 7 montre
la disposition générale dans le corps et dans le manteau, le
rectum étant situé dans ce dernier au fond do la cavité pal-
léale et au point de réunion du corps et du manteau sc trouve
l’organe de Bojanus avec le cœur situé derrière.
La figure 6 montre la disposition de la glande génitale entre
deux branches de l’intéstin, elle a le caractère de la glande
hermaphrodite. Il n’a pas été possible d’étudier les conduits
générateurs en raison du peu de développement de ces or¬
ganes à l’époque où les sujets ont été capturés (juillet). Ils
étaient complètement atrophiés chez tous les exemplaires.
L’époque susdite est certainement très éloignée de celle de
la reproduction de ces animaux.
Fig. 8. Système nerveux, gross. 60. Les ganglions sous œso¬
phagiens contiennent les atocystcs.
De chacune des deux paires de ganglions partent deux filets
qui se rendent à deux ganglions plus petits de forme trian¬
gulaire 1-1, qui sont les premiers d’une chaîne complète de
cinq ganglions.
Fig. 9. Tube digestif dans son ensemble avec incurvation nor-
male conservée. Gross. 40. J. Barrois.
saillie, le col qui recouvre une marge assez large sur la
base et sur la paroi aperturale. C’est ainsi que le bord
droit de l’ouverture rejoint le gauche et que le péristome
se trouve parfaitement continu. Remarquons encore que
sur le Zua lubrica, le revêtement, calleux est beaucoup
moins développé et que la ligne qui le limite ne part
pas de la partie externe du bord columellaire.
nous fîmes en sorte de nous assurer du fait. M. le
DrJ. Barrois, avec un amabilité dont nous ne saurions
trop le remercier, voulut bien établir l’anatomie de l’ani¬
mal, nous allons la transcrire et avec elle on suivra faci¬
lement les figures qu’il nous a données.
Il résultait donc de cette étude que c’était bien un pore
muqueux que montrait l’animal du Crytazeca et nous nous
LE NATURALISTE
267
mîmes aussitôt à rechercher si nous n’en trouverions pas
sur les Mollusques de la faune française présentant quel¬
que analogie avec celui-ci. Ni les Azeca, ni les Glandina,
ni les Zua observés avec le plus grand soin ne nous ont
rien laissé voir de semblable.
En conséquence nous n'avions de terme pour compa¬
raison que le genre Lowea, établi pour des Mollusques
habitant Madère et qui ont été détachés des dandines
en raison de la troncature de l’extrémité postérieure de
leur corps, du pore muqueux situé sur cette partie et du
recouvrement d’une portion de la partie supérieure du
dernier tour par le manteau.
Notre nouveau genre diffère des Lowea en ce que d’a¬
près M. Harrois le pore muqueux n’est pas formé par
une glande spéciale et ne consiste qu’en un amas de
glandes unicellulaires volumineuses, fi g. 4 et 5, assem¬
blées en un paquet qui cause une saillie de forme
conique. Elles sont situées entre les couches épidermi¬
ques et musculaires ; toutes viennent déboucher iso¬
lément à la surface de la peau par des orifices situés
entre les cellules de l’épiderme. Il en diffère aussi
en ce que le développement du recouvrement de la
coquille par une portion du manteau est bien plus
ample sur les Lowea. Les tests enfin présentent également
des caractères qui les écartent les uns des autres .
Nous avions donc à nommer le nouveau genre et
comme nous avions d’abord reconnu certaines analogies
entre sa coquille et celle des Azeca nous avons pensé
qu’il était bon de rappeler cette particularité et en
même temps d’indiquer le caractère qui, sur l’animal,
lui imprimait une position tout à fait en dehors des Mol¬
lusques français en exceptant les Arion. Ce sont ces
considérations qui nous ont fait choisir la dénomination
de Crypta:eca, rappelant et la particularité et le caractère
exceptionnel.
Ce genre se trouve donc constituer une spécialité d’au¬
tant plus curieuse que ses rapports ou rapprochements
avec d’autres Mollusques ne peuvent se rencontrer qu’en
les cherchant sur des expèces exotiques.
En 1875 le révérend Boog Watson, dans les Proceed-
inys of (lie zoloogieal Society, p. 677, instituait pour trois
espèces de Madère, Achatines, dandines, Oleacines,
Azeca, elles avaient été attribuées à tous ces genres,
c’est-à-dire pour les Glandina melampoïdes, oriza, et Iri-
ticea, le genre Lowea. Il motivait ce changement sur ce
que chez ces espèces le corps est tronqué en arrière,
qu’elles ont un pore muqueux, enfin que le manteau
recouvre tout le bord droit de l’ouverture et s’étend sur
une partie très notable du dernier tour de la coquille.
I.e sous-genre Morelelia a été proposé par Gray,
comme section du genre Zonites, pour un Mollusque du
Guatemala décrit par Pfeiffer, sous le nom d 'Hélix
euryompliala, dont l’extrémité de la queue est pourvue
d’un pore muqueux et dont l’organe locomoteur est,
comme celui des Arion, nettement séparé du corps par
un sillon profond.
Une autre coupe voisine de la précédente comprend
deux espèces de Saint- Vincent (Antilles), c’est elle qui
forme le genre Stenopus, de Guilding. Sur celle-ci le
manteau de l’animal se réfléchit sur la coquille, et elles
sont pourvues d’un pore muqueux ou d’une glande ter¬
minale.
Tels sont les caractères très particuliers, très spéciaux
même, qui distinguent les trois genres Lowea Morelelia,
et Stenopus. C’est-à-dire : troncature de la partie posté¬
rieure du corps de l’animal, pore muqueux, système
locomoteur nettement séparé du corps, enfin manteau
recouvrant une certaine portion de la coquille.
Or l’animal du Crypluzeca monodonta présente bien ces
mêmes caractères, il constitue donc pour la faune fran¬
çaise une spécialité d’autant plus curieuse et intéres¬
sante qu’il faut aller chercher ses analogues à Madère et
aux Antilles.
C’est donc un nouveau cas qui, de même que l’exis¬
tence chez nous de la Clausilia Pauli aux allures exoti¬
ques, peut faire songer que ces deux types représentent
les restes d’une faune dont quelques membres se seraient
répandus dans l’est avant la disparition des autres abî¬
més avec l’Atlantide, s’il y a eu une Atlantide ? Nous
pourrions considérer aussi l'helix conslricla, comme étant
dans le même cas, ses caractères sont si différents de
ceux des autres hélices de notre continent qu’il est bien
permis de la regarder comme une étrangère acclimatée.
Le petit nombre des Mollusques pourvus des caractères
que nous avons indiqués pourrait bien favoriser cette
hypothèse 'que la majeure partie de la famille dans
laquelle ils devaient entrer a disparu, il est peu probable
en effet que ces caractères n’appartiennent qu’à un
nombre aussi restreint d’espèces.
Cryptazecî» mono'loiita. va r . hvalina.
Testa C. monodonta simile, sed liaud colorata , diaphana , crystallina.
Cette variété diffère, du type en ce qu’elle est dépourvue de la
chaude coloration que celui-ci possède ; au lieu d'être teintée
d’un beau fauve, elle est cristalline. Son bord externe est aussi
moins foncé et seulement rosâtre.
Cryptazeca monodonta. v u . subcyliudrii-a.
T. C. monodonta simile, sed anr/ustiore , maju s elonyata, subeylindrica,
aliquando anfractibu» VU, fore rectis, sœpè wbhyalina, et hyalina.
Cette seconde variété diffère surtout par la forme, qui au lieu
d’être ovo'ide est subcvlindriqus, la largeur étant beaucoup
moindre et la longueur plus grande, on en jugera par les chif¬
fres suivants.
( long. 3»im,6
1JT« j diam. 1«;5
var. subeylin.
( long. 4mm,3
( diam. l,nw,3
La différence de forme provient sans doute aussi de ce que
les tours de spire sont moins convexes et presque droits. La
variété montre sur quelques sujets un tour de spire de plus que
le type. Enfin elle est moins colorée cl parfois presque hyaline
et même quelquefois cristalline. Le bord externe subit lui-même
des changements de ton, il est tantôt aussi foncé que d’habi¬
tude, puis rosâtre, et enfin complètement hyalin.
Ce Mollusque cl ses variétés vit surtout au bas des
déclivités où l’humidité s’amasse et demeure plus grande
qtt'ailleurs. Il s’enfonce dans le terrain mouillé, sous les
mousses et les feuilles mortes; on le rencontre aussi
sous les pierres, mais ce n’est que rarement. On peut le
considérer comme rare, et cela tient surtout aux diffi¬
cultés qu’on éprouve pour en trouver un gîte, dans ce
cas on peut en recueillir un assez bon nombre sur le
même point.
Marquis de Folin.
SOCIÉTÉ ZOOLOGIQÏÏE DE FRANCE
Séance du 7 juillet 1891. — M. Xavier Rasiwii. étudié les
erreurs des sens chez les Insectes de la famille des l)y lise ides.
Plusieurs insectes de cette famille, qui prenaient leur vol vers
le nord où se trouvait un cours d’eau, sont venus s’abattre
dans un jardin sur les châssis vitrés des couches; ils subissaient
sans doute, en apercevant le miroitement des châssis, « l'effet
d’une sorte de mirage qui leur faisait prendre celte surface
268
LE NATURALISTE
vitrée pour une nappe d’eau ». L’auteur cite en outre plusieurs
exemples qui tendent à prouver que, chez les Insectes, le sens
de la vue est beaucoup plus sujet aux erreurs que le sens de
l’odorat. — Dans une note ayant pour titre : les Pontes mul¬
tiples so?it normales chez les Batraciens à vertèbres opistho-
cœles , M. Héron-Royer observe que le nombre des pontes, chez
les Batraciens anoures, est en rapport étroit avec les carac¬
tères qui permettent d’établir une classification naturelle chez
ces animaux. Les Ranidés, Hylidés, Bufonidés et Pélobatidés,
qui ont tous des vertèbres procœliennes sans rudiments costaux,
ne font qu’une ponte pai année, tandis que les Discoglossidés,
Bombinatoridës et les Alytidés, qui ont des côtes rudimentaires
et des vertèbres opisthocœliennes, en font deux ou quatre par
an. Les larves des dernières pontes passent généralement
l’hiver, dans ce dernier cas, avant de se transformer en adultes.
Séance du 28 juillet. — M. P. G aubert décrit un nouvel
organe des sens et les raquettes coxales des Galéodes. L’organe
des sens se trouve à l'extrémité des palpes et des pattes de
la première paire ; il se compose de tubes qui pénètrent dans
l’intérieur et qui, terminés par un renflement en sphère, reçoi¬
vent une branche nerveuse spéciale. Quant aux raquettes
coxales, ce sont aussi des organes sensoriels, probablement tac¬
tiles, qui se composent d’une palette aplatie portée sur un
pédoncule. Elles sont situées sur les pattes de la dernière
paire et présentent sur le bord de leur palette une gouttière
sur laquelle s’élèvent les éminences tactiles.
E.-L. Bouvier.
LES FÈVES SAMSES DE MEXIQUE
Détermination de la plante qui les produit
par C. V. RILEY.
Dans les « Transactions » de l’Acade'mie des sciences
de Saint-Louis (décembre 1878, III, p. 6, cxli), j’ai donné
la description de la Carpocapsa saltitans Westwood, et
indiqué de quelle manière se produisaient les mouvements
de cette graine sauteuse du Mexique ou «fève du diable »,
et j’ai appelé l’attention sur ce fait que l’espèce d’Euphor-
biacée sur laquelle ces graines se rencontrent, n’était ni
bien connue ni bien déterminée. La nature vénéneuse de
la plante et l’emploi qu’en font les Indiens pour empoi¬
sonner leurs flèches sont connus depuis longtemps ; de
là vient effectivement le nom d’herbe à flèche ( Yerba de
flécha), que les Mexicains lui donnent.
Dans une lettre que M. G. W. Barnes, alors président
de la Société d’histoire naturelle de San-Diego, m’avait
adressée en 1874, ce végétal était décrit comme étant
petit, rameux, haut de 4 à 8 pieds, fructifiant aux mois
de juin et de juillet, une cosse contenant de 3 à b graines.
Selon M. Barnes, la feuille ressemble à celle du Garam-
bullo, est longue d’un demi-pouce, large d’un quart plus
ou moins; les tiges sont de couleur cendrée, les feuilles
restent vertes en toute saison, et la plante ne porte des
graines qu’une fois tous les deux ans. Dans une lettre sub¬
séquente, il affirmait que, d’après ses informations, cette
plante ne pousse que dans le pays d’Alamos en Sonora :
qu’elle est appelée « brincador » (sauteur) et ses graines
« brincaderos ». Westwood, dans sa première description
de la Carpocapsa saltitans, dit que la plante est connue
des Mexicains sous le nom de Colliguaya, et mon vieil
ami le professeur E. P. Cox m’a informé depuis plu¬
sieurs années que le végétal a un bois quelque peu
semblable à celui du noisetier ou ( whahoo ) (?) et que la
feuille est comme une large et courte feuille de saule.
Il confirme l’assertion concernant son caractère vénéneux
et son usage pour empoisonner les flèches des Indiens
et assure qu’une baguette du végétal, quand elle est
employée pour agiter la « Penola » des indigènes (farine
de blé rôtie), produit l’effet d’une purge.
J’ai saisi toutes les occasions possibles, durant ces
quatorze ou quinze dernières années, de tâcher de me
procurer quelque spécimen de cette plante, avec l’inten¬
tion de la déterminer soigneusement, aussi ai-je été très
heureux de recevoir de M. P. Chrétien, membre de la Socié¬
té entomologique de France, une intéressante lettre, dans
laquelle, me demandant un exemplaire de mes articles
sur la Carpocapsa saltitans, il mentionnait l’éclosion de
cet insecte qu’il avait obtenue à Paris, considérait la plante
comme une Euphorbiacée du Mexique dunomde Colliguaya
odorifera Molina, dont le Croton colliguaya Sprengel est
un synonyme.
Cette lettre était encore' sur mon bureau, quand M. J.
M. Rose, de la section de Botanique, m’apporta des spé¬
cimens d’une plante récemment récoltée par le Dr Edward
Palmer. Comme les sujets envoyés étaient accompagnés
de leurs capsules, il devenait ainsi entièrement certain
pour nous que les « fèves sauteuses » appartenaient à
cette plante particulière, laquelle se trouvant n’avoirpas
encore été décrite, fut finalement rapportée au genre
Sebastiania, et M. Rose a l’intention de la décrire sous le
nom de Sebastiania Palmeri.
Naturellement, comme cela se passe pour beaucoup de
graines d’Euphorbiacée, chaque carpelle se fend en deux
parties au moment de la déhiscence; mais quand elle est
attaquée par la chenille de Carpocapsa, la graine n’opère
pas sa déhiscence, grâce à la soie dont elle a été garnie
intérieurement par la chenille. La feuille, dans son as¬
pect général, ne diffère pas de celle du saule à larges
feuilles ; la longueur varie de 1 à 3 pouces, et la largeur
de 1/2 à 1/4 de pouce. Le renseignement donné par
M. Chrétien dans sa lettre paraît donc inexact (1).
En tout cas, d’après Bentham et Hooker, la Colliguaya
odorifera appartient à l’Amérique du Sud et je ne trouve pas
de mention de sa rencontre au Mexique. La comparaison
des spécimens que possèdent les collections de la section
de botanique montre que, bien qu’évidemment très voi¬
sin, Colliguaya est tout à fait distinct de Sebastiania, ce
qui rend assez surprenante la similitude du nom donné
par les Mexicains à la plante et de celui qui a été adopté
pour le genre d’une plante de l’Amérique du Sud; mais
on peut raisonnablement admettre que ce nom est appli¬
qué par les indigènes indistinctement aux diverses es¬
pèces d’Euphorbes qui se rencontrent tant au Mexique
qu’au sud de l’Equateur. Si la Colliguaya se trouve au
Mexique et si elle est aussi la logeuse de la Caipocapsa
saltitans, elle pourra être facilement distinguée de l’es¬
pèce de Sebastiania mentionnée ici, par des feuilles un
peu épaisses et fortement dentelées : les fleurs mâles
forment un épi long et mince, avec beaucoup d’éta¬
mines : la coque est décrite comme étant large environ
d’un pouce (2).
(1) Je n’ai vu de ce végétal que quelques coques attaquées par
la C. saltitans et une seule indemne.
Ces coques avaient été données par la maison Vilmorin et
Andrieux comme appartenant à la Colliguaya odorifera Mol.
— Croton colliguaya Spr.
Sommcrville (Proc, and trans. of the Nat. Hist. Soc. of Glas-
cou;, III, p. 26, mars 1889) parait être le premier qui ait rap¬
porté l’Euphorbiacéo dont il est ici question à la Colliguaya
odorifera Mol. — Note du traducteur.
(2) Le professeur Watson, depuis que ce qui précède était
écrit, m’informe que le nom de Colliguay, autant qu’il lui a cte
capable de l’apprendre, est le nom chilien de plusieurs espèces
d’Euphorbe qui constituent le genre Colliguaya de Molina. Ce
n’est pas un mot d’origne mexicaine, mais ii a probablement
été importé du Chili au Mexique par les Espagnols. 11 confirme
LE NATURALISTE
2G‘J
Une très voisine espèce de Scbastiania provenant des
mêmes localités et non décrite encore (mais M. Watson
se propose de la décrire sous le nom de Sebastiania Prin¬
glei ) et qui a été précédemment rapportée au genre
Gymnanthes, offre aussi des preuves évidentes des at¬
teintes de la Carpocapsa, et, de fait, mon honorable ami
M. Eugène Dugès, de Guanajuato (Mexique), a obtenu
l’insecte parfait de capsules de cette espèce particulière.
Une troisième espèce me'rite également d’être signalée,
à cause de ses coques qui sont biloculaires, au lieud’être
triloculaires. Elle est aussi attaquée par une chenille
qui, si elle n’est pas la Carpocapsa saltitans, lui est très
voisine. Un seul sujet a été obtenu par M. Rose, mais il
était détérioré et je n’ai pu l’examiner. A s’en rapporter
à l’aspect général que présente cette espèce, M. Rose
pense que, bien que plus petite, elle offre une étroite
ressemblance avec celle qui vit dans les graines de la
Sebastiania Palmeri.
Ces faits ont été l’objet d’une communication succincte
à la Société entomologi que de Washington dans sa séance du
2 avril dernier; mais, depuis, j’ai reçu de M. le profes¬
seur Sereno Watson, de Cambridge (Massachusetts) une
intéressante lettre accompagnée de quelques spécimens
de Sebastiania bilocularis et de quelques sujets du papil¬
lon qui en provenait. Leur examen démontre que c’est
une espèce beaucoup plus petite que la Carpocapsa salti
tans et qu’elle appartient à un autre genre ( grapholitha )
de la même famille. Cette nouvelle espèce à laquelle je
donne le nom de Gi'apholitha sebastiania! sera prochaine¬
ment décrite (!).
Il est donc bien évident que l’insecte des « fèves sau¬
teuses » se développe dans les coques d’au moins deux
espèces différentes du genre Sebastiania, sinon dans
celles d’espèces appartenant à d’autres genres très voi¬
sins. Ces plantes présentent des différences, non seule¬
ment dans leur aspect général, leurs feuilles, mais en¬
core dans leur inflorescence et leurs graines, et le ta¬
bleau suivant de nos espèces, préparé pour moi par
M. Rose, servira 4 distinguer celles dont il est ici ques¬
tion.
Genre Sebastiania
Genre considérable d’Euphorbiacécs, comprenant une qua¬
rantaine d’espèces, appartenant surtout à l’Amérique du Sud ;
le plus souvent arbrisseaux, rarement herbacées; feuilles alter¬
nes entières ou finement dentées ; fleurs monoïques : les fleurs
mâles formant un épi terminal élancé à la base duquel habi¬
tuellement se trouvent deux ou trois fleurs femelles; fleurs fe¬
melles ayant un petit calice en forme de bractée, de 3 à 5 di¬
visions; fruit en capsule, globulaire ou trilobée; capsule se sé¬
parant à la maturité en trois coques contenant chacune une
graine.
Sebastiania bilocularis Watson [Proc. Amer. Acad., XX, 374,
188a). — Arbrisseau de 1 à 2 pieds de haut, avec des branches
montantes, minces, glabres et d’un gris clair ; feuilles linéaires-
oblongues ou étroitement lancéolées, longues de 1 à 2 pouces,
obtuses ou acuminées, brusquement cunéaires à la base indis¬
tinctement dentée ; ovaire à deux loges avec deux larges stig¬
mates contournés ; capsule largement ovale aiguë, biloculairc,
longue d’environ fi lignes; graine subglobulaire, large de 3 lignes.
l’assertion que le genre chilien ne se trouve pas au Mexique ;
d’où il suit que la raison pour laquelle M. Chrétien a rapporté
la plante à la Colliguaya de Molina est probablement due
simplement à une similitudo de noms vulgaires.
(t) Dans les Anales de la Sociedad denlifica argenlina, XXXI,
p. 105 (février 1891), M. Carloe Berg a décrit, sous le nom de
Grapholitha motrix, une nouvelle espèce dont la chenille vit
dans les coques de la Colliguaya brasiliensis J. Midi. — Note
du traducteur.
Cet arbrisseau pousse dans le lit desséché des torrents sur les
collines et les montagnes du Sonora du Nord-Ouest et a été
rapporté de la Basse-Californie.
Sebastiania Pabneri, Rose, n. sp. ined. Arbrisseau rameux
haut de 5 à 8 pieds, atteignant quelquefois 10 pieds, de couleur
rougeâtre; feuilles étroitement lancéolées ou lancéolées, lon¬
gues do 2 1/2 à 4 pouces, finement dentées ; ovaires àtroisloges,
ayec trois styles dressés et faiblement unis, capsule ovale, ob¬
tuse, à trois loges, de 3 lignes de diamètre. Récoltée dans di¬
verses localités montagneuses autour d’Alamos (Sonora), par
le docteur Palmer en 1890.
Sebastia/lia Pringlei Watson, n. sp. ined. — Petit arbrisseau
à branches redressées et do couleur brunâtre; feuilles lancéo¬
lées, longues de 1 à 3 pouces, acuminées, obtuses à la base,
très finement dentées ; ovaire à trois loges, avec styles dressés
et faiblement unis. Récolté par Pringle à Saint-Louis de Potosi
en 1890 et précédemment par le professeur José Ramirez sur
les bords du fleuve Alamos, en Sonora.
Il est difficile de préciser laquelle de ces espèces
M. Barnes désigne dans sa lettre dont j’ai déjà parlé;
mais ce qu’il dit de la graine et. de la coque, qui con-
iiendrait de trois à cinq graines, est évidemment inexact.
Chaque carpelle contient une graine qui, lorsque le fruit
est jeune, remplit, selon toute probabilité, toute la place,
et la jeune chenille de Carpocapsa , après être éclose de
son œuf pondu extérieurement sur la capsule, pénètre
dans celle-ci lorsqu’elle est encore tendre et se nourrit
de la graine véritable comme le fait le charançon du
pois.
La plante décrite par le professeur Cox, dont j’ai parlé,
se rapporte très bien à la Sebastiania Pringlei.
Le docteur Palmer a constaté que la Sebastiania Palmeri
était confinée dans certaines localités autour d’Alamos.
II assure que cette plante y est connue sous le nom de
Palo de la flécha, cuero de las simellas, brincaderos (l’arbre
à flèche qui produit les fèves sauteuses). Ce végétal ex¬
sude une grande quantité de suc laiteux dont les Indiens
se servent pour empoisonner leurs flèches. Le docteur
Palmer a rencontré cette plante en différents endroits,
mais il est constant que les « fèves sauteuses » ont été
trouvées seulement sur les bords d’un ruisseau près
d’Alamos.
11 n’est pas facile de se procurer des capsules habitées
par la chenille de C. saltitans, parce que les gamins sont
toujours à leur recherche etles cueillent pour les vendre,
car ils en trouvent un facile écoulement.
Le docteur Palmer dit que cette espèce de Sebastiania
est une plante rameuse, étalée, de o à 8 pieds de haut,
dont le bois est très dur, et dont le suc laiteux se cris¬
tallise rapidement en une substance claire, blanche et
cassante.
(Traduit par P. Chrétien.)
LES OISEAUX FOSSILES DELA RÉPLBLIOCE UIGEOT
M. Francisco P. Morcno vient de nous adresser un fort bel
atlas in-folio de photogravures représentant les débris fossiles
d’Oiscaux conservés dans le Musée de La Plata et provenant
des couches tertiaires dr la République Argentine, déjà connues
pour leur richesse en débris de Mammifères.
Les pièces les plus remarquables de cette collection sont,
sans contredit, les os de la patte du Brontornis Burmeisteri
(Moreno et Mercerat), oiseau véritablement colossal, dont le
tibia a 0,76 centimètres de long et dont le fémur est aussi ro¬
buste que celui d’un cheval, indiquant un oiseau comparable
par sa taille au Dinorius maximus de la Nouvelle-Zélande. Ces
débris, provenant de l’Eocène de Patagonie (Lac Argentin et
Rio Santa-Cruz), indiquent, d’après MM. Moreno et Mercerat,
un Ordre nouveau, les Sterkornithes, qui comprend en outre
270
LE NATURALISTE
5 suivants : Rosir
Floweri (Mor. et Merc.) ;
bec a d’abord été pris
tes types
cos longissimus (Amcghino] .
pour la mâchoire d’un Edenté ; StereornisRollieri et S. Gaudryi
(Mor. et Merc.); Mesembriornis Studeri, M. Quatrefagesi,
M. Milne-Edwardsi (Moreno), ce dernier du Miocène de Montc-
Hermoso, tous de grande taille. Les genres Palagornis, Üryo-
rnis, Darwinornis, Owenornis (Mor. et Merc.), sont également
de forte taille et appartiennent au mémo ordre, qui, d'après les
auteurs, formerait la transition des Anseres et des Herodiones
aux Aecipitres.
Les véritables Struthiones ou Ratitœ ont le genre Proto-
rhea et plusieurs espèces du genre lil, eu encore vivant dans le
même pays. Celles-ci sont Miocènes et Pliocènes.
Les Rapaces ( Aecipitres ) sont représentés par des Falconidæ
(Lagopterus, Fœtopterus) et des Cathartidæ ( Psilopterus ,
Siireoramplius fossilh): les Echassiers ^llerodbnes par
Palœociconia ; — les Palmipèdes par Phalacrocorax parn-
peanus ; — et les Impennes par Palœospheniscus, genre qui
comprend quatre espèces des couches Oligocènes de Patagonie.
Les planches dont nous venons d’indiquer le contenu sont
précédées d’une introduction ot publiées comme faisant partie
du 1er volume des Anales del Mitseo de La P lata, avec le sous-
titre : Paleontologia Argentina, V Énumération systématique,
servant d’explication aux figures. La seconde partie :
description systématique des genres et dos espèces e
et en français. Le tout sort des presses spéciales du Musée
de La Plata, auxquelles cette publication fait le plus grand
Dr E. T:
LES PALMIERS POLYCÉPHALES
Le palmier polycéphale représenté ici (fig, 1) est un Bo-
rassus flabelliformis.il représente trois branches situées
un même plan. La quatrième, demême dimension que sur
les trois autres, a été coupée il y a assez peu de temps.
On sait que les Borassus sont des plantes dioïques. Le
pied branebu est un pied femelle. Le pied mâle se trouve
à côté. Le Borassus flabelliformis est une espèce très
répandue dans l’Inde. C’est un arbre élégant et très es¬
timé des Indiens, tant à cause de ses usages domestiques
que de ses nombreuses propriétés. Ces dernières, selon
un poème tamoul, sont au nombre de huit cents. Aussi
le Rondier est-il ici le Palmier par excellence. Le bour¬
geon, les feuilles, les fleurs, le fruit, la tige, les racines,
en un mot tout dans cet arbre sert à l’Indien, qui en re¬
lire la liqueur fermentée nommée toddi. Toiture, aliment,
breuvage, cordages, paniers, nattes, parapluies, éven¬
tails, il tire tout de ce palmier.
Dans les palmiers polycéphales, dont nous nous
sommes occupé jusqu’ici, les branches naissaient à une
certaine hauteur sur la tige. Dans le cas qui nous occupe
ci-après il n’en est pas ainsi. Comme on peut le voir
sur la figure ci-contre (fig. 2), un même coco donne
naissance à deux branches qui semblent au premier
abord être deux cocotiers distincts.
Mais après dissection méthodique, dans laquelle nous
avons été aidé par M. Sada, administrateur des Jardins
Coloniaux de Pondichéry, nous avons reconnu que les
deux prétendus Cocotiers appartenaient à un même
tronc bifurqué immédiatement au-dessus du niveau des
racines. Nous étions donc en présence d’un cas de poly-
céphalie ou de polycladie bien caractérisé. Seulement,
pour différencier ce mode de polycéphalie, je propose
d’appeler les palmiers chez lesquels les branches
naissent à une certaine hauteur sur la tige : palmiers à
branches caulogynes, et ceux chez lesquels elles naissent
au contraire presque au milieu des racines : palmiers à
branches rhizogynes. Nous aurons donc ainsi chez les
Palmiers Polycéphales deux divisions : la Polycéphalie
rhizogyne et la Polycéphalie caulogyne. Quant à l’expli¬
cation de cette nouvelle monstruosité, elle est encore à
trouver. Toutefois la cause n’est assurément pas la
même que pour les Palmiers dont nous nous sommes
LE NATURALISTE
Tt
occupé jusqu’ici. Deux de ces derniers viennent de nous
être signalés : l’un à sept branches se trouve à quelques
milles de Pondichéry, un autre se trouve à Karikal.
Nous avons trouvé dans le Cocotier qui nous occupe
deux ordres de racines : les racines primordiales, courtes,
blanches et fibreuses, plongeant dans un albumen blanc
de neige, devenu compact et solide et y puisant un suc
laiteux; les racines normales auxquelles succéderont
plus tard les racines adventives. Ces racines normales
étaient charnues, épaisses et entouraient la noix :
quelques-unes perçaient déjà à travers le brou, sorte de
filasse qui entoure le coco, et plongeaient dans la terre;
l’amande était devenue extrêmement dure.
Ce cocotier a environ sept mois. Il n’a commencé à
germer hors de terre qu’au bout de trois mois et demi.
On sait que le Cocotier ne donne de fruits qu’au bout
de cinq ans. Il est vrai qu’alors sa fécondité est souvent
prodigieuse. Aussi des Cocotiers, dont on retire le lcal-
lou, qui donne par distillation l’arrack, peuvent-ils, en
même temps, trouver encore assez de sève pour donner
des fruits.
On n’a jamais vu, dit un proverbe tamoul, d’aréquier
tordu, ni de cocotier droit. Eh bien! j’ai vu mieux. J’ai
vu un Aréquier à branches. Le cas est, sans contredit,
extraordinaire pour l’Aréquier (Areea Catechu) que nous
figurons ici (fig. 3).
fleurs ni fruits. L’Inde est véritablement le pays des
monstres, soit dans le règne végétal, soit dans le règne
animal ; et, dans ce dernier, il n’est pas rare de voir les
monstruosités affecter l’espèce humaine.il y a quelque
temps je voyais un mendiant d’un certain âge dont la tête
était absolument triangulaire ; la base du triangle se trou¬
vant en arrière, ce qui donnait à la face une expression
singulière. Plus récemment encore, j’ai vu un enfant
dont les bras et les jambes (ces dernières principalement )
étaient démesurément gonflées sans cependant qu’il y
eût trace de maladie. Bras et jambes étaient brusque-
quement terminés par les doigts; les métacarpes et les
métatarses étaientpresque totalement atrophiés. Le buste
et la tête n’avaient rien d’anormal. La marche, quoique
lourde et disgracieuse, était cependant facile. Toutefois
il y avait torsion des extrémités des membres. L’enfant
paraissait au reste jouir d’une excellente santé.
Cet Aréquier, encore jeune, se trouve à la filature de
M. Gœbelé, à Pondichéry. C’est à sa bienveillance que
nous devons d’avoir pu en prendre le croquis. Aucune
intervention humaine n’a provoqué l’irrégularité du dé¬
veloppement de cet intéressant végétal. Ce palmier pré¬
sente trois branches dont l’une s’est atrophiée de bonne
heure. Les deux autres branches ont atteint leur dévelop¬
pement normal. Jusqu’à présent cet arbre n’a donné ni
Nous offrons encore, pour terminer, un palmier polycé-
phale ou polyclade. Ce palmier est un Rondier, Borassii s
/labelliformis (fig. 4). Il croît à Majankarancy, prèsAchara-
pakam. Cet arbre a 26 branches qui n’ont pu être toutes
figurées ici : 13 sont vivantes et toulTucs. Le tronc de ce
palmier qui se trouve sur le bord d’un étang est incliné.
Les palmiers polycéphales, «branchingpalms» des savants
angla’s, doivent leur existence à un insecle coléoptère qui
ronge leurs tissus et amène la formation d’autant de
branches qu’il y a eu de trous pratiqués par cet insecte
qui dirige son attaque jusque vers le centre de la lige.
Hector Léveillé.
LE NATURALISTE
272
THÉORIE DE L'HÉRÉDITÉ
A l’heure actuelle, on ne rencontrerait pas, je crois, un seul
physiologiste qui osât soutenir avec Barthez, Bordeu ou Lor-
dat, l’existence d’une force vitale ou d’une matière vitale spé¬
ciales aux êtres vivants et sans lesquelles la vie ne saurait se
concevoir. Mais si tous les biologistes s’accordent sur ce prin¬
cipe; si, pour tous, la vie n’est que la résultante de forces phy¬
sico-chimiques sur la matière; un bien petit nombre restent
logiques jusqu’au bout. Sans doute ils sont bien forcés de se
rendre à l’évidence et d’admettre qu’entre les plantes et les
animaux, il n’existe point de ligne de démarcation, et que les
différences observées entre ces êtres sont toutes de simples
différences de degrés. Mais après avoir accordé comme conces¬
sion extrême que les propriétés fondamentales du protoplasma
sont identiques dans les deux règnes organisés, ils s’empressent
de rejeter toute assimilation entre le monde organique et
inorganique, et un abîme infranchissable sépare pour eux ce
qui vit et ce qui ne vit pas.
Nous n’avons pas à rechercher les motifs de cette opinion que
nous découvririons sans doute, soit dans une inversion dans
l’ordre naturel dos études, soit dans un défaut d’analyse, soit
encore dans la routine et les préjugés, soit enfin dans les idées
dogmatiques adoptées.
Pourtant si on admet avec Descartes, Bichat, Claude Ber¬
nard et les organicistes, que la vie provient de l’action de
forces purement mécaniques sur la matière, de quel droit limi-
terait-on ce phénomène aux productions que l’on nomme orga¬
nisées. Si on compare attentivement le brut et le vivant, or.
reconnaît qu’un grand nombre de propriétés attribuées seule¬
ment aux organismes par une connaissance superficielle de la
nature, se rencontrent chez les corps inorganiques et sont en
définitive la propriété commune de tous les êtres, de tous les
atonies que la chimie moderne considère comme les éléments
ultimes de la matière. En ce moment un grand et légitime
mouvement s’opère en faveur de ces idées, et bientôt sans
doute le principe de la continuité des êtres dans la nature, ne
rencontrera plus d’opposants. Quoiqu’il en soit on est en droit de
dire d’ores et déjà avec M. Thoulct qu’il existe une véritable
biologie minérale, que la matière appelée brute est loin d’étre
dépourvue de toute activité et « comme la science humaine ne
doit et ne peut procéder que du simple au composé, qu’une
conquête dérive d’une conquête antérieure, il en résulte que
l’étude des corps inorganiques, leur connaissance et celle des
lois qui les régissent, doit logiquement précéder l’étude des
corps organiques ».
La première conclusion à laquelle je désire en venir est que
l’hérédité doit être d’abord recherchée et étudiée chez les êtres
les plus simples, et que les premières observations et les pre¬
mières expériences doivent porter par conséquent sur les êtres
inorganiques. De tous les problèmes que la biologie peut se
proposer de résoudre, il n’en est pas de plus intéressant, mais
aussi de plus difficile que celui de l’hérédité. Une hypothèse
est en effet d’autant moins facile à établir, que les faits qu’elle
doit expliquer sont plus nombreux, plus complexes et plus
variés. Mais, « Hérédité et legs héréditaires sont des phéno¬
mènes tellement généraux, quotidiens, qu’ordinairement la
plupart des hommes ne songent pas le moins du monde à s’oc¬
cuper sérieusement de la valeur et de la signification de ces phé¬
nomènes vitaux. On trouve tout naturel, tout simple que chaque
organisme se reproduise et que dans l’ensemble et les détails,
les enfants ressemblent à leurs parents. » (Hœckel, Histoire île
la création.)
Au xviic siècle, les théories de l’hérédité étaient déjà si nom¬
breuses, que Drelincourt on comptait 262. A son avis toutes
étaient fausses ; il en imagina une nouvelle, ce qui fit dire à
Blumenbach qu’il avait porté le nombre des théories fausses
à 263. Il est cependant facile ainsi que commode de les rame¬
ner toutes à cinq catégories principales.
1“ Théories animistes. (Aristote, Yan Helmont, Stahl, etc.)
L’âme est la forme du corps. Elle se transmet par les parents
et façonne les nouveaux êtres.
2° Théories de T emboîtement des germes. (Spallanzani, etc.)
Les produits sexuels renferment les ébauches, emboîtées les unes
dans les autres, des générations futures. Ces ébauches s’ac¬
croissent successivement tout en restant identiques à elles-
mêmes.
3° Théories pangénétiq lies. (Hippocrate, Buffon, Darwin, etc.)
Chaque cellule de l’organisme envoie dans les produits sexuels
de petits corpuscules qui s’y groupent, et qui plus tard s’y
ordonnent et reproduisent les cellules dont elles dérivent.
4° Théories mécaniques. (Harvey, Hœckel, etc.) A chaque
état des organismes correspond un mouvement moléculaire
particulier. La répétition de ces séries de modes de mouve¬
ments dans les germes fécondés, reproduit l’édifice organique
correspondant.
5° Théories de l'immortalité des substances héréditaires.
(Nægeli, Weismann, NusSbaum,etc.) La substance héréditaire
persiste à travers toutes les générations et constitue la souche
fondamentale, dont les individus isolés, après une existence
éphémère, se détachent comme les feuilles se détachent de
l’arbre qui les porte.
Toutes ces théories sont en réalité aussi hypothétiques les
unes que les autres, et au fond presque toutes se réduisent au
fait indéniable de la transmission des propriétés héréditaires à
l’aide de molécules chimiques qui sont le siège de certaines forces
ordinatrices; ces forces, dans tous les cas, étant étroitement
inhérentes à la matière, toute force indépendante des corps et
agissant toutefois directement sur eux ne pouvant être conçue.
Si nous étudions l’hérédité chez les êtres inorganiques nous
constatons immédiatement que ce phénomène n’est qu’une
simple conséquence de l’accroissement. Introduisons dans un
milieu saturé de vapeurs mercurielles une petite sphérulc de
mercure refroidi. Ce globule va s’accroître jusqu’à ce que le
centre unique d’attraction se dédouble en deux ou plusieurs
autres et qu’il se reproduise ainsi mécaniquement des globules
semblables au premier. Au lieu d’une sphérule de mercure, sup¬
posons, soit une goutte d’eau salée, soit une goutte d’acide sul¬
furique anhydre introduites successivement dans une enceinte
saturée de vapeur d’eau. Ces gouttes vont s’accroître non seu¬
lement par juxtaposition de molécules semblables, mais encore
par intussusception de molécules dissemblables et par combi¬
naison chimique. La nutrition de ces gouttes se fera donc
comme dans la matière vivante, et les gouttes qu’on pourrait
nommer filles jouiront des mêmes propriétés que les gouttes
initiales au moment de la division.
Les phénomènes de sursaturation, si bien étudiés par M. Ger-
vex, fournissent également des données bien suggestives. Si on
prend une solution sursaturée d’un mélange de borax octaédrique
à cinq équivalents d’eau et de borax rhombique à dix équiva¬
lents d’eau ; un cristal microscopique aussi petit qu’on peut
l’imaginer de l’un quelconque de ces sels fera seul cristalliser
ce sel correspondant ; le second demeurant entièrement dis¬
sous. Ce n’est donc pas seulement la composition élémentaire
qui agit, mais la disposition moléculaire, le plus ou moins
dteau renfermé dans la substance chimique. Dans le cas de la
sursaturation, les nombreux cristaux qui apparaissent repro¬
duisent toujours les formes du cristal primitif qui s’est accru
et qui, par suite de son accroissement, s’est ainsi multiplié. Les
produits sont toujours semblables aux parents.
On objectera peut-être à cette assimilation, l’absence de
spontanéité présentée par la matière inorganique, mais on ou¬
blie involontairement, je veux bien le croire, que les divisions
cellulaires ne sont pas, elles aussi, plus spontanées puisqu’il
suffit de modifier légèrement les conditions physiques exté¬
rieures pour retarder, accélérer ou empêcher ces divisions. De
telle sorte qu’il est démontré que ces phénomènes sont bien
sous la dépendance des forces physico-chimiques. Si on veut,
malgré tout, admettre des forces intérieures, elles n’entrent en
action que sous l’influence des forces extérieures et sont donc
du même ordre.
En résumé, nous voyons que seule la continuité d’une même
matière présentant le même modo de mouvement interne et de
groupement moléculaire est l’unique et vraie base physique des
phénomènes héréditaires. Si on objecte que la goutte d’acide
sulfurique anhydre en s’accroissant dans la vapeur d’eau ne
reproduit plus de l’acide anhydre, on doit se souvenir que les
actions, provenant des milieux, sur les parents doivent sc trans¬
mettre aux produits. De même que, pendant sa croissance, un
être organique peut présenter des métamorphoses liées à l’ac¬
tion des causes extérieures ou du genre de vie, de mémo les
cristaux peuvent présenter dans leur évolution des formes di¬
verses provenant elles aussi de variations de milieu.
Les biologistes sont unanimes à reconnaître actuellement que
la reproduction sexuée peut se ramener facilement à la repro¬
duction asexuée dont elle n’est qu’une différenciation et un per¬
fectionnement. Scissiparité, blastogénèsc externe, blastogénèse
interne, parthénogénèse et reproduction sexuée, no sont en
effet que les différents étapes d’un mémo processus. Les phé¬
nomènes héréditaires peuvent et doivent donc être étudiés tout
LE NATURALISTE
d’abord chez les êtres unicellulaires, ou mieux encore chez les
Monèrcs; et ici comme dans les globules de mercure, l’augmen¬
tation de volume autour d’un centre unique se nommera : crois¬
sance, et le dédoublement mécanique de ce même centre se
nommera : reproduction.
Pour être complcto, une théorie do l'hérédité doit :
1“ Préciser les parties organiques et les substances qui trans¬
mettent les propriétés héréditaires.
2° Expliquer l’action de ces substances dans l’évolution do
l’être.
3° Exposer le mode de leur propre formation.
Chez les êtres organisés, les parties qui transmettent les pro¬
priétés héréditaires sont, ou bien les cellules sexuelles, ou
bien des cellules quelconques. (Feuilles de Bégonia reprodui¬
sant l’individu en entier. — Cellules initiales des bourgeons
chez les animaux et les plantes.) Grâce aux importants et ré¬
cents travaux des cvtologistes, on a pu préciser les fonctions
du protoplasme et des noyaux dans la vio cellulaire, et on
sait actuellement que la substance transmettant les propriétés
héréditaires se trouve localisée dans le réseau chromatique du
noyau. On a pu mémo constater que toutes les cellules d’un
organisme reproduit par voie sexuelle présentaient dans leurs
noyaux une portion de la substance nucléaire paternelle et de
la substance nucléaire maternelle, ainsi^ que des portions plus
ou moins grandes des substances nucléaires ancestrales. Par
suite on a découvert la substance continue, véritable base phy¬
sique nécessaire de l’hérédité, et on comprend en même temps
avec facilité, qu’un produit puisse présenter part. us avec un di¬
ses ancêtres une ressemblance plus grande qu’avec son progé-
nitcur immédiat.
Mais comment peut-on, c’est la deuxième partie du problème,
expliquer l’action de ces substances héréditaires sur les phéno¬
mènes de croissance? Ce sont les phénomènes de nutrition et
de régénération des cristaux qui vont pouvoir éclairer cette ques¬
tion.
Comme une poussière cristalline tombant dans un grand vase
renfermant une solution saturée, se transforme en un corps
volumineux et régulier parce que les particules déjà groupées
ordonnent à leur tour les molécules prises à la solution et les
font passer à l’état d’agrégat solide, ainsi s’accroît à l’intérieur
de l’œuf, jusqu’à l’état d’organisme parfait, le germe minus¬
cule, c’est-à-dire le groupe moléculaire qui transmet les pro¬
priétés héréditaires. Quand après avoir enlevé à un animal, tel
que la Salamandre, un doigt, un bras ou une branchie, ou
quelque autre partie du corps , nous voyons régulièrement
repousser et sc reproduire les parties enlevées, il est clair que
les parties régénérées ne peuvent provenir d’un germe préexis¬
tant. La plaie du moignon, du bras, par exemple, a attiré vers
elle du matériel nutritif et elle a organisé les molécules de ce
matériel pour en former un bras, mais la force ordinatrice est
une force moléculaire qui, à partir de la portion vivante du
moignon, ne peut agir à distance; son action se borne à attirer
les molécules nutritives tombées dans la sphère active de scs
molécules, à les conduire aux endroits voulus et à précipiter
ainsi à sa surface une nouvelle couche vivante.
Le mode d’organisation de cette couche nouvelle dépend de
la loi d’or"anisation, c’est-à-dire de la constitution chimique et
du groupement moléculaire de la surface sur laquelle cette
couche s’est déposée. En un mot l’état de cette coucho est
mathématiquement la conséquence nécessaire de l’état de la
couche génératrice plus ancienne. Mais si celle-ci existait déjà
lors du développement embryonnaire et avant la genèse de la
couche nouvelle, elle doit aussi avoir mu- origine semblable à
celle de cette dernière. Ainsi les couches se superposent, les
jeunes naissent toujours des anciennes jusqu’à complète géné¬
ration ou régénération de l’organisme ; et on comprend dés
lors l’action des groupes moléculaires chargés do transmettre
les propriétés héréditaires.
La dernière partie du problème de l’hérédité consiste dans
l’élude du mode do formation de ces substances qui repro¬
duisent un organisme semblable à celui auquel elles-mêmes
doivent leur origine. Chez les êtres unicellulaires sc repro¬
duisant par scissiparité, la formation des substances hérédi¬
taires se confond avec la croissance do l’individu initial. Chez
certains vers ( Sagitta ) et principalement chez quelques Diptères,
les cellules sexuelles dérivent directement de l’oeuf et peuvent
même s’en séparer ( Chironomus ) avant la formation du blasto¬
derme. Chez quelques blastozoïdcs de Tunicicrs, les Pyrosomes
et les Botrylles, on voit également une portion de l’ovaire du
parent passer dans les extroflexions qui deviendront de nou¬
veaux individus. Dans tous ces exemples on voit donc mani¬
festement apparaître la continuité, ou, si l’on veut, l’immorta¬
lité de la substance héréditaire qu’on peut appeler avec Weis-
tnann : Plasma germinatif. Dans d’autres cas moins simples,
les cellules reproductrices (cellules mâles, cellules femelles, ou
cellules mères de bourgeons) ne proviennent plus directement
des cellules sexuelles antérieures, mais la continuité du plasma
germinatif n'en est pas moins réelle, et c’est peut-être alors
qu’il est plus juste de dire avec Bray (1692) « que chaque par¬
tie du corps semble contribuer à la formation de la semence ».
En résumé et pour conclure, l’hérédité a pour véritable siège
le plasma germinatif, immortel, susceptible de lentes modifica¬
tions incessantes sous l’influence des milieux. Ce plasma est
localisé dans le réseau chromatique de toutes les cellules des
organismes, et de certaines en particulier. Enfin son mode
d’action peut s’expliquer par les lois de la physique molécu¬
laire. La complexité chimique de la matière vivante en rend
seule actuellement les manifestations plus difficiles à analyser.
Les études sur la genèse et l’évolution des cristaux pourra seule
apporter les premiers éclaircissements à la solution de ce pro¬
blème, le plus passionnant de tous : Comment les actions mo¬
léculaires de la matière président-elles à la morphologie des
êtres organiques et inorganiques!
F. Lahille.
CHRONIQUE
Curieux effet de l’électricité. — 11 y a un an la foudre tom¬
bait à Kumbakonam (Inde) sur un Tamarinier. Environ quinze
jours après avoir été frappé du feu du ciel, cet arbre donnait
une floraison extraordinaire. On était alors en octobre.
L'arbre était tout chargé de fleurs ; chose remarquable : il ne
possédait pas de feuilles. Plus tard, il donnait à l’époque nor¬
male une seconde floraison. Puis épuisé par cette dépense
extraordinaire de sève, il succombait. On peut rapprocher ce
fait du fait plus commun de ces arbres caducs chez lesquels la
floraison est d’autant plus active qu’ils sont plus menacés de
dépérir. Et alors, en dehors de l’influence de l’électricité si
nettement accusée dans le faii que nous venons de rapporter,
on verra que les arbres qui vont mourir subissent une sorte de
surexcitation dernière et d’exagération de vitalité, dont le but
est de leur procurer des descendants, grâce auxquels ils puis¬
sent se survivre. [Le Monde des plantes, H. Léveillé )
Nécrologie. — Dr A. Barclay, bien connu par ses travaux
sur les champignons parasites et pathogènes. — A.-V. Pelzeln,
ornithologiste, ancien conservateur du Musée de Vienne. —
Cari Wedl, histologiste, qui a publié des travaux remarquables
sur les Enlozoaires.
Les mœurs du corbeau. — Le corbeau est-il nuisible réelle¬
ment à l’agriculture? 11 semble qu’on peut répondre oui d’après
une enquête que le ministre do l’agriculture des États-Unis
vient de terminer. Non seulement il se nourrit de grains,
mais encore il mange les jeunes plantes de maïs, de blé, de
seigle, d’avoine. Il agit aussi en disséminant un grand nombre
de plantes nuisibles dont il utilise les graines pour son alimen¬
tation, graines qui semblent acquérir une vertu germinative
spéciale du fait d'avoir traversé son tube digestif.
Captures d’insectes à la lumière électrique. — La lumière
électrique est souvent une grande attraction pour les cousins.
Les grands foyers à arc ont fréquemment près de vingt insectes
tournant rapidement autour d’eux. Les lumières plus faibles à
incandescence, qui donnent une flamme pauvre et couleur de
gaz, ne semblent pas avoir une attraction spéciale pour les
insectes. On peut aussi dire que la lumière électrique attire les
poissons comme les insectes. tT. Samson, Yokohama.)
Appât pour papillons. — Dans plusieurs parties de
l’Extrême-Orient, j’ai trouvé qu’un Omithoplera ou Papilio
mort est un appât presque certain, pourvu, naturellement, que
d’autres spécimens de ces espèces se trouvent aux environs.
A Java et Sclungor (Péninsule Malaise), quand j’avais pris un
spécimen trop mauvais pour garder, je le posais toujours dans
un endroit convenable pour attirer les autres. Je ne pouvais
me servir d’un bon spécimen, car en deux minutes il aurait été
emporté par les fourmis. Ici, au Japon, où les fourmis et
autres insectes ne sont pas si terribles, je laisse aussi de bons
spécimens bien en vue, comme appât, pendant quelques
minutes ; ainsi, avec le Papilio Maackii, on est certain d’attirer
les autres ; après une demi-heure, l'attraction parait cesser.
[ The Entomologisl, T E. Samson, Yokohama.)
274
LE NATURALISTE
Plumes des oiseaux. — Tout le monde sait que les plumes
jouent un très grand rôle dans la confection des engins pour la
pêche à la ligne : elles servent à la fabrication des mouches
artificielles, des flotteurs, etc. Un particulier de Londres se
propose d’établir un concours entre les oiseaux dont les plumes
paraîtront les plus utiles aux pêcheurs à la ligne.
Variété de Lycaena Corydon. — U a été pris aux environs
d’Easlbourne (Angleterre), une curieuse variété de Lycæna
corydon femelle. Les ailes antérieures et postérieures possè¬
dent la tache discoïdale ordinaire et la bordure de taches en
forme d’yeux sur la surface inférieure ; cependant la couleur
des ailes antérieures est blanchâtre (comme la couleur nor¬
male du dessous chez le mâle) et on ne voit que trois taches,
les postérieures de celles qui composent habituellement une
rangée de sept. Les ailes postérieures sont brunâtres, mélan¬
gées de blanc.
GÉOLOGIE STMTIGRAPÏÏIQÜE
Par Ch. VÉLAIN
M. Ch. Vélain, chargé de cours à la Faculté des sciences de
Paris, vient de publier une quatrième édition de son Cours
élémentaire de géologie slratigraphique. On peut dire, sans
exagération, que l’apparition de ce livre est un événement
scientifique de grande portée.
Ce Cours élémentaire , très complet, résume en effet la géo¬
logie nouvelle; c’est un lumineux exposé des théories les plus
récentes, et des plus importantes découvertes dont l’origine est
essentiellement française.
Que de chemin parcouru depuis dix ans ! Les quatre éditions
de l’ouvrage de M. Ch. Vélain sont intéressantes à consulter à
ce point de vue. Au début, l’auteur, un des élèves les plus
éminents d'Hébert, se contentait de vulgariser les idées du
maître ; il établissait nettement la nomenclature géologique, et
c’était déjà un grand service rendu à l’enseignement. Plus tard,
les travaux de MM. Fouqué et Michel Lévy ont pris la place
qu'ils doivent garder en pétrographie ; l’analyse microscopique
des roches est devenue un complément indispensable de la
stratigraphie positive ; enfin, les recherches bibliographiques de
M. de Lapparent et la puissance synthétique de cet admirable
savant ont augmenté l’éclat de notre science nationale. Au¬
jourd’hui, dans la quatrième édition du livre de M. Ch. Vélain,
les élèves en géologie retrouveront, presque in extenso, les
substantielles leçons professées à la Sorbonne et à l’Ecole nor¬
male par M. Munier-Chalmas, ainsi que les cours de M. Ber¬
trand à l’Ecole des mines ; en d’autres termes, l’ouvrage de
M. Ch. Vélain est l’écho de l’enseignement supérieur de Paris;
c’est ce qui le rend précieux.
Nous recommandons particulièrement à l’attention des lec¬
teurs la troisième partie (Géologie proprement dite], qui con¬
tient une multitude d’observations inédites et d’aperçus nou¬
veaux dont nous venons d’indiquer les sources.
L’examen des milieux dans lesquels se sont produits les
phénomènes géologiques a conduit les savants à l’établissement
de faciès régionaux ; la chronologie stratigraphique se trouve
ainsi vivement éclairés et rectifiée. Combien grande est actuel¬
lement l’existence de la mésologie dans la science biologique!
M. Giard étudie l’action des divers milieux sur les organismes
animaux. M. G. Bonnier poursuit les mêmes études sur les or¬
ganismes végétaux, et nous entrevoyons dans la géologie nou¬
velle uno mésographie paléontologique prévue par l’Ecole posi¬
tiviste, et particulièrement par Robin.
Léon Gérardin.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 19 octobre. — M. Pasteur présente une note de
M. G. Daremberg sur le pouvoir globulicide du sérum sanguin.
Le sérum du sang, d’une espèce animale, possède le pouvoir de
détruire les globules rouges du sang d’un animal d’une autre
espèce, ainsi que l’ont constaté depuis longtemps plusieurs au¬
teurs. Ainsi quelques gouttes de sérum do sang de chien mêlé à
une trace de sang do lapin dissolvent les globules de ce der¬
nier. Ce pouvoir globulicide est soumis à certaines influences.
Il est détruit par le chauffage à 50”-60<>, ou lorsqu’on expose le
sérum à la lumière diffuse pendant huit à dix jours. Enfin,
quelques composés chimiques entravent ou détruisent ce pou¬
voir, — m. Chauveau présente une note de M. C. Phisalix sur
la nature du mouvement des Chromatophores et des Céphalo¬
podes. L’auteur se rallie à l’opinion de Paul Bert, qui attri¬
bue les mouvements des Chromatophores à des muscles dilata¬
teurs à contraction rapide. L’auteur distingue trois espèces de
mouvements, les mouvements de trémulation, d’ondulation et
d’activité fonctionnelle, que l’on peut provoquer en excitant de
diverses manières les centres nerveux, chromato-moteurs,
sous-œsophagiens et sus-œsophagiens. La forme et les caractères
du mouvement se rapportent aux propriétés des muscles à con¬
tractions rapides et les Chromatophores sont des sphères pig¬
mentaires élastiques dont les mouvements d’expansion sont pro¬
voqués par la contraction de muscles disposés en rayons à son
équateur et nommés fibres radiaires.
Séance du 26 octobre. — Note de M. Bouchard sur les actions
vaso-motrices des produits bactériens. La diapédèse des glo¬
bules blancs du sang est le phénomène dominant de l'inflam¬
mation. Le mouvement qui emporte ainsi hors des vaisseaux
les globules blancs, n’est pas l’effet de l’attraction exercée par
les produits bactériens, l’un de ces produits même empêche la
diapédèse en paralysant le centre vaso-dilatateur. M. Bouchard
nomme cette substance anectasine. Cette substance arrête
aussi les hémorragies. Une autre substance bactérienne, au
contraire, excite le centre vaso-dilatateur, et accélère la diapé¬
dèse, c'est l’antagoniste de l’anectasine. Pour cette raison,
M. Blouchard la nomme cétasine ; il l’a découverte dans la tu¬
berculine de Koch. — M. Ad. Chatin adresse uno note sur
l’histoire botanique de la Truffe. Parmi les . échantillons de
Truffes qui lui avaient été envoyés de Bagdad, M. Chatin a
reconnu deux nouvelles espèces de Kamès; il nomme l’un
Terfezia Hafizî, l’autre Terfezia Metaxali-, le premier est beau¬
coup plus abondant que le second. De plus, l’auteur a reconnu
que des Kamès qu’il avait reçus de Smyrne étaient des Ter¬
fezia Leonis, regardés jusqu’ici comme africains. — M. Friedel ,
présente une note de M. Chabrié sur une nouvelle substance
albuminoïde du sérum sanguin de l’homme. On admettait que
cette humeur ne contenait que deux matières albuminoïdes, la
paraglobuline et la sérine. L'auteur a pu en extraire une troi¬
sième qu’il nomme albumone, et dont il énumère les caractères
et les propriétés. — M. Bouchard présente une note de
M. A. Charrin sur les substances solubles du bacille pyocya¬
nique. L’injection de ces substances occasionne la fièvre, tout à
fait comme l’injection de la lymphe de Koch, bien que le bacille
pvocanique en soit très différent. — M. Bouchard présente
une note de M. Boger sur l’atrophie musculaire progressive
expérimentale; on peut la provoquer par l’inoculation de cul¬
tures atténuées du streptocoque de l’érysipcle. L’examen micros¬
copique montre alors des altérations profondes des fibres mus¬
culaires et des grandes cellules des cornes antérieures de la
moelle. Le système nerveux périphérique reste indemne. —
.!/. Milne-Edwards présente une note de ilf. E.-L. Bouvier sur
quelques caractères anatomiques d’un Hyperoodon rostratus
femelle, de 7 m.2ü, échoué à Saint-Vast-la-Hougue. Les re¬
cherches de l’auteur ont porté sur les organes génitaux, les
mamelles, les poches multiples de l’estomac, au nombre de
, 1 1 -c , cl quelques di-pcsii n ,us de l’appareil circulatoire et des
plexus qui tendent à rapprocher l'Hyperoodon des formes an¬
cestrales du groupe. — M. Milne-Edwards présente une note de
1/ Raphaël Blanchard sur les Chromatophores des Céphalo¬
podes, en réponse à la communication de M. Phisalix. La na-
i nrc musculaire des filtres rayonnantes n'a pas été vérifiée ana¬
tomiquement, et les expériences de M. Phisalix s’expliquent par
l'union intime du Chromatophorc avec les nerfs, que M. R. Blan¬
chard avait admise, et que, selon lui, les observations de M. Phi¬
salix n’infirment pas. — M. Marey présente une note de
,11. Pierre Bonnier sur la physiologie du nerf de l’espace. Par le
jeu des osselets, il se produit des courants dans l’endolymphe
de l’oreille interne, courants variables de sons ci d’intensité,
suivant l’incidence de l’ébranlement. Le nerf de l’espace définit
le lieu des points perceptibles par l'oreille. — M. E. Blanchard
présente une note de M. Decaux sur un moyen de destruction
des insectes nuisibles à la betterave et aux céréales, et qui
consiste en chiffons de laine imprégnés de pétrole ou d’autres
composés hydrocarburés.
A. E. Malard.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS* — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13° ANNÉE
2° Série — W
1" DÉCEMBRE 1891
LE GUÊPIER
(Merops apiaster.)
Le Guêpier vulgaire est, avec le Rollier, un des plus
beaux oiseaux d’Europe, caron peut leconsidérercomme
un oiseau d’Europe, où il se montre fréquemment et
niche quelquefois. C’est le type le plus parfait de la fa¬
mille des Meropidés et pour la beauté de son plumage il
dans les airs où ils prennent mille postures diffe'rentes. »
Les Guêpiers sont très sociables et voyagent en colo¬
nies ; ils font une guerre acharne'e aux mouches, saute¬
relles, libellules, cole'optères, mais ils recherchent,
comme leur nom l’indique, les insectes à aiguillon :
abeilles, guêpes, bourdons, frelons. Malheureusement
ils sont très friands d’abeilles et lorsque l’un d’eux a dé¬
couvert une ruche, il se perche à proximité et en quel¬
ques heures en dévore tous les habitants, le Guêpier
pouvant, sans inconvénient, avaler une grande quantité
LE GUÊPIER (Merops apiaster .
peut rivaliser avec beaucoup d’espèces exotiques. Le
front estblanc, la partie antérieure de la tète verte; l’oc¬
ciput, la nuque, le milieu des ailes d’un brun-cannelle,
le dos jaune-verdâtre, la gorge d’un jaune d’or clair li¬
mité par une bande noire transversale qui se fond sur
son bord inférieur; une ligne également noire s’étend du
bec à l’œil et se prolonge jusque sur les côtés de l’occi¬
put ; le ventre et le croupion sont bleus-verts : les rémi¬
ges sont d’un vert olive ou teintées d’aigue marine.
Ces oiseaux se rapprochent des Hirondelles par leurs
mœurs : ils recherchent les contrées découvertes où il
existe des places libres au milieu delà végétation. « Tan¬
tôt, dit Gloger, on les voit raser le sol d’un vol rapide
en suivant un long espace, tantôt effleurer la surface des
eaux et parcourir un long trajet sans paraître remuer
les ailes; tantôt ils se balancent à une grande hauteur
d’hyménoptères dont il régurgite ensuite les ailes et les
autres parties cornées.^
Par la nidification le Guêpier se rapproche du Martin-
Pêcheur : il recherche la paroi escarpée, argileuse ou sa- ■
blonneuse d’un cours d’eau ; il dépose sur un peu de
mousse, au fond d’une galerie longue de trois à quatre
pieds, 4 à 6 œufs d’un blanc pur, semblables à ceux du
Martin-Pêcheur, mais un peu plus gros. Pline, qui avait
observé cette particularité, dit dans son Histoire des ani¬
maux : Merops nidifiait in specu sex pedum defossa altilu-
dine.
Le Guêpier est de passage en France, où on le rencontre
partout accidentellement, mais plus fréquemment dans
le Midi. Il est très commun en Italie, en Espagne, en
Tunisie et en Algérie, où on le désigne sous le nom vul¬
gaire de Chasseur d'Afrique, la disposition des couleurs
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
276
LE NATURALISTE
de son plumage offrant une certaine analogie avec l’uni¬
forme bleu-ciel à collet jaune de nos Chasseurs d’Afrique.
En Grèce on détruit des quantite's considérables de ces
oiseaux et dans Elle de Crète les enfants les prennent
au moyen d’une ligne dont le hameçon est amorce' avec
une sauterelle. On expe'die d’Espagne en France de nom¬
breuses caisses remplies des dépouilles de ces oiseaux
préparées pour les usages de la mode.
Le Guêpier a été dans l’antiquité le sujet de nombreu¬
ses fables : on croyait que, comme la Cigogne, il rendait
des services à ses parents et que, lorsque ceux-ci étaient
vieux, il ne les laissait pas sortir du nid etleur apportait
leur nourriture ou les transportait sur son dos d’un en¬
droit à un autre. On retrouve cette opinion dans Pline :
Merops vocatur, genitores suos reconditos pascens. Gessner
prétendait que la chair du Guêpier n’était pas bonne à
manger : « On ne mange pas le Guêpier, dit-il, car sa
chair est dure et indigeste ; elle est cependant utile
dans des cas d’ulcères : le fiel, mêlé à de l’huile et à des
olives non mûres, rend les cheveux d’un très beau noir. »
La chair du Guêpier n’est plus employée depuis long¬
temps pour ces singuliers usages.
Albert Granger.
MÉMOIRE DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE
4e année nos 1 et 2 1891.
Voyage do la Mélita. M. Chevreux a effectué, du 6 novembre
,889 au 9 mai 1890, à bord de sou yacht la Mélita, des recher¬
ches zoologiques aux îles Canaries et sur les côtes du Sénégal.
Les matériaux recueillis pendant ces recherches ont été con¬
fiés à des spécialistes dont quelques-uns publient leurs études
dans le fascicule qui nous occupe. — M. Chevreux décrit lui-
mème un Amphipode nouveau, le Podoprion Bolivaiï, type d’un
nouveau genre. Le Podoprion se remarque par la petite main pré¬
hensile qui lerminelapatte de la2a paire; il a été capture en rade de
Vi^o, il 20 mètres de profondeur dans une petite nasse métallique
amorcée de Poisson. — M. Topsent- étudie les Spongiaires.
Ces animaux, comme on sait, sont peu nombreux sur les côtes
du Sénégal et les espèces recueillies par la Mélita ne dépas¬
sent par le nombre de 15, dont six des Canaries. Mais ces es¬
pèces offrent un heureux mélange d’animaux méditerranéens et
d’animaux du Nord de la province lusitanienne ; parmi elles se
trouve une éponge calcaire ( Amphoriseus flamma ) de Bahia et
une espèce nouvelle trouvée sur la plage de Rufisque, la
Tedania Chevreuxii éponge marine jaunâtre, pleine mais
creusée de larges canaux. — Les Mollusques tcstaces, étudiés
par M. üautzenberg, sont beaucoup plus nombreux. Réunis à
ceux recueillis aux Canaries par le regretté abbe Culliéret, ils
ne fournissent pas moins de 122 espèces pour les Canaries et
do 177 pour le Sénégal. Ces Mollusques presque tous ma¬
rins se composent pour les deux tiers au moins de Gastéro¬
podes. Les espèces nouvelles sont au nombre de quatre : une
espèce de Bulle, la Cylichna Grimaldii recueillie par 5 mètres
do profondeur à Dakar ; un eulimidc le Niso Chevreuxii dra¬
gué y 15 mètres dans la baie de Corée ; un Dentale de petite
arille (D. senegalense) et une nouvelle venus (K. Chevreuxii)
caractérisée par les- hautes lamelles concentriques qui ornent
son test. Comme de coutume, malheureusement, la Spirula
Peronvi n’a été trouvée qu’à l’état de coquille. — Campagnes
du yacht Y Hirondelle . Deux nouvelles notes préliminaires sur
les "animaux recueillis pendant les campagnes de ce yacht. —
Dans la première M. Th. Studer s’occupe des Alcyonacés et
Pennutulacés et signale les deux nouveaux genres : Schizophy-
tum et Gyropliyllum. Le Schizophytum echeriatum se présente
sous la forme d’une « tige épaisse, située longitudinalement qui
donne naissance, à une certaine hauteur, à des polypes tubuli-
formes non rétractiles » qui jouissent do la propriété curieuse
de se multiplier par fissiparité. Le Gyrophyllum Hirondellei, au
contraire, est une sorte de Pennatule dont les feuilles peu nom¬
breuses sont ondulées et contournées sur les bords. C’est un
splendide organisme rose violacé et long de 13 centimètres,
dont les polypes sont pourpre foncé ; il a été dragué au large
des Açores, par 1260 mètres de profondeur. Les Pennatu-
lidés sont au nombre de trois dans la liste de M. Sluder, les
alcyonacés au nombre de 11 dont 8 nouveaux. — Dans la se¬
conde note, M. Allnaud s’occupe des Coléoptères recueillis aux
Açores par M. de Guerne. L’auteur observe que la forme co-
léoptérienne des Açores est à peu près exclusivement euro¬
péenne, quelques espèces toutefois venant de l’Amérique du
Sud ou des autres archipels de l’Atlantique. Les Cicindélidês
ne se trouvent pas aux Açores, tandis que les Calosomes, y
sont très bien représentés. M. Alluaud signale dans sa liste un
Dytiscien nouveau, désignépar M. Régimbart sous le nom à'Hy-
droporus Guernei. — Travaux divers. — M.Faurot observe que le
le Cerianthus membranaceus, belle Anémone de mer de nos côtes,
est caractérisée par des septa de quatre grandeurs différentes qui
se répètent régulièrement do manière à constituer des groupes
de quatr e (quatrosepta) bien distincts. Il insiste sur ccfaitcurieux
pour établir que, vraisemblablement, le Cérianthe se rapproche
beaucoup plus, à cet égard, des Rugueux éteints que des Acti-
niacés vivants. — M. Héron-Royer signale de nouveaux faits
d’hybridation chez les Batraciens anoures, animaux qui hybri¬
dent très facilement sans qu’on sache d’ailleurs si les produits
hybrides sont féconds. Les hybrides obtenus par l’auteur tien¬
nent du type paternel sauf ceux de Bombinator qui tiennent
plutôt de la femelle. — M. A. Dubois fait une revue critique
des derniers systèmes ornithologiques et propose une nouvelle
classification pour les oiseaux. Dans cette classification l’au¬
teur, qui veut tenir compte à la fois de tous les caractères
essentiels, externes et internes, conserve la division en deux
sous-classes de M. Sundevall, suivant que les oiseaux
naissent nus et faibles ( Gymnopodes ) ou couverts de duvet
(P lilopodes) . Tous les ordres sont conservés, mais quelques-
uns sont scindés; les Martinets Engoulevents et Colibris forment
Tordre des Macrochères, les Calaos et les Martins Pêcheurs celui
des Anisodactyles, les Syrrhaptes et les Gangas celui des Hété¬
roclites, les llérons et les Flamants celui des Hérodiens, enfin
les Kamichés celui des Palamédés. ■ — M. Suchetet. continue
ses recherches sur les oiseaux, hybrides rencontrés à l’état sau¬
vage. Ayant montré dans la première partie de son travail que
l’hybridation chez les Gallinacés se présente seulement dans
trois familles des Perdrix, des Faisans et des Tétras, et particuliè¬
rement chez ces derniers, il passe maintenant en revue quelques
autres ordres. Chez les Palmipèdes, l’hybridation ne se rencontre
guère que dans la famille des Canards où les espèces qui se
mélangent par hybridation sont très nombreuses et mémo
entre genres (Anas et Fuligula). Elle est très rare chez les
Echassiers (Héron, Hématopiens). D’après divers essais faits
en captivité chez les oiseaux l’auteur conclut ainsi : « Par ana¬
logie il y a lieu de croire que les hybrides sauvages sont inca¬
pables de se reproduire inter se, mais accouplés avec des
espèces pures, plusieurs paraissent jouir de la fécondité.
Dans ce cas, les jeunes retournent tôt ou tard au type dont
le sang domine. » Ce résultat, comme on sait, n’est point par¬
ticulier aux oiseaux, mais paraît se produire partout, aussi
bien chez les animaux que chez les plantes (1). — M. Raphaël
Blanchard étudie, dans une première note, les Cestodes des
Primates anthropoïdes. Ces Cestodes appartiennent au genre
nouveau Bertia et sont représentés dans le Chimpanzé par le
B. Studeri et dans l’Orang-Outang parle B. Satyri. Les Bertia
sont des Téniadés marins, du groupe des Anoplocéphalidés ; ils
ont une ressemblance frappante avec les Moniéziadés herbivores
mais n’ont aucune analogie directe avec les Cestodes parasites
des autres singes, pas plus qu’avec ceux de l’Homme. Cotte
constatation, dit l’auteur, peut paraître bizarre, mais il ne
faut pas oublier que l'Homme, « en s’élevant au premier rang
de l’animalité, a changé progressivement de régime alimentaire
et, d’exclusivement frugivore, est devenu omnivore et surtout
carnivore : il a perdu do la sorte ses anciens helminthes, pour
en prendre de nouveaux » .
E.-L. Bouvier.
(1) Lire l’exposé intéressant du phénomène d’hybridation
dans Edmond Verrier, Traité de zoologie p. 291, pour les ani¬
maux, et dans Ph. van Ticghem, Traité de botanique p. 964,
pour les plantes.
LE NATURALISTE
277
LE DADI-GOGO OU BA1ANC0UNFA
{Çerathanthera Beaumelzi, Heckel), de la Côte occidentale
et le
ZERUMBET AUTRANI Heckel.
du Gabon-Congo.
Le Kousso d’Abyssinie, grand arbre de la partie orien¬
tale de l’Afrique chaude, est le tænicide en vogue dans
cette région : c’est là un fait universellement connu.
Mais ce qu’on ignorait jusqu’à ces derniers temps, c’est
que le tænicide abyssin, dont la réputation s’est étendue
jusqu’au continent européen, a son rival, ou mieux son
pendant dans la partie Ouest de l’Afrique tropicale.
Tout aussi exposée aux atteintes du tænia que la région
orientale, cette zone torride est largement occupée par
ce végétal très utile qui y joue un rôle comparable à
celui du Kousso ( Brayera anthelminlhica, Kunth.). Bien
plus, malgré des travaux très importants sur la matière
médicale de la Sénégambie dus à M. C. Sambuc, on
n’était pas fixé sur le nom, la nature et la situation bota¬
nique de la plante qui fournit ce tænifuge, et cependant
elle est rêjjandue largement et utilisée à divers litres
par les populations nègres, depuis le Sénégal jusqu’à
Sierra-Leone, c’est-à-dire sur une étendue en latitude
qui dépasse 7 degrés, soit environ 300 lieues terrestres.
J’ai pu, dans ces derniers temps, grâce à des circons¬
tances heureuses et au concours bienveillant de la Com¬
pagnie française de la côte occidentale d’Afrique, qui
possède de nombreux comptoirs dans ces régions, ar¬
river à connaître cette plante étrange qui avait échappé
jusqu’ici à toute détermination, sans doute à cause des
dispositions toutes spéciales de son système floral qui
font que, sur son sol natal, on ne lui a pas trouvé jus¬
qu’ici de fleurs complètes en permettant la détermination,
mais seulement des fleurs cleistogames. J’ai nommé Ce -
ratantliera Beaumelzi cette espèce nouvelle, la dédiant
ainsi au célèbre thérapeutiste parisien qui l’a déjà étu¬
diée, à mon instigation, dans ses Nouvelles médications.
mais sous le nom provisoire et inexact de Phrynium
Beaumetzi. En raison de son large emploi en Afrique et
des singularités que présente sa floraison, elle mérite
de fixer l’attention des botanistes. C'est un exemple rare
de plante cleistogame et distopique. J’ai qualifié ainsi
(de Si; et toko;, deux lieux) le très petit nombre de
plantes connues jusqu’ici, qui revêtent un mode de flo¬
raison différent ( cleistogamique ou normal), suivant la
nature et le climat des lieux qu’elles occupent. Jusqu’à
cette heure, on ne connaissait pas, que je sache, de
fleurs cleistogames parmi les Zingibéracées, famille à
laquelle appartient sans conteste la plante qui m’occupe.
Quant à l’état distopique qu’elle présente, cette condi¬
tion fort curieuse, il faut le dire, n’est guère connue que
dans trois ou quatre espèces de plantes, telles que Juncus
buf'onius de Russie, qui, sous l’influence culturale, cesse
de donner des fleurs normales parfaites pour ne plus
produire que des fleurs cleistogames. Inversement,
quelques Viola ne produisent pas leurs fleurs cleisto¬
games, qui sont la règle ordinaire cependant, dès qu’elles
croissent dans les terres basses ou dans certaines loca¬
lités. J’ai constaté moi-même que le Linaria spuria ne
donne pas de fleurs souterraines quand on le fait végéter
dans un sol gras et meuble ; de même, Pavonia hastata,
du Brésil, cultivée au jardin botanique de Marseille, n'a
donné que des fleurs cleistogames et pas du tout de
I fleurs parfaites, tandis qu’elle s’en couvre dans sa pa¬
trie. Les fleurs cleistogames seules sont fécondes dans
cette espèce. Voyons donc quelle est cette structure
florale spéciale au Balancounfa ou Dadi-gogo (2). Voici
d’abord la description de la plante telle qu’elle a fleuri
au jardin botanique de Marseille (Voir flg. 1.).
Çerathanthera Beanmetzi Ed. II ki Plan!
surant environ 0,30 de haut, issue par plusieurs rejets d’un
rhizome assez volumineux (fi g. 1). Ovales et petites au bas do
chaque axe aérien (a), mais augmentant leurs dimensions au
fur et à mesure qu’on s’élève vers l’extrémité florale, les feuilles
mesurent dans leur plus grand développement do 10 à 13 cen¬
timètres de long sur 3 à 5 centimètres de largo (à). Elles sont
fortement acuminées, d’un beau vert velouté; nervure médiane
très sensible à la face inférieure; nervures secondaires courbes
(!) Sur les fleurs souterraines de Linaria spuria Mil!
(Revue scientifique de la France et de la Belqique, do A. Ciiar.l.
T. XXII, 1890).
(2; Cette plante porte encore, suivant les régions où elle ha¬
bite, les noms divers de Goqué, Goyoferi, Raticolon, Cassion,
Uialili, Barolili, Garaboubine, Bachunkarieo, Abolo et Paqué.
278
LE NATURALISTE
et obliques se détachant à angles très aigus de la côte ou ner¬
vure médiane. Surtout à l’état jeune, ces feuilles sont bordées
de poils nombreux, uniccllulaires ; leur gaine est fendue, velue
sur les bords, et notamment au point de jonction de cette gaine
avec la feuille, où il existe un véritable stipule auriculé (slip.).
Inflorescence terminale en épi dense dans lequel chaque
fleur est enveloppée d’une bractée verte spathiforme. Ces
feuilles transformées sont de plus en plus courtes et rappro¬
chées les unes des autres à mesure qu’on s’avance de la base
vers le sommet de l’inflorescence.
Chaque bractée porte à son aisselle une seule ou plusieurs
feuilles disposées en épis secondaires.
t Les fleurs ont un calice d’une belle couleur jaune orange (fig.2).
Chacune d’elles porte sur les côtés de l’ovaire une petite bractée
Fig. 2. — Fleur zygomorphe entière A : ov , ovaire ; br, bractée
qui l’entoure; se, calice externe; si, si', si", calice interne; syn,
synème; b, fente do tube synémique; fi, filet; ét, étamine. —
B, fleur après la chute des enveloppes ; ov, ovaire ; se, traces du
calice ; sto, stylodes ; sty, restes du stylo. 3/1
Fig. 3. — Bouton floral de la fleur zygomorphe ; ov, ovaire;
sta, staminodes; ét, étamine ; si, grand sépale interne. 5/1.
Fig. 4. — Stigmate de la fleur zygomorphe ; sty, portion ter¬
minale du style; stg, cupule stigmatique ; ps, papilles stigma-
tiques. 30/1.
opposée à la grande bractée spathiforme. Le calice externe qui
enveloppe l’ovaire est jaunâtre; il se termine supérieurement
par trois dents inégales. Le calice interne jaune orange
comme tout le reste de la fleur, revêt la forme d’un tube cylin¬
drique, courbe sur la plus grande portion de son étendue, et se.
termine par trois sépales, dont un postérieur concave, très
développé, inséré supérieurement sur le tube (si) calicinal, et
deux antérieurs allongés, mais plus courts que le sépale posté¬
rieur, plans et en forme de lanières aiguës (si' si").
La rangée extérieure des étamines est représentée par deux
staminodes externes et antérieurs superposés aux sépales in¬
ternes antérieurs, plus longs que ceux-ci, mais de forme simi¬
laire (sta). La rangée d’étamines internes est formée : 1’ par
un synème peu développé, pendant, bilobé, à deux lobes égaux
(syn), dont la base remonte vers la partie supérieure de la
fleur pour se souder avec l'étamine unique, de sorte que l’ori¬
fice du tube est oblique (/>); 2° par une étamine fertile dont le
filet étroit, subulé, très allongé (fi), courbé en faucille, cana-
liculé, se termine supérieurement par un connectif qui porte
l’anthère très développée, en déborde les loges et en suit les
contours, leur formant ainsi un cadre(fig. 5). Ce connectif élargi,
plan, quadrilatère, porte à chacun de ses angles (apc) un ap¬
pendice calcariforme, sinueux, terminé en pointe. Ces quatre
appendices, dont deux sont en haut et doux en bas de l’an¬
thère, enroulés en tire-bouchon, se développent tardivement,
car il n’en existe pas de trace dans le bouton floral (lig. 3). Celui-ci
revêt transitoirement l’aspect (s) et, présente la constitution qui
sont définitifs et fixés dans les fleurs do Catimbium .
Le style filiforme est encastré dans le filet (fig. 4); il insinue son
sommet entre les deux loges de l’anthère et vient s’épanouir en
un stigmate concave (sty), infundibuliforme, dont les bords et
la face interne sont garnis de papilles très développées (ps).
Fig. 5. — Anthère de la fleur zygomorphe; fi, filet; sty,
style ; stg, stigmate infundibuliforme ; a, loges de l’anthère :
e'pe, expansion du connectif en un cadre ; apc, appendice cal¬
cariforme stamino-connectival. 30/1.
L’ovaire infère est à une seule loge, les cloisons qui devaient
former les trois loges normales dans cette famille ayant avorté
et n’étant plus représentées que par des traces attenantes aux
parois internes de l’ovaire. Les ovules ont avorté complète¬
ment, à l’exception d’un ou de deux qui subsistent au fond de
l’ovaire : l’un d’eux, en se développant et se soudant avec,
forme la substance du bulbille. L’ovaire se termine supérieu¬
rement par les dents du calice externe (se), par le style long cl.
subulé (sty) et par deux stylodes courts, allongés, étroits ot
sinueux (sto). Les parois de l’ovaire sont recouvertes de poils
dans le jeune âge, ils tombent de bonne heure, et leur cellule
basilaire se soulève en papilles qui recouvrent plus tard le
bulbille (fig. 6).
Cette plante a fleuri deux années de suite (1889 et 1890) en
serre chaude au jardin botanique de Marseille; jusqu’ici, elle
n’a pas donné de fleurs féconde s.
Dr Ed. Heckel.
(A suivre).
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES XOEYEAEX
Theages Merula n. sp. 37 millimètres. Supérieures noires
à reflets bruns avec les nervures d’un noir profond et deux
ombres noires transversales ; l’une plus large, centrale ; la se¬
conde, indécise, dans la partie extérieure de l’aile. Inférieures
à centre blanc, semi-transparent, bordées de noir, plus large¬
ment à l’apex et au milieu du bord terminal. Dessous des supé¬
rieures noir pâle, mat; dessous des inférieures comme le
dessus, mais de teinte plus pâle. Nervures bien indiquées en
noir dans les quatre ailes. Franges concolores. Palpes, corps,
pattes et antennes de même couleur que les supérieures. Un o'’
pris aux environs de Loja, 1889.
Hydrias Globulus n. sp. 26 millimètres. Supérieures très
arrondies à l'apex et à l’angle interne; inférieures également
très rondes. Dessus des supérieures gris cendré; une ligne
courbe de six points part du bord interne pour se perdre vers
le milieu de l’aile, les doux ou trois premiers de ces points sont
blancs et bien marqués, les autres sont à peine distincts. Un
point noir avant l’apex. Dessus des inférieures gris plus pâle,
uni. Franges grises entrecoupées de teintes plus foncées. Des¬
sous des quatre ailes gris uni avec un reflet plus foncé à la
côte des supérieures. Tète, antennes, corps et pattes concolores
avec quelques poils blancs au collier, au thorax et aux pattes.
Un et' des environs de Loja, 1890. Collection Druce,un spéci¬
men provenant de Sarayacu, Équateur.
ltrotis Studios:» n. sp. 40 à 45 millimètres. Supérieures
pointues à l'apex avec le bord ten
quatre ailes brun lerri
ochracées; les supér
peu ar
•ondi.
ivec de nombreuses et fines strie?
par deux lignes
LE NATURALISTE
279
• tiers de l’aile, très ;
l'apex
presque parallèle au bord terminal. Entr
côte est teintée de ferrugineux ligné de 1
taches jaunes sont placées en dehors de la ;
dont l’extrémité est également jaune. Les inférieures ont
cellulaire blanc et sont traversées par une ligne ar-
ondulée, faisant suite à la seconde des supérieures.
Dessous des supérieures gris strié de brun, lavé de jaunâtre à
la côte avec une très large bande terminale brun ferrugineux
et un point cellulaire. Dessous des inférieures jaune ochrc strié
de brun, avec un point cellulaire à centre blanc et une ligne
médiane brune. Franges brunes. Cinq o” des environs de
Loja, 1890.
Ypsipctes Simulator n. sp. 38- millimètres. Dessus des
supérieures brun vineux, plus clair dans la partie supérieure de
l’aile et marqué de différentes taches brun très foncé, savoir :
une grosso tache extra-basilaire en forme de triangle mal formé
et dont la base touche au bord interne, une tache cellulaire
plus petite formant croissant, trois points le long de la côte,
puis enfin, au delà de la cellule, une série transversale de
taches dont les trois premières partant de la côte se tiennent,
celles-ci sont suivies de deux plus petites, détachées, et, enfin,
de trois autres en forme de coins, également détachées et dont
la dernière n’atteint pas le bord interne. Franges brun vineux.
Dessus des inférieures gris cendré uni. Franges gris blond.
Dessous des supérieures gris, la côte d’un rose vineux est mar¬
quée de points noirs et d’une tache jaunâtre à l’apex. Dessous
des inférieures rose vineux très largement bordé de brun noir
et traversé de deux lignes brunes, la secor
guée. Il est probable que cette espèc
pécnnes. varie beaucoup. Un spécimen des environs
LOj“’ 1890- P. Dognin.
BISON D'EUROPE
L’animal, que nous prenons pour sujet du présent
article, mérite attention à plus d’un titre. L’étude de sa
vie et de ses mœurs est pleine d’intérêt. Mais ce qu’il y
a de plus intéressant encore, au point de vue scienti¬
fique, c’est l’historique du Bison. S’il est un animal qui
a embarrassé les savants, les anciens aussi bien que les
modernes, c’est, à n’en pas douter, celui qui nous
occupe. Ce n’est pas que les naturalistes ne s’en soient
pas suffisamment occupés; bien au contraire : tout ce
qu’il y a d’élite dans le monde des zoologistes, à com¬
mencer par Aristote jusqu’aux Pallas et Cuvier, n'est pas
sans avoir touché à cette question. C’était à qui créerait
des espèces et des genres avec des noms aussi caracté¬
ristiques que pittoresques.
Nos lecteurs ont déjà eu l’occasion, l’an dernier, si la
mémoire ne nous fait défaut, d'apprendre certaines con¬
sidérations importantes, en ce qui concerne le Bison
d’Amérique. Nous allons leur donner quelques aperçus
intéressants, en ce qui regarde l’histoire, la vie et les
mœurs, de même que la chasse de son congénère d’Eu¬
rope. Et pour faciliter cette étude, nous la diviserons en
trois parties distinctes : L'historique, l’animal en tant
qu’ espèce, sa vie et ses mœurs et la chasse.
Occupons-nous donc, pour le moment, de tout ce qui
a trait à l’histoire de ce bœuf géant dont est si fier, et à
bon droit, ce grand pays de Russie.
Déjà Aristote, en faisant mention des bœufs, cite, en
regard des bœufs communs, et donne une description
assez détaillée d’un bœuf sauvage de Paconie (province
voisine de la Macédonie), qu’il appelle bonasus. A propos
de ce dernier, Buffon, qui est peut-être le plus compé¬
tent en la matière, fait remarquer que, en tenant compte
de ce fait qu’Aristote, en parlant des bœufs sauvages du
climat tempéré, n’a indiqué que le bonasus, et qu’au
contraire, les Grecs et les Latins des siècles suivants
n’ont plus parlé du bonasus, mais ont désigné ces bœufs
sauvages sous les noms d ’urus et de bison, l’on sera
porté à croire que le bonasus d’Aristote doit être l’un ou
l’autre de ces animaux précités. C’est Jules César qui a
parlé, le premier, de Vurus. Pline et Pausanias sont, de
leur côté, aussi les premiers qui aient avancé la déno¬
mination de bison. A partir de ce moment, la confusion
des noms n’a fait qu’augmenter avec le temps; c’est
ainsi qu’on a ajouté le thur bubalus de Belon, etc. Ce
qu’il y a de particulier, c’est qu’on a fait autant d’espèces
qu'il y avait de noms de créés.
D’où viennent les dénominations bison et urus ?
Buffon et ses adeptes admettent, à cet égard, qu’autre-
fois on a trouvé, dans les parties désertes de l’Europe,
des bœufs sauvages, les uns sans bosse et les autres
avec une bosse. Les premiers ont reçu le nom de vrochs
et turochs, dans la langue des Germains, tandis que le
nom de visen a été donné aux bœufs sauvages à bosse,
dans la même langue. Les Romains, qui ne connaissaient
ni l’un ni l’autre de ces bœufs sauvages, auront adopté
les noms qui suivent : de vrochs, ils ont fait urus et de
visen, bison.
Telle est l’origine des deux dénominations urus et bison;
ce qui nous importe peu en la conjoncture. Toute la
question n’est que de savoir si, oui ou non, les deux
bœufs sauvages qui portent respectivement les noms
précités, ont existé simultanément. Ici les opinions se
partagent. D’une part, déjà Pallas, il y a plus de
100 ans, est arrivé à cette conclusion que Unis et Bison ne
sont autre chose que deux dénominations d’un même
bœuf; de plus, que l’animal décrit par Herberstein sous
le nom de Tur n’est qu’un représentant d’une race intro¬
duite de bœuf sauvage. Cette dernière hypothèse a été
réfutée, d’autre part, par Cuvier, qui a fourni quelques
indications plaidant en faveur de l’existence de deux
espèces de bœufs sauvages, et estarrivéà une conclusion
opposée, à savoir que le Tur doit être envisagé comme
un grand bœuf, dont les restes étaient retrouvés dans
les nouvelles couches terrestres de l’Europe. On sait, au
surplus, que, d’après les mêmes débris, Bojanus établit
une espèce à part, Bos primigenius.
L’opinion de Cuvier a été partagée par beaucoup de
zoologistes bien connus, tels que Brincken, V. Bayer,
Hermann, Mayer, etc., qui ont tous repris la question et,
grâce à leurs recherches personnelles, sont arrivés à un
avis contraire de celui de Pallas. D’aucuns, comme Owen,
Pictet, Rutimeyer se sont prononcés purement et sim¬
plement pour l’hypothèse de Cuvier.
11 est à remarquer que la manière de voir de Pallas,
pour ne pas être la vraie, n’en est point restée sans
qu’elle eût trouvé des partisans. Bojanus, Pusch, Ada-
movitch sont du nombre de ceux-ci. Ils admettent, à
l’unanimité, comme nous l’avons dit plus haut, que dans
les temps historiques, aussi bien en Pologne qu’en toute
l’Europe, il n’a existé qu’une seule espèce de bœuf sau¬
vage qui continue à vivre, à l’heure qu’il est, dans la
forêt de Bialovizca et au Caucase.
Notre étude historique du Bison serait incomplète si
nous passions sous silence quelques considérations plus
ou moins importantes au point de vue paléontologique
d’un des adeptes les plus ardents de Cuvier, en ce qui
concerne l’animal en question. Nous voulons parler de
von Rutimeyer. D'apres ce dernier auteur, eu égard à ses
LE NATURALISTE
magnifiques recherches, dans les temps préhistoriques,
à côté du Bison habitaient quatre espèces différentes de
bœufs, à savoir • Bos primigenius, B os trachoceros, Bos
frontosus et Bos brachyceros. Von Rutimeyer admet que la
première, c’est-à-dire Bos primigenius, est descendue dans
les couches plus anciennes et ses restes appartiennent,
pour la plupart, aux animaux sauvages. Pour ce qui est
du Bos trachoceros, il représente l’exemplaire féminin du
précédent, à l’état sauvage. Quant au Bos frontosus, le
savant auteur est enclin à croire qu’il provient d’une race
produite artificiellement, par élevage. En ce qui regarde
la quatrième
iî <y a Osfi'isS
brachycero s,
von Rutime¬
yer n’en a pas
compris la
signification:
tantôt il la
con sidère
comme une
race appri¬
voisée des¬
cendant du
Bos primi¬
genius, tantôt
comme une
espèce indé
pendante.
Plus tard, von
Wilkens a
décrit un fos¬
sile de bœuf
sous le nom
de Brachyce-
phalus de Lai-
bâcher Moor.
Il admet aus¬
si que, dans
les temps pré¬
historiques ,
on ne con-
t guè-
în Euro-
pie deux
de
bœufs sauva¬
ges, à savoir :
Bos primige¬
nius à lon¬
gues cornes
et Bos brachyceros à cornes courtes.
De son côté, l’envoyé autrichien Herberstein parle
également de deux bœufs sauvages et en donne les
dessins caractéristiques avec les noms des animaux,
comme on peut le voir ci-contre. Sur la figure qui
représente un animal ressemblant au bœuf ordinaire
sont les mots suivants : Unis sum, Polonis Tur, Germants
Auroch : ignari bisontis nomen dederant (Je suis l’urus,que
les Polonais nomment tur, les Allemands auroch, le vul¬
gaire bison). Quant à la seconde figure où l’on ne peut
méconnaître le bison, elle possède une inscription qui
suit Bisons sum. Polonis suber, Germanis bisont : ignari
uri nomen dederant (.le sui“ le bison que les Polonais
appellent suber, les Allemands veysent et le vulgaire
urochs ). En outre, le savant polonais August Wrzêsniowski
fait remarquer que les données de Herberstein concor¬
dent avec les résultats paléontologiques et est d’avis
que, tout au moins jusqu’au xvi« siècle, il existait deux
espèces de bœufs sauvages : le Tur et le Z ubr.
Il en résulte donc que la manière de voir de Cuvier et
consorts en la matière ne saurait plus être contestée, et
ja plupart des zoologistes, d’ailleurs, s’accordent à envi¬
sager ce point si agité de la question comme de ne plus
être dénaturé à soulever des débats.
Ceci étant établi, il n’est pas sans intérêt de men¬
tionner quel¬
ques fai tshis-
loriques, en
ce qui con¬
cerne la vie
intime du
Tuf et du
Zubr.Ces der¬
nières consi¬
dérations ue
pourront ,
comme on va
le voir plus
loin, que con¬
firmer davan¬
tage l’opi¬
nion de Cu¬
vier et, de ce
chef, réfuter
celle de son
adversaire
Pallas. C'est
le savant na-
turaliste
Schneeberger
qui va nous
fournir ces
faits instruc¬
tifs en l’es¬
pèce.
Tandis que
le Tur se plaît
à fréquenter
les champs
de blé et de
seigle et à en
dépouiller la
récolte, a-
lors qu’il pro¬
duit volon-
Zubr, au con-
Le bison, reproduction de vieilles gravures de Herberstein
tiers avec les vaches apprivoisée:
traire, encore qu'il consomme en captivité de 1 a -
voine, fuit les champs de blé ; en outre, aucun accou¬
plement des bisonnes sauvages avec les taureaux appri¬
voisés n’est à constater; de plus, il y a même une sorte
de haine réciproque entre ces deux espèces.
D’autre part, Bonas, tout en admettant l’existence de
deux espèces de bœufs sauvages : le Tur et le Zubr, ne
leur en voit pas moins une parenté, en ce sens qu il
serait porté à croire que le Tur serait le résultat de la
production d’un taureau de bison avec une vache appri¬
voisée. A propos de celte dernière remarque, Wrzes-
niowski fait observer que rien n’est venu jusqu’à pré¬
sent confirmer le dire de Bonas et qu’il n’est pas certain
LE NATURALISTE
281
que les petits résultant de ce croisement soient capables
de vivre et de reproduire.
Une autre indication historique, non moins intéres¬
sante, et qui mérite, à ce titre, d’être relatée. Nous la
tenons du savant polonais Bobrowski.
En 1846, dans la pouclitcha (forêt) Bielowesca furent
pris trois paires de jeunes bisons. Un de ces couples fut
employé pour les recherches de nature à expliquer l’ori¬
gine de domesticité des animaux. Pour ce qui est des
autres, voici ce qu’on constata. Les veaux de deux mois
tétaient sans difficulté et préféraient les vaches dont la
couleur ressemblait à la leur. Les plus âgés (cinq mois)
ne voulaient téter en aucune façon et on était obligé de
leur donner à boire du lait qui venait d’être trait. De
plus, un animal de quinze mois avait commencé à
brouter de l’avoine, du foin, de l’écorce et des feuilles
d’arbre. Au bout de peu de temps, Jes veaux du Bison,
excepté celui de quinze mois, étaient devenus appri¬
voisés au point de pouvoir les laisser en liberté, sans
aucune surveillance, dans une cour soigneusement
entourée d'une haie. Plus tard, on les laissait jouer dans
la même cour, avec des veaux apprivoisés et, chose
remarquable, les jeunes Bisons faisaient très bon
ménage avec les apprivoisés. Avec le temps, il s’est
même établi une amitié entre les voisins, à tel point
qu’ils ne se séparaient plus. Chaque veau de Bison avait
à sa disposition deux vaches pour se nourrir, attendu
qu’une seule ne lui fournissait pas assez de lait. Il est
à remarquer que, en comparaison des veaux de Bison,
qu’on avait laissés à l’état sauvage, ceux qu’on apprivoi¬
sait se portaient à merveille : ils engraissaient de jour
en jour et leur physique, en un mot, ne laissait rien à
désirer.
On n’a pas oublié la première paire qui devait être
l’objet d’étude au point de vue du croisement avec le
bétail. C’est Wieliski, propriétaire du gouvernement de
Grodno (Lithuanie), qui en avait été chargé. Ce dernier a
pu constater que, après plusieurs accouplements, la
vache était devenue grosse et n’avait pas lardé à mettre
bas. Ensuite le taureau père a été mis à même de saillir
deux vaches apprivoisées. L’une a livré un veau femelle,
l’autre, au contraire, un taureau. Les deux se sont fait
remarquer par leur garrot élevé, tout comme chez les
bisonnes. En outre, la vache était très sauvage, si bien
qu’elle attaquait quiconque s’approchait d’elle, sauf son
surveillant. Le veau mâle, au contraire, avait l’air très
apprivoisé. Toutefois, après la mort de sa compagne, il
est devenu si méchant et si irascible, qu’on s’est vu
obligé de l’attacher. M. Wieliski, en vue de pousser ses
investigations plus loin, a permis à ce bâtard (métis) de
saillir une vache apprivoisée, et il en est résulté un
veau femelle qui se distinguait fort peu des veaux appri¬
voisés, quant à son habitus.
Tels sont les quelques faits intéressants ayant trait au
croisement des bisons avec le bétail domestique. Qui¬
conque veut avoir les plus amples détails à ce sujet ne
saurait mieux faire que de consulter Bobrowski les
Matériaux pour la géographie et la statistique de la Russie.
Gouvernement de Grodno, 1863, Bd. 1, p. 436.
Pour en revenir aux dénominations du Bison d’Eu¬
rope, remarquons, avec Wzésniowski, que Tur (unis,
auroch) et Zubr (bison) étaient souvent échangés les uns
pour les autres et qu’il faut tenir pour certain que ces
deux noms étaient destinés à qualifier deux espèces dif¬
férentes de bœufs sauvages.
A présent que nous sommes plus ou moins fixés sur
le Bison d’Europe, la question qui se posera sera de
savoir s’il y a rapport entre le Bison d’Amérique et
«■lui d’Europe. Sont-ce deux animaux de la même espèce
ou de la même race? A ce compte, nous ne saurions
mieux faire que de citer le remarquable passage de
Buffon :
« Les bisons d'Amérique pourraient bien venir origi¬
nairement des bisons d’Europe. Les expériences faites
par M. de La Nux ont montré que les bisons ou bœufs à
bosse des Indes et de l’Afrique produisent avec les tau¬
reaux et vaches de l’Europe, et que la bosse n’est qu’un
caractère accidentel qui diminue à la première généra¬
tion et disparaît à la seconde ou à la troisième. Puisque
les bisons des Indes sont de la même espèce que nos
bœufs et ont, par conséquent, une même origine, n’est-il
pas naturel d’étendre celte même origine au bison
d’Amérique?
« Les anciens ont dit que les bisons se trouvaient dans
la partie de la Germanie voisine de la Scythie; actuel¬
lement, on trouve encore des bisons dans le nord de
l’Allemagne, en Pologne, en Écosse ; ils ont donc pu
passer en Amérique ou en venir comme les autres ani¬
maux qui sont communs aux deux continents; la seule
différence qui existe entre les bisons d’Europe et ceux
d’Amérique, c’est que ces derniers sont plus petits; mais
cette différence même est une nouvelle présomption
qu’ils sont de la même espèce, car nous avons vu que
les animaux domestiques ou sauvages qui ont passé
d’eux-mêmes ou qui ont été transportés en Amérique, y
sont tous devenus plus petits ; d’ailleurs tous les carac¬
tères, jusqu’à ceux de la bosse et de longs poils aux
parties antérieures, sont absolument les mêmes dans les
bisons de l’Amérique et dans ceux de l’Europe, aussi
nous ne pouvons nous refuser à les regarder non seule¬
ment comme des animaux de la même espèce, mais
encore de la même race. »
Il est toutefois à remarquer que tel n’est point l’avis de
M. Brehm sur ce point.
J. Gutman.
Aristote. Hisloria animalium.
Pallas. Description du bœuf à queue à cheval, précédée
d'observations générales sur les espèces sauvages du gros bétail.
Acta Academire Scicnliarum Impcrialis Pctropolitanæ 1377.
Pars posterior, p. 233.
Cuvier. Recherches sur les ossements fossiles. 4e édition.
Paris, 1833. Tome VI, p. 22S-238.
V. Brinlten. Mémoire descriptif de la forêt impériale de Bia-
lovisca, Varsovie, 1828, p. 03.
V. Bauer. Nachmaligc Untersuchung der F rage ob in
Europa in historischcn Zeit zwei Arien von vilden Sticrcn
leben (Bulletin scientifique de l’Académie lmpér. des Sc. de
Saint-Pétersbourg, Tome IV, 1838, p. 113-128).
yer. Untersuchungen der Thiorrcste ausden Pfahlbau-
, p. 01. Ucber die Art und Ræi der sahmen euro-
Rindes (Archiv für Antropologio. Bd. I, p. 221.)
Bojanus. De uro nostratc cjusque sœlato commentatio.
Nova Acia M. Phys. Acad. C;os. Lcop. Bd. XIII, Iheil. 2,
But.
ton, l:
1827, p. 121-422.
V. Wilkens. Uebcr die Schædelknochen des Rindcs aus dem
Pfaubbau des haibacher Moorcs Mitlhcilungcn der Antropolo-
gischen Gesellschaft in Wicn, 1877, Bd. VII, n°*7, 8, p. 165-173.
LE NATURALISTE
Mœurs et Métamorphoses du CORÆBUS amethystinus.
ÜLIV.
Coléoptère , de la famille des Buprestides.
Larve. — Longueur T à 9 millimètres; largeur 2 millimètres.
Corps blanc mat, subcylindrique, fortement chagriné, avec
pubescence très légère ; tète et extrémité caudale noir ferrugi¬
neux.
Tète petite, en partie enchâssée dans le premier segment
thoracique, jaunâtre sale à sa région postérieure, rougeâtre sur
le front, avec fine ligne médiane, du fond de laquelle partent
deux autres lignes en forme de Y ; au point de jonction des
trois lignes sont quatre petits traits caractéristiques en forme
de virgule; épistome subconvexe, transverse, noir ferrugineux,
avec trait flave médian se prolongeant sur le labre qui est petit,
semi-discoïdal, brun ferrugineux, fortement cilié au bord anté¬
rieur; mandibules triangulaires, noires, cornées, bidentées à
l’extrémité, avec forte échancrure à leur milieu intérieur ;
mâchoires à lobe subarrondi, légèrement pubescent avec palpes
maxillaires de deux articles, flaves, pubescents, très courts, mo-
niliformes ; menton formant corps avec les palpes labiaux qui
sont petits, Inarticulés noirs, et avec la languette qui est large,
noirâtre, pubescente au bout et en forme do palette arrondie;
antennes très courtes, subferrugineuses, moniliformes, de trois
articles, peut être de quatre, le dernier terminé par une longue
soie rousse; ocelles : en arrière de la base antennaire sont
deux points cornés, noirs, que l’on pourrait prendre pour des
ocelles.
Segments thoraciques blanc sale, fortement chagrinés avec
de très petites soies clairsemées; premier segment convexe,
fortement renflé, une fois plus large que la tête, parcouru dans
son milieu par une ligne plus large en arrière qu’en avant,
teintée de brun à ses bords; deuxième et troisième segments
moitié moins larges que le premier et pas plus longs que ce
dernier, à eux deux réunis.
Segments abdominaux : Comme les deux derniers segments
thoraciques; les huit premiers sont transverses, blanc mat,
avec très légère pubescence, à peu près égaux comme forme
et comme dimension, avec ligne médiane peu accentuée: neu¬
vième segment plus large, plus pubescent, subdéprime avec
rebord latéral antérieur arrondi et très développé, terminé par
un appendice bifide, fortement denté à son milieu intérieur, à
pointe obtuse, à bord intérieur verruqueux; un peu en arrière
de ces appendices est l’anus dont la fente est longitudinale.
Dessous : La tête en dessous est d’un brun ferrugineux avec
trait noir près du bord latéral; premier segment thoracique
grand, blanc sale, fortement boursouflé, légèrement concave à
son milieu, qui est longitudinalement parcouru par une ligne
bien marquée, tous les autres segments sont aussi d’un blanc
sale, légèrement chagrinés avec fortes boursouflures : une forte
impression latérale provoque un bourrelet de séparation de la
région dorsale à la région ventrale, excepté au douzième ar¬
ceau où il est moindre ; bourrelet qui a pour particularité de
faire progresser la larve dans son réduit.
Pattes nulles, granules et boursouflures les remplacent.
Stigmates semi-elliptiques, flaves à péritrème roux, le pre¬
mier, le plus gros, est placé au tiers antérieur du deuxième
segment thoracique et au-dessous du rebord latéral ; les huit
autres un peu au-dessus de ce rebord et au tiers antérieur des
huit premiers arceaux abdominaux.
Issue d’œufs pondus aux premiers beaux jours du printemps,
cette larve très lente dans ses mouvements, chemine en ron¬
geant la partie médullaire de la tige de la plante nourricière,
le Carlina vulgaris, Linné, et en comblant de ses propres débris
les points de la galerie qu’elle quitte; l’accouplement a lieu
sur la plante même, l’œuf est déposé au tiers supérieur de la
tige, le cheminement se fait en descendant. Quelquefois la larve
plonge jusque dans l’intérieur de la racine, d’autres fois, elle
s’arrête au collet, le plus souvent elle atteint son complet dé¬
veloppement un peu avant d’arriver à la racine ; chaque tige
ne nourrit qu’une seule larve, il arrive cependant le cas où
deux larves se trouvent réunies dans une même tige sans tou¬
tefois qu’elles se confondent dans leur travail de cheminement;
les racines peuvent aussi ètro habitées par une ou par deux
larves; dans ce dernier cas, chacune opère dans sa galerie
propre.
Parvenue au terme de son existence larvaire, ce qui a lieu
à la fin de l’été, elle se façonne une loge, dont les deux parois
extrêmes sont obstruées par de légères fibres de bois, puis
elle se retourne, prépare en l’évasant lejtrou par lequel l’adulte
s’échappera; à l’abri ainsi de tout accident, elle se contracte
et aussitôt commence un travail d’élaboration intérieure, qui
doit la conduire à la phase nymphale.
Nymphe. — Longueur 6 millimètres, largeur 2 millimètres.
Corps d’un blanc mat, glabre, lisse, subcylindrique, atténué
aux deux extrémités, un peu moins à l'extrémité antérieure,
qui est arrondie et rendue proéminente par les yeux qui sont
très saillants; l’extrémité anale est translucide et inerme..
La nymphe offre l’image de l’adulte, les ailes étant, comme
toujours, à l’état rudimentaire.
Le corselet ne présente pas chez la nymphe cette forme (pii
est de nature à si bien caractériser le genre.
La phase nymphale dure un mois environ; on trouve des
insectes adultes dans leur loge dès le mois de septembre; en
octobre toutes les nymphes, ou à peu près toutes, ont revêtu
les couleurs de l’adulte, mais ce ne sera qu’aux premiers beaux
jours du printemps, que l’insecte parfait se fera jour en rom¬
pant le cercle où il était prisonnier depuis si longtemps déjà.
Adulte. — Aux environs de Ria, l’adulte n’est pas rare pen¬
dant les mois d’avril et de mai. C’est sur les feuilles de la
plante nourricière qu’il fait son séjour de prédilection; sa vue
est perçante, aussi, au moindre danger se dissimule-t-il der¬
rière la tige on sous les feuilles ; forcé dans sa retraite, il se
laisse tomber à terre et sauvegarde ainsi son existence me¬
nacée; il vole mal, ce n’est qu’au milieu du jour, au moment
où l’astre solaire déverse tous ses feux, que les deux sexes se
livrent à la recherche l’un de l’autre; une fois l’accouplement
terminé, le mâle disparait; la femelle pond une vingtaine,
d’œufs qu’elle dépose habituellement un par tige, puis elle
meurt à son tour, après avoir ainsi assuré la l'eproduction de
l’espèce.
Dans son ouvrage d’entomologie de 1790, tome II, p. Ho.
Olivier a donné la description de l’insecte parfait; de Marscul,
dans sa monographie des Buprestides, tome II, de l 'Abeille,
année 1865, p. 426, l’a décrit plus longuement.
On connaissait la larve du C. Amethystinus comme habitant
le Cirsium échina tum : il. Durieu de Maisonneuve, seul, avait
simplement fait savoir dans les Annales de la Soc. Ent. Fr. 1847.
B, p. 9, que les métamorphoses de cet insecte s’accomplis¬
saient dans les tiges du C. échinatum. La partie descriptive
restait donc à faire. Cette lacune se trouve aujourd’hui comblée,
ainsi que les particularités afférentes à la vie évolutive de
l’espèce.
Capitaine Xambf.u.
LES OISEAUX DE FRANCE :1)
C’est une grande satisfaction que nous avons d’an¬
noncer l’apparition, tant désirée, de la Faune des oiseaux
de France, volume formant la troisième partie de V His¬
toire naturelle de la France, cette belle publication éditée
avec tant de soins et de méthode. C’est notre sympathique
directeur, M. Emile Deyrolle, qui est l’auteur de ce vo¬
lume traitant des Oiseaux. Nous ne saurions trop le féli¬
citer; nous ne croyons pas qu’il soit possible de faire
mieux, à tous les points de vue. Enfin le voilà édité ce
volume, et nous sommes heureux de dire quil remplit
l’idéal de ce qu’on pouvait désirer; d’un style clair et
concis, il apprend beaucoup en peu de mots; les figures,
toutes faites d’après nature, sont d’une exactitude rigou¬
reuse et si précise, qu’on pourrait déterminer toutes les
espèces rien que par la forme du bec. Comme dessin,
c’est absolument remarquable ; si on ajoute à cela la
coloration aussi réussie que possible, on conviendra que
c’est réunir beaucoup de talent dans un ouvrage aux
allures modestes et sans prétention et d’un prix modique
eu égard à ce qu’il conlient. Ce volume, en effet, com-
(f) Un vol. in-12, 304 pages, 132 fig. dans le texte et 27 plan¬
ches en couleur représentant les tètes de 278 espèces.
Prix, 0 fr. 50; franco, 5 fr. 95. En vente aux Bureaux du
journal.
E NATURALISTE
prend 132 figures dans le texte et, de plus, 27 planches en
couleur, représentant les têtes de 278 espèces d’oiseaux
de France.
Nous ne voulons pas tenter de donner une analyse
de cet ouvrage; nous serions forcé de trop citer
si nous voulions en présenter une étude complète.
Donnons donc seulement un aperçu de ce qu’il contient
et de ce qu’il est. Mentionnons tout d’abord les tableaux
dichotomiques par familles et par genres : c’est simple,
clair, précis, ne prêtant pas au doute ; des figures, le plus
souvent même, accompagnent ces tableaux. Nous citons,
par exemple, au hasard, le tableau du groupe des Gros
becs :
Mandibule inférieure présentant une dent bien
développée à la base interne (fig. 1) . Bruant
Mandibule infér
73
1 2 3
Fig. 1. Bruant. — Fig. 2. Bec-croisé. — Fig. 3. Bouvreuil.
a Mandibule inférieure prolongée en l'air au point
de la croiser avec la supérieure (fig. 2) . Becs-croisés
Mandibule inférieure ne dépassant pas la supé¬
rieure . b
b Mandibule inférieure presque égale en hau¬
teur à la supérieure .(fig. 31 . Bouvreuils
4
■i 5 (i
Fig. 4. Chardonneret. — Fig. 3. Pinson. — Fig. ü. Moineau.
Mandibule inférieure sensiblement moins haute
que la supérieure (fig. 4, 3, 6; . Fringii.les
Quant aux descriptions, elles sont complètes et ne
comportent que les caractères nécessaires et largement
Fig. 7. - Pouce du Pipi Richard, Anthius Richard i.
suffisants pour la détermination certaine d
Pour toutes les espèces critiques, c'est-à-dire pour celles
qui présentent certaines difficultés de détermination, vu
leurs affinités avec des espèces voisines, des figures
de l’organe reconnu comme caractère constant, accom¬
pagnent les descriptions, permettant, à seule vue, de
déterminer sûrement l’oiseau. Par exemple, dans les
Pipis, les trois espèces suivantes : Anthus Richardi, pra-
tensis, arboreus, offrent une grande ressemblance entre
eux; par le simple examen des figures du pouce de ces
trois espèces, le doute n’est pas possible (V. fig. ci-
contre). De même dans les Pouillols, qui se ressemblent
beaucoup comme forme, le Rhyllopneuste ru fa,
lais polyglolta et icterina présentent certaines t
Fig. S. Patte du Pipi des prés, Anthus proie
Fig. f). Patte du Pipi des arbres, Anthus a,
JouiUot Velocc, l’hyll. rufa (grandes rémiges, ta
égalant la septième; la première rémige étant,
nulle). — Fig. 11. P. luscinoïde, Hyp. polyglolta (grandes
rémiges, la deuxième presque égale a la sixième, la première
étant nulle). — Fig. 12. P. ictérine, U. icterina (la deuxième
rémige plus longue que la cinquième, la première étant
nulle).
de détermination. En se reportant aux figures des ré¬
miges (V. fig. ci-contre) jointes aux diagnoses, il n’y a
pas moyen de se méprendre.
Nous n’avons pas à souhaiter le succès de cet ou¬
vrage; il suffira, croyons-nous, d’en annoncer 1 apparition,
car il'répond à une attente qui, on peut le dire, dépasse
Le Fruit de l’Hpenæa Courbaril, Linné
AU POINT DE VUE ALIMENTAIRE
L'hymenæa courbaril Linné est une belle légumineuse
de grande taille; son tronc peut acquérir 20 à 23 mètres
de hauteur et 2 à 3 mètres de diamètre. On le trouve
dant les différentes contrées tropicales de l’Amérique
(Brésil, Guvane, Antilles, Mexique). Linné lui a
donné le nom d’hymenxa parce que ses feuilles aro¬
matiques, qui sont disposées par paire, tendent à se
rapprocher pendant la nuit, comme deux jeunes epoux.
D’après un poète indien, ses feuilles servaient à parer
les jeunes fiancées, ainsi que l’indique le quatrain
suivant.
De tes bosquets la pénétrante odeur
Vient ranimer la vieillesse étonnée ;
La jeune fille, aux autels d’hyménéc,
En pare encor sa mourante pudeur.
Le courbaril, incisé au tronc ou aux tories branches,
laisse transsuder en abondance une substance gomme-
résineuse nommée par les Brésiliens Iolicacica ou Intaicica,
et connue sous le nom de copal tendre dans le commerce.
LE NATURALISTE
284
Le fruit (flg. I) est une gousse longue de H à 17 centi¬
mètres, large de 3 à 8 centimètres, ayant à peu près
l’aspect d’un rognon de mouton, d’un brun roussàtre,
un peu âpre et comme chagrine' à l’extérieur, à écorce
épaisse, dure, ne s’ouvrant pas et contenant dans une
seule ; loge de 3 à o semences environnées de fibres et
d’une pulpe farineuse douce et jaunâtre.
Le professeur Brillon a observé l’origine del 'Hymenæa,
il a vu des ovules, très petits, par rapport à la masse de
l’ovaire, de forme obovoïde. Puis, à mesure que le fruit
marche vers sa maturité, toutes ces cellules, sans cesser
de demeurer en contact par leur sommet, s’allongent,
deviennent tubuleuses, comme autant de poils courts et
pressés, se touchent entre eux par toute leur surface, et
des produits spéciaux s’élaborent dans l’intérieur de
leur cavité. Ils renferment des substances amylacée,
sucrée et résineuse-aromatique. Mais le tissu qui ren¬
ferme ces substances dépend, non de la graine, comme
on a pu le croire d’après l’examen des parties adultes,
Fruit entier du Courbaril ( Hymenæa Courbaril) .
mais bien de la couche profonde du péricarpe. D’après
ce savant, le fruit vert est riche en tanin et usité en mé¬
decine comme astringent, tandis que le fruit mûr ren¬
ferme une pulpe contenant de l’amidon, du sucre et une
lésine aromatique.
N’ayant trouvé aucun renseignement sur les propriétés
nutritives de cel le pulpe, dans les ouvrages que j’ai con¬
sultés (juin 1889). j’ai prié mon fils, le docteur Charles
Decaux, d’analyser cette fécule ; il a trouvé :
1° Partie soluble dans l’éther de pétrole . 0,204 %
2° » w » l’alcool . 24,630
3° » » » l’eau . 8,205
4o Incinération (cendres) . U,8S0
S» Différence (ligneux) . 66,101
Celte pulpe est surtout riche en saccharose et amidon
(34 0/0) très propre à la nourriture de l’homme, elle est
supérieure à la pomme de terre, l'arrow. Root, peut se
comparer à la fécule de manioc. Je 11e saurais trop ap¬
peler l’attention des économistes sur ses propriétés nutri¬
tives, si peu connues jusqu’ici. D’après les renseigne¬
ments qui m’ont été donnés à l’Exposition universelle
de 1889, ces fruits sont perdus dans bien des contrées
et ne sont pas récoltés. Quelques rares Indiens en font
usage comme nourriture sous forme de bouillie ou de
galette. Cette pulpe est surtout employée par les natu¬
rels à fabriquer une boisson fermentée très alcoolique
qui les enivre.
Au moment de faire imprimer cette étude, j’apprends
que MM. Heekel et F. Schlagdenhauffen ont étudié
toutes les parties du courbaril, au point de vue chimique
et scientifique, sans en tirer de conclusion pour son
utilité (le Naturaliste, lo janvier et 1er février 1889),
c’est à-dire quelque temps avant moi. Je m’empresse de
reproduire l’analyse de la pulpe faite par des maîtres si
universellement reconnus ; ils ont trouvé :
1° Partie soluble dans l’éther de pétrole . 0,228 %
2° Partie soluble dans l’alcool . 24,596
3° Partie soluble dans l’eau . 8,181
1° Incinération (cendres) . 0,868
5° Différence (ligneux) . 66,133
Comme on peut le constater, les deux résultats ont été
sensiblement les mêmes dans les deux analyses. Le cour¬
baril se plaît au voisinage des eaux, il donne un bois
solide, dur et compact, de couleur rouge clair, plus
foncé vers le centre, surtout dans les vieux arbres, pu
jaune obscur, avec quelques veines verdâtres.
D’une texture fine et homogène, le bois du courbaril
est à fibres droites et sans nœuds; aussi se travaille-t-il
facilement dans tous les sens; il ne joue pas, prend le
poli et le vernis. Son élasticité serait quatre fois plus
grande que celle du chêne, et il serait trois fois aussi
résistant.
Les dimensions souvent volumineuses du tronc per¬
mettent d’en tirer de belles courbes pour les construc¬
tions navales.
Ce bois, à raison de la propriété qu’il a de résister
longtemps à la destruction, est recherché en Amérique
pour toutes sortes d’usages : la charpente, la sculpture,
le charronnage des axes pour moulins à sucre, la fabri¬
cation des meubles.
Conclusion. — Cet arbre précieux mérite d’être répandu
dans nos colonies d’Amérique, et importé en Asie, la
Réunion, le Sénégal, le Gabon, q,tc., pour l’utilité de son
bois, la résine qui s’écoule du tronc ( copal tendre), mais
surtout pour les propriétés nutritives de son fruit; il est
maintenant démontré que cette gousse contient 20 à 30
grammes de fécule sucrée, toute prête à être employée à
la nourriture de l’homme, et surtout de l’enfant, sans au¬
cune préparation préalable. La nature, toujours pré¬
voyante, en a fait un fruit unique pour l’alimentation des
populations primitives, manquant presque toujours des
moyens souvent difficiles pour extraire les fécules des
fruits ou graines alimentaires connus jusqu’ici.
Pour mieux faire comprendre l’importance du fruit
de V Hymenæa courbaril L., je crois devoir donner la com¬
position immédiate des tubercules de lu pomme de terre
de bonne qualité :
Eau . 74
Fécule . 20
Cellulose et matière poétique . 1 65
Albumine et autres matières azotées.. . . 2.12 j
Matières grasses . 0.11 f ....
Sucre, résine, huile essentielle . 1.06 I
Sels organiques et minéraux . 1.06 1 _
100,000
LE NATURALISTE
La fécule d’arrow. Root, comme aliment, diffère Lien
peu de la fécule de pomme de terre.
Les rhizomes du manioc fournissent de 30 à 3ii O/O de
fécule, après un travail long et minutieux.
Logiquement l 'Iiymenæa courbaril L. pourrait se nom¬
mer l’arbre à fécule. J'espère avoir démontré que cet
arbre a été méconnu et qu’il devra être considéré, à
l’avenir, comme un des arbres les plus précieux de nos
colonies.
Decaux.
CHRONIQUE
Une ferme d’éléphants. — La Californie finira par tomber les
marchés d’Afrique. Il ne lui suffit plus de s’étre emparée du
commerce des plumes d’autruche, voilà qu’un de ses citoyens
se propose defonderune ferme d’éléphants. D’après les calculs
de cet industriel, un éléphant, arrivé à son entier développe¬
ment, pèse 7,000 livres et peut donner 3,000 livres de viande de
première qualité, sans 'compter -tout le parti que l’on peut tirer
do sa peau, un peu épaisse, à la vérité, mais facile à dédoubler,
do ses défenses d'ivoire. Reste à savoir si les éléphants, qui
passent pour négliger l’accroissement de leur famille en capti¬
vité, modifieront leurs idées sur ce point pour aider à la réali¬
sation de ce rêve.
Culture duTrichophyton,
a cultivé le trychophyton a
le bouillon solidifié par la gélose et le bouillon ordinaire. Les
essais qu’il lit de les cultiver sur le corps humain en employant
, de la gélatine, du bouillon solidifié par la
un résultat. D’un autre côté, des ino¬
culations faites avec les cultures obtenues par le bouillon qui
venait de cultures faites d’abord sur le bouillon solidifie par la
gélose réussirent. La troisième semaine après l’inoculation,
l’apparence habituelle de tinea circinata se produisit et le cham¬
pignon se retrouva dans les écailles. L’affection fut laissée à
son cours pendant deux mois. Les formes en vessie qu’on ob¬
serve dans quelques vieilles cultures sont simplement, d’après
Mazza, des formes de dégénérescence et elles n’ont rien à faire
— ainsi qu'on le suppose — avec aucune des fonctions généra-
i. 11 déclare expressément qu’il n’a jamais observé aucun
, particulier comme les organes de génération
- M. E. Gounelle est chargé d’une
Brésil, à l’effet d’y poursuivre des recherches d’his¬
toire naturelle et spécialement d’entomologie, et de réunir des
collections destinées à l’Etat. — M. Charles Soller est chargé
d’une mission scientifique dans l’Afrique occidentale, à l’effet
d’y poursuivre des études d’histoire naturelle, d’ethnographie et
de géographie générale.
Vil exemple «le fertilité. — Ou signale I-' cas suivant de fer-
extraordinaire pour une pomme de terre. Un
. d’Ay planta, en 1890, une pomme de terre
t pesant le poids respectable de 1 kilog. Elle
54 tubercules dont 16 pesaient de 7 à
1 autres ne s’éloignaient pas de la, moyenne
Le poids total de la récolte était de 19 kilo'-.
, ainsi de 3 kilos celui d’un double déca¬
litre {Jardin).
L’inventeur des glaces au gélatine bromure. — il est ques¬
tion d’ouvrir une souscription en faveur du docteur Maddox,
l’inventeur des glaces au gélatino-bromure et auquel on doit
de si belles recherches sur les corpuscules organisés de l'at¬
mosphère, sur l’histologie et la photomicrograplne. Cette sous¬
cription sera universelle et déjà, dans les diverses contrées de
l’ancien et du nouveau continent, des comités sont eu voie de
formation pour s’adresser à ceux qui ont profité de la décou¬
verte des glaces au gélatino-bromure et en obtenir un témoi¬
gnage de gratitude digne
infortuné.
Classification curieuse. - Ui
nièremcnl envoyée à un haut officier ministériel do L
(Allemagne) fut retenue à la douane. Une enquête éclaira sur le
fait ; les douaniers avaient conclu que les papillons ayant des
ailes doivent être classés comme volailles et payer en consé¬
quence. Ce fut après beaucoup de peines el de patience que
Distoma Pnlmonalis. — Le Sei-l-Kway (journal médical)
contient un extrait du rapport fait par les docteurs Yamakiwa
et Inouye de Tokyo, sur la présence en grand nombre de ce
grand
parasite dans certains villages montagneux du Japon. Il parait
que, dans les endroits où le distoma se trouve, on le craint tel¬
lement, que les habitants des autres villages refusent de faire
du commerce ou même d’entretenir des relations de visites avec
les endroits contaminés, par crainte de l’infection. Les œufs
pénètrent dans le corps humain par l’absorption de l’eau et
apparaissent ensuite en grand nombre dans les déjections.
Il est à penser que le principal symptôme de la maladie est
l’heemoptysis, mais le rapport n’explique pas clairement com¬
ment le parasite passe ■ '
ACADÉMIE DES SCIENCES
lrlc entre les truffes d'Asie et d’Afrique (Terfaz ou Kamês)
les truffes d’Europe. Cette comparaison porte sur la distri¬
bution géographique, le climat, le sol, les plantes nourricières,
les époques de maturation, la profondeur dans le sol, les modes
do récolte, la culture, l’odeur, la saveur, etc. L’importance ali¬
mentaire est incontestablement en faveur des Terfaz qui
couvrent d’immenses espaces, et sont pour les populations
arabes, qui les conservent par la dessiccation, ce qu’est la
pomme de terre au paysan d Irlande. La Truffe est, au con¬
traire, un aliment de luxe. La truffe de Périgord donne
lieu à un commerce de cinquante millions. — M. Albert Gaudry
entretient l'Académie sur le Congrès international de Géologie
et l’excursion géologique dans les Montagnes Rocheuses qui
lui a fait suite. Un train spécial est resté tout le temps’ à la
disposition du Congrès ; lorsqu’il passait devant une place inté¬
ressante, il s’arrêtait. C’est ainsi que 89 géologues ont pu
visiter Washington, Chicago, Saint-Paul. Dans les Montagnes
Rocheuses, le Congrès a admiré les merveilles du parc na¬
tional, et en particulier la falaise d’Obsidienne, les nombreux
geysers et le lac de Yellowstone. Enfin, après avoir visité les
mines d’argent de Butte-City, les houillères crétacées de New¬
castle et les couches siluriennes à poissons de Canyon City,
les congressistes sont revenus à New-York après avoir fait
excursion géologique de 2,500 lieues. M. Albert Gau-
émic les monstrueux Dinosauriens qu’il a
>s collections de MM. Marsh, à Newhaven,
et Cope, à Philadelphie. Le Bronlosaurus, de 15 mètres de
long: 1 ’Atlantosaurus, de 24 mètres, étaient remarquables par¬
la petitesse de leur tète, en proportion de si énormes dimen¬
sions. Il en était encore de même chez le Slegosaurus, ainsi
nommé à cause des grandes pièces qu’il porte sur le dos. Le
Triceratops possédait au contraire une tête de 2 mètres de
long, armée de trois cornes, et dont les os pariétaux et squa-
rnciix constituaient eu arrière de la tète une sorte de capuchon
bordé d’épines. — M. A. de happaient a pu, d’après ses études,
établir la chronologie des roches éruptives de Jersey. La plus
ancienne roche antécambrienne est une epidiorite très poly¬
morphe (Elisabeth-Caslle, Saint-Clément, Rosney, Bellc-
Hougue). Vient ensuite le Granité de Lamoye, puis une Gra-
nulite ou Pcgmatite rosée (Mont Mado, Montorgueil). —
.1/. Charles de Stéfani , après avoir passé quelques semaines en
Corse, communique à l’Académie le résultat de quelques obser¬
vations qu’il a été à mémo de faire sur la constitution géolo¬
gique de cette île et la répartition des divers terrains. Les ter¬
rains volcaniques constituent presque la moitié de l’ile, mais
ils montrent peu de variété et sont principalement basiques.
ères sont encoro conservés, à cause do la notable
roche et de son extrême résistance aux agents
M. Forsyth Major donne la liste îles animaux
fossiles de l'îlc de Samos, étudiés par lui ; à propos des diffé-
» ipes de Ruminants. M. h’nrsuh Major fait i
qu’ils conv
divisions, 1
286
LE NATURALISTE
tcuses, on peut signaler encore la présence de Chéiroptères, de
Testudo, et trois oiseaux, parmi lesquels le Struthio Caratheo-
do'ris (F. Maj.). — M. Ed. Piette signale la découverte faite par
M. Miquel, à Montfort, dans une grotte située sur les bords du
Salat, d’une couche à galets coloriés, analogue à colle qu’il a
lui-même décrite dans la grotte du Mas-d’Azil.
Séance du 9 novembre. — M. G. Demenry a appliqué la chro-
nophotographie à l’étude delà forme extérieure des muscles de
l’homme dans ses rapports avec les mouvements exécutés. Il
est ainsi arrivé à ce résultat qu’il existe des formes caracté¬
ristiques du repos, de l’effort statique et do l’état dynamique
des muscles de l’homme. — M. P. Mitrophanow, de recherches
qu’il a entreprises sur la formation du système nerveux péri¬
phérique des Vertébrés et principalement des Sélaciens, con¬
clut : 1“ que le système nerveux périphérique se développe dans
le type en dépendance directe du système nerveux central ;
2° que l’ectoderme lui-même ne prend aucune part dans sa for¬
mation ; 3° que, dans le corps, le développement des nerfs
spinaux présente des rapports primitifs chez tous les Mammi¬
fères; 4° qu’il existe pour tout le système nerveux périphé¬
rique un germe général qui se développe graduellement de
devant en arrière et se démembre ensuite; 5“ que les Sélaciens
présentent, dans ce cas-ci, des rapports primitifs, — M. Paul
Vuillemin ayant étudié les effets du parasitismo.de VUstilayo
antheraflim, remarqué que le parasite ne fait que rendre plus
apparents les rudiments d’étamines en les hypertrophiant ; c’est
exclusivement àl?usage du parasite qu’est appropriée cette orga¬
nisation d’apparence mâle. Bien loin d’être réellement herma¬
phrodite, la fleur envahie par VUstilago est stérilisée ; les spores
se localisent à la place du pollen, et ainsi VUstilago se pro-
page par les agents normaux de la fécondation croisée.
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Le Gérant: Emile DEYROLLE.
PARIS. — 1MPR. r. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13° ANNÉE
13 DÉCEMBRE 1891
2a SÉRIE — I\'° 1 1 K
OBSERVATION SUR L’OBSIDIENNE
A côté des variétés tout à fait compactes et vitreuses
de l'obsidienne, recherchées depuis l’antiquité la plus
reculée à cause du fil tranchant de leurs éclats et des
propriétés spéculaires de leurs surfaces polies, on connaît
des spécimens de la même roche qui semblent à pre¬
mière vue toutremplis de corps étrangers. Ceux-ci sont des
noyaux grisâtres ou blanchâtres aux reflets perlés et qui
sont tantôt disséminés sans ordre, tantôt réunis en
traînées. Les lilhologistes américains, qui ont eu à en
étudier beaucoup dans les grands massifs d’obsidienne
du Wyoming, leur ont donné le nom de lithdphyses et ils
ont noté dans leur masse la présence de plusieurs miné¬
raux définis.
Les trois figures ci-jointes représentent divers aspects
que m’ont offerts des accidents de cegenre observés dans
des variétés d’obsidienne provenant de l’île de Ténériffe.
Quand on les étudie,
on arrive à cette o
pinion qu’ils repré¬
sentent aumo
partie des étapes
plus ou moins a
vancées dans un tra¬
vail de véritable dé-
vitrification qu’a su¬
bie la roche norma¬
lement amorphe
sous des influences
qui ne sont d’ail¬
leurs pas encore
parfaitement déter¬
minées.
A cet égard la li¬
gure 1 peut être con¬
sidérée comme re¬
présentant un é-
chantillonoùle phé¬
nomène dont il s’a¬
git débute à peine. Dans la masse vitreuse et tout à fait
dépourvue de structure régulière, on voit au micro¬
scope de très petits sphéroïdes qui s’y sont constitués. Ils
se distinguent nettement de la masse environnante à
leur couleur beaucoup plus foncée, mais tout d’abord ils
sont aussi amorphes qu’elle. Plus tard il se fait dans leur
épaisseur une trèsmince zone incolore qui en délimite très
exactement une région centrale. Souvent les sphéroïdes
présentent une cavité en forme de bulle dont l’origine est
peut-être liée à la leur. La zone incolore est formée d’une
substance qui s’irise dans la lumière polarisée comme
font les verres soumis à la trempe ou à la pression. Dans
l’épaisseur même de la région du globule qui est enve¬
loppée par la matière transparente on retrouve la même
substance, mais avec une structure fibreuse et une ten¬
dance à la convergence vers le centre. L’action des fibres
sur la lumière polarisée est très nette et se traduit par
l’apparition d’une croix noire tournante en même temps
que par l’apparition des couleurs faibles. Les globules
coupés tangentiellement, donnent uns mosaïque très
faiblement colorée, et dans tous les cas on voit entre les
fibres un grand nombre de granulations opaques qui se
présentent comme des résidus amorphes éliminés à la
suite d’un arrangement interne qui (à l’échelle près)
LE NATURALISTE, -16, rue du Bac, Paris.
rappelle la cristallisation des chiastolithes dans les
phyllades. Il arrive que ces résidus opaques se disposent
eux-mêmes en fibres convergentes au centre, à cause de
leur cantonnement entre des fibres transparentes et
actives. C’est ce qu’on voit surtout dans les échantillons
qui sont parvenus à l’étal d’individualisation représentée
par la figure 2. Ici, les portions foncées sont devenues
beaucoup plus larges et dans beaucoup de points elles
sont traversées par des réseaux très compliqués de fis¬
sures perliliques associées à des trichites et à des inclu¬
sions variées et très nombreuses. La matière incolore
constitue encore une gaine sphéroïdale qui limite les
lithophyses et celles-ci sont presque exclusivement cons¬
tituées d’éléments bacillaires convergeant par un centre
commun.
A cette étape de dévitrificatîon ou d’arrangement
moléculaire interne à l’état solide, il peut dans bien des
cas en succéder une autre plus compliquée et dont la fi¬
gure 3 fournit un exemple. On y voit des lithophyses
pareilles à celles
déjà décrites mais
dont la coque in¬
colore externe est
enveloppée d’une
alternance plu¬
sieurs fois répétée
de zones opaques et
de zones limpides,
le tout englobé dans
des régions pleines
d’inclusions et plus
ou moins marquées
encore au sceau
d’une distribution
concentrique. On
entrevoit nettement
alors le passage de
la roche vitreuse
initiale à des mas¬
ses tout à fait gre¬
nues.
Des faits de ce genre, don! on pourrait citer d'autres
exemples, conduisent tout naturellement à se demander
si, par des dispositifs convenables, on ne pourrait pas
parvenir à transformer les verres naturels comme les
obsidiennes -en roches cristallines et les conséquences
du succès de ces expériences auraient une importance
évidente au point de vue géogénique.
J’ai d'abord tenté des essais sur de l'obsidienne et
sur de la gallinace, abandonnées huit jours à une tem¬
pérature inférieure à celle de leur fusion. Ces roches
étaient placées en fragments anguleux dans des pots en
biscuit convenablement disposés dans les conduits qui
réunissent les fours où l’on cuit la faïence aux chemi¬
nées de l’usine.
C’est surtout l’obsidienne noire, très vitreuse de
l’Ascension qui fut employée. A 10 centimètres der¬
rière le registre et à 7 mètres de la rotonde, la roche
ne subit aucune modification ; son grain resta le môme •
la surface des morceaux s’irisa des couleurs les plus
brillantes et les plus solides, si belles, qu’on peut se de
mander s’il n'y aurait pas là le point de départ de
quelque application industrielle, l’iacée dans le trou
d'homme, où la température était un peu plus forte la
roche conserva ses arêtes à peu près vives ; pourtant il
L E NATURALISTE
288
sè développa dans son intérieur un certain nombre de
bulles de gaz et elle prit à l’extérieur une couleur cui¬
vreuse ou mordorée remarquable.
Comme gallinace soumise aux mêmes manipulations,
je citerai celle de Bassano, Yicentin. Placée pendant huit
jours à 2 mètres de la rotonde des lanternes, cette
roche, de noire qu’elle était, devint ocreuse par oxyda¬
tion et il s’y r évéla des grains blancs feldspathiques et
des prismes d’augite dont quelques-uns seulement se
faisaient voir avant l'expérience sur les surfaces altérées.
Fig. 2. — Obsidienne de Teneriffe remplie, d'inclusions, de
tissures perlitiques et où les litliophyses présentent une struc¬
ture rayonnante très accentuée. — Grossissement de 35 dia¬
mètres.
La pâte, en perdant son éclat vitreux, n'a pas acquis la
structure cristalline. Ces faits montrent qu'avant la fu¬
sion la dévitrification n'a pas lieu, dans les conditions
indiquées, pour les obsidiennes et pour les gallinacés.
Une deuxième série d’essais a été exécutée à des
températures plus élévées : un fragment d'obsidienne
placé à 1 mètre avant le registre de la cheminée, a
conservé sa forme générale, mais il s'y est développé de
nombreuses bulles gazeuses. Quatre fragments de la
même roche furent placés à 1, à 2, à 3 et à 4 mètres dè
la rotonde, c’est-à-dire dans des points de moins en moins
chauds. Tous devinrent pâteux et dégagèrent des gaz qui
firent boursoufler la masse. La finesse des bulles et leur
rapprochement sont d’autant plus grands que la tempé¬
rature est. plus élevée ; et les quatre produits en offrant
identiquement la structure de certaines scories volca¬
niques, peuvent servir à préciser la température relative
subie parcelles-ci. D’ailleurs, on ne voit nulle trace de
dévitrification dans ces conditions nouvelles. Dans la
rotonde même, un échantillon d'obsidienne se remplit
de très grosses bulles et devient absolument semblable
à un spécimen naturel rapporté du Mexique.
Pour les gallinacés, il n'y eut pas non plus de dévitri¬
fication à la température où la roche devient pâteuse.
Les cristaux de pyroxène déjà signalés restent intacts'
dans la matière fondue et bulleuse, appuyant cette opi¬
nion que souvent les cristaux préexistent à la fusion des
laves qui les apportent.
C’est après ces expériences, dont le résultat négatif ne
paraît pas détruire l'intérêt, que des essais par voie de
fusion ont été exécutés. Us concernent également l’obsi¬
dienne, la gallinace et le rétinite. Dans tous les cas, la
roche fut maintenue en fusion pendant trente-six ou
quarante-huit heures ; puis le verre obtenu fut exposé
pendant huit jours à la température favorable à la dévi¬
trification.
Parmi les obsidiennes qui lurent' soumises à ce trai¬
tement, celle qui a été déjà citée iet qui provient de
l’Ascension, fond avec facilité et le verre noir, assez li¬
quide qui en résulte, 1 passe par-dessus les bords du
creuset. Après les huit jours de recuit, la masse, bien
homogène, est presque compacte. On y reconnaît cepen¬
dant quelques grains fort actifs sur la lumière polarisée,
annonçant certainement un commencement de dévitrifi¬
cation.
Une autre obsidienne, provenant del’Hécla, donne un
verre noir très brillant, compact, dans lequel paraissent
de nombreux noyaux qui, bien que pelits, sont nets et
offrent manifestement l’effet d'une dévitrification. En
prolongeant l’expérience, on obtiendrait certainement
avec cette roche, des résultats comparables aux échan¬
tillons naturels décrits en commençant.
Parmi les gallinacés, celle de Nupstadur (Islande)
s’est signalée par son action corrosive sur les creusets
rapidement percés. La fusion, très facile, a donné en
LE NATURALISTE
28'1
trois heures un verre très noir qui fut mis à dévitrifier
pendant huit jours. Il contenait alors quelques grains
cristallins fort petits.
Enfin, plusieurs rétinites ont etc soumis aux mêmes
expériences. Je me bornerai à signaler ici le résultat
fourni par un rélinite d’un vert de pistache, provenant
du grand système rétinitique si développé en Saxe
auprès de Busibad. Un échantillon soumis pendant
trente-six heures à une température capable de le
fondre a produit une masse pâteuse boursouflée, tra¬
vaillant beaucoup et passant par-dessus les bords du
creuset. Le produit obtenu fut un verre clair et grisâtre.
Celui-ci. abandonné huit jours dans des conditions favo¬
rables à la dévitrification, s’est rempli de noyaux cris¬
tallins, les uns arrondis, les autres anguleux. La cassure
manifeste chez ces derniers soit des rectangles, soit des
hexagones, c’est-à-dire des formes analogues à celles des
feldspath». L’analyse chimique de ces noyaux isolés au¬
tant que possible, donne des résultats voisins de ceux
fournis par l’orthose. Le produit de cette expérience
peut donc être regardé comme un intermédiaire entre
les rétinites et les porphyres.
Comme on le voit, il résulte de ces recherches :
1° Que les roches vitreuses ne représentent pas le pro¬
duit d’une vitrification des roches cristallines, mais qu’au
contraire celles-ci dérivent manifestement des pre¬
mières par voie de dévitrification ;
2° Que la dévitrificalion directe de l’obsidienne, de la
gullinace, du rélinite, etc., ne peut se produire et que la
présence des gaz et des vapeurs contenus dans les
roches vitreuses semble être l’obstacle qui s’y oppose;
3° Que cette dévitrification devient possible, quand les
roches, par une fusion préalable, ont été débarrassées de
leurs éléments volatils. Stanislas Meunier.
LES VIEUX ARBRES DE LA NORMANDIE
ri'Allouville-Kcllern
(Seine-Inférieure) .
« Puisque .
pour l’instruc¬
tion des généra¬
tions ’ actuelles
et futures, sa¬
vants et artistes
composent un
impérissable
souvenir des in
téressants vesti¬
ges du temps
passé, que les a-
gents naturels et
la civilisation,
également des¬
tructeurs, font
lentement ou ra¬
pidement dispa¬
raître, les natu¬
ralistes, de leur
côté, doivent dé¬
crire et figurer
les vieux arbres,
intéressants à
tous égards, et.
les seuls témoins
vivants d’une
longue période
de l’Histoire.
« Pour com¬
bler une lacune,
j’ai entrepris un
travail descriptif
et iconographi¬
que sur les vieux
arbres de la Nor¬
mandie, provin¬
ce qui m’est chè¬
re à tous les ti¬
tres et dont je puis facilement étudier sur place
chesses naturelles, si nombreuses et si variées.
« L’élude des vieux arbres de la Normandie a été
commencée depuis fort longtemps déjà; nous possédons
à leur égard un
certain nombre
de documents
descriptifs et ico-
n o graphiques
importants ré¬
pandus dans des
publications dif¬
férentes ; mais
beaucoup de vi¬
des sont à com¬
bler, deslacunes
existent dans la
connaissance de
ceux que l’on a
décrits, et, en
outre, il est né¬
cessaire de réu¬
nir, dans un tra¬
vail spécial, tous
les documents
descriptifs an¬
ciens et récents,
après les avoir
souniisà un exa¬
men approfon¬
di. »
Ainsi commen¬
ce le premier fas¬
cicule (I ) du tra¬
vail en question,
fascicule paru il
y quelques
mois, et où sont
décrits et figu¬
rés treize arbres
et deux groupes
d’arbres, repré¬
sentés par vingt
(l) Henri Cadeau de Kerville. Les Vieux Arbres de la Nor¬
mandie, Etude bolanico-historique, fascicule I. avec 20 planches
atogravurc, toules inédites cl faites sur tes photographies
/Extrait duita//. de ta Soc. desScicnc. nat de Rouen,
1890), Paris, 1891, J.-B. Baillière et fils, et aux bu-
ux du journal.
LE CHÊNE-CHAPELLES D’Al.LOU VILLE-BELLE FOSSE (Seine-Inférieure}.
Reproduction directe d’une photographie de l’auteur.
les ri-
LE NATURALISTE
planches en photogravure. Parmi eux, je citerai notam¬
ment : L’If-chapelle et l’If-sans -chapelle de La Ilayede-
Routot (Eure) ; le Cèdre du Liban du parc de Barville
(Eure); le Hêtre de Montigny ou du Fondrel, à Montigny
(Seine-Infe'rieure) ; le Chêne-chapelles d’Allouvillé-Bel-
lefosse (Seine-Inférieure); le Trois-Cliênes ou Chêne de
la Côte-rôtie, de la forêt de La Londe, à La Londe (Seine-
Inférieure) ; le Chêne à leu de la forêt de Rouraare, à
Saint-Martin-de-Boscherville (Seine-Inférieure) ; le Chêne-
cuve de la forêt de Brolonne, à Guerbaville (Seine-Infé¬
rieure), etc.
La description de l’arbre, son âge, son historique, sa
légende, sa bibliographie, son iconographie, etc., tels
sont les points sur lesquels je m'étends, afin de donner
sur les vieux arbres de la Normandie un travail suffi¬
samment complet. Je souhaite bien fort que des bota¬
nistes entreprennent, pour les autres régions de notre
incomparable pays, un travail analogue au mien. El, de
plus, je demande instamment qu’il soit constitué, dans
chaque département, une commission spéciale, chargée
de noter, d’une façon tout à fait précise, en des points
absolument fixes et à des intervalles de temps déter¬
minés, la longueur de la circonférence des vieux arbres,
et autres renseignements analogues, de manière à ob¬
tenir des documents très exacts sur un point aujour¬
d’hui fort peu connu : celui de l’accroissement des très
vieux arbres.
Les doyens des végétaux de la Normandie sont les
deux Ifs de La Haye-de-Routot (Eure), dont on peut éva¬
luer à 1500 ans l’âge approximatif; mais le plus célèbre
des arbres de cette province est le fameux Chêne-cha¬
pelles d’Allouville-Bellefosse (Seine-Inférieure), situé
dans les environs d’Yvetot, et représenté par la ligure
ci-jointe.
Ce Chêne, de réputation européenne, croît isolément
sur le terre-plein où se trouve l’église d’Allouville, à
quelques mètres de l’entrée de celte église.
Il possède encore beaucoup de vigueur. Le 2 mai 1890,
époque à laquelle j’en ai fait une e'tude attentive, son
tronc, qui est complètement creux, avait une circonfé¬
rence de O"1, 79 à 1 mètre du sol, et la hauteur totale de
l’arbre était d’environ 17m,63.
Le tronc est recouvert, en beaucoup de parties, avec
du bardeau de chêne, pour empêcher l’eau de pénétrer
dans l’intérieur. La portion terminale du tronc se com¬
pose d’un toit conique, aussi en bardeau de chêne, et
surmonté d’une croix en fer. Des tiges de ce métal relient
entre elles les principales branches. Une balustrade en
bois de chêne entoure la base de l’arbre, et un escalier,
de même bois, contourne une partie du tronc et mène à
la chapelle supérieure. Au sommet de l’escalier, avant
d’arriver à la porte de cette chapelle, existe une galerie
en chêne.
Cet arbre contient deux chapelles superposées : une
chapelle inférieure, dédiée à Notre-Dame de la Paix, et
une chapelle supérieure, nommée Chapelle du Calvaire.
On accède par deux marches dans la chapelle infé¬
rieure, dont la porte, en chêne, se trouve dans une cre¬
vasse de l’arbre, au pied de l’escalier. Au-dessus de cette
porte est fixé un écriteau en bois sur lequel on lit :
A Notre-Dame de la Paix, érigée par AI. l'abbé du Détroit,
curé d’Allouville, en 1696.
Des documents que je ne puis indiquer ici, à cause de
leur longueur, me font admettre que l’âge actuel de ce
Chêne est d’environ 78o à 900 ans.
Les limites, forcément très restreintes de cet article,
m’empêchent d’entrer dans de plus amples délai 1s sur
ce Chêne célèbre, classé au nombre des monuments his¬
toriques de la Normandie, et que le crayon et le géla¬
tino-bromure ont reproduit un certain nombre de fois.
L’an prochain, je publierai le deuxième fascicule de
l’ouvrage en question, qui, je le pense, sera terminé
avec six, et j’aurai l’honneur et le plaisir d’analyse,
ce deuxième fascicule pour les nombreux lecteurs de
cette revue scientifique.
Henri Cadeau de Kerville.
Les Éponges
Les Éponges font partie, dans la classification zoulo-
gîque, du grand embranchement des Cœlentérés, dans
un groupe spécial ou sous-embrancliement des Éponges.
Ce groupe se divise en deux ordres : i° les Éponges
fibreuses ( Fibrospongiæ ) ; 2° les Éponges calcai res ( f'alci -
spongiæ).
Les Éponges fibreuses se partagent elles-mêmes en
plusieurs tribus : 1° les Éponges gélatineuses, Éponges
molles, dépourvues de toute espèce de squelette ; 2° les
Éponges cornées, le plus souvent massives avec des
libres cornées (ce sont les Éponges dont nous nous occu¬
perons dans cette note) ; 3° les llalicondriées, Éponges
munies d’aiguilles, de spiculés simples, etc. ; 4° les-'
Éponges pierreuses, compactes et résistantes; 5° les
Hyalospongiées, Éponges à charpente trei Hissée solide
(Claus). Le groupe des Éponges calcaires n’a pas été sub¬
divisé.
, Dans l’échelle zoologique, les Éponges, qui sont immé¬
diatement classées après les Protozoaires, sont les pre¬
miers animaux qui laissent voir une organisation plus
complexe, une différenciation des cellules et des tissus.
Sauf chez les Éponges gélatineuses, toutes les Éponges
présentent un squelette ou charpente solide formée suit
de spiculés siliceux ou calcaires présentant des formes
très diverses, régulières ou irrégulières, soit de fibres
cornées (Éponges cornées, bien connues par l’usage
qu’on en fait : Éponges de toilette, etc.). Toutes les
Éponges, sauf celles du genre Spongilla (Halicondriées),
sont marines ; elles vivent le plus souvent dans les. eaux
peu profondes.
Les Éponges cornées sont utilisées par l’homme pour
un grand nombre de besoins et lui rendent les plus
grands services. Aussi le mot « éponge » n’évoque-t-il, pour
le plus grand nombre, que cette production naturelle
tant employée dans une quantité d’usages domes¬
tiques. Par ce fait, les Éponges donnent lieu à un très
grand commerce ; celles-ci sont variées de forme et de
volume, formées d’un tissu léger, résistant, élastique,
d’aspect de couleur jaune ou fauve. Les Éponges sont
désignées, dans le commerce, le plus souvent, par le
nom de leur lieu de provenance. Nous citerons ci-après,
d’après Pennetier, les principales sortes commerciales ;
l’éponge fine-douce de Syrie; l’éponge fine-douce de
l’Archipel; l’éponge fine-dure, dite éponge grecque;
l’éponge blonde de Syrie, dite éponge de Venise;
l’éponge blonde de l’Archipel, dite aussi épenge de
Venise; l’éponge de Salonique ; l’éponge de Gerby ou
Zerbi, provenant de lile de ce nom située dans le goltc
de Cabès, près des côtes de Tunisie; l’éponge brune de
LE NATURALISTE
291
Barbarie, dite éponge de Marseille, provenant de Sfax,
vilfe de Tunisie.
LesÉpo nges connues sous le nom de « Bahamas ®, no¬
tamment, fournissent un commerce immense, dont on ne
peut, se faire une idée. L’Archipel des îles Bahama
s’étend, dans l’océan Atlantique, vers le Sud-Est, depuis
la côte de Floride jusque vers les îles de Cuba et de |
être et ne soient prises par les pêcheurs. Les Éponges
sont toujours en grande quantité autour de ces îles, tou¬
jours poussant et croissant. La quantité d'Eponges expé¬
diées de ces îles pendant l’année 1890 fut de 623,317
livres, valeur locale se montant à 31,300 dollars. On
en trouve toujours autant et les prix se maintiennent
I à un niveau égal.
Emballage et expédition des Éponges.
LES PÊCHERIES D'ÉPONGES DES ILES BAHAMA.
Haïti; il se compose d’environ 630 îles, îlots ou récifs; il
appartient à l’Angleterre. Nous empruntons à notre
confrère américain, Scienti/ic American, les renseigne¬
ments qui suivent, ainsi que les figures qui les accom¬
pagnent, sur les pêcheries d’Eponges de Bahama.
Ces pêcheries couvrent une grande étendue de terri¬
toire; elles donnent de l’emploi après de 6,000 hommes
et enfants et sont pour la colonie une source de revenus
plus abondants qu’aucune autre industrie; il n’v a
aucune saison dans l’année où les Éponges ne puissent
Il y a environ 330 bateaux de 3 à 20 tonnes et à peu
près 2,300 barques non pontées s’occupantde ces pêches;
la plupart des travailleurs sont des indigènes de l’ile,
qui commencent le métier dès l’enfance et le continuent
tant qu’ils peuvent en supporter les fatigues. La
manière d’obtenir l’Éponge du fond de la mer est de
l’arracher de son lieu d’attache avec un long bâton
armé au bout d’un crochet, si la profondeur est trop
grande pour ledit instrument, le pêcheur plonge, mais
rarement. Le miroir d’eau est indispensable pour déter-
LE NATURALISTE
292
miner l’endroit exact où se trouve l’Éponge : c’est un
cône de bois terminé par un verre à une extrémité; en
mettant le verre juste sous l’eau et en regardant à
l'autre bout, l’opérateur distingue parfaitement le fond
et avec la main qui n’est pas occupée à tenir le miroir,
il manie le harpon et saisit les éponges choisies.
Quand on la retire de l’eau, l’Éponge n’a pas l’appa¬
rence que Ton connaît, les trous sont pleins d’une sorte
de gélatine foncée et le tout recouvert d’une pellicule
épaisse. On se débarrasse de la gélatine par les lavages
et la macération.
Une foispêohées, les Éponges doivent être lavées, éplu¬
chées, rognées, séchées, mises en ballots, pressées et
embarquées après un choix préalable des différentes
qualités. Les pêcheries des Bahamas valent bien une
visite, ajoute notre confrère américain, il ÿ a peu d’aussi
jolies vues que ces îles marines par un jour chaud,
l’eau est transparente et claire et on distingue à une
petite profondeur la riche flore marine et les diverses
formes de coraux qui se surpassent en beauté et on
n’oublie jamais le spectacle de ce merveilleux paysage
marin. Le prix local des Éponges varie de 1 fr. 2 h à
G fr. 20 la livre; l’Éponge laine est la plus chère.
P. G.
LE DADI-fiOGrO OU BALAUCOUNFA
(Cerat liant liera Beaumetzi. Heckel) de la Côte occidentale
et le
ZERÜIBET AUTRANI Heckel du Gabon-Congo.
( Suite et fin.)
Tel que je l'ai décrit dans le précédent numéro du
journal, le Balancounfa se révèle comme appartenant au
genre Gerathanthera de Lestiboudois (1), démembrement
du genre Globba de Roxburgh. Il est bon. cependant,
de faire remarquer que Lestiboudois a établi son genre
sur l’existence, à la base de l’anthère, d’appendices en
forme d’éperons : ici, les appendices calcari formes exis¬
tent tout à la fois à la base et au sommet de l’anthère,
caractère qui eût pu paraître suffisant à certains bota¬
nistes pour créer un genre Dicekathanthera. Mais,
opérer un pareil morcellement serait méconnaître toute
la valeur de l’adage : Caracter non faeit genus; et il me
semble suffisant de créer pour cette forme une section
spécifique, ainsi que je me crois largement autorisé à
le faire, en me basant tout à la fois sur la structure
florale (staminale) et sur Taire géographique de l’espèce.
Celle-ci qui présente l’apparence extérieure des Globba,
et dont la fleur rappelle à la fois celle des Mantisia et
celle des Globba, enfin dont l’habitat et la structure
florale se différencient nettement des autres Cerathan-
tiiera connues, n’a jamais été décrite jusqu’ici.
Telles sont les déductions qui s’imposent après l’exa¬
men de la plante venue en France, en serre chaude,
d’un bourgeon né sur un rhizome arrivé à l’état frais de
la côte d’Afrique. Les échantillons secs ou conservés
dans l’alcool, de la même plante, que j’ai reçus de
Sedhiou, de Boké, de Thiès, etc., ne diffèrent pas sensi¬
blement, dans leur portion essentiellement végétative, de
ceux qui vivent encore dans les serres du jardin bota¬
nique de Marseille.
La plante marseillaise venue enserre chaude a donné,
comme nous l’avons vu, une inflorescence et des fleurs
parfaites, quoique infécondes, qui m’ont permis de la
déterminer; dans sa patrie, la même plante n’a donné
jusqu’ici que des fruits (portés sur un rameau spécial,
écourté, à entre-nœuds courts, e, f), faisant suite à des
fleurs cleistogames dont j’ai pu trouver et examiner, à
(1) Elude sur les Scitaminées : Annales des sciences natu¬
relles, deuxième série, t. XV, p. 341.
table
avoi
A
l’état sec, quelques échantillons attenant encore au ra¬
meau floral né sur le rhizome (fig. 10).
Fleur cleistogame. — Ces
série de bractées vertes, scaricuses, courtes
rappelant un bourgeon foliaire comme aspect général. Une
bractée extérieure plus grande les entoure toutes, c’est, celle
qui subsiste finalement et enveloppe la base, du fruit. Toutes
les autres bractées qui représentent les différentes parties du
calice, devenues libres et scarieuses, s’embrassent complète¬
ment les unes les autres, en allant de l’extérieur à l’intérieur :
elles sont au nombre de six, plus la bractée extérieure, véri-
C’est la même bractée que nous
u/cune étamine unique(fig.ll)
très court filet au sommet d’un ovaire intere
qui se termine lui-même par un long style (sty) et un stigmate
en entonnoir qui s’insinue entre les loges de l’anthère et épa¬
nouit son infundibulum immédiatement au-dessus de ces
loges (sIg). Cette étamine diffère essentiellement par sa forme
de celle que nous avons vue dans la ficur normale zygomorphe.
En elfet, si le filet en est court, elle est très développée et.
comme étirée dans le sens de la longueur. Les sacs anthériques
sont très longs et séparés, comme dans la fleur zygomorphe,
par un sillon dans lequel se loge le style terminé par un stig-
mate bordé de papilles visibles à l’œil nu (stg). Ce stigmate
est beaucoup plus grand et plus évasé que celui de la fleur
' Slais ce qui est caractéristique dans l’étamine, c’est la ter¬
minaison supérieure et inférieure du connectif qui se prolonge
en haut et en bas (et non pas aux quatre coins au quadrilatère
comme dans la fleur normale) en deux cornes raides, assez
courtes, très pointues (eps, épi), qui ne ressemblent pas du tout
et flexibles de la fleur zygomorphe.
, des stylodes propres à
de la
rois cloisons et d’ovules
:ède le fruit, ovoïde, allongé, long de .3 à
état de maturité complète. A ce mo-
péricarpe est de couleur rougeâtre (iig. 10), entouré
d’une bractée demi-envefpppante à la base (e). Supérieurement,
il se prolonge en une portion cylindrique couronnée par des
lambeaux de style. Il renferme trois loges séparées par des
cloisons blanches, grêles, supportant à leur point de conver¬
gence un gros placenta succulent, à saveur fortement cam¬
phrée (fig. 8), remplissant les loges et dans lequel sont noyées
des graines noires ou brunâtres à testa crustacé. Cos graines
sont ovales, de saveur poivrée et réunies en deux rangées dans
chaque loge de l’ovaire, de haut en bas. Fendues longitudi¬
nalement, elles présentent un albumen amylacé avec un em¬
bryon droit. Ce fruit ressemble beaucoup à celui de Amomum.
Mcleguetla Rosooè, de la cote d’Afrique; mais les graines en
sont un peu moins poivrées et chaudes au goût. Toutefois, on
sait que le fruit de TA. Melêguetta succède aune fleur normale
bien connue, tandis que dans Cerathanthera Beaumetzi, né en
Afrique, les bourgeons floraux et les bourgeons foliaires,
quoique très rapprochés les uns des autres sur lé mi
• ' ’ ’ indépendants.
En somme, le phénomène de dimorphisme floral que
nous venons de décrire se rattache nettement à un état
cleistogame qui se complique ici de la transformation
des fleurs normales en bulbilles, alors que les fleurs
clandestines sont seules fécondes. Mais les unes et les
autres travaillent, par des procédés différents, à la pro¬
pagation de l’espèce, et, comme il est probable que ces
mêmes fleurs normales (bien que je ne les y aie pas vues
encore) existent sur les représentants de l’espèce nés en
Afrique tropicale, il n’y a rien de surprenant à voir une
plante pourvue de ces deux modes de reproduction
(sexuée d’une part, et apogamique de l’autre) occuper
une aire géographique aussi considérable. Il est admis¬
sible, d’après ce que nous a appris Ch. Darwin sur l’état
cleistogame. que les fleurs normales et les fleurs clan¬
destines ne se produisent pas en même temps sur le
même pied et que ces deux états exigent, pour se mani¬
fester, des conditions telluriques et climatériques spé¬
ciales.
L’intérêt que présentent tous ces phénomènes ca¬
pables de jeter du jour sur nos connaissances encore
très réduites, concernant l’état cleistogame, se double
de ce fait que, jusqu’ici, à ma connaissance, aucune
espèce de la famille des Scitaminées n’a été indiquée
comme pourvue de lleurs clandestines. C’est donc une
nouvelle plante à ajouter à la liste encore fort courte
des Monocotylédones portées au catalogue des espèces
cleistogames.
LE NATURALISTE
--93
Je ne puis terminer cetle étude botanique du Balan¬
counfa sans montrer combien cette espèce cleistogame
et distopique diffère d’une espèce voisine nouvelle et
africaine comme elle, originaire des environs de Libre¬
ville (Gabon-Congo), et que j’ai nommée Z erumbet Au-
trani. Comme au’ Gabon, où elle est indigène, et em-
oyée à titre de purgatif (ainsi que le Balancounfa, dans
Sénégambie) sous le nom pahouin à'Essoun et de
Abèrê en M’pongué, j’ai pu croire un instant, sur le
simple examen de ses fruits et de ses organes végétatifs,
qu’elle se confondait avec le Balancounfa, mais la cons¬
titution florale a rectifié mon jugement sur ce point.
Le Z erumbet Autrani est une plante de 1 mètre environ
de haut, à feuilles acuminées, très lisses, mesurant
froissé et plissé longitudinalement dans le bouton, est
d’un développement, énorme et d’une remarquable
beauté, par sa forme et son coloris tendre. Ce synème
présente quatre lobes peu accusés el deux bosses supé¬
rieurement au point de son intersection : il est rabattu
en tablier et finement strié longitudinalement.
L’étamine dans le bouton se présente sous l’aspect
indiqué figure 11, A et B vue de face et de dos. On
voudra bien remarquer que cette apparence rappelle
beaucoup celle de l’étamine cleislogameduCerat/ianfAera
Beaumetzi ; ce qui semblerait indiquer que l’état cleis¬
togame dans une espèce peut bien être la reproduction
d’une condition importante (état de bouton) dans une
espèce voisine moins évoluée. On trouve, en effet, dans
Fig. h, — Coupe transversale de l’ovaire velu dans la fleur
zvgomorphe ; cl, cloisons avortées ; ffr, faisceaux flbro-vascu-
Jaires. 40/1.
Fig. 7. — Fruit mûr de la fleur cleistogame, ouvert supé¬
rieurement et un peu. desséché : a, graines fixées à plat sur le
placenta pulpeux ; b, cloisons; G. N.
Fig. 8. — Coupc transversale de l’ovaire représenté figure 7.
mais plus frais : cl, cloisons îles loges; gr, noyées dans un
arille pulpeux; pi, placenta. G. N.
Fig. 9. — A, Graine entière. B, graine fendue longitudina-
b, bourgeon né sur le
gaines de feuilles ; f, ai
hase du fruit e. G. N.
Fig 1 1 — Etamine do la fleur cleistogame fertile : eps,
éperon supérieur ; épi, éperon inférieur; a, logos do l’anthère ;
s tu, style; sIg, stigmate en entonnoir. 10/t.
u Etamine pnnrvne de deux api'endiees verticaux
dans° le . . ton floral du Zemmbet Autrani Heckel, el rappe¬
lant ceux de la fleur cleistogame de Cerathanl/iera Beaumetzi
Heckel. A : vue de face antérieure, B, vue de face poste-
0"V10 de long sur 3 de large, un peu épaisses et non
velues ; la nervure médiane est très accusée à la face
inférieure, limbe inégal, gaine auriculée.
Un rameau secondaire (né sur le rameau principal ton-
ours stérile) porte les organes reproducteurs réunis à
'extrémité de l’axe et liés ramassés. L’axe foliaire porte
à la base des feuilles réduites à leur portion engainante :
à la partie .supérieure, il porte des feuilles normales.
L'axe floral est revêtu d’écailles engainantes (/'.,fig. t’-j
et se termine par une ou plusieurs (leurs groupées à
son sommet et enveloppées chacune dans une large
bractée. Le calice extérieur est mince, transparent, el
fendu du côté extérieur, mais non dans toute sa lon¬
gueur. Les sépales internes sont très minces et de cou¬
leur bleutée. Le supérieur répond à l’étamine, il est plus
large que l’autre, qui répond au synème. Ge dernier,
l’étamine du bouton, deux appendices cornus, raides et
verticaux au cuntieclif.sidgca.it à lu par tic Mip.-i icmv
de l’organe : les appendices inférieurs manquent, et il
est remarquable de voir qu’ici, comme dans Ccrathanthera
Beaumetzi les appendices qui demeurent toujours verti¬
caux dans la fleur fermée, se déjettent latéralement et
se contournent (ici en corne de bélier cl, pour Balan¬
counfa en éperons) dans la fleur épanouie. Cet exemple
montré bien, dans toute leur évidence, les rapports
morphologiques de la fleur cleistogamr et de la fleur en
bouton non épanouie : l’une ne serait que l'etat devenu
fixe d’un état transitoire.
Cetle étamine a son anthère appendue par le dos a un
filet élargi : sa partie inférieure est donc libre. Le style,
long el grêle naît du sommet de 1 ovaire entre deuxsty-
loïdes épais et accolés à sa base, et s’épanouit en un
294
LE NATURALISTE
stigmate en entonnoir cilié, qui siège au sommet même
des anthères (a).
L’ovaire est à trois loges et donne un fruit ovale, de
coloration rouge foncé à maturité. Chaque loge renferme
un nombre considérable de graines à arille pulpeux,
d’odeur camphrée : ces graines sont polyédriques et à
testa crustacé.
11 n’est pas douteux que cette plante appartient au
genre Z erumbet de Lestiboudois, par la conformation du
synème à quatre lobes obscurs, par le calice extérieur
fendu, par le filet s’insérant à la base du dos de l’an¬
thère, enfin par la présence de deux stylodes. Un seul
caractère générique fait défaut, c’est la présence d’un
appendice staminal tubulé et enveloppant le style : mais
ici, cette condition est remplacée par les appendices en
cornes de bélier, déjà indiqués, et qui établissent un
rapport intéressant entre les genres Z erumbet et Cera-
thanthera.
Cette espèce nouvelle, que j’appelle Z erumbet Autrani,
outre qu'elle jette un certain jour sur la constitution de
la fleur cleistogame de Cerathanthera Beaumetzi, apporte
donc un chaînon de plus, et très intéressant, dans la
sériation des Zingibéracées.
Ed. Hkçkel.
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Le Gérant. : Emile Dl
EYROLLE.
LE NATURALISTE, REVUE ILLUSTRÉE DES SCIENCES NATURELLES
TABLE DES MATIÈRES
DU CINQUIÈME VOLUME DE LA DEUXIÈME SÉRIE
1891
Alytcs obstetricans ii K . j .
Amphioxus (fig..
Ardea alba. 152
Balœniceps rex (fig.). 203
Bison (fig.). 279
Bufo calamita (kg.). 60
Bombinator igneus (fig. . 60
Bufo vulgaris (fig,). 6»
Cacatua roseicapilla. 58
Camelus bactrianus (fig.; . 11
Capreolus pygargus (fig.). 152
Caprimulgus arenicolor. 152
Carpodacus pulcherrimus 153
Centetes setosus vfig.) . 167
Chauliodus (fig.). 158
Chelmo rostratus. 28
Chenopsis atratus (fig.). 213
Chèvre angora (fig.). 13
Chien (fig.). 36
Chryscmys picta(fig.). 19
Cistudo d’Europe (fig.'. 95
Goronelialœvis (fig.). 120
Craspcdophora Mantoui (il.
sp.). 261
Crecetus arenarius. 133
— furunculus. 153
frumentarius (fig.). 23
Emou (fig.). 216
Equus Kiang (fig.). 152
Felis manul. 153
Felis Shavviana. 153
Gazella subguttorosa. 153
Gerbillus psammophilus. 153
Gymnorhina tibicen. 7
Gyps hymalavensis. 153
Haltomys œgvptiacus (fig. . 168
Huppe (fig.).' 179
Hyla viridis (fig.'. 59
Ibdorhynchus Struthersii. 154
Lagomys Bonvaloti. 155
Lama peruviana (fig.). 216
Launis leucopterus. 152
Lepadogaster bimaculatus. 28
Lézard v crt < lie. . 96
- ocellé (fig.;. 96
Lion (fig.). 71
Meies obscurus. 155
Merles. 67
Merops apiaster (fig.). 275
Merula Ressleri. 153
Molosse (fig.). 14
Mouton (fig.). 8
Mymus polyglottus. 7
Mvodes lemnus (fig.). 23
Neoscopelus (fig.). 158
Nesokia Seullvi. 153
Oiseau-lyre (fig.'. 216
Ovis Poili. 133
Palœornis derbyanus. lai
Panthalope Hodgsoni (fig.). 152
Passer ammodendri. 152
Pelobates fuscus (fig.). 60
Pelodytes punctatus (fig.). 60
Pcrdix Hodgspniîe. 154
(fig.). 162
Phasianus mongolicus. 152
— Tarimcnsis. 152
Art
Picus leucopterus. 132
Platydactyle (fig.J. 96
Podoces Hcndcrsoni. 132
— Biddulphi. 152
Pœophagus grunnicns (fig.). loi
Pteromys alborufus. . 153
Pyrangua rubra. 7
Rana viridis (fig.). 60
- fusca (fig.). 60
Renard bleu (fig.). 13
Rhinolophus ' ferrum-equi-
num (fig.). 239
Salamandra maculosa (fig.). 61
Sciuruî ervgthrogaster. 155
Sula bassana. " 254
Syngnathus microchirus. 224
Syrrhaptes paradoxus. 147-152
Tortue franche (fig.). 95
- maurilanique (fig ). 95
- caouanno (fig.). 95
Tetranorhinus lateralis. 122
— Mocquardi. 122
— nigroluteus. 122
— variabUis. 122-208
Telraophasis Desgodinsi. 133
- palmatus (fig.R 61
Trogon Hargitti. 261
Tropidonotus natrix (fig.). 111
— viperinus (fig.) 120
Ursus collaris. * 155
Vipera aspis (fig.). 110
- berus (fig.). 110
Vulpes fatuellus. 157
- ferilatus. 155
Xenorhvnchus senegalensis
■ fig.'.' " 234
llfères, Oiseaux, Reptiles, I»oissons
Bison d’Europe (fig.), J. Gutrnan.
Colonies hibernales de chauves-souris (fig. , II Gadéau de
" Kcrvillo.
De la présence d’œufs étrangers dans le nid des oiseaux, F. de
Description de deux espèces nouvelles dotseaux appartenant
aux familles des Paradiseidefe et des Trogonidic, E. Oustalct.
Elude anatomique des réservoirs aériens d’origine pulmonaire
:hez les oiseaux, A.
Huppe dans les légt
La musique de la nature
(Le Balœniceps roi (fig.),
Le fou de Bassan, Magau
Le Guêpier (fig.), Albert Granger.
Le Mesoplondon Sowerbiensis, Cétacé ziphoide, Albert Granger.
Le Mouton domestique (fig.), Remy Saint-Loup.
'Le Quetzal (fig.), Albert Granger.
Le rôle du foie chez les anciens, allégorie d’Aristée, F. I.a-
Les Chameaux (fig.l, Remy Saint-Loup.
■ Les Lions (fig.l. Remy Saint-Loup.
(fig.', H. Leyeilb
Les Cacatoès rosalbins du Jardin des Plantes de Paris. F. de
h.
Les Oiseaux de France (fig.), A. G
Les Races de l’Inde (fig.), H. Lcveillé. n
Les Timbres-poste zoologiques (fig.), A. Granger.
L’Estivation (fig.), L. Cuénot.
L’Hibernation (fie. , L. Cuénot.
L’Hiver de 1891 et les Merles, E. Pissot.
Ophidiens de l’Amérique interlrnpicale ap-
genre Tretanorhinus, Bocourt.
Nouvel appareil pour capturer les cerfs des ménageries afin de
leur couper les cornes (fig.), E. Sauvinet.
Nouvelle apparition du Syrrhaptes paradoxus, L. Bureau.
Préparation des Poissons (fig.), A. Granger.
Recherche et préparation des Batraciens (fig.), A. Granger.
Recherche et préparation de Reptiles .fiu.), A. Granger.
12C
Sur un jeune chien
H. Gadeau do Kerville.
Une Tortue’ bicéphale (fig.).
107
2S2
127-171
215
167
12-22-31
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Diagnoses de Micro-lépidoptères
Elevage de Pyrophorcs.
Entomologie appliquée à l’agricult
Histoire des Acariens des végétaux, leur anatomie (fig.), Méné¬
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Insectes nuisibles aux pins maritimes importés dans la baie de
la Somme (fig.), Decaux.
La collection entomologique de feu l’abbé de Marseul.
La larve et la nymphe du Prione Tanneur (Prionus coriarius)
(fig.), Louis Planet.
La nymphe du Telephorus rufipes c fig.), Louis Planet.
La ressemblance protectrice chez les Lépidoptères européen
(fig.), F. Plateau.
La Tiseheria complanella (fig.), E. Pissot.
25
109-121-
-257-278
67-99
264
196
53-116
107-122
Le Bombyx du Saule (fig.), E. Pissot.
Le Colias Wiskotti et ses variétés, Austaut.
Le Crabe des Cocotiers (fig.), E.-L. Bouvier.
Le Criquet pèlerin, Ch. Brongniart.
Les premiers é
Le
P.
Note a propos de l’article : Histoire c
A. Ménégaux, et Dr Trouessart.
Note sur la taune orthoptérologique de l’ile
Nouvelles espèces de Lépidoptères du Laos (fig.), G. -A. Poujadc.
Récréation entomologique (fig.), Decaux.
Utilisation do la ramie en sériciculture, A. Ménégaux.
Asphalia orinœ (n. sp.).
Balanus (fig.).
Birgus laro (fig.).
Blastophagus piniperda
(fig-)-
Bœotis Dryades (n. sp.).
Bombe
Botys i
— sexpunctalis (n. sp.).
Brotis !
Cidaria Saimyiiegoi (n. sp.).
Colias Wiskotti.
Corœbus amethystinus.
Cratosia unilineata (n. sp.\
. ■ (fig-)-
Cyclops (fig.).
Cypridina (fig.).
Daplinia (fig.).
Dœdalnia palacio (n. sp.)
Eacles eminens (n. sp.).
Ecpantheria hebona (n. sj
Empusa Daga (n. sp.).
Enagra cœrulea (n. sp.).
Erastria scitula.
Eudule cinctata (il. sp.).
Eupagui
Eupyra sarama (n. sp.).
Eurybia turna (n. sp.).
Euryglottes davidianus.
la (n. sp.) (fig.).
Flavinia gopala (n. sp.
Galeodes Blanchardi.
Gaejonia (n. g.), Ar'a
■seæ (n. sp.).
Gonoptcryx Bhamni (fig.
Hapalopus ruficc'ps.
Hccatora fatuolla (n. sp.)
Heterocampa mariva n.s]
Hyalurga Noguei (n. sp.).
Hydrias globuius.
Hydrophilus piceus (fig.).
Kallima paralekta (fig. -.
Lafajana cupra.
Lepas (fig.).
Lcptalis Schansii (n. sp.).
Liparis salicis (fig.).
Lithosia griseola (fig).
Lyccena corydon var.
Lvmnas vidali (n. sp.)
Maia (fig.).
Macromphalia lojanensis
(fig-)-
(n. sp.).
Peucctia quadrilineata.
(n. sp.).
(«g-)-
(fig-)-
(fig-)-
Pliyllocoples Ballci (n. sp.).
Fockeni (n. sp
Phytocoptes epidermi.
Phytoplus (fig.).
— Avellanæ.
— Nalcpai.
piri.
Pissodos notatus (fig.)..
Bolivari.
iua (n. sp.)
(fie-)-
Pterophorus monod'acty-
lus (fig.).
Ptychopleryx ducissa (n.
sp.).
Purius Courregesi (n. sp.).
Pygnogonum (fig.).
Pyrophorus noctilucus.
Rhodites rosæ.
Sabulodes proximata (n.
sp.).
Spilodes ceruginalis.
— verticalis.
pes (fig.).
Teresias serra (fig.). .
Totranychus !
. (n. sp.).
Tillus formicarius (fig.).
Tischeria compianella (fig.).
Typhobia.
Urania
Vcnilla
Ver blanc.
Xenosoma flavisedes (n. sp.).
Xylomyges conspicillaris.
Ypsipctes simulator.
Zeuzera lclex (n. sp.).
105- 1S
Dr C. Girard.
Tiphqbia appliqué à un genre de
Deux espèces i
Doit-on consoi
Mollusque, C.-F Ancey.
Espèces du genre Hélix peu communes en France, A. Grangcr.
La Chlorophylle normale existe-t-elle chez les animaux (fig.',
P. -A. Dangeard.
La couleur verte des animaux (fig.), P. -A. Dangeard.
La respiration des Ampullaires (fig ), E.-L. Bouvier.
Les recherches sur les Tuniciers des côtes de France (fig.),
E. Rabaud.
(fig.), Paul Groult
remarques sur les Rotifères, Dr L.-C. Cosmovici.
Recherches sur la circulation des Lamellibranches marins, X*"*
Sur la classification et les affinités des Mollusques, A. Goux.
ESPÈCES DÉCRITES OC
Acanthometra (fig.1.
Actinia (fig.).
Alcyonium (fig.). '
Amphoriseus flamma.
Ampullaria globosa (fig.).
— insularum (fig.).
Anisonema viridis (fig.).
Aphrodita (fig.).
Aphysia depilans (fig.V
Aplysia.
Asterias (fig.).
Axinclla (fig.).
Balanoglossus (fig.).
Balbiana gigantca.
Bcrtia satyri.
— Studeri.
Bonellia (fig.).
Botrylloides rubrum.
Botrvllus violaceus.
Branchcllion (fig.). -
Brisinga (fig.).
Campanularia (fig.).
Cerianthus (fig.).
Charybdea.
Chlamydomonas Morieri (fig).
Chlorogonium euchlormn
(fig-)-
Corallium (H .
Crisia (fig.).
Crvptazeca monodonta (fig.).
Cucumaria (fig.).
Cyclatella annelidicola.
Cydippe (fig.).
Cylichna Grimaldii.
Dcndropliyllia (fig.).
Dentalium (fig.j.
148
148
148
276
144
145
129
174
186
51
173
148
173
12
276
276
174
217
45
174
173
164
148
164
87
87
148
196
264
173
276
148
185
247
Doris (fig.).
Drillia Cecchii (n. sp.)
Gvrophvllum Hirondcllei .
Hclix.
= cas.
Holothuria (fig.).
Hydrolimax bruneus (n . sp.)
Hydroporus Guernei.
Idalia (fig.).
Lanistes bolteniana (fig.).
Loligo (fig.)
Lutraria Turneri ^n. sp.)
Lymnœa crassUabrum (fig.).
Martesia roseotincta (n. sp.)
Mcladomus purpureus (fig.)
Modiola sirahensis (n. sp ).
Nematobothrium.
Niso Chcvrouxii.
Obclia (fig.).
Oligotoma sirpata (n. sp.)
Ophiotrix (fig.).
Ophrydium versatile (fig.).
Palmella hyalina (fig.).
Pandora Edwardsi (n. sp.)
Paramœcium bursaria (fig.)
Pcdicellina (fig.)
Phaeotus lenlicularis (fig.).
s il !ê s & ü ü 'è s il iç i|Ls § £ sJjsJL? i § § | S § lif | ^ a Jf, aissisiS .ssèrs ..... ..,.r£ÿ.s E sjyg s
L K NATURALISTE
(n. sp.).
12
196
164
65-92
Rotifêres.
Salpa (fig.). 196
Savignvarca savignyarca (n.
■PO-' ' ' 222
276
(flg-)-
laria (fig.).
digitalis (n. sp.).
(fig-)-
Tri tü nia (fig.).
Trypanosoma Balbianii.
Tugonia adonensis (n. sp.).
Vclella (fig.).
Vci
Ver de terre.
te monstruosité du Puiyporus squamosus, Patouil-
iard.
luserie botanique (fig.), Dr Paul Girod.
Développement des téguments de la graine, thèse (fig.),
guillon.
iagnoses d’espèces nouvelles on peu connues pour la :
la péninsule ibérique, G. Rouv.
Exploitation de l’Alfa, H. Lecomte.
des radicelles (fig.), H Douliot.
L’Alfa (fig.), H. Lecomte.
La Chayotte (fig.), D. Bois.
Da-
La flore de l’Inde dans ses rapports avec la flore do France
H. Léveillé. 56-91-202-
i nouvelle flore des champignons (fig. ;.
Le cocotier des Séchelles (fig.), II. joret.
Le cotonnier soyeux (fig.).
ou Balancounfa et le Zerumbet (fig.), Heckel.
Courbaril, au point de vue alimentaire
(fig.), Decaux.
Le Papyrus (fig.), H. Joret.
Le Pourridié de la vigne, P. Hariot.
Le Raphia rufïia (fig.), H. Joret.
Les algues dans l’alimentation japonaise, P. Hariot.
Les Eucalyptus (fig.), H. Jorct.
Les fèves sauteuses du Mexique, P. Chrétien.
P. Hariot.
Les morilles (fig.), P. Hariot.
Les Narcisses (fig.), P. Hariot.
Les palmiers polycéphales (fig.), H. Léveillé.
Les végétaux dans l'alimentation en Grèce, P. Hariot.
Les vieux arbres de la Normandie (fig.). H. Gateau de Kcrvilln
Note sur la classification des basidiomycétes (fig.), L. Dufour.
Le Dadi-gogo c
Le fruit de l’Hy
209-229
18S
14
23
277-292
34
l’involucre des
A. Daguillon.
Société botanique de France, Ch
Suites à la flore de France do Grenier <
Utilisation de l’Alfa (fig.). H. Lecomte.
Godron, 1
Auriculaire (fig.).
Barbarea vulgaris.
Beggiatoa.
Bcrbcris vulgaris.
nivea.
flabelliformis(fig.).
6:
Botrydium granulatum (fig.).
Botrvtis tenella.
Capsella bursa-past
Arenaria serpyllifolia.
(fig-)-
Erophila vulgaris.
Eruca sativa.
Erysimum hieracifoliu
Erythrœa capitata.
Eucalyptus (fig.).
Frankenia pulverulenta.
Fumaria parviflora.
Gigartina lancifolia.
Giroflée (fig.).
(fig-)-
tsolepis gracilis (fig.).
in thalictroides.
Leopoldia Ho ' * 3
Lebidium sativun
— Oraba .
Henrici
Mentha cardiaca
Mcrolius.
Mesegloia dccipiens.
furl'ur.
Morchella esculenta (fig.)
_ conica (fig.).
Saponaria vt
Sebastiania bilocularis.
— Palmieri.
— Pringlei.
Sechium edule (fig.).
Silene conoidea.
— gallica.
298
LE NATURALISTE
Tujasnella (fig.).
Tulostoma (fig.).
Turritis glabra.
Vinca major.
Viola biflora.
Viola odorat a.
— sylvatica.
— tricolor (fig.).
Viscmn album (fig.).
Zerumbet Autrani.
Brosses métalliques pour le nettoyage des fossiles (tlg.).
Coupe d’un sondage à Curgies (Nord) (fig.), H. Boursault.
Dendrites artificielles (fig.), Stanislas Meunier.
Géologie stratigraphiquo, L. Gérardin.
Granit noduleux (fig.), Stanislas Meunier.
La faune tertiaire de la Patagonie, Dr E. Trouessart.
La nappe d’eau de la craie aux environs de Laon (fig.), H. I
sault.
Le puits artésien de Sprinfield (fig.).
Les Dendrites (fig. 1, C. Houlbert.
Les insectes tertiaires de l’Amérique du Nord (fig. , Dr E. Tri
Les méthodes de minéralogie synthétique, Stanislas Meunier.
Les oiseaux fossiles delà République argentine, D1’ E. Troues-
Les Phonolithcs de la Haute-Loire, F. Prieur.
Les Phosphatières d’Hardivilliers (fig.), Stanislas Meunier
Les soi-disant dépôts morainiques (fig.), A. Villot.
Nouvelle plante fossile (fig.), Stanislas Meunier.
Observations sur l'obsidienne (fig.), Stanislas Meunier.
Silex éclatés par la gelée (fig.), H. Boursault.
Société géologique de France.
Staurophyton bagnolcnsis (fig.), Stanislas Meunier.
Sur une cristallisation remarquable de Gypse (fig.',
nislas Meunier.
Sur une pluie singulière observée à Diarbékcr (fig.),
nislas Meunier.
Sur un remarquable échantillon de fer natif ^ fig. ' ,
nislas Meunier.
Un rare échantillon d’or cristallisé.
269
44
46-55
STE DES PRI
TES
CITEES
Barrandeocrinus (fig.'.
Belemnitella quadrata.
Blocs erratiques (fig.'.
Brontornis Burmeisteri.
Ceratosaurus nasicornis(fig.).
Chalicotherium.
Craie.
Cycadospadix Virei (fig.).
Dendrites.
Diceras âriètinum (fig.).
Fer natif.
Gypse (fig.).
Hyracotherium ventico-
lum (fig.).
Lepus cunicnlus.
269
141
160
n
101
65-92
141
Macro thorium.
Myxomygale antiqua.
Necrosorex Quercvi.
Or.
Phenacodus Wortmanni( fig.)
Phonolithcs .
Phosphates.
Prodryas persepione. (fig.).
Frolibythea vagabunda.
Staurophyton bagnolen
sis (fig.).
Stilopsychc libithoides (fig.’.
Xiphodontheriumprimœvun
ï>ii
A prop
Collect:
par le
maladie des barbeaux, A. Raillel
nographiques rapportées de Mt
Dr François (fig.), Deniker.
La vie au sein des mers, par L. Dollo(fig.), Ménégaux.
Le parasitisme chez les animaux et chez les plantes (fig.),
E. Rabaud. 1 32-
L’ethnographie à l'Exposition de MM. Bonvalot et le prince
Henri d'Orléans (fig.), Deniker.
L’évolution des formes animales avant l’apparition de l’homme
(fig.), Ménégaux.
L'exploration en Asie centrale de MM. Bonvalot'et le prince
Henri d’Orléans (fig.), E.-L. Bouvier.
L’hibernation (fig.), L. Cuénot. 1
L’océanographie, Kœhler.
Nécessité du babil des femmes, F. Lahille.
Origine parasitaire des tumeurs, Fabre-Domergue.
Poisson et homard, à propos de Terre-Neuve, F. Mocquard.
Société philomatique de Paris, Bouvier
Société zoologique de France, Bouvier.
Souverbic (Nécrologie).
Théorie de l’hérédité, F. Lahille.
118-217-258
132-223-267-276
Chronique
■ipheus
Appât pour papillons.
A propos des états imparfaits de l’U:
Callovien de Toul, à Neufchâteau.
Captures d’insectes à la lumière électrique.
Cerveaux conservés naturellement.
Classification curieuse.
Concours de décortication de la ramie.
Congrès de l’association française pour l’avancement des
sciences.
ïampig
. de la teigne.
Criquets en Algérie.
Culture du Tricophyton,
Curieux effets de l’électricité.
Destruction de l’Anthonomus pomorum.
Distoma pulmonalis.
Distribution de graines et de plantes du Muséum de Paris
Excursion géologique.
Exposition Bonvalot (et Henri d’Orléans.
Faculté des sciences de Paris.
Insectes nuisibles aux végétaux d’origine étrangère.
Legs Mathieu Bourceret.
î gélatino-bromure,
tures.
L’inventeur des glaces
Maladies des greffes-bc
Mimisme.
Missions scientifiques.
Mœurs du corbeau.
Muséum de Paris.
285
Wvi-cilne
And
189
137
-189-285
273
112-136
39
5-199
3-191
151
1-80-90
— Brady, Hartnack, Samo, Feistmantel.
Krutizki, Maximowicz, Poey, Winchell, J. Leidy,
J. Leconte, Schomburgk.
Barclay, Pelzeln, Cari Wedl.
Nouvelle revue d’histoire naturelle.
Nouvelle technique pour la recherche des bacilles de la tuber¬
culose.
Outardes en Roumanie.
Palmiers monstres.
Plantes du voyage Bonvalot. .
Plume des oiseaux.
Pollen.
Pommes gelées.
Primevères de Chine.
Remarques sur les Reptiles de France.
Réle des vers de terre dans la culture.
Session extraordinaire de la Société botanique de France.
Société anthropométrique de Philadelphie.
Société des sciences naturelles de l’ouest de la France.
Société entomologique do France, prix Dollfus.
Soutenances de thèses pour le doctorat ès sciences natu¬
relles. 52-63-
Sur un nouveau gisement de terrain houiller déoouvcrt au
Bonhomme (Alsace).
Terrain houiller du Nivernais.
Travaux pratiques d’anatomie gér
Une ferme d’éléphants.
Un exemple de fertilité.
Un lsaria, parasite du ver blanc.
Un nouvel emploi du scorsonère.
Variété de Lveœna corydon.
érale.
Table alphabétique par noms d’auteurs
Anccy (C. F.) Doit-on conserver le nom de Tiphobia appliqué
à un genre de Mollusque. 264
A ustaiit (L.). Deux Parnassiens nouveaux do l'Asio centrale. 180
— Le Colias Wiskotti et ses diverses variétés. 98
Bocourt. Note sur quelques ophidiens de l’Amérique intertro¬
picale appartenant au genre Tretanorhinus. 121-208
Bois (D. . La Chayottc, scchum edulc Swartz (fig.). 170
Bonnet (Dn. Note sur la faune orthoptérologique do l’ilo
d’Yéso (Japon). 192
LE NATURALISTE
299
Itour sait l( (Henri). Coupe d’un sondage à Curgies (Nord). 118
— La nappo d’eau de la craie aux environs de Laon (fig.). 17
— Silex éclatés par la gelée (lig.). 194
Bouvier (Iî. L.). La respiration des Ampullairrs (lig.). 14:1
— Le crabe des cocotiers ou Birgus Larron (lig.). 81
— L’exploration en Asie centrale de MM. Bonvalot et le
prince Henri d’Orléans (fig.). 15 1
— Société zoologique de France (comptes rendus). 132-160-223-
267-276
’’ — Société philomatique de Paris (comptes rendus). 118-217-238
Brongniart (t'ii.). Le Criquet pèlerin. 217-232
Bureau (Louis . Nouvelle apparition du Syrrhaplçs ]mr:i-
_ doxus. 1 47
Chauveaud. Société. botanique de France. 137 -J"
flirétieii (P.'. Description de la chenille de Spilodes verticalis. 219
— Diagnoses de micro-lépidoptères nouveaux. 67-99
— Les fèves sauteuses du Mexique. 268
- — Les premiers états do la Spilodes ceruginalis. 1S6
— Le témoignage de Sep, observations sur des chenilles. 19
l’osniovici (Dr !.. <'.). Un enkystement inconnu du distomum
lanccolatum. 247
— Quelques remarqués sur les rotifères. 63-92
Cuéuot (L.). L’Estivation (fig.). > 167
— L’Hibernation (fig.). ' ' 12-22-31-31-90
Daguillon (A.). Recherches anatomiques et physiologiques
sur les Bractées de l’involucre des composés par Lucien
Daniel (Thèse) (lig-)- 37-17-4
Dangeard (P.-.V.). La chlorophylle normale existe-t-elle chez
les animaux.’ (fig.). 57
— La couleur verte des animaux (fig., . 128
Decanv. Insectes nuisibles aux pins maritimes importés dans
la baie de la Somme (fig.). 107-122
. — Récréation entomologique (fig.). 26
l — Le fruit de l’Hymœnea courbaril au point de vue ali¬
mentaire (fig.). 283
Deuikcr. Collections ethnographiques rapportées de Méla-
nésie parle Dr François (fig.). 227-243
— L’Ethnographie à l’exposition de MM. Bonvalot et le
prince Henri d’Orléans. 183-191
Dogniu (P.). Diagnoses de quelques loin eroeères du Vènézuela. 109-121
y: — Diagnoses de lépidoptères nouveaux. 8-36-61-85-125-
132-159-211-223-242-257-278
Douliot (H.). Formation des radicelles (fig.). 74
Dufour (L.). Note sur la classification des basidomycètcs
champignons (fig.) 130-149-159
Fabrc-Domerguc. Origine parasitaire des tumeurs.
Folin (marquis de). Sur un mollusquo nouveau, le crypta-
zeca monodonta (fig.). 264
G*“ (A.). Les oiseaux de France (fig.). 283
Gadcau de Kerville. Colonies hibernantes de chauves-souris
(fig.). 239
— Les vieux arbres de la Normandie (fig.). 289
— Sur un jeune chien monstrueux du genre triocéphale. 36
Girard (Dr F.). Deux espèces nouvelles de planaires améri¬
caines. 80
— Une tortue bicéphale (fig.). 19
Girod (Dr Paul.. Causerie botanique (lig.). La Giroflée. 181
Doux (A ). Sur la classification et les a limités des Mollusques. 24
Grangor (Albert). Espèces du genre Hélix peu communes en
France. 129
— Le Guêpier (fig.). 273
— Le mesoplodon soxverbiensis, cétacé ziphoïde. 96
— Le Quetzal (fig.). 162
— Les timbres-poste zoologiqucs (fig.). 213
— Recherches et préparation des batraciens (lig.). 58-69-80
— Préparation des poissons (fig.). 33-50
— Recherche et préparation (bas reptiles fig. . 94-110-120-
193-242
Groult (Paul). Conservation des animaux marins lis'. . 147-104-173-
185-196
— Les éponges (fig.). 290
Gutiuan (J.). Bison d’Europe (lig.,. 279
— La musique de la nature, oiseaux chanteurs (fig.). .''-233
Mar lot (P.). Les Algues dans l’alimentation japonaise. 97
— Les microbes. 49
— Les Morilles (fig.). 211
— Les Narcisses (fig.). 113
— Le pourridié de la vigne. 255
— Les végétaux dans l’alimentation en Grèce. 66
Houlbcrt (C.;. Les dendrites (fig.). 63
Hecl£Cl(D''E.). la’ Dadi-gogu ou lia laiumitiiùi i l le / e ruinbct(fig. .277-292
des Séchelles (Lodoicea Sechella-
emploi (fig.).
142
240
apports avec la
36-91-202-209-229
107
270
77-127-171
Joret lllonrii. Le eorotii
rum) (fig.).
— Les eucalyptus, découverte historique,
— Le Papyrus (fig.).
- Le Raphia Rullia (fig.).
.lousscnuiiK- ît ). Description de mollusques mm veaux. 183-20
Ivochler. L’O scanographie.
Labilli- (F. . Le rôle du foie chez les anciens, allégorie d’Aristcc
— Nécessité du babil des femmes.
— Théorie de l’hérédité.
Lecomte (H.) Exploitation de l’Alfa.
— Utilisation de l’Alfa (fig.).
Le veillé (H. . La Flore de l’Inde dans
Flore do France.
— Les monstres humains (fig.).
— Les palmiers polycéphales (lig.).
— Les races de l’Inde (fig.).
Magand d’Aubusson. Le lou de Bassan. 254
Malard (A.-E.). La nouvelle flore des champignons. Iss
Malinvaud (Ern.). Question de nomenclature botanique, Buda
vel Tissa. 463
Méncgaux. Des différentes galles produites par les acariens
sur les végétaux (lig.). 205
— Histoire des acariens des végétaux, leur anatomie (fig.). 53-116
— La vie au sein des mers par L. Dollo (fig.). 158
— - L’évolution des formes animales avant l’apparition de
l’homme (fig.). 140
— Notes à propos de l'article, histoire des acariens des
végétaux. 173
— Utilisation de la ramie en sériciculture. 8
Meunier (Stau). Dentrides artificielles (fig.). 92
— Granit noduleux (fig.). 208
— Les méthodes do la minéralogie synthétique . 169
— Les phosphalières d’Hardivillers (Oise) (fig.). 46-35
— Nouvelle plante fossile (fig.). 401
— Observations sur l’obsidienne (fig.). 287
— Staurophyton Bagnolensis (lig.). 134
— Sur une cristallisation remarquable du gypse (fig.). 263
— Sur un remarquable échantillon de fer natif (fig.). 256
— Sur une pluie singulière observée à Diabékir (Asie mi¬
neure) (fig.). 49
| Moi-qiiiii-d (E.). Poisson cl Homard à propos é'1 Terre Neuve. 139
Oustalct (E ). Description de deux espèces nouvelles d’oiseaux
appartenant aux familles des paradiseidæ et des trogo-
nidæ. 260
Patouillard. A propos d’une monstruosité du polyporus squa-
mosus. 19-1
Pissot. La Tischcria complanella Hubn (fig.). 236
— L’Hibernation. 80
— L’Hiver de 1891 et les merles. 67
Le Bombyx du Saule, Liparis salicis God (fig.). 89
Pizon (A.). Etude anatomique des ré-ervoirs aériens d'onenn'
pulmonaire chez les oiseaux. 105
— Sur un cas de parasitisme chez une ascidie composée. 45
Plane! (Louis). Développement de l’hydrophile Brun (lig. • 239
— La larve et la nymphe du Prione tanneur (prionus co-
riarius). 31
— La nymphe du telephorus rufipes (fig.). 135
Plateau. La ressemblance prof -cl rire riiez les lépidoptères
ropéens (lig.). -'51
Pouj.-uli- G. -A. . Nouvelle- espeeesdelépidoptèrosduLaos fig.) 143
Ponsargues (E. de). Le Balotniceps roi (lig.). 203
Prient (Ferai.). Les phonolilhes de la Haute-Loire. 44
Babaud (Etienne . Le parasitisme chez les animaux et les
plantes (fig.). 132-175-199
— Les recherches sur les Tunicicrs des côtes de France (fig.) 434
Bnilliel A.). A propos de la maladie des barbeaux. 12
Itou y (G.). Suites il la flore de t’rance. 11-21-94
— Diagnoses d’enpéccs nouvelles ou peu connues pour la
flore de la Péninsule ibérique. 248
Kéniy Saint-Loup. I.o mouton domestique (lig.).
— Les chameaux (fig .). 41
— Les lions (fig.). 40
Sam inet (E. . Nouvel appareil pour capturer les corfs d - mé
nageries afin de leur couper les bois (fig.). 08
Scliacck F de . La huppo dans 1 149
— De la présence d’œufs étrangers dans le nid des oi¬
seaux. 222
— Le cacatoès Rosalbins du jardin des plantes de Paris. 58
Trouessart (If E . 1 1 >ses d’ai - louvcaux.
— La faune tertiaire do la Patagonie. 204
LE NATURALISTE
300
Troncssart (Dr E.)- Les insectes tertiaires de l’Amérique du
Nord (fig.).
— Les oiseaux fossiles de la République argentine.
— Note au sujet de l’article de M. Menegaux intitulé :
Histoire des Acariens des végétaux.
Yillot (A.). Les soi-disant dépôts morainiques de l’époque qua¬
ternaire (fig.).
Xambcn Entomologie appliquée à l’agriculture.
— Mœurs et métamorphoses du Corœbus amoth ystinus.
X*** Recherches sur la circulation des lamellibranches marins.
Académie des Sciences
Acarien nouveau, nanorchestes amphibius.
A ccroissement de la coquille chez Hélix aspersa.
Action de l’acide phénique chez le chat.
Action de la morphine sur le chat.
Actions des poisons sur la germination.
Actions mécaniques des gaz sur les roches.
Actions vaso-motrices des produits bactériens.
Age des sables et argiles bigarrés du Sud-Est.
Age d’un granité porphyroïde des Pyrénées-Orientales.
Aiguillon de l'Heterodera Schactii.
Amidon des tubercules de radis.
Amphibole artificiel.
Anatomie comparée -des végétaux.
Anatomie des Ophioglossées.
Anatomie du Corambc testudinaria.
Animaux fossiles de l’ilo de Samos.
Antagonisme des champs visuels.
Appareils circulatoires et respiratoires des Arthropodes.
Assimilation des lichens.
Assimilation spécifique dans les ombcllifcrcs.
Atrophie musculaire progressive expérimentale.
Bactèriacées vertes.
Bassin- houillor du Bourbonnais.
Blastogénèsc chez les larves d’Astellium spongiforme.
Caractères anatomiques de l’Hyperoodon rostratus.
Cerveau des Arthropodes.
Champignons entomophytes.
Champignons parasites des Criquets.
Chronologie des roches éruptives de Jersey.
Communications terrestres entre l'Asie et l’Amérique.
Communications terrestres entre l’Europe et l’Amérique.
Composition dos Topinambours.
Congrès international do géologie.
Constitution géologique de la Corse.
Constitution géologique des chaînes alpines.
Copépodes parasites.
Craie à Baculites du Cotentin.
- Criquets d’Algérie.
Cultures du Staphylocoque pyogène.
Déformation actuelle de la croûte terrestre.
Dégagement de l'oxygène et de l’acide carbonique chez les
Cactées.
Dégagement d’oxygène par les plantes aux basses températures.
Destruction des insectes nuisibles à la betterave.
Destruction du peronospora Schactii.
Développement dos Chromatophorcs des Cépholopodos octo-
podes.
Développement des Copépodes ascidicoles.
Développement des éponges.
Développement des fibres musculaires des Crustacés isopodes.
Développement des nageoires paires du Cyclopterus lumpus.
Développement du mésoderme des Crustacés.
Dévonien supérieur dans la vallée d’Ossan.
Différences extérieures des Mématobothrinus.
Différences sexuelles chez le I,epadogaster.
Différenciation de l'endoderme.
Différenciation du liber.
Digestion stomacale do la Grenouille.
Dimorphisme des mâles chez les Crustacés.
Dimorphisme sexuel des Copépodes ascidicoles.
Effet du froid sur les poissons.
Eléphants du Mont-Dol.
Embryologie de la poule.
Embryons des Astellium el des Pscudodidemnum.
Entrainement musculaire.
Enclaves de Trachyte de Mcnet.
Epithéliums hépatiques de la Testacelle.
230
269
29
196
73
28
124
177
'177
238
124
238
138
283
189
274
28
177
283
202
261
261
100
76
201
40
28
214
28
177
100
138'
39
28
100
76
177
177
40
100
Essai d’ostréiculture.
Etude anatomique de la Cyclatella annelidicola.
Etude sur le Chclmo rostratus.
Eucalyptus introduits en Europe.
Evolution sexuelle des truites.
Expériences d’ostréiculture.
Faluns de Gombesville.
Faune apidologique du sud-est de la France.
Faune concliyliologique terrestre et fluviale du Sahara.
Flores fossiles du Portugal.
Formation de la membrane nucléaire.
Formation des argiles à silex.
Formation des dunes de Bourgogne.
Formation des feuilles des Æsculus et des Pavia.
Formation des Mezcntcroïdes.
Formation du système nerveux périphérique des vertébrés.
Formations éocènes de l’Algérie.
Forme extérieure des muscles.
Forme larvaire du Parmophore.
Fusion des sensations chromatiques.
Genre Euclea des Ebénacées.
Germination des graines de Cactées dans le péricarpe.
Glandes de Ivéber et de Grobben.
Granits prétendus postsccondaircs de l’Ariège.
Greffe des parties souterraines des plantes.
Hématine végétale.
Hématozoaires de la Grenouille.
Histoire de la fécondation.
Histoire de la Truffe.
Homologie des appendices pédieux et céphaliques des annélides.
Hypothèse du sphéroïde.
Ichthyosaure de Sainte-Colombe.
Identité de TAtlantoncma avec l’anguillula brevispina.
Idrosynchrasie.
Influence de l’air sur les mousses.
Influence de la salure sur la formation do l’amidon.
Influence dos froids sur les animaux.
Innervation de la trompe des Glycères.
Innervation de i’estomac chez les Batraciens.
Intoxication par les moules.
Levure de vin.
Locomotion des Arthropodes.
Maladies osseuses des grands singes.
Mâles d’ostracodos d’eau douce.
Mécanisme de la sécrétion urinaire.
Membrane du sac lymphatique œsophagien (Grenouille).
Métamorphoses des Criquets pèlerins.
Microbes des nodosités des légumineuses.
Microbes des vases de la mer Noire.
Minéraux du Congo.
Mœurs du Gobius minutus.
Mœurs de TEmenardia flabellalus.
Mouvements des chromatophorcs des Céphalopodes.
Muscardine du ver blanc.
Myographe dynamométrique.
Manorchcstes amphibius.
Xématocide de l’Heterodera Schactii.
Niveaux fossilifères dans la craie de Villedieu.
Nouvelle Cycadéc fossile.
Nouvelle substance albuminoïde du sérum sanguin.
Noyau des spongiaires et des infusoires.
Offretite, minéral nouveau.
Organes gustatifs de la Baudroie.
Oscillations rétiniennes.
Palme! line.
Parapodes des Syllidicns.
Parasite du Hanneton.
Physiologie de la racine.
Plantes parasites.
Pœcilogonie.
Pouvoir globulicide du sérum sanguin.
Présence de l’amidon dans les feuilles.
Présence de liber médullaire dans une racine.
Présence de rudistes.
Prix décernés en 1890.
Recherches sur la sardine de la Méditerranée.
Rejet de la bile.
Répartition hivernale de l’amidon dans les plantes ligneuses.
Reproduction artificielle d’un trachyte micacé.
Reproduction des Autolytcæ.
100 E
28 E
28 E
63 E
40 | S
63- Si
28 ; Si
28 ; S
76 S
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124
189
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40
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138
39
LE NATURALISTE
;;hi
Résistance du virus rabique. 21 4
Respiration des cellules dans les tissus massifs. 7G
Rhizœcus falcifer. 214
Rideaux de la Picardie. 28
Sables diamantifères en Laponie. ■'>2
•Sécrétion rénale des Crustacés. 21 4
Seigle enivrant.
Sexualité chez l’Hydatina senta.
Sondages du bassin houiller du Boulonnais.
Spermatogenèse chez les Locustides.
Sporozoaires nouveaux.
Sternum des vertébrés.
Structure des ocelles de la Lithobie.
Structure des Peronosporées.
Structure des rameaux de Lépipodendron.
Structure du pancréas.
Substances solubles du bacille pyocyanique.
Système artériel des Isopodes.
Système nerveux entecocoelien des Echinodcrmes.
Système nerveux des monocotvlides.
Terfas ou Truffes d'Afrique.
Tiges des mousses.
Tissu épithélial fibrillaire des Annelides.
Transformation des feldspaths en Wernérite.
Travail musculaire.
Truffes.
Truffes d'Asie et d’Afrique.
Tubercules des racines de légumineuses.
Tuberculose (réfraction à
Tubes criblés des filicinées et des Equisetinées.
Variation du bassin chez le Cachalot.
250
250
30
285
28
214
214
03
Livres nouveaux analysés on eités
Amateur d’oiseaux de volière.
Catalogue des Coléoptères d’Europe.
Coquilles mariues des Côtes de France.
Cursu elementaru de gcologia.
Etude sur la fourmi domestique de Reims.
Explication de l’époque quaternaire.
Faune de la Normandie.
La famille primitive, les origines, etc.
La pèche et les poissons des eaux douces.
La plume des oiseaux.
Les oiseaux de France (fig.).
Les plantes d’appartemenl .
Les sens et l’instinct chez les animaux.
Les virus.
Méthodes de synthèse en minéralogie.
Novitates lepidopterologicæ.
Rapport sur les travaux du laboratoire d’études de la soie.
Revue de l’école d’anthropologie.
Tableaux analytiques pour déterminer les Coléoptères d’Europe.
Traité scientifique et industriel do la Ramie.
250
137
250
137
137
112
16
27
150
150
BIBLIOGRAPHIE
noms d'a
Généralités, Faunes, ete. — De GuerneJ., 185. - Frédéric, I...
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Ballowitz E., 2, 514. — Barfurth D., 394. — Barthcls 1’., 315. —
Baur C.., 515, 516. — Beddard F. -K., 397. — Bchrends, 270. — Bel¬
mondo E., et Oddi R., 271. - Bencdicenti A., 288. — Bienfait e
Hogge, 158. — Bizzorcro G., 160. — Blumenau L., 162. — Blum*
ricb J., 517. — Boas J.-K.-V., 272, 402. — Bonani O., 289. — Bor‘
gert A., 274. — Brauer A., 518. — Brindley K., 407. —V. Brunn A.
519. — Buisine A. et P., 273. — Burckhardt Rud., 520. — Biirgerj
Otto, 408. — Contejean Ch., 415. — Cano G., 166. - Cattini J., 336.
Cazin M„ 105. — „C,erfontaine P., 167. — Chalmcrs M., 279. — Cho-
lodkovsky N., 280. — Clans C., 100, 281. — Cornil V., 283. — Corning
H. -K.. 102. — Cox W.-IL, 168. — Cuénot L., 417. - Cunningham .1..
283. — Davidoff M.. 169. — Deroide 25. — Dickinson \V., 109, 123. —
Drevcr Fr., 521. — Duval M., 522. — V. Erlanger R., 523. — Etzold F.,
422.'— Exner Sigm., 286. — Falclii F., 170. — Flcischmann A., 524. —
Fockcu H.. 177. — Frédericq Léon, 180, 181, 182, 424, 425. — Fubini
S., 287, 288. — Fubini S., et Bencdicenti A., 288. — Fubini S., et Bo-
nami O., 289. — Gadow H., 111. — Galippe V., 527. - Giacomini C ,
293. - Giacosa P., 291, 292. - Giovannini S.. 112. — Goizet, 13. —
Graber, 298. 299, 526. — Grandis V., 183. — Greenwood M., 113. —
Griesbach H., 184. — Grunbaum A., 124. — Guitel Frédéric, 435. —
Goppert E., 431. — Goette A., 432. — Haeckel E., 116. — Haller B.,
436. — Harmer S. -F., 16. — Haase E., 301. — Henchmann A.-P., 090
— Hcnking H. von, 303. — Heinricius G., 440. — Hermann L., 304,
305. — Hcrz Max, 187. — Hogge, 158. — Holt E., 118. — V. Ihering H..
529. — Jitgerskiold 313. — Kacnschc C., 117. — Hazzander J., 120. —
Klaatsch H., 534. — Kuatz L.. 445. — Kempen Ch. van, 444. —
Kochs \Y., 309. — Kramcr P., 446. - Lambling et Deroide, 23. —
Lang A., 122, 448. — Langley J.-N., and Grunbaum A., 124. — Lan-
glcy J.-N. and Dickinson \V., 123. - Leuckart R., ::I2. - Lewis K. -T..
*126. — Ludwig H. et Barthcls I1., 315. — Lucas A., 314. — Lùnnberg
E. et Jâgerskiùld L., 313. - Lwoff B., 190. — Macfadyeu A., 318. -
Maggi L., 319. - Mosso U., 193. — Nawrocki F. Skabitschcwsky,
194. — Oppel A, 130. — Perrin 460. — Posselt H. -J., 322. — Poul-
ton E.-B., 543. — Ramond G., 197. — Réitérer Ed., 35. — Rcx If.,
544. - Ribbcrt, 198. - Hitler R., 30. — Roja R., 325. — Saint-Rémy
G. , 199. — Sala L., 469. — Samassa P., 546. — Santesson C.-G.,
327. — Schafer J. -B., 472. — Scliott .1., 200. — Schneider A., 139. —
Schuberg Dr. A., 473, 474. — Schwink, 476. — Semon Richard, 547.
— Shore L.-E., 141, 142. - Skabitschcwsky, 194. - Stewart C., 488.
Stilcs C. AV., 489. — Studemund, 333. — Tanja T., 491. — Verhoeff
C., 500. — Tizzoni et Cattini J., 336. — Toepfer K., 551. — Windle
B. , 553. — Wirén A., 338. - Wagner F., 148. — Woltcrs M.. 510. —
Zaroudnoi N., 512.
Protozoaires, coelentérés, etc. — Bannis Th. . 269. — Basse
Smith P.-W., 3. — Billet A., 159. — Bôttger L., 7. — Certes L., ',11.
— Cuénot L., 284. — Do Brugnc, 103. — Dendv A., 104, 108. —
Dvicsch H., 418. — Frenzcl J., 520. — De GraffL., 433. — Heider A. -U.
y., 302. — Hincks Th:, 442. — Huet, 307. — Jullicn J.. 119. — Relier C.,
532. - Koch G., 189. — Moniez R., 321. - Playfair Mc Murrich. 539.
— Prouho H., 32. — Nelson E. M., 129. — Roule L., 326. — Rousse-
lel ( le— Ruffcr A . 136 — Topsent Km., 495. — Trautschold II .
496. — Valentin R.. 499. — Vcrworn M., 43. — Waters A.-W., .308. —
Weissmann A., 149. — Western G., 150. — Woltcrs M., 201. - Wood-
worth W.-IL, 511. — Zykow W., 45.
Echinodermes. — Agassiz A., 154. — Barrois Th., 156. — Bather
F. -A., 395. — Bell J., 398., 530. — Semon Richard, 137. — Voeltzkow
A., 146.
Vers — Beddard F. -K., 396. — Bcncden E., 157. - Borgh l: - i
398. — Blanchard 1!.. 401. — Boume G.-A., 97. — lim-ger Otto, 10,
409. — Goto S., 297. - Joubin L., 19. — Joycux-Laffine J., 20. —
Hamann O., 437. — v. Koch G., 447. — Linstow, 451. — Moniez R.,
192. — Pintner Théodor, 132. — Sonsino P., 330. — Ward II. -B.. 503.
Crustacés. — Bernard II . '.'5. - Bouvier E.-L , 1 63, 164. — Claus
C. , 101. — Edwards Charles L., 421. — F’ockeu K., 14. — Gaubeit P.,
428. - Hesse M., 306. — Marchai P., 453. — Mutile P., 26. - Milne-
Edwards A , 454. — Mik Jos., 2S. — Meniez R.. 29. — Ortmann A.,
436. — Parker G. -H., 459. - Poppe, S.-A., 464. — Pouchct G., 313. -
Richard .J., 468. — Rossüskava-Koschcwnikowa M., 37. — Rübsaamcn
Ew.-H.,545. — Simon Eug., 485, 486. — Thallwitz J., 335. — Vialianes
H. , 501.
Insectes. - Alfken ]>.. 393. - Bigot J.-M.-F., 400. — Butler
Arth.-G.. 410. — Cobb N. -F. et Olliff S.. 414. — Eppelsheim, 12. —
Friesc H., 426. — Gaubcrt P.. 427. - Grosc-Smith G., 434. — Ivirbv
W.-F., 533. — Krauss H., 121. - Leydig F., 449. — Ludwig von H.',
316. — Olliff S., 414. — Pocock R.-J., 462, 540, 541. 542. — Prcud-
homme de Boire A.. 31. -- Reitter Edm., 33, 34. — Roder V.. 38. —
Segond A., 328. - Sharpc E.-M . 548. - Shipley A. -K., 40. - Traquair
R.-H., 42. — Trimen R., 497. — Warren W., 504, 505. — Waterhouse
Ch. -O., 44, 500. 507. — Wheclcr William-M., 554.
mollusques. Bollcs Lee A , 96. — Burkill C. et MarshaU J. -T.,
277. — Cockcrell T. I> A., Il, - Collier E , 282. - Contejean ('h.. 416.
— Crosse H.. 106. — Fcildcn H.-W., 550. — Fischer P., 175, 176, 423.
— Gain W. A.. 290. — Godwin-Austcn, 430. — Grobbcn Cari, 114. —
Lutter O.-H., 450. — Letellier A., 24. — Marshall J.-T., 277. — Mol-
vill J. et Ponsonby .J,. 536. — Milnes H., 320. - Newton Bullcn, 455.
— Novi Ivo, 196. — Qéhlcrt D.-P., 195. — Ortmann A., 131. — Plate
Ludwig-H.. 461. — Ponsonbv J., 536. — Smith E.-A., 41, 329. —
Smith E.-A. et Feilden H.-W., 550. — Slandcn R., 331. - Watase S.,
552.
Reptiles, Poissons — Boul nj r G.-A 8 403, 404, 405. — Dahl
F., 107. - Gilbert C.-H., 129. - GUI Th., 296. ■ Heron-Rover, 441. -
E NATURALISTE
302
Jordan D.-S., 308. — Jungersen H.-F.-E., 531. — Kastschènko N., 22.
— Matschie P., 127, 128. — Schneider A., 140. — Vaillant L., 498. -
AVilder Harris-H., 509. — Zoller E., 340.
Oiseaux. — Blasius AV., 6, 161. — De Brisay, 275. — Dresser H.-E.,
419, 420. — Le Fort L.. 310. — Hartort E., 17. — D’Hamonville, baron,
438. — Hartlaub G., 18, 439. — Junghaus K., 21. — Kaiser A., 188. —
Lechthaller-Dimier, 535. — Leverkuhn P., 25. — Liebrcich O., 311. —
Meyer A.-B., 27. — Newton A., 30. — Oustalet E., 457. — Parker AV. -K.,
458, 537. — Raspail Xavier, 467. — Salvadori T., 470. — Salvin Osbert,
471. — Sclater P.-L., 477, 478, 479. — Seebohm Henry, 48.0. — Skarpe
Bowdler, 4SI. — Sibree .1., 483. — Steere J. -B., 4SI. — Suchetct A.,
144. — Styan F. -AV., 490. — Thompson E.-E., 492. — Van der Stricht,
145.
Mammifères. — Auld C.-R., 1. — Broom R., 9. — Beauregard H.,
324. — Duval M., 110. — Harting J.-E., 528. — Pouchet G. et Beau-
regard H., 324. — Thomas O., 494.
.Zoologie, Suppl. — Bennam AV. -B., 4. — Beyer O. -AV., 94. —
Brandes G., 9S. — Bujor P., 165, 276. — Certes A., 412, 413. — Flach
H., 13. — Gill Th., 294, 295. — Hamann O., 113. — Jaekel Otto, 443. —
Léon N., 123. — Du Plessis G., 278. — Poppe S. -A. et Richard J.,
133. — Preyer AV, 465. — Prouho Henri, 466. — Richard J., 133. —
Rousselet C., 134. — Salensky AV, 138. — Smith Edgard-A., 549. -
Sonsino P., 332. — Stebbing Thomas R. -R., 484. - — Teplonchow Th.,
334, 493. — Vosseler J., 147. — AValker Alfr.-O., 502. AAGiitman
C.-O., 555.
Botanique
Généralités. — Backhouse J., 47. — Boulger G. -S., 50. — Butler
Cl., 54. — Çaruel T., 353. — Franchet A., 13, 212. — Fry A., 366,
375. — ICrause E.-H.-L., 577, 585. — Kronfeld M., 70. — Moyle Ro¬
gers, 375. — Stapf O., 385.
Anatomie, physiologie. — Arcangeli G., 562. — Aubert E., 2,
202. — Barber C.-A., 344. — Baroni E., 565. — Belzung E., 2, 202. —
Berlèse A.-N., 4, 204. — Bordet 5, 204 bis. — ' Bower F. -O , 51. —
Brandza M., 6, 205. — Bredow Hans, 52. — Correns C., 561, 570. —
Dalmer M., 562, 571. — Dangeard P. -A.. 10, 359. — Detmer AV., 57. —
Devaux H., 11, 210, 360. — Douliot H., 362. — Eberdt O., 58. —
Elliot Scott, 563. — Von Ettingskausen, 12, 211. — Fecr H., 61. —
Frank B., 62. — Gaillard A., 577. — Garcin A. -G., 63. — Gibson H.
365. — Giesenhagen C., 366. — Guignard E., 63. — Hildebrand
Friedrich 573. — Johnson T., 368. — Ivlebahn H., 68. — Koch L.,
369. — Kuntze G., 17. 216. — Loew E., 371, 872, 581. — Maule C.,
585, 593. — Mcz C., 76. — Palladin AV., 589, 597. — Pitzorno M.
380. — Reiche K., 593, 607. — Richter P., 80. — Sauvageau C., 28l!
220, 21. — Schillung A. -J., 596, 604. — Scott D.-H , 382. — Scott D..
H. et Brebner G., 597, 605. — Sokolowa C., 384. — Suchsland E., 386,
— Tanfani E., 598, 606. — Thouvenin M., 85. — Van Tieghem Ph., 87
221, 389, 390. — Von AVettstein R., 91. — AVaage Th., 88. — AVakker,
J.-H., 600, 608. — AVohmer C., 602, 610. — Zacharias E., 612, 614,
Botanique systématique, flores, etc. (Phanérogames). —
Arcangeli G.. 46, 561. — Baker K. -U., 49. — Baldacci A.. 346. —
Bennett A., 347. — Bolle C., 566 bis , 568. — Botanical Magazine, 349,
567. — Brésadola J., 8. — Buchenan F., 53. — Bureau Ed. et Fran¬
chet A., 7, 206, 352. — Campbell H. D., 368, 559. — Celakoosky Lad.,
354. — Do Candollc C., 56. — Dietel P., 361. — Elliot S., 59. —
Engler A., 60, 564, 573. — Fischer E., 565, 574. — Fitzgerald 364. —
Franchet A., 178. — Fryer A., 567, 576. — Gay Fr.. 14. — Gurke M.,
571, 579. — Halacsy E., 65. Herder F. v., 367. — Huth E., 576, 584.
— Knuth P., 69. — Levier et Sommier, 370. — Lindau G., 71. — Linton!
Edward-F., 579, 587. — Magnus P., 374. — Malladra A., 73. — Mars¬
hall E.-S., 74, 373. — Martelli U., 582, 590. — Massalongo C., 584,
592. — Moyle R., et Linton E.-F., 587, ’S9o. — Murr J., 19, 219, 377.'
— Nathorst A. -G., 378. — Niedenzu F., 379. — Olivier F. -AV, 78. —
Pirotta R., 79, 591, 599. — Ridley H.-N., 81. — Scully R.- AV., 383. —
Tcrraciano A., 83, 387. — Thode J., 84. — Van Tieghem Ph., 388, 599,
607. — Velenowsky J., 391. — Vesque J., 601, 609. — • AVarburg O., 89.
— AVettstein Rick'., 90. — AVilliams Frédéric-N., 603, 611. — AA'il-
lkomm., 23, 222.
Cryptogames. — Acqua C., 557, 558. — Almquist, 341, 359. —
Aloi Antonio 560. — Baker J. -G., 48, 342, 343, 345, 563. — Barclay
A. , 564. — Baroni E., 566. — Bescherellc 348. — ( Bower F. -O., 350. —
Brésadola J., 207. — Brizi U., 251. — Carava Fred., 560, 569. —
Christ H , 55. — Cooke M.-C., 355, 356, 357. — Costantin J., 268. —
Crombic J. -JL, 358. — Dangeard 299. — Fischer Ed. 363. — Frank
B, , 569, 574 bis. — Gay Fr., 213. — Grill! C., 573, 578. — Hariot P.,
15, 16, 214, 215, 572, 580. — Hartog Marcus, 66. — Hesse R., 67. —
Hue, 574, 582. — Hugo de Vries, 575, 583. — Lange Th., 578, 586. —
Lister Arthur, 580, 588. — Mc. Ardlc David, 72. — Martelli Ugolino,)?
583, 591. — Massée G., 75. — Minlcs A., 77, 217. — Mitten Villiain,.
586, 599. — Mueller J„ 376, 588, 596. — Patouillard N., 590, 598. — -
Plehn F., 592, 600. — Reinsch P. -F., 594, 602. — Dr Ch. Richon, 596,
603. — Roumeguére C., 219. — Saposchnickoff AV. 82 — Van Tieghem
Ph., 86. — AVright C.-H., 392. — Zukal H., 92.
Géologie. Paléoutologie
Berendt G. et Tenne C.-A., 223. - Bourgeat, 224. — Daines AV.
256. — De Launay L. et Martel E.-A , 225. — Filhol H., 171-174. —
Foerste A.-G., 226. — Friedcl G., 227. — Friedcl Ch., 228. — Gore
J.-H., 229. — Gregory AV. 230. — Hull E., 231. — Kunisch H., 232.
— Jacquot E., 233. — Lacroix A., 234, 235, 236. — De Lapparent,
237, 238. — Lasne H., 239. — Lebesconte P., 240. — Lydekkcr R.,
241, 242. — Marsh O.-C., 243. — Martel E'-A., 225. — Marten .1., 244,
Mayer A., 245. — Mayer-Eymar C., 191. — Pirsson L.-V., 246. —
Ramond et Dollfus, 247. — Raulin V., 248. — Renevier E., 249. — De
Riaz A., 250. — Salomon AV., 253. — Seunes J., 251. — Spencer J.-
AV., 252. — Sckrodt F., 254. — Strombeck A., 255. — Tenne C.-A.,
223. — Trautschold H., et Dames AV, 256. — Uphain AV . 257. —
AVallher J., 258. — AVaters A.-AV., 259. — AVood AV., 260.
nuis,
— IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
3 9088 01266 8653
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